Œuvres spirituelles (page 13)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 Ps. 53. — 2. Joan., 19.

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tribulation. Vois comment, pour te soustraire à de semblables tourments, les torrents de la douleur ont envahi son âme (1). Il est couronné d'épines et on le contraint à courber ses épaules sous le fardeau de sa croix et à porter lui-même son ignominie. Il est conduit au lieu de son supplice, et là on lui enlève ses vêtements, afin que , les blessures et les plaies répandues par tout son corps par les coups de la flagellation venant à s'ouvrir de nouveau , il paraisse semblable à un lépreux; ensuite il est percé de clous , afin que tu puisses bien reconnaître que pour te guérir, ton bien-aimé a vraiment reçu blessure sur blessure. Ah! qui nie donnera que ma prière soit exaucée et que Dieu m'accorde ce que j'attends de lui? Je serais alors transpercé en mon âme et en ma chair et je serais attaché au gibet de la croix avec mon bien-aimé.

XXVII. — Jésus associé aux voleurs.

Afin d'accroître la confusion, l'ignominie, le déshonneur et le tourment de l'innocent Agneau, on le crucifie au lieu même où l'on exécutait les scélérats en un jour solennel, à l'heure de midi, au milieu de voleurs, en présence de ses amis baignés de larmes et de ses ennemis qui l'insultent, comme s'il eût été donné en spectacle. Ceux qui passaient branlaient la tête en signe de mépris; ceux qui l'entouraient l'accablaient d'injures, en disant qu'il avait sauvé les autres et que maintenant hie pouvait se sauver lui-même (2). L'un des voleurs ne s'abstint même pas de prendre part à ces dérisions, alors que cet Agneau plein de douceur priait,

1 Ps. 68, — 2 Mat., 27.

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avec une tendresse ineffable, son Père en faveur de ceux qui le crucifiaient et se moquaient de lui, alors qu'il promettait, avec une charité si libérale, le Paradis à l'autre voleur qui confessait. son crime et en demandait le pardon.

O parole toute de douceur et de pardon : « Mon Père, pardonnez-leur ! » O parole toute d'amour et de grâce : « Aujourd'hui vous serez. arec moi dans le Paradis (1). » O mon âme, respire maintenant dans l'espérance du pardon, quelque coupable que tu puisses être, pourvu cependant que tu ne regardes pas comme indigne de toi de marcher sur les traces du Seigneur ton Dieu souffrant pour toi. Dans tous ses tourments, il n'a pas ouvert une fois la bouche pour exprimer, même avec douceur, un seul mot de plainte, d'accusation, de menace ou de malédiction contre ces chiens furieux et maudits. Au contraire, il a répandu sur ses ennemis une parole de bénédiction toute nouvelle, telle qu'on ne l'avait jamais entendue depuis l'origine du monde. Dis-lui donc avec une confiance sans limites : « (2) Ayez pitié de moi, mon Dieu, ayez pitié de moi, parce que mon rime amis sa confiance en vous. » Et peut-être qu'à l'heure de la mort tu mériteras d'entendre , comme le larron suppliant : « Aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. »

XXVIII. — Jésus abreuvé de fiel et de vinaigre.

(3) Ensuite Jésus, sachant que tout était consommé, s'écria, afin que l'Écriture fût accomplie : « J'ai soif. »

1 Luc., 23. — 2 Ps. 56 .— 3 Joan., 19.

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Et aussitôt, au témoignage de Jean qui était présent, on lui offrit une éponge imprégnée d'un breuvage de fiel et de vinaigre. Alors il dit: « Tout est consommé ! » comme s'il eût voulu indiquer que la plénitude de sa Passion très-amère se trouvait accomplie par ce breuvage de fiel et de vinaigre. En effet, comme c'était en mangeant d'un fruit agréable et défendu qu'Adam s'était constitué prévaricateur et cause de la ruine de tout le genre humain, il était convenable et opportun de chercher dans une voie contraire le remède de notre salut. Alors que dans chacun des membres du Sauveur les traits des tourments les plus aigus se multipliaient pour augmenter sa peine et que leur fureur épuisait son esprit, il était convenable, dis-je, que la partie du corps qui sert d'instrument à la parole et à la nourriture, rie demeurât pas sans souffrance, et qu'en notre médecin se vérifiât cette parole du Prophète : « Il m'a rempli d'amertume, il m'a enivré d'absinthe (1). » il fallait aussi qu'en la Vierge glorieuse, sa Mère très-douce et très–aimante, cette autre parole reçût son accomplissement : « Il m'a plongée dans la désolation, il m'a accablée de chagrin durant tout le jour . »

Quelle langue pourra dire , quelle intelligence pourra comprendre, ô Vierge bienheureuse, tout le poids de vos désolations? Vous êtes spectatrice de tout ce que nous venons de dire, vous y participez sans réserve, et cette chair bénie et très-sainte que vous avez conçue avec tant de pureté, soignée avec tant de tendresse, nourrie de votre lait, reposée sur

1 Thren., 3. — Thren., 3.

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votre sein, si fréquemment couverte de vos baisers, contemplée de vos regards, maintenant vous la voyez mise en lambeaux par les fouets, déchirée par les épines, frappée avec le roseau, meurtrie par les soufflets et à coups de poings, percée de clous, attachée et pendante au gibet de la croix par de cruelles blessures, rassasiée d'opprobres, et enfin, abreuvée de fiel et de vinaigre. Et cette âme très-divine, vous l'avez considérée aussi des yeux de l'esprit, vous l'avez vue remplie du fiel de toute amertume, frémissante au-dedans d'elle-même, tremblante, accablée d'ennui, agonisante, pleine d'anxiété et de trouble, en proie à la tristesse la plus profonde, à la douleur la plus acerbe, soit par le sentiment très-vif des souffrances corporelles, soit par son zèle ardent pour l'honneur ravi à Dieu par le péché, soit par la tendresse de sa pitié envers les malheureux qui le faisaient mourir, soit par sa compassion envers vous, sa très-douce Mère, compassion qui avait pénétré, comme un glaive, le plus intime de son coeur, alors qu'il vous voyait présente sous ses yeux, qu'il abaissait sur vous des regards si tendres , et vous disait avec tant d'amour : « Femme, voilà votre Fils (1), » afin de consoler votre âme qu'il savait bien transpercée du glaive de sa Passion avec plus de rigueur que si vous l'eussiez endurée dans votre propre corps.

XXIX. — Jésus soleil obscurci par la mort.

Enfin, l'Agneau d'innocence, le vrai soleil de justice, avant été suspendu à la croix l'espace de trois

1 Joan., 19.

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heures, et pendant ce temps le soleil qui nous éclaire, pour témoigner sa pitié envers son Créateur, ayant voilé les rayons de sa lumière, déjà tout étant consommé, à la neuvième heure, la source même de la vie se dessécha; car Jésus, Dieu et homme, ayant poussé un grand cri et versé des larmes en signe de sa vive compassion et aussi pour faire connaître la puissance de sa divinité, expira en remettant son âme entre les mains de son Père (1). A ce moment le voile du temple se déchira depuis le haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent et les tombeaux furent ouverts. Alors, le Centurion lui-même reconnut que Jésus-Christ était le vrai Dieu, et ceux qui s'étaient assemblés pour insulter au spectacle de ses souffrances, s'en retournèrent en se frappant la poitrine. Ce fut alors que le plus beau des enfants des hommes, fermant ses yeux à la lumière, laissant la pâleur se répandre sur ses traits, apparut sans beauté pour notre salut, et devint un holocauste d'odeur très-suave offert à la gloire de son Père afin de détourner sa colère de dessus nous.

Abaissez donc, ô Seigneur, Père très-saint, vos regards des profondeurs de votre sanctuaire et des hauteurs de votre céleste demeure ; abaissez-les, dis-je, sur la face de votre Christ. Considérez cette hostie très-sainte que vous offre notre grand Pontife pour nos péchés, et laissez-vous toucher de miséricorde pour pardonner à l'iniquité de votre peuple. Et toi, homme ainsi racheté, considère quel est

1 Hebr., 5. — Mat., 27. — Ps. 44.

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celui qui est attaché pour toi à la croix, quels sont ses titres, quelle est sa grandeur, lui dont la mort rend la vie aux morts, lui dont le trépas plonge dans le deuil le ciel et la terre, et fait fendre les rochers les plus durs, comme s'ils cédaient aux impressions d'une compassion toute naturelle. O coeur de l'homme ! ta dureté surpasse la dureté des pierres si, au souvenir d'un tel sacrifice, tu n'es point frappé de terreur, si tu ne te déchires point. sous l'effort de ta douleur, si tu ne t'amollis point sous l'action de la piété.

XXX. — Jésus percé d'un coup de lance.

Or, afin que l'Église fût formée du côté de Jésus-Christ endormi sur la croix, afin aussi que l'Écriture fût accomplie, qui a dit : « Ils verront celui qu'ils ont percé (1),» il arriva, par une disposition divine, qu'un des soldats ouvrit son côté sacré en le perçant de sa lance. Alors, le sang du Sauveur coula mêlé d'eau; et ainsi fut versé le prix de notre salut, prix qui, venant à s'échapper du secret de son coeur comme d'une source, donna aux sacrements de l'Église la vertu de conférer la vie de la grâce, et devint pour ceux qui vivent en Jésus-Christ, un breuvage d'eau vive qui rejaillit jusque dans la vie éternelle. C'est maintenant que la lance de Saül, guidée par la perfidie d'un peuple réprouvé, du peuple juif, a porté un coup inutile à la muraille et que, par la miséricorde céleste, elle a fait une ouverture dans le creux de la pierre, un enfoncement dans cette

1 Zach., 12. — Joan., 19. — 2 I Reg., 18.

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même muraille , pour y former la demeure de la colombe (1).

Levez-vous donc, ô âme amie de Jésus-Christ ! et, comme la colombe, bâtissez votre retraite à l'endroit le plus profond de l'ouverture ; fixez là votre demeure, comme le passereau (2), et ne cessez point de garder une vigilance parfaite; comme la tourterelle, cachez-y les fruits de votre chaste amour, et approchez votre bouche de ce canal sacré, afin d'y puiser les eaux qui s'épanchent des fontaines du Sauveur (3). C'est là, en effet, que se trouve la fontaine qui jaillit du milieu du Paradis, se divise en quatre branches, se répand sur les coeurs pieux, arrose et féconde la terre entière (4).

XXXI. — Jésus arrosé de son sang.

Le Seigneur Jésus fut tout couvert de son propre sang, d'abord par la sueur du jardin des Olives, ensuite par la flagellation, le couronnement d'épines, les clous, et enfin par la lance; et, en ces diverses circonstances, il le répandit sans réserve, afin qu'auprès de Dieu nous eussions une rédemption abondante. Sa robe de pontife en fut toute teinte , son vêtement apparut véritablement rouge et ses habits ressemblèrent aux habits de ceux qui foulent le pressoir (5). Ainsi le vrai Joseph ayant été jeté dans la vieille citerne, sa tunique fut trempée dans le sang du bouc, car il avait une chair semblable à une chair de péché, et elle fut envoyée à son Père , afin qu'il la

1 Cant., 2 — 2 Ps. 83. — 3 Ps. 12. — 4 Genes., 2.— 5

Ps. 63.

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reconnût et qu'il abaissât sur elle un regard de complaisance (1).

Reconnaissez donc, ô Père très-clément ! la tunique de Joseph, votre fils bien-aimé. Pareille à une bête féroce, t'envie de ses frères selon la chair l'a dévoré, leur fureur a foulé aux pieds son vêtement et elle en a souillé la beauté des dernières gouttes de son sang; car elle l'a abandonné couvert de cinq plaies lamentables. C'est là, Seigneur, le vêtement que votre enfant innocent a laissé de grand coeur entre les mains de la prostituée égyptienne (2), c'est-à-dire de la Synagogue, aimant mieux descendre dépouillé du manteau de sa chair dans la prison de la mort, que de chercher une gloire terrestre en acquiesçant aux voeux d'un peuple adultère. Car laissant de côté le bonheur dont il eût pu jouir, il souffrit la mort de la croix et méprisa la confusion qui y était attachée. Et vous aussi , très-miséricordieuse Souveraine , abaissez vos regards sur ce vêtement très-saint de votre Fils bien-aimé ; c'est vous qui l'avez tissu de votre chair immaculée et de votre sein virginal sous l'action de l'Esprit-Saint. Nous nous réfugions en la société de ce cher Fils, auprès de vous ; demandez pardon en notre faveur, afin que nous soyons trouvés dignes d'être soustraits à la colère à venir.

XXXII. — Jésus mis dans le tombeau.

(3) Le noble centurion Joseph d'Arimathie étant venu et ayant obtenu la permission de Pilate, détacha,

1 Gen., 37. — 2 Gen., 39. — 3 Luc., 93.

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aidé de Nicodème, le corps de Jésus de la croix, l'embauma avec des parfums précieux , le mit dans un linceul et le plaça en un sépulcre nouveau, qu'il avait fait creuser pour soi dans le rocher, en un jardin qui était proche. Or, le Seigneur étant ainsi déposé dans le tombeau et des soldats placés à la garde du sépulcre , ces saintes et pieuses femmes qui l'avaient servi durant sa vie, désireuses de lui prodiguer encore après sa mort les soins de leur active charité, s'en allèrent acheter des aromates afin d'oindre le corps sacré de leur Sauveur. Parmi elles se trouvait Marie-Madeleine, emportée par une telle ardeur d'amour, pressée par une telle tendresse de piété, attirée par de tels liens de charité, qu'oubliant la faiblesse naturelle à son sexe, elle ne pouvait être détournée de la visite du sépulcre, ni par l'épaisseur des ténèbres, ni par la dureté barbare des gardes. Bien plus, se tenant en dehors de ce tombeau et l'arrosant de ses larmes, elle demeurait là pendant que les disciples s'en retournaient. C'est qu'elle était embrasée du feu de la divine charité, c'est que le désir qui la consumait était tellement puissant, l'amour qui la blessait si violent, que rien ne lui était doux, si ce n'est de pleurer, et qu'elle pouvait en réalité s'appliquer ces paroles du Prophète: « Mes larmes me servent de nourriture le jour et la nuit, pendant que l'on me dit à chaque instant : Où est votre Dieu (1) ? »

O bon Jésus! mon Dieu ! accordez-moi, bien que j'en sois indigne et que je n'y aie droit en aucune

Ps. 41.

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manière, accordez-moi, puisque je n'ai point mérité d'être en mon corps présent à vos souffrances, de ressentir, en les repassant en mon âme, ces sentiments de compassion que votre Mère innocente et Madeleine, votre pénitente, ont éprouvés pour vous au temps de votre Passion, ô Dieu crucifié et mort pour mon amour !

XXXIII. — Jésus triomphant dans sa mort.

Le combat de la Passion étant consommé, alors quo le Dragon sanguinaire , ce lion plein de rage, croyait avoir remporté la victoire sur l'Agneau mis à mort, la puissance de la Divinité brilla en ce même Agneau par la descente de son âme aux enfers, car notre Lion plein de courage, le Lion de la tribu de Juda se levant dans sa vertu contre le fort armé, lui arracha sa proie, brisa les portes de l'enfer, enchaîna le serpent, dépouilla les principautés et les puissances, et les amena hautement, comme en triomphe, après les avoir vaincues en lui-même (1). C'est alors que Léviathan fut enlevé avec un hameçon (2) et que sa mâchoire fut percée par le Christ, et que, pour s'être emparé sur le chef d'un droit qu'il n'avait pas, il perdit celui qu'il semblait posséder sur le corps. C'est alors que le vrai Samson anéantit, en mourant, l'armée des ennemis (3) ; alors que l'Agneau sans tache fit sortir, par le sang de son testament, d'un lac sans eau ceux qui y demeuraient captifs (4) ; alors que la lumière se leva sur ceux qui habitaient une région assise à l'ombre de

1 Colos., 2. — 2 Job., 40. — 3 Judic., 16. — 4 Zacli.,

9.

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la mort, et que la clarté longtemps attendue d'une splendeur nouvelle brilla à leurs yeux (1).

XXXIV. — Jésus ressuscitant bienheureux.

Le troisième jour, qui est le huitième et le premier dans l'ordre de la semaine, s'étant levé sur le repos sacré du Seigneur en son tombeau, la Vertu de Dieu, la Sagesse du Très-Haut, Jésus-Christ, après avoir renversé l'auteur de la mort, vainquit la mort elle-même et nous ouvrit l'entrée de l'éternité en se ressuscitant lui-même d'entre les morts par sa puissance divine, afin de nous faire connaître les voies de la vie. Alors eut lieu un grand tremblement de terre. L'Ange du Seigneur descendit du Ciel, vêtu d'une robe blanche et portant en son visage l'éclat de la foudre, et se montra caressant envers ceux qui étaient bons, mais plein de sévérité envers les impies (2). Aussi sa vue épouvanta les soldats effrontés et fortifia les femmes tremblantes, à qui le Seigneur se montra lui-même après sa Résurrection, parce que l'ardeur de leur vive dévotion les rendait dignes d'une telle faveur. Il se montra ensuite à Pierre, aux Disciples allant à Emmaüs, à tous les Apôtres, à l'exception de Thomas, enfin à Thomas lui-même, auquel il offrit son corps à toucher et qui s'écria avec. une vraie sincérité : Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu. Et pendant quarante jours, apparaissant différentes fois à ses Disciples, mangeant et buvant avec eux, il fournit par ces apparitions des lumières à notre foi, et éleva

1 Ps. 9. — 2 Mat., 28.

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par ses promesses nos cœurs vers l'espérance, afin de les embraser de son amour, après les avoir ainsi comblés de ses dons célestes (1).

XXXV. — Jésus splendeur suréminente.

Assurément cette fleur brillante de la tige de Jessé (2) qui a fleuri dans l'Incarnation et s'est flétrie dans la Passion, a repris son éclat dans la Résurrection pour être le modèle de toute beauté. En effet ce corps très-glorieux, doué de subtilité et d'agilité, ce corps plein d'immortalité a été revêtu d'une telle splendeur de lumière qu'il est vraiment plus brillant que le soleil, que c'est vraiment à l'image de sa beauté que les corps bienheureux devront ressusciter. Le Sauveur lui-même nous a dit en parlant de cette résurrection: « Alors les Justes brilleront comme le soleil dans le royaume de mon Père(3). » c'est-à-dire dans le royaume de l'éternelle béatitude. Mais si le Juste doit briller comme le Soleil, de quel éclat doit donc être revêtu le soleil de justice lui-même? Il est tel qu'il l'emporte sur la beauté du soleil et de l'incomparable armée des étoiles. Il est tel, dis-je, que , comparé à toute lumière, ce n'est pas sans raison qu'on l'appelle un éclat suréminent. heureux les yeux à qui il a été donné de le contempler ! Et vous aussi vous serez bienheureux s'il reste quelqu'un de votre race pour voir, tant intérieurement qu'extérieurement, cette splendeur, l'objet de tous nos désirs (4).

XXXV. — Jésus préposé à l'Univers.

Or, le Seigneur apparaissant à ses Disciples en Galilée, leur assura que toute puissance lui avait été donnée par son Père, tant au ciel que sur la terre. C'est pour cela qu'il envoie ses Apôtres prêcher par le monde entier l'Évangile à toute créature, promettant le salut à ceux qui croiraient , menaçant de la damnation ceux qui ne croiraient pas. Le Seigneur coopère à leur prédication et il la confirme par les prodiges qui l'accompagnent, afin qu'en la vertu du nom de Jésus-Christ ils commandent à toute créature, à toute infirmité , et qu'il devienne évident pour l'Univers entier, que le Fils du Père glorieux, Jésus-Christ, comme un autre Joseph et un vrai Sauveur, est vivant et règne non-seulement sur la terre d'Égypte, mais encore en tous les lieux où s'étend la domination du Roi éternel. C'est de la prison de la mort et des profondeurs de l'abîme qu'il a été tiré pour être placé à la tête de l'empire du Dieu du Ciel; c'est après avoir déposé la chevelure de l'immortalité qu'il a échangé le vêtement de la chair contre la splendeur de l'immortalité; après avoir été arraché aux eaux de cette vie mortelle que, comme un vrai Moïse, il a anéanti l'empire de Pharaon , et qu'il a été tellement élevé en dignité, qu'à son nom tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers (2).

XXXVII. — Jésus, chef de l'armée bienheureuse.

Quarante jours s'étant écoulés depuis la Résurrection du Seigneur, non sans qu'un grand mystère fût

1 Mat., 28. — 2 Exod., 2. — Philip., 2.

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indiqué par cette période, le quarantième, jour, le charitable Maître, après avoir mangé avec ses Disciples, s'en alla sur la montagne des Oliviers. Là, en leur présence, il s'éleva dans les cieux, les mains étendues, et une nuée qui se forma l'ayant environné, il se cacha lui-même aux regards des hommes. C'est ainsi que , montant à travers l'espace, conduisant comme en triomphe une multitude innombrable de captifs, et ouvrant les portes du Ciel , il entra, montrant le chemin à ceux qui le suivaient ; qu'il introduisit les exilés dans leur patrie, les fit concitoyens des Anges, habitants de la maison de Dieu. C'est en ce jour qu'il répara les ruines des Anges, qu'il rendit au Père éternel tout l'honneur qui lui avait été ravi, se montra vraiment triomphateur et prouva qu'il était le Seigneur des armées (1).

XXXVIII. — Jésus élevé au-dessus des Cieux.

Au milieu des cantiques des Anges et des tressaillements d'allégresse des saints, le Dieu Seigneur des Anges et des hommes s'éleva au-dessus du ciel des cieux, vola sur l'aile des vents avec l'admirable agilité de sa puissance, et alla s'asseoir à la droite du Père, d'autant plus élevé au-dessus des Anges que le nom qu'il a reçu est plus excellent que le leur, et c'est là qu'il est sans cesse en présence de ce Père miséricordieux, afin d'intercéder en notre faveur. C'est un tel Pontife qu'il était convenable que nous eussions, un Pontife saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs

1 Act. 1.— Ps. 67.

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plus élevé que les cieux, et qui, assis à la droite de la Majesté suprême, pourrait offrir aux regards de son Père glorieux les traces des blessures qu'il a reçues pour nous (1).

O Seigneur, notre Père ! que toute langue vous rende grâces à cause de ce don inénarrable de votre excessive et abondante charité, vous qui n'avez point épargné le Fils unique de votre coeur, mais l'avez livré pour nous tous à la mort, afin de nous donner auprès de vous dans les Cieux un avocat aussi puissant et aussi fidèle (2).

XXXIX. — Jésus donateur du Saint-Esprit.

Déjà sept semaines s'étaient passées depuis la Résurrection. Or, le cinquantième jour, les Disciples étant assemblés dans un même lieu avec les saintes femmes et Marie, Mère de Jésus, on entendit tout-à-coup un grand bruit, comme d'un vent impétueux qui venait du ciel, et qui descendit sur ces cent vingt hommes réunis en ce lieu. En même temps, des langues de feu apparurent sur chacun d'eux, afin de montrer que la parole était communiquée à leurs havres, la lumière et l'intelligence à leur coeur. Tous furent remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler diverses langues, selon que le souille de ce même Esprit le leur inspirait. Il leur enseigna toute vérité, les embrasa de toute charité, et les affermit dans toute vertu. Aussi, aidés de sa grâce, illuminés de sa doctrine, fortifiés par sa puissance, quoi-

1 Hebr., 1. — Id., 7. — 2 Rom., 8.

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qu'ils ne fussent qu'en petit nombre et des hommes simples, par leurs discours enflammés, leurs exemples de sainteté, leurs miracles étonnants, ils fondèrent la sainte Église dans l'univers entier. Et cette église purifiée, illuminée, rendue parfaite par la vertu de ce même Esprit, est devenue pleine d'amabilité pour son Époux et ses amis, à cause de sa beauté éclatante et de l'admirable variété de ses vêtements, tandis que, pour Satan et ses anges, elle est terrible comme une armée rangée en bataille (1).

XL. — Jésus source de pardon.

Or, en cette Église établie dans tout l'univers par l'ineffable coopération de l'Esprit-Saint, distincte par ses mille variétés, et une par l'union parfaite de ses membres, en cette Église préside Jésus-Christ, notre unique Pontife, comme un monarque suprême qui y dispense, avec un ordre admirable, ainsi que dans une ville toute céleste, les différents emplois, et y distribue les dons divers. C'est lui qui a mis en elle des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs, afin que les uns et les autres travaillent à la perfection des saints, à l'édification du corps mystique de Jésus-Christ (2). C'est lui aussi qui, selon la grâce de l'Esprit-Saint manifestée sous sept dons différents, a établi sept sacrements, comme autant de remèdes pour nos maladies, et a attaché à leur réception la grâce sanctifiante et le pardon des péchés, lequel pardon ne s'obtient jamais qu'avec la foi et en l'unité de cette sainte Eglise, notre mère.

1 Act. 1. — Cant. 6. — 2 Ephes.

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Mais, parce que c'est par le feu de la tribulation que nos péchés sont effacés, comme Dieu a exposé Jésus-Christ, le chef de l'Église, aux flots de l'affliction, de même, il permet que son corps, qui n'est autre que l'Eglise même, soit en butte aux peines, afin de l'éprouver et de la purifier de plus en plus. Ainsi, les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les vierges et tous ceux, en un mot, qui se sont rendus agréables à Dieu, n'ont gardé leur fidélité qu'en passant par de nombreuses tribulations. Ainsi devront y passer tous les membres choisis de Jésus-Christ jusqu'au jour du jugement.

XLI. — Jésus témoin véridique.

Au jour du jugement à venir, jour où Dieu prononcera sur les secrets des coeurs, le feu marchera devant la face du Juge suprême, les Anges seront envoyés avec la trompette, les élus seront rassemblés des quatre vents du ciel; tous ceux qui sont dans les tombeaux, ressusciteront par la vertu du commandement divin, et tous paraîtront devant ce tribunal où ils seront jugés. Alors seront illuminées les profondeurs des ténèbres, alors seront révélés les projets de tous les coeurs, alors seront ouverts les livres des consciences, alors sera manifesté au grand jour ce livre lui-même qu'on appelle le Livre de vie. Alors, en un moment et à la fois, les secrets de tous les hommes seront montrés à tous avec une telle lumière et une telle évidence, qu'en présence du témoignage de la vérité qui parlera en Jésus-Christ, en présence

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du témoignage de la conscience qui élèvera également la voix, tout désaveu deviendra réellement impossible, ainsi que toute défense, toute excuse, tout subterfuge; il faudra que chacun reçoive salon ses ouvres. Nous avons donc ici un motif impérieux d'agir en tout avec sagesse, puisque nous faisons toutes nos actions en présence d'un Juge à qui rien n'est caché.

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