Légende de saint François (Legenda maior) (page 6)
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les bras étendus et apparaissant à Monald, cet homme angélique, alors qu'Antoine prêchait sur la croix , toutes ces merveilles, nous le croyons aujourd'hui , sont réelles; elles furent manifestées par le Ciel, et non le fruit d'une vaine imagination. Enfin , cette vision où, vers la fin de ta vie, le Seigneur te montra en une même personne le sublime Séraphin et l'humble Sauveur crucifié allumant un incendie en ton âme et imprimant ses cicatrices sacrées en ton corps , afin d'offrir au inonde comme un nouvel ange s'élevant du côté de l'Orient et portant en lui-même le signe du Dieu vivant; cette vision , dis-je , affermit celles qui l'ont précédée, et leur emprunte à son tour un témoignage de vérité.
Voilà sept fois déjà que la croix de Jésus-Christ est révélée à tes yeux ou en ta personne. Les six premières apparitions ont été comme autant de degrés pour arriver à la septième, où tu goûtes enfin le repos. En effet , cette croix manifestée à tes regards au commencement de ta conversion et embrassée avec ardeur, cette croix portée dans la suite en toi-même sans interruption par une vie vraiment parfaite, et présentée comme un modèle au reste des hommes , nous a appris avec une évidence incontestable que tu étais parvenu enfin au sommet de la. perfection évangélique. Et cette manifestation de la sagesse chrétienne gravée dans la poussière de ta chair, nul homme vraiment pieux ne la rejettera , nul fidèle véritable ne l'attaquera , nul coeur sincèrement humble ne la méprisera. C'est l'oeuvre même du Ciel; elle mérite d'être acceptée sans réserve.
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CHAPITRE XIV. De la patience de François dans les souffrances, et de sa mort.
Attaché ainsi à la croix de Jésus-Christ , François ne brûlait pas seulement en son corps et en son coeur d'un amour séraphique pour Dieu , il avait soif avec son Sauveur du salut de toutes les âmes. Comme les marques des clous dans ses pieds, prenant chaque jour plus d'extension, l'empêchaient de marcher, il faisait porter son corps , déjà à moitié éteint , par les villes et les bourgs, afin d'exciter les hommes à embrasser la croix de Jésus. Il disait aussi à ses frères : « Il est temps de commencer à servir le Seigneur, car jusqu'à ce jour nos progrès ont été bien faibles. » Il désirait également avec ardeur revenir à ses premières pratiques d'humilité , comme de servir les lépreux selon qu'il l'avait fait dès le commencement, et de réduire en servitude son corps maintenant abattu par le travail. Il se proposait d'accomplir de grandes choses sous la conduite de Jésus-Christ; et alors que ses membres tombaient d'épuisement , fort et fervent en son esprit, il espérait pouvoir combattre encore et remporter des triomphes sur son ennemi. C'est que la langueur et la paresse ne sauraient trouver place là où l'aiguillon de l'amour est puissant. Il y avait en lui un accord si parfait entre la chair et
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l'esprit , une obéissance si empressée de la première que , lorsqu'il s'efforçait de s'élever à tous les degrés de la sainteté , non-seulement elle n'y mettait aucun obstacle , mais qu'elle semblait se porter d'elle-même au-devant de ses désirs.
Et comme tous les mérites ont leur consommation dans la patience au milieu des souffrances, afin d'en accroître la mesure , Dieu voulut que son serviteur fut de telle sorte en proie à toute espèce d'infirmités, que c'est à peine si une seule partie de son corps était sans quelque douleur violente. Par ses longues et continuelles maladies, il en vint à n'avoir plus que la peau étendue sur les os. Et cependant au milieu de toutes ses douleurs , il ne croyait point devoir donner à ses souffrances le nom de peines , mais celui de soeurs. Un jour que l'aiguillon de la souffrance se faisait sentir avec une violence inaccoutumée , un frère, homme d'une grande simplicité , lui dit : « Priez Dieu d'agir plus doucement à votre égard , car il semble appesantir sur vous sa main outre mesure. » Le saint , en entendant cette parole , poussa un profond soupir et s'écria : « Si je ne connaissais la droiture de votre simplicité, j'aurais dès ce moment votre présence en horreur, vous qui osez blâmer la conduite de Dieu à mon égard. » Et quoique la longue durée de son mal l'eût comme réduit au néant, se jetant aussitôt hors de son lit, il heurta durement contre le sol son corps affaibli. Ensuite baisant la terre, il dit : « Je vous rends grâces, mon Seigneur et mon Dieu , de toutes les douleurs
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auxquelles je suis soumis , et je vous conjure , si tel est votre bon plaisir, de vouloir bien les centupler, car rien ne me sera agréable au milieu des afflictions que vous m'envoyez, comme d'être traité par vous sans miséricorde : l'accomplissement de votre sainte volonté est pour moi une consolation surabondante. » Ses frères admiraient en lui un nouveau Job, dont l'âme se fortifiait de plus en plus à mesure que ses souffrances augmentaient.
Il connut sa mort longtemps à l'avance, et, lorsque le jour en fut proche, il dit à ses frères que bientôt il déposerait la tente de son corps, selon que Jésus-Christ le lui avait révélé. Deux ans donc après avoir reçu les stigmates sacrés, la vingtième année depuis son renoncement au monde , alors que sous les coups réitérés d'angoisses violentes il était devenu une pierre vraiment digne de figurer dans la structure de la céleste Jérusalem , et que, semblable au fer, il avait été, sous le marteau d'une tribulation incessante, conduit à sa perfection, il demanda à être porté à Sainte-Marie de la Portioncule, afin de rendre la vie du corps là où il avait reçu la vie de la grâce. Arrivé en ce lieu, voulant montrer par un exemple irréfragable qu'il n'avait rien de commun avec le monde au milieu d'une maladie si grave et si au-dessus de toute infirmité, il conjura dans la ferveur de son âme qu'on le dépouillât de ses vêtements et qu'on le plaçât ainsi sur la terre nue; car il désirait à cette dernière heure où le démon pouvait encore lui faire sentir sa colère, lutter nu coutre son ennemi dépouillé de tout.
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Ainsi couché sur un sac, il leva les yeux au ciel selon sa coutume et, tout entier à la contemplation de la divine gloire , il étendit sa main gauche sur son côté pour empêcher qu'on en vît la plaie. Ensuite il dit à ses frères : « J'ai fait ce que je devais; maintenant faites ce que Jésus-Christ vous inspirera. » Les compagnons du saint, pénétrés d'un vif sentiment de compassion , versaient des larmes abondantes; mais un d'entre eux , que François appelait son gardien , connaissant son désir par une inspiration divine, se leva aussitôt et, prenant une robe avec une corde et des vêtements , il les offrit au pauvre de Jésus-Christ en lui disant : « Je vous prête ces vêtements comme à un pauvre ; pour vous , recevez-les en vertu de la sainte obéissance. » Le saint se réjouit de cette action du gardien, et son âme en fut remplie d'allégresse, car il connut ainsi qu'il était resté jusqu'à la fin fidèle à la pauvreté, sa souveraine; et, élevant ses mains au ciel, il glorifia son Sauveur de l'appeler à lui, libre et déchargé de toutes les choses de la terre. Au reste, son zèle pour la pauvreté l'avait conduit à ne vouloir posséder ses vêtements qu'à titre d'emprunt. Il s'appliquait à être en tout conforme à Jésus-Christ , qui demeura suspendu à la Croix dans la pauvreté, la douleur et le dépouillement de tout. Au commencement de sa conversion , il avait rejeté jusqu'à ses habits en présence de l'évêque d'Assise , et à la fin de sa vie il voulut sortir nu de ce monde. Il commanda , au nom de la charité, aux frères qui l'assistaient, de déposer après sa mort son corps nu
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sur la terre pendant le temps que mettrait une per-sonne à parcourir un quart de lieue sans se presser. O homme vraiment chrétien ! Il s'efforça de ressembler durant sa vie à Jésus vivant;
à sa mort, de l'imiter en ses derniers instants, et après , d'être en tout semblable à ceux qui ne sont plus; et il mérita de voir ses désirs accomplis d'une manière parfaite.
Enfin, l'heure de sa mort étant proche, il fit appeler tous les frères de la maison , les consola avec tendresse , les exhorta avec une affection paternelle à l'amour de Dieu , et prolongeant son discours , il les excita à la patience , à la pauvreté , à l'attachement à la foi de la sainte Eglise romaine , et à préférer les règles de l'Evangile à tout enseignement humain. Ensuite , tous les frères l'environnant , il étendit sur eux ses mains , et tenant ses bras en forme de croix , car il aimait ce signe par-dessus tout, il bénit et ceux qui étaient présents et ceux qui étaient absents, en la vertu et au nom du Seigneur crucifié. Ensuite il ajouta : Adieu , mes enfants; fortifiez-vous dans la crainte du Seigneur, et soyez-y persévérants. La tentation et la tribulation approchent : heureux ceux qui demeureront fidèles en leur sainte entreprise. Pour moi , je m'en vais à mon Dieu, et maintenant je vous confie à sa grâce. » Quand il eut terminé cette tendre exhortation , cet homme chéri de Dieu se fit apporter le livre des Evangiles , et demanda qu'on lui lût le chapitre de saint Jean qui commence par ces paroles : Le jour d'avant la Pâque, etc. Il récita ensuite comme il put le psaume 141 : J'ai
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élevé ma voix et j'ai crié au Seigneur, etc., et il le poursuivit jusqu'à ce verset : Les justes m'attendent pour que vous me donniez la récompense qui m'est préparée.
Enfin tous les mystères étant accomplis en sa personne , son âme sainte ayant rompu le lien de la chair et se plongeant dans l'abîme de la clarté divine , il s'endormit dans le Seigneur. Un religieux de ses disciples vit cette âme bienheureuse sous la forme d'une étoile brillante s'avancer en droite ligne vers le ciel , portée par un nuage d'une blancheur admirable , et traverser les régions les plus élevées de l'air. Cette étoile marquait bien l'éclat lumineux de sa sainteté sublime , l'abondance de la sagesse et de la grâce en son coeur ; elle indiquait comment cet homme vénérable a mérité d'entrer dans le lieu de lumière et de paix où il se repose avec Jésus-Christ pour l'éternité. En ce moment le ministre du couvent de la terre de Labour, frère Augustin , homme d'une grande vertu et d'une grande sainteté , se trouvait à l'agonie et avait perdu la parole depuis longtemps. Ceux qui l'assistaient l'entendirent s'écrier tout-à-coup : « Attendez-moi , mon père , attendez- moi; voilà que je m'en vais avec vous. » Les frères tout surpris lui ayant demandé à qui il parlait ainsi , il leur répondit sans se troubler : « Ne voyez-vous pas notre père François qui s'en va au ciel. » Et aussitôt l'âme de ce saint homme , abandonnant son corps, suivit son bienheureux père. L'évêque d'Assise était alors en pèlerinage au mont Gargan, à l'oratoire de Saint-Michel; François lui apparut la nuit même
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de sa mort et lui dit : « Je quitte ce monde et je m'en vais au ciel. » Le matin , l'évêque raconta à ses compagnons ce qu'il avait vu , et s'en revint à Assise. Là, après s'être informé de tout avec le plus grand soin, il reconnut d'une manière assurée que l'heure où la vision lui était apparue était véritablement l'heure de la mort du bienheureux. Les alouettes , oiseaux amis de la lumière et qui ont en aversion les ténèbres mêmes du crépuscule , s'en vinrent en grand nombre sur le toit de notre maison , au moment où le saint abandonnait la terre et alors que la nuit était presque fermée. Là pendant longtemps elles tirent entendre leurs chants avec une allégresse extraordinaire, et rendirent un témoignage aussi éclatant que délicieux à la gloire d'un homme qui avait coutume de les inviter à célébrer les louanges du Créateur.
CHAPITRE XV. De la canonisation de François, et de la translation de son corps.
François, le serviteur et l'ami du Très-Haut, le fondateur et le chef de l'ordre des Frères mineurs, le professeur véritable de la pauvreté , le modèle de la pénitence, le héraut de la vérité, le miroir de la sainteté , l'exemple vivant de toute la perfection évangélique ; François , dis-je , prévenu de la grâce , arriva donc par des progrès non interrompus , en
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partant du premier degré, au sommet des vertus. Or, cet homme admirable , si riche en pauvreté , si sublime en humilité , si ardent en la mortification , si prudent en sa simplicité , si accompli en toute sa conduite, Dieu, après l'avoir exalté merveilleusement durant sa vie , l'environna d'un éclat incomparablement plus grand en sa mort. Son âme sainte , en quittant le monde pour entrer dans la demeure de l'éternité et se désaltérer, brillante de splendeur, aux sources mêmes de la vie , laissa en son corps des signes évidents de la gloire qui lui était réservée à l'avenir. Ce corps très-saint , depuis longtemps crucifié avec tous ses vices et transformé en une créature nouvelle , offrait par un privilège singulier une image de la Passion du Seigneur, et la nouveauté d'un tel miracle proclamait à l'avance sa résurrection bienheureuse. On voyait en ses membres sacrés les clous merveilleusement formés de sa chair par la vertu divine et tellement inhérents que , lorsqu'on les foulait d'un côté , on sentait aussitôt comme un nerf dur et continu au côté opposé. On trouva plus apparente encore la blessure faite en son côté sans le secours d'aucune main humaine, blessure semblable à celle du côté du Sauveur, d'où est sorti pour nous, en la personne de ce même Sauveur, le prix de notre régénération et de notre rédemption. Les clous paraissaient noirs comme du fer; mais la plaie du côté était rouge, et, les chairs se contractant, elle avait pris une forme ronde et ressemblait à une belle rose. Tout le reste du corps qui, naturellement par suite de ses infirmités,
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était basané, brillait en ce moulent d'une blancheur éclatante et rappelait la beauté de cette robe sans tache de l'éternité. Ses membres étaient doux et flexibles comme ceux d'un petit enfant, et plusieurs croyaient y découvrir des signes évidents de l'innocence du saint.
Ainsi , ces clous se détachant en forme noire sur ce corps d'une blancheur si parfaite, cette plaie du côté se montrant comme une rose prête à fleurir , il n'est pas étonnant qu'un spectacle aussi beau et aussi merveilleux ait rempli les personnes présentes d'allégresse et d'admiration. Les enfants du saint pleuraient l'enlèvement d'un père aussi digne de leur amour; mais en même temps ils étaient pénétrés d'une joie immense lorsqu'ils baisaient en lui les signes sacrés du Roi suprême. La nouveauté d'un pareil miracle changeait les pleurs en jubilation , et jetait l'intelligence dans un étonnement profond. C'était en effet quelque chose de vraiment extraordinaire et de prodigieux pour ceux qui en étaient témoins; un tel' spectacle affermissait leur foi, il embrasait leur amour, et ceux qui en entendaient parler, étaient dans l'admiration et désiraient avec ardeur le contempler de leurs yeux. Quand le bruit de la mort du saint se fut répandu et qu'on apprit le miracle existant en son corps, le peuple se porta en foule au monastère , afin de dissiper tout doute en voyant par lui même et en même temps de mêler sa joie à son amour. Les habitants d'Assise furent donc admis en grand nombre à contempler et à baiser ces stigmates vénérables. Parmi
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eux un soldat instruit et sage, appelé Jérôme, homme illustre et célèbre , avait douté de la réalité de ces marques sacrées, et, comme Thomas , il avait été incrédule. Il touchait donc avec empressement et une ardeur toute particulière , en présence de tout le monde, les clous des pieds et des mains et le côté du saint, afin d'arriver ainsi par une expérience matérielle de la vérité à chasser de son coeur et du coeur de tous les autres jusqu'aux moindres restes de doute. Aussi devint-il dans la suite le témoin le plus ferme d'un fait constaté avec autant de certitude, et il l'affirma sous la foi du serment.
Cependant les frères et enfants appelés à la mort de leur père, réunis à la multitude, passèrent à célébrer les louanges du Seigneur la nuit où le glorieux confesseur avait quitté la terre. Mais leurs chants ressemblaient moins aux soupirs des funérailles qu'aux concerts des anges.
Le lendemain on porta le saint corps à Assise au milieu des cantiques et des hymnes du peuple assemblé , et tous l'accompagnaient ayant en leurs mains des rameaux et des cierges allumés. En passant à l'église de Saint-Damien où demeurait avec ses soeurs Claire, l'illustre vierge du Seigneur et maintenant glorieuse habitante de son royaume, on s'arrêta afin de donner à ces saintes religieuses le temps de contempler et de baiser les cicatrices inestimables de ce corps sacré. Ensuite, arrivé à la ville au milieu des chants d'allégresse, on déposa avec tout le respect possible ce précieux trésor dans l'église de Saint-Grégoire.
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C'était là que dans son enfance François avait appris les premières lettres , là qu'il avait prêché pour la première fois , et ce fut aussi le premier lieu de son repos. Or, notre vénérable père sortit des agitations de ce monde l'an du Seigneur 1226 , le 4 d'octobre , le samedi au soir , et ses funérailles eurent lieu le dimanche.
Mais Dieu abaissa aussitôt sur son serviteur ses regards lumineux , et il commença à le rendre célèbre par des miracles glorieux et sans cesse renouvelés. Ainsi sa sublime sainteté, qui durant sa vie avait servi de règle de conduite en offrant au monde des exemples d'une justice parfaite, affermissait , maintenant qu'il régnait avec Jésus-Christ, la foi dans les coeurs par les prodiges éclatants de la divine puissance. Bientôt ces miracles et les bienfaits obtenus par l'entremise du saint dans les diverses parties du monde remplirent les coeurs d'un grand nombre de vénération pour lui et de dévotion pour le Seigneur. Les cris de la reconnaissance, unis à la voix des bonnes oeuvres, portèrent promptement aux oreilles du pape Grégoire IX les merveilles dont Dieu se montrait pro-digue par l'entremise de son serviteur. Alors le pasteur de l'Eglise universelle , pleinement instruit de la sainteté admirable de François, non-seulement par les miracles que la renommée lui annonçait après sa mort, mais par les choses dont il avait été lui-même témoin et dont il avait fait l'expérience durant la vie du saint , connaissant à n'en point douter qu'il était entré en partage de la gloire du Seigneur, le vicaire
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de Jésus-Christ, dis-je, désireux d'agir d'accord avec son Maître, arrêta, après une pieuse considération, de rendre au serviteur de Dieu des honneurs sur la terre et de l'offrir aux hommes comme digne de toute leur vénération. Mais afin d'écarter toute occasion de doute en la glorification de cet homme vraiment saint , il recueillit tous les miracles écrits et attestés par des témoins dignes de foi , et les fit examiner par les cardinaux les moins favorables à la cause. Après une discussion soigneuse et l'approbation de tous ces miracles, il résolut , selon le conseil des cardinaux et de tous les prélats de la cour romaine, de prononcer le décret de canonisation. S'étant donc rendu en personne à Assise, l'an du Seigneur 1228 , le dimanche 16 juillet , il mit, avec une solennité qu'il serait trop long de raconter, notre bienheureux père au nombre des saints. — Deux années après, nos frères se réunirent en chapitre général à Assise , et alors on transporta , le 25 mai , le corps du saint en l'église élevée à son honneur. Pendant que se faisait la translation de ce trésor vénérable empreint du sceau du Roi suprême, Celui dont il offrait l'image en sa personne daigna accomplir encore de nombreux miracles, afin d'attirer à sa suite les coeurs des fidèles par l'odeur de vie émanée de son serviteur. Il était bien digne, en effet, celui qui durant sa vie avait été agréable au Seigneur et son bien-aimé, celui que la sublimité de sa contemplation avait transporté dans le paradis, comme Hénoch, celui que son zèle embrasé avait enlevé au ciel sur un char de feu,
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comme Elie, il était digne, maintenant qu'il était devenu une plante éternelle s'épanouissant au milieu des fleurs célestes , de voir ses ossements bienheureux répandre dans le tombeau un parfum de fécondité. De même donc que durant sa vie il avait brillé par les vertus les plus éclatantes , de même depuis sa mort jusqu'à ce jour la divine puissance aime à se montrer en lui et à le rendre illustre dans toutes les parties dti monde par les miracles les plus glorieux : les aveugles, les sourds et les muets, les hydropiques et les paralytiques, les hommes tourmentés par le démon , les lépreux, les naufragés et les captifs trouvent en ses mérites un secours; il vient en aide à toute maladie , à tout besoin , à tout péril; un grand nombre de morts sont ressuscités par ses mérites ; et ainsi se manifestent dans la glorification de son saint la magnificence et la vertu du Très-Haut , à qui sont l'honneur et la gloire pendant tous les siècles des siècles.
source: http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bibliotheque.htm
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