Œuvres spirituelles (page 14)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XLII. — Jésus juge irrité.

(1) Quand le signe du Fils tout-puissant de Dieu apparaîtra dans les nues, et que les vertus des cieux seront ébranlées; quand les feux de tous les mondes concourront à la fois à l'embrasement total de l'univers; que les justes seront placés à la droite et les impies à la gauche, le Juge suprême de tous les hommes se montrera animé d'une telle colère contre les réprouvés, qu'ils crieront aux montagnes et aux rochers : « Tombez sur nous, et dérobez-nous aux regards de celui qui est assis sur le trône, à la colère de l'Agneau (2). » Eu effet, il prendra la justice pour cuirasse, et pour casque l'intégrité ale son jugement. Il aiguisera, comme une lance, sa colère inflexible, et tout l’univers combattra avec lui contre les insensés Alors, ceux qui se sont soulevés avec tant d'insolence contre l'Auteur de toutes choses, se verront, par un juste jugement de Dieu, en butte aux attaques de toutes les créatures. En haut apparaîtra le Juge irrité lui-même ; en bas, l'abîme épouvantable et l'Enfer

1 Luc., 21. — 2 Apoc., 6. — 3 Sup., 5.

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béant; à droite, les péchés qui les accuseront ; à gauche, une multitude de démons pour les entraîner dans le gouffre; enfin, à l'intérieur, la conscience qui fera sentir son remords dévorant. Ainsi environné, où pourra fuir le coupable? Assurément, il lui deviendra impossible de se cacher, et cependant, paraître au grand jour sera pour lui une chose intolérable. Si le juste est à peine sauvé, que deviendront les impies et les pécheurs (1) ? Ah ! Seigneur, n'entrez donc pas en jugement avec votre serviteur (2).

XLIII. — Jésus vainqueur magnifique.

La sentence qui condamne les réprouvés aux feux éternels étant portée, et tous les ennemis de Jésus-Christ liés comme un faisceau, la vertu toute-puissante de Dieu les livrera, tant en leur corps qu'en leur âme, à l'incessante voracité des flammes, en sorte que jamais ils ne se consumeront, qu'ils seront toujours en proie au feu, qu'ils endureront éternellement sa rigueur, et que la fumée de leurs tourments s'élèvera dans les siècles des siècles (3) . C'est alors que la bête et les faux prophètes, et ceux qui avaient reçu son image, seront jetés dans un étang de soufre et de feu préparé pour le démon et pour ses anges (4). C'est alors que les élus s'avanceront pour considérer ces cadavres sans vie, frappés non de la mort naturelle, mais de la mort du péché; alors que les justes laveront leurs mains dans le sang des pécheurs (5) ; alors

14. — 4 Apoc., 20.— 5 Ps. 57.

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que l'Agneau vraiment victorieux réduira ses ennemis à lui servir de marche-pied (1); quand les impies, entrant dans les profondeurs de la terre, seront livrés à la puissance du glaive et deviendront la proie des renards (2), c'est-à-dire des démons qui les auront séduits par leurs ruses trompeuses.

XLIV. — Jésus époux glorieux.

Enfin, la face du monde étant renouvelée et rendue plus pure, la lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et celle du soleil sera sept fois plus grande ; elle sera comme la lumière de sept jours ensemble. Alors Jérusalem, cette cité sainte qui était descendue du ciel comme une épouse ornée avec éclat, se trouvant à cette heure toute préparée pour les noces de l'Agneau et revêtue d'un double vêtement de gloire, sera conduite dans le palais du royaume céleste. Elle sera introduite dans ce sanctuaire glorieux, dans cette demeure inviolable, où elle s'unira à l'Agneau divin d'une union si intime que l'Époux et l'Épouse deviendront un même esprit. Jésus-Christ sera revêtu de toute la beauté de ses élus, comme d'un vêtement de couleurs diverses, qui le rendra brillant de tout éclat et resplendissant de la magnificence de toute pierre précieuse. Alors retentira ce doux cantique des noces de l'Agneau, et sur toutes les places de Jérusalem on chantera: Alleluia. Alors les vierges prudentes et préparées entreront aux noces avec l'Époux, et, la porte étant fermée, elles se reposeront dans la beauté de la

1 Ps. 109. — 2 Ps. 62.

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paix, dans les tabernacles de la confiance et dans un repos d'une abondance inépuisable.

XLV, — Jésus Roi fils de Roi.

Le royaume éternel de Dieu doit être estimé glorieux et plein de grandeur, d'après la haute élévation de celui qui y règne ; car ce n'est pas ici le roi qui emprunte son titre au royaume, c'est le royaume qui doit son origine à son Roi. Ce roi est Celui qui porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse : Le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs (1). Sa puissance est éternelle et elle ne lui sera point ravie, et son royaume ne sera point détruit. Tous les peuples, les tribus et les langues le serviront éternellement. Il est vraiment le Roi pacifique dont le ciel et la terre désirent contempler la beauté. Oh ! combien glorieux est le royaume d'un Roi si excellent! C'est là qu'avec lui règnent tous les saints. Sa loi, c'est la vérité, c'est la paix, la charité, la vie, l'éternité. La multitude de ceux qui sont élevés en ce royaume ne divise point son unité. La part qu'ils y obtiennent n'affaiblit point son intégrité ; le nombre n'y porte point la confusion; l'inégalité n'y amène point le désordre; un espace limité ne lui sert point d'enceinte; les vicissitudes y sont étrangères, et le temps n'est point la mesure de ses années.

XLVI. — Jésus le livre scellé.

Pour que la gloire d'un royaume soit parfaite, non-seulement il faut une puissance admirable, mais encore

1 Apoc., 17.

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une sagesse éclatante ; car alors les rênes du gouvernement ne sont point tenues selon le jugement d'une volonté indéterminée, mais selon les vives lumières des lois éternelles, lois émanées des splendeurs de la sagesse infaillible. Or, cette sagesse est écrite en Jésus-Christ, comme dans le livre de vie en qui Dieu le Père a caché tous les trésors de la sagesse et de la science. Ainsi, comme Verbe incréé, le Fils unique de Dieu est le livre même de la sagesse ; il est la lumière qui brille en l'esprit du Créateur suprême, lumière pleine de raisons vivantes et éternelles ; comme Verbe inspiré, il est la lumière qui illumine les intelligences angéliques et bienheureuses ; comme Verbe incarné, il est cette même lumière qui éclaire les esprits doués de raison et unis à la chair. De la sorte la sagesse de Dieu se montre en Jésus-Christ sous différentes formes. En lui elle se répand par tout son royaume, et elle apparaît comme en un miroir de splendeur qui reproduit la beauté de toutes les espèces et l'éclat de toutes les lumières, comme en un livre où toutes choses sont écrites selon les desseins impénétrables de Dieu.

Oh! s'il m'était donné de rencontrer un tel livre dont l'origine est éternelle, dont les caractères sont indélébiles, dont la contemplation est vraiment digne de nos désirs, la doctrine facile, la science pleine de douceur, la profondeur insondable, les paroles inénarrables, et où cependant le Verbe seul est toutes choses ! En vérité, celui qui a trouvé ce livre a troué la vie, et c'est dans le Seigneur lui-même qu'il puise le salut.

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XLVII. — Jésus rayon de lumière inépuisable.

Or, en ce royaume éternel, toute grâce excellente et tout don parfait descendent du Père des lumières avec libéralité et abondance, par celui qui est son rayon substantiel, Jésus-Christ (1). Car il est un et il possède tout pouvoir, et toujours immuable en lui-même, il renouvelle toutes choses. Il est une effusion toute pure de la clarté du Tout-Puissant, voilà pourquoi rien de souillé ne saurait troubler l'océan de ce rayon. Accourez donc à cette source de la vie et de la lumière, accourez avec un désir ardent, qui que vous soyez, ô âme dévouée à Dieu ! Et criez-lui de toute la force de votre coeur: « O ineffable beauté du Très-Haut! O clarté très-pure de la lumière éternelle! Vie inépuisable qui vivifiez toute vie, lumière qui illuminez toute lumière, et conservez toujours dans une splendeur sans cesse persévérante les astres divers qui brillent devant le trône de votre Divinité depuis l'origine des temps! O fleuve éternel et inaccessible, fleuve plein de douceur, d'éclat et de suavité, dont la source est cachée aux yeux de tous les mortels , fleuve dont la profondeur est un abîme , dont la hauteur est infinie, la largeur sans limites, la pureté à l'abri de toute tempête. C'est de là que sort ce fleuve qui verse une huile d'allégresse et réjouit la cité de Dieu ; de là que sort ce torrent dont. la force est semblable à celle du feu , ce torrent, dis-je, d'une volupté divine, qui remplit d'une ivresse de bonheur les habitants de la

1 Jac., 1.

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patrie céleste et met dans leur bouche l'hymne d'une jubilation sans lin. Daignez donc nous oindre de cette huile sacrée; daignez verser en nos coeurs desséchés quelques gouttes de ce torrent désirable , afin de calmer la soif qui les dévore. Nous aussi, nous vous chanterons des cantiques de louange; nous ferons retentir nos cris d'allégresse et les chants de notre joie, alors que nous saurons par expérience qu'en vous se trouve la source de la vie, et que c'est en votre lumière que nous verrons la lumière.

XLVIII. — Jésus la fin de nos désirs.

Il est certain que la fin de tous nos désirs, c'est la béatitude, qui est un état dont la perfection consiste en la réunion de tous les biens (1). Or aucun n'arrive à cet état que par une transformation dernière en celui qui est la source et l'origine de tous les biens, tant naturels que gratuits, tant corporels que spirituels, tant passagers qu'éternels. C'est lui qui a dit de lui-même : « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin (2). Parce que c'est par le Verbe uni à la chair que bout est réparé, gouverné et conduit à sa fin, et c'est pour cela qu'il est vraiment et proprement appelé Jésus. En effet aucun autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous devions être sacrés (3). C'est donc vers vous, ô désiré Jésus! que je me porterai, comme vers la fin de toute chose, en croyant et en espérant en vous, en vous aimant de tout mon coeur, de tout mon esprit, de toute mon âme

1 Boet., de consid. Philosop., lib. 3. — 2 Apoc., 2.

— 3 Act., 4.

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et de toutes mes forces. Vous seul me suffisez, vous seul apportez le salut à ceux qui cherchent et qui aiment votre nom, vous seul êtes plein de bonté et de suavité pour eux. Vous êtes le Rédempteur de ceux qui périssent, le Sauveur de ceux qui sont rachetés, l'espérance des exilés, la force de ceux qui sont dans la peine, le secours des opprimés , la douce consolation des coeurs en proie à la douleur; vous êtes la couronne et la gloire suprême de ceux qui triomphent, l'unique récompense et la joie des habitants de la sainte patrie, le Fils glorieux du Dieu très-haut, le fruit sublime du sein de la Vierge , la source abondante de toutes les grâces. C'est de votre plénitude que nous avons tout reçu (1).

Nous prions donc le Père de toute clémence, par vous, son Fils unique fait homme, crucifié et glorifié pour nous, nous le prions qu'il nous envoie de ses trésors l'Esprit de grâce, afin qu'il se communique à nous par ses sept dons, cet Esprit qui s'est reposé sur vous dans toute sa plénitude ; Esprit de sagesse, qui nous donnera du goût pour l'arbre de vie, qui n'est autre que vous-même, et pour ses fruits vivifiants ; Esprit d'intelligence, qui illuminera les yeux de notre âme; Esprit de conseil, qui nous fera marcher sur vos traces par de droits sentiers ; Esprit de force, qui nous rendra puissants à vaincre les efforts de nos ennemis acharnés contre nous ; Esprit de science, qui nous remplira des vives lumières de votre sainte doctrine et nous fera discerner le bien d'avec le mal; Esprit de

1. Joan., 1.

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piété, qui nous fera goûter les douceurs de la paix; Esprit de crainte, qui, nous éloignant de toute iniquité, nous affermira contre les dangers par un respect profond envers votre éternelle majesté. C'est là ce crue vous voulez que nous demandions dans cette prière sacrée que vous nous avez enseignée. Maintenant nous vous conjurons de nous l'accorder par votre croix et pour l'exaltation de votre très-saint nom, à qui soit, avec le Père et le Saint-Esprit, tout honneur, toute gloire, toute action de grâces, toute splendeur et toute puissance dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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CINQ FÊTES

CINQ FÊTES

LES CINQ FÊTES DE L'ENFANT-JESUS.

Préface.

Première Solennité. De la Conception de l'Enfant-Jésus.

Seconde Solennité. De la naissance de l'Enfant-Jésus.

Troisième Solennité. De l'imposition du nom de Jésus.

Quatrième solennité. De l'adoration des mages.

Cinquième Solennité. De la Présentation de l'Enfant-Jésus dans le Temple.

Préface.

Selon le sentiment et la doctrine d'hommes vénérables, qui ont été favorisés dans l'Église de Dieu d'une abondance plus grande de lumières et embrasés des ardeurs les plus intenses de la céleste piété, la méditation de la personne du doux Jésus, la divine contemplation du Verbe incarné, enivre l'âme dévote de suavité et de délices auxquelles on ne saurait comparer ni la douceur du miel, ni l'odeur des parfums les plus exquis, en même temps qu'elle la console et la fortifie d'une manière qui ne laisse rien à désirer. C'est pour cela que, m'étant dérobé un peu au tumulte des affaires, et réfléchissant en moi-même sur quel point de l'Incarnation divine je pourrais occuper mon âme pendant ce temps, afin de recevoir quelque consolation spirituelle, de goûter, au moins comme en un miroir, quelque douceur surnaturelle en cette vallée de larmes, et de mépriser ensuite plus parfaitement toute consolation passagère et trompeuse, il me vint en esprit, et cela d'une manière presque irrésistible, qu'une âme pieuse pouvait concevoir spirituellement, par la vertu du Très-Haut, enfanter et, appeler de son nom le Verbe béni, le Fils unique de Dieu le Père, le chercher et l’adorer

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avec les bienheureux Mages, et enfin l'offrir avec bonheur dans le temple à Dieu son Père, selon la loi de Moïse ; qu'ainsi, comme une vraie disciple de la religion chrétienne, cette âme pouvait célébrer, avec une ferveur pleine de tout respect, les cinq fêtes que l'Église a établies en l'honneur de l'Enfant-Jésus. Comme j'ai conçu avec humilité ce projet, je l'ai écrit en paroles humbles et j'ai omis, pour être plus court, les passages des auteurs qui pouvaient s'y rapporter. Si quelqu'un, se servant de cet humble et faible traité pour ses, méditations, sent naître en le lisant quelque légère étincelle de dévotion envers le très-doux Jésus, qu'il loue, bénisse et glorifie ce même Seigneur comme le principe, la source et l'auteur de tout bien ; s'il n'éprouve rien ou s'il éprouve moins qu'il n'espérait et qu'il n’avait droit d'attendre, qu'il l'attribue et l'impute à celui qui a écrit ces lignes, à moins peut-être qu'il ne doive en demander compte à son peu de dévotion et à son manque d'humilité.

Première Solennité. De la Conception de l'Enfant-Jésus.

C'est après avoir purifié son intelligence par les larmes de la contrition, après l'avoir enflammée et élevée par l'ardeur dévorante de l'amour, par de chastes méditations et de pieuses pensées, que l'on doit considérer comment ce Fils béni de Dieu, Jésus-Christ, est conçu spirituellement en l'âme dévote. Lorsque cette âme, poussée et stimulée par l'espoir de la suprême récompense, ou par la crainte du supplice éternel, ou enfin par l'ennui d'un trop long séjour en cette vallée de larmes, est visitée par de nouvelles lumières, elle s'embrase par de saintes affections et se plonge dans

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l'anxiété par de célestes méditations. Alors , rejetant et méprisant ses anciens défauts, ses désirs des premiers temps, acceptant le nouveau genre de vie qui lui est proposé par le Père des lumières, de qui vient tout bien excellent et tout don parfait, elle devient spirituellement féconde parle souffle de la grâce. Mais en ce moment, que se passe-t-il en elle, sinon que la vertu du Très-haut survient, l'ombrage d'un rafraîchissement tout divin, apaise les feux de sa concupiscence, communique eux yeux de son esprit une force nouvelle et une aptitude plus grande, et que le Père céleste répand en cette âme une semence divine, la rend enceinte et la féconde ? Après cette conception sacrée, son visage devient pâle dans les conversations, sous l'impression d'une humilité réelle; elle éprouve en soi du dégoût pour toute nourriture, parce qu'elle est pleine de mépris pour ce qui est de ce monde et le rejette entièrement. Ses désirs ont varié dans leurs objets, depuis qu'elle a en vue des biens d'un ordre différent. Quelquefois même elle se sent languissante et malade du besoin qu'elle éprouve de détruire sa volonté propre. Elle s'avance triste et agitée à cause des péchés commis autrefois, du temps perdu et de l'obligation où elle est de vivre et de converser dans le monde avec des hommes dont la vie est toute profane. Et même, de jour en jour, tout ce qui est extérieur , tout ce qui frappe les yeux du corps, commence à lui devenir plus à charge, à lui être un sujet d'ennui , parce qu'elle voit intérieurement , parce qu'elle entend intérieurement.

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O heureuse conception qui est suivie d'un tel mépris du monde, d'un tel désir des opérations célestes ! L'esprit. n'a fait qu'en ressentir un peu les effets, et déjà la chair est un fardeau et une source de gémissements, déjà l'âme s'élève avec Marie vers les montagnes; tout ce qui est terrestre lui devient insipide après une telle conception ; ce qui est céleste et éternel est son seul désir. Déjà l'âme se met avec Marie à servir Elisabeth, c'est-à-dire ceux que la grâce divine embrase davantage d'amour. Et ce qui est. vraiment digne de remarque et à quoi il est nécessaire que beaucoup fassent attention, c'est qu'alors plus on se sépare du monde, plus on se rend aimable et plus on s'unit à ceux qui sont bons, en sorte qu'à mesure que la société des méchants devient plus insipide, la société des justes et des hommes spirituels devient plus douce, touche et enflamme davantage notre coeur. La raison, c'est que, selon saint Grégoire (1), « celui qui s'attache à un homme saint trouve dans l’assiduité de ses rapports avec lui , dans l'habitude de ses entretiens , dans les exemples de sa vie, quelque chose qui l'embrase d'amour pour la vérité, dissipe les ténèbres du péché et le fait soupirer avec ardeur après la divine lumière. »

C'est pour cela que saint Isidore s'écrie (2) : « Recherchez la société des bons, car il arrivera que , si vous êtes le compagnon de leur vie, vous le serez de leurs vertus. » Que l'âme fidèle pense donc combien purs et combien saints étaient les entretiens

1 Greg., hom, 5 in Ezech. — 2 Isid.

De cont. mun., etc.

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de ces âmes vraiment célestes, combien divins et combien salutaires étaient leurs conseils , combien admirables les oeuvres saintes de leur charité mutuelle , alors qu'elles s'excitaient l'une l'autre, par leurs paroles et leurs exemples, à ce qu'il y avait de plus parfait.

Ainsi devez-vous agir, ô âme dévote ! si vous sentez que, par la vertu de l'Esprit-Saint, vous avez connu de nouveaux désirs d'une vie céleste. Fuyez la société des méchants , élevez-vous sur les hauteurs avec Marie, recherchez les conseils des hommes spirituels, appliquez-vous à suivre les traces des parfaits, écoutez les paroles des bons , considérez leurs ouvres et les exemples qu'ils vous donnent. Fuyez les conseils empestés de ceux qui sont pervers; ils ne tendent qu'à vous pervertir vous-même, ils ne s'appliquent qu'a entraver votre marche, ils ne s'agitent que pour mettre en lambeaux les nouvelles inspirations de l'Esprit Saint et souvent, sous une apparence de bien et de piété, ils vous infiltrent le poison d'une tiédeur impie, en disant: « Ce que vous entreprenez est trop grand; ce que vous vous proposez, trop élevé; ce que vous vous faites est intolérable; vos forces ne sont pas suffisantes; la capacité de votre esprit est au-dessous d'une telle tâche; la tête s'y fatigue; les yeux s'y détruisent; les infirmités diverses y trouvent leur aliment, comme la phthisie, la paralysie, l'inflammation du corps, les vertiges, la perte de la vue, l'affaiblissement des sens, l'obscurcissement de la raison , l'anéantissement des forces. Vous serez sujette à toutes cos infirmités, si vous

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ne renoncez à cette entreprise , et si vous ne vous appliquez davantage à soigner votre corps. De telles choses ne conviennent pas à votre état; par là vous perdez votre honneur et le respect qui vous est dû. »

Voyez-vous comment celui qui ne sait pas régler sa propre conduite et guérir l'infirmité de son âme , est devenu un directeur habile et un médecin expert du corps? Hélas! hélas! combien ces conseils maudits du monde ont supplanté d'hommes, et quels hommes! Dans combien de coeurs ils ont enlevé la vie au Fils de Dieu conçu en eux par l'Esprit-Saint ! Cette persuasion diabolique est la potion perfide et mortelle qui empêche en beaucoup la conception spirituelle, qui étouffe et détruit le fruit déjà conçu par une résolution bien arrêtée ou déjà même conduit à sa perfection par le lien de la religion.

Il y en a d'autres qui semblent bons et religieux, et qui peut-être le sont, mais que je déclare cependant, malgré le respect que je leur dois, d'une timidité excessive. Ils ne remarquent point que la main du Seigneur n'est point raccourcie pour ne pouvoir plus sauver (Isaïe, 59) ; ils ne considèrent point que la charité du Très-Haut n'est point diminuée pour ne plus nous venir en aide. Ils ont le zèle de la gloire de Dieu, il est vrai, mais non un zèle selon la science, quand par une compassion inspirée par les afflictions corporelles, ou bien peut-être par crainte d'une impuissance naturelle, ils éloignent leurs frères des oeuvres de perfection, alors qu'ils en voient d'autres agir généreusement.

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alors qu'ils jugent depuis longtemps eux-mêmes ce genre de vie saint et excellent, quoiqu'ils n'aient jamais eu le courage de le mettre en pratique. Ils dissuadent de tout ce qui excède le train de la vie commune , détruisent les saints conseils de l’inspiration divine; et leurs conseils sont , par le genre de vie qu'ils persuadent, d'autant plus dangereux qu'ils sont plus écoutés. D'autres encore nous objectent et nous disent avec une adresse vraiment digne de notre antique ennemi: « Si vous faites telle ou telle chose , vous passerez pour un homme saint et excellent, religieux et dévot; mais comme en vous il n'y a pas ce que les autres croient y voir, en présence du Juge suprême qui connaît les grands, les énormes et horribles péchés dont vous êtes chargé, vous serez trouvé coupable ; dans le temps présent vous perdez le mérite de vos bonnes oeuvres, et plus tard vous serez considéré comme un fourbe et un hypocrite. » Ils avancent que de semblables exercices doivent être le partage de ceux qui n'ont fait aucun mal, de ceux qui ont vécu dans la sainteté et l'innocence ; qui ont tout abandonné pour Dieu, et durant leur vie entière se sont attachés à lui d'une manière parfaite. Mais, ô âme dévouée à Dieu, âme chérie de lui, évitez de tels hommes : élevez-vous avec Marie sur la montagne. Paul n'avait pas vécu sans péché; il n'y avait pas longtemps qu'il servait Dieu, quand il fut ravi au troisième ciel et contempla le Seigneur face à face (1). Marie-Madeleine était toute

1 II Cor., 12.

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pleine d'orgueil et d'ambition , toute appliquée aux vanités du monde , toute adonnée aux passions de la chair; et cependant peu de jours s'étaient à peine écoulés depuis une semblable vie, qu'elle prenait place aux pieds de Jésus parmi les saints Apôtres, et écoutait avec l'intention de la mettre en pratique la pieuse doctrine de la perfection. La première, elle mérita bien peu de temps après sa conversion, de voir le Seigneur ressuscité, et elle rendit, sans jamais flotter incertaine, témoignage à la vérité. C'est qu'en Dieu il n'y a pas acception de personnes (1); il n'a point d'égards pour les grandeurs du rang, pour la longueur du temps, ni pour la multitude des oeuvres ; mais il considère la ferveur plus intense, la charité plus vive de l'âme dévote. Il ne regarde pas ce que vous avez été autrefois, mais ce que vous avez commencé à être. Aussi les conseils qui s'éloignent de cotte doctrine seraient très-répréhensibles, s'ils n'étaient excusés par la simplicité de ceux qui les donnent, et l'on ne peut les approuver en aucune façon.

Vous donc, ô âme que la semence divine a rendue féconde, fuyez ces conseils insensés. Si vous n'avez pas les yeux du lynx , au moins ne rejetez pas les yeux de l'homme : il est encore meilleur de posséder un bien en partie que d'en être privé de tout en tout. C'est un malheur de perdre parce qu'on a perdu déjà, et c'est une folie de ne vouloir point avancer parce qu'on a reculé. Si vous ne pouvez vous sauver avec l'innocence, tâchez de le faire par la pénitence. Si

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vous ne pouvez être ni Catherine, ni Cécile, ne dédaignez pas d'être Marie-Madeleine ou Marie Egyptienne. Si vous avez perdu votre jeunesse, au moins ne perdez pas votre veillasse. Si, jusqu'à ce jour, vous avez vécu au milieu des agitations de la mer, mourez au moins dans le calme du rivage. Si donc vous sentez que, par une sainte résolution, vous avez conçu Jésus, le très-doux fils da Dieu, fuyez les poisons mortels que je viens de vous faire connaître. Hâtez-vous , désirez, à l'exemple de celle qui a conçu , arriver à un enfantement heureux ; que ce soit l'objet de tous vos soupirs.

Vous devez remarquer que la bienheureuse Vierge n'a pas mis au monde son Fils aussitôt après lavoir conçu, mais qu'il s'écoula neuf mois avant ce temps ; ce qui n'est pas sans mystère et nous apprend qu'il ne faut pas croire à tout esprit. Ainsi , ô âme dévote, quand vous serez éclairée de lumières ou de révélations nouvelles, quand vous serez illuminée par des inspirations inaccoutumées, et qu'au dedans de vous-même vous vous sentirez enflammée par des projets d'une grande perfection , ne vous hâtez pas de passer de la pensée à l'exécution, mais délibérez attentivement en vous-même et avec des hommes vertueux, surtout avec ceux qui sont versés en ces sortes de choses, pour savoir si ce qui vous est inspiré est permis, s'il convient, s'il est à propos, s'il s'accorde avec les enseignements des Prophètes, s'il n'est point contraire à la doctrine des apôtres et des saints Docteurs , s'il offre quelque ressemblance ou quelque

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dissemblance avec les exemples des saints; et alors hâtez-vous d'agir suivant les pensées que vous avez reçues ; ou bien débarrassez-en aussitôt votre esprit , car il est dangereux de recevoir fréquemment et de garder longuement en son coeur ces sortes d'inspirations, pour n'en retirer qu'un profit médiocre ou même nul dans l'accomplissement du bien.

Seconde Solennité. De la naissance de l'Enfant-Jésus.

Remarquez , en second lieu, et considérez comment le Fils béni de Dieu naît spirituellement en notre âme.

Il y prend naissance, lorsqu'après avoir formé un sage dessein, après avoir suffisamment mûri l'affaire, après avoir invoqué le secours d'en haut, on amène à effet cette sainte résolution. Il y prend naissance lorsque l'âme commence à agir et à réduire en oeuvre ce qu'elle a médité longuement au dedans d'elle-même, lorsqu'elle se met à exécuter courageusement ce qu'elle s'était proposé d'accomplir depuis longtemps, sans toutefois oser l'entreprendre par la crainte de défaillir dans son entreprise.

Or, en cette naissance bienheureuse, les Anges font éclater leurs jubilations; ils glorifient Dieu et annoncent la paix. Car c'est lorsque l'âme exécute par les bonnes oeuvres ce qu'elle a conçu longuement, que la paix intérieure se rétablit. En effet, dans le royaume de l'âme, la paix divine n'est jamais bien stable quand la chair est en lutte avec l'esprit et l'esprit avec la

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chair; quand l'esprit soupire après la solitude et la chair après le tumulte; quand l'esprit cherche le repos de la contemplation avec Dieu et que la chair ambitionne les honneurs d'un haut rang dans le siècle; quand Jésus-Christ attire l'esprit et le monde la chair. Au contraire, lorsque la chair est placée sous le joug de l'esprit, lorsque le bien, longtemps empêché par la chair, s'accomplit enfin, la paix se rétablit et l'allégresse intérieure commence à renaître.

En cette naissance, on n'entend point de cris lamentables, on ne sent point de douleurs déplorables, on n'est point soumis à des déchirements cruels, mais on est dans l'admiration à la vue de la pureté qui l'accompagne, dans l'allégresse en présence du prodige nouveau que Dieu opère, et on le glorifie du courage et de la facilité qu'on éprouve. Oh! que bienheureuse est cette naissance qui produit une joie si vive chez les Anges et chez les hommes! Oh! qu'il serait doux et délectable de voir la nature en arriver là, si sa folie n'y niellait obstacle ! A peine cette folie est-elle calmée, que la grâce sourit à ce qui est naturel en nous et que déjà nous éprouvons combien vraies sont ces paroles de l'Évangile (1) : «Prenez mon joug sur loin; apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes ; car mon joug est doux et mon fardeau léger.

Mais il faut bien remarquer, ô âme dévote, que si vous voulez trouvez une joie vive en cette naissance si aimable, il faut auparavant que vous soyez Marie. Or,

1 Mat., 11.

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Marie signifie mer d'amertume, illuminatrice et souveraine. Soyez donc une nier d'amertume par une contrition toute de larmes. Pleurez amèrement les péchés que vous avez commis, gémissez profondément sur le bien que vous n'avez point accompli et affligez-vous sans cesse des jours négligés et perdus. Soyez illuminatrice par une vie sans tache, par la pratique des vertus, par votre zèle à établir les autres dans le bien. Soyez enfin souveraine de vos sens, des concupiscences de votre chair et de toutes vos opérations diverses. Faites toutes vos actions selon la droite lumière de votre raison, et en toutes choses désirez et cherchez votre salut, l'édification du prochain , la louange et la gloire de Dieu. Elle est vraiment heureuse, cette Marie qui pleure et gémit sur les fautes commises, est ornée et toute brillante de vertus, et règne avec domination sur toutes les inclinations de la chair. C'est de cette Marie que Jésus-Christ ne dédaigne pas de naître spirituellement dans la joie et sans lui faire ressentir ni douleur, ni fatigue.

Après cette naissance heureuse, elle connaît et elle goûte combien suave est le Seigneur Jésus En effet, il est vraiment suave quand il est nourri par de saintes méditations, quand il dst désaltéré aux sources brûlantes des larmes de la dévotion, quand il est revêtu du voile des chastes désirs, quand il est porté dans les bras de la sainte charité, quand il reçoit pour baiser les mouvements répétés d'une tendre piété, quand il est bercé dans le sein d'un esprit tout intérieur. Lorsqu'il naît ainsi, ce n'est pas pour être éloigné aussitôt

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de l'âme qui lui a donné le jour, mais c'est pour être gardé avec le plus grand soin, comme l'enfant des rois.

Et ici remarquez bien, âme fidèle, qu'en vous s'opèrent spirituellement ces prodiges qui eurent lieu visiblement à la naissance de Jésus-Christ ; car, selon la doctrine et le sentiment des Docteurs, il s'en accomplit beaucoup en cette naissance bénie. A Rome, les murs du temple de la paix s'écroulèrent jusque dans leurs fondements. Dans le monde entier, ceux qui se livraient aux péchés de Sodome furent frappés de mort subite. Les vignes d'Engaddi fleurirent cette nuit-là et donnèrent un fruit embaumé. Une source d'eau pure fut changée en une source d'huile, et elle coula sans interruption la nuit entière jusque dans le Tibre. Une grande étoile apparut ayant la forme d'un bel enfant sur la tête duquel une croix resplendissait. Trois soleils se montrèrent à la fois en Orient, et peu après ils se réunirent en un seul corps lumineux. En plein jour, un cercle d'or environna le soleil, et, au milieu de ce cercle, on vit une vierge brillante de beauté et portant un enfant sur son sein. Et que dirai-je de plus? Les Anges publiaient d'une manière admirable cette naissance bienheureuse, les bergers l'annonçaient à haute voix, les animaux privés de parole la reconnaissaient. Voilà par quels signes et par quels prodiges la naissance élu Sauveur fut manifestée ostensiblement.

Maintenant considérez avec soin, ô âme fidèle, qui désirez être mère de Jésus par la grâce, considérez si

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ces signes, si ces changements merveilleux se renouvellent spirituellement en vous, de façon à pouvoir de quelque manière vous assurer si cette naissance a eu lieu. Remarquez avec la plus vive attention, pensez fréquemment si quelque temple s'est écroulé en vous: je veux dire le désir de la vaine gloire et de l'orgueil ; si l'idole a été renversée, c'est-à-dire l'amour des biens trompeurs et la passion de l'avarice; si les habitants de Sodome s'y rencontrent encore, c'est-à-dire les plaisirs et la concupiscence de la chair. En effet les premiers signes de cette naissance bénie sont quo l'âme se sente débarrassée de l'ambition par la vertu d'humilité, étrangère à l'avarice par le désir de la pauvreté , purifiée des taches de la luxure par l'amour de la chasteté.

Considérez ensuite, avec une attention non moins grande, si votre vigne a produit un fruit qui ait le parfum du baume, c'est-à-dire une foule de saintes affections ; si une fontaine d'huile a pris sa source en vous, c'est-à-dire si de votre coeur se répandent les oeuvres de miséricorde. Considérez si trois soleils, c'est-à-dire les trois vertus théologales, se lèvent en Orient, ou autrement dans l'âme dévote, et s'ils se réunissent en un seul par une alliance intime; si une étoile d'une clarté nouvelle, c'est-à-dire la connaissance divine, vous illumine de ses rayons ; si un cercle d’or environne le soleil, c'est-à-dire si la charité sainte est en vous l'égale de la lumière; si la Vierge est assise là avec son enfant, c'est-à-dire si une oraison pure accompagnée d’une dévotion sincère, possède

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votre amour. Voyez si les animaux offrent leurs adorations, c'est-à-dire si vos sens obéissent parfaitement ; si les rois viennent à la recherche de l'Enfant, c'est-à-dire si les vertus de votre intelligence sont, poussées vers Jésus par des désirs réitérés, par des affections sans cesse renouvelées ; si les Anges, c'est-à-dire toutes les habitudes vertueuses, font éclater leurs jubilations au milieu de l'allégresse où l'âme est plongée; s'ils annoncent la paix par la tranquillité dont jouit l'esprit, et s'ils publient Jésus par la sérénité répandue dans le coeur.

Enfin, considérez en dernier lieu, et toujours avec une attention soutenue, si les bergers, c'est-à-dire les saintes méditations, vont trouver dans la crèche Jésus qui rient d'y prendre naissance, le petit Enfant qui vous a été donné. La crèche, c'est votre conscience, fermée en bas par le mépris des choses de ce monde, ouverte en haut par le désir des biens éternels. C'est là le lieu de repos du Roi pauvre; c'est le lieu où sa Mère l'a placé après sa naissance, le lieu où les bergers l'ont trouvé. O crèche bienheureuse qui renfermes le Roi de gloire ! En toi il m'apparaît sans voix comme une bête de somme, et cependant il est le pain qui sustente les Anges. C'est de toi que se nourrissent les animaux sans parole, de toi que se rassasie l'âme dévote ; et bien qu'improprement, je te déclare bienheureuse. Mais pourtant je dis plus heureuse encore la conscience fidèle : elle n'est pas par sa nature, il est vrai, ce que tu es toi-même ; mais celui que

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tu contiens en son corps, elle le renferme spirituellement en elle-même.

Troisième Solennité. De l'imposition du nom de Jésus.

Il nous faut voir, en troisième lieu, quel nom il convient de donner à ce petit Enfant qui vient de prendre une naissance toute spirituelle. Pour moi, je pense qu'on ne saurait lui donner un nom plus convenable que le nom de Jésus, car il est écrit (1) : « Il fut appelé du nom de Jésus, qui était le nom que l'Ange lui avait donné avant :qu'il fût conçu dans le sein de sa Mère. » C'est le nom très-saint annoncé par les Prophètes, le none par excellence, plein de vertu, de grâce, de félicité, de délices et de gloire. C'est un nom de vertu, parce qu'il surmonte les ennemis, rassemble les habitants dispersés de la cité, répare les forces, rappelle les esprits dans la voie véritable. C’est un nom plein de grâce, parce qu'en lui nous trouvons le fondement de notre foi, le soutien de notre espérance, l'accroissement de notre charité, le complément de notre ,justice. C'est un nom de félicité, parce qu'il est pour le coeur une jubilation, pour l'oreille une mélodie, pour la bouche un miel exquis, pour l'esprit une splendeur éclatante. C'est un nom de délices, parce que médité il est une nourriture, proféré un adoucissement, invoqué une onction, écrit une réparation de nos forces, et mis en pratique un guide et un soutien.

1 Luc., 2.

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C'est vraiment un nom de gloire, car il a rendu la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, la vie aux morts et l'usage de leurs jambes aux boiteux.

O nom béni qui nous apparaît suivi de tant de prodiges! O âme, soit que vous écriviez, soit que vous lisiez, que vous enseigniez ou que vous fassiez quelqu'autre chose, que rien ne vous réjouisse, que rien ne vous soit agréable, s'il n'y a point le nom de Jésus. Que l'Enfant qui est engendré spirituellement. en vous porte donc le nom de Jésus, qu'il soit appelé Fils de Dieu, Splendeur de la gloire, Image parfaite de la substance paternelle, Verbe du Père, Vertu du Tout-Puissant, Héritier de toutes choses, Roi des rois, Seigneur des seigneurs. Qu'il possède ce nom auquel est joint celui de Christ, qui veut dire oint, et à juste titre, car il a reçu l'onction sacrée pour être un prophète, ainsi qu'on le voit par l'abondance de sa doctrine; pour être un combattant, ainsi qu'il l'a prouvé en vainquant le démon ; pour être un prêtre, comme il l'a montré en nous réconciliant avec son Père; pour être un roi, comme il le manifestera au jour oit il distribuera les récompenses. Mais qu'il ait pour lui tous ces titres auxquels il fera participer les enfants de sa gloire. Que pour vous , Jésus soit seulement un Sauveur dans cet exil et les misères de la vie. Qu'il vous sauve, dis-je, de la vanité de ce monde qui vous attaque ; des ruses du démon qui vous assiège ; de la fragilité de la chair qui vous persécute. Criez, ô âme dévote, criez au milieu des fléaux nombreux de cette vie : « O Jésus,

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sauveur du monde ! sauvez-nous, vous qui nous avez rachetés par votre Croix et au prix de votre sang. Sauvez-nous, ô très-doux Jésus, en for- tillant celui qui est faible, en consolant celui qui est dans les larmes, en secourant celui qui se sent tomber, en affermissant celui qui vacille. »

Mais hélas ! il est une chose que je rapporterai en pleurant, une chose qui n'est pas sans mystère. C'est que ce n'est pas aussitôt après sa naissance qu'il est circoncis et qu'il reçoit son nom ; mais il faut, selon la loi, attendre le huitième jour. Je pense que par le nombre sept, qui est renfermé en ce premier nombre, est figurée l'universalité des vertus divines et morales avec l'unité et le lien de la paix. Car c'est après avoir supporté toute adversité par la force, après avoir sustenté les pauvres et les indigents par la justice, après avoir vaincu la concupiscence par la tempérance, après avoir évité les embûches du monde et de l'antique ennemi par la prudence, après avoir compris par la foi que Dieu est le créateur de toutes choses, après avoir, en toutes ses oeuvres, fixé sur lui les regards de son espérance, connue sur le rémunérateur suprême, après l'avoir aimé de tout son coeur, comme l'auteur de tout bien, enfin, après avoir, le huitième jour, circoncis l'âme de ses imaginations fantastiques, de ses pensées vaines et inutiles, après avoir apaisé tous ses mouvements et réglé ses affections désordonnées, qu'on arrive à la faire reposer doucement dans le Seigneur par l'exercice de la contemplation. C'est alors que l'Enfant est nommé, alors qu'on lui impose

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le doux nom de Jésus, alors qu'on sent et. qu'on goûte toute la suavité de ce nom, qu'on expérimente sa vertu, qu'on en perçoit la félicité. Oh ! quelle effusion réitérée de bonheur éprouve, après l'imposition de ce nom, l'heureuse mère selon la nature de cet Enfant, et sa vraie mère selon l'esprit, cette Vierge Marie, lorsqu'elle voit que tous les démons prennent la fuite, les aveugles recouvrent la vue, les malades sont guéris, les morts ressuscitent, les miracles se multiplient. Ainsi, ô âme spirituelle, devez-vous vous réjouir et tressaillir d'allégresse, quand vous voyez que Jésus votre bis béni, met en fuite les démons en pardonnant les péchés ; qu'il éclaire les aveugles, en répandant dans les coeurs la connaissance de la vérité ; qu'il ressuscite les morts par le bienfait de sa grâce ; qu'il guérit les infirmes, rend aux boiteux l'usage de leurs jambes, et redresse les membres paralysés et contractés, en répandant dans les âmes la, force et la vigueur ; en sorte que par la grâce, ceux que naguère leurs fautes avaient rendus faibles et débiles, se trouvent remplis de courage et de vie. Oh ! que bienheureux et salutaire est ce nom qui a mérité posséder une si grande vertu et une telle efficacité! Tantôt il réjouit, tantôt il répand l'ivresse dans l'âme, tantôt il la pénètre de toute sa douceur.

Quatrième solennité. De l'adoration des mages.

La quatrième solennité de l'Enfant-Jésus, c'est l'adoration des Mages. Lors donc que l'âme, par la grâce,

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a conçu spirituellement, mis au monde et appelé de son nom ce très-deux Enfant, les trois rois, c'est-à-dire les trois puissances de l'âme, que l'on peut bien appeler rois, puisqu'elles commandent à la chair, dominent sur les sens et s'occupent uniquement, comme il convient à ceux qui sont vraiment rois, des choses divines ; ces trois puissances, dis-je, jugent qu'elles doivent chercher, par des affections multipliées, l'Enfant qui leur a été montré dans la ville royale, c'est-à-dire dans, l'étendue du monde entier. Elles le cherchent donc dans leurs méditations, elles se mettent à sa poursuite par leurs affections, elles demandent par de pieuses pensées (1) : « Où est celui qui est né? Nous avons vu son étoile en Orient. » Nous avons vu sa lumière briller en l'âme dévote, nous avons contemplé sa splendeur, dont les rayons pénétraient les profondeurs de cette âme. Nous avons entendu sa voix, dont la douceur est ineffable; nous avons goûté sa tendresse pleine de suavité; l'odeur de ses parfums est arrivée jusqu'à nous, et nous avons joui des délices de ses embrassements. Maintenant, Hérode, réponds-nous; montre-nous notre Bien-aimé, montre-nous l'Enfant de nos désirs. Nous ne sommes pas venus pour contempler ta gloire ; nous n'avons pas hâté notre course pour obtenir tes faveurs ; nous n'avons pas mis tout cet empressement pour adorer ta majesté : ta gloire est son ouvrage, ta majesté est l'oeuvre de ses mains, ton bonheur un acte de sa puissance, ton opulence n'est qu'une ombre de lui-même ; ta noblesse et ta magnificence ne

1 Mat., 2.

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sont qu'une faible étincelle de sa splendeur et de son infinie bonté. En toi, nous avons trouvé un moyen de le connaître, de l'aimer, de le désirer, mais non un objet qui puisse reposer notre ardeur. Ta gloire et ton éclat ne sont qu'un rayon affaibli de sa beauté ineffable. Dis-nous donc , sans nous faire attendre plus longtemps, où est celui qui est né? Où est cette longueur abrégée, cette grandeur sans apparence, cette hauteur abaissée, cette immensité restreinte? Où est la lumière qui brille, l'eau qui altère, le pain qui affame? Dis-nous en quel lieu la puissance s'est faite obéissante, la sagesse a besoin d'être dirigée, la puissance sustentée; en quel lieu le Verbe du Père est nourri d'un peu de lait. Dis-nous où le Fils éternel de Dieu nous apparaîtra un enfant; où nous verrons la splendeur de la gloire du Père enveloppée de langes ; où nous entendrons vagir dans une crèche Celui qui est la consolation des misérables. Dis-nous où nous découvrirons, comme un petit enfant qu'on porte entre ses bras, Celui qui est le conservateur et le soutien des Anges, des hommes, des cieux et de toutes les créatures. C'est lui que nous désirons, lui que nous cherchons avec ardeur. O très-doux, très-aimable, éternel Enfant, Enfant dont les jours sont si anciens, quand apparaîtrons-nous en vota e présence? Nous réjouir sans Vous n'est qu'affliction : nous réjouir et pleurer aces vous, voilà notre bonheur. Tout ce qui vous est opposé est pour nous un tourment ; votre bon plaisir est notre bonheur invariable, c'est l'objet de nos désirs. Oh ! s'il est si doux de pleurer sur vous, que sera-ce donc de se réjouir avec

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vous? Où êtes-vous donc, vous que nous cherchons? Où êtes-vous, vous que nous désirons, après qui nous soupirons en tout et par-dessus tout? Où est le Roi des Juifs qui vient de naître, la loi de ceux qui servent Dieu, le guide des malheureux, la lumière des aveugles, la vie des mourants, le salut éternel de ceux qui vivent éternellement?

Alors se fait entendre une réponse favorable : « C'est à Bethléem de Juda que vous le trouverez. » Bethléem signifie la maison élu pain ; Juda veut dire celui qui confesse. Jésus-Christ est montré là où, après l'aveu de ses crimes, le pain de la vie céleste, c'est-à-dire la doctrine évangélique est entendue, méditée et retenue par l'âme dévote, afin d'être mise en pratique par les oeuvres et proposée aux autres comme règle de conduite. Jésus-Christ est trouvé avec Marie, sa Mère, là où, après une contrition féconde en pleurs, après une confession fructueuse, on goûte, quelquefois au milieu de larmes très-abondantes, la douceur des célestes consolations; où l'oraison qui a,pris l'âne presque dans le désespoir, l'a laissée pleine de joie et de confiance en la miséricorde. O heureuse Marie, par qui Jésus est conçu, de qui il est né, et avec qui on le trouve avec tant de bonheur et de félicité !

Mais il faut remarquer qu'il est dit que les Rois ont cherché Jésus afin de lui offrir, avec tout le respect possible, leurs adorations ; les Docteurs, afin d'écouter de sa bouche avec une attention suprême les enseignements de la vérité ; l'Épouse, afin de goûter dans le secret de ses entretiens la douceur de sa suavité ; Marie,

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sa Mère, afin de le retrouver après l'avoir perdu, et de ne plus s'en séparer. Ainsi vous, ô rois, c'est-à-dire farces naturelles de l'âme dévote, cherchez-le avec leu rois de la terre, afin de l'adorer, afin de lui offrir des présents. Que vos adorations soient accompagnées de respect, parce qu'il est Créateur, Rédempteur et Rémunérateur : Créateur pour le bienfait de la vie temporelle, Rédempteur pour la réparation de la vie spirituelle, Rémunérateur pour le don de la vie éternelle. O rois, adorez-le avec crainte, parce qu'il est souverainement puissant; adorez-le avec des hommages de respect, parce qu'il est un maître plein de sagesse ; adorez-le avec joie, parce qu'il est un prince très-libérai; adorez-le, dis-je, avec joie, parce qu'il est le chef de toute justice ; adorez-le avec modestie , parce qu'il est la lumière de la vérité ; adorez-le avec ferveur, parce qu'il est le flambeau de la charité. Ne vous contentes pas de votre raison seule, mais qu'une offrande l'accompagne. Offrez-lui l'or d'une charité brûlante, offrez-lui l'encens d'une consolation pieuse et tendre, offrez-lui la myrrhe d'une contrition très-amère. Offrez-lui l'or de l'amour , à cause des biens que vous en avez reçus; l'encens de la dévotion , à cause des joies qu'il vous prépare; la myrrhe de la contrition, à cause des péchés que vous avez commis. Offrez l'or à son éternelle divinité, l'encens à la sainteté de son âme, la myrrhe à la passibilité de son corps.

Cherchez le aussi avec les Docteurs , ô rois , afin, qu'il vous ouvre les secrets de son insondable

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sagesse, afin qu'il vous montre les merveilles de son admirable puissance, afin qu'il vous enseigne le bon plaisir de sa volonté et de ses complaisances. Cherchez, dis-je, avec respect, comment il a tiré avec tant de puissance toutes choses du néant; comment il a réglé tout dans l'univers avec tant de sagesse ; comment il a fait briller en chaque chose, avec tant de clémence, son inestimable bonté. Cherchez humblement, s'il est permis à l'homme de le chercher en cette vie, cherchez comment ces trois personnes égales et coéternelles subsistent en une même et indivisible substance, font une Trinité bienheureuse. Cherchez comment ces trois substances, la chair, lame et la divinité , se réunissent en unité de personne et forment ainsi l'Incarnation très-sainte de Jésus-Christ ; comment, de toute éternité, le Père ne procède d'aucune autre personne, le Fils ne procède que du Père seul, le Saint-Esprit du Père et du Fils. Celui que vous cherchez est le Docteur et le Maître de toute vérité ; c'est en lui qu'il faut aller, avant tout, à la découverte de la vérité. Après lui la vérité s'avance comme après son modèle; elle se dirige et retourne vers lui comme à sa fin. Il est le Docteur qui nous enseigne toute vérité : la venté rie la vie, que la basse gourmandise détruit en beaucoup; la vérité de la doctrine qui, hélas! est obscurcie dans un grand nombre par la vanité du plaisir ; la vérité de la justice, qu'une dangereuse avidité met en fuite.

Pour vous , ô rois, cherchez donc Jésus afin qu'il vous apprenne toute vérité : la vérité de la vie, afin

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que vous sachiez comment vous devez vous gouverner vous-mêmes d'une manière avantageuse ; la vérité de la doctrine, afin que vous sachiez diriger convenablement ceux qui vous sont soumis ; la vérité de la justice, afin que vous compreniez comment vous devez servir Dieu sans réserve.

Cherchez aussi quelquefois Jésus avec l'Épouse bien-aimée dans le jardin de délices, où il se promène avec les jeunes filles, où il cueille des lis avec les vierges, où il mange le fruit de ses arbres en la société de celles qui lui sont chères. Cherchez-le dans le lieu où il met son vin le plus excellent, où il a préparé son souper, auquel il a invité seulement celles qui ont le plus de part à son amour, celles qui le suivent partout, en quelque lieu qu'il aille. C'est là qu'il les fait asseoir , qu'il se ceint et qu'il les sert lui-même en personne ; là qu'il leur présente les mets divers qui proviennent des richesses de son éternelle, très-noble et très-sacrée divinité ; là qu'il leur offre le breuvage de sa très-douce et très-pure humanité. C'est là que boivent celles qui lui sont chères, c'est là que s'enivrent celles qui sont les premières en son coeur.

Enfin, cherchez-le dans sa demeure, où il séjourne avec l'Épouse au milieu des embrassements et des baisers. C'est là qu'il se repose sur le midi, quand la splendeur de l'éternelle vérité verse sa lumière avec plus d'abondance, quand l'ardeur de la céleste charité répand ses flammes avec plus de douceur; là qu'il fait entendre à l'oreille de l'Épouse les

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secrets de sa profonde et impénétrable sagesse ; là qu'il communique les dons inappréciables de sa suprême et incomparable magnificence ; là qu'il se montre familier, caressant et consolateur ; là qu'il dit à sa Bien-aimée : Demandez ce que vous voudrez, et on vous l'accordera. Oh ! que bienheureux sont ceux qui trouvent Jésus dans le secret profond de cette demeure, qui ne craignent point de pénétrer jusque-là. Oh ! qu'il y en a peu qui savent trouver Jésus dans le jardin de délices! Cependant ils sont en plus petit. nombre encore ceux qui le découvrent dans le lieu où il renferme son vin le plus excellent, et en nombre encore plus faible ceux qui osent s'avancer jusqu'au secret de sa demeure, ou plutôt il n'y a que ses amis les plus intimes qui en ont le courage. Aussi est-il écrit : « Je vous conjure, filles de Jérusalem, de ne point éveiller celle que j'aime et de ne point la tirer de son repos, jusqu'à ce qu'elle s'éveille d'elle-même (1).»

Pour vous, ô rois, qui avez encore des goûts terrestres, qui vous occupez encore de ce qui est temporel, qu'il vous suffise de trouver Jésus dans la crèche, après l'avoir cherché avec le plus grand empressement. Votre conscience n'est peut-être pas encore devenue un jardin de délices, où fleurissent les saintes méditations, où se répandent les parfums des saintes actions, où se montrent dans toute leur vigueur les affections pleines de chastes délices. Peut-être mérite-t-elle encore moins d'être appelée le lieu où l'on met le vin le plus excellent, où les mets célestes répandent leur

1 Cant 2.

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odeur, où l'on se désaltère à la même source que les Anges, faveur accordée quelquefois aux amis pour les consoler durant cette vie. mais hélas! je crains bien qu'elle ne puisse en aucune façon, cette conscience, être appelée une demeure inconnue à toutes les créatures , préparée , tendue et ornée pour l'Époux seul, une demeure où l'Époux se repose avec l'Épouse, le Bien-Aimé avec sa Bien-Aimée, dans le secret le plus profond, au milieu des embrassements ineffables de l'autour; une demeure où l'on entend souvent des choses si intimes qu'on les comprend, il est vrai, mais qu'on ne saurait les redire, soit que les paroles manquent pour les exprimer, soif, que les hommes qui vivent encore selon le monde se trouvent tout-à-fait incapables de les comprendre.

Si cependant, par un excès de la charité divine, il vous est arrivé quelquefois, après les larmes et les soupira, après la douleur et les gémissements, après avoir déposé les soins du siècle, de fixer un instant vos regards dans le jardin de délices, ou, pour m'exprimer plus selon la vérité , si , vous tenant devant les portes fermées de ce jardin, vous avez porté par quelque ouverture vos yeux sur le lieu où se conserve le vin, si vous avez vu l'Époux, ceint et paré avec magnificence, aller, venir et servir , offrir à ses amis les mets les plus variés, les vins les plus délicieux; si ensuite, éloignés et repoussés aussitôt par les gardiens comme des hommes inconnus, ignorés et encore indignes d'une telle félicité, vous êtes, hélas ! retournés de nouveau aux choses mondaines , que

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vous aviez aimées jusqu'alors ; et enfin si , rentrés en vous-mêmes, vous vous souvenez de cette société bienheureuse que votre coeur a été si joyeux de contempler ;dans le jardin, de cette félicité ineffable, de cette solennité brillante que vous n'avez fait qu'entrevoir, à votre regret extrême , par une fente légère, et qui a laissé s'échapper jusqu'à vous, comme un souffle presque insensible, je ne sais quelle consolation au-dessus de tout sentiment et de toutes les joies de ce monde ; si, dis-je, vous vous rappelez ces choses, alors cherchez avec Marie, sa mère, .Jésus que vous avez perdu. Cherchez-le dans la douleur et l'amertume ; courez après lui au milieu des gémissements et des soupirs; cherchez-le en répandant des larmes abondantes, et dites-lui : « Oh ! quand vous trouverons-nous , vous le consolateur que nous attendons? Quand vous trouverons-nous, vous le bonheur que nous désirons? Oh! si notre âme pouvait revenir seulement une fois, non pas aux embrassements et aux baisers , mais seulement au lieu où le jardin de délices exhale ses célestes odeurs, où le lieu qui renferme le vin , répand ses parfums pleins de suavité ! »

Mais, ô âme, cherchez maintenant par vous-même votre Bien-aimé. C'est le Fils que vous avez conçu, le Fils que vous avez mis au monde : comment l'avez-vous perdu, après en avoir reçu des joies si multipliées et si extraordinaires? O vous, rois glorieux , vous mes princes, mes défenseurs et mes coopérateurs, jusqu'à ce moment

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vous l'avez cherché comme un roi, afin qu'il vous couronnât de sa gloire; comme un docteur, afin qu'il vous illuminât de sa sagesse ; comme un consolateur, afin qu'il réparât vos forces par sa clémence. Maintenant, il me reste, moi, à le chercher comme un fils que j'ai perdre , comme un bien-aimé que j'ai laissé s'en aller , ce Jésus, vraiment digne d'amour, que j'ai vu, malheureuse et infortunée, m'échapper dans le temple, après que je me suis tournée vers les vanités, les mensonges et le néant de ce monde. Il m'a laissée dans l'abandon , dans la désolation , et couverte de toutes sortes d'ignominies. Pourquoi ne me suis-je pas soumise à ses conseils ? Pourquoi n'ai-je pas été fidèle à ses avertissements? Tant que j'ai senti sa présence par une urine consolation, j'ai été dans l'abondance de tout bien ; tant que je l'ai possédé, je me suis trouvée riche de toutes choses. Mais hélas! qui dira nia misère et mon infortune ? J'ai quitté les richesses pour la pauvreté, j'ai préféré une vie dure aux délices , j'ai remplacé un repos profond et la joie de l'esprit par les soins et les sollicitudes; je me suis négligée moi-même pour un étranger, et, pour m'occuper d'un homme , j'ai perdu pion Dieu, mon Bien-aimé, mon consolateur, mou très-doux Jésus, mon Fils. Que ferai-je? où irai-je? où le chercherai-je afin de le retrouver?

Quelquefois, il est vrai, je l'ai déjà perdu pour tout ce que je viens de dire, niais, aidée et éclairée par le Père très-clément, le Dieu des miséricordes, dans la vigne duquel je travaille, appliquée à accomplir

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sa volonté selon le conseil de mes maîtres, à étendre sa gloire jusqu'à me priver, par l'occupation de raton coeur, des consolations du doux Jésus, exposée, pour le maintien de son honneur, aux tribulations de tout genre ; secourue, dis-je, par sa miséricorde accoutumée, j'ai retrouvé avec une joie immense et incroyable celui que j'avais perdu ; je l'ai trouvé après de longs sanglots et de longs gémissements; je l'ai trouvé au milieu des larmes les plus abondantes. Oh! que ne m'est-il donné de le trouver encore une fois de la sorte ! Je pense que je ne le laisserais pas aller , mais que je le retiendrais de toutes mes forces.

Que ferai-je donc? Je me lèverai et je chercherai celui que mon coeur aime (1). Après avoir abandonné mes occupations et mes sollicitudes, je me tournerai vers l'oraison, et, si cela ne suffit pas, je le chercherai parmi mes parents et mes amis, c'est-à-dire parmi les hommes spirituels et dévots. C'est au milieu d'eux qu'il habite, c'est parmi eux qu'il établit sa demeure, quand il est abandonné des autres. C'est en eux qu'il se cache, comme dans une solitude, quand le tumulte déplorable et l'agitation de mes pensées le font fuir loin de moi. Hélas ! quand j'ai été semblable à eux, j'ai eu, j'ai possédé, j'ai serré dans mes bras et couvert de lues baisers ce Jésus, que, maintenant, distraite par tant de soins, embarrassée et accablée par tant de sollicitude, j'ai perdu d'une manière si lamentable. Dites-moi donc, ô hommes religieux, vous qui êtes séparés

1 Cant., 3.

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entièrement de tout, vous qui êtes occupés seulement de méditations divines, n'avez-vous point vu celui que mon coeur aime? Je sais à n'en point douter que vous l'avez en votre possession; je sais ce que vous savez bien vous-mêmes, que vous jouissez de sa présence, que vous goûtez ses félicités. Rendez-moi, par charité ! celui que vous ne perdez point en le donnant, communiquez-moi celui que vous n'abandonnerez point. Si, au milieu de ma dissipation, ta ferveur de l'amour s'est attiédie en moi un instant, au moins, j'en ai la confiance, l'habitude de l'amour ne s'est pas anéantie. Si, pour les occupations de ma charge, j'ai cessé de m'entretenir avec mon Bien-aimé, je n'ai point cependant délaissé sa charité. Si, pour la faible édification que je désire donner à mes frères, je ne me suis point attachée à lui de toute la force de mon esprit, j'ai pourtant conservé toujours en moi le désir de m'en rapprocher. Et, pour parler selon la vérité, je le dis en toute humilité, non pour me glorifier, mais unique-ment pour rappeler mon Bien-aimé que j'ai perdu : ce n'est point pour mon profit, mais pour obéir à ses conseils ; ce n'est point par ambition, mais en vue de son éternité, de sa gloire, de son honneur; ce n'est point par amour de la domination, mais par le désir du salut de mes frères, que je me suis livrée aux soins distrayants et aux sollicitudes. Pourquoi donc, pour m'être chargée de ces occupations, et l'avoir fait avec une intention pieuse, et même comme en gémissant, pourquoi devrais-je n'être plus consolée par la présence de mon Bien-aimé au moins de temps à autre ?

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Il ne serait pas juste, et même, s'il est permis de le dire, il serait injuste et inique de me faire porter une peine que le très-doux Jésus n'a point établie, que nulle part la loi divine n'a approuvée. Souvent, par le vouloir d'un ami, on s'éloigne de sa présence qui nous est chère, pour se retrouver ensuite avec une joie plus grande de part et d'autre. Ainsi, moi, j'ai abandonné quelquefois Jésus à cause de lui-même, lorsque, pour étendre sa gloire, j'ai soutenu les fatigues, les persécutions, les médisances et les attaques de tout genre. Si, après avoir été abreuvée de toutes ces choses et autres semblables jusqu'à en défaillir, je reviens vers lui en gémissant, pourra-t-il refuser de me consoler, afin qu'au moins il me soit donné de respirer un peu dans mes tribulations ? Qu'est-ce donc que mon Bien-Aimé m'enseigne ? Qu'est-ce donc que j'entends crier dans l'Évangile, lorsqu'il dit (1) « Venez à moi, vous tous qui êtes dans la peine et surchargés, et je vous soulagerai?» Quoi ! lorsque, pour son honneur, je soutiens le poids du jour et de la chaleur, je ne devrai pas être sustentée au moins des miettes qui tombent de la table de ses amis? Loin de nous cette pensée, que le Bien-aimé n'habite qu'avec vous, ô contemplatifs, et que l'ouvrier accablé de fatigue est méprisé et rejeté de lui. Il faut (l’Écriture en rend témoignage) que l'ouvrier laborieux goûte à l'avance, de temps en temps, des fruits de la céleste patrie (2), et cela, afin qu'il ne succombe pas dans son travail. Ainsi, les Apôtres, au milieu des opprobres, les Martyrs, au milieu des supplices,

1 Mat., 11 — 2 I Tim., 2.

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les Vierges, au milieu des tourments et des tortures, ont éprouvé les consolations de leur Bien-Aimé. Ils s'en allaient pleins de joie de devant leurs juges, louant et bénissant le Seigneur de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus (1). Ainsi les Confesseurs et les Ermites, les Moines et les Anachorètes, après leurs veilles et leurs jeûnes, ont éprouvé les joies divines au milieu des larmes et des gémissements. Ainsi les Chefs, les Docteurs et les Maîtres fidèles des églises, après s'être épuisés de soins et de travaux, ont senti leurs coeurs fortifiés avec tendresse et suavité par la bénignité du doux Jésus. Marie ne jouit pas seule de la présence réitérée de Jésus ; Marthe le reçut également avec joie et délices après sa prédication. Et moi aussi, confiante dans le Seigneur, pleine d'espérance en la clémence divine, qui tant de fois m'a été montrée pour me servir d'encouragement, je chercherai le très-aimable Jésus,tantôt avec Marie sa Mère, dans le temple, tantôt avec l'Épouse, dans le secret de sa demeure, tantôt. avec les Disciples, dans l'assemblée des juges, tantôt avec les Rois, dans une étable.

Cinquième Solennité. De la Présentation de l'Enfant-Jésus dans le Temple.

Que l'âme fidèle considère, en cinquième et dernier lieu, comment ce petit enfant, mis au monde par l'accomplissement de plusieurs oeuvres saintes, doté d'un nom par la jouissance des célestes

1 Act.. 5.

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douceurs, cherché, trouvé, adoré et comblé d'hommages par l'offrande des dons spirituels; qu'elle considère comment on doit le présenter au temple et l'offrir au Seigneur par une humble et pieuse action de grâces pour les bienfaits que nous en avons reçus.

Lors donc que l'âme fidèle, la mère spirituelle de Jésus par la conception de ee Fils béni, s'est purifiée dans la pénitence; lorsqu'après sa naissance, elle a été quelque peu fortifiée par la grâce; lorsque, par l'imposition d'un nom de bénédiction, elle a été inondée de consolations ; enfin lorsque, dans l'adoration avec les rois, elle a été affermie divinement, que reste-t-il à faire, sinon que le Dieu, fils de Dieu et de la Vierge, soit porté dans la sainte Jérusalem du Ciel et qu'il soit offert dans le temple de la divinité. Montez donc maintenant, ô spirituelle Marie!

Montez, non plus sur les montagnes, mais vers les parvis de la céleste Jérusalem, vers la demeure de la bienheureuse Trinité et de l'indivisible Unité. Arrivée en ces palais de la cité suprême, prosternez-vous humblement, et là, devant le trône de son éternité, offrez à Dieu le Père celui qui est votre Fils; et en même temps, louez, glorifiez et bénissez le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Louez avec effusion de joie le Père, dont l'inspiration vous a fait concevoir une bonne résolution . Glorifiez avec allégresse le Fils, par l'opération duquel votre bon propos s'est changé en action. Bénissez et exaltez l'Esprit-Saint, dont la consolation vous a rendue persévérante en votre pieuse entreprise.

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Ô âme ! glorifiez Dieu le Père en tous ses dons et en tous ses biens, parce que c'est lui qui, par une inspiration secrété, vous a tirée du siècle, en vous disant: « Revenez, revenez, ô Sulamite ! revenez, revenez, afin, que nous jouissions de votre présence (1).» Glorifiez Dieu le Fils en toutes ses opérations, parce que c'est lui qui vous a délivrée de l'esclavage du démon par son action mystérieuse, en vous criant : (2) « Prenez sur vous mon joug ; laissez au démon celui qu'il vous impose : il est plein d'amertume ; le mien, au contraire, est plein de suavité. Le joug du démon a pour fin des supplices et des tourments éternels ; le mien offre, y après avoir été porté, des fruits de délices et un repos d'une abondance inépuisable. Si quelquefois le joug du démon présente quelque douceur, c'est une douceur mensongère, une douceur qui ne dure qu'un instant; si quelquefois il élève ses serviteurs, c'est pour les couvrir après d'une éternelle confusion. Au contraire, celui qui m'honore est humilié, il est vrai, un moment, mais c'est pour être glorifié, c'est pour régner éternellement. » Telle a été la doctrine au moyen de laquelle le Fils de Dieu, tantôt par lui-même, tantôt par ses Docteurs et ses amis, vous a délivrée des fausses insinuations du démon, et vous a arrachée aux caresses trompeuses de la chair et du monde.

Bénissez et révérez l'Esprit-Saint qui vous a fortifiée dans le bien par la douceur ineffable de ses consolations, lorsqu'il a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes dans la peine et qui êtes surchargés, et je

1 Cant., 6. — 2 Mat., 11.

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vous soulagerai (1). » Comment, en effet, ô âme tendre et délicate, âme fragile et sans force, accoutumée aux délices du monde, enivrée des joies du siècle, comme d'un vin troublé, à la manière des animaux dépourvus de raison ; comment auriez-vous pu, au milieu des pièges si nombreux et si considérables de votre ancien ennemi, au milieu de tant de faux conseils, de tant d'obstacles divers, au milieu des traits innombrables de vos amis, de vos parents et de tous les autres qui vous sont proches, traits lancés pour vous éloigner des sentiers d'une vie pure ; comment, dis je, auriez-vous pu vous soutenir dans le bien ? Comment auriez-vous pu, environnée de tant de piéges du péché, avancer dans la vertu, si vous n'eussiez été secourue par la grâce miséricordieuse de l'Esprit-Saint, et sans cesse consolée et nourrie de sa douceur? Rapportez-lui donc toutes vos bonnes oeuvres, et ne retenez rien pour vous. Dites-lui avec une intention pure et sincère de votre esprit : « C'est vous, Seigneur, qui avez fait en moi toutes mes oeuvres (2) ; je ne suis rien en votre présence, je ne puis rien ; c'est par vota; bienfait que je subsiste, et sans vous je ne saurais rien faire. O Dieu très-clément, Père des miséricordes, à vous appartient ce que je vous offre. Je me recommande et je me confie à vous malgré mon indignité, et je confesse humblement que je me suis montrée ingrate envers vous pour tous les biens dont vous m'avez comblée. A vous les louanges, à vous la gloire, à vous les actions de grâces, ô Père bienheureux, Majesté

1 Mat., 11. — 2 Ps., 26.

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éternelle! parce que vous m'avez tirée du néant par votre puissance infinie. O Fils bienheureux, splendeur du Père ! je vous loue, je vous glorifie et vous rends grâces, parce que vous m'avez délivrée par votre éternelle sagesse de la mort éternelle. O Esprit bienheureux et charitable! je vous bénis, je vous vénère, je vous adore, parce que vous m'avez, par votre bonté miséricordieuse et votre clémence, rappelée du péché à la grâce, du siècle à la vie religieuse, de l'exil à la patrie, du travail au repos, du chagrin à l'allégresse et aux délices d'une douceur ineffable. » — Daigne nous accorder cette douceur le tendre Jésus qui, avec son Père et l'Esprit-Saint, règne dans tous les siècles des siècles.

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LOUANGES

LOUANGES

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LOUANGES EN L'HONNEUR DE LA SAINTE CROIX.

Souvenez-vous de la Croix sainte, ô vous qui menez une vie parfaite, trouvez-y en tout temps votre bonheur.

Souvenez-vous de la Croix sainte ; qu'elle soit l'objet de vos méditations sans jamais vous en lasser.

Demeurez sur la Croix avec Jésus, votre Maître, tant que vous êtes en cette vie, sans jamais hésiter un instant.

Ne ralentissez point votre course, ne vous laissez point aller à la tiédeur, mais, au contraire, croissez en l'amour de la Croix, et que votre coeur s'embrase de son désir.

Aimez la Croix : c'est la lumière du monde, et Jésus-Christ sera votre guide durant les siècles éternels.

Environnez votre corps de la Croix; unissez-le à la Croix d'une manière inséparable, et que votre main en imprime partout la trace.

Que votre coeur soit sur la Croix; que la Croix soit en votre coeur; qu'elle le trouve sans aucune tache et qu'elle y fasse régner la paix.

Que votre langue devienne une croix ; qu'elle enseigne et célèbre la Croix sans jamais se fatiguer.

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Que la Croix soit en votre coeur, qu'elle soit en votre bouche ; qu'elle vous fasse goûter sa douceur et vous pénètre de sa suavité.

Que la Croix règne sur vos membres, et qu'en vous l'homme ne possède rien où son empire ne soit établi.

Que la Croix absorbe tout votre coeur; qu'il soit ravi en elle par un incendie d'amour.

Que les combats de la chair disparaissent ; que votre âme soit crucifiée tout entière dans les délices de l'esprit.

Portez un amour spécial, rendez un hommage singulier à la Croix d'où vous vient le salut. Efforcez-vous de l'aimer de toute l'ardeur de votre âme, de toute la puissance de vos forces.

Que cette Croix glorieuse soit l'objet de vos études ; faites-en le lieu de votre demeure avec une joie sans limites.

Avec Jésus, soyez attaché à la Croix, afin que vous puissiez ainsi parvenir avec lui dans les Cieux.

Cherchez la Croix, cherchez les clous, cherchez les mains et les pieds qu'ils ont transpercés, cherchez l'ouverture du côté de Jésus.

Et là, réjouissez-vous; là, faites entendre sans réserve et autant qu'il sera en vous les accents d'une allégresse et d'une louange suprêmes.

Voici une alliance qui doit être inébranlable : que la Croix précède chacun de vos actes, et ils vous seront toujours profitables.

La Croix est un remède excellent contre les traits de démon, un remède vraiment salutaire.

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Soyez tout en la Croix de Jésus, avec un dévouement sans limites, avec des accents de bonheur.

La Croix défend le serviteur de Dieu; elle le prend par la main et lui montre la voie qui conduit à la vie.

Lorsque la tentation et les chagrins viendront fondre sur vous ; lorsque vous serez abandonné, presque vaincu, et en proie à toutes les angoisses, oh ! alors, empressez-vous, hâtez-vous avec un soin pieux de fortifier votre front du signe de la croix.

Durant votre repos, au milieu du travail, dans l'allégresse et dans les larmes, dans la douleur et dans la joie; que vous alliez , que vous veniez; dans les consolations et les peines, que la Croix soit en votre coeur.

Au milieu des tribulations de tout genre, dans l'affliction et les calamités, la Croix est un remède souverain.

Dans les peines et les tourments , la Croix est la douceur qui récrée l'âme pieuse ; elle est son refuge assuré.

La Croix est la porte du ciel. Les saints ont mis en elle leur confiance, et ils ont été partout vainqueurs.

La Croix est la médecine du monde ; c'est par elle que la bonté divine a opéré des merveilles.

La Croix est le salut des âmes; elle est la lumière véritable et brillante, le baume qui réjouit les coeurs.

La Croix est la vie des bienheureux ; elle est le trésor des parfaits ; elle est leur gloire et leur félicité.

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La Croix est le miroir de la vertu; elle est le guide glorieux du salut et toute l'espérance des fidèles.

La Croix est l'étendard d'honneur des élus ; elle est leur consolation et tout leur désir.

La Croix est un vaisseau; elle est un port; elle est un jardin de délices, où tout fleurit avec éclat.

La Croix est une armure impénétrable ; elle est un rempart assuré contre lequel le démon voit se briser ses efforts.

La Croix est un arbre magnifique, arrosé par le sang de Jésus-Christ, et abondant en fruits de toute espèce.

C'est par là que l'âme s'arrache de l'abîme, qu'elle se nourrit des célestes aliments dont jouissent les habitants de la patrie.

Oh! quel sera votre bonheur si, dès maintenant et durant votre vie mortelle, vous dirigez toutes vos pensées vers la Croix !

Oui ! vous serez heureux sans fin, vous qui courez à la recherche de la Croix sainte, si la persévérance couronne vos efforts.

Cherchez donc la Croix; portez la Croix; contemplez la Croix de Jésus-Christ jusqu'à languir d'amour.

Regardez la Croix avec une foi profonde; mettez en elle une confiance sans limites, tant que vous demeurerez en cette vie.

Faites de la Croix l'occupation de vos pensées ; efforcez-vous de lui plaire en votre âme et de la porter en votre coeur.

C'est un travail salutaire de consacrer à la Croix son coeur, sa bouche et ses oeuvres.

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Sept fois, durant le jour, souvenez-vous, mon frère bien-aimé, de la Passion du Seigneur.

C'est par elle que nous avons été délivrés ; par elle que la vie éternelle nous est donnée, et que nous jouissons de la céleste lumière.

Si vous l'aimez, si vous la vénérez, offrez-lui vos hommages avec un soin empressé à des moments déterminés.

Célébrez-la au milieu de la nuit, au lever du soleil, à la troisième, à la sixième et à la neuvième heure du jour ; célébrez-la le soir et avant votre sommeil.

Célébrez-la assis, debout, couché, dans le silence et dans vos entretiens, et lorsque, fatigué, vous goûtez les douceurs du repos.

Cherchez Jésus en qui se trouve votre espérance ; portez-le, crucifié en votre coeur, en quelque lieu que vous soyez. Reposez avec empressement votre esprit sur Jésus-Christ souffrant, et compatissez à ses douleurs.

O chrétien! pleurez la mort de Jésus ; pleurez-la le soir et le matin, et que votre bonheur réside en vos larmes.

Combien le Roi des cieux s'est humilié ! Combien il s'est abaissé afin de sauver le monde !

Il a enduré et la soif et la faim ; il a vécu dans la misère et dans les privations, et il est mort. sur un gibet.

Souvenez-vous de sa pauvreté, de ses abaissements profonds et de son effroyable supplice.

Si vous voulez faire usage de votre raison, rappelez-vous ce supplice, rappelez vous et l'absinthe et le fiel.

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Lorsque celui qui est infini fut conduit et suspendu à la Croix, en ce moment ses Disciples prirent la fuite.

On perça ses pieds et ses mains ; on l'abreuva de vinaigre; et il était le Roi suprême des siècles!

Ses yeux, qui répandent le bonheur, se sont obscurcis sur la Croix, et son visage s'est couvert d'une pilleur effrayante.

Aucune beauté ne demeura en son corps nu et dépouillé, et tout éclat disparut.

C'est à cause des péchés des hommes que sa chair fut déchirée au milieu des horreurs de la flagellation.

Ses membres se roidirent au milieu de tourments effroyables et des blessures profondes dont ils furent couverts.

En proie à des douleurs cruelles, sur la Croix il pleura et il rendit l'esprit.

Pleurons aussi et soupirons ; pleurons du fond de notre coeur, comme on pleure sur un fils unique.

O vous qui entendez ces choses, gémissez amèrement et mêlez à ces douleurs les amertumes et la tristesse de votre âme.

Livrez votre corps aux angoisses, remplissez votre coeur d'affliction ; que votre esprit se brise et que votre main se repose sur les plaies sacrées de Jésus expirant.

Contemplez l'homme de douleurs; il est le dernier des hommes, et, dans le supplice, il demeure inébranlable.

Qu'il nous soit doux, qu'il nous soit cher de mourir

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avec lui sur la Croix et de partager l'ignominie de ses tourments.

Lorsque vous êtes plongé dans l'affliction, lorsque la désolation vous assiège et que, vaincu, vous vous sentez presque défaillir ;

Alors pensez aux douleurs de Jésus ; rappelez-vous ses peines et ses chagrins cruels, les crachats dont il fut couvert, les injures dont il fut l'objet.

O bon frère ! quoique vous fassiez, contemplez les blessures de Jésus crucifié et soyez-lui toujours compatissant.

Qu'en tout temps ces plaies soient pour votre âme comme des mets délicieux; jouissez-en avec bonheur.

O Jésus crucifié! rendez-moi fort afin que, durant ma vie entière, je me plaise à pleurer votre mort.

Je veux être avec vous couvert de blessures ; je désire, dans l'ardeur de mon âme, vous embrasser sur la Croix.

Répandez en moi la douleur, comme la rosée du matin, afin que je pleure sur vous, ô Jésus mon rédempteur, afin que vous renaissiez en mon coeur.

Non, vous ne me cacherez pas ces cicatrices bienheureuses, ces cicatrices qui sont à vous à tant de titres; mais vous me les montrerez avec amour existantes en vous-même.

Que tout ce que je viens d'exprimer soit à l'honneur de Jésus crucifié; qu'il soit à sa louange et à sa gloire ;

Afin que ce roi triomphant des cieux daigne m'accorder le pardon des fautes dont mon coeur est souillé.

Ainsi soit-il.

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PHILOMÈLE

PHILOMÈLE

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PHILOMÈLE.

PHILOMÈLE.

I.

II.

III.

IV.

V.

VI.

VII.

VIII.

I.

Philomèle, messagère des beaux jours, vous dont les chants délicieux réjouissent notre âme et nous annoncent que les pluies et les vents se sont enfuis, oiseau plein de prudence, je vous salue ; venez, venez à moi.

Venez, je vous en conjure, et je vous enverrai où il ne m'est point donné de diriger mes pas. Je vous enverrai adoucir , par vos accords, les chagrins d'un homme cher à mon coeur. La douceur de votre voix dissipera sa tristesse. Hélas ! à cette heure ma parole est impuissante sur son âme.

Allez donc, pieuse messagère, suppléez ma faiblesse. Saluez avec amour celui que j'aime uniquement ; annoncez-lui que mon coeur soupire sans cesse après le jour où il me sera permis de goûter sa présence.

Si quelqu'un veut savoir pourquoi je vous ai choisie pour être mon envoyé, répondez-lui que j'ai reconnu en vous certaines qualités tout-à-fait conformes à la divine loi, et que je sais être agréables au Roi suprême pour le but que je veux atteindre.

Ainsi, mon Bien-Aimé, prêtez une oreille attentive; et, si les chants de cet oiseau trouvent un souvenir en

630

votre âme, vous pourrez, en marchant sur ses traces, instruit par l'Esprit-Saint, faire entendre des accords tout célestes.

J'ai lu de cet oiseau qu'aux approches de la mort il se repose sur un arbre, et que, dès le lever du jour, dressant sa tête, il se répand tout entier en chants les plus variés.

Il prévient l'aurore de ses plus doux accents. Mais lorsque le soleil lance ses premiers rayons, sa voix devient bruyante, sa douceur s'accroît, et dans ses chants, il ne connaît plus de repos. A la troisième heure, il semble ignorer toute mesure, car la joie de son coeur va toujours en s'augmentant. Sa poitrine semble prête à se rompre sous ses efforts, sa voix grandit d'un moment à l'autre, et, plus ses accents retentissent avec force, plus son ardeur s'enflamme.

Mais lorsqu'au milieu du jour le soleil lance ses rayons les plus brûlants, l'excès de ses cris brise son faible corps. Allons! allons! chante-t-il en son langage; et il tombe épuisé sous le poids de ses fatigues. Sa voix, ainsi éteinte, il palpite et agite encore son bec, alors qu'il conserve à peine un souffle inanimé. Enfin, à la neuvième heure, toute vie l'abandonne, tout son corps s'affaisse sous l'action de la mort.

II.

Voilà, mon Bien-Aimé, en quelques mots, l'histoire de cet oiseau. Mais, si vous vous rappelez bien mes premières paroles, vous saurez que ces chants nous offrent une figure excellente de la loi de Jésus-Christ

631

Philomèle, c'est l'âme pleine de vertus et d'amour. Alors que par la pensée elle parcourt sa belle et délicieuse patrie, elle fait entendre des chants vraiment délectables.

Pour accroître sa sainte espérance, un jour mystique est offert à ses yeux, et les heures de ce jour, ce sont les bienfaits que la main de Dieu ne cesse de répandre sur l'homme.

Le matin, ou le point du jour, c'est le moment où il sort merveilleusement des mains de son Créateur. La première heure, c'est l'instant où Dieu s'est incarné, et la troisième, le temps que dura son pèlerinage au milieu de nous.

La sixième, c'est le jour où il se livra aux impies, où il voulut être lié, conduit avec violence, flagellé, conspué, être livré à des tourments cruels, être crucifié, percé de clous, où il soumit sa tête vénérable à une couronne d'épines.

La neuvième, c'est lorsqu'il meurt après avoir accompli le cours de ses combats, après avoir surmonté le démon et jeté l'effroi dans son empire. Et le soir, c'est le moment où le Seigneur fut enseveli et mis dans le tombeau.

III.

L'âme, méditant dans le secret ce jour bienheureux, en fait le ternie de sa mort spirituelle ; et elle monte sur la croix où le Lion indomptable a vaincu son ennemi et brisé les portes de la mort.

Là, sans tarder, elle élève vers le ciel les accents de son coeur, et reporte ses chants à l'aurore de sa vie.

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Elle loue, elle glorifie son Dieu; elle rappelle combien il fut admirable au jour où il lui donna l'être.

« O pieux Créateur, lui dit-elle, vous m'avez montré, lorsque vous me tirâtes du néant, combien abondant était votre amour. Dès ce jour, vous avez pensé à faire gratuitement participante de votre gloire celle que vous avez aimée lorsqu'elle ne pouvait répondre à votre amour.

« Oh! combien ineffable est la dignité que j'ai reçue de vous, alors que l'image du Seigneur a été imprimée en moi ! Mais de quelle magnificence n'eût-elle point été accrue, si je n'eusse violé les ordres de mon Dieu!

« Vous vouliez, ô Charité suprême ! m'unir inséparablement à vous, établir ma demeure au milieu des célestes délices, me fixer en votre présence ; vous vouliez me nourrir et m'instruire comme votre fille bien-aimée.

« Vous aviez arrêté, dès-lors, de m'unir aux saintes armées de votre cour, et de vous donner vous-même à moi. Mais comment pourrai-je reconnaître un si grand bienfait? Je n'en sais rien, si ce n'est en vous aimant.

« O unique suavité, douceur unique, salutaire ravisseur des coeurs qui vous aiment ! tout ce que je possède, tout ce que je suis, je vous le donne ; à vous je confie mon dépôt tout entier. »

Allons ! allons ! tel est le chant d'un coeur qui trouve sa joie dans les peines. Il confesse qu'il mérite d'être aimé d'un amour sans mélange de sa créature, celui qui l'a créée avec autant d'amour, celui qui l'environne de soins aussi persévérants.

IV.

Ainsi, en méditant, l'âme passe les premiers instants du jour; mais ensuite, se reportant à la première heure, elle exalte sa voix, en repassant pieusement en sa pensée ce temps de salut où le Seigneur, caché sous les voiles de la chair, a paru parmi nous.

Alors elle se fond tout entière d'amour; elle est saisie d'effroi en contemplant l'Auteur de toute créature devenu petit enfant , vagissant comme les autres enfants des hommes et s'employant à guérir nos anciennes misères.

Elle pleure donc et s'écrie : « O source de tendresse ! Qui vous a revêtu des lambeaux d'une pauvreté si dure? Qui vous a porté à vous donner ainsi sans mérite aucun de notre part? Ah! c'est la violence de votre amour, c'est l'ardeur de votre charité. Oui, il a été véhément ce zèle, elle a été brûlante cette ardeur. Le Roi des Cieux a été vaincu par sa puissance; il a été son captif ; vaincu et enchaîné par ses liens sacrés, il a été revêtu des baillons d'un pauvre enfant.

« O doux petit Enfant l Enfant sans égal ! Heureux celui à qui il fut donné alors de vous serrer dans ses bras, de baiser vos mains et vos pieds, de consoler vos larmes, et de demeurer sans cesse appliqué à vous servir!

« Hélas ! pourquoi ne m'a-t-il point été permis de calmer les vagissements de cet Enfant et de mêler mes pleurs aux siens? Que n'ai-je pu réchauffer

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ses membres délicats et me tenir toujours vigilant à son berceau?

« Non, je le crois, ce tendre Enfant n'eût point dédaigné des soins semblables, et même il y eût souri comme un enfant a coutume de le faire ; il eût pleuré , en voyant un pauvre pécheur verser des larmes, et il eût aisément pardonné son péché.

« Heureux celui qui alors eût pu mériter de servir son admirable Mère, et obtenu, par ses ardentes prières, qu'elle voulût bien, au moins une fois le jour, offrir son doux Enfant à ses baisers et à ses caresses l «

« Oh ! avec quel bonheur j'eusse préparé le bain qui devait le rafraîchir! Avec quel empressement j'eusse apporté l'eau qui devait servir à ses besoins ! Avec quelle ardeur je fusse venu en aide à la Vierge, et qu'il m'eût été doux de laver, de mes mains, les langes destinés à vêtir ce pauvre Enfant ! »

Quand l'âme est saintement pénétrée de ces pensées, elle soupire après la pauvreté, après une nourriture vile et des vêtements sans éclat ; le travail se change pour elle en délices, et tout ce que le siècle exalte, elle le déclare un néant.

Ainsi, en repassant en sa mémoire l'enfance de jésus, elle dit avec amour les chants de la première heure, et elle passe à la troisième en se rappelant combien, pour instruire, les hommes, le Seigneur a souffert.

V.

Alors elle repasse en pleurant ses travaux, la soif, la faim, le froid, les brûlantes chaleurs, les soeurs

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abondantes, et tout ce que son amour à daigné souffrir pour les pécheurs, tandis qu'il s'efforçait de mettre un terme à leurs désordres.

Et la voix toute gonflée des soupirs de l'amour : « Allons ! allons! » s'écrie cet oiseau bienheureux, enflammé du désir de mourir au monde dont la voie est large, et ne trouvant,dans le siècle qu'exhalaisons fétides, tant sa pureté est grande.

« O Seigneur ! dit cette âme, vous faites donc entendre votre voix; ô doux prédicateur, refuge des exilés, vous qui aimez les pauvres, vous le tendre consolateur des coeurs pénitents , après vous doivent courir et le juste et le pécheur.

« Vous êtes la règle du juste, vous êtes l'enseignement de sa vie ; vous êtes le miroir du pécheur et la règle admirable qu'il doit embrasser; vous êtes le baume efficace qui ranime les faibles et ceux que la fatigue accable; vous êtes la médecine salutaire qui rend la santé aux malades et la vie à ceux qui languissent.

« C'est vous qui, le premier sur la terre, avez établi une école d'amour, vous qui avez enseigné à ne chercher que la gloire de Dieu, à déposer le fardeau pesant du inonde, et à revêtir ainsi la robe d'innocence si longtemps perdue.

« Et le monde insensé méprisait vos enseignements divins; il s'en faisait un jeu, et réduisait ainsi vos promesses au néant; et cependant votre bonté ne proférait aucune parole de vengeance ; elle pardonnait sans réserve à celui qui se repentait.

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« C'est qu'il était naturel à votre coeur de se laisser toucher. Vous désiriez inspirer l'amour et non la crainte, vous faisiez entendre votre voix, et jamais vous ne montriez la verge qui châtie, car vous ne vouliez point qu'on vous redoutât comme un maître sévère.

« Elle a reconnu, celle qui fut surprise dans le crime, combien immense est votre charité. Madeleine aussi en fit l'épreuve, lorsque ses fautes lui furent remises et qu'une grâce abondante vint inonder son âme.

« Que dirai-je de plus? Pourquoi énumérer tous ceux qui s'empressèrent de suivre ses paroles? Tous ont vu leurs crimes pardonnés ; tous ont senti une vie nouvelle les animer; tous se sont trouvés à l'abri des embûches d'un ennemi jaloux.

« Heureux celui à qui fut donné de vivre en tout temps sous un tel Maître, de se nourrir du miel sacré que répandaient ses lèvres, miel dont la douceur rend tout le reste amer et repoussant! »

Ainsi, l'esprit, en méditant ces merveilles et tant d'autres que je passe sous silence, se prépare à rendre grâces au Seigneur. Il s'enflamme à chanter ses louanges, et termine de la sorte le chant de la troisième heure.

Allons ! allons ! s'écrie l'âme à ce moment; versant des larmes abondantes sur son exil, elle loue et glorifie de toutes ses forces Jésus qui, pour elle, a daigné tant souffrir. En cette heure, elle semble comme enivrée; mais au milieu du jour, lorsque la chaleur devient plus

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intense, afin de ressentir plus vivement l'aiguillon de l'amour, elle tourne ses pensées vers la Passion du Sauveur.

VI.

Arrosée de ses larmes, elle fixe ses regards sur le tendre Agneau, sur cet Agneau sans tache, couronné d'épines, meurtri de blessures, percé de clous , et tout couvert du sang que le fer a fait jaillir de son côté. Alors, cette âme sainte se lamente et s'écrie : « Hélas! hélas ! hélas! infortunée ! le visage décoloré de Jésus mourant sur la croix, ses yeux languissants m'ont plongée dans l'angoisse.

« Convenait-il donc, ô Agneau miséricordieux ! convenait-il qu'une mort semblable devînt votre partage? Mais c'est ainsi que vous aviez arrêté de vaincre notre ennemi pervers, et tout s'est accompli pour nous donner une preuve de votre amour.

« Oui ! toutes ses souffrances sont des signes d'amour. Il a uni les dernières aux premières, il a joint ce qu'il y avait le plus élevé à ce qu'il y avait de plus faible ; et, en mourant de la sorte, en répandant votre sang par tant d'ouvertures à la fois, vous nous avez montré, Seigneur, que nous sommes vraiment semblable à l'animal privé de raison.

« Vous êtes pour nous un ami nouveau; vous êtes un vin nouveau ; c'est ainsi que le sage vous appelle, et c'est avec justice ; car de toute votre personne il sort un parfum qui ravit, et vous rompez sans crainte le vaisseau de votre chair, sans égard pour sa beauté.

« Qu'en présence de tels signes d'amour, le pécheur,

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touché de repentir, croie donc que c'est sans réserve que Jésus se donne à lui. Pour moi, j'aurai présents ces prodiges, afin que Satan n'ait sur moi aucun empire, car rien ne dissipe aussi promptement les attaques emportées du péché.

« Je nourris mes pensées de ces merveilles d'amour, et je m'écrie : hélas ! hélas ô doux Jésus ! Je soupire, car je sens mon coeur sans amour, et cependant je voudrais le voir enchaîné des liens de votre loi, comme vous le fûtes vous-même des liens de la charité.

« Oh ! quel piége cette charité vous tendit, lorsqu’elle vous pressa de mourir pour l'homme ! Mais une proie délicieuse en dérobait l'amertume : les âmes arrachées à l'enfer au prix de votre mort, tel était l'appât qui s'offrait à vos yeux.

« Sans doute, votre regard avait pénétré les peines ainsi cachées, mais leur violence vous laissait sans effroi, ou plutôt, vous trouviez du bonheur à les embrasser sans détour; l'appât qu'on vous offrait ravissait tendrement votre coeur.

« Ainsi, pour moi, infortunée , l'objet de votre amour, vous avez, de plein gré, heurté l'aiguillon de la mort, alors que vous vous offrîtes, victime pure et sans tache, à votre Père, et que vous lavâtes dans votre sang les souillures qui me déshonoraient.

« Qui donc pourra s'étonner si, à cause de vous, je me répands en soupirs, puisque, sans mérite aucun de ma part, je me trouve unie à un époux si jaloux de ma félicité ? Oui ! vous allumez mon amour d'une

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manière ineffable, en terminant pour moi votre vie en des tourments aussi cruels.

« Mais déjà ce ne sont plus des soupirs que mon cour doit enfanter ; je dois, comme Job, en ma douleur déchirer mon front. Je dois me préparer une retraite dans les profondeurs de votre côte, et là, exhaler le dernier souffle de ma vie.

« Si je ne meurs avec vous, je ne goûterai point le repos. Allons! allons ! m'écrierai-je sans jamais m'arrêter. Non, je ne modérerai point l'ardeur d'un tel désir, quand je devrais encourir tous les mépris du monde.

« Maintenant que mes cris accusent ma folie, que vos bourreaux viennent donc, Seigneur, et qu'ils m'attachent, malgré ma misère, à votre Croix. Alors la mort sera pour moi pleine de douceur ; car, en mourant ainsi, je vous presserai dans mes bras.

« Non , l'excès de douleur qui transperce mon coeur à chaque instant du jour, ne pourra jamais s'adoucir, si vous, source abondante d'ivresse, ne venez vous-même me guérir.

« Vous êtes vraiment un médecin plein de tendresse; jamais vous ne tranchez douloureusement, mais vous tirez sans violence et vous rejetez au loin le vice qui souillait notre coeur. Ceux que vous vous unissez par un lien d'amour indissoluble, vous les inondez toujours de vos dons les plus doux. « Oh ! dans quel aveuglement misérable le monde demeure plongé, alors que, blessé cruellement des coups de son ennemi, il s'éloigne d'un semblable

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médecin, qui, toujours prêt, offre avec douceur son côté ouvert pour guérir toute langueur !

« O homme ! pourquoi ne conservez-vous pas précieusement en votre pensée les bienfaits de la Passion de Jésus? C'est par elle que les liens du larron se sont brisés; par elle que le Seigneur vous a enrichi des biens les plus magnifiques.

« C'est par elle qu'il a nourri votre faiblesse de son corps, par elle qu'il vous a fait un bain de son sang; par elle qu'il a dépouillé à vos. regards son cour plein de tendresse, afin qu'ainsi, vous puissiez connaître combien il vous avait aimé.

« Oh ! qu'il est doux ce bain ! Qu'elle est suave cette nourriture qui ouvre les cieux à celui qui la prend dignement ! Celui que vous nourrissez ainsi, mon Dieu! nul travail ne lui pèse. Il n'y a que le coeur sans vertu à qui vous soyez en dégoût.

En effet, jamais l'homme engourdi dans la paresse ne s'est demandé pourquoi Jésus lui a montré son coeur si plein d'amour. Il n'a point vu que, placé sur la croix, c'est un lit de repos que le Seigneur est venu lui offrir.

Mais toutes les fois que cette couche sacrée apparaît à l'âme sainte, elle s'y attache avec ardeur, de même que l'aigle s'attache à la proie qui s'est offerte à son regard.

Et ensuite, cette âme s'écrie, comme hors d'elle même : « O douce couche ! ô chair ensanglantée en tant d'endroits à cause de ma misère ! pourquoi n'ai-je point été transpercée avec vous? Pourquoi n'ai-je

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point reçu avec vous les coups qui vous donnaient la mort?

« Ce bienfait a été refusé à mon indignité; mais je me choisirai un tourment nouveau : je gémirai saris cesse, je verserai des larmes irrémédiables, jusqu'à ce qu'il me soit donné de quitter le pesant exil de ce monde. »

Et alors cette âme pleine de tendresse, s'embrasant de plus en plus, voit ses sens défaillir et son corps se dessécher. Bientôt elle est impuissante à parler; mais son amour s'accroît, ses forces l'abandonnent, elle languit étendue sur sa couche.

Sa douce voix s'est brisée et sa langue palpite maintenant sans émettre aucun son. Mais ses larmes ont succédé à ses paroles ; son coeur s'est déchiré ; elle se lamente sur son Seigneur.

Ainsi, languissante, elle ne sait plus rien que pleurer et s'exhaler en soupirs embrasés; car elle ne peut détourner ses regards des blessures de Jésus ; elle ne peut en séparer sa pensée.

Et son esprit est enchaîné avec autant d'amour que si son Bien-Aimé expirait en sa présence. Elle embrasse la Croix de ses yeux, car ils sont attachés là où est son amour.

Les gémissements et les soupirs, les larmes et les lamentations sont ses délices, sa nourriture et sa vie. C'est ainsi que, martyre nouvelle, elle attend les coups de la mort; c'est sous leurs efforts qu'elle sent accroître ses douleurs.

En cet état, elle repousse tout ce qui tient à la

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terre. Les consolations de ce monde sont à ses yeux un poison mortel.

Enfin, quand la neuvième heure est venue, la mort l'étreint sans réserve, car la violence de son amour a brisé l'enveloppe de sa chair.

VII.

Elle s'est rappelée qu'à la neuvième heure, lorsque tout est consommé, son Seigneur a poussé un grand cri, et que soudain il expira.

Alors, comme si la mort l'avait saisie, elle s'écrie que la voix de son Dieu a pénétré son coeur et qu'elle l'a déchiré.

Impuissante à soutenir un coup si redoutable, elle a quitté la vie. Mais à cette âme heureuse les portes du ciel se sont ouvertes sans retard et lui ont montré qu'elle est digne de prendre place avec les saints dans la patrie.

Non, pour cette âme nous ne pousserons pas des soupirs suppliants ; mais plutôt nous ferons entendre nos chants de joie, car prier Dieu en faveur d'un martyr, c'est profaner l'éclat de sa sainteté.

O âme sainte ! ô tendre rose ! lis de la vallée, pierre précieuse, vous pour qui votre chair fut toujours un objet de haine, heureuse est votre fin, inestimable est votre mort !

Oui, vous êtes heureuse! vous goûtez le repos si longtemps l'objet de vos désirs. Doucement assoupie entre les bras de l'Époux et unie pour toujours à son esprit, vous jouissez de ses baisers pleins d'amour.

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Vos yeux maintenant ont trouvé la paix ; vos larmes abondantes se sont taries. Vous contemplez sans voile celui qui était votre espérance. Sa main vous a soutenue à travers les flots de ce monde, et à cette heure il console vos chagrins dans des torrents d'allégresse.

Dites-moi, dites-moi, chère âme, pourquoi pleureriez-vous encore ? Au milieu des célestes délices, pourquoi verser des larmes ? Celui que vous possédez est unique entre tous, et si vos désirs pouvaient s'étendre au-delà, ils seraient sans objet.

VIII.

Je mets fin à mes chants pour ne point exciter l'ennui. Si je voulais décrire combien enivrant, combien glorieux est l'état de cette âme, je craindrais qu'un sourire incrédule de la part des méchants ne vînt accueillir mes paroles.

Cependant, mon bien-aimé, quoi qu'on puisse vous dire, imitez avec ardeur ce martyre tout nouveau, et, lorsque vous l'aurez goûté, conjurez Jésus-Christ de vous apprendre à en redire les chants glorieux.

Faisons souvent entendre les paroles de ce sacré cantique, de peur que les chagrins de la vie ne viennent à nous briser ; car c'est au milieu de tels accords que Jésus et Marie ont reçu cette âme triomphante au sortir de l'exil.

Que votre coeur, ô ma soeur , âme fidèle, se réjouisse en ces chants ; qu'il se lave dans un fleuve de larmes, que ses soupirs soient son martyre , que toutes ses forces soient sur la terre consacrées à célébrer

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Jésus, afin qu'après la mort il soit admis aux fêtes éternelles.

C'est alors que les gémissements cesseront, que les soupirs seront calmés, alors que vous serez unie aux choeurs des Anges, qu'au milieu des chants vous irez vous joindre à votre Époux céleste, et que vous serez l'épouse du Roi bienheureux des siècles. Ainsi soit-il. Grâces soient rendues à Dieu.

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SEPT PAROLES

SEPT PAROLES

LES SEPT PAROLES

DE JÉSUS EN CROIX.

Première Parole.

Prière.

Seconde Parole.

Prière.

Troisième Parole.

Prière.

Quatrième Parole.

Prière.

Cinquième Parole.

Prière.

Sixième Parole.

Oraison.

Septième Parole.

Prière.

Première Parole.

Jésus, hostie, sacrifice, bienfait et grâce de salut; Jésus, confiance assurée, refuge inébranlable : pour racheter le genre humain de sa captivité, pour anéantir les crimes dont nous étions coupables, pour nous unir à Dieu et nous combler de ses dons, vous n'avez point refusé de souffrir les chaînes, les fouets, les meurtrissures. Vous avez accepté la croix et ses ignominies, ses tourments et ses plaies. Et alors qu'elle vous recevait, alors que vos ennemis frémissaient contre vous, que le marteau frappait et que les clous déchiraient votre chair, que la douleur se faisait sentir plus atroce, que votre sang adorable coulait en abondance, que la souffrance vous oppressait et que votre angoisse s'aggravait, vous avez supplié votre Père de pardonner à vos ennemis, à ceux qui vous attachaient; vous l'avez conjuré en faveur de leur ignorance, et vous lui avez dit : Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (1),

1 Luc., 23.

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Prière.

O douce patience ! ô mansuétude ineffable, clémence infinie, bénignité sans limites ! Comme une brebis pleine de douceur, vous ne laissez échapper aucune plainte; comme une mère pleine de tendresse, vous excusez l'injure dont on vous couvre ; comme l'âme dont la bouté est inépuisable, vous gardez toute votre bienveillance; comme celui dont la volonté est d'une tendresse sans bornes, vous ne mettez en avant que la miséricorde. L'espérance de nos coeurs se tourne vers vous ; vers vous montent nos soupirs, vers vous coulent nos larmes, vers vous s'élèvent nos désirs, et nous crions avec confiance : Seigneur, daignez nous pardonner.

Seconde Parole.

Jésus, auteur de tout pardon, consolation de ceux qui pleurent ; Jésus, gloire de notre repentir, espoir des pénitents : alors que, suspendu sur la croix, vous étiez associé au supplice de deux scélérats, l'un d'eux s'élevait contre vous, vous blasphémait injurieusement, et vous disait (1) : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi et nous sauve en même temps ; exerce à ton égard la puissance que tu montras en sauvant les autres. » L'autre le reprenait, lui montrait sa folie, se déclarait coupable et vous suppliait en disant : « Souvenez-vous de moi lorsque vous serez parvenu en votre royaume, en ce royaume plein de douceur, lorsque vous vous montrerez roi. »

1 Luc., 23. — Id., id.

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Et vous, Seigneur, qui aimez le repentir et y attirez les coeurs par votre grâce, vous ne vous êtes point contenté de lui promettre un souvenir, mais vous l'avez assuré de votre gloire, et vous lui avez dit : « Oui, je vous le promets, vous serez avec moi dans la gloire. »

Prière.

O charité empressée de mon Dieu! miséricorde diligente, libéralité sans retard, munificence vraiment prompte, c'est vers vous que s'élance notre ferveur, vers vous que se, tourne notre pensée, devant vous que nous confessons nos fautes et que nous ouvrons le fond de nos coeurs.

Nous vous supplions avec confiance, vous qui, seul, êtes sans péché et pur de tout crime, et nous vous disons : Souvenez-vous de nous, Seigneur , dans votre patience.

Troisième Parole.

Jésus , lumière éclatante, Roi de gloire, Fils de Dieu et Fils de l'homme; Jésus, fleur de la pureté virginale, Fils de la Vierge Marie; cette Vierge très-sainte, cette Vierge accablée d'amertumes, cette Mère pleine d'amour et brisée par tant de douleurs, votre Mère bien-aimée, qui entoura votre enfance de soins si diligents, se tenait inondée de ses larmes et anéantie par ses sanglots au pied de votre croix, vous y voyait suspendu, contemplait vos tourments, et, dans l'excès de son affliction, elle semblait prête à défaillir. Mais vous, Seigneur,

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vous avez abaissé un regard sur cette Mère dans les pleurs, en proie à l'amertume, votre Mère vénérable, digne de la suprême béatitude; vous avez considéré votre Disciple bien-aimé, ce Disciple si digne de votre amour, Jean, le serviteur fidèle de Dieu, l'homme dont la vie est demeurée sans tache, et votre parole s'est adressée, pleine de douceur et avec un accent prophétique, à Marie et à Jean; vous avez recommandé tendrement votre Mère au Disciple, et vous avec dit : Femme voilà votre Fils ; et ensuite au Disciple : Voilà votre Mère (1).

Prière.

Oh ! quel changement ! quel partage inégal l quelle désolation! quelle tristesse profonde pour une mère, alors que pour soutien c'est le Disciple qui lui est donné à la place du Maître, alors qu'au lieu de Dieu c'est un homme qui devient son appui ; qu'au lieu du loi, c'est un simple serviteur qui demeure à Marie ! Et moi aussi, ô Jésus ! je me recommande humblement à votre grâce, et je m'abandonne pour toujours à votre providence, afin qu'aidé des prières que la Vierge vous adressera pour moi avec amour, je puisse être en tout temps à l'abri des orages du péché.

Quatrième Parole.

Jésus, vertu, sagesse du Père incréé ; Jésus, force et soutien de toute créature : par votre puissance

1 Joan., 19.

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admirable vous aviez multiplie les pains; avec une force non moins grande, faible enfant, vous aviez conduit l'étoile qui guidait les Mages; vous aviez rappelé les morts à la vie, vous aviez opéré des merveilles sans nombre, vous aviez guéri les malades, vous aviez tiré le monde du néant, vous aviez chassé les démons par la terreur de votre parole, vous aviez, au jardin des Olives, renversé vos ennemis par la force de cette même parole ; et voilà que vous êtes attaché à la croix pour obéir à votre Père; voilà que vous êtes, par sa volonté, en proie aux angoisses; voilà que, pour accomplir ses ordres, vous êtes enchaîné et vous souffrez comme un Criminel, et qu'il ne vous permet point de faire usage de votre puissance pour vous soustraire aux tourments. Alors, vous inclinant sous le poids des douleurs qui vous oppressent, vous faites entendre un cri, et vous dites, en pleurant, d'une voix lamentable : Eli, Eli, lamina sabachtani, c'est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné (1) ?

Prière.

O cri miraculeux, qui opère le salut du monde! O coeur innocent et humble! Vous pleurez les peines méritées par nos crimes; la compassion m'entraîne vers vous; je sens que vous souffrez pour moi; je me prosterne devant vous, je mêle mes pleurs aux vôtres; et ces pleurs me sont avantageux : ils me consolent, car ils seront pour moi une source de récompense et de joie éternelle.

1 Mat., 27.

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Cinquième Parole.

Jésus, dont le souvenir est si doux et dont l'amour pénètre d'ardeur; Jésus, ma tendre confiance, vous qui êtes la nourriture qui réjouit mon âme : alors qu'étendu sur l'autel de la croix, vous accomplissiez, en vous immolant, la rédemption des hommes, le monde vous contemplait nu et dépouillé comme un objet de spectacle; la terre faisait entendre contre vous un cri de mort; vos ennemis vous lançaient leurs injures; vos proches vous fuyaient ; les clous perçaient vos membres; vos nerfs se contractaient sous l'excès de la douleur; vos plaies se gonflaient ; votre sang coulait à grands flots; votre chair devenait palpitante; vos forces s'épuisaient. Alors, Seigneur, vous avez été embrasé d'une soif dévorante, d'une soif qui languissait d'amour, d'une soif désireuse des vertus et avide de notre salut. Vous avez dit avec tendresse (1) : J'ai soif : je désire la foi chez tous les hommes, je soupire après leur salut, et je m'offre encore à de nouveaux tourments, afin de l'obtenir.

Prière.

O soif vraiment salutaire qui ne demandez que notre amour! ô soif intime du coeur qui brisez nos ardeurs perverses! Faites, ô mon Dieu, que j'aie soif de vous, que je brûle de cette soif, que je fuie la soif du mal, jusqu'à ce que j'arrive à la fontaine de vie, que je m'y désaltère, que j'y sois heureux pour

1 Joan,. 19.

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toujours, et, qu'entré dans la sainte patrie, j'y contemple mon Dieu à jamais.

Sixième Parole.

Jésus, notre rédempteur, sauveur de tous les hommes ; Jésus, noire amour, salut de ceux qui croient: alors que vous accomplissiez avec un zèle ardent par le mystère de la Croix l'oeuvre de notre rachat, afin d'être ainsi notre libérateur ; alors que vous vous soumettiez au supplice pour nous en arracher, consommant le sacrifice de votre chair et de votre sang, en même temps que le combat terrible qui devait mettre le sceau à notre paix ; terminant la course passagère de cette vie fugitive et achevant le grand acte de notre rédemption, au moment où l'heure de la mort approchait, où la vie vous abandonnait, où vous touchiez au terme de vos souffrances, et où tout allait se trouver conduit à sa fin, pour exprimer toutes choses en un mol vous vous écriâtes (1) : Tout est consommé ! En effet, Jésus est crucifié, l'Agneau est immolé, son sang est répandu , le prix du salut est payé, le démon est vaincu, la guerre est terminée , la sentence de condamnation est détruite et l'homme est racheté.

Oraison.

O bon Jésus ! bonté suprême qui êtes notre justice ; ô vrai jésus ! vérité souveraine qui êtes notre science; ô nous Jésus! charité ineffable et notre rédemption; ô saint Jésus ! sainteté sans tache et notre sanctification ;

1 Joan., 19.

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consommez en nous la grâce, consommez la justice, consommez notre conscience, consommez notre joie.

Septième Parole.

Jésus, voie de toute droiture et porte du salut; Jésus, refuge inébranlable et protecteur de tous les hommes ; Jésus, vérité salutaire et lumière brillante des âmes ; Jésus, félicité de la vie et douceur enivrante des cœurs: alors que vous livriez les derniers combats, afin de détacher votre âme de votre corps sacré, et que vous abandonniez cette terre pour descendre aux enfers, voulant nous montrer la voie que nous devions parcourir, instruire les hommes formés d'une vile poussière, et nous faire reconnaître le défenseur en qui doivent se confier ceux que la mort environne, vous avez recommandé votre âme vénérable à votre Père très-saint et vous lui avez dit en gémissant dans un langage d'amour : Mon Père, je remets mon lime entre vos mains (1). Et ensuite, inclinant la tête, toujours attaché au gibet de la Croix, couvert île plaies cruelles, honteuses et injustes, vous avez rendu l'esprit. Mais en même temps vous imprimâtes à l'univers un tel frémissement que tous ceux qui furent témoins de vos tourments versèrent des larmes abondantes ; que les éléments se troublèrent, les rochers se fendirent, les sépulcres laissèrent aller leurs morts, la terre trembla,, le voile du temple se déchira, la lotie recula en

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