Œuvres spirituelles (page 17)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 Cant., 4. — 2 Luc., 1. — 3 Id.

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charité et une parole de vérité une parole de charité dans la salutation qu'elle fit, une parole de vérité dans l'instruction qu'elle donna. Or , cette parole de charité adressée à l'homme eut lieu quand Marie salua avec tant de tendresse la mère du Précurseur que l'enfant porté par celle-ci en son sein en tressaillit. Cette parole est dite contre les hommes haineux qui ne parlent jamais avec charité au prochain, ou même qui dédaignent de lui adresser la parole. Marie prononça une parole de vérité, quand le vin venant à manquer, elle dit à ceux qui servaient : « Faites tout ce qu'il vous dira (1). » Et cette parole est une leçon pour ceux qui n'instruisent pas les autres dans le bien, mais les portent au mal et leur donnent des conseils pervers.

Enfin Marie adressa trois paroles au Seigneur , et ainsi elle s'entretint davantage avec Dieu qu'avec l'Ange et avec l'homme, puisqu'elle ne parla que deux fois avec chacun de ces derniers et trois fois avec Dieu. Hélas ! hélas ! que cet exemple crie fortement contre un grand nombre qui conversent si peu avec le Seigneur dans l'oraison, et si fréquemment avec les hommes dans des entretiens inutiles et souvent même nuisibles! Or, Marie adressa à Dieu une parole de reconnaissance , une parole de plainte , une parole de compassion. Une parole de reconnaissance de ce qu'il avait abaissé son regard sur elle ; de plainte lorsqu'elle perdit son Fils ; une parole de compassion lorsque le vin manqua.

1 Joan., 9 .

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Cette parole de reconnaissance de Marie à Dieu eut lieu quand le Seigneur ayant abaissé ses regards sur son humilité, elle lui dit : « Mon âme glorifie le Seigneur (1). » Et cette parole est dirigée contre les ingrats qui, hélas! après avoir reçu de Dieu des bienfaits nombreux et considérables ne lui rendent que de faibles actions de grâces, et qui même se servent quelquefois de ses dons pour s'enorgueillir contre lui. Marie eut sur les lèvres une parole de plainte quand elle dit à son Fils perdu depuis trois jours : « Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi vis-à-vis de nous? Votre père et moi nous vous cherchions en pleurant (2).» Et cette parole est dite contre les indévots qui ne cherchent pas Jésus avec douleur, quand, par la soustraction de la dévotion, ils l'ont perdu pendant un temps considérable. Enfin Marie adressa à Dieu une parole de compassion quand, aux noces de Cana, elle dit à son Fils : « Ils n'ont point de vin (3). » Ce qui est à l'adresse de ceux qui sont sans pitié; ceux que les défauts de leurs frères ne touchent point et qui ne s'intéressent en faveur du prochain ni auprès de Dieu ni auprès des hommes. Et maintenant, ô Marie, notre avocate, nous avons besoin, nous aussi, que vous suggériez à votre Fils que beaucoup d'entre nous n'ont point de vin; qu'ils n'ont point le vin de la grâce du Saint-Esprit, le vin de la componction, le vin de la dévotion , le vin des consolations spirituelles. C'est à ce propos que saint Bernard dit: « Combien de fois ne suis-je point obligé

1 Luc., 1 — 2 Luc., 2 — 3 Joan., 2.

après avoir entendu vos plaintes accompagnées de larmes, de prier la mère de miséricorde qu'elle daigne suggérer à son tendre Fils que vous n'avez point de vin. Sachez-le donc, mes bien-aimés frères; si vous la suppliez avec ferveur, elle ne vous fera pas défaut, car elle est miséricordieuse , elle est la mère de la miséricorde. Si elle a compati à la confusion de ceux qui l'avaient invitée, combien plus compatira-t-elle à vos besoins quand vous l'en conjurerez pieusement (1)? » Pesez maintenant, par tout ce que nous venons de dire, combien le Roi des rois a aimé Marie, puisqu'il a trouvé sur ses lèvres une grâce si abondante, car il est écrit : « Celui qui aime la pureté du coeur aura pour ami le Roi da

ciel, à cause de la grave qui est répandue sur ses lèvres (2). »

Considérez, en troisième lieu , mes chers frères, la grâce des privilèges en Marie. C'est d'elle qu'il est dit: « Vous avez trouvé grâce auprès du Seigneur: vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils et vous l'appellerez du nom de Jésus. Il sera grand et il sera appelé le fils du Très-Haut (3). » Vous voyez comment Gabriel, assurant à Marie qu'elle a trouvé grâce, ajoute aussitôt en lui indiquant quelle est celte grâce : « Vous concevrez dans votre sein. » Oh ! combien grand et inconnu à tous les siècles fût ce privilège, qu'une vierge ait pu concevoir en son sein et enfanter le Fils du Très-Haut! Nous pouvons distinguer sept privilèges en Marie; et cette faveur d'être

1 Serm. 2, in Dom. I post Epiph. — 2 Prov., 22. — 3

Luc., 1.

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ainsi remplie de grâces immenses, Marie seule l’a reçue de Dieu.

Le premier de ces privilèges, c'est que Marie a été par-dessus tous les hommes pure de tout péché. En effet, dès le sein de sa mère elle fut comblée d'une grâce de sanctification si abondante que, durant le cours entier de sa vie, elle n'éprouva aucune inclination même pour le péché véniel le plus léger. C'est pourquoi saint Bernard a dit : « Il convenait que la reine des vierges, par un privilège de sainteté particulière, passât sa vie loin de tout péché, puisqu'en mettant au monde le destructeur de la mort et du péché, elle répandait sur tous les hommes le don de la vie et de la justice (1). »

Le second privilège de Marie, c'est qu'elle a été remplie de grâce d'une manière plus excellente que tout le reste des hommes; ce qui a fait dire à saint Jérôme : « La grâce n'est accordée aux autres qu'avec mesure ; mais, pour Marie, la plénitude entière de la grâce se répand sur elle. (2) » Aussi est-ce avec raison que le même bienheureux docteur, comparant la grâce de Marie à la grâce des anges et lui donnant la préférence , ajoute : « Nous devons croire que la sainte et glorieuse vierge Marie a été jugée digne des privilèges les plus considérables de vertu , et qu'elle a reçu une grâce admirée des anges eux-mêmes. »

Le troisième privilège de Marie , c'est qu'elle seule a été mère en conservant une virginité inaltérable.

1 Epist. 174. — 2 Epist. 10

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Saint Bernard, exaltant cette faveur, nous dit : « Marie a choisi pour elle la meilleure part; oui, assurément la meilleure, car la fécondité dans le mariage est bonne et la chasteté est meilleure; mais la fécondité virginale, ou autrement la virginité fécondée l'emporte par-dessus tout le reste, et cet avantage singulier de Marie ne passera point à une autre, car il ne saurait lui être ravi (1). »

Le quatrième privilège de Marie, c'est qu'elle seule est la mère très-ineffable du Fils de Dieu, seule la mère de ce Fils dont Dieu seul est le Père; et ce qui remplit d'admiration outre mesure, c'est qu'un tel privilège ait été accordé à une créature. « C'est une gloire vraiment propre à la Vierge, dit saint Bernard , une prérogative extraordinaire qui n’appartient qu'à Marie, d'avoir mérité d'avoir un Fils qui est en même temps le Fils de Dieu le Père (2). »

Le cinquième privilège de Marie, c'est d'avoir, plus qu'aucune créature, joui de la société de Dieu de la manière la plus intime. Car ce qui n'a jamais été accordé, ce qui ne le sera jamais à personne dans toute la suite des siècles, c'est qu'elle ait, pendant neuf mois, porté Dieu dans son sein, c'est qu'elle ait nourri Dieu de son lait par un miracle sans cesse renouvelé; c'est qu'elle ait prodigué ses. soins à Dieu avec un bonheur ineffable pendant un grand nombre d'années; qu'elle ait vu Dieu soumis à sa volonté; qu'elle ait pu presser Dieu dans de chastes embrassements et le couvrir des baisers de son autour , comme

1 Serm. 4, in Assumpt. — 2 Serm.

2, de Annunt. Dom

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saint Augustin nous le dit clairement en ces paroles : « Il n'est pas étonnant, ô Marie, que le Dieu qui règne dans les cieux daigne trouver son bonheur en vous, dès-lors qu'il vous a été accordé sur la terre, après l'avoir mis au monde comme homme, de le presser tant de fois dans vos bras aux jours de son enfance (1). »

Le sixième privilège de Marie, c'est qu'elle l'emporte auprès de Dieu en puissance sur toute créature. Ce qui a fait dire à saint Augustin : « Obtenez-nous ce qui fait l'objet de nos demandes , excusez ce qui est de nature à nous inspirer de la crainte; car nous ne trouvons personne qui soit au-dessus de vos mérites, vous qui avez été digne d'être la mère de notre Rédempteur et de notre Juge (2). » Assurément c'est un privilège considérable de l'emporter auprès de Dieu en puissance sur tous les saints, selon que le déclare le même saint Augustin : « Il n'est pas douteux , dit-il , que celle qui a été digne d'offrir le prix de notre délivrance, ait un pouvoir plus grand que celui de tous les saluts dans les voeux qu'elle offre en notre faveur. » Mais de quoi nous servirait cette puissance si grande de Marie si elle était insensible à ce qui nous concerne? Aussi, mes bien-aimés, devons-nous tenir pour certain et en rendre des actions de grâces incessantes, que, si elle est auprès de Dieu la plus fondée en pouvoir , elle est aussi la plus empressée pour tout ce qui touche à nos intérêts, comme l'atteste le même docteur en s'adressant ainsi à

1 Serm. 15, de Sanct. — 2 Ibid.

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la Vierge : « Nous savons, ô Marie, que seule, vous avez pour la sainte Eglise plus de sollicitude que tous les saints ensemble , et que c'est vous qui obtenez un délai aux transgresseurs, afin qu'ils aient le temps de renoncer à leurs erreurs. »

Le septième privilège de Marie, c'est qu'elle a été comblée d'une gloire plus excellente que la gloire de tous les saints. C'est pour cela que saint Jérôme dit : « La sainte Eglise de Dieu chante sans crainte par tout l'univers, ce qu'il n'est permis de croire d'aucun autre saint , savoir : que Marie a été élevée en gloire au-dessus des anges et des archanges. » Et cette faveur n'a point été accordée à la Vierge comme un don de la nature ; c'est par un bienfait de la grâce qu'elle la possède. C'est un privilège vraiment glorieux pour elle, d'être après Dieu la plus élevée en gloire. C'est un privilège admirable, que tout ce qu'il y a après Dieu de plus beau , tout ce qu'il y a de plus délicieux, tout ce qu'il y a de plus délectable en la céleste patrie , soit Marie , soit en Marie ou par Marie. C'est un privilège tout-à-fait éclatant qu'après Dieu notre plus grande gloire et notre félicité la plus ineffable se trouvent en Marie. C'est pour cela que saint Bernard s'écrie : « Après le Seigneur , le comble de la gloire, ô Marie! c'est de vous voir, c'est de s'attacher à vous , c'est de demeurer sous le rempart de votre protection. »

Voilà donc quels sont les sept privilèges glorieux de Marie, et c'est à leur faveur que nous obtenons la vie de la grâce. Aussi pouvons-nous adresser à la

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Vierge bienheureuse la prière qu'Abraham adressait à Sara : « Dites, je vous en supplie , que vous êtes ma soeur, afin que je sois traité favorablement à cause de vous , et que ma vie soit conservée en votre considération (1). » Dites, ô Marie, ô notre Sara, dites que vous êtes notre soeur, afin que Dieu nous soit favorable à cause de vous, et que nos âmes, en votre considération, puissent continuer à vivre en Dieu. Dites, ô bien-aimée Sara, que vous êtes notre soeur, afin que les Egyptiens, c'est-à-dire les démons, nous respectent, afin que dans le combat, les anges. s'unissent ù nous à cause d'une telle soeur, afin que. le Père, le Fils et le Saint-Esprit aient compassion de nous.

Considérez enfin , mes chers frères , la grâce des. récompenses en Marie. Nous en avons déjà touché un mot dans le septième privilège. On peut entendre de cette grâce cette parole de l'Ecclésiastique : « La femme sainte et pleine de pudeur est une grâce qui passe toute grâce (2). » Cette femme pleine de pudeur et sainte sur toutes les autres femmes, c'est Marie , en qui chaque grâce l'a emporté sur une autre grâce; la grâce de la gloire sur la grâce de cette vie , la grâce des récompenses dans le ciel sur la grâce des mérites en ce monde. Or, cette grâce de la béatitude de Marie consiste en sept qualités du corps et de l'âme. Car, tout corps glorifié renferme quatre qualités glorieuses: une clarté admirable, une subtilité prodigieuse, une agilité ineffable , une impassibilité inaltérable. Mais si

1 Gênes., 19. — 2 Eccles., 26.

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Dieu a comblé de ces quatre faveurs les corps de tous les bienheureux , avec combien plus de magnificence en aura été gratifiée celle qui a donné le jour au Glorificateur de tous les corps? Qu'y a-t-il d'étonnant qu'elle soit dans le ciel toute resplendissante de clarté, celle dont la sainteté a jeté un éclat si lumineux sur la terre? Aussi saint Bernard lui dit-il : « Alors que vous demeuriez au milieu des pécheurs, vous avez tellement brillé devant Dieu par votre sainteté, que seule vous avez été digne d'approcher du trône du Roi éternel. » Qu'y a-t-il d'étonnant qu'elle possède au plus haut degré le don de subtilité, celle que son humilité avait rendue d'une simplicité si parfaite durant sa vie? Ce qui fait dire encore à saint Bernard : « Jamais elle n'eût été élevée au-dessus du choeur des anges si auparavant elle ne fût descendue par l'humilité au-dessous de tous les hommes. » Qu'y a-t-il d'étonnant que son agilité surpasse celle de tous les bienheureux dans le ciel , puisque sa piété a été si empressée sur la terre? Elle s'est en allée avec hâte au pays des montagnes pour en remplir les devoirs; et saint Ambroise , parlant de cet empressement plein de diligence, dit : « Où peut aller avec tant de hâte celle qui est pleine de Dieu, si ce n'est aux lieux les plus élevés? La grâce de l'Esprit-Saint ne souffre pas une action languissante (1). » Enfin qu'y a-t-il d'étonnant si son impassibilité l'emporte sur celle de tous les saints , alors que sa patience et sa longanimité étaient si admirables que jamais elle n'éprouva la plus

1 In Luc., lib. 2.

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légère atteinte d’impatience ou de haine, même lorsque le glaive de douleur transperça son âme. Nous ne lisons nulle part et nous ne croyons pas que l'apparence même de la haine ou de la colère se soit jamais montrée en Marie. C'est pourquoi saint Bernard dit: « Parcourez avec soin toute la suite de l'histoire évangélique, et si vous trouvez en Marie quelque chose de dur , quelque chose de sévère , ou enfin le moindre signe de l'indignation la plus légère, alors défiez-vous d'elle et craignez de vous en approcher . »

Mais si telle a été la gloire du corps bienheureux de Marie, quelle sera , pensez-vous, la gloire de soit âme très-sainte ? L'âme bienheureuse possède trois qualités qui concourent à son bonheur : une connaissance admirable, un amour indicible et une jouissance inépuisable ; ou , pour m'exprimer selon certains auteurs modernes : la vision , la jouissance et la possession. Mais de quelque manière qu'on appelle ces qualités de l'âme, il est certain qu'elles sont en Marie à un degré incomparablement plus grand que dans les autres aines bienheureuses. Et effet, si toutes ces aimes sont enivrées de félicité par la possession de ces qualités, combien plus doit l'être celle qui a conçu et donné au monde celui qui est l'auteur de toute félicité dans le ciel? Qu'y a-t-il d'étonnant que l'âme de Marie soit toute illuminée de la science la plus claire et la plus brillante, elle dont l'union à la lumière éternelle avait été si intime? Ce qui a fait dire à saint

1 Serm. in Verb. Apoc.

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Bernard : « Elle a pénétré l'abîme insondable de la sagesse divine au-delà de ce que nous pourrions croire , puisqu'elle a été unie à cette lumière inaccessible aussi étroitement que le peut souffrir la condition de l'humanité en dehors de l'union d'une personne divine (1). » Qu'y a-t-il d'étonnant que l'âme de Marie soit plongée dans un amour inénarrable? Qu'y a-t-il d'étonnant, dis-je, qu'elle aime plus que tous les saints , elle qui a été aimée par-dessus tout? Oui , par-dessus tout, car saint Augustin dit : « Le Roi des rois vous aime plus que tous les saints, et en vous il associe dans l'embrassement de son amour sa mère véritable et son épouse brillante de beauté (1). » Enfin qu'y a-t-il d'étonnant que l’âme de Marie soit enivrée d'une jouissance surabondante de délices , elle qui s'est nourrie avec tant de douceur du fruit béni de son sein? Aussi le même saint Augustin nous dit : « L'âme de Marie jouit de la clarté de Jésus-Christ, elle est toujours présente à ses embrassements glorieux , elle le contemple sans cesse , et , alors qu'elle demeure toujours altérée de sa vue , elle se nourrit de lui d'une manière inestimable (3). »

Ainsi Marie ne surpasse pas les autres saints seulement par la grâce de la vie ni par celle des mérites , mais encore par la grâce de la gloire et des récompenses. C'est pourquoi elle est parfaitement désignée par la reine Esther , dont nous lisons que, conduite à

1 Serm. in Verb. Apoc. — 2 Serm. 35 de Sanct. — 3

Lib. de Sanct.

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la chambre d'Assuérus, elle trouva grâce et considération devant lui de préférence à toutes les autres femmes, et que le roi plaça sur sa tête le diadème royal (1). Esther signifie celle qui est délivrée et élevée. Or , tout cela convient très-bien à Marie, dont saint Jérôme a dit : « Elle est élevée au-dessus des choeurs des anges , afin qu'elle puisse contempler la beauté et la splendeur du Sauveur qu'elle avait aimé, qu'elle avait désiré de toute l'ardeur de son coeurs. » Cette reine Esther, cette bienheureuse vierge Marie a été conduite au jour de son Assomption en la chambre du roi Assuérus, du Roi éternel, dans cette chambre dont saint Augustin, parlant à la Vierge, a dit : « Vous résidez, brillante de perles et de parures précieuses, au milieu des délices de la demeure du Rois. » Conduite dans cette demeure de l'éternel repos, Marie, devenue reine, a trouvé grâce aux yeux d'Assuérus, c'est-à-dire du Roi véritable, par-dessus toutes les autres femmes, ou autrement par-dessus toutes les intelligences angéliques et toutes les âmes bienheureuses , en sorte que la grâce de Marie surpasse la grâce de tous les habitants de la bienheureuse patrie. Le Roi des rois a posé sur sa tête un diadème royal , diadème tellement inappréciable , tellement délectable et admirable , que nulle langue ne saurait en parler dignement , nul esprit en reconnaître la valeur.

Ainsi , mes bien-aimés , vous avez vu combien grande a été en Marie la grâce des dons , combien la

1 Esth., 1. — Epist. 10. — Serm. 55, de Sanct.

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grâce de paroles, combien la grâce des privilèges , et combien abondante la grâce des récompenses. Prions donc cette Vierge qui a trouvé une si grande affluence de grâces, de nous faire aussi trouver grâce auprès du Seigneur par Jésus-Christ, son Fils, qui vit et règne avec lui en l'unité de l'Esprit-Saint dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

LEÇON VII. Qu'il y a en Marie neuf plénitudes qui représentent les plénitudes des neuf choeurs des Anges dans la gloire.

Je vous salue, pleine de grâce. — Ce n'est pas assez pour l'Archange de louer simplement la grâce de Marie, il a voulu surtout nous en marquer la plénitude quand il l'a dite : pleine de grâce. Oh oui! elle en est réellement pleine, et d'une plénitude parfaite. Gabriel n'avait point dit encore : « Vous concevrez dans votre sein....; » il n'avait point dit : « L'Esprit-Saint viendra en vous. » Si donc avant l'arrivée de l'Esprit-Saint , si avant d'avoir conçu le Fils de Dieu , Marie était pleine de grâce , combien plus le fut-elle après? C'est pourquoi saint Anselme dit fort bien : « Elle a été saluée par l'Ange mille fois pleine de grâce, elle a été remplie de l'Esprit-Saint. elle a été comblée de la plénitude de la Divinité. » C'est donc avec raison que Marie est dite pleine de

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grâce; elle est, dis-je, pleine de l'illumination de la sagesse , pleine de l'inondation de la grâce , pleine de la possession d'une bonne vie, pleine de l'onction de la miséricorde , pleine de la fécondation d'un fruit béni , pleine de la perfection de l'Eglise , pleine des parfums d'une renommée qui répand en tous lieux sa bonne odeur, pleine de la divine gloire, pleine enfin de la jouissance de l'éternelle félicité. Contemplons en Marie ces neuf plénitudes qui nous représentent les plénitudes des neuf choeurs angéliques.

Considérons d'abord , mes bien-aimés, que Marie est pleine de l'illumination de la sagesse et de l'intelligence. C'est pour cela qu'elle peut justement être représentée par la lune en son plein , dont il est dit dans les Proverbes : « L'homme n'est point à la maison ; il s'est en allé pour un voyage lointain; il a emporté avec lui un sac d'argent, et il ne doit revenir en sa demeure qu'à la pleine lune (1). » Cet homme est celui dont Jérémie a dit : « Le Seigneur a créé sur la terre un prodige nouveau; une feinnae environnera un homme dans son sein (2). » Cette femme c'est Marie, femme seulement par sa nature, mais non par la corruption commune ; c'est la mère de la vertu. Elle a environné Notre-Seigneur en son sein , elle l'a revêtu de l'habit de notre mortalité. Cet homme , si cependant , comme dit Josèphe (3), il est permis de l'appeler un homme, a dans sa demeure trois lieux distincts. En effet il est de la majesté d'un roi d'avoir ainsi en son palais une salle publique, un

1 Prov., 7. — 2 Jér., 31. — 3

Antiq. just., I. 18, c. 4.

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cénacle et un appartement privé. La salle publique est le lieu où l'on donne audience; le cénacle, où l'on prend ses repas; l'appartement privé, le lieu où l'on goûte le repos. Ainsi en est-il de notre Roi dont la puissance commande aux vents et à la mer : il a un lieu où il donne audience : c'est le monde; un lieu où il prend sa nourriture: c'est l'Eglise, et c'était autrefois la Synagogue; enfin un appartement privé où il jouit du repos : c'est l'âme raisonnable. Mais hélas ! cet homme, ce Seigneur des vertus a été bien éloigné de sa demeure du monde, de celle de la Synagogue, de celle de l'âme; car le salut est bien loin des pécheurs. Cet homme n'était donc plus dans sa maison quand il a dit, en se plaignant, par Jérémie: « J'ai abandonné ma demeure, j'ai délaissé mon héritage (1). » Il a emporté aussi un sac d'argent avec lui, car il avait caché au monde le trésor de sa miséricorde et de sa grâce. Mais voici que cet homme est revenu au jour de la pleine lune , de cette lune dont il est dit dans les Cantiques : « Vous êtes belle comme la lune (2) . » La lune représente donc Marie, et la pleine lune, la plénitude de Marie. C'est avec justice qu'elle est comparée à la pleine lune , puisqu'elle a été pleinement illuminée par le Soleil éternel de la splendeur de la sagesse et de la vérité. C'est avec justice que son nom signifie illuminée et illuminatrice , car cette lune qui est notre flambeau a été rendue brillante de lumière par le Seigneur , et ensuite elle a éclairé le monde , selon cette parole du Prophète :

1 Jér., 12. — 3 Cant., 6.

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« C'est vous, Seigneur, qui allumez mon flambeau; éclairez, mon Dieu, mes ténèbres (1). » Or, Cet homme est retourné en sa maison à la plénitude de la lune, quand Jésus-Christ est venu sur la terre en se faisant homme. Oh ! que cette plénitude est véritablement admirable! Si Marie a été remplie de la lumière de la sagesse qui lui fut communiquée par le soleil éternel avant qu'elle l'eût conçu dans son sein, combien plus en fut-elle remplie après qu'elle l'eut conçu dune façon si merveilleuse et qu'elle l'eut reçu en elle aussi entièrement? C'est pourquoi saint Bernard , louant cette plénitude de la sagesse en Marie, nous dit : « La céleste sagesse s'est bâti une demeure en Marie. Elle a tellement rempli son âme de sa plénitude que la Vierge en a été fécondée tout entière et que la chair et la virginité en même temps ont mis au monde, revêtue d'un corps semblable à nous , cette même sagesse qu'auparavant son esprit seul avait conçue. »

Considérons maintenant, en second lieu , comment Marie a été pleine de l'inondation de la grâce en son coeur. Cette inondation fut telle , sa profondeur et son étendue sont si admirables , que c'est avec justice qu'elle peut être appelée une mer pleine, selon cette parole : « Que la mer fasse entendre sa voix et sa plénitude aussi. (2) » De même que dans la mer se trouve l'assemblage des eaux , de même en Marie se trouve la réunion des grâces. C'est pourquoi il est écrit que la mer est appelée la réunion des eaux , et

1 Ps. 17. — 2 Paral., 16.

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l'Ecclésiastique ajoute : « Tous les fleuves entrent dans la mer (1). » Ces fleuves sont tous les dons des grâces diverses qui sont entrés en Marie , selon cette parole du Sage : « En moi se trouve toute la grâce de la vie et de la vérité (2). » Or, combien pleine est cette mer, combien pleine de grâce est Marie, saint Jérôme nous le montre en ces termes : « Marie , nous dit-il, possède une plénitude véritable; car aux autres c'est par portion seulement qu'on accorde les faveurs, tandis qu'en elle la grâce tout entière s'est répandue tout d'un coup et sans réserve (3). » Ecoutons clone maintenant cette mer si remplie, dont la voix se fait entendre contre les vices. Que la mer tonne donc et sa plénitude aussi; que la mer qui est remplie fasse retentir sa voix; que Marie pleine de grâce fasse entendre sa parole; qu'elle tonne contre la luxure en proposant la chasteté et en s'écriant : « Comment cela se fera-t-il , car je ne connais point d'homme? » Qu'elle tonne contre l'orgueil en nous montrant son humilité et en disant : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Qu'elle tonne contre l'ingratitude par ses actions de grâces et qu'elle chante : « Mon âme glorifie le Seigneur. » Il est encore dit dans les Psaumes, de la plénitude de cette mer : « Que la mer avec tout ce qui la remplit, soit toute émue (4)! Que la mer soit émue, que Marie soit émue; qu'elle soit émue de nos soupirs et de nos pénitences; qu'elle soit émue de nos larmes et de nos prières; qu'elle soit émue de nos

1 Eccl., 1. — 2 Eccli., 24. —3 Epit. 10. — 4 Ps. 95.

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aumônes et de tous les respects que nous lui rendons. Qu'elle soit, dis-je, émue pleinement, afin qu'elle répande sur nous de sa plénitude. Remarquons bien ce que saint Bernard nous dit à cette occasion : « Si un vase bien rempli est ébranlé, il se déborde facilement et il répand ce qu'il confient; ainsi la Vierge bienheureuse, si nous l'ébranlons par nos prières, répandra ses grâces sur nous. »

Considérons maintenant comment Marie est remplie réellement de la possession d'une bonne vie. Nous pouvons très-bien entendre de cette plénitude cette parole du Psaume : « La terre et tout ce qu'elle contient est au Seigneur (1). » Marie est parfaitement représentée par la terre , dont il est dit dans Isaïe : « Que la terre s'ouvre et germe le Sauveur (2). » Qu'y a-t-il de plus humble que la terre ! qu'y a-t-il de plus utile? C'est la terre qui soutient nos pas; c'est la terre qui alimente notre vie. D'où en effet tirons-nous la nourriture et le vêtement, le pain et le vin, la laine et le lin , et tous les objets nécessaires à la vie, si ce n'est de la terre et de ce qu'elle renferme ! Qu'y a-t-il donc par conséquent de plus humble? qu'y a-t-il de plus utile? De même qu'y a-t-il de plus humble ? qu'y a-t-il de plus utile que Marie ? Par son humilité , elle est au-dessous de tous, et par sa plénitude, elle est la plus utile entre tous. En cette terre remplie de tous les biens , nous trouvons ce qui peut être nécessaire à la vie de notre âme. C'est pourquoi saint Bernard nous dit : « Elevez vos regards plus haut, et voyez

1 Ps. 93.— 2 Is., 45.

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avec quelle tendresse de dévotion Dieu a voulu que nous honorions Marie, lui qui a placé en elle la plénitude de tout bien, afin que si nous avons quelque espérance, si nous recevons quelque grâce, si nous conservons quelque chance de salut, nous sachions que c'est à elle que nous en sommes redevables. »

Mais de qui vient une telle plénitude? à qui appartient-elle? Ecoutez le Psalmiste : « La terre et tout ce qu'elle renferme est au Seigneur. » Et encore : « La terre est à moi et sa plénitude aussi (1). » Or, la plénitude de la terre consiste dans les fruits et les biens qu'elle renferme selon cette parole : « La terre est toute remplie des biens dont vous la comblez (2). » Or, les fruits et les biens de cette terre inépuisable ce sont : les oeuvres, la conduite, les exemples et tous les divers mérites de la très-sainte vie de Marie; car c'est de tels biens que le Seigneur l'a remplie, ainsi qu'il est dit dans l'Ecclésiastique : « Le Seigneur a abaissé ses regards sur la terre, et il l'a comblée de ses biens (3). » Et saint Jérôme, parlant de cette plénitude, s'écrie : « Il convenait que cette Vierge fût enrichie de dons tels, qu'elle fût pleine de grâce, elle qui a donné la gloire aux cieux et Dieu à la terre; elle qui a répandu la paix au milieu de nous, procuré la foi aux nations, mis un terme aux vices, établi l'ordre en notre vie et la règle en nos moeurs (4). »

Considérons, en quatrième lieu , mes bien-aimés ,

1 Ps. 49. — 2 Ps. 103. — 3 Eccl., 16. — 4 Epist. 18.

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comment Marie est pleine de Fonction de la miséricorde, pleine de l'huile de la piété. Nous pouvons très-bien la reconnaître en cette femme qui, ayant fermé la porte de sa maison , rassembla tous les vaisseaux qu'elle possédait et les vit se remplir d'huile d'une manière miraculeuse, ainsi qu'Elisée le lui avait prédit. en lui disant : « Lorsqu'ils seront remplis, vous les ôterez (1). » Or, cette femme est vraiment Marie, qui fut appelée du nom de femme par son fils, quand il lui dit : « Femme, voilà votre fils (2). » Les vaisseaux de cette femme, ce sont les affections, les oeuvres , les désirs, les bienfaits qui dans Marie sont tous remplis de l'huile de la miséricorde; ce qui fait dire à saint Bernard : « Il n'est pas étonnant , ô Marie, que le sanctuaire de votre cœur soit rempli d'une huile abondante de miséricorde, puisque cet ouvrage inestimable de miséricorde que le Seigneur a prédestiné avant tous les siècles pour notre rédemption , a été formé d'abord en vous par le Créateur du monde (3). » Disons donc, ô mes bien-aimés, disons à Marie : « Donnez-nous de votre huile (4). » Demandons l'huile de la miséricorde pendant que nous sommes sur la terre, de peur que nous ne la demandions inutilement au jour du jugement.

Que cette maison dans laquelle les vaisseaux furent remplis ait été fermée, cela convient encore parfaitement à Marie , car Ezéchiel parle ainsi de cette fermeture : « Cette porte demeurera fermée; elle ne sera point ouverte et nul homme n'y passera, parce

1 IV. Reg., 4. — 2 Joan., 16. — 3

Depr. ad Virg. — 4 Mat., 25.

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que le Seigneur, le Dieu d'Israël est entré par elle (2) . » La porte de Marie a été fermée par le sceau de la virginité. Aucun homme n'est passé pal' cette porte , et cette virginité est demeurée parfaitement intacte. C'est dans sa naissance miraculeuse que le Seigneur y est passé. Mais parce qu'on a ramassé chez les voisins de nombreux vaisseaux afin que l'huile fut multipliée davantage, nous pouvons par ces vaisseaux entendre tous ceux qui ont participé à la plénitude de la miséricorde de Marie. Mais qui sont-ils? Saint Bernard nous le fait connaître quand il dit : « Marie a ouvert à tous les hommes le sein de sa miséricorde , afin que tous reçoivent de sa plénitude : le captif, son rachat; le malade , la guérison ; celui qui est triste, la consolation ; le pécheur , le pardon ; le juste , la grâce; l'ange, l'allégresse; enfin la Trinité entière, la gloire, et la personne du Fils, la substance de la chair pour se faire homme (2). »

Considérons comment Marie est pleine de la fécondation d'un fruit divin. Nous pouvons expliquer de cette plénitude ce passage d'Isaïe : « J'ai vu le Seigneur assis sur un trône sublime et élevé, et toute la maison était remplie de sa majesté (3). » Cette maison dans laquelle Dieu est assis sur un trône est la vierge Marie dont l'âme offrit un trône au Seigneur. O trône vraiment bienheureux ! ô trône vraiment inébranlable, selon qu'il est dit au livre des Rois : « Votre trône est inébranlable pour l'éternité (4)! » Ce trône est sublime par l'intelligence, il est élevé par l'amour.

1 Ezech., 45.— 2 Serm. de Verb.

Apoc.— 3 Is., 6.— 4 II. Reg., 18

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Il est sublime en présence de tout ce qui est homme. il est élevé au-dessus des hommes. Il est sublime en grâce , il est élevé en gloire. C'est donc sur ce trône de Marie, sur ce trône, dis-je, de son esprit que le Seigneur était assis, et le tabernacle de son corps était rempli de la majesté du Verbe incarné. C'est de cette ineffable plénitude que saint Ambroise a parlé, quand il a dit : « C'est avec raison que seule elle est appelée pleine de grâce, puisque seule elle a été mise en possession d'une grâce que nulle autre n'a obtenue, seule elle a été remplie de l'auteur de la grâce (1). » O demeure vraiment heureuse d'avoir été comblée d'une fécondité si consolante ! « Oui , elle est vraiment pleine de grâce, dit saint Bernard, celle qui a conservé la grâce de la virginité et a acquis la gloire de la fécondité (2). » Ainsi, le Seigneur s'est assis par sa grâce sur le trône de Marie, et en prenant en elle notre nature, il a rempli la demeure de son corps de sa majesté. C'est pourquoi il est dit au troisième livre des Rois : « La gloire du Seigneur avait rempli la maison du Seigneur (3).» Et Salomon s'écria : « Le Seigneur a dit qu'il habiterait dans une nuée.» La maison du Seigneur, qui est Marie, a été remplie de la gloire de la majesté divine par la nuée de l’humanité dont Dieu s'est revêtu; par cette nuée, dis-je, dont il est parlé ainsi dans l'Ecclésiastique : « Le remède à tous les maux se trouve dans l'apparition de la nuée (4). » Et encore : « Il a été comme l'étoile du

1 In Luc., lib. 2, c. 1. — 2 Hom. 3, sup. missus est.

— 3 C. 8. — 4 Eccl., 43 et 50.

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matin au milieu de la nuée. » En effet le Verbe, après avoir pris notre nature, a été vraiment comme l'étoile qui est cachée sous la nuée.

Et maintenant , mes bien-aimés, voyons comment Marie a été remplie de la perfection de l'Eglise universelle. L'Eglise a eu et a encore en ses divers saints des perfections diverses et admirables, et c'est de leur plénitude que Marie semble avoir été comblée, en sorte qu'on peut justement lui appliquer cette parole de l'Ecclésiastique : « Mon partage est dans la plénitude des saints (1). » En effet, son partage a vraiment été dans la plénitude des saints, puisque dans cet admirable partage se trouve le comble de la perfection qui brille dans les saints. Aussi saint Bernard s'écrie : « C'est avec raison que sa possession est placée dans la plénitude des saints, car elle eut la foi des Patriarches , l'esprit des Prophètes , le zèle des Apôtres , la constance des Martyrs, la sagesse des Confesseurs, la chasteté des Vierges, la fécondité de ceux que les liens du mariage ont unis, et, bien plus, la pureté des anges. Car il est écrit dans

l'Ecclésiastique : « Elle sera admirée dans l'assemblée des saints. » Et c'est assurément parce qu'elle se plaît à habiter auprès de ceux qui sont pleins de sainteté, et non auprès de ceux qui sont remplis d'iniquité, que sa possession se trouve dans la plénitude des saints et non dans la plénitude des impies. Mais elle ne se borne pas à conserver ses richesses

établies en la plénitude des saints, elle conserve les

1 Eccl., 24.

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saints eux-mêmes dans leur plénitude, de peur que cette plénitude ne vienne à s'affaiblir. Elle retient leurs vertus , de peur qu'elles ne s'échappent ; leurs mérites , de peur qu'ils ne périssent ; les démons, de peur qu'ils ne leur nuisent, et son Fils , de peur qu'il ne frappe les pécheurs. Avant Marie, il n'y avait personne qui osât ainsi retenir le Seigneur, selon que le dit le prophète Isaïe : « Il n'y a personne qui invoque votre nom, personne qui se lève et vous retienne (1). »

Méditons, en septième lieu, comment Marie a été remplie du parfum d'une renommée qui répand au loin sa bonne odeur. De même qu'un champ plein de fleurs diverses contient les parfums les plus variés , de même Marie a été remplie des suaves parfums d'une sainte renommée. A cette plénitude convient parfaitement ce que nous lisons dans la Genèse : « L'odeur qui sort de paon fils est semblable à l'odeur d'un champ plein de fleurs que le Seigneur a comblé de sa bénédiction. (2)» Ce champ, c'est Marie en qui le trésor des anges, ou plutôt tout le trésor de Dieu le Père a été caché. Heureux celui qui vend tout ce qu'il possède et achète ce champ ! L'odeur parfaite de ce champ plein de fleurs , c'est la renommée parfaite de Marie, c'est son honneur intact et parfait. C'est pourquoi saint Jérôme s'écrie : « Comme elle avait été remplie du baume d'une multitude de vertus, un parfum très-suave émanait sans cesse de sa personne et enivrait de délices les esprits célestes (3). »

1 Isa., 24. — 3 Genes., 27. — 3 Epist. 10

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La Vierge sainte peut aussi, en se glorifiant de la bonne odeur de sa renommée , s'appliquer ce passage de l'Ecclésiastique : « J'ai répandu une senteur de parfum comme le cinname et connue le baume le plus précieux, et une odeur comme celle de la myrrhe la plus excellente (1). La bonne odeur de Marie a paru extérieurement comme celle du cinname, dans ses rapports avec les hommes; comme le baume, elle s'est répandue intérieurement dans l'onction de sa piété, et comme la myrrhe, dans l'amertume des coups qu'elle reçut du ciel. La bonne odeur de Marie a été encore comme celle du cinname, dans sa vie active; comme celle du baume, dans sa vie contemplative, et comme la myrrhe, dans sa passion. Oh ! elle est vraiment riche, riche au-dessus de toute mesure, celle qui, outre tant d'autres parfums, a été si abondamment remplie du baume odorant de l'Esprit-Saint que saint Bernard a pu s'écrier sur ces paroles , l'Esprit-Saint surviendra en vous : « Ce baume précieux, ô Marie ! vous a été donné avec tant de libéralité ; il a été versé en vous avec une telle plénitude qu'il se répauul de toutes parts comme un fleuve (2). » Dieu le Père a donc pu s'écrier justement : « L'odeur qui sort de paon fils est connue celle d'un champ plein de fleurs. » Et c'est comme s'il eût dit : « L'odeur qui sort de mon Fils, la gloire de mon Fils découle sans réserve de l'honneur qu'il reçoit a de la plénitude de renommée de sa mère. » C'est pourquoi saint Jérôme dit : « La gloire de la mère se

1 Eccl., 24. — 2 Serm., in Nat. Virg.

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répand sur celui à qui elle a donné le jour. »

Considérons aussi, mes chers frères, comment Marie est pleine de l'éclat de la divine gloire, selon cette parole de l'Ecclésiastique : « L'oeuvre du Seigneur est remplie de sa gloire (1). » En effet, cette oeuvre. admirable du Seigneur n'est rien autre chose que. Marie, dont il est dit dans le même livre de l'Ecriture : « L'oeuvre du Seigneur est un vase admirable. » Cet ouvrage est véritablement admirable puisque nulle part on n'a rien trouvé qui lui fût semblable. C'est pourquoi il est écrit : « Jamais ouvrage pareil, n'a été vu dans aucun royaume de l'univers (2). » Et, assurément ni dans le royaume des cieux , ni dans le. royaume de la terre, ni dans le royaume des enfers. on ne vit rien de semblable ; car ni le ciel , ni la terre, ni les limbes ne sauraient offrir un tel ouvrage. En effet, cet ouvrage est tout rempli de la gloire du. Seigneur, qui éclate et brille avec une plénitude parfaite en Marie plus qu'en aucune pure créature. Et , si l'on en excepte l'humanité prise par le Verbe incarné, on ne découvrira jamais aucune créature en qui resplendisse une aussi grande abondance de la divine gloire qu'en Marie. Par Marie , le Seigneur possède : dans les cieux, la gloire de la réparation des anges; dans le monde, la gloire de la rédemption; dans les limbes, la gloire de la délivrance des âmes. Il la possède par la plénitude qui est en Marie. C'est pourquoi saint Anselme s'écrie avec justice : « C'est à vous seule que je m'adresse, ô ma souveraine!

1 Eccl., 42-43. — 2 III. Reg., 10.

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pour proclamer que le monde est rempli de vos bienfaits, qu'ils ont pénétré les enfers, qu'ils se sont élevés au-dessus des cieux. Car, par la plénitude de votre grâce , tous ceux qui étaient dans les limbes se sont réjouis de leur délivrance, et ceux qui étaient dans les cieux ont tressailli de joie en voyant leurs ruines réparées. » Marie, l'oeuvre du Seigneur, est donc pleine de sa gloire; car si, selon la parole d'Isaïe, la terre entière est remplie de la gloire du Seigneur (1), sans aucun doute, Marie, qui est cette terre, en est toute remplie, elle en est remplie sans réserve , puisque la gloire divine jette en elle un aussi vif éclat. Au reste, c'est avec justice qu'on dit qu'elle a été remplie de toutes ces grâces, puisqu'elle a paru si belle aux regards de tous ceux que l'ingratitude n'avait point aveuglés, et que saint Bernard a pu s'écrier : « Oui , vous êtes pleine de grâce , car vous êtes agréable à Dieu , aux anges et aux hommes : aux hommes par votre fécondité, aux anges par votre virginité, à Dieu par votre humilité. »

Enfin considérons , en dernier lieu , comment Marie est pleine de la jouissance de l'éternelle félicité. Qui ne sait qu'elle n'a point été retranchée du nombre de ceux à qui il a été dit : « Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite (2)? » Si donc la joie des Apôtres, la joie même de tous ceux qui règnent avec Dieu est pleine et parfaite, combien plus la félicité de la Mère de Dieu aura-t-elle une plénitude accomplie? Aussi saint Jérôme, parlant de

1 Is., 6 — 2 Joan., 16.

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cette plénitude, nous dit : « Celle qui est pleine de grâce , pleine de vertu , pleine de la Divinité , ne saurait ne point posséder pleinement la gloire de l'éternelle clarté. » Qu'y a-t-il d'étonnant qu'elle jouisse dans le royaume céleste avec plénitude et surabondance de la gloire et de la félicité, alors que dans l'exil elle a possédé la plénitude et la surabondance de la grâce? Qu'y a-t-il d'étonnant si dans le ciel ainsi que sur la terre sa plénitude s'élève au-dessus de ce qui se trouve en toute créature, puisque c'est de cette plénitude que toute créature tire sa force? C'est pour cela que saint Anselme s'écrie : « O femme pleine et surpleine de grâce ! c'est dans la surabondance de votre plénitude que toute créature puise sa force et sa vie. »

Ainsi, mes bien-aimés, vous voyez en Marie la plénitude brillante de la sagesse qui l'illumine, la plénitude de la grâce qui l'inonde, la plénitude de la vie qui lui fait porter des fruits abondants, la plénitude d'une miséricorde toujours secourable, la plénitude de la perfection qui se trouve en l'Eglise, la plénitude de la bonne renommée qui s'exhale comme un parfum, la plénitude si éclatante de la gloire divine, enfin la plénitude inénarrable de l'éternelle félicité.

Et maintenant , ô Vierge si riche et si abondante , rendez donc participants de votre plénitude ceux que vous voyez si pauvres et si vides, afin que nous puissions atteindre à la plénitude éternelle, par Jésus--Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

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LEÇON VIII Que le Seigneur dont il a été dit à Marie LE SEiGNEUR EST AVEC VOUS, est le Seigneur universel de tontes choses; qu'il est très-puissant , très-sage, très-opulent, très-immuable, et que c'est à tous ces titres qu'il est avec elle.

Je vous salue, Marie, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous. — Nous avons vu plus haut comment Marie, par l'innocence très-pure de sa vie, a été justement saluée par un salut de bénédiction. Nous avons ensuite considéré comment, à cause des richesses d'une grâce très-abondante, elle a été appelée pleine de grâce. Maintenant il nous faut voir comment, par la présence toute spéciale de Dieu, le Seigneur est dit avec raison avoir été avec elle. Le Seigneur est donc avec vous. O glorieux Gabriel ! vous annoncez à l'illustre Marie une grande d'osé de ce grand Seigneur. En effet, c'est quelque chose de grand que ce qui est signifié par cette parole : Le Seigneur est avec vous. Mais montrez-nous combien ou comment il est avec elle? Saint Augustin répondant en la personne de l'Ange dit : « Le Seigneur est avec vous, mais plus qu'il n'est avec moi. Le

Seigneur est avec vous, mais non de la même manière qu'il est avec moi. Il est bien vrai que le

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Seigneur est en moi; c'est lui qui m'a créé, mais c'est par vous qu'il doit naître (1). » Le Seigneur est avec vous , ô Marie! niais quel est ce Seigneur? Quelle est sa grandeur? C'est celui qui est d'une manière générale le Seigneur de la terre et de toutes choses; d'une manière spéciale le Seigneur des hommes, d'une manière toute singulière votre Seigneur, ô Marie! Il est, dis-je, en général le Seigneur universel de toute créature, spécialement le Seigneur de la nature raisonnable, singulièrement le Seigneur de votre sein virginal , ô Marie !

Il nous faut donc considérer, mes bien-aimés, que ce Seigneur dont il est dit : Le Seigneur est avec vous, est en général le Seigneur universel de tout ce qui est créé. C'est pour exprimer cette vérité que Judith a dit : « Vous êtes le Dieu des cieux, le créateur des eaux et le Seigneur de toute créature (2). » Et le Sage: « Le Seigneur de toutes choses l'a aimée (3). » Et sans aucun doute il a universellement ce domaine de toutes choses, je veux dire de tout ce qui est visible et invisible. Mais ce Seigneur dont l'empire s'étend ainsi sur tout ce qui existe, a été avec Marie de telle sorte qu'il l'a rendue souveraine de tout ce qui lui est soumis, souveraine du ciel, dis-je, souveraine du monde. C'est pourquoi saint Anselme s'écrie : « 0 Reine du ciel et souveraine du monde , Mère de celui qui purifie le inonde, je confesse devant vous combien mon corps est immonde. » Mais ce Seigneur universel de toutes choses est en même temps un

1 Serm. 18, de Temp. — 2 Judith , 9. — 3 Sap., 8.

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Seigneur très-puissant , un Seigneur très-sage , un Seigneur très-opulent, un Seigneur très-immuable, car un Seigneur sans puissance, sans sagesse, sans richesse, sans stabilité, ne serait Seigneur que d'une manière imparfaite; et s'il était impuissant, insensé, pauvre et instable, il ne jouirait d'aucune considération. Le Seigneur universel est donc tout-puissant par sa volonté, souverainement sage par sa vérité , infiniment riche par ce qu'il possède en lui-même, et vraiment immuable par son éternité.

Et d'abord , mes chers frères , remarquez comment le Seigneur universel qui fut avec Marie étant tout-puissant par sa volonté , c'est avec vérité que le Prophète a dit de lui : « Il a fait fout ce qu'il a voulu au ciel et sur la terre, dans la mer et dans tous les abîmes (1). »Ainsi au ciel, sur la terre et dans les profondeurs de l'enfer, il n'est personne qui puisse résister à la volonté de ce puissant Seigneur, selon cette parole de Mardochée : « Seigneur, Roi tout-puissant, toutes choses ont été placées sous votre empire, et il n'est personne qui puisse faire obstacle à votre volonté (2). » Et voilà, ô Marie, quel grand, quel puissant Seigneur est avec vous ! C'est pourquoi , vous aussi , vous êtes toute-puissante avec lui , toute-puissante par lui, toute-puissante auprès de lui, en sorte que vous pouvez vous écrier avec vérité, ainsi qu'il est dit dans l'Ecclésiastique : « Ma puissance est en Jérusalem (5) ! » Jérusalem signifie l'Eglise qui triomphe dans les cieux, elle signifie l'Eglise qui combat,

1 Ps. 145. — 2 Esth., 15. — 3 Eccl., 24.

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sur la terre. Et en vérité la Mère très-puissante du Créateur exerce son empire dans le ciel et sur la terre. Saint Anselme reconnaît sa puissance , et il nous le dit quand il s'écrie : « Exaucez-moi , ô Vierge très-tendre; assistez-moi, Vierge miséricordieuse; aidez-moi , Vierge très-puissante , afin que les souillures de mon âme soient anéanties. » Le Seigneur est donc avec vous , ô très-puissante Marie !

Voyez, en second lieu, comment ce Seigneur universel qui est avec Marie , est plein de sagesse par la vérité qu'il possède. C'est de lui qu'il est dit au livre des Psaumes : « Le Seigneur est grand. Sa puissance est infinie et sa sagesse n'a point de bornes. » Oh ! combien en effet est sage ce Seigneur dont rien ne saurait tromper la sagesse, ni se soustraire à sou action , dont le regard embrasse ce qui est exposé au grand jour et ce qui est enseveli dans les ténèbres ! Toutes nos oeuvres bonnes ou mauvaises, toutes nos paroles saintes ou profanes, toutes nos pensées, tous nos désirs , quelle que soit leur nature, le Seigneur connaît tout. Ce qui a fait dire à saint Pierre : « Seigneur, vous savez toutes choses (1). » Tel est donc le Seigneur qui est avec vous, ô Marie; telle est sa sagesse; et comme ce Seigneur infiniment sage est avec vous dans la plénitude de cette sagesse, avec lui vous êtes souverainement sage, par lui vous abondez en sagesse. Aussi avez-vous été marquée par cette Abigaïl , dont il est dit : « C'était une femme très-prudente et fort belle (2). » Marie était aussi prudente

1. Joan. 21. — 2 1 Reg., 25.

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qu'elle était belle, en sorte que saint Anselme ne craint pas de dire : « En Marie sont tous les trésors de la science et de la sagesse. » Le Seigneur est donc avec vous, ô très-sage Marie !

Considérez maintenant, mes bien-aimés, comment ce même Seigneur est un Seigneur très-opulent par les biens soumis à son empire. C'est de lui que le Prophète a dit avec vérité : « La terre et tout ce qu'elle contient est au Seigneur. Oui, toute la terre et tous ceux qui l'habitent, sont à lui (1). » Et ce n'est pas seulement la terre et toute son étendue, c'est encore le ciel et tout ce qu'il renferme , que possède le Seigneur ; car il est écrit aussi : « Les cieux sont à vous et la terre vous appartient. » Et encore : « Le ciel des cieux est au Seigneur (2). » Ainsi , le Seigneur possède en toute propriété le ciel et la terre. Les choses corporelles et les choses spirituelles, la nature entière, toute grâce, toute gloire céleste font partie de son domaine. Ses richesses sont donc immenses, selon que le dit l'Apôtre : « Il est le Seigneur de tous; il est riche en faveur de tous ceux qui l'invoquent (3). » Voilà donc, ô Marie, quel Seigneur est avec vous! voilà quelles sont ses richesses ! Et comme elles sont infinies , comme c'est avec ces trésors qu'il est avec vous, avec lui, vous êtes abondante en toutes sortes de biens, et l'on peut en toute vérité vous appliquer ces paroles des Proverbes : « Beaucoup de filles ont amassé des richesses, mais vous les avez toutes surpassées (4). » Agnès, Lucie, Cécile, Agathe, Catherine

1 Ps. 23. — 2 Ps. 115.— 3 Rom. 10. — 4 Prov., 31.

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et une foule d'autres vierges ont amassé des trésors de vertus , de grâces , de mérites et de récompenses ; mais, ô Marie ! vous les avez toutes surpassées de la manière la plus excellente. Oh ! combien Marie est riche dans la gloire, elle qui fut si riche dans le séjour de la misère! Combien elle est riche dans les cieux, quand ses trésors furent tels en ce monde ! Combien elle est riche en son âme, alors qu'elle le fut avec tant d'abondance en sa chair! Aussi saint Bernard s'écrie-t-il : « O Marie, vous êtes riche en toutes choses, vous êtes riche par-dessus tous les

hommes, puisqu'une faible portion de votre substance donnée généreusement a suffi pour détruire les crimes du monde entier. » Le Seigneur est donc avec vous , ô très-opulente Marie !

Voyons enfin comment le Seigneur est souverainement immuable par son éternité. Nous lisons dans l'Exode : « Le Seigneur régnera dans l'éternité et au-delà (1). » Et dans le livre des Psaumes : « Pour vous, Seigneur, vous demeurez éternellement (2). » Et c'est un Seigneur aussi grand , un Seigneur aussi immuable qui est avec vous, ô Marie; et comme il y est avec sa souveraine immutabilité, c'est pourquoi vous êtes avec lui de la manière la plus immuable pour l'éternité. Vous êtes ce trône inébranlable, ce trône éternel, ce trône du Fils dont le Père a dit par le Prophète : « Son trône sera éternel en ma présence comme le soleil, comme la lune qui est dans son plein (3); il y sera éternel et véritablement éternel. » C'est

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