Légende de saint François (Legenda maior) (page 5)
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sachez bien que des malheurs plus grands vous sont réservés si , une fois délivré , vous retournez à votre vomissement, car l'ingratitude entraîne toujours à sa suite des maux plus redoutables que les premiers. » Il fit donc le signe de la croix sur le paralytique, qui se trouva aussitôt rendu à la santé, et se leva en louant Dieu et en s'écriant : « Je suis guéri. » Les personnes présentes entendirent ses ossements faire un bruit semblable à celui qui a lieu lorsqu'on rompt du bois sec. Mais peu de temps après, cet homme, oubliant le Seigneur, retomba dans le crime, et un soir qu'il avait été invité à souper et à coucher chez un chanoine, pendant qu'il dormait, le toit de la maison s'écroula et ensevelit les personnes présentes sous ses ruines ; mais tout le monde échappa à la mort , excepté ce malheureux. Ainsi, par un juste jugement de Dieu , les derniers châtiments infligés à ce pécheur furent pires que les premiers à cause de son ingratitude et de son mépris du Seigneur. En effet , le pardon reçu exige notre reconnaissance , et le crime qui vient après déplaît doublement.
Une autre fois une femme vint trouver le saint afin de lui faire connaître ses chagrins et de lui en demander le remède. Elle avait un mari vraiment cruel , et opposé à ses désirs de servir le Seigneur. Elle conjurait donc le saint de vouloir prier pour lui afin que Dieu, par sa miséricorde, daignât amollir son coeur. François lui répondit : « Allez en paix et tenez pour assuré que bientôt vous recevrez une grande consolation de votre mari. Dites-lui de la
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part de Dieu et de la mienne , que c'est maintenant le temps de la miséricorde, et que plus tard ce sera celui de la justice. » Cette femme s'en retourna donc après avoir reçu la bénédiction du saint, et elle rapporta ses paroles à son mari. Aussitôt l'Esprit-Saint le remplit , le changeant en un homme nouveau, le fit répondre avec mansuétude : « Servons le Seigneur et sauvons nos âmes. » Sur la proposition de sa sainte épouse, il consentit à garder la continence et tous deux moururent le même jour et échangèrent cette vie contre une vie meilleure. Elle était assurément admirable en l'homme de Dieu, cette vertu de l'esprit prophétique qui rendait la vie aux membres desséchés et faisait naître la piété dans les coeurs les plus durs; et cependant sa lumière n'était pas moins étonnante, cette lumière par laquelle François découvrait les choses futures et sondait même le secret des consciences , comme si , nouvel Elisée , le double esprit d'Elie se fut reposé sur lui.
Lorsqu'il était à Sienne , il prédit à un de ses amis certaines choses touchant la fin de sa vie. Le docteur dont nous avons parlé plus haut, et qui aimait à s'entretenir avec le saint de questions sur la divine Ecriture , ayant émis quelque doute sur cette prédiction et lui ayant demandé s'il connaissait ces choses par une révélation du Ciel , François l'assura qu'il en était ainsi, et il lui prédit à lui-même sa propre mort alors qu'il s'enquérait de celle des autres. Et afin de le confirmer entièrement sur ce point , il lui parla d'un scrupule secret dont sa conscience était tourmentée
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et que le docteur n'avait découvert à personne; il le lui expliqua d'une manière admirable et lui donna sur ce sujet des conseils salutaires. En effet, cet homme religieux mourut, comme le saint le lui avait prédit.
Dans le temps où il revenait d'outre-mer, il lui arriva, ayant pour compagnon frère Léonard d'Assise, de se trouver accablé de fatigue et il monta un peu sur une âne. Le frère qui le suivait, bien fatigué aussi, ressentit en son coeur quelque chose de l'homme et se prit à dire en lui-même : « Ses parents et les miens tenaient un rang bien différent ; cependant aujourd'hui c'est lui qui se fait porter, et moi je suis à pied; je conduis sa monture. » Aussitôt le saint descendit et dit au religieux : « Il ne me convient pas de voyager ainsi , mon frère , et de vous laisser à pied ; car vous avez été dans le siècle plus noble et plus puissant que moi. » Le frère, étonné et couvert de confusion de se voir ainsi découvert , se jeta baigné de larmes aux pieds de François , lui découvrit sa pensée et lui en demanda pardon.
Un religieux plein de l'amour de Dieu et profondément attaché au serviteur de Jésus-Christ, pensait souvent en lui-même que celui-là était digne de la gloire à qui le saint portait un tendre amitié , tandis que l'homme considéré par lui comme un étranger, devait être regardé comme retranché du nombre des élus. Tourmenté sans cesse par une semblable pensée, il désirait ardemment avoir avec le saint une union intime , sans cependant faire connaître à personne le secret de son coeur. Or, un jour le tendre père ,
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l'appelant avec bonté, lui dit : « Mon fils, ne vous laissez troubler par aucune pensée. Vous m'êtes cher parmi ceux que j'affectionne le plus; je vous accorde donc volontiers la faveur de mon intimité et de mon amour. » Le frère, étonné et rempli par ce témoignage d'une tendresse encore plus vive, non-seulement crût de jour en jour en amour pour le saint , mais encore il fut , par une faveur de l'Esprit-Saint , comblé des dons les plus considérables. Pendant que François demeurait sur le mont Alverne , enfermé en sa cellule , un de ses compagnons avait le désir le plus grand d'avoir quelques courtes réflexions écrites de sa main sur la loi du Seigneur. Il souffrait les tentations les plus violentes de la chair, et il espérait s'y soustraire par ce moyen, ou du moins les rendre plus faciles à supporter. Il languissait en proie à un tel désir et se consumait d'anxiété; car, retenu par la honte, il n'osait découvrir la chose à son père vénéré. Mais l'Esprit-Saint révéla ce que l'homme ne disait point. Le serviteur de Dieu se fit donc apporter par ce frère de l'encre et du papier, lui écrivit selon son désir quelque chose à la louange de Dieu et lui donna sa bénédiction en disant : « Prenez ce papier et gardez-le soigneusement jusqu'au jour de votre mort. » Le frère reçut ce don précieux, et aussitôt la tentation disparut. On conserva cet écrit, et, comme dans la suite, des merveilles s'accomplirent par lui, il servit à rendre témoignage des vertus de François. Il y avait dans l'ordre un frère qui paraissait
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au-dehors d'une sainteté remarquable et d'une vie exemplaire ; mais c'était un homme d'une singularité extrême.
Il s'appliquait continuellement à l'oraison et observait si rigoureusement le silence , qu'il avait coutume de se confesser par signes. Or, le saint vint en ce lieu pour voir ce frère et s'entretenir de lui avec les autres religieux. Tous l'exaltèrent et en firent les éloges les plus magnifiques. L'homme de Dieu leur répondit : « Laissez , mes frères ; ne me louez pas davantage ce qui n'est, en cet homme, qu'une illusion du démon. » Les frères entendirent avec peine un pareil langage , et ils regardaient comme impossible que de telles apparences de perfection fussent l'effet des ruses de notre ennemi. Mais peu de jours après, cet homme ayant abandonné la religion, on comprit combien clairement le regard intérieur du saint avait pénétré les secrets de son coeur. Il prédit de la sorte la ruine de plusieurs dont la vertu paraissait inébranlable , et la conversion d'un grand nombre d'hommes pervers ; et ce qu'il avait prédit arrivait si sûrement qu'il semblait s'être approché du miroir de l'éternelle lumière et contempler dans son éclat admirable les choses éloignées comme si elles eussent été présentes aux yeux de son esprit.
Une fois , pendant que son vicaire tenait le chapitre, François était renfermé dans sa cellule, tout entier à la prière , comme un solliciteur et un médiateur entre Dieu et ses frères. Comme un d'entre eux, sous un prétexte apparent , ne se soumettait point à la discipline de la maison , l'homme de Dieu
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le vit en esprit, et , appelant un des religieux , il lui dit : « Mon frère, j'ai vu le démon en possession de ce, religieux désobéissant; il a placé une chaîne autour de son cou , et cet homme, qui a rejeté le fruit de l'obéissance , conduit par un tel guide, suivait en tout les caprices de sa volonté. J'ai prié Dieu pour lui , et le démon s'est éloigné aussitôt couvert de confusion. Allez donc, et dites à ce frère de se soumettre de nouveau et sans retard au joug de la sainte obéissance. » Le religieux averti de la sorte rentra aussitôt en lui-même et se jeta humblement aux pieds du vicaire de François.
Une autre fois , deux frères étaient venus de loin à l'ermitage de Grécio pour voir le saint et recevoir sa bénédiction , après laquelle ils soupiraient depuis long temps. Mais, arrivés là , ils ne le trouvèrent plus, car il était rentré dans sa cellule. Ils s'en retournaient donc profondément attristés , quand François, sans avoir été prévenu par personne de leur arrivée ni de leur départ , sortit de sa cellule contre sa coutume, les appela , et, faisant sur eux le signe de la croix, les bénit au nom de Jésus-Christ selon qu'ils l'avaient désiré.
Deux frères étaient venus ensemble de la terre de Labour, et le plus vieux avait donné quelque scandale au plus jeune. Lorsqu'ils furent en présence du bienheureux père , il demanda au plus jeune comment son frère avait agi à son égard durant le voyage. Celui-ci ayant répondu qu'il n'avait point à s'en plaindre, François ajouta : « Prenez garde , mon
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frère , de ne pas mentir sous prétexte d'humilité.
Je connais tout; mais attendez un peu et vous verrez. » Le frère demeura dans un profond étonnement en voyant comment il avait pu connaître en esprit des choses arrivées à une distance aussi grande. Peu de jours après, celui qui avait scandalisé son compagnon, sans demander pardon au saint et sans faire une pénitence convenable, quitta l'habit religieux et rentra dans le monde; et, dans cette circonstance, on peut admirer la sévérité de la justice divine, et la grandeur de l'esprit prophétique chez le saint.
Si l'on veut connaître de quelle manière , par la vertu du Seigneur, il se montra présent aux personnes dont il était éloigné , qu'on se rappelle comment il apparut à ses frères transfiguré en un char de feu , et comment , au chapitre d'Arles, il se montra les bras étendus en croix. Cela s'accomplit , sans aucun doute , par une disposition du Ciel, afin de faire connaître clairement par ces apparitions admirables combien son esprit était ouvert aux rayons de la sagesse éternelle, combien il était illuminé des splendeurs de cette sagesse, dont l'activité l'emporte sur ce qu'il y a de plus actif en ce monde , qui pénètre en tous lieux à cause de sa pureté, s'avance au milieu des nations dans les âmes saintes et forme les amis de Dieu et les prophètes. Le Docteur par excellence a coutume de révéler ses mystères aux simples et aux petits. Ainsi agit-il envers David, le plus grand des prophètes , envers Pierre, le prince des apôtres,
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et enfin envers François, le pauvre de Jésus-Christ. Ces hommes étaient étrangers à la science humaine , et ils sont devenus glorieux dans la science de l'Esprit-Saint. Le premier était un pasteur, et il lui a été donné de paître la synagogue, le troupeau tiré de l'esclavage de l'Egypte; le second était un pêcheur, et il a rempli les filets de l'Eglise d'une multitude de croyants pris dans toutes les nations; le dernier était un marchand , et il a vendu tout ce qu'il possédait pour acheter la perle de l'Evangile , il a tout distribué à cause de Jésus-Christ.
CHAPITRE XII. De l'efficacité de la prédication et du don des miracles chez François.
Le fidèle serviteur et ministre de Jésus-Christ , François , désireux de se rendre parfait et accompli en tout, s'exerçait principalement aux vertus que les enseignements de l'Esprit-Saint lui faisaient connaître comme plus agréables à son Dieu. Aussi lui arriva-t-il à ce sujet de tomber en un doute profond et plein d'angoisses, et tous les jours en sortant de l'oraison il le proposait à résoudre aux frères dont il estimait le plus les lumières. « Que me conseillez-vous, leur disait-il, quel emploi vous semble préférable? Dois-je vaquer à l'oraison ou me livrer à la prédication? Je suis un pauvre enfant, sans
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savoir, et dont le langage est grossier; j'ai plus reçu pour prier que pour parler. Ensuite, dans l'oraison, il y a un gain véritable , les grâces s'y accumulent en trésors; dans la prédication , au contraire, il faut distribuer aux autres les dons reçus du Ciel. Dans l'oraison, les affections de notre âme se purifient de plus en plus , l'union au bien véritable, unique et suprême s'accomplit avec une vertu de jour en jour plus vive. Dans la prédication , les pieds de notre esprit se couvrent de poussière , on se distrait en beaucoup de choses, et la discipline se relâche. Enfin, dans l'oraison nous parlons à Dieu, nous entendons sa voix, nous menons une vie angélique, nous demeurons au milieu des esprits célestes. Mais dans la prédication il faut user d'une grande condescendance vis-à-vis des hommes, vivre en homme au milieu d'eux, penser, voir, dire et entendre en homme. Cependant une chose me semble devant Dieu combattre en faveur de la prédication : c'est que le Fils de Dieu, la Sagesse suprême, est descendu du sein de son Père pour le salut des âmes; il a donné d'abord l'exemple de sa vie au monde comme règle de conduite; ensuite il lui a fait entendre des paroles de salut, il a racheté les hommes au prix de son sang vénérable , il en a fait un bain pour les purifier, et un breuvage pour soutenir leurs forces ; il ne s'est rien réservé, mais il a tout donné libéralement pour opérer notre salut. Puisque nous devons agir en tout selon le modèle des choses
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offertes à nos regards en sa personne comme sur une montagne élevée , il me semble donc que Dieu a pour agréable de nous voir interrompre le repos de la contemplation pour le travail du dehors. »
Le serviteur de Dieu avait passé bien des jours à conférer sur ce sujet avec ses frères, et cependant il ne voyait point encore d'une manière certaine quel parti il devait embrasser comme plus agréable à Jésus-Christ. L'esprit de prophétie dont il était doué lui avait découvert des choses merveilleuses, et il ne pouvait par lui-même résoudre la question présente, Dieu le permettant ainsi afin de lui faire connaître par un oracle du ciel le mérite de la prédication et de conserver son humilité. Véritable frère mineur, il ne rougissait donc pas, lui à qui le Maître suprême avait appris des secrets admirables, de prendre conseil de ses inférieurs en des points d’une moindre importance. il avait coutume de leur demander avec un empressement tout particulier par quelle voie et de quelle manière il pourrait accomplir plus parfaitement le bon vouloir de Dieu. Sa suprême philosophie, son désir souverain, tant qu'il vécut, fut de s'enquérir auprès des sages et des simples, des parfaits et des imparfaits , des jeunes et des vieux, des moyens d'arriver plus sûrement au sommet de la perfection. Prenant donc deux de ses religieux , il les envoya à frère Silvestre, le même qui avait vu autrefois une croix sortir de la bouche du saint, et qui alors était appliqué à prier continuellement sur une montagne proche d'Assise, afin d’avoir une réponse du Ciel sur
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le doute de son bienheureux père ; il les envoya, dis-je, pour savoir ce qu'il lui commanderait de la part de Dieu. Il ordonna aussi à la pieuse vierge Claire de faire prier pour la même fin la plus pure et la plus simple des religieuses confiées à sa conduite, et de prier elle-même afin de connaître la volonté divine. Les deux réponses s'accordèrent admirablement. Le saint prêtre et la vierge du Seigneur, éclairés par l'Esprit-Saint, firent connaître à François que le bon vouloir de Dieu était que le héraut de Jésus-Christ s'appliquât à la prédication.
Lorsque les frères furent de retour et qu'ils lui eurent appris la volonté du Ciel, selon qu'elle leur avait été manifestée, François se leva aussitôt, s'apprêta à partir et se mit en route sans retard. Il s'avançait avec tant de ferveur pour accomplir le commandement du Seigneur, et il marchait si rapidement qu'il semblait être poussé par la main de Dieu et avoir reçu d'en haut une vertu toute nouvelle. Non loin de Bevagna, il trouva un lieu où s'étaient réunis en grand nombre des oiseaux de toutes sortes. L'homme de Dieu courut à eux avec joie et les salua comme s'ils eussent été doués de raison. Tous l'attendirent et se tournèrent vers lui, et lorsqu'il fut proche, inclinant la tête d'une manière inaccoutumée de dessus les branches, ils tinrent leurs regards fixés sur lui. Arrivé à eux, il les avertit d'écouter la parole de Dieu avec attention, et leur dit : « Mes frères les oiseaux , vous devez louer beaucoup votre Créateur, qui vous a accordé des plumes pour vous couvrir, des
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ailes pour voler, la région la plus pure de l'air pour demeure, et qui vous nourrit sans aucune sollicitude de votre part. » Pendant qu'il leur parlait ainsi, les oiseaux témoignant leur joie d'une façon admirable, commencèrent à tendre le cou, à agiter leurs ailes et à ouvrir le bec en regardant le serviteur de Dieu. Et lui, tout plein d'une ferveur merveilleuse, passant au milieu d'eux, les effleurait du bord de sa robe. Mais aucun n'en fut effrayé. Enfin, leur ayant donné sa bénédiction par un signe de croix et la permission de s'en aller, tous s'envolèrent. Ses compagnons considéraient toutes ces choses du chemin où ils l'attendaient. Lorsqu'il fut revenu à eux, cet homme simple et vraiment pur s'accusa de négligence pour n'avoir pas encore, jusqu'à ce jour, prêché aux oiseaux. Ensuite il passa par les villages voisins, annonçant la parole de Dieu, et arriva à un bourg appelé Alviano, où il assembla le peuple. Après avoir invité la foule au silence, il commença; mais des hirondelles qui avaient leurs nids tout proche faisaient un tel bruit qu'à peine pouvait-on entendre ses paroles. L'homme de Dieu s'adressa donc à elles en présence de tout le monde , et leur dit : « Mes soeurs les hirondelles, vous avez parlé jusqu'à ce moment; c'est à mon tour maintenant. Ecoutez la parole de Dieu, et demeurez en silence jusqu'à ce que j'aie fini mon discours. » Aussitôt elles se turent comme si elles eussent compris, et ne s'éloignèrent pas que la prédication fût terminée. Tous ceux qui en furent témoins, pleins d'étonnement d'une pareille chose,
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glorifièrent Dieu, et le bruit de ce miracle s'étant répandu de toutes parts, concilia au saint le respect et la pieuse confiance d'une multitude de personnes.
A Paris, un étudiant, excellent jeune homme, était occupé au travail avec plusieurs de ses amis; fatigué du ramage d'une hirondelle, il leur dit : « Cette hirondelle était sans cloute une de celles dont les cris troublaient l'homme de Dieu, François, quand il prêchait, et auxquelles il imposa silence. » Et ensuite se tournant vers l'hirondelle, il ajouta avec confiance : « Au nom du serviteur de Dieu, François , je te commande de te taire dès que tu approcheras de moi. » A ce nom de François, l'hirondelle, comme si elle eût connu ses enseignements, se tut aussitôt et vint se placer dans les mains de l'étudiant comme dans un lieu sûr. Celui-ci étonné la rendit à la liberté , et n'entendit plus son ramage dans la suite.
Une fois le serviteur de Dieu prêchait à Gaëte, sur le bord de la mer. La foule , entraînée par l'ardeur de sa dévotion, se pressait autour de lui afin de le toucher; mais François , plein d'horreur pour les applaudissements des hommes, se jeta dans une petite barque fixée au bord de la mer. Aussitôt cette barque, comme si elle eût été douée de raison et poussée par un moteur intérieur, s'éloigna d'elle-même du rivage aux yeux de tous les assistants surpris d'un tel prodige. Après s'être avancée un peu en pleine mer, elle s'arrêta et demeura immobile au milieu des flots jusqu'à ce que le saint eût terminé sa prédication.
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Alors la foule témoin du miracle ayant reçu la bénédiction , se retira, et, comme François n'avait plus à craindre d'en être fatigué , la barque revint d'elle-même à terre. Quel homme donc, quelle que fût son obstination ou son impiété, eût osé mépriser la prédication du serviteur de Dieu, alors que sa vertu admirable soumettait à ses lois les êtres privés de raison et enchaînait à son service les corps inanimés.
A la vérité, Jésus-Christ, la vertu et la sagesse de Dieu , assistait son serviteur dans tout ce qu'il entreprenait , et l'Esprit-Saint le conduisait et répandait en lui son onction , afin que les enseignements d'une doctrine irréprochable découlassent de ses lèvres avec abondance et que des miracles éclatants s'accomplissent par lui. Sa parole était comme un feu dévorant; elle pénétrait jusqu'au plus intime des coeurs et elle remplissait tous les esprits d'admiration; car on ne voyait en elle rien des vains ornements de la science humaine, mais tout y respirait le souffle d'une révélation céleste. Une fois qu'il avait été appelé à prêcher devant le Pape et les cardinaux , sur la recommandation de l'évêque d'Ostie, il apprit par coeur un sermon travaillé avec le plus grand soin. Arrivé au milieu de l'assemblée pour y faire entendre des paroles d'édification, il oublia à tel point son discours qu'il lui fut impossible d'en dire le premier mot. Alors, après avoir raconté avec humilité comment il s'était préparé , il invoqua la grâce de l'Esprit-Saint, et aussitôt les paroles les plus efficaces abondèrent sur ses lèvres; et leur vertu fut si puissante à
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remplir de componction cette foule de personnages élevés, que l'on vit clairement que l'Esprit de Dieu parlait par sa bouche , et non l'homme. Comme il ne manquait pas de faire lui-même ce qu'il conseillait aux autres, il prêchait la vérité en toute assurance. sans craindre aucun reproche. Il ne savait point flatter les fautes d'autrui , mais il les attaquait au vif; et la vie des pécheurs , loin de trouver en lui un approbateur tacite, n'y rencontrait qu'un censeur armé des réprimandes les plus sévères. Il parlait avec la même assurance aux grands et aux petits, et il éprouvait autant de contentement en présence d'un auditoire peu nombreux, qu'en présence d'une multitude. Dans tous les rangs , dans tous les âges et toutes les conditions, on se portait avec empressement pour voir et entendre cet homme nouveau donné par le Ciel à la terre. Et lui , allant par les contrées diverses , annonçait l'Evangile avec un zèle dévorant, et le Seigneur coopérait à ses discours, il les confirmait par les miracles dont ils étaient suivis. En effet , par la vertu du nom de Jésus, le héraut de la Vérité chassait les démons, guérissait les infirmes, et , ce qui est plus considérable , portait à la pénitence par ses discours les coeurs les plus endurcis. Il rendait à la fois la santé aux corps et aux âmes, comme le prouvent les prodiges que nous allons raconter.
Un soldat dont l'enfant était tout difforme depuis sa naissance, avait reçu avec une grande piété le saint dans sa demeure. Après s'être laissé longtemps prier, François consentit à donner la main à l'enfant
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pour l'aider à se relever. Aussitôt celui-ci fut guéri , ses membres se trouvèrent raffermis, et , plein de force et de santé , il se mit à marcher et à sauter, louant Dieu et témoignant sa joie en présence de tout le monde. A Narni , un paralytique était privé de l'usage de tous ses membres. Sur la prière de l'évêque, François le marqua du signe de la croix de la tête aux pieds , et il recouvra parfaitement la santé. Dans l'évêché de Riéti, un enfant était tellement enflé qu'il ne pouvait regarder à ses pieds. Sa mère le présenta avec larmes au serviteur de Dieu , et aussitôt qu'il lui eut imposé ses mains vénérables , cet enfant se trouva entièrement délivré de son mal. A Ortense, un enfant était dans un tel état de contraction que sa tête touchait à ses pieds et que plusieurs de ses ossements en étaient brisés. Le saint, touché des larmes de ses parents, fit sur lui le signe de la croix, et aussitôt le malade se redressa et fut guéri. A Gubbio, une femme avait les deux mains contractées et desséchées , en sorte qu'elle ne pouvait rien faire. Le serviteur de Dieu la bénit par un signe de croix au nom du Seigneur, et aussitôt elle obtint une guérison si parfaite que , rentrant à sa maison , elle prépara, comme autrefois la belle-mère de Pierre, des aliments pour elle et les pauvres de Jésus-Christ. A Bévagna, une jeune fille privée de la vue la recouvra après que le saint lui eut fait sur les yeux , avec sa salive, une triple onction au nom de la Trinité.
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A Narni , une lemme également frappée de cécité fut guérie par un signe de croix que François fit sur elle. A Bologne, un enfant avait un oeil tellement entaché qu'il ne lui était d'aucun usage, et jusqu'à ce jour tout remède avait été sans effet. Le serviteur de Dieu fit le signe de la croix sur cet enfant et il fut délivré du mal qui le tourmentait. Dans la suite il entra dans l'ordre des Frères mineurs, et il assurait qu'il voyait beaucoup plus parfaitement de son œil autrefois malade que de celui dont il n'avait jamais souffert.
A Saint-Géminien , le serviteur de Dieu reçut l'hospitalité chez un homme fort religieux, mais dont la femme était tourmentée par le démon. Après avoir prié, il commanda à l'esprit mauvais de sortir en vertu de l'obéissance, et il le chassa si promptement par la puissance du Ciel, que l'ou reconnut véritablement combien était vaine l'obstination des dénions à résister à la sainte vertu d'obéissance.
A Castello , un esprit furieux et pervers assiégeait une pauvre femme. Le saint lui commanda, en vertu de l'obéissance, et aussitôt l'esprit s'éloigna en frémissant, laissant libre d'esprit et de corps la malheureuse obsédée jusqu'à ce jour.
Un frère avait une infirmité si horrible que plusieurs voyaient dans sou mal un effet de la malice infernale , et non quelque chose de naturel. Souvent il se jetait à terre et se roulait en écumant; tantôt ses membres se contractaient ; tantôt ils s'étendaient, ou se pliaient , ou se tordaient; tantôt ils se roidissaient
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et demeuraient inflexibles. Quelquefois on le voyait étendu et roidi de la sorte , serrer ses pieds, s'appuyer sur sa tête et s'élever en l'air pour re-tomber aussitôt de la manière la plus déplorable. Le serviteur de Jésus-Christ, plein de tendresse et de commisération pour un homme dont le mal était aussi triste et aussi irrémédiable, lui fit passer un peu du pain dont il mangeait. A peine le malade l'eut-il goûté qu'il recouvra ses forces et n'eut plus rien à souffrir dans la suite de cette infirmité.
Dans le comté d'Arezzo, une femme en couches souffrait depuis plusieurs jours. Elle était près de mourir, et aucun remède humain ne semblait capable de la tirer de l'état désespéré où elle se trouvait. François était passé par cette contrée , monté sur un cheval, car il était malade. Or, il arriva qu'on ramena l'animal dans le village où cette femme était ainsi en proie à de cruels tourments. Les hommes de l'endroit , ayant vu le cheval dont s'était servi le saint, lui ôtèrent son frein et le mirent sur la malade. A peine l'eut-il touchée que tout danger disparut miraculeusement; elle donna le jour à son enfant et fut sauvée.
Un homme religieux et craignant Dieu avait en sa possession une corde qui avait servi de ceinture à notre bienheureux père. Comme il y avait au lieu où il demeurait beaucoup de personnes affligées de différentes infirmités, cet homme allait de maison en maison, faisait tremper la corde dans de l'eau, et donnait ensuite l'eau à boire aux malades dont un grand
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nombre fut guéri de la sorte. De même le pain touché par l'homme de Dieu devenait, par la vertu divine, un remède prompt et efficace pour les malades qui l'avaient goûté. Ainsi le héraut de Jésus-Christ , opérant dans le cours de ses prédications de semblables prodiges et d'autres en bien plus grand nombre encore, attirait l'attention des hommes et on l'écoutait comme si l'ange du Seigneur eût parlé. On voyait en lui la prérogative glorieuse des vertus , l'esprit de prophétie, la puissance des miracles , le don tout céleste de la prédication , l'empire sur les créatures privées de raison. A sa parole les coeurs se changeaient irrésistiblement; sa science inspirée par l'Esprit-Saint l'emportait sur toute la science des hommes; le pouvoir de prêcher lui avait été accordé par le souverain Pontife d'après une révélation du Ciel; sa règle , où il enseignait la manière de prêcher, était également confirmée par le vicaire de Jésus-Christ ; enfin il portait imprimées comme un sceau en son corps les blessures du Roi suprême. Tels sont les témoignages qui montrent d'une manière indubitable au monde François comme le héraut de Jésus-Christ, comme un homme vénérable par son ministère, irréprochable en sa doctrine , admirable en sa sainteté , et comme un véritable envoyé de Dieu pour prêcher son Evangile aux hommes.
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CHAPITRE XIII. Des stigmates sacrés.
L'homme angélique , François , avait coutume de ne jamais se reposer dans le bien. Semblable ,aux esprits célestes de l'échelle de Jacob , il montait en tout temps vers Dieu ou descendait vers le prochain. Il avait appris à partager si prudemment le temps qui lui était accordé pour amasser des mérites , qu'il en consacrait une partie à recueillir un gain laborieux auprès des hommes , et l'autre aux paisibles ravissements de la contemplation. Lors donc que , selon l'exigence des lieux et des temps , il s'était employé au salut des autres , il abandonnait les agitations de la foule et se retirait dans la solitude et le lieu du repos , afin de secouer, en vaquant plus librement à Dieu , la poussière amassée dans les rapports avec le inonde. C'est ainsi que , deux ans avant sa mort , il fut conduit par la divine providence , après de nombreux travaux , en un lieu fort élevé , appelé le mont Alverne. Ayant commencé le carême qu'il avait coutume de faire en l'honneur de l'archange saint Michel , il trouva dans sa contemplation toute céleste une abondance de douceur jusqu'alors inconnue ; la flamme des saints désirs l'embrasa avec plus d'ardeur et il sentit plus nombreuses les immissions divines. Il s'élevait à une hauteur extraordinaire , non
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comme un scrutateur inquiet de la majesté suprême, et digne d'être opprimé par sa gloire , mais comme un serviteur fidèle et prudent désireux de connaître le bon vouloir de Dieu et brûlant d'ardeur de s'y conformer sans réserve. Il lui fut donc révélé qu'il eût à ouvrir le livre de l'évangile et que Jésus-Christ lui ferait connaître ce que Dieu aurait par-dessus tout pour agréable en lui et ce qu'il en attendait. Après avoir prié d'abord avec une vive dévotion , il prit sur l'autel le livre sacré des Evangiles, le fit ouvrir au nom de l'auguste Trinité par son compagnon, homme plein de l'amour de Dieu et vraiment saint, et l'ouvrit par trois fois; et comme à chacune on tombait toujours sur la Passion du Seigneur, le saint, rempli de l'esprit de Dieu, comprit qu'après avoir imité Jésus-Christ dans les travaux de la vie active, il devait, avant de sortir de ce monde, se rendre semblable à lui en embrassant les afflictions et les douleurs de sa Passion. Malgré l'extrême austérité de sa vie passée, malgré son application continuelle à porter la croix et l'affaiblissement qui s'en était suivi en son corps, sans se laisser épouvanter, il s'anime avec plus de courage encore à souffrir le martyre. L'incendie d'amour dont il était dévoré pour le doux Jésus, avait pris un nouvel accroissement : il se répandait en étincelles brûlantes et en flammes embrasées, et les eaux les plus violentes n'eussent point suffi pour éteindre une charité si puissante.
Lors donc que, transporté ainsi par l'ardeur de désirs séraphique, il s'élevait vers son Dieu et que
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la tendresse de sa compassion le transformait en celui que l'excès de sa charité attacha à la croix, un matin, c'était vers la fête de l'Exaltation de la sainte Croix , pendant qu'il priait sur le versant de la montagne , il vit descendre des hauteurs célestes un séraphin ayant six ailes de feu toutes resplendissantes. Conduit bientôt , par la rapidité de son vol vers l'homme de Dieu , il demeura proche de lui sans toucher la terre. Alors entre les ailes du séraphin apparut un homme crucifié; ses mains et ses pieds étaient étendus et attachés à une croix. Deux de ses ailes étaient élevées au-dessus de sa tête, deux autres étaient étendues pour voler , et les deux dernières couvraient son corps. A cette vue, le saint demeura dans un étonnement indéfinissable, et son coeur éprouva un sentiment de joie mêlée de tristesse. Il se réjouissait d'un spectacle aussi admirable, où le Seigneur, sous la forme d'un séraphin, contemplait son serviteur, et son âme était transpercée d'un glaive de compassion douloureuse en le voyant ainsi attaché à la croix. Une vision si insondable le jetait aussi dans une anxiété profonde, car il savait que l'infirmité de la Passion n'était en aucune façon compatible avec l'immortalité d'un esprit séraphique. Enfin il comprit, par une lumière du Ciel, que la divine Providence l'avait fait jouir d'une telle faveur pour lui apprendre, à lui, l'ami de Jésus-Christ, que c'était, non par le martyre de son corps, mais par un embrasement sans réserve de son âme, qu'il devait se transformer en la ressemblance du Sauveur crucifié. La vision disparaissant le laissa donc tout rempli en
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son coeur d'une ardeur ineffable, et imprima en son corps des traces admirables. Car aussitôt commencèrent à paraître dans ses mains et dans ses pieds les marques des clous, telles qu'il les avait vues tout-à-l'heure dans l'homme crucifié offert à ses regards. Ses mains et ses pieds semblaient transpercés de ces clous; leurs têtes apparaissaient à l'intérieur des mains et sur les pieds, et l'on voyait sortir leurs pointes à la partie opposée. Ces têtes étaient noires et rondes , et les pointes longues et comme recourbées avec effort ; après avoir traversé la chair elles demeuraient tout-à-fait distinctes. Son côté droit portait aussi l'empreinte d'une cicatrice rouge, comme s'il eût été traversé d'un coup de lance, et souvent le sang s'échappait de cette plaie avec une abondance telle que tous les vêtements du saint en étaient pénétrés. Le serviteur de Jésus-Christ , voyant imprimés d'une manière si parfaite en son corps les stigmates du Sauveur, comprit de suite combien il lui serait difficile de les cacher à ceux au milieu desquels il vivait, et d'un autre côté il craignait de révéler les secrets de son Seigneur. Il pensait donc avec une vive inquiétude et un tourment profond s'il ferait connaître ou s'il tairait ce qu'il avait vu. Ayant appelé quelques-uns de ses frères et leur parlant en termes généraux , il leur proposa son doute et leur demanda conseil. Un d'entre eux, éclairé de la grâce et comprenant par son langage qu'il avait été témoin de choses merveilleuses et que c'était la cause de l'état extraordinaire où il paraissait être maintenant, lui
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dit : « Ce n'est pas seulement pour vous, mon frère, niais encore pour les autres , sachez-le bien , que les secrets du Ciel vous ont été manifestés. Vous devez craindre justement d'être accusé, au jour du jugement, d'avoir enfoui le talent confié à vos soins, si vous cachez ce qui vous a été donné pour l'utilité de plusieurs. »
Le saint touché de ces paroles , bien que d'ailleurs il eût coutume de dire : « Mon secret est pour moi, » rapporta alors avec beaucoup de crainte toute la suite de la vision dont il avait été favorisé, et il ajouta que celui qui lui était apparu lui avait dit certaines choses qu'il ne confierait jamais durant sa vie à aucun homme. Sans doute, ces secrets du Séraphin crucifié sont de ces paroles qu'il n'est point permis à l'homme de redire. Lors donc que le véritable amour de Jésus-Christ eut transformé ainsi en sa ressemblance celui qui en était pénétré, les quarante jours consacrés à la solitude étant passés, et la solennité de l'archange saint Michel arrivée, l'homme angélique, François , descendit de la montagne portant avec lui l'image de son Seigneur crucifié , image non gravée sur la pierre ou le bois par la main de l'ouvrier, mais imprimée en sa chair par le doigt du Dieu vivant. Cependant, comme il est bon de cacher le secret du Roi , l'homme qui en avait été rendu participant, s'efforçait de dérober aux yeux de tous , autant qu'il le pouvait , ces signes sacrés. Mais aussi , comme il appartient à Dieu de révéler pour sa gloire les merveilles de sa
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puissance , après avoir imprimé secrètement en François les stigmates, il fit par eux plusieurs miracles connus de tout le monde, afin de montrer par l'éclat de ces prodiges combien était admirable la force cachée dans ces traces de son amour. En effet, une peste très-violente s'était répandue dans la province de Riéti , et elle ravageait cruellement, malgré tous les remèdes, les brebis et les boeufs. Un homme craignant Dieu fut averti pendant la nuit d'aller en toute hâte à l'ermitage des Frères mineurs, d'y demander l'eau où le serviteur de Dieu , François, qui y demeurait alors, s'était lavé les mains et les pieds , et d'en arroser les animaux. Cet homme se levant donc de grand matin, vint au monastère , et ayant obtenu en secret de cette eau par le moyen des compagnons du saint , il en répandit sur les brebis et les boeufs attaqués de la maladie. A peine ces animaux , tout-à-l'heure languissants et étendus sans force, en eurent-ils été touchés , qu'ils se levèrent aussitôt comme ils avaient coutume de le faire, et s'en allèrent à leurs pâturages comme si jamais ils n'eussent éprouvé aucun mal. Ainsi le contact de ces blessures sacrées avait donné à cette eau la vertu admirable de dissiper et de mettre en fuite une maladie pestilentielle.
Avant que le saint eût séjourné au mont Alverne, il s'y formait habituellement des nuées qui se répandaient en grêle et en orages violents et portaient la désolation dans les campagnes environnantes. Mais depuis cette apparition bienheureuse la grêle cessa
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entièrement, non sans causer une grande admiration aux habitants de la contrée , et le ciel lui-même devenant serein après des tempêtes habituelles , confessait l'excellence de cette vision céleste et la vertu des stigmates reçus eu cette circonstance. Il arriva aussi à François , étant en route pendant l'hiver, et se servant de l'âne d'un pauvre paysan à cause de la faiblesse à laquelle il était réduit , il lui arriva , dis-je, de s'arrêter sous un rocher formant une espèce de voûte, pour y passer la nuit et se soustraire un peu aux incommodités de la neige et de la nuit qui l'empêchaient d'aller jusqu'au couvent. Mais voilà qu'il entend son pauvre compagnon pousser des gémissements plaintifs et se tourner de côté et d'autre, car le froid l'empêchait de dormir, et ses vêtements trop légers étaient impuissants à le protéger contre ses rigueurs. Le saint, tout brûlant de l'ardeur du divin amour, étend sa main sur cet homme, et, chose admirable! à peine cette main sacrée, qui portait en elle l'incendie d'un feu tout séraphique , eut-elle touché le pauvre , que le froid l'abandonna; il ressentit intérieurement et extérieurement une chaleur aussi vive que si une flamme sortant d’une fournaise embrasée lui eût communiqué sa chaleur.
Fortifié en sort esprit et en son corps, il se reposa au milieu des rochers et de la neige avec plus de bonheur qu'il n'avait jamais fait dans sa maison , comme il l'assurait lui-même.
Ainsi des témoignages évidents nous montrent en ces stigmates vénérables l'oeuvre de celui dont les
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opérations hiérarchiques purifient , illuminent et enflamment. Ils ont purifié au-dehors en dissipant la peste , en rendant le calme aux éléments , et en répandant d'une manière admirable la chaleur dans les corps. Après la mort de François , d'autres prodiges plus éclatants encore confirmèrent la même chose. Pour lui , il s'efforçait avec le plus grand soin de cacher aux hommes ce trésor qu'il avait trouvé dans le champ du Seigneur. Il tenait presque toujours , depuis ce temps , ses mains enveloppées et ses pieds couverts de chaussures ; mais ils ne put dérober entièrement aux yeux d’un certain nombre ces signes augustes. Plusieurs frères, hommes vraiment dignes de foi par leur sainteté éminente , les virent avant la mort du saint, et, pour enlever tout doute à ce sujet, ils affirmèrent avec serment s'être convaincus de leur réalité en les touchant.
Plusieurs cardinaux unis à François par les liens d'une étroite amitié en furent également témoins, et ils en confirmèrent la vérité non-seulement par leurs paroles , mais encore par leurs écrits; car les proses , les hymnes, les antiennes composées par eux en son honneur renfermaient les louanges des stigmates sacrés. Le souverain Pontife Alexandre 1V, prêchant un jour au peuple devant plusieurs frères et devant moi , assura les avoir vus de ses yeux. A la mort du saint , plus de cinquante frères les virent encore , et avec eux Claire , la très-pieuse vierge du Seigneur, ses religieuses et une foule innombrable d'hommes du monde, dont plusieurs les baisèrent avec des sentiments de respect et d'une
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tendre dévotion, et les touchèrent de leurs mains afin d'en rendre un témoignage plus assuré. Pour la blessure du côté , il la cacha avec tant de soin que jamais personne ne put la voir, si ce n'est à la dérobée. Ainsi , un frère qui avait coutume de lui donner les soins les plus empressés, l'ayant amené par une pieuse ruse à quitter sa tunique sous prétexte de la laver, ce frère, dis-je, regardant attentivement, vit la plaie , y porta rapidement les doigts et put en mesurer la grandeur. En usant d'une ruse semblable, le vicaire du saint put la voir de même. Mais le frère qui lui était donné pour compagnon, homme d'une grande simplicité , ayant à le soutenir à cause de ses infirmités, avança la main sous son capuce et la plaça sans y faire attention sur cette plaie sainte, ce qui causa à François la plus vive douleur. Alors il fit faire des vêtements de dessous montant jusqu'aux aisselles afin de la tenir toujours cachée. Mais les religieux chargés de laver ces vêtements ou sa robe , les trouvant empreints de sang , connaissaient ainsi d'une manière indubitable le mystère qu'il s'efforçait de dérober à tous les regards, mystère que la mort de François leur permit , aussi bien qu'à une foule innombrable, de contempler à découvert et de vénérer.
Et maintenant, ô vaillant soldat du Christ, porte donc les armes de ton Chef invincible. Ainsi protégé et défendu, tu surmonteras tous tes ennemis. Porte l'étendard du Roi tout-puissant , et à sa vue tous les membres de sa divine armée se sentiront animés au combat. Porte le sceau du Pontife suprême, et tes
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paroles et tes actions seront regardées de tous comme des paroles de vérité , comme des actions irrépréhensibles.
Aujourd'hui que tu es marqué des stigmates du Seigneur Jésus, nul ne doit plus te contrister, mais tous les serviteurs du Christ doivent t'environner de leurs hommages et de leur amour. Ces signes, dont la vérité ne repose plus seulement sur deux ou trois témoins , ce qui serait assez d'ailleurs , mais sur l'autorité surabondante d'une multitude sans nombre , ces signes, témoignages irrécusables de Dieu manifestés par toi et en ta personne, enlèvent tout prétexte à l'incrédulité , car ils confirment les enfants du Seigneur dans la foi, ils les remplissent de l'espérance et les embrasent du feu de la charité. Maintenant est accomplie la vision qui te fut montrée dès le commencement, et où l'on t'annonçait que , lumière brillante du Christ, tu serais revêtu d'armes célestes , de l'étendard de la croix et de ses insignes glorieux. Déjà aux premiers temps de ta conversion la vue du Sauveur crucifié avait transpercé ton âme d'un glaive de douleur et de compassion , et les paroles parties alors du haut de la croix comme du trône sublime de Jésus-Christ , comme de son propitiatoire mystérieux , ces paroles, dis-je, confirmées par ta bouche sacrée, sont aujourd'hui pour nous une vérité incontestable. Et cette croix que, dans la suite de ta vie sainte , frère Silvestre vit sortir miraculeusement de ta bouche , ces deux glaives en forme de croix transperçant tes entrailles et montrés au vénérable frère Pacifique, toi-même élevé dans les airs