Breviloquium (Résumé de la foi catholique) (page 5)

Bonaventure · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Breviloquium · 12 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3. Le premier principe est tout-puissant dans la création, il est aussi très droit dans le gouvernement.

« Il gouverne les choses qu’il a créées en les laissant agir de leur propre mouvement »

Parce que l’homme était ainsi créé qu’il devait par venir, par la victoire dans le combat, à la récompense du repos éternel, Dieu, qui savait que l’homme succomberait à la tentation, devait cependant permettre que l’homme soit tenté par celui qui savait, pouvait et voulait.

Parce que le diable, auparavant doué de science et de rectitude, était tombé par son orgueil et était devenu rusé et envieux, il voulait tenter par envie et le savait par astuce. Il tenta donc pour autant qu’il le put et que Dieu le permit. Ce fut par une permission divine qu’il revêtit l’aspect du serpent pour que non seulement on puisse connaître son astuce, mais aussi pour que, par cet aspect, la ruse diabolique dans la tentation soit connue de tous les fils d’Adam.

4. En outre, ce fut également par permission divine que la tentation porta sur le précepte de discipline, de sorte que, vaincu ou vainqueur, le diable fît connaître à tous le mérite de l’obéissance ou le démérite de la désobéissance. Mais ce fut par sa ruse qu’il commença par la femme, car il est plus facile de faire tomber le moins fort; comme c’est par ruse que l’ennemi entre dans la cité par le côté le moins défendu.

5. De même, la manière dont il procéda dans la tentation vient d’une grande ruse, car il procéda en éprouvant, en forçant et en alléchant. Il commença l’épreuve en interrogeant, força en affirmant, allécha en promettant. Il interrogea d’abord sur la cause du précepte pour conduire la raison dans le doute. Le doute acquis: « de peur que par hasard nous ne mourions »: alors il affirma pour conduire l’irascible dans le mépris. Enfin il fit une promesse pour mettre en appétit le concupiscible. Ainsi il opéra cette triple manoeuvre pour amener la liberté de l’arbitre à con sentir, car le libre-arbitre est faculté de raison et de volonté qui contient également les trois appétits, rationnel, irascible et concupiscible. Le diable allécha la femme selon ces trois appétits par un triple objet désirable, la science que désire l’appétit rationnel, la perfection à l’instar de Dieu que désire l’irascible, et la douceur de l’arbre que désire le concupiscible. Ainsi il tenta tout ce qui dans la femme était tentable par tout ce qui pouvait l’induire en tentation; ce sont les trois objets désirables du monde, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et la superbe de la vie L’origine de toute tentation vient de ces trois objets, le monde, la chair ou le diable.

Chapitre 3: La transgression de nos premiers parents

Enoncé

1. La femme en consentant à la tentation du diable, désira la science et l’excellence à l’instar de Dieu, elle désira également goûter la douceur de l’arbre défendu, elle tomba enfin dans la transgression du précepte.

Non contente de cela, elle offrit le fruit de l’arbre défendu et induisit l’homme en tentation.

Celui-ci ne voulant pas contrister ses charmes, ne blâma pas la femme, mais consentit au mauvais conseil qu’elle lui donnait et, goûtant le fruit qu’elle lui offrait, il se fit à son tour transgresseur du précepte divin.

Explication

2. On a dit plus haut que le premier principe a donné à l’homme un double sens et un double appétit par rapport au double livre et au double bien, de façon que l’homme puisse dans la liberté de son arbitre se tourner vers l’un ou l’autre. La femme ayant entendu la suggestion extérieure du serpent, ne recourut pas au livre intérieur qui s’offre pour être lu au jugement droit de la raison. Mais selon son sens propre, elle s’en tint au livre extérieur et commença de rechercher le bien extérieur. Et parce que son sens n’atteignit pas le vrai infaillible, son appétit commença de se tourner vers le bien changeant. Elle désira donc ce que le diable promettait et consentit à faire ce qu’il suggérait. Désirant la science parfaite, elle s’éleva dans l’orgueil. Elevée dans l’orgueil, elle fut du coup séduite par la gourmandise et ainsi terrassée par la désobéissance. Le premier mouvement eut lieu dans son esprit, le deuxième dans sa sensibilité, le troisième dans son action.

Et de même que la tentation, partant d’en-bas, parvint plus haut, car à partir du sens de l’ouïe elle conduisit du désir au consentement, ainsi par un mouvement contraire, le désordre commençant par en haut parvint jusqu’en bas et fit consommer un unique péché, cela, pour la nature humaine, est le commencement de tout péché et la source des maux.

3. Car la femme alléchée allécha l’homme qui semblablement tourné vers le livre extérieur et vers le bien changeant, en appréciant trop la compagnie de la femme et la consolation de sa présence, ne voulut ni la blâmer, ni contrister ses charmes.

Et parce qu’il aurait du la blâmer et ne la blâma pas, le péché de la femme lui est imputé Et parce qu’il ne voulut pas contrister ses charmes en la repoussant, il commença de, s’aimer trop lui-même et ainsi s’éloignant de l’amitié divine, tomba dans la gourmandise et la désobéissance.

4. La transgression du précepte fut donc commune à l’un et l’autre, bien que pour des raisons différentes, car la femme fut séduite et non l’homme. Dans les deux cependant, dans l’homme et dans la femme, il y eut désordre de haut en bas: d’abord dans l’esprit ou raison, puis dans la sensibilité et enfin dans l’action. L’un et l’autre furent donc terrassés par la désobéissance et alléchés par la gourmandise, car l’un et l’autre s’étaient élevés par l’orgueil, la femme en désirant et en briguant ce qu’elle n’avait pas encore, l’homme en aimant et en appréciant trop ce qu’il avait déjà. D’où la femme en mangeant crut être exaltée, mais Adam s’estimant. quelque chose de grand et d’agréable à Dieu, crut devoir être moins gravement puni. En effet, il n’avait encore éprouvé la rigueur de la sévérité divine

Ainsi, l’un et l’autre s’étant élevés au-dessus de soi d’une façon désordonnée, tombèrent misérablement en dessous de soi, de l’état d’innocence et de grâce à l’état de faute et de misère.

Chapitre 4: La punition de nos premiers parents

Enoncé

1. L’homme et la femme, aussitôt après leur faute, sentirent le châtiment de la rébellion et de la honte dans leur chair et pour couvrir leurs parties sexuelles, ils se firent des pagnes.

Après le jugement divin, l’homme encourut le châtiment du travail et de la pauvreté, le châtiment de la faim et de l’indigence, le châtiment de la mort et du retour à la poussière, comme le dit l’Ecriture: "Maudit soit le sol à cause de toi, etc."

A la femme un double châtiment fut infligé, celui des multiples afflictions dans la conception et des douleurs dans l’enfantement et celui de la sujétion à l’homme dans la communauté. Ainsi ce péché fut assez gravement puni qu’ils avaient commis en mangeant de l’arbre défendu, bien qu’il ait été inconsidérément perpétré.

Explication

2. Le premier principe est providence souveraine dans le gouvernement et rectitude parfaite dans la présidence. Il ne laisse absolument rien de désordonné dans l’univers. Parce que la faute conduit justement au châtiment, le déshonneur du péché fut immédiatement suivi, chez nos premiers parents, de l’honneur du jugement, afin que ce qui fut désordonné en tombant de l’ordre de la nature retombe aussitôt dans l’ordre de la justice. Car cet ordre double enlace à ce point toutes choses que ce qui tombe de l’un retombe dans l’autre

3. L’un et l’autre de nos parents, en s’enorgueillissant en esprit et en cédant à la gourmandise de la chair, furent désobéissants envers celui qui leur était supérieur. Par le juste jugement de Dieu, ce qui leur était inférieur devint désobéissant envers eux, en particulier ces parties du corps par lesquelles se fait l’union des sexes, les membres servant à la puissance de génération. Et parce que cela ne provenait pas de leur nature mais de leur propre faute, ils en rougirent et se couvrirent.

4. En outre, parce que l’homme, ayant méprisé ce qui était souverainement délectable, rechercha la délectation dans la chair, le juste jugement de Dieu lui infligea le travail et la peine de la faim et de la soif.

5. Enfin, parce qu’il choisit pour le bien de la chair de se séparer du bien de l’esprit, par le juste jugement de Dieu l’âme contre son gré est séparée de la chair par la mort et le retour à la poussière. Pour cela, comme Dieu avait donné à l’homme, selon l’ordre de la nature, un corps soumis à l’âme pouvant se propager sans débauche, pouvant se maintenir en vie sans défaillance, immuable sans que la mort intervienne, ainsi, après le péché, tout cela, selon l’ordre de la justice, lui fut enlevé et le contraire infligé. De la sorte la faute ne demeurerait pas impunie et désordonnée, ce que la divine providence n’aurait absolument pu souffrir.

6. Et parce que le péché commença par la femme, son châtiment fut doublé. S’étant enorgueillie dans l’esprit, elle encourut la sujétion; ayant vu et désiré l’arbre doux à manger, elle encourut la douleur enfin ayant rompu le joug de l’obéissance, elle encourut le lien et le poids de multiples afflictions.

Ainsi apparaît avec quel ordre la divine providence a infligé de multiples châtiments à l’homme et les a doublés dans la femme afin que « le déshonneur du péché ne soit pas sans l’honneur de la justice »

Chapitre 5: La corruption du péché originel

1. Après avoir parlé de la chute de nos premiers parents, il faut maintenant traiter de la transmission du péché originel au sujet duquel il faut considérer le mode de corruption, le mode de transmission et le mode de guérison.

2. Enoncé

Le mode selon lequel le genre humain est corrompu par le péché originel est le suivant: Tout être engendré par l’union de l’homme et de la femme naît par nature fils de la colère, parce qu’il est privé de la rectitude de la justice originelle.

L’absence de cette rectitude nous fait encourir, quant à l’âme, un quadruple châtiment la faiblesse, l’ignorance, la méchanceté et la concupiscence, quadruple châtiment qui est infligé à cause du péché originel.

Ces châtiments spirituels sont bien sûr accompagnés dans le corps par un châtiment multiple, de multiples imperfections, de multiples travaux, de multiples maladies et de multiples douleurs.

A ces châtiments s’ajoutent celui de la mort et du retour à la poussière, celui de l’absence de la vision de Dieu et de la perte de la gloire céleste, non seulement chez les adultes, mais aussi chez les enfants non baptisés. Ceux-ci cependant sont punis, par rapport aux autres, d' « un châtiment très adouci » car ils ne subissent que la peine du dam, sans la peine du sens.

Explication

3. Le premier principe fait toutes choses par lui, selon lui et pour lui. Il est donc nécessaire qu’il soit souverainement bon et absolument droit, et par là souverainement pieux et juste. Ainsi, tous les sentiers de Dieu sont amour et vérité ou jugement. Or si, dès le commencement, Dieu avait créé l’homme au milieu de tant de misères, il n’y aurait ni pitié, ni justice, parce qu’une telle misère opprimerait son oeuvre, sans qu’auparavant il y ait eu de faute. De même, si Dieu nous avait remplis de tant de misères ou permis que nous le soyons sans aucune faute, la divine providence ne nous gouvernerait ni avec piété, ni selon la justice.

Donc, s’il est très certain que le premier principe est, dans la création et dans la providence, absolument droit et souverainement clément, il est nécessaire qu’il ait créé le genre humain de telle façon que dès le commencement il n’y ait en lui ni faute, ni misère; il est nécessaire aussi, qu’il l’administre de telle façon qu’il ne permette en nous la misère qu’en raison d’une faute préalable.

Donc, parce qu’il est très certain que nous avons contracté, de par notre origine, une multiple misère de châtiment, il est certain que nous naissons tous par nature, fils de la colère, et pour cela privés de la rectitude de la justice originelle, cette privation nous l’appelons la faute originelle

4. Toute faute signifie qu’on s’est éloigné du bien immuable pour aller vers le bien changeant. S’éloigner du bien immuable, c’est s’éloigner de la force, de la vérité et de la bonté souveraines; aller vers le bien changeant c’est tendre à lui d’un amour indu; ainsi la perte de la justice originelle conduit à la faiblesse, à l’ignorance, à la méchanceté et à la concupiscence.

.

5. En outre, abandonner le bien immuable pour le bien changeant, c’est se rendre indigne de l’un et de l’autre. Ainsi, en raison de l’absence de la justice originelle, l’âme perd le repos temporel dans le corps par une multiple corruption et par la mort, elle est enfin privée de la vision de la lumière éternelle, perdant le bonheur de la gloire tant pour l’âme que pour le corps.

6. Enfin, l’absence de cette justice chez ceux qui naissent n’est pas due au mouvement de leur volonté ni à une délectation actuelle. Ainsi, après cette vie, la peine du sens dans l’enfer n’est pas la dette du péché originel, car la justice divine punit non au-dessus de la mesure, mais en dessous. La miséricorde surabondante l’accompagne toujours.

Il faut croire que le bienheureux Augustin l’a pensé, bien que les mots dans leur lettre semblent sonner autrement, à cause de son aversion pour l’erreur des pélagiens qui concédaient à ces enfants une certaine félicité. Pour les ramener à une juste mesure, il a trop abondamment glissé aux extrêmes.

Chapitre 6: La transmission du péché originel

1. Enoncé

Le mode de transmission du péché originel est le suivant: Bien que l’âme ne vienne pas à l’existence par transmission, le péché originel est cependant passé de l’âme d’Adam dans celles de sa postérité par la médiation de la chair engendrée dans la concupiscence. De sorte que, comme la chair d’Adam avait été infectée par l’âme pécheresse et portée au désir désordonné, de même engendrée dans le désir désordonné et traînant avec elle l’infection des vices, elle a infecté et vicié l’âme.

Cette infection dans l’âme n’est pas seulement châtiment, elle est aussi péché. Ainsi, la personne corrompt la nature et la nature corrompue corrompt à son tour la personne En tout ceci, la justice divine est sauve, à laquelle on ne peut nullement imputer l’infection de l’âme, bien que Dieu en la créant l’infuse et en l’infusant l’unit à la chair infectée.

2. Explication

Le premier principe avait fait l’homme à son image pour s’exprimer lui-même. Il l’avait ainsi créé dans son corps de telle sorte que tous les hommes sortiraient du premier homme comme d’un principe radical, et dans son âme afin qu’elle fût sa ressemblance expresse, tant dans l’être que dans la durée, tant dans l’intelligence que dans l’amour, de sorte que tous les esprits raisonnables émaneraient immédiatement de Dieu lui-même comme d’un principe premier et immédiat. Et parce que l’esprit, plus excellent s’approche davantage du premier principe, Dieu créa l’homme de façon que l’esprit commande au corps et que le corps soit soumis à l’esprit créé aussi long temps qu’il obéirait à l’Esprit incréé. Par contre, si l’esprit n’obéissait plus à Dieu, par le juste jugement divin, son corps se rebellerait contre lui. Ce qui eut lieu lorsqu’Adam pécha.

3. Donc, si Adam avait résisté, son corps serait demeuré obéissant à l’esprit, et il l'aurait transmis tel à sa postérité, et Dieu lui aurait infusé l’âme de sorte que, unie à un corps immortel et lui obéissant, elle aurait possédé l’ordre de la justice et l’immunité contre tout châtiment. Du fait qu’Adam a péché et que la chair s’est rebellée contre l’esprit, il fallait qu’il la transmette telle à sa postérité et que Dieu infuse l’âme comme il l’avait instituée dès l’origine. Or, l’âme, dès lors qu’elle s’est unie à une chair rebelle, ne possède plus l’ordre naturel de la justice par lequel elle devait régner sur tout ce qui lui est inférieur. Unie à la chair, l’âme doit la conduire ou être conduite par elle. Puisqu’elle ne peut plus conduire une chair rebelle, elle se laisse nécessairement conduire par elle, et encourt la maladie de la concupiscence. Ainsi encourt-elle en même temps l’absence de la justice due et la maladie de la concupiscence. De ces deux châtiments comme de l’aversion et de la conversion, on dit que le péché originel est, selon Augustin et Anselme, établi dans son intégralité.

4. Il était dans l’ordre absolu que la nature humaine soit ainsi créée, et une fois créée ainsi propagée; et que si elle péchait, elle soit ainsi châtiée, comme on l’a dit plus haut. Dans la création a été sauvegardé l’ordre de la sagesse, dans la propagation l’ordre de la nature, dans la punition l’ordre de la justice. Il apparaît qu’il n’est pas contraire à la justice divine que le péché soit transmis à la postérité.

5. En outre, le péché originel ne pouvait être transmis dans l’âme que si le châtiment de la rébellion avait précédé dans la chair. Le châtiment n’existait que si l’avait précédé la faute. La faute procède non d’une volonté ordonnée, mais d’une volonté désordonnée et ainsi non de la volonté divine, mais de la volonté humaine. La transmission du péché originel vient donc du péché du premier homme et non de Dieu, non de la nature créée, mais du vice perpétré. Ainsi, ce que dit Augustin est vrai que « ce n’est pas la propagation mais le désir désordonné qui transmet le péché originel à la postérité ».

Chapitre 7: La guérison du péché originel

1. Enoncé

Le mode de guérison du péché originel est le suivant.

La faute est guérie de telle façon que demeure le châtiment temporel, comme il apparaît chez les enfants baptisés.

Il est guéri quant à l’imputation du châtiment éternel, cependant de telle façon qu’il demeure quant à l’acte et au mouvement de la concupiscence.

Il est guéri chez les parents, néanmoins de telle façon que ceux-ci guéris par le baptême, le transmettent encore à leurs enfants.

La tache du péché originel est enlevée de telle façon que demeurent les conséquences, contre les quelles il nous faut lutter aussi longtemps que nous vivons ici-bas, car en personne la concupiscence n’est absolument éteinte par la grâce commune.

Je dis cela à cause de la bienheureuse Vierge, en qui cette concupiscence fut éteinte dans la conception du Fils de Dieu, par une grâce singulière

2. Explication

De même que l’infection dérive chez tous du principe créé par lequel se fait la propagation des corps, et ce par la partie inférieure, la chair, ainsi, la guérison doit provenir du principe incréé par lequel sont infusées les âmes et ce, par la partie supérieure, l’es prit. Parce que, du côté de l’esprit, il y a entre les hommes une distinction telle que selon elle, l’esprit n’est pas propagé à partir d’un autre mais sort immédiatement de Dieu, la grâce curative infusée dans notre esprit par Dieu concerne chacun en tant qu’il est une personne singulière et individuelle, et non en tant que produit selon la puissance de la nature. Donc, parce que le péché originel a infecté également la personne et la nature, la personne dans la volonté et la nature dans la chair, la tache originelle est guérie dans l’esprit tandis que demeure l’infection et les désordres dans la chair.

3. Et parce que l’homme engendre non en tant que guéri dans l’esprit, mais en tant que corrompu dans la chair, non en tant qu’être spirituel mais en tant qu’être charnel, bien qu’il soit baptisé et ainsi lavé en lui-même du péché originel, il transmet cependant ce péché à ses enfants.

4. En outre, parce que l’imputation du châtiment éternel concerne la difformité de l’esprit et de la personne, que le mouvement concerne l’inclination de la chair et de la nature, ainsi par le baptême, le péché originel disparaît quant à l’imputation, mais demeure cependant quant à l’acte

5. Enfin, parce que l’affliction temporelle con cerne la condition humaine selon la chair, et que la chair demeure toujours sujette à une certaine infection, elle doit toujours demeurer sujette à la pénalité. Donc, puisque la pénalité et la corruption ne sont pas enlevées de la chair par la grâce, ces désordres, la concupiscence et la maladie des membres peuvent subsister avec la grâce curative.

C’est pourquoi, bien que la concupiscence soit peu à peu diminuée sans que la racine en soit arrachée, elle n’est jamais totalement enlevée chez l’homme ici-bas, sauf chez la bienheureuse Vierge par une grâce singulière. La Vierge, en effet, a conçu celui qui était l’expiation de toute faute. Une grâce singulière lui a donc été donnée par laquelle toute concupiscence fut éteinte en elle dans sa racine pour concevoir le Fils de Dieu sans aucune souillure, ni corruption du péché. « Car il convenait que la Vierge possédât la plus grande pureté qui puisse se concevoir en-dessous de Dieu; cette Vierge à qui Dieu le Père avait voulu donner le Fils unique qu’il a engendré de son coeur, égal à lui-même et qu’il aimait comme lui-même, de telle sorte qu’il serait naturellement un seul et même Fils commun de Dieu le Père et de la Vierge. Le Fils lui-même avait choisi de faire substantiellement de la Vierge, sa mère. L’Esprit Saint voulait et fit que la Vierge, conçût et mit au monde celui dont il procédait. ».

Chapitre 8: L’origine des péchés actuels

1. Après avoir parlé de la transmission du péché originel, il faut maintenant traiter quelque peu de l’origine du péché actuel.

Enoncé

Il faut tenir en somme que le péché actuel prend son origine dans la volonté libre de chacun par suggestion, délectation, consentement et accomplissement, selon ce que dit S. Jacques: « Chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui l’attire et le leurre. Puis la convoitise ayant conçu, donne naissance au péché, et le péché parvenu à son terme, enfante la mort ».

Si la suggestion et la délectation demeurent en deçà du consentement, le péché est véniel.

S’il y a consentement et oeuvre accomplie en matière défendue par la loi divine, c’est un péché mortel consommé.

Si le péché reste entre les deux, de sorte que le consentement ne va pas jusqu’à l’acte, ou bien parce que le voulant il ne le peut pas, alors la volonté est imputée de ce fait et n’est pas moins coupable que si elle avait été jusqu’au fait; ou bien si ne voulant pas aller jusqu’à l’acte il veut pourtant jouir intérieurement de la délectation, alors la femme mange, mais non l’homme. Bien que le péché ne soit pleinement consommé, il est cependant considéré comme un péché mortel parce que quand la femme mange, tout l’homme a mérité d’être condamné. Cela a sur tout lieu dans les péchés charnels.

2. Explication

Le péché signifiant un éloignement de la volonté par rapport au premier principe, en tant que la volonté est faite pour agir à partir de lui-même, selon lui et par lui, tout péché est un détournement de l’esprit, c’est-à-dire de la volonté qui, par nature, est capable de vertu ou de vice Le péché actuel est donc le détournement actuel de la volonté. Ce détournement peut être si grand qu’il anéantit l’ordre de la justice, c’est le péché mortel qui enlève la vie, en séparant l’âme de Dieu vie de l’âme juste. Ou bien ce détournement est si minime que, sans anéantir cet ordre de la justice, il le perturbe quelque peu, c’est le péché véniel, ainsi appelé parce que nous pouvons en obtenir rapidement le pardon du fait qu’il n’enlève pas la grâce et ne fait pas encourir l’inimitié de Dieu.

L’ordre de la justice veut que le bien immuable soit préféré au bien passager, le bien honnête au bien utile, la volonté de Dieu à la volonté propre, de sorte que le jugement de la droite raison passe avant la sensualité. La loi de Dieu prescrit cet ordre et interdit son contraire. C’est pourquoi quand le bien changeant est préféré au bien éternel, quand le bien utile est préféré au bien honnête, quand notre volonté est préférée à la volonté de Dieu, quand l’appétit sensuel est préféré à la droite raison, alors c’est le péché mortel, dont S. Ambroise dit qu’il est « transgression de la loi divine et désobéissance aux commandements célestes ». Le péché mortel est commis soit en omettant ce que prescrit la loi divine, soit en faisant ce qu’elle défend. Ainsi il y a deux genres de péché, l’omission et la transgression

3. Quand le bien changeant est ainsi aimé plus qu’il ne doit, mais non préféré au bien immuable, quand l’utilité n’est pas préférée à l’honnêteté, quand notre volonté est aimée plus qu’il ne faut mais non préférée à la volonté divine, quand la chair désire mais n’est pas préférée au jugement de la droite raison, alors ce n’est pas le péché mortel, mais le péché véniel, car bien qu’il soit à côté de la loi , il n’est cependant pas directement contre elle. L’appétit sensuel n’est préféré à la droite raison que si la raison y consent. On ne peut donc commettre de péché mortel en deçà du consentement.

4. Si cependant la sensualité est mue d’une façon désordonnée, ce désordre inclinant au mal, bien que la raison n’y consente pas, il y a quelque péché parce que l’ordre de la justice est lésé en quelque façon.

Dans l’état d’innocence, la sensualité n’était mue que selon le mouvement de la raison. Tant que l’homme y demeurait, il ne pouvait y avoir de péché véniel.

Maintenant, la sensualité s’oppose à la raison que nous le voulions ou non. Aussi commettons-nous nécessairement des péchés véniels par les mouvements premiers, qui certes peuvent être rejetés un à un mais ne peuvent être globalement évités, car ils sont si bien péchés qu’ils sont aussi peines du péché. Ils sont donc, à juste titre, appelés véniels car de ce fait ils méritent le pardon.

5. Mais la raison n’est pas obligée de consentir. Si donc après la délectation elle consent à l’oeuvre, il y a plein consentement et par là péché consommé, car il parvient jusqu’à l’homme, c’est-à-dire jusqu’à la partie supérieure de la raison dont dépend la plénitude du consentement.

6. Le consentement n’est pas seulement dans l’acte, il est aussi dans la délectation; en lui, la partie inférieure de la raison suit la sensualité. Donc si dans la délectation sensuelle la raison succombe à la sensualité, la femme obéit au serpent, et ainsi y a-t-il boule versement de l’ordre établi et donc de la justice. Pour cette raison on commet un péché mortel — bien que de moindre gravité. Il n’est pas imputé seulement à la femme, mais aussi à l’homme qui devait la retenir et l’empêcher d’obéir au serpent. Ainsi il apparaît que dans tout péché actuel se trouve une certaine imitation du premier péché, comme l’explique le Grand Docteur, Augustin, au chapitre du De Trinitate.

.

Chapitre 1: L’origine et la distinction des péchés capitaux

Enoncé

1. Il faut maintenant descendre jusqu’à l’origine des péchés en particulier. Parmi eux, il y a des péchés capitaux, des péchés pénaux et des péchés finals ou irrémissibles, en d’autres termes, des premiers, des intermédiaires et des derniers.

Aux péchés actuels, on reconnaît un principe, une double racine, un triple foyer, une tête septiforme ou péché capital.

Le principe unique est l’orgueil selon qu’il est écrit Le principe de tout péché, c’est l’orgueil.

La double racine c’est la crainte provoquant une fausse honte et l’amour enflammant d’une mauvaise ardeur.

Les trois foyers sont, selon les trois concupiscences du monde, la chair, les yeux et la superbe de la vie.

La tête septiforme, l’orgueil, l’envie, la colère, la paresse, l’avarice, la gourmandise, la luxure. Parmi ces péchés, les cinq premiers sont spirituels, les deux derniers, charnels.

2. Explication

Le péché mortel est un éloignement actu du premier principe. On ne s’éloigne du premier principe qu’en le méprisant, soit en lui-même, soit dans son précepte. Or, le mépris du premier principe est l’orgueil. Toute faute ou offense mortelle trouve donc nécessairement son principe dans l’orgueil.

Tous les livres