Breviloquium (Résumé de la foi catholique) (page 9)
5. Or, tous les commandements se rapportent à Dieu ou au prochain comme à leur fin et à ce qui y conduit, dans ces deux commandements est donc enfermée la totalité des préceptes et la compréhension de toutes les Ecritures.
La charité est elle-même racine, forme et fin des vertus, les reliant toutes à la fin ultime et les unis sant toutes ensemble, entre elles et avec ordre, elle est donc le poids de toute inclination ordonnée et le lien de l’union parfaite, elle garde l’ordre dans les divers objets à aimer quant à l’affectivité et quant aux oeuvres; elle possède l’unité dans l’habitus en n’ayant qu’une seule fin et un unique et principal aimé, ce qui constitue la raison d’aimer tous les autres objets qui par le lien de l’amour sont ordon nés à être réunis en un seul Christ tête et corps, qui contient en lui-même l’universalité des sauvés.
Cette unité commence maintenant ici-bas, mais elle se consomme dans la gloire éternelle, selon la prière du Seigneur: « Qu’ils soient un, comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient consommés dans l’unité. » Lorsque, par le lien de la charité, cette unité sera consommée, Dieu sera tout en tous dans l’éternité certaine et la paix parfaite, tout étant commun par l’amour, tout sera disposé avec ordre par la bienveillance, tout sera en étroite relation par cette disposition et tout sera indissolublement lié par cette cohésion.
Chapitre 9: La grâce, les préceptes et les conseils
1. Enoncé
Dans la loi mosaïque, se trouvent des préceptes judiciaires, figuratifs et moraux. Ce sont les dix préceptes du décalogue consignés dans les deux tables par le doigt de Dieu.
La loi évangélique modère en supprimant les préceptes judiciaires, libère en accomplissant les préceptes figuratifs, rend parfait en augmentant les préceptes moraux. Elle ajoute des exemples édifiants, des promesses d’encouragement et des conseils de perfection,
ainsi, les conseils de pauvreté, d’obéissance et de chasteté à l’accomplissement desquels le Christ Notre Seigneur invite celui qui veut être parfait.
2. Explication
Le premier principe, souverainement bon en lui même, est souverainement juste dans son oeuvre et dans la disposition du gouvernement universel.
Le comble de la justice est de la chercher avide ment non seulement en soi, mais aussi dans autrui; la justice consistant à se conformer aux règles du droit, il appartient donc à la justice divine d’inculquer et de signifier à l’homme les règles de la justice, non seulement en les édictant sous la forme d’une vérité d’enseignement, mais aussi en les prescrivant et en les ordonnant sous la forme d’une volonté de commandement. La grâce rendant notre volonté conforme à la divine volonté: il lui appartient donc de nous disposer à obtempérer et à nous soumettre à ces règles de justice selon l’ordre de la loi donnée par Dieu.
3. En outre, on peut obtempérer aux commandements divins pour deux motifs, par crainte de la peine ou par amour de la justice; le premier motif est celui des imparfaits, le second des parfaits. Dieu a donc donné à l’homme une double loi: l’une de crainte et l’autre d’amour, l’une engendrant la servitude et l’autre conduisant à l’adoption des enfants de Dieu.
Ainsi, puisqu’il convient à ceux qui sont dans la crainte et l’imperfection d’être terrifiés par des jugements, conduits par des signes et également dirigés par des préceptes: la loi mosaïque, qui est loi de crainte, contient des préceptes judiciaires, figuratifs et moraux.
Mais il convient à ceux qui sont dans la perfection et dans l’amour de recevoir le clair enseignement des exemples, la large promesse des récompenses et la haute perfection des conseils: la loi évangélique contient donc ces trois éléments.
La loi mosaïque diffère de la loi évangélique en ceci: celle-là est loi de figure, celle-ci de vérité; celle-là est loi de peine, celle-ci de grâce; celle-là est la lettre, celle-ci l’esprit; celle-là conduit à la mort, celle-ci fait vivre; celle-là est loi de crainte, celle-ci d’amour; celle-là est loi de servitude, celle-ci de liberté; celle-là est un fardeau, celle-ci toute facilité.
4. Enfin, les règles qu’imposent la nécessité de la justice sont contenues dans les divins préceptes or, il est de la justice de « rendre à chacun son dû »; il est donc nécessaire d’avoir certains préceptes moraux qui nous ordonnent à Dieu, certains au prochain selon le double précepte de la charité, ce que l’Esprit Saint a voulu insinuer par ce mystère des deux tables que l’on dit pour cela écrites par le doigt de Dieu.
Or, Dieu étant trois, le Père, le Fils et l’Esprit Saint, il convient d’adorer sa souveraine majesté, de professer sa souveraine vérité et d’accepter sa souveraine charité, selon les trois puissances irascible, rationnelle et concupiscible par l’acte de l’oeuvre, de la bouche et du coeur: le commandement de la première table est donc triple, qui correspond aux trois prémices, l’adoration soumise, la profession véridique et l’observance du sabbat.
5. Le prochain étant image de la Trinité: à lui, en tant qu’il porte l’image du Père est due la piété en tant qu’il porte l’image du Fils, la véracité; en tant qu’il porte l’image de l’Esprit Saint, la bonté. Les commandements de la seconde table sont donc au nombre de sept: deux regardent la piété, le premier qui ordonne la piété prescrivant d’honorer son père, l'autre qui interdit l’impiété en interdisant de tuer; en ce qui regarde la véracité qui consiste principalement dans la parole, son commandement interdit de porter un faux témoignage; quatre commandent la bonté, à laquelle s’opposent la cupidité et la concupiscence qui peuvent l’une et l’autre être dans l’action ou dans le coeur tu ne commettras pas l’adultère, tu ne désireras pas la femme, tu ne voleras pas et tu ne désireras pas le bien d’autrui. Or, ces préceptes s’ordonnent selon les torts plus ou moins grands qui peuvent être portés à la justice. Ainsi les règles concernant la nécessité de la justice doivent-elles être contenues dans les dix préceptes.
6. La justice atteint à la perfection en s’éloignant parfaitement du mal et dans la faute et dans sa cause; or, tout mal provient d’une triple racine, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et la superbe de la vie: il y a donc trois conseils évangéliques qui nous éloignent parfaitement de cette triple racine. Ce sont des conseils car, pour éloigner parfaitement du mal, ils ne séparent pas seule ment des choses illicites, mais aussi des choses licites et permises mais pouvant être occasion de mal; par là, ils ne contiennent pas seulement la suffisance de la justice, mais aussi son abondance, ainsi qu’il convient à la perfection de la loi évangélique et à l’exercice de la grâce de perfection.
Chapitre 10: L’exercice de la grâce dans l’objet de notre prière
1. Enoncé
Bien que Dieu soit très libéral et plus prompt à donner que nous à recevoir, il veut cependant être prié par nous, afin d’avoir l’occasion de distribuer les dons de la grâce de l’Esprit Saint.
Il veut être prié non seulement d’une prière mentale qui est « l’élévation de l’esprit vers Dieu », mais aussi d’une prière vocale qui est « la demande à Dieu de ce qui convient », non seulement par nous-mêmes mais aussi par les saints comme par des coadjuteurs que Dieu nous donne, afin que ce que nous sommes peu dignes de demander par nous mêmes, nous puissions le demander par les saints.
Puisque nous ne savons que demander pour prier comme il faut, de peur que nous n’errions dans l’incertitude, Dieu nous a transmis une formule dans la prière qu’il a composée. Celle-ci condense, en sept demandes, tout ce que nous devons demander.
2. Explication
Souverainement vrai et bon en lui-même, le premier principe est aussi miséricordieux et juste dans son oeuvre. Miséricordieux, il condescend très volontiers à la misère humaine par l’infusion de a grâce. Egalement juste, il ne donne le don parfait qu’à celui qui le désire, la grâce, à celui qui le remercie, sa miséricorde, à celui qui reconnaît sa misère. Ainsi la liberté de l’arbitre est sauve, la noblesse du don n’est pas galvaudée et le culte de l’honneur de Dieu demeure intègre.
Et puisque celui qui prie le fait pour quêter le secours de Dieu, alléguer sa propre misère et rendre grâce pour le bienfait donné gratuitement, la prière dispose à recevoir les divins charismes. Dieu veut être prié pour répandre ses dons.
3. En outre, pour que le désir tende efficace ment vers le ciel, il faut, pour obtenir les dons de Dieu, que notre amour soit fervent, notre pensée recueillie et notre attente certaine et ferme. Et comme notre coeur est fréquemment tiède, souvent dispersé et souvent aussi effrayé par le remords du péché et n’ose pas de lui-même comparaître devant la face de Dieu, le Seigneur a voulu que nous ne priions pas seulement mentalement, maïs aussi vocalement pour exciter notre coeur par des paroles et pour recueillir nos pensées par le sens des mots.
Il a voulu aussi que nous le priions par les saints et que les saints prient pour nous, pour donner confiance aux timides: afin que ceux qui n’osent ou ne peuvent pas demander par eux-mêmes, soient exaucés grâce à des intercesseurs qualifiés. Ainsi, l’humilité de la prière est sauve chez ceux qui prient.
Sa grandeur est proclamée dans les Saints intercesseurs, sa charité et son unité éclatent: en effet ceux qui sont en bas recourent avec confiance à ceux qui sont en haut et ceux qui sont en haut condescendent libéralement à ceux qui sont en bas.
4. Enfin,
Dieu juste et miséricordieux ne doit exaucer que les prières qui tendent à son honneur et à notre salut; les demandes qui concernent la récompense du ciel et le secours ici-bas sont de cet ordre; les premières sont au nombre de trois, les secondes au nombre de quatre: les demandes de l’oraison dominicale qui nous enseignent ce que nous devons demander utilement sont donc au nombre de sept.
Celles qui concernent l'honneur de Dieu et la récompense du ciel sont au nombre de trois, l’intelligence de la vérité, le respect de la majesté et l’accord de la volonté: autrement dit, la vision du vrai souverain qui ne peut être vu que des coeurs purs et saints; on la demande en disant: Que ton nom soit sanctifié, c’est-à-dire que la connaissance de ton nom soit accordée aux coeurs parfaits, saints et purs; la possession de la grandeur suprême qui fait les rois et par lequel est fondé le royaume; on la demande en disant: que ton règne arrive; la jouissance du bien suprême que seuls reçoivent ceux dont la volonté est conforme à la volonté de Dieu; on la demande en disant: que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Les demandes qui concernent le passage dans cette vie regardent le don d’un bien profitable ou la fuite d’un mal nuisible. Le don d’un bien profitable est demandé dans le pain quotidien ou supersubstantiel, dans lequel on demande tout ce qui est nécessaire à la conservation de la vie présente de l’esprit ou du corps. La fuite du mal nuisible est demandée dans les trois dernières phrases car le mal est passé, futur ou présent. Autrement dit, il est mal du péché, de la tentation ou de la peine. On demande que s’éloigne le premier dans le pardon des offenses, le second dans la victoire sur les tentations, le troisième dans la délivrance de l’oppression des maux.
Ainsi, il y a en tout sept demandes dans les quelles se trouve tout ce que l’on doit demander. Cela est ainsi afin que les sept demandes correspondent aux sept charismes et dons de la grâce septiforme.
5. faut noter que la sainte Ecriture nous pro pose la considération d’un septuple septénaire
1 des péchés capitaux
2 des sacrements
3 des vertus
4 des dons
5 des béatitudes
6 des demandes
7 et des récompenses glorieuses, trois spirituelles et quatre corporelles, comme on le dira plus loin,
— le premier septénaire des péchés: tout ce dont nous devons nous éloigner,
— le second septénaire des sacrements: les moyens de progresser,
— le dernier septénaire des récompenses: les biens à désirer,
— l’avant-dernier septénaire des demandes: les choses à demander,
— le septénaire intermédiaire des vertus, des dons et des béatitudes: les étapes à franchir.
Ainsi, sept fois le jour, louant le nom du Seigneur et le priant, demandons la grâce septiforme des vertus, des dons et des béatitudes, par laquelle nous vaincrons la tentation septiforme des péchés capitaux et nous parviendrons à l couronne septiforme des récompenses glorieuses, en nous aidant en outre de la médecine septiforme des sacrements donnés par Dieu pour la réparation du genre humain.
PARTIE VI: LES REMèDES SACRAMENTELS
Chapitre 1: L’origine des sacrements
1. Après avoir traité de la Trinité divine, du monde créature de Dieu, de la corruption du péché, de l’Incarnation du Verbe et de la grâce de l’Esprit Saint, il nous faut maintenant, en sixième lieu traiter des remèdes sacramentels. A ce propos, sept questions sont à considérer: l’origine, la variation, la distinction, l’institution, l’administration, la réitération et l’intégrité de chacun des sacrements.
Enoncé
2. Les sacrements sont des signes sensibles, insti tués par Dieu comme remèdes, dans lesquels « opère secrètement, sous l’enveloppe du sensible, une force divine » de telle sorte « qu’ils représentent par similitude, signifient par institution, confèrent par sanctification une certaine grâce spirituelle ». Par elle, l’âme est guérie de la faiblesse des vices. C’est à cela principalement que les sacrements sont ordonnés comme à leur fin ultime; toutefois, ils servent aussi à rendre humble, à instruire, à éprouver. Ce sont là des fins secondaires ordonnées à la fin principale.
Explication
3. Le principe réparateur qui est le Christ crucifié, c’est-à-dire le Verbe Incarné, dispense toutes choses avec une suprême sagesse parce qu’il est Dieu et guérit de façon très clémente parce que divine ment incarné. Il doit donc restaurer et guérir le genre humain malade, de la manière qui convient au malade lui-même, à la maladie, à son occasion et à la guérison de la maladie elle-même. Or, le médecin est le Verbe Incarné, Dieu invisible dans une nature visible. L’homme malade n’est pas seule ment esprit ni seulement chair, mais esprit dans une chair mortelle. La maladie est la faute originelle qui infecte l’esprit par l’ignorance et la chair par la concupiscence. L’origine de cette faute, attribuable principalement au consentement de la raison, n’en trouve pas moins son occasion dans les sens charnels.
Pour que le remède corresponde à toutes ces circonstances, il fallait donc qu’il ne soit pas seulement spirituel, mais qu’il participe aussi des signes sensibles. Ainsi, le sensible, ayant été pour l’âme occasion de chute, lui fournirait l’occasion de se relever. Les signes sensibles, comme tels, n’ont pas une orientation efficace à la grâce, même si, de par leur nature, ils en offrent une lointaine représentation. Cela explique la nécessité pour l’auteur de la grâce de les instituer pour signifier et de les bénir pour sanctifier. Ils pouvaient ainsi représenter par similitude naturelle, signifier par l’apport de l’institution, sanctifier par la bénédiction qui vient s’y adjoindre. Ils pouvaient aussi préparer à la grâce par laquelle notre âme doit être soignée et guérie.
4. En outre, la grâce de guérison n’est pas accordée aux orgueilleux, aux incrédules ni aux dédaigneux. Ces signes sensibles devaient donc être don nés par Dieu non seulement pour sanctifier, donner la grâce et par là guérir, mais encore pour enseigner par leur signification, rendre humble par leur réception, exercer par leur diversité. De telle sorte qu’une fois la paresse chassée du concupiscible par l’exercice, l’ignorance chassée de la raison par l’enseignement, l’orgueil chassé de l’irascible par l’humilité, l’âme toute entière serait rendue guérissable par la grâce du Saint Esprit, qui nous réforme selon ces trois puissances, à l’image de la Trinité et du Christ.
5. Enfin, comme c’est par le moyen de ces signes sensibles, institués par Dieu, que la grâce du Saint Esprit est reçue et que c’est en eux que la trouvent ceux qui s’approchent de ces mêmes signes, ces sacrements sont appelés récipients et cause de la grâce. Ce n’est pas que la grâce soit contenue en eux substantiellement ou produite de façon causale, puisqu’on ne doit la placer que dans l’âme seule et qu’elle ne peut être produite que par Dieu seul. Ces appellations leur viennent du fait que c’est en eux et par eux que, par un décret divin, on doit puiser la grâce de guérison du souverain médecin, le Christ, « bien que Dieu n’ait pas lié sa puissance aux sacrements ».
6. De ce qui précède, on voit donc non seulement l’origine des sacrements, mais encore leur usage et leur fruit. A leur source, il y a le Christ Seigneur; leur usage exerce, instruit et rend humble; leur fruit est la guérison et le salut des hommes. On voit aussi quelle est leur cause efficiente, à savoir, l’institution divine; leur cause matérielle, c’est-à-dire la représentation du signe sensible; leur cause formelle, la sanctification gratuite; leur cause finale, la guéri son médicinale des hommes. Si l’on tient compte du fait que « la dénomination vient de la forme et de la fin » il s’ensuit qu’on appelle les sacrements des remèdes de sanctification. C’est par eux en effet que l’âme est ramenée de la souillure des vices à la sanctification parfaite. En conséquence, bien que les sacrements soient corporels et sensibles, on doit cependant les vénérer comme saints, car ils signifient des mystères sacrés, préparent aux charismes sacrés et sont donnés par le Dieu très sacré; ils ont reçu la consécration divine par une institution et une bénédiction sacrées; ils sont constitués pour le culte très sacré de Dieu dans l’Eglise sacrée. Ils méritent donc à juste titre d’être appelés sacrements.
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Chapitre 2: La variation des sacrements
Enoncé
1. Les sacrements ont été institués dès le commencement pour la guérison de l’homme, ils ont toujours accompagné sa maladie et dureront jusqu’à la fin des siècles. Mais il y en eut certains dans la loi de nature, d’autres dans la loi écrite, d’autres enfin sous la grâce. Parmi tous ceux-ci, les derniers venus ont plus de clarté en signification et ont une dignité plus haute par la grâce qu’ils produisent. Dans la loi de nature, il y eut des oblations, des sacrifices et des dîmes. Dans la loi écrite, la circoncision fut intro duite, l’expiation apparut et, à ce qui existait auparavant, vint s’ajouter une grande diversité d’oblations, de dîmes et de sacrifices. Puis, dans la loi nouvelle, « furent établis des sacrements moins nombreux, plus utiles, plus efficaces » et plus dignes en excellence. Ces derniers ont à la fois accompli et annulé tous les sacrements précédents.
Explication
2. Le
Verbe Incarné, principe de notre restau ration, source et origine des sacrements est très clément et très sage. Parce que très clément, il n’a pas permis que la maladie du péché demeurât sans le remède du sacrement; parce que très sage, se conformant au décret de son immuable sagesse, qui gouverne tout de façon parfaitement ordonnée, il a mis en oeuvre des remèdes nombreux et variés selon la vicissitude des temps. Aussi, étant donné que « dès le commencement, dans le cours des temps et à l’approche de plus en plus imminente de la venue du Christ, grandissait toujours davantage l’effet de salut et la connaissance de la vérité, il était convenable que les signes de salut eux-mêmes varient les uns après les autres, avec la succession des temps. Ainsi, l’effet de la grâce divine croîtrait en résultat salutaire et en même temps la signification apparaîtrait toujours plus clairement dans les signes visibles eux-mêmes.» Il a donc « été statué d’organiser le sacre ment de l’expiation et de la justification d’abord par l’oblation, ensuite par la circoncision et enfin par le baptême. En effet, la forme et la similitude de cette même purification se trouvent d’une manière cachée dans l’oblation, s’expriment avec plus de clarté dans la circoncision et apparaissent de façon encore plus manifeste dans le baptême ». De là vient que « les sacrements des premiers temps selon l’expression de Hugues, furent comme l’ombre de la vérité, ceux de l’âge intermédiaire comme leur figure ou image, ceux des derniers temps, c’est-à-dire de l’époque de la grâce, comme leur corps » parce qu’ils contiennent en eux-mêmes la vérité et la grâce de la guérison qu’ils rendent présentes et parce qu’ils confèrent de façon actuelle ce qu’ils promettent.
3. En outre, étant donné que la présence de la vérité et de la grâce qui se manifestent dans la loi de grâce, ne pouvait, en raison de leur excellence et de leur variété, en oeuvre et en pouvoir, être exprimée comme il le fallait par un seul signe, il en résulte qu’en tout temps et sous toute loi il y eut plusieurs sacrements pour exprimer cette vérité et cette grâce. Toutefois, c’est principalement sous la loi figurative, dont le propre est de préfigurer, que des signes nombreux et variés précédèrent qui, par leur diversité, devaient exprimer de plusieurs façons la grâce du Christ et la faire valoir plus parfaitement. La mettant en valeur de façon multiple, ces mêmes signes devaient nourrir les petits enfants, exercer les imparfaits, briser les rigides en les surchargeant, les dompter en vue du joug de la grâce et en quelque sorte les amollir.
4. En dernier lieu, avec l’arrivée de la vérité, l’ombre s’efface et la figure annonciatrice atteint son but; l’ayant obtenu, son usage et son acte doivent cesser. De là, s’explique qu’avec la venue de la grâce, les sacrements et les signes anciens ont été accomplis en même temps qu’annulés, car ils étaient des signes qui annonçaient l’avenir et un peu comme de lointains présages Les nouveaux sacrements ont également été institués comme indiquant la grâce présente et rappelant d’une certaine manière la passion du Seigneur, qui est source et origine de la grâce de guérison, en nous comme en ceux qui ont précédé la venue du Christ. Pour ceux cependant qui ont précédé cette venue, la passion est comme un paie ment promis; pour ceux qui la suivent, comme un paiement acquitté. Et puisque la grâce n’est due à la promesse du paiement qu’en raison de son accomplissement et qu’elle doit être plus abondante une fois le paiement acquitté que lorsqu’il est seulement promis, il s’ensuit que la passion du Christ sanctifie de façon plus immédiate les sacrements de la loi nouvelle et découle en eux par une grâce plus abondante. Ainsi les sacrements anciens ont préparé les nouveaux et conduit vers eux comme le chemin conduit au but, le signe au signifié, la figure à la réalité et comme l’imparfait mène au parfait et le prépare.
Chapitre 3: Le nombre et la distinction des sacrements
Enoncé
1. Il y a sept sacrements, selon la correspondance avec la grâce septiforme qui, par le septénaire du temps, nous ramène au principe, au repos et au cercle de l’éternité, comme au huitième âge de la résurrection universelle Or, la porte de ces sacrements est le baptême. Viennent ensuite la confirmation, l’eucharistie, la pénitence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage. Celui-ci, bien que placé le dernier, à cause de la maladie de la concupiscence qui s’y attache, fut cependant introduit au paradis avant tous les autres, même avant le péché.
Explication
2. Notre principe réparateur, le Christ Seigneur, Verbe Incarné, est puissance et sagesse de Dieu et notre miséricorde. Il doit pour cette raison, sous la loi de grâce, instituer ses sacrements avec puissance, sagesse, clémence et convenance pour qu’absolument rien ne manque à notre guérison, autant que cela convient à la vie présente. Mais les trois choses sui vantes concourent à la guérison parfaite d’une maladie: l’expulsion de la maladie, l’introduction de la santé et la conservation du salut commencé. En premier lieu, l’expulsion de la maladie. Pour la guérison parfaite, il faut expulser parfaitement et totalement la maladie. Or, celle-ci revêt sept formes trois de culpabilité, c’est-à-dire la faute originelle, la faute mortelle et la faute vénielle et quatre de pénalité, c’est-à-dire l’ignorance. la malice, la faiblesse et la concupiscence. Comme dit S. Jérôme « ce qui guérit le talon ne guérit pas l’oeil ». Il a donc fallu employer sept médicaments pour mieux chasser cette maladie septiforme: contre le péché originel, le baptême; contre le péché mortel, la pénitence; contre le péché véniel, l’extrême-onction; contre l’ignorance, l’ordre; contre la malice, l’eucharistie; contre la faiblesse, la confirmation et contre la concupiscence, le mariage qui la tempère et l’excuse.
3. En second lieu, la guérison parfaite ne peut exister sans que soit rendue la santé complète. Cette dernière, par rapport à l’âme, consiste dans l’usage des sept vertus, à savoir les trois théologales et les quatre cardinales. Il a donc fallu, pour restaurer leur sain usage, instituer les sept sacrements. Le baptême, en guérissant, dispose à la foi, la confirmation à l’espérance, l’eucharistie à la charité, la pénitence à la justice, l’extrême-onction à la persévérance, complément et sommet de la force, l’ordre à la prudence, le mariage à la tempérance à conserver, car elle est attaquée surtout par la faiblesse de la chair, mais guérie par l’honnêteté des noces.
4. Enfin, la guérison parfaite ne peut exister sans la conservation du salut commencé. Celui-ci, par ail leurs, ne peut être conservé dans le choc de la bataille à moins qu’on ne s’aligne dans l’armée de l’Eglise, terrible comme une armée prête au combat. Comme ce résultat s’obtient par l’armure de la grâce sep tif orme, il était donc nécessaire qu’il y ait sept sacrements. Car, pour que cette armée soit parfaitement et continuellement pourvue, formée qu’elle est de parties corruptibles, elle a besoin de sacrements qui fortifient, qui relèvent et qui renouvellent: qui fortifient ceux qui combattent, qui relèvent ceux qui tombent, qui renouvellent les mourants. Le sacrement qui fortifie, le fait soit pour ceux qui entrent dans la lutte: c’est le baptême, soit pour ceux qui sont déjà dans le combat: c’est la confirmation, soit pour ceux qui en sortent: c’est l’extrême-onction. Quant au sacrement qui relève, il le fait soit par rapport à la faute vénielle et c’est l’eucharistie ou par rapport à la faute mortelle et c’est la pénitence.
Les sacrements qui renouvellent peuvent le faire soit dans l’être spirituel et nous avons alors le sacrement de l’ordre dont le propre est d’administrer les sacrements, soit dans l’être naturel et nous avons le mariage qui, renouvelant la multitude dans l’être de nature, base de tout le reste, fut introduit en premier, avant tous les autres. Toute fois, à cause de la maladie de la concupiscence qui lui est jointe et parce qu’il est le moindre au point de vue de la sanctification, malgré qu’il soit, par la signification, un grand sacrement, il est placé le dernier parmi les remèdes spirituels et la dernière place lui revient. Du fait que le baptême est le sacre ment de ceux qui entrent dans la lutte, la confirmation celui des combattants, l’eucharistie celui de ceux qui refont leurs forces, la pénitence le sacrement de ceux qui resurgissent, l’extrême-onction celui des mourants, l’ordre le sacrement de ceux qui embauchent de nouveaux soldats, le mariage le sacrement de ceux qui les préparent, cela fait apparaître clairement la suffisance et l’ordre des remèdes et des armes sacramentels.
Chapitre 4: L’institution des sacrements
Enoncé
1. Le
Christ a institué les sept sacrements de la loi de grâce comme médiateur du Nouveau Testament et principal auteur de la loi par laquelle il a appelé aux promesses éternelles, donné des préceptes directeurs et institué les sacrements qui sanctifient. Il les a institués sur la base de paroles et d’éléments pour rendre évidente leur signification et efficace leur sanctification, de telle sorte qu’ils signifient toujours la vérité, mais ne possèdent pas toujours l’efficacité curatrice, non par un défaut de leur part, mais à cause de celui qui les reçoit. Il les insti tua de diverses manières certains par confirmation, approbation et achèvement, comme le mariage et la pénitence; d’autres par insinuation et en présidant à leur début, comme la confirmation et l’extrême-onction; d’autres enfin en présidant à leur début, en les achevant et en les recevant lui-même, comme le baptême, l’eucharistie et l’ordre. Ces trois derniers, il les a institués pleinement, et même, il a été le premier à les recevoir.
Explication
2. Notre principe réparateur, le Christ crucifié, Verbe Incarné, est, parce que Verbe, égal et consubstantiel au Père. Il possède une puissance, une vérité, une bonté souveraines et, de ce fait, une souveraine autorité. Il lui revient donc en propre d’inaugurer le Nouveau Testament et c’est encore à lui qu’il appartient de donner une loi intégrale et suffisante, conformément aux exigences d’une puissance, d’une vérité et d’une bonté souveraines. En raison de sa souveraine bonté, il a proposé des promesses béatifiantes; en raison de sa vérité suprême, il a donné des préceptes directeurs; en raison enfin de sa puissance souveraine, il a établi des sacrements secourables. Ainsi, par les sacrements, notre vertu pouvait être réparée, lui permettant de s’acquitter des préceptes directeurs et, par eux, on pouvait parvenir aux promesses éternelles, tout cela étant obtenu, dans la loi évangélique, par l’action du Verbe Eternel, le Christ Seigneur, en tant qu’il est voie, vérité et vie.
3. En outre, le principe réparateur n’est pas seulement le Verbe en tant que Verbe, mais encore le Verbe en tant qu’il s’est incarné Ce Verbe, par le fait même de son Incarnation, s’offre à tous pour leur faire connaître la vérité et se présente à tous ceux qui s’approchent de lui dignement, avec la grâce de la guérison. De là vient que le Verbe Incarné, en tant que rempli de grâce et de vérité et pour que les sacrements aient une signification plus claire et une plus grande efficacité sanctificatrice, les a voulus constitués à la fois d’éléments et de paroles. Ainsi, alors que les éléments s’offriraient aux yeux et les paroles aux oreilles, deux sens qui sont au plus haut point cognoscitifs, ces éléments et ces paroles rendraient évidente la signification exprimée. De plus, lès paroles viendraient sanctifier les éléments pour que l’efficacité de la guérison humaine devienne plus accomplie. Cette guérison n’est pas accordée à celui
qui s’y oppose et qui lutte dans son coeur contre la source de la grâce. C’est pourquoi les sacrements ont été institués de façon à signifier toujours et universellement, mais à ne sanctifier que ceux qui les approchent dignement et avec une entière sincérité
4. Enfin, même si le Verbe Incarné est source de la grâce sacramentelle, il y eut cependant une certaine grâce sacramentelle avant l’Incarnation, une autre qui ne fut donnée qu’après la mission du Saint Esprit et une autre enfin qui se place entre les deux. Il a donc fallu que les sacrements soient institués de façon diverse. Car avant l’Incarnation, la componction pénitentielle et la génération matrimoniale étaient nécessaires; c’est pourquoi le Verbe n’a pas institué à nouveau ces deux sacrements mais, les prenant déjà institués par lui et comme inscrits dans la conscience par la loi naturelle, il les a achevés et confirmés dans la loi évangélique quand il prêcha la pénitence, qu’il assista aux noces et qu’il approuva la loi du mariage, comme il ressort de maints endroits de l’Evangile. Avant la mission du Saint Esprit, ce dernier ne fut pas donné pleinement pour la confirmation et pour la confession publique du nom du Christ. Il n’y eut pas non plus d’onction plénière de l’âme pour la sortie de ce monde. C’est pourquoi ces deux sacrements, à savoir la confirmation et l’extrême-onction, le Christ lui-même n’en fut l’auteur que de façon initiale et ne fit que les insinuer la confirmation, en imposant les mains sur les enfants et en annonçant à l’avance que ses disciples seraient baptisés dans le Saint Esprit; l’extrême-onction, en envoyant ses disciples guérir par l’onction d’huile, comme il est rapporté dans Marc. Dans l’époque intermédiaire, il y eut la régénération, l’organisation de l’Eglise et la nutrition spirituelle. C’est pourquoi le Christ a institué complètement et claire ment ces trois sacrements: le baptême, l’eucharistie et l’ordre. Le baptême d’abord, en le recevant, en lui donnant sa forme et en le faisant connaître aux autres; l’ordre, en donnant d’abord le pouvoir de lier et de délier les péchés du genre humain puis celui de confectionner le sacrement de l’autel; l’eucharistie, en se comparant au grain de froment, en confectionnant et en donnant à ses disciples, dans l’imminence de sa passion, le sacrement de son corps et de son sang. C’est pourquoi ces trois sacrements ont dû être institués distinctement et intégralement par le Christ et figurés dans la loi ancienne de multiples façons comme sacrements substantiels du Nouveau Testament et revenant en propre au Législateur, c’est-à-dire au Verbe Incarné.
Chapitre 5: L’administration des sacrements
Enoncé
1. Ce pouvoir ne revient régulièrement qu’au seul genre humain. Dans l’administration de tous les sacrements, l’intention est nécessaire chez celui qui administre. Dans quelques sacrements, en plus de l’intention, l’ordre sacerdotal ou pontifical est une nécessité. L’ordre pontifical est requis dans l’administration de la confirmation et de l’ordre, tandis que l’ordre sacerdotal est nécessaire pour administrer l’eucharistie, la pénitence et l’extrême-onction. Quant au baptême et au mariage, bien qu’ils reviennent au prêtre, ils peuvent être administrés de fait en dehors de l’ordre sacerdotal, surtout dans le cas de nécessité. Ceci étant, les sacrements peuvent être administrés par les bons et les mauvais, par les fidèles et les hérétiques, dans l’Eglise et hors d’elle, mais en tenant compte que dans l’Eglise, ils sont administrés validement et fructueusement tandis qu’en dehors d’elle, ils sont administrés sans fruit bien que validement
Explication
2. Notre principe réparateur, le Verbe Incarné, étant donné que c’est en tant que Dieu et en tant qu’homme qu’il a institué les sacrements pour le salut de l’homme, a réglé, comme il convenait, qu’ils seraient administrés aux hommes, par le ministère des hommes, pour que soit conservée la conformité du ministre au Christ Sauveur et à l’homme lui-même à sauver. Parce que le Christ Sauveur a sauvé l’humanité selon que l’exigeaient l’équilibre de la justice, la dignité de l’ordre et la sécurité du salut — en effet, il a opéré notre salut de façon juste, ordon née et certaine — il s’ensuit que c’est selon ces trois exigences qu’il a confié aux hommes l’administration des sacrements. Tout d’abord, l’équilibre du droit exige que les oeuvres de l’homme, en tant qu’homme ne se fassent pas avec précipitation. Il exige encore que les oeuvres de l’homme, en tant que ministre du Christ, s’y rapportent de quelque façon; que les oeuvres de l’homme, en tant que ministre du salut, se réfèrent de quelque manière au salut, soit en général soit en particulier. Or, l’administration des sacrements est une oeuvre de l’homme, en tant que raisonnable, en tant que ministre du Christ et en tant que ministre du salut. De là vient la nécessité d’administrer avec intention, celle de quelqu’un qui entend faire ce que le Christ a institué pour le salut de l’homme, ou du moins, faire ce que fait l’Eglise, en quoi est renfermée l’intention générale en question car l’Eglise elle-même administre les sacrements pour le salut des fidèles de la façon dont elle les a reçus du Christ.
3. Ensuite, la dignité de l’ordre exige que les grandes choses soient confiées aux grands, les petites aux petits et les intermédiaires à ceux de moyenne importance. Or, il y a des sacrements qui regardent principalement la perfection de la puissance ou de la dignité, comme la confirmation et l’ordre; certains ont rapport à la nécessité, comme le baptême et le mariage; ce dernier engendre et l’autre régénère à une existence qui s’impose. Certains autres tiennent le milieu, tels l’eucharistie la pénitence et l’extrême onction. On infère de tout cela que les premiers, en tant que les plus élevés, ne peuvent être administrés que par les évêques et les pontifes, en tant que cela relève du droit commun; les autres, en tant que moins élevés, peuvent être administrés par n’importe quels ordres et personnes inférieurs, surtout dans le cas de nécessité, ce que je dis en pensant au baptême; les sacrements intermédiaires, enfin, ne peuvent être administrés que par les seuls prêtres, eux qui, pour ainsi dire, tiennent le milieu entre les évêques et les personnes inférieures.
4. Enfin la sécurité du salut exige que les choses se passent de telle sorte qu’il n’y ait pas de place pour le doute; or, personne n’est sûr de la bonté et de la foi du ministre qui, en soi, n’est pas sûr lui-même d’être digne d’amour ou de haine. Si donc les sacrements ne pouvaient être administrés que par les bons, personne ne pourrait être certain de les avoir reçus. Il faudrait ainsi les renouveler sans cesse et la méchanceté de l’un porterait préjudice au salut de l’autre. En outre, il n’y aurait aucune stabilité dans les degrés de la hiérarchie de l’Eglise militante dont le rôle principal consiste à administrer les sacrements. Il convenait donc que l’administration des sacrements fût confiée à l’homme non pas en raison de la sainteté qui varie avec la volonté, mais en raison de l’autorité qui, en tant que telle, demeure toujours. A cause de cela, il fallait que cette autorité s’étende aux bons et aux mauvais, à ceux qui sont dans l’Eglise et à ceux qui sont en dehors d’elle. Toutefois, étant donné que personne ne peut être sauvé en dehors de l’unité de foi et de charité, unité qui nous constitue fils et membres de l’Eglise, les sacrements ne procurent pas le salut s’ils sont reçus en dehors de l’Eglise, bien que ce soient de vrais sacrements. Ils peuvent toutefois devenir utiles si la personne revient à la mère Eglise, unique épouse du Christ, cet époux qui ne reconnaît comme dignes de l’héritage éternel que les fils de cette même Eglise. De là ce que dit Augustin Contre les Donatistes. « La comparaison de l’Eglise au paradis nous indique que les hommes peuvent recevoir son baptême, même hors d’elle, mais que personne, en dehors d’elle, ne peut recevoir ou posséder le bienheureux salut. Car de la fontaine du paradis, au dire de l’Ecriture, des fleuves s’écoulaient abondamment, même à l’extérieur. On les mentionne chacun par son propre nom et tous savent par quelles régions ils coulent et qu’ils s’étendent hors du paradis. Ce n’est pourtant pas en Mésopotamie ou en Egypte, où ces fleuves parvenaient, que se trouve la félicité de la vie dont on nous rapporte l’existence au paradis. Il arrive donc ceci: alors que l’eau du paradis est en dehors de lui, la béatitude ne se trouve toutefois qu’à l’intérieur. Ainsi donc, le baptême de l’Eglise peut se trouver en dehors d’elle; le don de la vie bienheureuse par contre ne se trouve qu’à l’intérieur d’elle, laquelle aussi a été fondée sur le roc et a reçu le pouvoir de lier et de délier. Elle est seule à tenir et à posséder tout le pouvoir de son époux et Seigneur. Par ce pouvoir conjugal, elle peut même, de servantes, engendrer des fils qui auront part à l’héritage s’ils demeurent dans l’humilité, mais qui resteront dehors s’ils deviennent orgueilleux. Bien plus, puisque nous luttons pour l’honneur et l’unité de l’Eglise, n’allons pas attribuer aux hérétiques ce que chez eux nous reconnaissons lui appartenir, mais enseignons-leur par des arguments que ce qu’ils ont de par l’unité ne vaut pour le salut que s’ils viennent à cette même unité ».
Chapitre 6: La réitération des sacrements
Enoncé