Œuvres spirituelles (page 15)
1 Luc., 23.
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arrière, le soleil se couvrit de ténèbres, le monde gémit, et la nature désolée s'écria : Hélas ! voici mon dernier jour, ou bien le Dieu qui m'a créée est à cette heure en proie aux souffrances.
Prière.
O mort digne de larmes, que toute créature a pleurée ! O mort lamentable, sur laquelle les êtres insensibles se sont désolés ! mort admirable, où les morts ont puisé la vie ; mort toute aimable, qui as exalté le courage des forts ; mort sacrée, mort glorieuse, qui as été la ruine des crimes ; mort pieuse, mort profitable, en qui nous avons trouvé des récompenses, fais que ton souvenir ne nous abandonne jamais ; qu'il excite notre âme et transperce en tout temps notre coeur; qu'il verse la lumière en nos pensées et nous dirige en toutes nos démarches ; qu'il nous délivre de nos fautes et nous accorde le bienfait de la vie céleste. Ainsi soit-il.
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MIROIR
MIROIR
MIROIR DE LA BIENHEUREUSE VIERGE.
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MIROIR DE LA BIENHEUREUSE VIERGE.
PROLOGUE.
LEÇON PREMIÈRE. Que dans la Salutation angélique se trouvent cinq sentences d'où se répandent en l'honneur de la bienheureuse vierge cinq louanges pleines de douceur.
LEÇON II. Que la bienheureuse Vierge a été exempte de la triple malédiction de la faute actuelle, de la triple malédiction de la faute originelle, et de la triple malédiction de la peine de l'enfer.
LEÇON III. Des significations du nom de Marie, et que la bienheureuse Vierge est très-justement appelée mer d'amertume, étoile de la mer. illuminatrice et reine souveraine.
LEÇON IV. Que le nom de Marie convient parfaitement à la Vierge bienheureuse, et en même temps qu'elle a été exempte de tout vice et ornée de toute vertu.
LEÇON V. Que la grâce de la bienheureuse Marie est vraie, immense, multiple et vraiment utile.
LEÇON VI. Que dans Marie il y a une grâce que nous devons considérer sous quatre points de vue : la grâce des dons, la grâce des paroles, la grâce des privilèges et la grâce des récompenses. — De chacune de ces grâces en particulier.
LEÇON VII. Qu'il y a en Marie neuf plénitudes qui représentent les plénitudes des neuf choeurs des Anges dans la gloire.
LEÇON VIII Que le Seigneur dont il a été dit à Marie LE SEiGNEUR EST AVEC VOUS, est le Seigneur universel de tontes choses; qu'il est très-puissant , très-sage, très-opulent, très-immuable, et que c'est à tous ces titres qu'il est avec elle.
LEÇON IX. Que le Seigneur dont il a été dit à Marie : LE SEIGNEUR EST APEC VOUS, est d'une manière spéciale le Seigneur très-bon, très-juste, très-fidèle, très-illustre de la créature raisonnable, et que c'est à ces titres aussi qu'il est avec Marie.
LEÇON X. Que le Seigneur dont il a été dit à Marie : LE SEIGNEUR EST AVEC VOUS, est avec elle d'une manière si particulière qu'elle est sa très-noble Fille, sa très-digne Mère, sa très chaste Épouse, et sa servante toute dévouée.
LEÇON XI. Que Marie, et pour elle-même et par rapport à nous, est très-justement comparée à l'aurore.
LEÇON XII. Commuent la bienheureuse Marie est une tige, et une tige fleurie.
LEÇON XIII. Comment la bienheureuse Marie est comparée à une reine qui entre avec le roi dans son palais.
LEÇON XIV. Comment Marie est bénie à cause de la plénitude de la grâce qui est en elle, à cause de la grandeur de son Fils, à cause de l'étendue de sa miséricorde, et à cause de la magnificence de sa gloire.
LEÇON XV. Que Marie est bénie à cause de sept vertus qui en elle sont opposées aux sept péchés capitaux.
LEÇON XVI. Quel est le fruit du sein de la bienheureuse Vierge Marie; quelle est sa grandeur.
LEÇON XVII. A qui appartient le fruit de la bienheureuse Marie, et à qui il est dû.
LEÇON XVIII. A quels besoins est nécessaire le fruit du sein de la bienheureuse Vierge, et de douze avantages qu'il procure.
PROLOGUE.
IL n'est personne qui ne sache, comme le dit saint Jérôme (1) , que tout ce que nous pouvons offrir d'hommages à la Mère de Dieu se rapporte entièrement à la gloire et à la louange du Très-haut. C'est pourquoi, désirant, pour la gloire et l'honneur de Jésus-Christ Notre-Seigneur écrire quelque chose à la louange et à l'honneur de sa très-glorieuse Mère, j'ai jugé convenable de prendre pour sujet la salutation pleine de douceur que nous lui adressons.
Mais je confesse sans hésiter ma parfaite et totale insuffisance pour une oeuvre semblable, soit à cause des immenses difficultés d'un si vaste sujet, soit à cause de la faiblesse extrême de ma science, de la sécheresse désolante de mon langage, de l'indignité profonde de ma vie, soit enfin à cause des louanges sans limites dont est digne la personne que j'entreprends de célébrer. Qui doutera , en effet , que cette matière ne soit vraiment au-dessus de nos forces, alors que saint Jérôme ne craint pas de s'écrier : « Ce que la nature n'a point eu en sa puissance, ce que la coutume n'avait point connu, ce que la raison avait ignoré, ce que l'esprit de l'homme ne comprend
1 Epist. 10.
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point, ce que le Ciel ne voit qu'avec effroi et la terre avec stupeur, ce qui remplit d'étonnement toute créature, même céleste , voilà tout ce qui est annoncé par Gabriel à Marie de la part de Dieu, et tout ce qui s'accomplit par Jésus-Christ (1). » C'est pour cette raison que ,je m'avoue indigne de traiter un si grand et si vaste sujet.
Et ensuite , comment l'incroyable faiblesse de ma science et la profonde obscurité de mon esprit seraient-elles suffisantes à produire des louanges dignes de Marie, alors que saint Anselme, cet homme d'un esprit si éclairé, se sent défaillir en pareille circonstance? C'est ainsi qu'il s'en exprime. « Ma langue me fait défaut , car mon esprit est insuffisant. O Souveraine! O Souveraine! toutes les facultés de mon âme sont en travail afin de vous rendre grâces de vos immenses bienfaits; mais je ne puis former aucune pensée qui soit digne de vous; j'ai honte d'en proférer d'indignes. »
Saint Augustin aussi, s'adressant à Marie, s'écrie : « Que dirai-je de vous, moi, pauvre d'esprit, alors que tout ce que je pourrais exprimer est une louange au-dessous de ce que votre dignité mérite (2). » Comment donc ma langue si grossière, comment mon esprit si plein d'aridité ne seraient-ils pas impuissants à publier la gloire de Marie, alors qu'Augustin , cette langue si diserte nous dit : « Que pourrons-nous , hommes de néant? que pourrons-nous, faibles enfants, rapporter à la louange de
1 Epist. 10. — 2 Serm. 35, de Sanctis.
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Marie , alors que nul ne saurait-être capable de la louer, quand même les membres de chacun de nous deviendraient autant de langues (1) ? »
La louange n'est pas belle dans la bouche d'un pécheur : comment donc un misérable, un homme criminel comme moi; comment un avorton dont la vie est comblée d'indignités, oserait-il faire entendre sa voix en l'honneur de Marie, alors que saint Jérôme, dont la vie fut si vénérable, est saisi d'effroi en présence d'une pareille entreprise : « Je crains beaucoup, dit-il, et je tremble véritablement qu'en voulant aider à votre avancement, je ne sois considéré, à cause de la méchanceté de ma vie, comme un panégyriste indignez. » Assurément la sainteté et l'éloquence sont trop faibles en moi pour que je puisse louer comme il convient la Vierge bienheureuse et glorieuse. A quoi bon d'ailleurs ajouter une goutte d'eau à la mer? A quoi bon joindre un faible caillou à une montagne? Marie a été exaltée par la bouche de Dieu et de ses anges : Que peut notre infirmité et surtout la mienne ajouter à sa gloire? Enfin le même saint Jérôme parlant d'elle dit encore : « Pour m'exprimer selon la vérité, j'avouerai que tout langage humain me semblera toujours au-dessous des louanges qu'elle a reçues du Ciel, car elle a été célébrée et glorifiée par la voix de Dieu et de ses anges; elle a été prédite par les prophètes, montrée en figures et en énigmes aux patriarches, manifestée et annoncée par les évangélistes, et
1 Serm. 35, de Sanctis. — 2 Epist. 10.
4
saluée avec respect et vénération par les anges (1). »
Toutes ces choses pesées avec soin , le lecteur pieux et l'auditeur charitable devront donc facilement se sentir portés à me pardonner tout ce qu'ils découvriront de faiblesse et d'insuffisance en cet ouvrage. Comment , en effet , moi , si incapable, pourrai-je exprimer tout ce qui conviendrait à la louange d'une. Vierge si glorieuse, tout ce que les dévots serviteurs de cette admirable Vierge seraient en droit d'attendre, alors que ce grand zélateur et prédicateur de Marie , saint Bernard , se trouve lui-
même impuissant à une pareille tâche? « Il n'est rien , dit-il , qui me réjouisse autant que de m'entretenir de la gloire de la Vierge Mère; il n'est
rien qui me remplisse autant d'effroi ; car tous s'attachent à elle , l'honorent et la vénèrent avec une telle ardeur de dévotion, et cela est bien juste, que tous désirent parler d'elle; et cependant tout ce qu'on dit de cette Vierge ineffable , par-là même qu'on peut le dire, est moins agréable, cause moins de bonheur et trouve moins grâce à nos yeux que ce qui en elle se montre inexprimable (2). »
Saint Jérôme pourtant m'encourage et me console en disant : « Personne, il est vrai, n'est apte à un pareil emploi; cependant le pécheur ne doit point cesser de faire entendre ses louanges de toute la force de son âmes. » Et saint Augustin, montrant comment le Fils de Dieu a apporté la fécondité à
1 Epist. 10. — Serm. 4, de Assumpt. — 3 Ubi supr.
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sa Mère en se faisant homme , et comment en sa naissance il a conservé intacte sa virginité, ajoute un peu après : « Nous ne pouvons assurément raconter un tel don de Dieu; nous ne sommes que de petits enfants incapables d'en exprimer la grandeur, et cependant nous sommes forcés de le louer, de peur qu'en gardant le silence nous ne soyons considérés comme des ingrats. En effet, la pauvre veuve n'offrit que deux deniers, et son sacrifice fut agréable à Dieu. Elle ne crut point devoir s'abstenir de faire son offrande parce qu'elle ne pouvait donner davantage; et ainsi offrant, tout ce qui était en son pouvoir elle plut au Dieu suprême. »
C'est pour cela que reconnaissant la faiblesse de mon esprit , la pauvreté extrême de. ma science et de mon éloquence, je me suis enhardi jusqu'à offrir ce petit don , ce tout pauvre écrit en l'honneur d'une Reine si glorieuse, afin qu'en lui, comme dans un miroir bien obscur assurément , ses serviteurs les moins instruits puissent contempler au moins faiblement et sa grandeur et sa dignité. Et parce que cet écrit, semblable à un miroir grossier, doit présenter une légère image de la vie, de la grâce. et de la gloire de Marie, on peut sans difficulté l'appeler le Miroir de Marie.
Ainsi, ô Marie, ma souveraine charitable! ayez donc pour agréable ce faible. présent que vous offre votre pauvre ami. C'est avec ce don tout petit, avec cet opuscule de votre salutation, que je vous salue; que prosterné en terre, le front incliné, je vous salue de coeur et de bouche, et que je m'écrie : Je vous salue, Marie.
LEÇON PREMIÈRE. Que dans la Salutation angélique se trouvent cinq sentences d'où se répandent en l'honneur de la bienheureuse vierge cinq louanges pleines de douceur.
« Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de votre ventre est béni. »
Ecoutez , ô très-douce Vierge Marie! écoutez des choses merveilleuses, écoutez des choses admirables. Ecoutez, ô fille! ouvrez vos yeux et ayez l'oreille attentive. Ecoutez Gabriel, ce messager glorieux. Ecoutez la manière miraculeuse dont vous deviendrez féconde. Ayez l'oreille attentive afin de donner un consentement abondant en résultats. Ecoutez ce qui va vous être annoncé de la part de Dieu le Père. Voyez comment le Fils va prendre un corps de vous. Ayez l'oreille attentive à l'Esprit-Saint qui opérera au-dedans de vous. Puisque vous avez des oreilles pour entendre , ouvrez-les donc aux choses qui vont vous être annoncées, et d'abord à cette salutation inusitée : Je vous salue, Marie...
Ce nom de Marie n'a point été prononcé par Gabriel, mais il a été ajouté par la piété des fidèles et par l'inspiration de l'Esprit-Saint. Cette dernière parole :
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« Béni est le fruit de votre sein, » n'est pas non plus dans le salut de l'Ange, mais elle a été ajoutée par Elisabeth, alors qu'elle était remplie de l'esprit prophétique. Disons donc chacun en particulier, disons tous en commun : Je vous salue, Marie, pleine de grâce, etc... O salutation vraiment aimable et vénérable! ô salutation vraiment glorieuse et admirable, qui convient d'autant mieux à la dignité de Marie, comme le dit le vénérable Bède, qu'elle est plus éloignée du langage accoutumé des hommes (1)!
Dans cette très-douce salutation sont renfermées cinq sentences pleines de suavité qui nous découvrent autant de louanges délicieuses en l'honneur de la Vierge. O lumière vraiment aimable à nos yeux ! En ces paroles nous voyons combien pure, combien accomplie, combien inébranlable, combien digne, combien utile est Marie, cette vierge bienheureuse. Elle est pure, dis-je , par l'absence de toute faute ; elle est accomplie par l'affluence de toute grâce; elle est inébranlable par la présence de la divinité; elle est digne par la vénération que mérite sa personne; elle est utile enfin par l'excellence de celui qu'elle a conçu.
Combien Marie a été pure par l'absence de toute. faute, nous le voyons insinué lorsque nous entendons ces mots : « Je vous salue, Ave; » car c'est avec raison qu'on dit : « Je vous salue, Ave, » à celle qui fut à l'abri de toutes les malédictions du péché. Et il était juste que la Mère de Dieu reçût une telle faveur
1 De Annunt.
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« Il était convenable , dit saint Anselme, que la conception de cet homme-Dieu eût lieu d'une mère exempte de tache; il était convenable qu'elle brillât d'une pureté telle qu'après Dieu on n'en pût imaginer de plus grande , cette Vierge à qui le Père avait arrêté de donner le Fils unique qu'il a engendré de son coeur égal à soi-même , afin qu'il fût en même temps Fils de Dieu et Fils de l'homme (1). »
Combien Marie a été accomplie par l'abondance de toute grâce, nous le découvrons aisément en ces paroles : Vous êtes pleine de grâce. En effet , elle est vraiment remplie de grâce et remplie outre mesure , comme l'atteste le même saint Anselme, en s'écriant dans l'ardeur de son amour : « O femme pleine de grâce, remplie de grâce au-delà de toute limite ! C'est de l'abondance de votre plénitude que la terre a été arrosée ; c'est en cette abondance que toute créature a retrouvé la vie. »
Combien Marie a été inébranlable par la présence de la divinité, nous le voyons clairement en ces paroles : Le Seigneur est avec vous. C'est avec raison que Marie est tout-à-fait, inébranlable, par la présence du Seigneur, par la demeure du Seigneur en elle, puisqu'avec elle se trouve Dieu le Père , Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit , comme avec une âme chérie d'une façon toute spéciale, ainsi que nous l'apprend ce langage de saint Bernard : « Non-seulement le Seigneur que nous appelons le Fils et que vous avez conçu est avec vous, mais avec vous est le
1 De Concept. Virg.
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Seigneur Dieu le Saint-Esprit de qui vous avez conçu , avec vous est le Seigneur Dieu le Père qui « a engendré celui que vous concevez (1).»
Combien Marie a été digne par le respect dû à sa personne, reconnaissez-le dans ce qui suit : Vous êtes bénie entre toutes les femmes. Comment, en effet, n'aurait-elle point une dignité incomparable, après qu'une bénédiction aussi éclatante l'a rendue si vénérable ? C'est pourquoi saint Anselme s'écrie dans un nouvel étonnement : « O Vierge bénie et bénie par-dessus tout ! par votre bénédiction toute créature est bénie , et non-seulement elle est bénie du Créateur, mais encore elle bénit son Créateur. »
Enfin combien Marie a été utile par l'excellence de celui qu'elle a conçu , on nous le fait entendre par cette sentence : Et béni est le fruit de votre sein. Elle a été en effet utile à la délivrance du monde , en nous donnant un fruit de salut excellent et puissant. Aussi le même saint Anselme s'adresse-t-il encore à elle en ces termes : « Par votre fécondité ,
ô Souveraine , le pécheur immonde a été justifié , le damné a recouvré le salut, l'exilé a été ramené dans sa patrie ; car celui que vous avez enfanté , ô Reine, a racheté le inonde de sa captivité, guéri les infirmes et ressuscité les morts. »
Vous voyez donc, mes bien-aimés, comment Marie. par l'absence et l'exemption de toute faute, mérite d'entendre ces paroles : Je vous salue, Ave; comment par l'abondance et l'immensité de la grâce qui
1 Homel. 5. super missus est.
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est en elle, elle est appelée, en vérité, pleine de grâce ; comment, par la présence de la divinité et son intimité avec elle , on lui dit avec justice : Le Seigneur est avec vous; comment , par la vénération due à sa personne et par sa dignité, elle peut sans contestation être déclarée bénie entre toutes les femmes; comment enfin, par l'excellence de celui dont elle est mère, et par l'avantage qui nous en revient, c'est justement qu'on proclame béni le fruit de son sein.
Mais maintenant il nous faut traiter avec ordre de chacune de ces choses.
LEÇON II. Que la bienheureuse Vierge a été exempte de la triple malédiction de la faute actuelle, de la triple malédiction de la faute originelle, et de la triple malédiction de la peine de l'enfer.
Je vous salue, Marie, pleine de grâce, etc. Redisons à haute voix ce salut comme une parole excellente et suave, qui a commencé notre rachat de la malédiction éternelle; faisons-le retentir tous ensemble avec effusion d'amour et disons : Salut, ô Marie! salut, salut, et encore salut et mille fois salut! C'est avec justice, mes bien-aimés, que ce salut est adressé à la très-sainte vierge Marie, au commencement de la salutation angélique, ainsi que
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je vous l'ai dit plus haut, à cause de l'absence totale en elle du péché et de son exemption de toute faute; à cause de l'innocence sans réserve et de la pureté entière de sa vie. C'est un salut de bonheur assurément et il exclut toute malédiction.
Or, il nous faut considérer qu'il y a une triple malédiction dont fut tout-à-fait exempte celle qui reçoit ce salut : il y a une malédiction de péché, une malédiction de misère et une malédiction de peine. Il y a la malédiction de la faute actuelle, la malédiction de la misère originelle, la malédiction de la peine éternelle. Ce n'est pas sans raison que nous appliquerons à ces trois malédictions ce que nous lisons dans l'Apocalypse : « J'ai entendu, dit saint Jean , la voix d'un ange rapide comme l'aigle, qui volait par le milieu de l'air et qui disait à haute voix : « Malheur! malheur ! malheur aux habitants de la terre (1) ! « Mais voici que ces trois malédictions se multiplient, hélas! chacune par trois autres malédictions, en sorte que nous avons ensemble neuf malédictions dont Marie est déclarée exempte lorsqu'elle s'entend dire: Je vous salue. Il y a trois malédictions de la faute actuelle, trois malédictions de la misère originelle, trois malédictions de la peine éternelle ; et c'est l'absence de ces trois malédictions qui permet justement à Marie d'être saluée par cette parole de bonheur : Je vous salue.
Il faut donc considérer, en premier lieu , mes bien-aimés, qu'il y a une triple malédiction de la faute
1 Apoc., 8.
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actuelle, à savoir : une malédiction des fautes du coeur , une malédiction des fautes de la langue , une malédiction des fautes d'action. Et l'on peut dire aussi, touchant ces trois malédictions : Malheur! malheur! malheur aux habitants de la terre ! Malheur donc aux pécheurs pour les fautes qu'ils commettent en leur coeur, selon cette parole d'Isaïe : « Malheur à vous qui vous retirez dans les profondeurs de vos coeurs pour cacher à Dieu même vos desseins (1) ! » Oui, assurément, malheur à ceux dont le coeur est profond pour commettre le mal, parce que les profondeurs du coeur des méchants sont des sentines ténébreuses où le démon fait son séjour, des sépulcres cachés, remplis de la corruption de tous les vices. Malheur donc à eux , selon qu'il est dit dans saint Matthieu : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui êtes semblables à des sépulcres blanchis qui au dehors paraissent beaux aux yeux des hommes, mais qui au-dedans sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte de pourriture (2) ! » Oh ! combien éloigné d'une telle malédiction fut le coeur très innocent de Marie, puisque selon saint Bernard : « Jamais elle ne connut le péché pour l'avoir commis, et son coeur très-pur n'eut jamais besoin de repentir (3)! » Comment, en effet, le coeur de Marie eût-il dû se repentir , puisque jamais il ne s'ouvrit à rien qui pût être une cause de regret? Aussi ce coeur d'une éclatante pureté ne fut pas une sentine du démon , un sépulcre de vices, mais le jardin, le paradis de l'Esprit-Saint,
1 Is., 29. — 2 Mat., 23. — 3 Serm.
in Assumpt.
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comme il est dit au livre des Cantiques : Ma soeur mon épouse est un jardin fermé (1). « Ce jardin, dit saint Jérôme, est un jardin de délices, dans lequel sont plantées des fleurs de toutes sortes , et d'où s'exhalent les parfums de toutes les vertus (2). » Puisque Marie fut si éloignée de cette malédiction, c'est donc avec raison qu'on lui dit : Je vous salue.
Malheur aux pécheurs à cause des fautes de leur langue ! « Malheur à vous, dit Isaïe, qui appelez mal ce qui est bien et bien ce qui est mal (3) ! » Malheur à tous ceux qui pèchent par leur bouche , selon cette parole du Psalmiste : « Le venin de l'aspic repose sur leurs lèvres (4)! » — « Il n'y eut, dit saint Ambroise, rien de faux dans le regard de Marie , rien de trop libre dans ses paroles, rien d'immodeste dans ses actions (5). » Il n'y eut donc par-là même ni le fiel ni le venin du démon; mais le miel et le lait de l'Esprit-Saint, comme il est dit dans les Cantiques : « Vos lèvres, ô mon épouse, sont comme un rayon d'où distille le miel; le miel et le lait sont sous votre langue (6). » En effet le lait le plus pur n'était-il pas sous la langue de Marie lorsqu'elle répondit à l'Ange : « Comment cela se fera-t-il (7) ? » Le miel le plus doux n'était-il pas sous sa langue quand elle ajouta cette parole si pleine de suavité : « Voici la servante du Seigneur? » Puisque Marie fut aussi éloignée des fautes de la langue, c'est donc avec justice qu'on lui dit : Je vous salue.
13. — 5 De Virg., lib. 2. — 6 Cant., 4. — 7 Luc., 1.
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Malheur aux pécheurs à cause des fautes de leurs oeuvres! Il est dit au livre de l'Ecclésiastique : « Malheur à ceux qui ont le coeur double, dont les lèvres, sont infâmes, et dont les mains commettent le mal (1) ! » Malheur aux coeurs doubles pour les fautes du coeur ! Malheur aux lèvres infâmes pour les fautes de la bouche ! malheur aux mains qui opèrent le mal pour les fautes d'action ! Oh ! combien éloignée d'une semblable malédiction furent tous les actes ou plutôt toute la vie de Marie ! C'est pourquoi saint Bernard s'écrie : « Il convenait que la Reine des vierges, par un privilège de sainteté toute spéciale, passât sa vie sans aucun péché, afin qu'en mettant au monde le destructeur de la mort et du péché, elle pût mériter à tous les hommes le bienfait de la vie et de la justice (2). » Notez bien que ni dans son coeur, ni dans sa bouche, ni dans ses oeuvres, le souffle du péché n'eut aucun accès, en sorte que le Seigneur pût lui dire véritablement... « Vous êtes toute belle, ô ma bien-aimée, et il n'y a point de tache en vous (3). » Ainsi , la très-sainte et innocente Marie a été exempte de malédiction en son coeur, exempte de malédiction en sa bouche, exempte de malédiction en ses oeuvres, et c'est pourquoi il lui a été dit : Je vous salue.
En second lieu , mes bien-aimés , il nous faut considérer que Marie a été non-seulement préservée de la triple malédiction de la faute actuelle , mais encore de la triple malédiction de la misère originelle : c'est-
1 Eccles., 1. — 2 Epist. 174. — 3 Cant., 4.
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à-dire de la malédiction de misère de ceux qui naissent, de la malédiction de misère de ceux qui enfantent, de la malédiction de misère de ceux qui meurent. La malédiction de misère pour ceux qui naissent , est la malédiction qui appelle la concupiscence et sa faiblesse en celui qui vient au monde; la malédiction pour celle qui enfante, est la malédiction de toutes les douleurs qui la torturent en ce moment ; la malédiction de misère pour celui qui meure, est la malédiction qui opère la dissolution du corps soumis à la mort et le réduit en poussière. Et à cause de ces trois malédictions on peut dire aussi : Malheur! malheur! malheur aux habitants de la terre !
La malédiction de ceux qui naissent, est donc la malédiction de la concupiscence innée en nous, et par laquelle, en vertu de la corruption originelle , nous sommes si faibles pour le bien et si enclins au mal que chacun de nous venu au monde avec cet incendie, blessé et affaibli par cette contagion, peut s'écrier avec Jérémie (1) : « Hélas! malheureux que je suis! je me sens tout brisé; ma plaie est maligne et incurable. Mais je me suis dit à moi-même... C'est moi qui suis l'unique cause de mon malheur, il est juste que je souffre. » Mais , hélas ! ce n'est pas seulement, pour ceux qui naissent, une malédiction de misère et d'infirmité qui les incline au péché lorsqu'ils sont devenu grands, c'est encore une malédiction de souillure et de faute qui rend le petit
1 Jer., 10.
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enfant un objet de colère. L'Apôtre en parle, lorsqu'il dit que nous naissons enfants de colère (1). Oh ! combien fut à l'abri d'une telle malédiction la très-sainte nativité de Marie , elle que l'on croit , par sa sanctification dans le sein de sa Mère, tellement exempte de la faute originelle et de la misère de la concupiscence en tant qu'elle incline au péché , que jamais elle ne ressentit en ce monde la moindre propension au mal. « Je crois, dit saint Bernard, qu'une grâce plus abondante de sanctification est descendue en elle, grâce qui non-seulement a sanctifié son entrée en ce monde , mais qui a préservé sa vie entière de tout péché (2). » Ainsi la naissance de Marie fut à l'abri d'une telle malédiction : c'est donc à juste titre que l'Ange lui dit : Je vous salue.
La malédiction de misère pour celles qui enfantent est une application de cette malédiction originelle , où il fut dit à Eve : « Je multiplierai vos maux pendant votre grossesse, et vous enfanterez dans la douleur (3). On peut ici appliquer en général à celles qui deviennent mères, ce que le Seigneur disait seulement à quelques-unes : « Malheur aux femmes enceintes ou qui seront nourrices en ce jour (4)! » Oh! combien fut exempt de cette malédiction le sein fécondé de Marie et pendant qu'il porte son fruit et pendant qu'il le donne au monde. « Oh! qu'heureuse est cette mère, dit saint Augustin, qui a conçu sans souillure et qui a enfanté sans douleur et en demeurant pure, celui qui est
1 Ephes. 2. — 2 Epist., 174. — 3 Gen., 3. — 4 Mat.,
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le remède à nos maux (1). » Puisque Marie a été ainsi à l'abri de la malédiction qui pèse sur celles qui deviennent mères, elle méritait qu'il lui fût dit : « Je, vous salue. »
Enfin, la malédiction qui s'étend â ceux qui meurent , est la malédiction qui les réduit en poussière, malédiction infligée à l'homme quand , après son péché , il s'entendit adresser ces paroles (2) : « Tu es poussière et tu retourneras en poussière. » Nous pourrons appliquer aussi bien à cette malédiction de ceux qui meurent qu'à celle de ceux qui naissent, ce qui est dit dans l'Ecclésiastique : « Malheur à vous, hommes impies, qui avez abandonné la loi du Seigneur, qui est le Très-haut ! Quand vous « êtes nés, vous êtes nés dans la malédiction, et « quand vous mourrez, vous aurez la malédiction pour partage (3). » Sans doute, les hommes religieux naissent aussi bien que les impies sous la malédiction de la concupiscence, et, après leur mort, ils seront comme eux sous la malédiction qui condamne le corps à la dissolution ; cependant, ce malheur de l'une et l'autre malédiction n'est pas sans raison rejeté sur les impies, parce que pour eux la concupiscence est plus abondante en dangers, et la dissolution corporelle plus affreuse; la misère qui naît de cette concupiscence cause plus de ravages, et la pensée de cette dissolution est plus amère aux pécheurs qu'aux justes. Mais combien fut éloignée du corps très-saint de Marie une telle malédiction! Ce
1 Serm. 3, de Nat. B. Mar. — 2 Gen., 3. — 3 Eccles.,
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corps est l'arche sacrée de Dieu; il était donc convenable qu'il ne le laissât pas tomber en corruption , mais qu'il le ressuscitât , comme il avait fait pour son Fils, avant qu'il en eût ressenti les atteintes. Aussi le Prophète s'écrie-t-il d'une manière bien frappante en parlant tant du Fils que de la Mère : « Levez-vous , Seigneur, pour entrer dans votre repos, vous et l'arche de votre sainteté (1). » Cette arche a été composée de bois incorruptible , parce que, ainsi que nous le croyons , la chair de Marie n'a nullement ressenti la corruption du tombeau. Et c'est pour cela que saint Augustin dit fort bien : « Il est juste qu'un si brillant trésor soit confié plutôt au Ciel qu'à la terre , et c'est avec raison qu'une si grande pureté est suivie de l'incorruptibilité et sauvée des ravages de la dissolution (2). » Si donc Marie , ainsi que nous l'avons dit, a été préservée de la malédiction qui suit l'entrée en ce monde, elle l'a été également de celle qui accompagne la mort, et ainsi l'Ange a pu lui dire : Je vous salue.
Enfin, mes bien-aimés, il nous faut considérer , en troisième lieu , que Marie n'a pas été seulement hors des atteintes de la triple malédiction du péché actuel, hors des atteintes de la triple malédiction de la misère originelle, mais encore hors des atteintes de la triple malédiction de la peine de l'enfer. Cette triple malédiction consiste dans la grandeur, la multitude et la longue durée des peines. Malheur donc aux damnés et à ceux qui doivent l'être ! Malheureux,
1 Psal. 131.— 2 De Assumpt. Mar.
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dis-je , à cause de la grandeur, malheur à cause de la multitude , malheur à cause de la durée de leurs tourments ! On peut dire aussi de cette triple malédiction : Malheur ! malheur ! malheur aux habitants de la terre !
La malédiction de l'enfer consiste donc dans la grandeur des peines. Ezéchiel parle de cette malédiction , lorsqu'il dit : « Malheur à la ville de sang , dont je ferai un grand bûcher (1). » Or la ville de sang, c'est l'assemblage des impies, qui formera un grand bûcher, alors que des flammes dévorantes environneront les damnés. Oh ! combien la grandeur immense de la grâce et de la gloire de Marie se trouve à l'abri de cette affreuse malédiction d'une peine effroyable , elle à qui le Seigneur , au lieu du supplice horrible des réprouvés, avait préparé une gloire ineffable dans le ciel , afin qu'après avoir été grande par ses mérites elle le fût également par la récompense ! Aussi est-elle ce trône magnifique dont il est écrit (2) : « Le roi Salomon se fit un grand trône d'ivoire. » Oui, ce trône de Salomon est Marie : il est vraiment grand en grâce , il est grand en gloire. C'est pourquoi saint Bernard s'écrie : « Autant Marie , sur la terre , l'a emporté sur les autres par la grâce dont elle fut comblée, autant, dans le ciel , elle est entrée en possession d'une gloire plus élevée (3). » Ainsi Marie a été entièrement à l'abri de cette malédiction, et c'est avec raison qu'on lui dit : Je vous salue.
1 Ezech.. 24. — III Reg., 10. — 3
Serm. 1, in Ass.
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La malédiction de l'enfer consiste non-seulement dans la grandeur de la peine , niais encore dans la multitude des tourments. Aussi Isaïe a dit: « Malheur à eux , car les maux qu'ils méritaient leur ont été rendus (1)! » Il dit les maux, au pluriel, parce qu'il y en a plusieurs, ou plutôt les maux rendus aux méchants en enfer sont fort nombreux. Mais combien Marie fut-elle garantie de cette malédiction de tourments innombrables par la multitude de ses mérites et de ses récompenses , elle à qui le Seigneur , par opposition aux supplices multipliés des damnés , avait destiné dans le ciel des biens si nombreux qu'aucun des anges, aucun des saints ne saurait entrer en comparaison avec elle pour l'immensité et la réunion inénarrable des récompenses célestes , selon cette parole du Prophète : « Beaucoup de filles ont amassé richesses, mais vous les avez toutes surpassées (2). » Si par ces filles nous entendons les saintes âmes ou les intelligences angéliques, n'est-il-pas vrai que Marie a surpassé les richesses des Vierges , des Confesseurs , des Martyrs, des Apôtres , des Prophètes, des Patriarches et des Anges? En elle se trouvent les prémices de la virginité; elle est le miroir des Confesseurs, la pompe des Martyrs, le livre vivant des Apôtres, l'oracle des Prophètes, la fille par excellence des Patriarches, la reine des Anges. Que lui a-t-il manqué de toutes les richesses de ces bienheureux ? Aussi saint Jérôme dit-il : « Si vous considérez attentivement Marie, vous verrez qu'il n'y a nulle
1 Is., 3. — 2 Prov., 31.
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vertu , nulle beauté, nul mérite et nulle gloire qui ne brillent en elle du plus vif éclat (1). » Et ainsi comme une semblable malédiction a passé loin d'elle , c'est justement qu'on lui adresse cette parole : Je vous salue.
Enfin la malédiction de l'enfer ne consiste pas seulement dans la grandeur ni dans la multitude des peines, mais dans leur durée ou leur éternité. C'est pourquoi il est dit dans l'Epître canonique de saint Jude : « Malheur à ces hommes, parce qu'ils ont suivi la voie de Caïn; parce que, marchant sur les traces de Balaam et emportés par le désir du gain, ils se sont abandonnés aux dérèglements, et qu'imitant la rébellion de Coré, ils périront comme lui. » Et un peu après il ajoute : « Une tempête noire et ténébreuse leur est réservée pour l'éternité (2). » Remarquez bien qu'il dit : Pour l'éternité, et pesez quelle sera la longueur de ces peines et de ces ténèbres, qui ne doivent jamais avoir de fin. Mais, combien a été éloignée de cette longue malédiction de l'enfer la gloire sans limite de Marie, à qui , au lieu des ténèbres éternelles de l'abîme, le Seigneur avait réservé dans le ciel une splendeur qui ne doit point finir! De même que l'âme pécheresse étant la demeure du démon , est plongée pour l'éternité dans des ténèbres indicibles , de même Marie , notre médiatrice et le sanctuaire de Jésus-Christ , brille d'une lumière ineffable dans tous les siècles des siècles, selon cette parole du Psalmiste : « Son trône sera éternel
1 Episl. 10, ad Paul. — 2 Jud.
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en ma présence; il brillera comme le soleil et comme la lune qui est dans son plein (1). » Ainsi, la bienheureuse vierge Marie a été garantie de la triple malédiction de l'enfer, ou plutôt garantie de ces neuf malédictions que nous avons énoncées. C'est pourquoi elle est digne qu'on lui dise : Je vous salue.
Et nous, mes bien-aimés, disons-lui donc tous : Je vous salue. Prions-la tous qu'en l'honneur de ce très-doux salut , elle intercède afin que nous soyons délivrés de toute malédiction par son fils Jésus-Christ Notre Seigneur.
LEÇON III. Des significations du nom de Marie, et que la bienheureuse Vierge est très-justement appelée mer d'amertume, étoile de la mer. illuminatrice et reine souveraine.
Je vous salue Marie ! — Ainsi que nous l'avons dit plus haut , ce n'est point l'Ange, c'est la piété des fidèles qui a placé le nom de Marie en cet endroit. Le bienheureux évangéliste saint Luc dit d'une façon tout-à-fait remarquable en parlant de ce nom : « Et le nom de cette vierge était Marie (2). » Ce nom très-saint, ce nom très-doux , ce nom très-digne, c'est avec justice qu'il fut donné à une vierge aussi sainte, aussi douce et aussi digne. Marie veut dire mer d'amertume, étoile de la mer; il veut dire illuminée
1 Ps.88.—2 Luc., 1.
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ou illuminatrice : il veut dire enfin reine souveraine. Or, Marie est une mer d'amertume pour les démons; elle est l'étoile de la mer pour les hommes; elle est illuminée ou illuminatrice pour les esprits célestes ; elle est reine souveraine pour toutes les créatures; Marie, dis-je, est spirituellement une mer d'amertume pour les démons , officieusement l'étoile de la mer pour les hommes , éternellement illuminatrice pour les anges, universellement reine souveraine pour toutes les créatures.
Nous devons donc considérer que Marie signifie mer d'amertume, et cela lui convient parfaitement vis-à-vis du démon. Mais remarquez comment elle est une mer, comment elle est dans l'amertume , et comment en elle est en même temps une mer d'amertume. Marie est une mer par l'affluence de la grâce en elle; elle est dans l'amertume par la compassion qu'elle porte à son fils; et elle est une mer d'amertume par la submersion du démon. Elle est vraiment une nier par la plénitude surabondante de l'Esprit-Saint ; elle est vraiment dans l'amertume par la Passion si douloureuse dc Jésus ; elle est vraiment une mer d'amertume par la mort donnée aux démons dans ses flots.
Considérez d'abord, mon bien-aimé, que Marie est appelée une mer par l'affluence et l'abondance des grâces qui sont en elle. Il est écrit dans l'Ecclésiaste : « Tous les fleuves entrent dans la mer (1) . » Ces fleuves sont les dons de l'Esprit-Saint. Aussi lisons
1 Eccles., 2.
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nous dans l'Evangile de saint Jean : « Si quelqu'un croit en mot, il sortira de son coeur des fleuves d'eau vive; ce que Jésus entendait de l'Esprit-Saint que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui (1). » Tous les fleuves entrent donc dans la mer puisqu'en Marie entrent toutes les grâces accordées aux saints. En effet , en elle entre le fleuve de la grâce des Anges, le fleuve de la grâce des Prophètes et des Patriarches , le fleuve de la grâce des Apôtres, le fleuve de la grâce des Martyrs, le fleuve de la grâce des Confesseurs, le fleuve de la grâce des Vierges. Tous les fleuves entrent dans cette mer, ou autrement toutes les grâces affluent en Marie. C'est pour cela qu'elle peut très-bien s'appliquer ces paroles de l'Ecclésiastique : « En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité; en moi est toute l'espérance de la vie et de la vertu (2). » Qu'y a-t-il d'étonnant si toute grâce a pris son cours vers Marie, puisque par elle une grâce aussi abondante s'est répandue sur tous les hommes ? « O Marie, dit saint Augustin, vous êtes pleine de la grâce que vous avez trouvée auprès du Seigneur, et que vous avez mérité de répandre par tout le monde. »
Considérez , en second lieu , mon bien-aimé frère, que Marie, en la Passion de son Fils, a été vraiment abreuvée d'amertume, quand le glaive transperça son âme. C'est bien elle qui a pu s'écrier comme dans le livre de Ruth : « Ne m'appelez plus Noémi, c'est-à-dire belle, mais appelez-moi Mara, c'est-à-dire
1 Joan., 7. — Eccles., 24.
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amère, parce que le Tout-Puissant m'a toute remplie d'amertume (1). » Noémi fut dans l'amertume parce que ses deux fils étaient morts. Noémi belle et amère signifie Marie belle par la sanctification de l'Esprit-Saint , et amère par la Passion de son Fils. Les deux fils de Marie sont : Dieu et l'homme. Elle est mère de l'un corporellement, mère de l'autre spirituellement. C'est pourquoi saint Bernard lui dit : « Vous êtes la mère du roi et la mère de l'exilé, vous êtes la mère de Dieu et la mère du juge, la mère de Dieu et la mère de l'homme; et comme vous êtes mère de l'un et de l'autre, vous ne pouvez souffrir la discorde entre vos enfants. » C'est pour cela aussi que saint Anselme s'écrie : « O confiance bienheureuse! ô refuge assuré! vous, la Mère de Dieu, vous êtes en même temps notre mère! » Or ces deux fils de Marie sont morts tous deux dans la Passion : l'un en son corps, l'autre en son âme; l'un par les déchirements de la croix, l'autre par l'infidélité de son esprit. Et ainsi les entrailles de Marie out été remplies d'amertume outre mesure, comme l'atteste saint Augustin, quand il dit : « Cette pieuse mère se lamentant avec une affliction horrible, frappant sa poitrine affaiblie, avait accablé son cœur et ses membres d'une telle fatigue que, défaillant dans sa marche, c'est à peine si elle put arriver jusqu'au lieu où Jésus-Christ fut déposé après sa mort. » Ainsi vous avez vu comment Marie est une mer par l'abondance des dons de l'Esprit-Saint , et vous voyez
1 Ruth., 1.
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comment elle est pleine d'amertume par la mort de son Fils.
Reconnaissez donc , en troisième lieu, comment Marie est une mer d'amertume pour le démon et ses anges accablés par elle , ainsi que la mer Rouge fut une mer amère pour les Egyptiens qui y furent submergés et dont il est dit dans l'Exode : « Le Seigneur ramena sur eux les eaux de la mer (1). » Oh! combien amère et redoutable fut cette mer pour les Egyptiens ! Combien amère et redoutable est Marie pour les démons! « Les ennemis visibles , dit saint Bernard , ne craignent pas autant mie foule innombrable de soldats qui viennent à leur rencontre , que les puissances de l'air redoutent le nom , la protection et l'exemple de Marie. Ils disparaissent et s'anéantissent comme la cire en présence du feu,
partout où ils trouvent un fréquent souvenir , une tendre invocation et une imitation ardente de cette Vierge. » Ainsi vous comprenez comment Marie est une mer par l'affluence des grâces qui la remplissent; comment elle est dans l'amertume par la violence de la Passion du Seigneur, et comment elle est une mer amère par la puissance avec laquelle elle submerge le démon.
Maintenant voyons comment le nom de Marie signifie étoile de la mer. Ce nom lui convient véritablement, car pour nous elle en remplit l'office. On lit, et c'est ainsi que la chose se passe , que c'est la coutume des marins qui se disposent à
1 Exod.
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naviguer vers un pays quelconque, de choisir une étoile dont la lumière doit leur servir de signe pour atteindre sans se tromper la contrée qu'ils ont en vue. Tel est tout-à-fait le ministère de Marie, notre étoile : elle guide ceux qui naviguent sur la mer de ce monde dans le vaisseau de l'innocence ou de la pénitence vers les rivages de la céleste patrie. C'est pourquoi le pape Innocent dit fort bien. « Par quels moyens les vaisseaux peuvent-ils, au milieu de tant de périls, poursuivre leur course jusqu'aux bords de la patrie? Je n'en vois que deux : le bois et l'étoile , c'est-à-dire par la foi de la croix, et par la vertu de cette lumière que Marie, l'étoile de la mer, a donnée au monde. » Marie peut en effet être justement comparée à l'étoile de la mer par sa pureté , par son éclat et par son utilité ; car elle est une étoile très-pure, une étoile très-radieuse, une étoile très-utile. Elle est une étoile très-pure par la sainteté de sa vie; une étoile très-radieuse par l'enfantement de la lumière éternelle, une étoile très-utile parce qu'elle nous dirige vers les rives de la patrie.
Considérez donc d'abord , mon bien-aimé, comment Marie est une étoile très-pure par la sainteté de sa vie exempte de toute faute. Ainsi nous pouvons lui appliquer cette parole de la Sagesse : « Elle est plus belle que le soleil, plus élevée que toutes les étoiles, et comparée à la lumière elle est plus pure (1). » Quelques-uns disent lu première au lieu de plus pure, mais chacune de ces manières de lire convient
1 Sap., 7.
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parfaitement bien à notre étoile. Marie est la première, c'est-à-dire qu'elle l'emporte sur toutes les autres étoiles. Marie est plus pure que le soleil, les étoiles et la lumière , parce qu'elle surpasse par sa dignité et sa pureté le soleil, les étoiles et toute lumière corporelle , et même toute lumière spirituelle, ou autrement toute la créature angélique dont il est dit : Dieu sépara la lainière des ténèbres (1), c'est-à-dire les anges fidèles des anges qui étaient tombés. Assurément Marie , comparée à cette lumière angélique , tient le premier rang et est plus pure. Elle tient le premier rang par sa dignité; elle est plus pure par sa sainteté. C'est pourquoi saint Anselme s'écrie : « O bénie entre toutes les femmes! vous surpassez les anges par votre pureté, vous surpassez les saints par votre piété (2). » Ainsi vous voyez comment Marie est une étoile très-pure par la sainteté de sa vie.
Considérez en second lieu comment Marie est une étoile très-radieuse pour avoir fait briller le rayon éternel, pour avoir mis au monde le fils de Dieu. C'est de cette étoile qu'il fut dit en présence d'un peuple innombrable : « Une étoile sortira de Jacob , et un rejeton s'élèvera d'Israël (3). » Ce rejeton est le lits de Dieu , qui est le rayon de Marie , notre étoile. C'est ce rayon dont nous chantons : De même que l'astre envoie son rayon, etc. C'est de lui que saint Bernard dit : « Le rayon ne diminue en rien la clarté de l'astre , et le fils de Marie n'altère aucunement
la virginité de sa mère. O Marie , étoile vraiment
1 Gen., 1. — 2 ln invoc. Mat, — 3 Num., 24.
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bienheureuse , étoile vraiment radieuse ! votre rayon a pénétré non-seulement le monde, mais encore le ciel; non-seulement le ciel, mais encore l'enfer, selon que l'écrit le même saint Bernard : « Elle est, dit-il , cette étoile brillante et splendide sortie de Jacob. Sa lumière illumine l'univers tout entier; a sa splendeur se répand jusque dans les cieux et s'étend jusqu'aux profondeurs des enfers (1). »
Voilà comment Marie est une étoile très-pure par la sainteté de sa vie; comment elle est une étoile très-radieuse par l'enfantement du fils de Dieu.
Remarquez encore, mon bien-aimé, comment Marie est pour nous une étoile très-utile non-seulement parce qu'elle nous dirige vers la patrie céleste , mais encore parce qu'elle nous conduit à travers la mer de ce monde jusqu'à la grâce de son fils comme au port même du ciel. Ainsi elle est cette étoile qui brille de l'éclat le plus vif et guide , sans déviation aucune, les trois mages jusqu'à Jésus-Christ; elle est vraiment l'étoile dont nous avons besoin au milieu des flots de la vie présente. C'est pour cela que saint Bernard s'écrie : « Ne détournez pas vos regards de la splendeur de cet astre , si vous ne voulez pas être submergé par la tempête. Si les vents de la tentation s'élèvent contre vous , si vous vous enfoncez au milieu des écueils de la tribulation, regardez l'étoile, invoquez Marie (2). » Il faut donc, mon bien-aimé, si vous voulez ne pas périr sur la nier de ce monde , il faut que vous imitiez Marie. La suivre ,
1 Hom. 2, sup. missus est. — 2 Ibid.
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c'est avoir trouvé une sûreté inébranlable , selon que l'atteste le même saint Bernant : « En la suivant , dit-il , vous ne vous écartez pas de la voie ; en la priant , vous êtes à l'abri du désespoir; en méditant sur elle, vous demeurez étranger à l'erreur ; retenu par elle, vous ne tombez point : sous sa protection, vous êtes sans crainte ; sous sa conduite, vous marchez sans fatigue; par sa faveur, vous atteignez le but; et ainsi vous éprouvez par vous-même combien avec raison il est écrit : Le nom de la Vierge était Marie. » Marie est donc une étoile très-pure de tout péché, une étoile très-radieuse en son fils, une étoile très-utile au monde.
Après ces réflexions , il nous faut considérer que Marie signifie illuminée ou illuminatrice. Cette dénomination convient également à une si glorieuse Vierge, qui a été illuminée d'une façon admirable par la présence du Seigneur , selon cette parole de l'Apocalypse : « J'ai vu un autre ange qui descendait du ciel, ayant une grande puissance, et toute la terre fut illuminée de sa gloire (1). » Le Fils de Dieu est l'Ange du grand conseil , et la terre illuminée par la gloire de Dieu est Marie , qui , après avoir été illuminée par sa grâce en ce monde , est maintenant illuminée par sa gloire dans le ciel, afin que, ornée d'une telle splendeur , elle fût illuminatrice pour la terre et le ciel. Il faut donc remarquer que Marie ainsi illuminée est illuminatrice par ses exemples, par ses bienfaits , par ses récompenses. Elle est illuminatrice
1 Apoc., 18.
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par les exemples de sa vie; elle l'est par les bienfaits de sa miséricorde; elle l'est par les récompenses de sa gloire.
Voyez d'abord, mon bien-aimé , comment Marie est illuminatrice pour beaucoup par les exemples de sa vie si éclatante de lumière. C'est elle dont la vie glorieuse a donné la lumière au monde, elle dont la vie si belle éclaire toutes les églises. Elle est le flambeau allumé par Dieu, flambeau dont la splendeur devait conserver l'Eglise exempte de toutes les ténèbres de ce monde. Que cette Eglise élève donc sa voix , que l'âme l'élève également, et qu'elles disent : « C'est vous qui allumez mon flambeau, Seigneur; éclairez mes ténèbres, ô mon Dieu (1) ! » Le Seigneur a allumé vraiment avec éclat ce flambeau, et par ses rayons lumineux il a dissipé et il dissipe les ténèbres de nos âmes. Aussi saint Bernard, comprenant parfaitement cela , s'écrie : « O Marie ! vous nous provoquez à marcher sur vos traces par les exemples magnifiques de vertus que nous admirons en vous; et ainsi vous éclairez notre nuit; car celui qui s'attache à parcourir vos voies ne marche pas dans les ténèbres, mais il possède la lumière de la vie. » Voilà comment Marie est illuminatrice du monde par les exemples de sa vie resplendissante.
Considérez en second lieu que Marie est illuminatrice par les bienfaits vraiment lumineux de sa miséricorde. C'est par cette miséricorde qu'un grand nombre dans la nuit de ce siècle ont été éclairés
1 Ps. 17.
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spirituellement de même qu'autrefois les enfants d'Israël le furent corporellement par la colonne de feu , selon cette parole du Psalmiste : « Il les conduisit durant le jour avec la nuée qui marchait devant eux, et durant toute la nuit avec un feu qui les éclairait (1). » Marie est pour nous cette colonne en forme de nuée, parce que, semblable à une nuée, elle nous protège contre les ardeurs de l'indignation divine, et nous garantit contre les feux des tentations diaboliques, en sorte qu'il convient de lui appliquer cette parole du Prophète : « Il étendit une nuée pour les mettre à couvert du danger (2). » Marie est aussi une colonne de feu qui nous éclaire ou plutôt qui illumine le monde entier par les bienfaits nombreux de sa miséricorde. Que ferions-nous , infortunés ensevelis dans les ténèbres, que ferions-nous au milieu de la nuit de ce siècle, si nous n'avions devant nous un flambeau si lumineux , une colonne si resplendissante? Que ferait le monde entier s'il n'avait point de soleil? Aussi saint Bernard dit avec une grande justesse : « Otez ce soleil qui éclaire l'univers : que deviendra le jour? Otez Marie, cette étoile de la mer, et que restera-t-il, sinon une obscurité qui enveloppe tout, l'ombre de la mort, des ténèbres impénétrables (3) ? » Vous le voyez donc, Marie est illuminatrice par l'éclat de sa vie; elle est illuminatrice par la splendeur de sa miséricorde. Elle est encore illuminatrice par sa gloire ravissante dont les rayons se répandent sur le ciel tout entier, comme les rayons