Œuvres spirituelles (page 16)
1 Ps. 77. — 2 Ps. 140. — 3 In Nativ. Virg.
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du soleil se répandent sur tout l'univers, nous lisons dans l'Ecclésiastique : « Le soleil embrasse tout dans l'effusion de sa lumière, et l'ouvre du Seigneur est remplie de la gloire de son auteur (1). » Or, Marie est vraiment ce soleil lumineux, elle qui est belle comme la lune, brillante comme le soleil ; belle comme la lune par la grâce qui est en elle, brillante comme le soleil par la gloire dont elle est comblée. L'oeuvre du Seigneur est réellement remplie de sa gloire, car l'oeuvre la plus excellente de ses mains est Marie ; et de même que sur la terre elle a été remplie de la grâce du Seigneur , de même, dans le ciel, elle est remplie de sa gloire. Marie illumine donc par sa gloire, elle embrasse tout de la splendeur de ses rayons, et la clarté de sa lumière s'étend sur tous les anges et sur tous les saints. En effet, qu'y a-t-il d'étonnant que la présence de Marie éclaire le ciel . puisque toute la terre se trouve éclairée par elle. « L'univers entier, dit saint Bernard, est illuminé par la présence de Marie; mais l'éclat de sa glorieuse virginité répand dans la patrie céleste des rayons plus lumineux encore. (2) » Ainsi Marie n'est pas seulement illuminatrice par sa vie si belle, elle l'est encore par sa gloire incomparable.
Il nous reste à considérer que Marie veut dire reine souveraine. Or, cette interprétation convient parfaitement bien à une reine aussi grande, qui est souveraine au ciel, sur la terre et dans les enfers. Elle est, dis-je, souveraine des anges, souveraine des
1 Eccles., 42. — 2 Serm. de Assumpt.
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hommes, et souveraine des démons; souveraine de l'ange et de l'homme dans le ciel, souveraine en ce monde, souveraine dans l'enfer.
Voyez d'abord , mon bien-aimé, comment Marie est la souveraine des anges. C'est elle qui nous a été montrée en la personne de la reine Esther, dont il est dit : « Qu'elle s'appuyait avec grâce sur une de ses servantes, et que l'autre suivait sa souveraine, soutenant sa robe, qui tramait à terre (1) . » Par la reine Esther il nous faut entendre Marie ; ces deux servantes dont elle est souveraine et reine , sont la nature angélique et la nature humaine. Oh! combien nous devons nous réjouir, nous infortunés, en voyant que les anges ont un souverain et une reine choisis parmi les hommes ? Oui, Marie est véritablement la souveraine des anges. Aussi saint Augustin , s'adressant à elle, lui dit : « Si je vous appelle le ciel, vous êtes plus élevée ; si je vous nomme la mère des nations, je vous trouve au-dessus d'un tel titre ; si je vous proclame la souveraine des anges , je vois que vous l'êtes de toute manière ; si je vous dit l'image de Dieu, je reconnais que vous méritez un tel nom (2). » Or , l’âme humaine est la servante qui suit Marie , sa souveraine en ce monde,
car elle la suit vraiment en soutenant ses vêtements, c'est-à-dire en recueillant ses vertus et ses exemples. L'ange est la servante sur laquelle Marie s'appuie dans le ciel. Elle s'y appuie en effet en s'unissant aux
anges avec l'amour le plus intime; elle s'y appuie
1 Esther., 15. — 2 Serm. 15, de Sanct.
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comme une âme d'une délicatesse extrême en s'enivrant de leurs félicités; elle s'y appuie comme remplie de tout don, en leur communiquant de sa plénitude; elle s'y appuie enfin comme une reine toute-puissante en leur communiquant ses commandements , car son empire s'étend sur tous ces esprits célestes. C'est pourquoi saint Augustin s'écrie : « Michel, le chef et le prince de toute la milice céleste obéit à vos ordres avec tous les esprits qui sont comme des ministres, ô Vierge ! soit en défendant les âmes fidèles pendant qu'elles font leur demeure dans le corps, soit en les recevant lorsqu'elles l'abandonnent , et surtout les âmes de ceux qui se recommandent à vous le jour et la nuit, ô souveraine ! » Voilà comment Marie est la reine souveraine des anges dans le ciel.
Considérez en second lieu comment elle est la reine des hommes en ce monde. C'est de cette reine qu'il est dit dans les Psaumes : « Les yeux de la servante sont fixés sur les mains de sa maîtresse (1). » La servante de Marie est toute âme fidèle, ou plutôt l'Eglise universelle. Les yeux de cette servante sont arrêtés sans cesse sur les mains de sa maîtresse, parce que les regards de l'Eglise, les regards de tous les hommes doivent contempler en tout temps les mains de Marie, soit pour en recevoir quelque grâce, soit pour offrir par elle au Seigneur tout le bien que nous pourrions avoir fait. C'est par les mains de cette souveraine, en effet, que nous recevons tout ce que nous possédons
1 Ps. 122.
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de grâces , et saint Bernard nous l'assure en ces termes : « Dieu, dit-il, a voulu que nous n'eussions rien qui ne passât par les mains de Marie (1). » C'est aussi par ses mains que nous devons présenter à Dieu toutes nos bonnes oeuvres, selon que le même saint Bernard nous y exhorte, en disant : « Ce faible don que vous désirez offrir, ayez soin de l'offrir
par les mains de Marie, ces mains vraiment dignes de le faire accepter , si vous ne voulez pas éprouver de refus (2). » C'est donc pour nous un avantage considérable, nies bien-aimés, d'avoir une telle souveraine dont les mains sont si libérales à répandre sur nous les bienfaits, et dont la puissance est si grande sur son Fils en notre faveur, que nous pouvons tous nous réfugier auprès d'elle avec sécurité. C'est pour cela que saint Anselme s'écrie : « Vous êtes la grande reine à qui l'assemblée bienheureuse des justes rend ses actions de grâces, et vers qui la multitude épouvantée des pécheurs cherche un refuge. Aussi est-ce vers vous, souveraine miséricordieuse et toute-puissante , que je m'empresse, pauvre pécheur , d'aller chercher un asile au milieu de mes angoisses. » Vous voyez donc que Marie est non-seulement la reine des anges dans le ciel, mais encore la souveraine des hommes en ce monde.
Considérez enfin comment elle est la souveraine des démons aux enfers, comment elle exerce sur eux une domination si absolue qu'il nous est permis de lui appliquer ces paroles du psaume : « Le Seigneur
1 Serm. 2, in vigil. Natal. — 2 Serm. in Nativ. Mar.
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fera sortir de Sion le sceptre de votre paissance : exercez votre domination au milieu de vos ennemis (1). » Ce sceptre ou cette verge de la puissance , c'est Marie. Elle est en effet la verge fleurie d'Aaron par sa virginité, la verge qui porte des fruits par sa fécondité. Elle est la verge dont il est dit dans Isaïe : « Il sortira une verge de la tige de Jessé (2). » Or, cette verge est une verge de puissance tournée contre les habitants de l'enfer, sur lesquels elle domine avec un pouvoir incomparable; et par-là elle mérite à juste titre, cette souveraine si grande, d'une force si irrésistible, elle mérite que nous l'aimions, que nous lui adressions nos louanges, et que nous soyons fidèles à l'invoquer, afin qu'elle nous protège. contre nos ennemis. Saint Anselme nous en donne l'exemple quand, s'adressant à cette glorieuse reine, il lui dit : « Mon coeur, ô souveraine admirable et vraiment grande, mon coeur soupire après votre amour, ma bouche désire chanter vos louanges, mon esprit ambitionne de
vous offrir ses hommages, mon âme aspire à vous invoquer, et toute ma personne se place sous votre protection. » Ainsi , vous voyez maintenant comment Marie est la souveraine des anges dans le ciel , des hommes sur la terre, des démons dans les enfers.
Vous pouvez donc comprendre par tout ce qui vient d'être dit, que c'est avec une convenance parfaite qu'on a interprété le nom de Marie mer amère, étoile de la mer, illuminatrice et reine souveraine, puisqu'elle est une mer d'amertume pour les démons
1 Ps.109.— 2 Es. 11.
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pervers, l'étoile de la mer pour les hommes convertis illuminatrice pour les anges fidèles, reine souveraine pour toute créature.
Prions, mes très-chers frères, prions avec une profonde dévotion, prions Marie et disons-lui : « O Marie, mer d'amertume! venez-nous en aide, afin que nous nous plongions entièrement dans l'amertume de la pénitence. O Marie, étoile de la mer! soyez notre secours, afin que notre âme s'avance sans se tromper à travers la mer de ce monde. O Marie, illuminatrice ! soyez notre protection , afin que nous soyons illuminés éternellement dans la gloire. O Marie, reine souveraine ! soyez notre appui, afin que nous marchions comme des enfants sous votre direction et sous votre empire. Nous vous le demandons par Notre Seigneur , qui vit et règne dans tous les siècles. Ainsi soit-il. »
LEÇON IV. Que le nom de Marie convient parfaitement à la Vierge bienheureuse, et en même temps qu'elle a été exempte de tout vice et ornée de toute vertu.
Je vous salue, Marie ! — Ce nom affectueux et si doux, ce nom si gracieux et si plein de noblesse, ce nom glorieux et si digne convient véritablement à la vierge bienheureuse, notre souveraine. C'est avec une convenance parfaite qu'une vierge si pieuse a été
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appelée Marie, car elle renferme véritablement en elle toute la signification de ce nom , cette vierge qui fut exempte de tout vice et brillante de toute vertu. Elle est digne de s'appeler Marie , dis-je, celle qui a été entièrement à l'abri des sept vices capitaux. En effet, à l'orgueil elle oppose la profondeur de son humilité; à l'envie, sa charité très-affectueuse; à la colère, sa douceur pleine de mansuétude; à la paresse, son activité infatigable; à l'avarice, sa pauvreté si dénuée; à la gourmandise, sa sobriété rigoureuse; à la luxure, sa très-chaste virginité. Nous pouvons conclure toutes ces choses des endroits de l'Ecriture où nous trouvons le nom de Marie exprimé.
D'abord Marie a été très-profonde en humilité. C'est d'elle que parle saint Luc, quand il dit : « Or, Marie répondit : Voici la servante du Seigneur (1). » O humilité vraiment admirable et profonde de Marie! C'est un archange qui lui parle et la proclame pleine de grâce; la descente du Saiht-Esprit en elle lui est annoncée, elle est choisie pour être la mère du Seigneur, elle est préférée à toutes les créatures, elle devient souveraine du ciel et de la terre, et, dans toutes ces prérogatives, elle ne trouve aucun motif de s'élever; au contraire, en présence de tant de faveurs elle s'abaisse avec une incomparable humilité et elle dit : Je suis la servante du Seigneur. C'est pourquoi le vénérable Bède dit fort bien : « Marie ne s'est point enorgueillie des dons du ciel comme s'ils fussent venus d'elle-même; mais, pour se rendre
1 Luc., 1.
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de plus en plus digne des grâces divines, elle a placé l'avancement de son âme sous la sauvegarde de l'humilité, en répondant à l'Ange : Voici la servante du Seigneur (1). » Ces paroles s'adressent à beaucoup qui, dans la prospérité et les honneurs, en recevant des grâces et en s'adonnant aux vertus, ne s'humilient point avec Marie et Jésus, ruais s'enflent d'orgueil avec Eve et Lucifer.
Et cette humilité de Marie ne se montre pas seulement par des paroles, mais encore par des actions; elle ne brille pas seulement dans cette magnifique réponse , mais encore dans le fait de sa purification au temple. Ce n'est pas seulement de bouche qu'elle s'abaisse comme la plus vile des servantes , mais c'est encore par sa conduite qu'elle se regarde comme une coupable et une pécheresse. Car c'est d'elle qu'il est dit dans l'Evangile : « Lorsque les jours de la purification de Marie furent accomplis selon la loi de Moise (2), etc. » O orgueil infortuné et insensible! O dureté superbe et malheureuse du pécheur! Marie se soumet à la loi de la purification sans avoir encouru la moindre tache , et toi , misérable rempli de toutes sortes de péchés, tu refuses de te soumettre à la loi de la satisfaction !
Voyez maintenant , mon bien-aimé , combien Marie a été affectueuse et pleine de charité. C'est d'elle qu'il est dit dans saint Luc : « Marie partit et s'en alla en diligence au pays des montagnes, en une ville de la tribu de Juda (3). » Elle s'en alla , dis-je, pour
1 Hom. de Sanct. — 2 Luc., 2. — 3 Luc., 1.
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visiter, saluer et servir Elisabeth. Voyez comment cette visite de la Vierge est abondante en charité. Dans le récit qui nous en est fait, le nom de Marie est prononcé quatre fois , afin de nous montrer avec plus de plénitude sa charité envers Dieu et envers le prochain. Cette charité du prochain doit exister et être entretenue par le coeur, la bouche et les oeuvres. Or, Marie eut la charité du prochain en son coeur, et c'est pour cela qu'elle partit et s'en alla en toute hâte au pays des montagnes. Qui l'aurait porté à s'empresser autant pour accomplir les devoirs de la charité, sinon cette même charité qui consumait son coeur? Nous lisons que les bergers s'en vinrent avec diligence à la crèche, que Marie s'en alla avec diligence pour rendre service, que Zachée descendit avec diligence pour recevoir le Seigneur. Malheur donc à ceux qui n'ont aucun empressement pour les oeuvres de charité! — Marie entretenait la charité par ses paroles , car c'est d'elle qu'il est parlé en ce passage : « Dès qu'Elisabeth entendit la voix de Marie qui la saluait (1), etc. » La charité, dis-je, doit être en tout temps entretenue par des salutations affectueuses au prochain et par un langage plein d'amour. Ainsi l'Ange salue Marie, Marie salue Elisabeth, le Fils de Marie salue les saintes femmes qui revenaient du sépulcre, en leur disant : Je vous salue. Malheur à ceux qui par haine refusent le salut à leurs frères ! Malheur à ceux qui les saluent perfidement à l'exemple de Judas , qui dit à Jésus : Maître, je vous salue! Oh ! avec quelle douceur
1 Luc., 1.
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Marie sait offrir ses saluts ! Daignez donc , ô Marie! nous saluer par votre grâce. Assurément elle nous saluera avec libéralité par ses bienfaits et ses consolations, si nous la saluons fréquemment par notre obéissance et nos prières. Elle nous saluera volontiers avec amour, si nous la saluons de grand coeur en lui disant : Je vous salue, Marie.
Enfin la charité de Marie n'existait pas seulement dans son coeur, elle n'était pas seulement entretenue par ses paroles; elle était de plus exercée par des oeuvres. C'est d'elle qu'il est dit : « Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois (1). » Elle demeura avec Elisabeth pour la servir et la consoler. C'est pour cela que saint Ambroise s'écrie Celle qui était venue pour servir , s'appliquait à servir (2). » Marie eut en tout la charité envers le prochain; mais elle fut par-dessus tout remplie d’amour pour Dieu, car c’est elle qui s’écrire : « Mon âme glorifie le Seigneur (3), etc. » L'âme glorifie ce qu'elle aime et fait éclater sa joie en ce qui fait l'objet de ses affections. L'âme de Marie a glorifié Dieu avec un respect très-profond, et a tressailli d'allégresse en lui avec une assurance inébranlable, parce qu'elle l'aima de la façon la plus excellente. C'est de cet amour que Hugues de Saint-Victor a dit cette parole bien juste : « Comme le feu de l’Esprit-Saint brûlait dans le coeur de Marie d'une manière toute particulière, la vertu de ce même Esprit opérait des merveilles en sa chair (4). »
1 Luc.,1.— 2 Comm. in Luc., 1. 2, c.
1.— 3 Luc., 1. — 4 Hug., de Mar. Virg.
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Considérez en troisième lieu combien fut parfaite la douceur de Marie , combien elle fut patiente à l'encontre de toute adversité. C'est à elle que Siméon adressait ces paroles que nous lisons en saint Luc : « Cet enfant est établi pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël et pour être en butte à la contradiction, et votre âme, à vous, sera percée d'un glaive (1). » Ce glaive désigne la Passion très-douloureuse de son Fils. Le glaive matériel ne peut tuer l'âme ni la blesser. Ainsi la Passion si amère de Jésus, bien qu'elle eût transpercé de douleur l'âme de sa Mère , ne lui a point donné la mort en faisant naître la haine en elle; elle ne l'a point blessée en y soulevant l'impatience. Marie, en effet, n'a jamais haï les meurtriers de son Fils; jamais elle ne s'est emportée contre eux. Les autres martyrs ont été très-patients sans doute dans ce qu’ils souffraient en leurs corps, mais combien plus Marie, notre martyre, fut-elle patiente dans tous les tourments auxquels son âme fut en proie ! C'est de son noble martyre que saint Jérôme dit : « Puisqu'elle a ressenti en esprit et de la manière la plus cruelle le glaive de la Passion de Jésus-Christ, elle est plus que martyre (2). « O patience! ô mansuétude admirable de Marie! Ce n'est pas seulement tandis que son Fils était crucifié en sa présence qu'elle montra cette vertu, mais ce fut encore, lorsqu'avant le crucifiement, pendant la prédication de l'Evangile, Jésus était méprisé à cause d'elle, lorsqu'on disait , ainsi qu'il est rapporté dans
1 Luc., 2. — 2 Epist. 10.
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saint Marc : « N'est-ce pas là cet ouvrier, Fils de Marie (1) ! » et qu'on se scandalisait à son sujet. Sans doute Jésus-Christ est un ouvrier, mais un ouvrier qui a fabriqué l'aurore et le soleil. Hélas! combien sont éloignés de cette vertu de la très-douce Marie ces hommes si violents, si impatients et si irascibles , ces hommes qui l'ont ressentir si souvent les effets de leur colère à ceux qui mangent à la même table qu'eux , à ceux qui habitent la même maison et jusqu'à leurs voisins !
Voyez, en quatrième lieu , mon cher frère , combien elle fut empressée et infatigable dans la pratique des bonnes oeuvres. Car c'est de cette Marie qu'il est dit dans les Actes des Apôtres. « Ils persévéraient tous unanimement dans la prière avec les femmes qui avaient suivi le Seigneur pendant sa vie et Marie, mère de Jésus (2). » En persévérant ainsi sans se lasser dans la prière, Marie nous a donné l'exemple; il nous faut l'imiter et ne point nous rebuter. Ensuite si Marie a prié avec tant de diligence pendant qu'elle était sur la terre, comment ne priera-t-elle pas avec assiduité pour nous dans le Ciel? Aussi saint Augustin nous excite fort bien par ces paroles à nous adresser à elle : « Implorons tous et de toutes nos forces la protection de Marie , nous dit-il , afin que , voyant les humbles hommages que nous nous empressons de lui rendre sur la terre, elle daigne, par une prière amoureuse, intercéder pour nous dans le Ciel (3). » Mais ce n'est pas seulement dans des
1 Marc., 6. — 2 Act., c. 1. — Serm. 35 , Sanct.
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prières vocales, c'est encore dans les saintes méditations que Marie fut vigilante et infatigable. Nous lisons dans l'Evangile de saint Luc : « Marie conservait le souvenir de toutes ces choses et les repassait dans son coeur (1). » Et comme la paresse n'avait en elle aucun accès, elle n'était à charge à personne; car, non contente d'exercer son esprit en de pieuses méditations, sa langue en de saintes prières, elle exerçait encore ses mains à de lionnes œuvres. C'est pour cela, ainsi qu'il a été dit plus haut, qu'elle demeura trois mois chez Elisabeth : « C'était, dit le vénérable Bède , afin qu'elle, jeune vierge, pût offrir sans cesse ses services à cette femme qui était avancée en âge (2). » Hélas! combien sont éloignés de cette vertu de Marie ces paresseux infortunés dont l'esprit, les mains, la langue sont si souvent vides de mérites.
Considérez cinquièmement la stricte pauvreté de Marie. C'est d'elle qu'il est parlé dans ce passage de l'Evangile où il est dit : « Les bergers trouvèrent Marie et Joseph et l'Enfant couché dans une crèche (3). » Les bergers pauvres trouvèrent Marie pauvre et l'Enfant pauvre couché dans une pauvre crèche, en un lieu misérable et non point en un palais pompeux. Sans doute cette mère si indigente se fût procuré un bon logement si ce n'eût été sa détresse profonde. Si vous pesez bien attentivement toutes ces choses, vous comprendrez clairement quelle était la pauvreté de Marie. « Voyez , dit saint, Jean Chrysostome, combien grande est l'indigence
1 Luc., 2. — 2 Hom. in Deip. — 3 Luc., 2.
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de Marie, et que celui qui est dans le besoin trouve là sa consolation. » Assurément celui qui est pauvre volontairement et de plein gré à cause de Dieu , ou même celui qui l'est par la force des choses, mais avec patience; celui-là , dis-je , peut puiser une grande consolation dans la pauvreté de Marie et de Jésus. Mais il sont loin d'une telle consolation , ces riches coupables qui en cherchent une autre toute différente. C'est pourquoi le Seigneur a dit : « Malheur à vous, riches, qui avez ici-bas votre consolation (1) ! » Je ne veux pas désespérer les riches , car ce ne furent pas seulement les pauvres bergers , mais encore les rois riches, qui trouvèrent Marie pauvre et son Fils pauvre , selon qu'il est dit dans saint Matthieu : « Les Mages entrant dans la maison trouvèrent l'Enfant avec Marie, sa mère, et se prosternant ils l'adorèrent; puis ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent pour présents de l'or, de l'encens et de la myrrhe (2). » Ainsi les riches qui vinrent apporter des présents , trouvèrent aussi Jésus et Marie. Les pauvres reçoivent donc la consolation de leur pauvreté ; les riches, de leur libéralité. Les pauvres sont semblables à Jésus-Christ par leur indigence , les riches le deviennent par la profusion de leurs bienfaits.
Voyez en sixième lieu combien tempérante fut la sobriété de Marie ; car c'est à elle qu'il est dit : « Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce (3). » Remarquez bien cette parole : « Vous avez trouvé
1 Luc., 6. — 2 Mat., 2. — 3 Luc., 1.
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grâce. » Jamais Marie n'eût trouvé une grâce semblable, si cette grâce ne l'eût trouvée elle-même d'une tempérance parfaite dans le boire et dans le manger. La grâce et la gourmandise ne sauraient habiter en un même ieu , car il est impossible que l'homme soit agréable à Dieu par la grâce et qu'il soit ingrat envers lui par la gourmandise. C'est donc une chose excellente de chercher la grâce et de fuir la gourmandise. Saint Paul dit : Qu'il est bon d'affermir son coeur par la grâce, et non par une abondance de nourriture qui n'a été d'aucun avantage pour ceux qui en ont été les esclaves (1). Remarquez bien aussi qu'il est dit à Marie : « Vous concevrez dans votre sein (2). » Jamais elle n'eut conçu dans son sein si ce sein eùt été engraissé aux dépens de l'honneur de Dieu , si ce sein eùt fermenté sous l'action du vin , car le sein échauffé de la sorte est bientôt la proie de la concupiscence. Ce sein qui devait porter le Dieu incarné n'a donc jamais été appesanti par le boire ni par le manger. C'est pour cela que saint Jean Chrysostome dit : « Marie ne fut jamais une femme de bonne chère ni adonnée au vin (3). » Hélas ! combien éloignés de cette vertu de Marie sont ceux qui, si souvent dans le boire et le manger, passent les bornes de la tempérance !
Voyez enfin en dernier lieu comment la chasteté de Marie fut parfaite en sa virginité. C'est d'elle qu'il est dit : « Le nom de la vierge était Marie (4) » Nous avons pour témoins de cette admirable chasteté l'Evangéliste,
1 Hebr., 13. — Luc., 1. — 2 Hom. 1, in Mat. — 3 Luc.,
1.
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nous avons Marie elle-même, nous avons la personne de l'Ange. Elle a été chaste en sa chair virginale , selon que l'atteste l'Evangile, en disant : Le nom de la vierge était Marie. Plus chaste encore en son âme, comme elle nous l'atteste elle-même lorsqu'elle dit à l'Ange : « Comment cela se fera-t-il, car je ne connais point d'homme? » Enfin elle a été d'une chasteté au-delà de tout ce qu'on peut dire dans le fruit sacré de son sein , selon que l'Ange en rend témoignage lorsqu'il dit à Joseph : « Joseph, fils de David, ne craignez point de prendre avec vous Marie, votre épouse, car ce qui est né en elle est l'ouvrage de l'Esprit-Saint (1). » Dès lors que la vierge Marie devient féconde par l'action du Saint-Esprit et qu'elle conçoit un fruit tout divin , sans aucun doute sa virginité ne souffre aucune atteinte d'une semblable fécondité. Au contraire, elle est glorifiée d'une manière admirable par la présence glorieuse de celui qui s'incarne. Oui, ô Marie ! votre virginité a été approuvée par le fruit de votre sein, par lui elle a été consacrée, par lui ennoblie , par lui dotée et enrichie, par lui scellée et affermie. C'est pourquoi saint Augustin nous dit : « C'est en toute vérité que nous proclamons Marie Vierge et Mère. Sa fécondité réelle a comblé de gloire sa virginité, et cette virginité sans tacite a exalté sa fécondité indubitable. » Saint Bernard dit aussi : « Ce que je trouve de plus glorieux, c'est cette virginité qui prend un nouvel éclat dans la fécondité, et cette fécondité
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qui tire sa gloire de la virginité (1). » Hélas! combien sont éloignés de cette vertu de Marie ceux qui ne font nul effort pour conserver la pureté, ceux qui sont ennemis de la chasteté !
Puis donc que le nom très-doux de Marie, ainsi qu'il a été dit plus haut, est si plein de grâce et de vertu, invoquons sans crainte ce nom, et écrions-nous dans nos prières avec saint Bernard : « Que par vous, ô reine très-clémente, vos pauvres serviteurs qui invoquent votre très-aimable nom , voient se répandre sur eux les trésors de la grâce de Jésus-Christ , votre Fils, qui vit et règne avec son Père et le Saint-Esprit dans tous les siècles. Ainsi soit-il (2).
LEÇON V. Que la grâce de la bienheureuse Marie est vraie, immense, multiple et vraiment utile.
Je vous salue, Marie, pleine de grâce. Nous avons montré comment Marie, par l'innocence très-pure de sa vie, a mérité d'être saluée d'un salut d'amour et de bénédiction. Il nous faut maintenant faire voir comment, par l'abondance admirable de la grâce en elle, elle était vraiment digne d'être appelée pleine de grâce. — Je vous salue donc, ô pleine de grâce!
Considérons, mes bien-aimés, cette grâce si admirable de Marie. Considérons, dis-je, la vérité de la grâce de Marie , son immensité , sa multiplicité et son
1 Hom. in Verb. Apoc. — 2
Id. 4, in Assumpt.
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utilité; car la grâce de Marie est une grâce très-véritable , une grâce très-immense , une grâce très-multiple , et enfin une grâce très-utile.
Considérons donc premièrement la vérité de la grâce en Marie. Vous avez trouvé grâce auprès de Dieu, lui dit l'Ange. Sans doute qu'elle est véritable cette grâce qui se trouve auprès du Dieu qui est vérité. Il dit auprès de Dieu et non auprès du démon, car le démon offre bien la grâce d'une prospérité perfide, afin d'engager plus facilement à pécher. Aussi Holopherne, qui est la figure du démon , dit-il : « Buvez maintenant et mangez avec joie, parce que vous avez trouvé garce auprès de moi. (1)» Il dit auprès de Dieu et non auprès du Inonde , parce qu'auprès du monde, c'est-à-dire chez les hommes mondains, souvent il y a une fausse grâce, une fausse compassion. C'est pourquoi il est dit dans l'Ecclésiastique : « Ne découvrez point votre coeur à toute sorte de personnes, de peur que celui à qui vous vous confiez ne vous montre une fausse bienveillance et qu'il ne médise ensuite de vous (2). » L'Ange dit auprès de Dieu et non auprès des hommes, ce qui fait dire à saint Bernard : « Cherchons la grâce, mais la grâce auprès de Dieu et non auprès des hommes; car la grâce qui se trouve auprès des hommes, est une grâce fausse (3). » Auprès de Dieu et non auprès de la chair, car toute la grâce de la chair est mensongère , comme la beauté et autres avantages de la chair. C'est pourquoi Salomon a dit : « La grâce est
1 Judith. — 2 Eccles., 8. — 3 ln Nat. Virg.
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trompeuse et la beauté est vaine (1). » Marie, cette vierge très-grave, a méprisé la grâce perfide du démon, la grâce passagère du monde, la vaine grâce de la chair; et c'est pour cela qu'elle a trouvé auprès de Dieu une grâce pure et véritable, une grâce qu'aucun mélange étranger n'avait altérée, en sorte qu'elle pouvait s'écrier avec l'Ecclésiastique : « Mon parfum est comme celui d'un baume très-pur et sans mélange (2). » Ce baume de Marie, c'est l'onction de la grâce dont elle a été comblée avec une abondance sans mesure. C'est pourquoi saint Bernard, parlant sur cette parole : l'Esprit-Saint descendra en vous (3), dit : « Ce baume, ô Marie ! vous sera donné avec une telle effusion, et il se répandra en vous avec une telle plénitude, qu'il débordera de toutes paris sans jamais s'épuiser (4). »
Le baume a coutume d'être mélangé avec le miel et l'huile quand on veut l'altérer. Mais assurément le baume de l'Esprit-Saint en Marie n'a subi aucun mélange, et il n'a été vicié ni par le miel des douceurs de la chair ou d'une consolation mondaine, ni par l'huile d'une vainc louange ou d'une fausse adulation. Aussi , la grâce de Marie se trouvant si véritable et si pure, saint Jérôme s'écrie : « Ce qui s'est accompli en Marie est tout entier pureté et simplicité, tout entier grâce et vérité, tout entier miséricorde et ,justice; c'est la justice qui a brillé sur nous du
haut des cieux (5). » Que ceux donc qui désirent
1 Prov., 51. — 2 Eccles., 24. — 3
Luc., 1. — 4 Hom. in Nat. Virg. — 5 Epist. 10.
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trouver avec Marie une grâce véritable, s'approchent avec elle, pleins d'ardeur et d'empressement, de celui en qui cette grâce résida. L'Apôtre nous y exhorte quand il nous dit : « Allons donc nous présenter avec confiance au trône de la grâce, afin d'y recevoir miséricorde et d'y trouver le secours dans nos besoins (1). » Remarquez bien que celui qui veut trouver, doit chercher ; que celui qui veut obtenir, doit s'abaisser. Qu'il s'abaisse donc avec Marie par une humilité véritable, celui qui désire avec elle trouver une grâce véritable; car il est dit dans l'Ecclésiastique : « Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toutes choses, et vous trouverez grâce devant Dieu (2). » Marie, parce qu'elle s'est abaissée par une humilité très-réelle , a trouvé une grâce très-véritable, en sorte qu'elle a pu s'écrier : « Le Seigneur a regardé mon humilité (3). »
Voyons maintenant, mes chers frères, l'immensité de la grâce de Marie, qui lui a mérité d'être appelée pleine de grâce. Elle fut assurément immense cette grâce, puisqu'elle en fut remplie. Un vase d'une capacité immense ne saurait être plein, à moins que l'objet qu'il reçoit ne soit immense lui-même. Or, Marie fut un vaisseau très-immense puisqu'elle a pu contenir celui qui est plus grand que le ciel. Mais quel est celui dont la grandeur surpasse l'étendue du ciel? Sans doute , c'est celui dont Salomon a dit : « Si le ciel et les cieux des cieux ne peuvent vous comprendre, combien moins cette maison que j'ai bâtie (4) ? » En
1 II. Cor. — 2 Eccles., 3. — 3 Luc., 1. — 4 III.
Reg., 8.
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effet, ce ne fut point cette maison bâtie par Salomon qui put comprendre Dieu en son enceinte, mais la maison dont, celle-ci n'était. que l'image. Vous êtes donc , ô très-immense Marie! plus étendue que les cieux , puisque celui que les cieux mêmes ne peuvent contenir, vous l'avez porté dans votre sein. Vous êtes plus grande que le monde, puisque celui que l'univers entier ne saurait comprendre s'est enfermé dans vos entrailles. Mais si telle a été la capacité du sein de Marie, combien plus grande est celle de son finie ! Et si celte capacité si immense a été pleine de grâce, il a donc fallu que la grâce qui a pu remplir une si vaste capacité fût immense. Mais qui pourra mesurer cette immensité? Voilà qu'il est dit dans l'Ecclésiastique : « Qui a mesuré la hauteur du ciel, l'étendue de la terre et la profondeur de l'abîme (1) » Or, le ciel , c'est Marie, tant parce qu'elle a été douée an plus haut degré d'une pureté toute céleste, d'elle clarté toute céleste, et de toutes les autres vertus dans un degré tout céleste , que parce qu'elle est le trône le plus élevé du Seigneur, selon cette parole du Prophète : « Le Seigneur a préparé son trône dans le ciel (2). » Marie est aussi la terre, puisque c'est elle qui nous a produit ce fruit dont le même Prophète a dit : « La terre a donné son fruit (3). » Marie est également l'abîme par la profondeur de sa bonté et de sa miséricorde, et c'est pour cela qu'elle invoque sans cesse pour nous la miséricorde très-profonde de son Fils, comme un abîme invoque un autre abîme (4).
1 Eccles., 1. — 2 Ps., 102. — 3 Ps. 60. — 4 Ps. 41 .
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Ainsi Marie est le ciel, elle est la terre, elle est l'abîme. Or, qui a mesuré la hauteur de ce ciel , l'étendue de cette terre , la profondeur de cet abîme?
Qui , dis-je, a mesuré l'immensité de Marie, si ce n'est celui qui l'a rendue si élevée, si étendue, si profonde , non-seulement en grâce et en gloire , mais encore en miséricorde? C'est pourquoi saint Bernard, parlant spécialement de cette miséricorde, s'écrie : « Qui pourra, ô Vierge bénie! comprendre la longueur, la largeur, la sublimité et la profondeur de votre miséricorde ? Sa longueur s'étend jusqu'à leur dernière heure sur tous ceux qui l'invoquent, elle vient en aide à tous. Sa largeur a couvert le
inonde entier , et la terre en a été toute remplie. Sa sublimité s'est élevée jusqu'à réparer les ruines de la cité céleste, et sa profondeur s'est abaissée jusqu'au rachat de ceux qui étaient assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. (1)»
Méditons , en troisième lieu , qu'elle a été la multiplicité de la grâce de Marie. C'est d'elle que l'Ecclésiastique a dit : « J'ai étendu mes branches comme le térébinthe , et mes branches sont des branches d'honneur et de grâce (2). » Le térébinthe, selon la Glose et Pline, est un grand arbre qui croit en Syrie, et dont les rameaux sont nombreux et très-étendus. Le mâle de cet arbre ne porte aucun fruit, mais seulement la femelle. Ce fruit est d'une double espèce : rouge et pâle, et il répand une odeur délicieuse. Or, cet arbre élevé et qui croit en
1 Serm. 4, in Assumpt. — 2 Eccl., 24.
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Syrie, est la bienheureuse vierge Marie, car le mot Syrie veut dire une terre arrosée. En effet, la vie entière de Marie a été vraiment arrosée par la grâce, puisque dès le sein de sa mère cette vierge a commencé à croître à la fraîcheur des eaux divines. D'ailleurs , qu'y a-t-il d'étonnant que Marie grandisse ainsi arrosée par les courants de la grâce, puisque sans cette rosée céleste il n'est aucune plante qui ne se dessèche? Et c'est pour cela qu'il est dit en saint Luc : « Une partie de la semence ayant levé, se sécha, parce qu'elle n'avait pas d'humidité (1). » Les rameaux de cet arbre qui sont des rameaux d'honneur et de grâce , sont les vertus , les exemples et les bienfaits de Marie. Ces rameaux nombreux sont les mérites abondants de sa grâce; ce sont ses vertus et ses exemples de chaque jour, ses miséricordes et ses bienfaits incalculables. Les oiseaux célestes, c'est-à-dire les saintes âmes , font volontiers leur demeure à l'ombre de ces rameaux , et viennent avec empressement y goûter le bonheur , en sorte qu'on peut appliquer à cet arbre cette parole de Daniel : « Les oiseaux du ciel demeuraient sur ses branches (2). » Oh ! combien largement cet arbre , qui est la bienheureuse vierge Marie, étend ses rameaux ! comme il les porte au loin ! comme il les élève ! Il les étend au large sur les hommes, il les porte au loin jusqu'aux anges, il les élève en haut jusqu'à Dieu. Mais comment Marie étend-elle ainsi sur tous les hommes les rameaux de ses grâces et de ses bienfaits? Saint Bernard nous le
1 Luc., 9. — 2 Dan., 4.
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dit en ces paroles : « Marie a ouvert à tous le sein de sa miséricorde, afin que tous puissent recevoir de sa plénitude : le captif la rédemption , le malade la guérison , l'homme abattu par la tristesse la consolation , le pécheur le pardon , le juste la grâce , l'ange la joie, enfin la Trinité entière la gloire, et la personne du Fils la substance pour se faire homme (1). »
Maintenant le fruit de cet arbre est celui dont il est dit : « Béni est le fruit de votre sein.(2) » Ce fruit est devenu rouge par le sang qu'il a versé, et pâle par les coups de la mort. C'est pour cela que l'épouse, ou autrement l’âme sainte, s'écrie dans les Cantiques: « Mon bien-aimé est éclatant entre tous les autres par sa blancheur et sa rougeur (3). » Elle pourrait dire également : Mon bien-aimé est pâle, est rouge. Ce fruit répand aussi , pour les âmes dévotes , une odeur délicieuse. L'apôtre saint Jean l'avait sentie lorsqu'il dit au Seigneur : « L'odeur de vos parfums a excité en moi des voluptés toutes célestes. « O âme ! ô âme ! tu es insensible à l'odeur de miséricorde exhalée par ce fruit! Oh! si tu l'avais ressentie, tu te bâterais de courir à sa suite selon qu'il est dit dans les Cantiques: « Nous courons à l'odeur de vos parfums (4). »
C'est aussi une chose digne de remarque, que ce n'est point le mille du térébinthe , niais la femelle qui a coutume de porter du fruit. Ainsi le fruit de vie, Jésus-Christ, a été produit par une femme, et par une femme vierge qui est demeurée tout-à-fait
4. — 4 Id., 1.
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étrangère à l'homme. C'est pourquoi saint Augustin a dit: « Pour être sa mère, une vierge a été choisie , qui dût concevoir la chair sans aucune concupiscence de la chair, et enfanter un homme saris avoir jamais connu l'homme. »
Considérons , en quatrième lieu , mes bien-aimés, l'utilité de la grince de Marie. C'est d'elle qu'il est dit: « La femme modeste et pleine de grâce trouvera la gloire (1). » Telle est l'utilité de la grâce de Marie : elle a trouvé une gloire éternelle. Cette grâce a été d'une utilité incomparable et pour Marie et pour nous. Elle a été, dis-je, d'une utilité incomparable pour Marie, car c'est cette grâce qui l'a comblée de délices , cette grâce qui l'a rendue miraculeuse , cette grâce qui l'a couronnée de gloire. Elle l'a comblée de délices en son âme, rendue miraculeuse en son Fils, couronnée de gloire dans le ciel. En effet, Marie a été vraiment enivrée de délices dans le plus profond de son coeur ; elle a été vraiment miraculeuse dans le fruit de sou sein virginal; elle est véritablement glorieuse sous l'éclat du diadème éternel. Et ces délices dont elle surabonde en son âme , ces délices qui en font le paradis où le Dieu vivant trouve son bonheur, c'est à la grâce qu'elle en est redevable , selon cette parole de l'Ecclésiastique : « La grâce est comme un jardin délicieux et béni du ciel (2). » Elle a été , en vérité , ce jardin délicieux du Seigneur, ce jardin comblé de bénédictions et abondant en toutes sortes de félicités spirituelles. C'est ce qui fait s'écrier à saint Bernard :
1 Prov., 11. — 2 Eccles., 40.
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« De quel autre nom que du nom de délices appellerai-je cette splendeur de la virginité unie au don de la fécondité , cet éclat de l'humilité , ce rayon de la charité d'où distille le miel , ces entrailles de miséricorde , cette plénitude de grâce , cette prérogative de gloire toute singulière (1). »
La grâce a rendu Marie miraculeuse en son fils, miraculeuse en sa conception, miraculeuse en son enfantement; car c'est un miracle qu'une vierge ait conçu, un miracle plus grand encore qu'elle ait conçu un Dieu , qu'elle ait enfanté un Dieu. Aussi est-ce avec raison qu'il lui est dit de cette grâce : « Vous avez trouvé grâce devant Dieu; vous concevrez dans votre sein et vous enfanterez un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus (2). » Et à l'occasion d'un tel nom saint Bernard s'adresse ainsi à Marie : « Comprenez , ô Vierge prudente ! par le nom même du Fils qui vous est promis, combien grande, combien spéciale est la grâce que vous avez trouvée devant Dieu (3). »
Enfin la grâce a rendu Marie glorieuse. Aussi est-ce avec vérité qu'il est dit, selon que nous l'avons rapporté plus haut : « La femme pleine de grâce trouvera la gloire. » Avec quel bonheur Marie l'a trouvée, elle dont la gloire est si grande dans le Inonde , si incomparable dans le ciel ! Non , jamais une simple créature ne reçut une grâce aussi étonnante sur la terre , ne trouva une gloire aussi élevée auprès de Dieu. Assurément sa gloire a égalé sa grâce,
1 Serm. 4, in Assumpt. — 2 Luc., 1. — 3 Hom. 3, sup.
missus est.
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car le Prophète a dit : « Le Seigneur donnera la grâce et la gloire (1). » Mais cette grâce de Marie n'est pas seulement utile à elle-même, elle l'est encore à nous, mes chers frères, elle l'est à tout le genre humain , car cette grâce recueille les méchants , enrichit les bons, et délivre tous les hommes. Elle recueille les méchants en les arrachant au crime , elle enrichit les bons en les comblant de grâce, elle délivre tous les hommes de la mort éternelle.
Je dis donc que Marie recueille les méchants pour en faire l'objet des miséricordes célestes, pour les rendre à l'Eglise. C'est ce que nous voyons bien exprimé dans la grâce que Ruth a trouvée, alors qu'elle ramassait les épis laissés par les moissonneurs, et qu'elle dit à Booz : « J'ai trouvé grâce devant vos yeux, ô mon Seigneur (2) ! » Ruth signifie celle qui voit ou celle qui s'empresse , et elle désigne la bienheureuse Vierge qui a vraiment vu dans la contemplation , et qui s'est vraiment empressée de répandre sur nous sa miséricorde. Booz signifie la vertu, et il nous marque celui dont il est dit dans les Psaumes : « Le Seigneur est grand , et grande est sa vertu (3). » Ruth a donc trouvé grâce aux yeux de Booz, Marie aux yeux du Seigneur, afin qu'il lui fût permis de recueillir les épis , c'est-à-dire les âmes délaissées par les moissonneurs, et de les recueillir pour les faire participer au pardon. Quels sont ces moissonneurs , sinon les docteurs et les pasteurs de l'Eglise? Oh ! elle est vraiment grande, cette grâce de Marie qui recueille,
1 Ps. 83. — 2 Ruth., 2. — 3 Ps. 146.
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pour les offrir à la miséricorde , un nombre si considérable de ceux que les docteurs et les pasteurs ont abandonné comme incorrigibles. C'est pourquoi saint Bernard s'écrie : « O Marie! vous embrassez et vous réchauffez en votre sein le pécheur qui est un objet de mépris pour le monde entier, et vous n’abandonnez pas cet infortuné que vous ne l'ayez réconcilié avec son juge redoutable (1). »
La grâce de Marie enrichit les bons de l’abondance de la grâce. Ainsi il est dit dans l'Ecclésiastique : « L'agrément d'une femme soigneuse sera la joie de son mari , et elle répandra la vigueur dans ses os (2). » Cette femme soigneuse , c'est Marie, dont Bède loue la diligence en ces termes : « Marie était attentive à sonder les secrets de Dieu dans le silence et avec un coeur toujours vigilant (3). » Quel est le mari de cette femme, sinon celui qu'elle a contenu dans son sein , celui dont Jérémie a dit : « Le Seigneur a créé sur la terre un prodige nouveau : une femme environnera un homme en son sein (4) ? » Les ossements de cet homme sont tous ceux qui sont forts en son corps, c'est-à-dire en son Eglise. Ces ossements, par la faveur de Marie , deviennent vigoureux sous l'onction de la grâce; ils se remplissent, dis-je, de la vigueur de l'Esprit-Saint dont le Prophète désirait recevoir l'abondance lorsqu'il disait : « Que mon âme soit remplie de votre divine miséricorde; qu'elle en soit comme rassasiée et engraissée (5) ? » Oh ! qui pourra compter
4 Jer., 31. — 5 Ps. 61
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combien d'âmes aidées du secours de Marie sont ainsi rassasiées et engraissées de la grâce? Ou plutôt, qui dira combien grande fut en Marie cette abondance de grâce, puisque sa faveur enrichit ainsi tant de milliers d'âmes? Qui dira combien elle fut féconde en vertu, celle dont la demeure fut enrichie par-dessus toute créature de toute vertu sans exception ; car saint Jean Damascène nous dit : « Marie a été plantée comme un olivier fécond dans la maison du Seigneur et enrichie de son esprit; elle est devenue le sanctuaire de toutes les vertus (1). »
Enfin la grâce de Marie délivre de la mort éternelle tous ceux qui en sont préservés. C'est elle qui est figurée par Esther, dont nous lisons : « Le roi l'aima par-dessus toutes les autres femmes; elle trouva grâce et faveur devant lui, et il lui mit sur la tête le diadème royal (2). » Or, cette grâce qu'Esther trouva devant le roi eut une double utilité : d'abord elle lui valut à elle le diadème royal, et ensuite elle lui servit à obtenir le salut de sa nation condamnée à mourir. Ainsi en est-il de notre Esther, de la bienheureuse Marie. Elle a obtenu une grâce si abondante que, non-seulement par elle, elle est parvenue à la couronne, mais qu'elle est encore venue en aide au genre humain dévoué à la mort. C'est pourquoi saint Anselme s'écrie : « Quelles actions de grâce convenables pourrai-je rendre à la mère de mon Dieu et de mon Seigneur ? Par sa fécondité , j'ai été racheté de l'esclavage ; par son enfantement divin , j'ai été
1 Dam., lib. 4 , de Fid. ortlrod. — 2 Esth., 2.
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délivré de la mort éternelle: par celui dont elle est la mère , j'ai été rétabli dans les biens que j'avais perdus, et de l'exil de la misère ramené à la patrie de la céleste béatitude. »
O Mère de la grâce, rendez-nous donc des enfants de grâce; faites que par votre grâce très-véritable nous soyons recueillis pour recevoir pardon et miséricorde, enrichis de la grâce d'une piété sincère et délivrés de la mort de la damnation. Nous vous en prions par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.
LEÇON VI. Que dans Marie il y a une grâce que nous devons considérer sous quatre points de vue : la grâce des dons, la grâce des paroles, la grâce des privilèges et la grâce des récompenses. — De chacune de ces grâces en particulier.
Je vous salue, Marie, pleine de grâce. — Il nous reste encore , mes frères bien-aimés, quelque chose à vous dire touchant la grâce de la très-douce Marie. Cette grâce s’offre à nos considérations sous quatre points de vue divers : c'est la grâce des dons, la grâce des paroles, la grâce des privilèges, la grâce des récompenses.
Considérez donc d'abord en Marie la grâce des dons de l'Esprit Saint. Marie peut, dans sa reconnaissance, en présence de cette grâce , s'écrier avec l'Ecclésiastique : « En moi est toute la grâce de la vie et de la
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vérité (1). » Qu'y a-t-il d'étonnant qu'elle soit pleine de la grâce de la vie et de la vérité puisqu'elle est la mère de celui que nous voyons rempli avec une surabondance si admirable des dons de l'Esprit-Saint, et que sur la fleur de sa virginité ce même Esprit s'est reposé avec une effusion inénarrable de ses grâces? Car Marie est ce rejeton, et le fils de Marie est cette fleur dont il est dit dans Isaïe : « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur naîtra de sa racine; et l'Esprit da Seigneur se reposera sur cette fleur, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété; et il sera rempli de l'esprit de la crainte du Seigneur (2). » En cette fleur, l'abondance de l'Esprit-Saint est vraiment admirable, car l'influence s'en fait sentir d'une manière si ineffable sur toute l'Eglise, que le bienheureux évangéliste saint Jean s'écrie : « Nous avons tous reçu de sa plénitude la grâce intérieure pour la grâce extérieure de la loi (3). » Mais, puisque la grâce qui s'est écoulée de cette fleur a ainsi arrosé le jardin tout entier , combien plus se sera-t-elle répandue sur la tige qui la portait, sur Marie? Que la Vierge s'écrie donc sans crainte : « En moi se trouve toute la grâce de la vie et de la vérité. » Car cette grâce de la vie et de la vérité consiste sans doute dans les sept dons de l'Esprit-Saint dont nous venons de parler. C'est par eux qu'elle s'est communiquée à Marie. La grâce de la vérité a établi Marie dans la vérité au-dessus, au-dessous , au-dedans et au-dehors d'elle-même. Elle
1 Eccles., 24. — Is., 11. — 2 Joan., 1.
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l'a, dis-je, établie dans la vérité au-dessus d'elle-même par le don de sagesse, au-dessous par le don de conseil , au-dedans par le don d'intelligence, au-dehors par le don de science. Cette grâce a établi vraiment l'âme de Marie dans la vérité au-dessus d'elle-même en la faisant contempler sagement les choses dont elle devait jouir; au-dessous d'elle en lui faisant prévoir avec un admirable à-propos ce qu'elle devait fuir; au-dedans en lui donnant une connaissance très-assurée de ce qu'elle devait croire; au-dehors en lui faisant discerner avec plénitude de raison ce qu'elle devait faire.
La grâce de la vie a réglé la vie de Marie dans le bien par rapport au démon , par rapport au prochain, par rapport à Dieu. Cette grâce, dis-je, a réglé la vie de Marie dans le bien par rapport au démon par le don de force, par rapport au prochain par le don de piété, par rapport à Dieu par le don de crainte. Elle a réglé la vie de Marie par rapport au démon en la portant à lui résister fortement; par rapport au prochain en lui inspirant une bienveillance pleine de tendresse; par rapport à Dieu en mettant en son coeur un respect accompagné de la dévotion la plus sincère. Aussi le Saint-Esprit a-t-il désigné Marie de la manière la plus juste par cette demeure que la sagesse incréée s'est bâtie d'une façon si admirable, qu'elle a appuyée sur sept colonnes qui ne sont autre chose que les sept dons de ce divin Esprit. Celui donc qui commence à soupirer après ces colonnes de l'Esprit de Dieu, peut en contempler la beauté dans cette maison,
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et s'il veut en obtenir la possession, c'est là qu'il doit venir répandre ses désirs et ses prières. Celui qui poursuit de toute l'ardeur de son âme cette grâce de l'Esprit divin , montrée à nos yeux sous sept formes diverses, doit chercher la fleur de cet Esprit dans la tige qui l'a portée : c'est par la tige que nous parviendrons à la fleur, par la fleur que nous arriverons à l'Esprit qui a fixé en elle son repos. Par Marie nous nous approchons de Jésus-Christ , et par Jésus-Christ nous trouvons la grâce du Saint-Esprit. C'est pour cela que saint Bernard , s'adressant à Marie, lui dit : « Par vous nous avons accès auprès de votre Fils, ô Vierge bénie, qui avez trouvé la plénitude de toute grâce, génératrice de la vie, mère du salut, et par vous nous sommes reçus de celui qui nous a été donné par vous (1). »
Considérez, en second lieu, en Marie la grâce de ses paroles, dont il est dit au psaume : « La grâce est répandue sur vos lèvres (2). » En effet, la grâce répandue sur les lèvres de Marie a été si grande que la Vierge peut très-bien être représentée par Judith , dont il est dit : « Il n'y a point dans toute la terre une femme semblable à celle-ci, soit pour l'air et la beauté du corps. soit pour le sens et la sagesse des paroles (3). » En vérité il n'est pas, il n'y a pas eu et il n'y aura jamais de femme sur qui Marie ne l'emporte par l'éclat de sa vie glorieuse, par la beauté de sa conscience si pure, et par la sagesse des paroles sorties de sa bouche si éloquente. Cette grâce attachée aux paroles que la bouche de
1 Serm. 2, de Adv. — 2 Ps. 44. — 3 Judith., 11.
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Marie a prononcées, nous la découvrirons facilement si nous voulons recueillir soigneusement tout ce que l'Evangile nous en a conservé. Nous y trouvons sept paroles diverses , qui sont comme autant de rayons d'où distille un miel plein de douceur, et qui s'échappent de ses lèvres en nous indiquant combien délicieuse était cette grâce dont il est dit au Cantique des Cantiques : « Vos lèvres sont comme un rayon d'où distille le miel (1). » Ces sept rayons de miel sont les sept paroles si suaves que nous lisons avoir été dites par Marie à l'Ange, à l'homme et à Dieu : deux sont adressées à l'Ange, deux à l'homme et trois à Dieu.
Les deux paroles qu'il fut donné à l'Ange d'entendre sont une parole de chasteté et une parole d'humilité. La parole de chasteté vint se placer sur les lèvres de Marie quand elle dit à l'Ange : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme (2)? » Cette parole est dirigée contre les impudiques, dont les lèvres ignorent ce qui est chaste et pur, et ne savent s'ouvrir qu'à ce qui est impur, honteux et détestable. La parole d'humilité adressée par Marie à l'Ange eut lieu quand elle lui répondit si humblement : « Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole (3). » Et cette parole est dirigée contre les superbes et les arrogants qui n'ont d'eux-mêmes que des sentiments élevés, et dont les lèvres ne résonnent que de paroles de jactance et de vaine gloire.
Les paroles de Marie à l'homme sont une parole de