Breviloquium (Résumé de la foi catholique) (page 6)

Bonaventure · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Breviloquium · 12 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3. Personne ne méprise le principe souverain ou son précepte par soi-même si ce n’est parce qu’il veut par soi-même acquérir quelque chose d’autre ou craint de le perdre. Tout péché actuel tire donc nécessairement son origine d’une double racine, la crainte et l’amour. Ce sont les racines des maux, mais non également.

4. Car toute crainte tire son origine de l’amour. Personne ne craint de perdre quelque chose sinon parce qu’il aime la posséder. La crainte est donc nourrie par ce qui nourrit l’amour. Or l’amour est désordonné à l’égard du bien changeant. Ce bien changeant est triple intérieur, c’est la supériorité, extérieur, c’est la fortune, inférieur, la licence de la chair. De là, il y a nécessairement trois foyers des péchés actuels dont il a été parlé plus haut. Tous les péchés actuels naissent du mouvement de l’âme qui se porte vers ces trois foyers.

5. Tout cela arrive de sept manières différentes. Il y a donc sept péchés capitaux, source de tous les vices. Car notre volonté est désordonnée en désirant ce qu’on ne doit pas désirer ou en refusant ce qui n’est pas à refuser.

Quand la volonté désire ce qui n’est pas désirable, c’est-à-dire un bien présent ou changeant ou ayant l’apparence du bien: si ce bien est intérieur, c’est la supériorité individuelle qu’aime l’orgueil; si ce bien est extérieur, c’est l’aisance matérielle qu’aime l’avarice; si ce bien est inférieur, il est délectable parce qu’il sert à la conservation de l’individu, tel l’aliment, qui est délectable pour le goût et désiré par la gourmandise; il est délectable parce qu’il sert à la conservation de la race, tel le coït qui est délectable pour le toucher et désiré par la luxure. Quand la volonté est désordonnée parce qu’elle refuse ce qu’elle ne devait pas refuser, elle le fait d’une triple façon selon le principe de son refus. Ou bien elle refuse selon l’instinct rationnel perverti, c’est l’envie; ou bien elle refuse selon l’instinct de défense, c’est la colère; ou bien elle refuse selon l’instinct du désir, c’est la paresse. Ainsi parce qu’il y a quatre choses principales désirables et trois forces instinctivement repoussées, il n’y a que sept péchés capitaux.

6. En outre, la pensée d’une chose désirable est accompagnée de délectation, la pensée d’une chose à refuser est accompagnée de douleur. Ainsi, quatre péchés sont liés à la joie, les trois autres sont liés à la tristesse et à la peine. On les appelle cependant tous péchés capitaux parce qu’ils sont désordres principaux et principes de beaucoup d’autres désordres, chacun influant à sa façon. De là, bien que certains d’entre eux concernent principalement le refus, ils possèdent cependant leurs objets de délectation. L’en vie veut posséder un bien propre sans associé, donc intégralement; la colère le veut sans contraire, donc imperturbablement, la paresse le veut sans aucun travail, donc infatigablement.

Et parce qu’ils n’obtiennent pas facilement leur fin, ils traînent avec eux une grande foule de vices pour atteindre de cette façon ce qu’ils désirent, ou pour refuser ce qu’ils repoussent. Pour cela, on les appelle péchés capitaux, comme des principes dont découlent tous les autres.

Chapitre 10: L’origine et la qualité des péchés pénaux

1. Enoncé

Bien que le mal de la faute et le mal de la peine soient des maux différents, certains sont cependant péchés et aussi peines du péché. D’une manière spéciale, on appelle péchés et peines du péché ceux qui sont accompagnés de douleur et de tristesse, comme l’envie, la paresse et d’autres semblables. D’une manière moins spéciale, on appelle ainsi ceux qui sont accompagnés d’une pure dépravation de la nature, ou bien de honte, comme le sont ceux au regard desquels on dit que le pécheur est livré à son sens propre dépravé. D’une manière générale, on appelle ainsi les péchés qui sont « entre la première apostasie et l’ultime châtiment de l’enfer on peut les appeler aussi péchés et peines du péché » selon ce que dit Grégoire, que « les crimes sont punis par les crimes »

Bien que l’on parle également de péché et de peine du péché, il faut cependant savoir que toute peine en tant que peine est juste et vient de Dieu, mais qu’aucune faute n’est juste et ne peut provenir de Dieu, mais vient seulement du libre-arbitre.

La peine qui est purement peine est infligée par Dieu; celle qui est liée à la faute ou qui incline à la faute est contractée ou produite

2. Explication

Le mal est retrait vis-à-vis du premier principe par le fait qu’il nuit au bien. Il ne nuit au bien qu’en l’excluant. Or le bien existe dans le mode, l’espèce et l’ordre. Tout mal est corruption du mode, de l’espèce ou de l’ordre. Or, l’ordre est double, ordre de la nature et ordre de la justice. L’ordre de la nature est dans le bien naturel, l’ordre de la justice dans le bien moral. Parce que le bien naturel se trouve dans toute nature, le bien moral existe nécessairement dans la volonté: l’ordre de la nature existe donc dans toute nature, l’ordre de la justice dans la volonté élective. Parce que la volonté est un « instrument se mouvant soi-même » alors que la nature ne l’est pas, l’ordre de la justice est un ordre non seulement fait, mais facteur, tandis que l’ordre de la nature n’est qu’un ordre fait. Donc, parce que le mal peut écarter l’ordre de la justice et l’ordre de la nature, le mal est donc double, mal de la faute et mal de la peine.

3. En outre, parce que l’ordre de la justice est un ordre volontaire, « le mal de la faute est une affection volontaire, tandis que le mal de la peine est une affection involontaire »

4. Enfin, parce que l’ordre de la justice qui existe dans la volonté est un ordre facteur, « le mal de la faute qui en est la privation est un mal que nous faisons, tandis que le mal de la peine est un mal que nous subissons ». Et parce qu’il n’y a pas de passion que ne précède naturellement une action, et pas d’action qui ne soit suivie d’une certaine passion, il n’y a aucune peine qui ne soit méritée par une faute antécédente, ni aucune faute que ne suive quelque peine.

5. Parce que ce que nous faisons vient de nous, que ce que nous subissons peut venir de nous et des autres, d’une cause supérieure ou inférieure, toute faute vient de nous, mais toute peine ne vient pas de nous, certaines sont faites par nous, d’autres nous sont infligées, d’autres enfin contractées.

6. Parce qu’il est juste que celui qui fait ce qu’il ne doit pas subisse ce qu’il doit, toute peine en tant que peine est juste et vient de la divine providence, car elle est ordonnée à la faute et rétablit l’ordre que le péché a détruit.

7. Parce que le fait de subir une peine peut venir du rejet du bien naturel ou du bien moral joint au bien naturel, certaines peines sont purement peines, certaines sont peines et fautes, car le bien moral qui est la justice n’est rejeté que par une injustice qui est la faute. La première peine vient de Dieu, et en tant que peine et en tant qu’elle est, elle vient de Dieu, dis-je, non comme d’un auteur, mais comme d’un vengeur. La seconde, puisqu’elle est faute ne vient pas de Dieu pour autant qu’elle est, mais seulement en tant que relative à l’ordre. Elle est encourue, si elle suit un péché actuel, elle est contractée si elle suit le péché originel.

8. Si l’on entend le mal dans son sens propre, en tant que privation du bien naturel, affection involontaire et mal que nous subissons, il ne coïncide pas avec le mal de la faute bien qu’il en soit une conséquence. Si on l’entend dans son sens large, en parlant du mal que nous subissons soit à cause de nous, soit pour d’autres causes, soit dans la nature, soit dans la volonté, il coïncide avec le mal de la faute, mais ne s’applique pas aux mêmes choses ni de la même façon, car ce qui est faute de soi est appelé la peine d’un péché précédent, ou bien la faute en tant qu’action est appelée peine en tant que passion.

Ainsi, apparaît comment, dans quelle mesure et pourquoi la même chose peut être appelée péché et peine de péché.

Chapitre 11: L’origine des péchés finals qui sont les péchés contre le Saint Esprit

1. Enoncé

Bien qu’en général tout péché soit dirigé contre Dieu trois et un, on parle, par appropriation, de péché contre le Père, contre le Fils et contre l’Esprit Saint.

On dit que ce péché contre l’Esprit Saint est irrémissible en ce siècle et en l’autre, non parce qu’il ne peut être remis en ce siècle, mais parce qu’il est rarement ou presque jamais remis en ce siècle quant à la faute, et parce qu’il n’y aura aucune ou presque aucune rémission pour ce péché dans le siècle futur, quant à la peine.

Les péchés de ce genre sont au nombre de six, la haine de la grâce fraternelle, l’attaque contre la vérité reconnue, le désespoir, la présomption, l’obstination de l’esprit et l’impénitence finale

2. Explication

Parce que le péché est retrait vis-à-vis du premier principe trois et un, tout péché déforme l’image de la Trinité et corrompt l’âme elle-même dans sa triple puissance, irascible, rationnelle et concupiscible. Il provient du libre-arbitre qui porte en soi la marque de la Trinité: du Père, parce qu’il est faculté; du Fils, parce qu’il est raison; du Saint Esprit, parce qu’il est volonté.

3. Bien que ces trois éléments concourrent ensemble dans toute faute, chacun d’eux peut, par son défaut, être à l’origine du désordre des autres. Le défaut dans la faculté est impuissance, le défaut dans la raison est ignorance, le défaut dans la volonté est méchanceté. De là, puisque certains péchés viennent de l’impuissance, certains de l’ignorance, certains de la méchanceté et puisque la puissance est attribuée au Père, la sagesse au Fils et la volonté au Saint Esprit, on dit que certains péchés sont contre le Père, d’autres contre le Fils, d’autres contre le Saint-Esprit. Parce que, rien n’est plus dans la volonté que la volonté elle-même et que la volonté elle-même est l’origine du péché, aucun péché n’est plus volontaire et péché pur que celui qui provient de la corruption dans la volonté.

Un acte peut être involontaire de deux manières, par violence subie ou par ignorance, c’est-à-dire par défaut de puissance ou par défaut de science quand la volonté par sa seule corruption, bien qu’elle puisse résister et sache que ceci est mal, choisit quel que chose, on dit alors qu’elle pèche par une méchanceté certaine Un tel péché procède purement de la méchanceté du libre-arbitre de la volonté et attaque directement la grâce du Saint-Esprit. Et parce que le péché procède purement de la liberté de l’arbitre, il n’a pas la moindre excuse et à cause de cela rien ne doit, à celui qui est puni, être pardonné dans le châtiment. Parce qu’il attaque directement la grâce du Saint Esprit par laquelle se fait la rémission du péché, on l’appelle irrémissible, non parce qu’il ne peut en aucune façon être remis, mais parce que, en tant que tel, il attaque directement le médicament et le remède par lequel est accomplie la rémission du péché.

4. Parce que la rémission du péché est faite par Dieu moyennant la grâce pénitentielle accordée dans l’unité de l’Eglise, on distingue les péchés selon leur opposition à ces trois éléments. Ils s’opposent à la grâce pénitentielle en elle-même, ou dans la relation avec Dieu qui la donne, ou dans la relation avec l’Eglise en qui elle est reçue.

S’ils s’opposent à la grâce dans sa relation avec l’unité de l’Eglise, parce que l’unité de l’Eglise est établie dans la foi et la charité, dans la grâce et la vérité, il y a un double péché, la haine de la grâce fraternelle et l’attaque de la vérité reconnue

S’ils s’opposent à la grâce dans la relation avec Dieu qui la donne, puisque tous les sentiers de Dieu, quant à la justification sont surtout amour et vérité, il y a un double péché, celui qui s’oppose à la miséricorde, le désespoir, celui qui s’oppose à la justice, la présomption de l’impunité.

Enfin, s’ils s’opposent à la grâce pénitentielle en elle-même ou selon elle-même, il y a double péché, car elle fait revenir des péchés commis et éviter ceux à commettre. Dans le premier cas, c’est l’obstination, et dans le second cas l’impénitence finale, ou volonté de ne pas faire pénitence. C’est là l’espèce propre du péché contre l’Esprit Saint. L’impénitence finale signifie la continuation du péché jusqu’à la fin, telles sont les séquelles de tous les péchés mortels qui ne sont par remis en cette vie et surtout de tous les genres de péchés contre l’Esprit Saint.

5. Ainsi tout péché trouve son principe dans l’orgueil et sa consommation ou sa fin dans l’impénitence finale. Celui qui parviendra dans cet état tombe en enfer; dont aucun de ceux qui pèchent mortellement ne peut être délivré sinon par l’intervention de la grâce du médiateur, le Christ. C’est pourquoi l’universalité de ceux qui doivent être sauvés désirait son incarnation. A ce médiateur, Notre Seigneur, tout honneur et toute gloire dans les siècles des siècles. Amen.

PARTIE IV: L'INCARNATION DU VERBE

Chapitre 12: La raison pour laquelle il fallait ou il convenait que le Verbe de Dieu s’incarne

1. Enoncé.

Après avoir parlé de la Trinité de Dieu, du monde créature et de la corruption du péché, nous devons maintenant traiter brièvement de l’Incarnation par laquelle le Verbe incarné est devenu salut et restauration du genre humain, non parce que Dieu ne pouvait sauver ou libérer autrement le genre humain, mais parce qu’aucun autre moyen n’était plus digne et convenable au réparateur, à celui qui devait être réparé, à la réparation.

2. Explication.

Le principe effectif des choses ne pouvait et ne devait être que Dieu. Or, réparer les choses créées n’est pas moindre que les produire dans l’être, de même qu’être ordonné au bien n’est pas moindre qu’être simplement. Il était donc très convenable que le principe réparateur des choses soit le Dieu souverain afin que, Dieu ayant créé toutes choses par le Verbe incréé, il les guérisse toutes par le Verbe incarné. Donc, parce que Dieu a fait toutes choses avec puissance, sagesse et bonté ou bienveillance, il convenait qu’il les répare pour montrer sa puissance, sa sagesse, sa bienveillance. Quoi de plus puissant, en effet, que d’unir les extrêmes souverainement éloignés en une seule personne? Quoi de plus sage et de plus convenable que, pour la perfection de l’univers entier, soient unis le premier et le dernier, le Verbe de Dieu principe de toutes choses et la nature humaine de toutes les créatures la dernière dans le temps? Quoi de plus bienveillant que le Seigneur, pour le salut du serviteur, ait pris la condition d’esclave? Bien plus, ceci est le fait d’une telle bonté qu’on ne peut rien penser de plus clément, de plus affectueux, de plus amical. Ce mode était donc le plus convenable à Dieu réparateur pour manifester sa puissance, sa sagesse et sa bienveillance.

3. En outre, l’homme en tombant dans le péché s’était détourné et éloigné du principe tout-puissant, souverainement sage et bienveillant. Il se précipita dans la faiblesse, l’ignorance et la méchanceté et par là, de spirituel, il devint charnel, animal et sensuel. Il était donc incapable d’imiter la vertu, de connaître la lumière et d’aimer la bonté de Dieu. Donc, à cause de cela, il convenait tout à fait que l’homme en cet état soit réparé de telle façon que le premier principe condescende vers lui en se rendant pour lui connaissable, aimable et imitable. Et parce que l’homme charnel, animal et sensuel ne connaissait, n’aimait et ne poursuivait que des biens proportionnés ou semblables à lui-même, pour arracher l’homme à cet état, le Verbe s’est fait chair afin que l’homme, qui lui aussi était chair, puisse le connaître, l’aimer et l’imiter. Ainsi, l’homme en connaissant, en aimant et en imitant Dieu est guéri de la maladie du péché.

4. Enfin, l’homme ne pouvait être parfaitement réparé que s’il récupérait l’innocence de l’esprit, l’amitié de Dieu et sa propre excellence par laquelle il est soumis à Dieu seul. Or, ce ne pouvait être que par Dieu devenu serviteur. Il convenait donc que le Verbe s’incarne. Son excellence, l’homme ne pouvait la récupérer que si le réparateur était Dieu, car s’il avait été pure créature, l’homme aurait été alors soumis à cette pure créature et n’aurait pas ainsi récupéré son statut d’excellence S L’amitié de Dieu, il ne pouvait pas davantage la récupérer sinon par un médiateur valable qui pouvait poser la main sur chacun des deux extrêmes et était conforme aux deux, ami des deux et donc semblable à Dieu par la divinité et semblable à l’homme par l’humanité. L’innocence de l’esprit, l’homme ne pouvait la récupérer que si son péché était remis. Or, la justice divine ne devait la remettre que par une satisfaction convenable. Seul Dieu pouvait satisfaire pour tout le genre humain, seul l’homme le devait, lui qui avait péché. Il convenait donc tout à fait que le genre humain soit réparé par un Dieu-homme né de la race d’Adam.

L’excellence ne pouvait être récupérée que par le réparateur le plus excellent, l’amitié ne pouvait être restaurée que par un médiateur souverainement amical, l’innocence ne pouvait être recouvrée que par l’auteur d’une satisfaction suffisante. Or, le réparateur infiniment parfait ne peut être que Dieu, le médiateur souverainement amical ne peut être qu’un homme, l’auteur d’une satisfaction suffisante doit être à la fois Dieu et homme. L’incarnation du Verbe convient donc parfaitement à notre réparation, de sorte que le genre humain venu à l’être par le Verbe incréé, tombé dans le péché en délaissant le Verbe inspiré, ressurgit du péché par le Verbe incarné.

Chapitre 1: L’union des natures dans l’Incarnation

1. Enoncé.

Au sujet du Verbe incarné, il nous faut considérer trois questions l’union des natures, la plénitude des charismes et le martyre des souffrances pour le rachat du genre humain. Au sujet de l’union des natures, il faut considérer trois aspects pour comprendre le mystère de l’Incarnation: l’oeuvre, le mode et le temps.

2. L’incarnation est l’opération de la Trinité dans laquelle eut lieu l’assomption d’une chair par la Déité et l'union de la Déité avec une chair. Ainsi, ce n’est pas seulement l’assomption de la chair sensible, mais aussi de l’esprit raisonnable avec ses puissances végétative, sensitive et intellective. Ainsi encore, l’union n’a pas lieu dans l’unité de la nature mais de la personne, non d’une personne humaine mais d’une personne divine, non d’une personne assumée mais d’une personne assumante, non de n’importe quelle personne mais de la personne du seul Verbe. L’union est telle dans la personne que tout ce qui est dit du Fils de Dieu est dit du fils de l’homme et vice versa, sauf cependant ce en quoi est exprimée l’union ou ce qui renferme une négation

3. Explication.

L’oeuvre de l’incarnation est opérée par le premier principe, non seulement en tant que principe effectif dans la production, mais aussi en tant que principe réparateur dans la guérison, dans la satisfaction et dans la réconciliation. Donc, l’incarnation, en tant qu’elle signifie un certain effet est l’oeuvre du premier principe qui fait toutes choses par sa souveraine Puissance. Or, la substance, la force et l’opération sont absolument unes et indivises entre les trois personnes. Il est donc nécessaire que l’oeuvre de l’incarnation découle de la Trinité tout entière.

4. L’incarnation est aussi l’oeuvre du premier principe, en tant q principe réparateur par la guérison. Or, tout le genre humain était tombé et vicié, non seulement dans son âme, mais aussi dans sa chair. Il était donc nécessaire qu’il soit assumé tout entier pour être tout entier guéri Et parce que la partie charnelle nous est plus connue et est plus distante de Dieu, pour que la dénomination en soit plus expressive, l’humiliation mieux exprimée et notre sanctification plus profondément expliquée, on nomme cette oeuvre non pas inanimation, mais incarnation.

5. En outre, l’incarnation est l’oeuvre du premier principe en tant que principe réparateur dans la satisfaction. Or, il n’y a satisfaction que par celui qui le doit et le peut. L’homme seul le doit, Dieu seul le peut. Il fallait donc que dans la satisfaction concourrent les deux natures, la nature divine et la nature humaine. Et parce qu’il est impossible que la nature divine concourre avec une autre nature comme partie dans la constitution d’un tiers, parce que la nature divine ne se transforme pas dans une autre nature et qu’une autre nature ne se transforme pas, dans la nature divine, à cause de sa simplicité et de son immutabilité absolues, la Déité et l’humanité ne sont pas unies dans l'unité d’une nature ou d’un accident, elles sont unies dans l’unité d’une personne et hypostase. Et parce que la nature divine ne peut subsister en aucun autre suppôt qu’en sa propre hypostase, cette union peut exister non dans l’hypostase ou personne d’un homme, mais dans une hypostase ou personne divine. Ainsi, par cette union, le premier principe dans l’une de ses hypostases s’est fait lui-même suppôt d’une nature humaine. Il n’y a donc ici qu’une seule personnalité et qu’une seule unité personnelle, celle de celui qui assume.

6. Enfin, l’incarnation est l’oeuvre du premier principe en tant que principe réparateur dans la réconciliation. En réconciliant, il est médiateur. Or, la médiation convient en propre au Fils de Dieu, donc aussi l’incarnation. Car le médiateur doit être le milieu entre l’homme et Dieu pour reconduire l’homme à la connaissance, à la conformité et à la filiation divines Nul n’est plus valable médiateur que la personne qui produit et qui est pro duite, qui est milieu des trois personnes. Nul ne peut mieux reconduire à la connaissance de Dieu que le Verbe, par lequel le Père se déclare, ce Verbe qui est unissable à la chair, comme le verbe humain l’est à la voix. Personne ne peut mieux reconduire à la conformité divine que celui qui est l’image du Père. Personne ne peut mieux reconduire à la filiation adoptive que le Fils par nature. Et pour cela, à nul autre ne convient de se faire fils de l’homme qu’au Fils de Dieu lui-même

7. En raison de l’incarnation, le même est à la fois fils de l'homme et Fils de Dieu, puisque « deux choses identiques à une troisième sont identiques entre elles ». Il y a donc nécessairement « communication des idiomes », à moins qu’il ne s’agisse d’un mot incluant quelque répugnance: tels sont les mots incluant l’idée d’union d’une nature à l’autre, comme unir, s’incarner, assumer et être assumé; en des mots incluant la négation de quelque chose dont l’opposé appartient à l’autre nature, comme commencer d’être, être créé, etc. mots dans lesquels s’ajoute une instance contre la règle donnée, pour la raison que nous avons dite.

Chapitre 3: Le mode de l’Incarnation

1. Enoncé.

L’ange ayant annoncé à la bienheureuse Vierge Marie que le mystère de l’incarnation devait s’opérer en elle, la Vierge le crut, le désira et l’accepta. L’Esprit Saint survint en elle pour la sanctifier et la féconder. Par sa puissance, « la Vierge conçut le fils de Dieu, Vierge elle l’enfanta et demeura Vierge après sa naissance ».

Elle conçut non seulement une chair, mais aussi une chair animée et unie au Verbe, pure de tout péché et absolument sainte et immaculée, en raison de quoi on la dit mère de Dieu et en raison de quoi elle est la très douce Vierge Marie.

2. Explication.

L’incarnation est l’oeuvre provenant du premier principe en tant que principe réparateur selon un mode convenable, universel et parfait. Car il convient que la sagesse de Dieu opère convenablement, que sa libéralité opère universellement, que sa force opère parfaitement.

3. L’incarnation est l’oeuvre du premier principe en tant q principe réparateur selon un mode convenable. Or, il est convenable que le médicament corresponde à la maladie, la réparation à la chute, le remède au préjudice. Puisque le genre humain était tombé par la suggestion du diable, par le consentement de la femme trompée, il fallait qu’ici, au contraire, un bon Ange conseillât le bien, que la Vierge crût et consentît au bon conseil et que la charité de l’Esprit Saint la sanctifiât et la fécondât en vue d’une conception immaculée, afin qu’ainsi « les contraires puissent être guéris par les contraires » De même que la femme, trompée par le diable, connue dans la concupiscence et cor rompue par l’homme, a transmis à tous la faute, la maladie et la mort, de même la femme, instruite par l’Ange, sanctifiée et fécondée par l’Esprit Saint, sans aucune corruption de l’esprit ou du corps pour rait engendrer une progéniture qui donnerait à tous ceux qui s’en approchent la grâce, la santé et la vie.

4. En outre, l’incarnation est l’oeuvre du premier principe en tant que principe réparateur selon un mode universel. Par le Verbe incarné, en effet, est réparée la chute des hommes et des anges, des êtres célestes et des êtres terrestres et des hommes dans les deux sexes. Pour que le remède soit universel, il convenait qu’au mystère de l’incarnation concourrent l’Ange, la femme et l’homme: l’Ange comme annonciateur, la Vierge comme génitrice, l’homme comme enfant conçu. L’ange Gabriel était le messager du Père éternel, la Vierge immaculée était le temple de l’Esprit Saint, l’enfant conçu était la personne même du Verbe. Ainsi, dans la rédemption universelle le concours a été réuni des trois de la triple hiérarchie, divine, angélique et humaine pour faire voir non seulement la Trinité de Dieu, mais aussi la généralité du bienfait et la libéralité du souverain rédempteur. Parce que la libéralité est appropriée à l’Esprit Saint, l’est aussi la sanctification de la Vierge en laquelle fut opérée la conception du Verbe, bien que cette oeuvre soit agie par la Trinité entière. On dit cependant, par appropriation, que la Vierge a conçu de l’Esprit Saint.

5. Enfin, l’incarnation est l’oeuvre du premier principe en tant que principe réparateur selon un mode parfait. C’est pourquoi la conception devait s’accomplir avec perfection dans l’enfant, dans l’acte de concevoir et dans la force de conception. La perfection fut complète dans l’enfant, c’est-à-dire qu’à l’instant même de la conception, il y eut non seulement séparation d’un germe, mais aussi affermissement, configuration, vivification par l’âme et déification par la Déité qui s’unissait. Ainsi, la Vierge a vraiment conçu le Fils de Dieu en raison de l’union de la chair à la Déité par le moyen de l’esprit raisonnable qui, en tant que moyen de convenance, rendait la chair capable de cette union.

La perfection fut aussi complète dans l’acte de concevoir, car parmi les quatre manières de faire un homme, trois avaient déjà été utilisés: le premier, sans homme ni femme en Adam; le deuxième, d’un homme sans femme en Eve; le troisième, d’un homme et d’une femme, en tous les enfants nés dans la concupiscence. Il convenait pour achever la perfection de l’univers que la quatrième manière fût introduite: d’une femme sans semence de l’homme, par la force du souverain créateur. La perfection fut enfin complète dans la force ou vertu, c’est-à-dire que dans la conception du Fils de Dieu ont concouru ensemble la vertu innée, la vertu infuse et la vertu incréée. La vertu innée a préparé la matière, la vertu infuse l’a mise à part en la purifiant, la vertu incréée a achevé en un instant ce que la vertu créée n’aurait pu faire que successive ment. Ainsi, la bienheureuse Vierge Marie fut mère d’une manière absolument parfaite, en concevant le Fils de Dieu lui-même sans le secours d’un homme, par la fécondation de l’Esprit Saint. Car dans l’âme de la Vierge, l’amour de l’Esprit Saint brûlait de façon si singulière que dans sa chair la force de l’Esprit Saint accomplissait des merveilles, sa grâce excitant, aidant et élevant la nature, selon que l’exigeait une conception aussi admirable.

Chapitre 4: La plénitude des temps de l’Incarnation

1. Enoncé.

Bien que Dieu ait pu s’incarner dès le commencement, il ne le voulut cependant qu’à la fin des siècles, après la loi de nature et la loi figurée, après les Patriarches et les Prophètes auxquels et par les quels l fut promise. Après eux, Dieu a daigné s’incarner, comme à la fin et à la plénitude des temps, ainsi que le dit l’Apôtre: « Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi afin de racheter les sujets de la loi »

2. Explication.

L’incarnation est l’oeuvre du premier principe en tant que réparateur comme il convient à la liberté de l’arbitre, à la sublimité du remède, à l’intégrité de l’univers, car l’Artisan souverainement sage a, en agissant, considéré ces trois choses.

La liberté de l’arbitre requiert de n’être entraînée à rien contre son gré. Dieu devait donc racheter le genre humain de façon que celui qui voudrait chercher le Sauveur trouverait le salut et que celui qui ne voudrait pas chercher le Sauveur ne trouverait par conséquent pas le salut. Personne ne cherche le médecin s’il ne se reconnaît être malade, personne ne cherche le docteur s’il ne se reconnaît ignorant, personne ne cherche une aide s’il ne se reconnaît impuissant. Donc, parce que l’homme au commencement de sa chute s’enorgueillissait alors de sa science et de sa puissance, Dieu prévoya donc le temps de la loi de nature, durant lequel l’homme se convaincrait de son ignorance. L’ignorance une fois reconnue, restait l’orgueil de la puissance qui faisait dire aux hommes: il y a un Dieu qui agit, il n’y en a pas qui commande. Il ajouta donc la loi qui enseigne par des préceptes moraux et qui accable par des préceptes rituels, afin qu’ayant acquis la science et reconnu son impuissance, l’homme se réfugie auprès de la miséricorde divine pour implorer la grâce qui nous est donnée dans l’avènement du Christ. Donc, l’incarnation du Verbe devait venir après la loi de nature et la loi de l'Ecriture.

3. En outre, la sublimité du remède requiert d’être cru d’une foi ferme et aimé d’une charité ardente comme un mystère secret et salutaire. Il convenait donc qu’avant la venue du Christ se pré sentent les multiples témoignages des Prophètes, explicites dans les paroles et implicites dans les figures pour que, de leurs témoignages multiples et fermes, le mystère soit certain et ne laisse place à aucun doute. Il convenait aussi que se présentent les multiples promesses et les désirs ardents pour que l’on attende le bienfait promis, qu’attendu il soit retardé, que retardé il soit désiré plus longtemps et que longtemps désiré, il soit aimé avec plus de ferveur, reçu avec plus de reconnaissance et conservé avec plus de sollicitude.

4. Enfin, l’intégrité et la perfection de l’univers requiert que toutes choses soient ordonnées dans l’espace et dans le temps. En cela, l’oeuvre de l’in carnation est la plus parfaite des oeuvres divines. Donc, puisque l'on doit procéder de l’imparfait au parfait et non dans le sens inverse, cette oeuvre devait se produire à la fin des temps afin que, comme le premier homme qui était l’ornement du monde sensible tout entier avait été créé en dernier, c’est-à-dire au sixième jour pour achever le monde, ainsi le second homme, achèvement du monde racheté tout entier, dans lequel le premier principe s’unit au dernier, « Dieu au limon », est venu à la fin des temps, au sixième âge, qui est l’âge propre à l’exercice de la sagesse, à l’affaiblissement de la concupiscence, au passage du trouble au repos. Tout cela convient au sixième âge de l’histoire du monde en vue de l’incarnation du Fils de Dieu.

5. L’avènement du Christ eut lieu au temps de la loi de grâce, il révéla la miséricorde promise et inaugura le sixième âge, ce qui signifie la plénitude, car la loi de grâce accomplit la loi de l’Ecriture, la venue de la promesse l’accomplit. Le sixième âge en raison de la perfection du sexénaire signifie la plénitude. On dit donc que l’avènement du Fils de Dieu est la plénitude des temps, non parce qu’il clôt le temps, mais parce qu’il accomplit les mystères du temps. Le Christ ne devait pas venir au début du temps, c’eût été trop tôt. Il ne devait pas non plus différer jusqu’à la fin ultime, car c’eût été trop tard. Il convenait, en effet, que le Sauveur introduise le temps du remède entre celui de la maladie et celui du jugement. Il convenait au médiateur de précéder certains de ses membres et d’en suivre d’autres. Il convenait que le guide parfait se manifeste au moment favorable de la course vers le prix. C’est donc à la fin des temps, avant le terme et près du jugement final, afin que, stimulés par la crainte du jugement, attirés par l’espoir de la récompense, animés par la perfection du modèle, nous suivions le guide avec vigueur et perfection, de vertu en vertu jusqu’à atteindre au prix du bon heur éternel.

Chapitre 5: La plénitude des charismes dans l’affectivité du Christ

1. Après que s’est fait connaître à nous le Verbe incarné dans l’union des natures, il nous faut le considérer dans la plénitude des charismes spirituels. A ce sujet, nous devons étudier en premier la plénitude de la grâce dans l’affectivité, puis la plénitude de la sagesse dans l’intelligence, enfin la plénitude du mérite dans l’action.

2. Enoncé.

Dans le Christ, dès sa conception, il y eut plénitude de toute grâce en tant que grâce de la personne singulière, en tant que grâce capitale et en tant que grâce d’union.

Par la grâce de la personne singulière, il possède l’immunité de toute faute, tant en acte qu’en puissance, car il ne pécha point et ne put pécher. Par la grâce d’union, il est digne non seulement de la félicité de la gloire, mais aussi de l’adoration de latrie qui est le culte de révérence dû à Dieu seul. Par la grâce capitale, il influe le mouvement et le sens à tous ceux qui viennent à lui par la foi droite ou par les sacrements de la foi, qu’ils aient précédé sa venue ou raient suivie. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient: « Hosanna au fils de David »

3. Explication.

La réparation est l’opération du premier principe qui provient de lui selon la libéralité et reconduit à lui selon la conformité. Elle s’opère donc par la grâce et la déiformité. La grâce provient, en effet, de Dieu libéralement et rend l’homme conforme à Dieu. Le principe rédempteur répare par la grâce. Or, toute chose est plus pleine et parfaite dans sa source et son origine que partout ailleurs. Il faut donc que dans notre principe réparateur le Christ Seigneur se trouve la plénitude de toute grâce. Le principe réparateur dans la réparation est principe, milieu et extrême, extrême dans la satisfaction, mi lieu dans la réconciliation, principe dans l’influence. Il est donc nécessaire que dans le Christ, se trouve la plénitude de la grâce, en tant qu’il satisfait, qu’il réconcilie et qu’il influe. Etant extrêmement capable de satisfaire, il doit être agréable à Dieu et par conséquent parfaitement exempt de tout péché. Dans l’homme, cela ne peut être que par le don de la grâce divine. Dans le Christ existe donc une grâce le sanctifiant et le confirmant, que nous appelons grâce de la personne singulière.

4. En outre, le médiateur n’est capable de réconcilier que s’il possède en soi l’une et l’autre nature, la supérieure et l’inférieure, celle qu’il faut adorer et celle qui adore. Ce ne peut être que par une union sanctifiante et gratuite. Il faut donc poser dans le Christ une grâce au-dessus de toute grâce et objet de la plus grande vénération. On l’appelle grâce d’union, par laquelle le Christ homme est Dieu béni au-dessus de tout et donc objet du culte de latrie.

5. Enfin, le principe n’est capable d’influer que s’il possède en soi la plénitude fontale et originelle, plénitude qui n’est pas seulement de suffisance, mais aussi de surabondance. Il faut donc que le Verbe incarné soit plein de grâce et de vérité, de sorte que tous les justes puissent recevoir de sa plénitude, comme tous les membres reçoivent de la tête l’in flux du mouvement et du sens. C'est pourquoi on l’appelle grâce capitale, parce que, de même que la tête possède en elle la plénitude des sens, qu’elle est conforme aux autres membres, les gouverne et distribue le bienfait de son influence à ceux qui sont reliés à elle, le Christ, ayant en soi la surabondance de la grâce, étant semblable à nous par la nature, étant saint et juste plus que tous, distribue à tous ceux qui accèdent à lui le bienfait de la grâce et de l’esprit par lesquels le sens et le mouvement sont donnés dans les êtres spirituels.

6. On ne peut accéder au Christ que par la foi ou le sacrement de la foi. Or, la foi au Christ est la même dans les êtres passés, présents et futurs. Donc, le principe d’influence dans le Christ concerne tous les êtres passés, présents et futurs qui croient en lui et sont régénérés en lui, qui sont unis à lui par la foi et qui deviennent par l’influx de sa grâce membres du Christ, temples de l’Esprit Saint et par là fils de Dieu le Père, unis entre eux par l’indivisible lien de la charité. Ce lien, la distance dans l’espace ne peut le rompre, l’éloignement dans le temps ne peut le déchirer.

Ainsi, tous les justes où qu’ils soient et quel que soit le temps où ils vécurent, forment l’unique corps mystique du Christ, recevant le sens et le mouvement d’une seule tête, à partir de la plénitude fon tale, radicale et originelle de toute grâce qui habite dans le Christ comme dans une source.

Chapitre 6: La plénitude de la sagesse dans l’intelligence du Christ

1. Enoncé.

Dans le Verbe incarné, le Christ Notre Seigneur, habite la plénitude de toute sagesse, non seulement à l’égard du contenu de la connaissance, mais aussi à l’égard des différents modes de connaître.

Dans le Christ, en effet, se trouve la connaissance éternelle dans la Déité, la connaissance sensible dans la sensibilité et la chair, la connaissance de science dans l’âme et l’esprit. Cette dernière fut triple, par la nature, par la grâce et par la gloire. Ainsi, le Christ a possédé la sagesse comme Dieu et comme homme, comme bienheureux et comme pèlerin ici-bas, comme illuminé par la grâce et bien formé par la nature. Il y a donc eu dans le Christ cinq modes de connaissance.

Le premier mode est conforme à la nature divine par ce mode, le Christ a connu tous les actuels et les possibles, les finis et les infinis, d’une connaissance actuelle et compréhensive.

Le second mode se rapporte à la gloire: par ce mode, le Christ a connu tous les actuels et finis d’une connaissance actuelle et compréhensive; les infinis, seulement d’une connaissance infuse ou extatique.

Le troisième mode se rapporte à la grâce: en ce mode, le Christ a connu tout ce qui concerne la rédemption du genre humain.

Le quatrième mode est conforme à sa nature intègre, comme la possédait Adam: par ce mode, le Christ a connu tout ce qui concerne la constitution de l’univers.

Le cinquième est conforme à l’expérience sensible: par ce mode, le Christ a connu tout ce qui arrive aux organes des sens, mode selon lequel on dit qu’il a appris, de ce qu’il souffrit, l’obéissance “.

2. Explication.

Le propre du principe réparateur est de nous racheter par la libération de sa grâce, c’est aussi de le faire par la providence de sa sagesse. Ce qui a été créé selon l’ordre de la sagesse ne peut être réparé sans la lumière et l’ordre de la sagesse. Et donc, comme le Christ a dû être exempté de toute faute, il a dû aussi être libéré de toute ignorance et par là totalement rempli de la lumière et de l’éclat de la sagesse supérieure. C’est pourquoi il jouissait d’une connaissance parfaite selon l’une et l’autre nature dans leur propre puissance cognitive, et selon chaque mode d’existence des êtres.

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