Œuvres spirituelles (page 18)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 Exod. 15. — 2 Ps. 101. — 3 Ps. 88.

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pourquoi nous ne parlons pas seulement selon la vérité lorsque nous disons : « Vous demeurez éternellement, Seigneur, » mais nous pouvons encore nous écrier avec la même vérité : « Pour vous, ô notre souveraine, vous demeurez éternellement. » Et qu'y a-t-il d'étonnant que Marie soit immuable pour l'éternité en son Fils , puisque les bienfaits de cette Vierge persévèrent durant l'éternité en ses serviteurs? Car saint Bernard a dit : « En vous, ô Marie, les anges trouvent la félicité; les justes, la grâce; les pécheurs le pardon pour l'éternité. » Le Seigneur est donc avec vous, ô très-immuable Marie !

Réjouissez-vous maintenant, ô Vierge ! Voilà que le Seigneur tout-puissant est de telle sorte avec vous que vous êtes toute-puissante avec lui; le Seigneur très-sage y est de telle sorte qu'avec lui vous êtes pleine de sagesse ; le Seigneur infini en richesses, de telle sorte qu'avec lui vous êtes en possession de toute richesse ; le Seigneur très-immuable , de telle sorte que vous partagez son immutabilité. Et maintenant, ô très-puissante souveraine, venez en aide à notre impuissance sans limites; Reine très-sage, soyez le secours et le conseil de notre folie; Reine très-opulente , enrichissez notre indigence ; Reine très-immuable , donnez la persévérance à nos efforts défaillants en toutes sortes de biens !

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LEÇON IX. Que le Seigneur dont il a été dit à Marie : LE SEIGNEUR EST APEC VOUS, est d'une manière spéciale le Seigneur très-bon, très-juste, très-fidèle, très-illustre de la créature raisonnable, et que c'est à ces titres aussi qu'il est avec Marie.

Il nous faut donc considérer comment ce Seigneur dont il est dit : « Le Seigneur est avec vous, est d'une manière spéciale le Seigneur de la créature raisonnable , selon que cette même créature le proclame en s'écriant : « Seigneur, qui êtes notre Seigneur, combien votre nom est admirable dans toute la terre (1) ! » De même donc qu'il est en général le Seigneur de toutes choses, de même il l'est pour nous d'une façon toute spéciale. Isaïe nous l'atteste quand il nous dit : « Le Seigneur est notre juge, le Seigneur est notre législateur, le Seigneur est notre roi (2). » Il est notre législateur en ce monde , notre juge après la mort, et notre roi lorsqu'il nous couronne dans les cieux. Et ce Seigneur si spécial des hommes a été avec Marie de telle sorte qu'il l'a rendue aussi notre souveraine spéciale. C'est ce qu'avait reconnu saint Bernard quand il a dit : « O vous , qui êtes notre souveraine, notre médiatrice, notre avocate, réconciliez-nous avec votre Fils, parlez pour nous à votre Fils,

1 Ps. 8. — 2 Is., 33.

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présentez-nous à votre Fils. » Mais ce Seigneur si spécial est un Seigneur très-bon, un Seigneur très-juste, un Seigneur très-véridique, un Seigneur très-illustre. Et, en effet , un Seigneur qui ne serait point bon par l'effusion de ses bienfaits , juste dans ses jugements, fidèle dans ses promesses , glorieux parmi les peuples, ne jouirait point de la considération due à sa qualité. Le Seigneur est donc très-bon par sa libéralité, très juste par son équité, très-véridique par sa fidélité, et très-illustre par l'éclat de sa gloire.

Et d'abord , mes bien-aimés, voyez comment celui qui est notre Seigneur spécial est bon par la libéralité de son infinie miséricorde. C'est de lui que le Prophète a dit : « Seigneur, vous êtes rempli de douceur et de bonté, et vous répandez vos miséricordes avec abondance sur tous ceux qui vous invoquent (1). » Les miséricordes du Seigneur sont abondantes dans les nombreux bienfaits temporels , spirituels et éternels dont il nous a comblés et dont il ne cesse de nous combler par la tendresse extrême qu'il nous porte. Puissions-nous n'être point ingrats envers les miséricordes si admirables de notre Dieu! Puissions-nous envers une tendresse si éclatante être pleins de re-connaissance et nous écrier avec Isaïe : « Je me souviendrai des miséricordes du Seigneur; je chanterai ses louanges pour toutes les grâces qu'il nous a faites (2) ! »

Voilà , ô Marie ! quel bon, quel miséricordieux Seigneur est avec vous; et comme il y est avec l'immensité

1 Ps. 85. — 2 Is., 63.

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de ses miséricordes; vous élis avec lui également surabondante en miséricordes , en sorte que nous pouvons en toute vérité vous appliquer cette parole d'Isaïe : « Son trône sera établi dans la miséricorde, et il s'y assiéra dans la vérité (1). » Marie est ce trône de la miséricorde , elle est la mère de la miséricorde, et en elle tous trouvent les consolations de la miséricorde. Nous avons un Seigneur très-miséricordieux; nous possédons une souveraine également miséricordieuse. Les miséricordes de notre Seigneur sont abondantes sur tous ceux qui l'invoquent; les miséricordes de notre souveraine se répandent avec une pareille abondance sur tous ceux qui l'implorent. C'est pourquoi saint Bernard a dit excellemment : « Qu'il cesse de parler de votre miséricorde celui qui, vous ayant invoquée dans ses besoins, se souviendra de vous avoir trouvée insensible (2). » Le Seigneur est donc avec vous , ô très-miséricordieuse Marie !

Considérez, en second lieu , comment ce Seigneur qui est avec Marie, est juste et équitable, selon que le dit si bien le Psalmiste en ces paroles : « Le Seigneur est juste, et il aime la justice, » et encore : « Vous êtes juste, Seigneur, et votre jugement est plein d'équité (3).» Sans aucun doute le Seigneur est juste en tous ses jugements, en toute cause et en toute action, ainsi qu'il est écrit encore dans les Psaumes : « Le Seigneur est juste dans toutes ses voies (4). » Et il est tellement juste en toute voie de la justice, qu'il ne

3 Ps. 10-118. — 3. Ps. 144.

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saurait , en considération de personne, s'en écarter. Aussi est-il dit de ce même Seigneur avec vérité : « Dieu ne fera d'exception pour personne, lui qui est le dominateur de tous, et il ne s'inquiétera pas de la grandeur de qui que ce soit, car il a créé les grands comme les petits, et il a un soin égal de tous (1). » C'est ce Seigneur si plein de justice qui est avec vous, ô Marie ! et comme il est avec vous dans la plénitude de sa justice, avec lui vous êtes aussi souverainement juste. Vous êtes cette verge d'Aaron qui est droite , couverte de fleurs et de fruits. Cette verge est droite, ou plutôt parfaitement droite , par la justice et l'équité ; elle est couverte de fleurs par la virginité ; elle est abondante en fruits par la fécondité. Et quelle verge serait droite, si ce n'était celle d'Aaron? quelle furie serait juste , si ce n'était Marie? Ce qui a fait dire à saint Bernard : « Où serait la justice, si ce n'était en Marie, de qui est né le Soleil de justice (2)?» Le Seigneur est donc avec vous , ô très-juste Marie !

Remarquez, en troisième lieu, comment ce même Seigneur est un Seigneur très-véridique par sa fidélité, et très-fidèle par sa véracité, selon que le Prophète l'atteste, en disant : « Le Seigneur est fidèle en toutes ses paroles (3). » Rappelez-vous donc ces discours dans lesquels il a promis la couronne aux justes, et l'enfer aux pécheurs , et sachez que ce fidèle Seigneur tiendra fidèlement sa parole, qu'il accomplira fidèlement ce qu'il a avancé, ainsi qu'il le déclare dans Ezéchiel : « C'est moi, le Seigneur, qui ai parlé, et

1 Sap., 6. — 2 Serm. de Aquæductu. — 3 Ps. 144.

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j'exécuterai ce que j'ai annoncé (1). » Oui , sans aucun doute, ce très-fidèle serviteur tiendra irrévocablement ce qu'il a promis; car il a dit lui-même dans l'Evangile : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point (2) ! Et ce Seigneur si fidèle est avec vous, ô Marie ! Il y est avec cette fidélité saris bornes, et ainsi avec lui vous possédez également une fidélité sans mesure. Vous êtes cette colombe très-fidèle de Noé, qui s'est placée, médiatrice inébranlable, entre le Dieu suprême et le monde submergé par un déluge spirituel. Le corbeau fut infidèle, niais la colombe garda la fidélité. Ainsi, Eve fut infidèle et devint une médiatrice de perdition ; Marie fut pleine de fidélité, et elle est une médiatrice de salut. C'est pourquoi saint Bernard a dit : « Marie a été la médiatrice fidèle qui offrit à tous les hommes le remède du salut (3). » Le Seigneur est donc avec vous, ô très-fidèle Marie !

Enfin, nies bien-aimés, voyez, en dernier lieu, comment ce Seigneur est très illustre par l'éclat de sa gloire. Son nom est grand, au témoignage de Jérémie. qui a dit, en parlant de ce Seigneur : « Il n'est personne semblable à vous, Seigneur; vous êtes grand et votre nom est grand (4). » Le nom du Seigneur est grand chez tous les peuples par la renommée et par les louanges dont il est l'objet, ainsi que nous le montre le Psalmiste , en disant : « Que les rois de la terre et tous les peuples, que les princes et tous les juges de la terre, que les jeunes hommes et les jeunes

1 Ezech., 30. — 2 Mat., 15. — 3

Serm. in verb. Apoc. — 4 Jér., 10.

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filles, les vieillards et les enfants louent le nom du Seigneur (1). » Mais la louange et la renommée du Seigneur ne s'étendent pas seulement à tous les peuples , elles embrassent encore tous les temps , selon cette parole du même Prophète : « Que le nom du Seigneur soit béni maintenant et dans tous les siècles (2). » Et non-seulement cette louange et cette renommée embrassent tous les temps et tous les peuples, mais encore elles remplissent tous les lieux du monde : « car le nom du Seigneur est digne d'être loué depuis le lieu oit se lève le soleil jusqu'à celui où il se couche. » Tel est, ô Marie! le glorieux Seigneur qui est avec vous; et comme il y est avec tout l'éclat de sa gloire et de sa renommée, avec lui vous êtes aussi très-illustre et très-glorieuse. Aussi avez-vous été bien désignée par cette Ruth dont il est dit « qu'elle soit un exemple de vertu en Ephrata, et que son nom soit célèbre dans Bethléem (3), » c'est-à-dire dans l'Eglise. O Marie, dont le nom est si célèbre, comment ce nom pourrait-il être sans gloire, alors qu'il ne saurait être proféré pieusement sans apporter quelque avantage à celui qui le prononce? Saint Bernard, votre serviteur, nous en est garant quand il s'écrie : « O grande, ô pieuse Marie, ô Vierge digne de toute louange ! Vous ne sauriez être nommée sans embraser d'amour. Ceux qui vous aiment ne sauraient penser à vous sans éprouver de consolation en leurs coeurs; vous ne pénétrez

jamais le sanctuaire d'une mémoire qui vous chérit,

1 Ps.148.— 2 Ps. 112.— 3 Ruth, 4.

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sans y répandre le parfum de douceur que le Ciel a mis en vous (1). » Marie a donc été marquée, mes bien-aimés frères, par Judith, cette femme d'un nom si glorieux, dont il a été dit : « Elle était très-illustre aux yeux de tous, parce qu'elle craignait le Seigneur, et il n'y avait personne qui dit la moindre parole à son désavantage (2). » Ainsi Marie est illustre par ses vertus et ses exemples si dignes de louanges, plus illustre encore par ses miséricordes et ses inénarrables bienfaits , très-illustre enfin par les grâces et les privilèges qu'elle reçut. Qu'y a-t-il, en effet, de plus admirable que d'être vierge et mère en même temps, que d'être la mère de Dieu? Qu'y a-t-il d'étonnant que Marie soit glorieuse dans le monde par les mille bienfaits de sa miséricorde , quand la seule faveur accordée à Théophile a suffi pour illustrer son nom? C'est, dit saint Bernard, un témoignage glorieux de votre souveraine bénignité , que ce Théophile rétabli par vous dans son premier état. » Le Seigneur est donc avec vous , ô très-illustre Marie !

Et maintenant réjouissez-vous, ô Marie ! Le Seigneur très-misérieordicux est avec vous de telle sorte qu'avec lui vous êtes très-miséricordieuse; le Seigneur très-juste y est de telle façon que vous participez à la plénitude de sa justice; le Seigneur très-fidèle est avec vous pour vous rendre aussi très-fidèle; le Seigneur très-glorieux est avec vous pour vous faire partager la gloire de son nom. En ce jour donc, ô très-douce Marie, par votre tendresse très-miséricordieuse, sauvez

1 ln Laud. B. Virg. — 2 Judith, 8.

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notre impiété; très juste Marie, sauvez notre injustice par la justice de votre équité; très-fidèle Marie, sauvez notre perfidie par votre inébranlable fidélité; très-illustre Marie, sauvez notre infamie par le parfum plein de suavité de votre renommée.

LEÇON X. Que le Seigneur dont il a été dit à Marie : LE SEIGNEUR EST AVEC VOUS, est avec elle d'une manière si particulière qu'elle est sa très-noble Fille, sa très-digne Mère, sa très chaste Épouse, et sa servante toute dévouée.

Après ce que nous venons d'exposer, mes bien-aimés, il nous reste encore à considérer que ce Seigneur dont il est dit à Marie : « Le Seigneur est avec vous, n'est pas seulement en général le Seigneur de tout ce qui existe, ni seulement d'une manière spéciale le Seigneur de la créature raisonnable ; ruais qu'il est d'une façon toute singulière le Seigneur du temple virginal de sa très-sainte Mère. Marie est d'une manière vraiment particulière , tant en son corps qu'en son âme, le palais du Seigneur, la maison de Dieu, dont il est dit dans les Psaumes : « Seigneur, la sainteté convient à votre demeure (1). » O demeure singulièrement bienheureuse, qui a seule été digne de recevoir d'une manière aussi extraordinaire un semblable Seigneur ! Aussi saint Bernard s'écrie-t-il :

1 Ps. 92.

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« Vous seule avez été trouvée digne que le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, descendant des splendeurs de sa gloire, choisit sa première demeure parmi les enfants des hommes dans votre sein virginal (1). » Et ce Seigneur si spécial de Marie a été si particulièrement avec elle, qu'il en a fait une souveraine toute extraordinaire qui avant elle n'avait point eu de semblable, et qui n'en eut point après; car elle est devenue d'une façon toute singulière la fille du Seigneur, la mère du Seigneur, l'épouse 'du Seigneur, la servante du Seigneur. En effet, elle est d'une manière réellement singulière la noble fille du Seigneur, sa mère généreuse , son épouse glorieuse , sa servante inestimable et très-humble. Et si nous voulons la mettre en rapport avec les trois personnes divines , nous pouvons dire que ce Seigneur , qui est si particulièrement avec Marie, est le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui sont trois et un seul Seigneur à la fois. Le Père est son Seigneur, car Marie est sa très-noble fille ; le Fils est son Seigneur , car elle est sa très-digne Mère; le Saint-Esprit est son Seigneur, car elle est son Epousc pleine de justice; enfin le Dieu triple et un est son Seigneur, car clic est sa servante très-soumise. Oui , Marie est la fille de celui qui est la souveraine éternité, la mère de l'éternelle vérité, l'épouse de l'infinie bonté, la servante de la suprême Trinité.

Remarquez donc , en premier lieu , mes chers frères, que ce Seigneur, qui est d'une manière si particulière avec Marie , est celui dont elle est la très-noble

1 In Laud. B. Virg.

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fille. C'est de lui, c'est de cette fille que l'on peut entendre ce que Booz a dit : « Vous êtes bénie du Seigneur, ô ma fille, car cette dernière miséricorde que vous témoignez surpasse la première (1).» Oui, Marie est vraiment bénie du Seigneur, du souverain Seigneur, dis-je, dont elle est la fille. O fille véritable et glorieuse du très-glorieux Roi ! vous avez été embellie intérieurement d'une grâce si abondante qu'on peut , sans crainte de se tromper , dire de vous : « Toute la gloire de celle qui est fille du Roi, lui vient du dedans d'elle-même (2). » C'est pour cela qu'elle a été appelée, comme la fille du Roi céleste, à régner avec une gloire sans mesure; ce qui fait dire à saint Bernard : « Vous êtes une fille admirable et comblée de toute grâce; vous êtes pleine de charmes au milieu des délices qui vous environnent, et vous avez été élevée à la gloire dont votre beauté était digne; vous avez été exaltée comme un objet d'amour. » Cette fille bénie a dépassé son ancienne miséricorde par celle qui a suivi. En effet, la miséricorde de Marie envers les misérables fut grande pendant qu'elle était en ce monde, mais aujourd'hui qu'elle voit la misère infinie des hommes, elle leur en témoigne une bien plus grande par les bienfaits innombrables qu'elle répand sur eux. Aussi par l'éclat de sa première miséricorde, elle est belle comme la lune, et par la splendeur de celle qu'elle exerce maintenant, elle est brillante comme le soleil. Car, de même que le soleil l'emporte sur la lune par la grandeur

1 Ruth, 3. — 2 Ps. 44.

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de sa lumière, de même la miséricorde que Marie déploie à notre égard aujourd'hui, l'emporte sur celle qu'elle avait sur la terre. Quel est celui sur qui ne descend point la lumière du soleil et de la lune? Quel est celui sur qui ne brille point la miséricorde de Marie? Ecoutez ce que saint Bernard pense à ce sujet : « De même, dit-il, que le soleil se lève indifféremment sur les bons et sur les méchants , ainsi Marie, étant invoquée, ne discute point les mérites, mais elle se montre exorable à tous, pleine de clémence envers tous; elle compatit avec une abondante affection aux besoins de tous (1). » Le Seigneur est donc avec vous, ô Marie ! comme un père avec sa très-noble fille.

Voyez , en second lieu , mes bien-aimés , comment ce même Seigneur est celui dont Marie est la très-digne Mère. C'est de lui , c'est de cette mère qu'Elisabeth a dit : « D'où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi (2) ? » Elle est Mère du Seigneur et Vierge en même temps; elle est sa Mère vraiment digne , la Mère seule qui pût con-venir à un tel Fils , la Mère à qui un tel Fils pouvait seul convenir ; la Mère qu'il n'était pas au pouvoir de Dieu de faire plus parfaite. Il pouvait créer un monde plus grand , un ciel plus élevé; mais il n'était pas en sa puissance de créer une mère plus parfaite que la Mère de Dieu. C'est pourquoi saint Bernard nous dit : « Une mère autre qu'une vierge ne pouvait convenir à Dieu ; un fils autre que Dieu ne

1 Serm. in Verb. Apoc. — 2 Luc., 1.

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pouvait convenir à une vierge; il ne pouvait naître une mère plus grande parmi les mères, ni un fils plus parfait parmi les hommes (1). » Or, cette Mère est la fleur de la miséricorde, elle est la Mère du soleil de justice , la Mère de la source de la sagesse , la Mère du Roi de gloire. Elle est, dis-je, la Mère de celui dont la miséricorde nous excite à l'amour, la justice à la crainte, la sagesse à le connaître, la gloire à mettre notre espérance en lui. Son Fils, en effet, est véritablement notre amour par sa miséricorde, notre crainte par sa justice , l'objet de notre connaissance par sa sagesse, notre espérance par sa gloire ; en sorte qu'à Marie convient dans la vérité cette parole de l'Ecclésiastique : « Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science et de l'espérance sainte. »

Mais est-ce donc seulement de Jésus-Christ que Marie est la Mère? Non, sans doute, et il nous est doux de l'entendre. Marie est à un titre unique et particulier la Mère du Sauveur, mais elle est d'une manière générale la Mère de tous les fidèles. C'est ce qui a fait dire à saint Ambroise : « Si Jésus-Christ est le frère de tous ceux qui croient, pourquoi donc celle qui lui a donné le jour ne serait-elle pas également leur Mère? » Ainsi , mes bien-aimés, réjouissons-nous, et , dans l'ardeur de notre joie ,

écrions-nous : « Béni soit le Frère par qui Marie est devenue notre Mère ! Saint Anselme disait à cette occasion : « O souveraine, notre Mère, par qui nous

1 Hom. 2, sup. missus est.

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avons possédé un tel Frère, quelles actions de grâces pourrons-nous vous rendre? par quelles louanges pourrons-nous vous célébrer? » Le Seigneur est donc avec vous, ô Marie! comme un fils avec sa très-digne Mère.

Remarquez, en troisième lieu, que ce Seigneur est le même dont Marie est l'épouse très-pure. C'est de ce Seigneur aussi bien que de cette épouse que l'on peut entendre ce passage d'Osée : « Je vous rendrai mon épouse par une alliance de justice et de jugement, de compassion et de miséricorde. Je vous rendrai mon épouse par une inviolable fidélité, et vous saurez que c'est moi qui suis le Seigneur (1). » Telle est la beauté de cette épouse. Par rapport à elle-même , elle est belle par la justice et le jugement ; par rapport au prochain , elle brille par la compassion et la miséricorde; et par rapport à Dieu, elle se montre pleine de charmes par une inviolable fidélité. Oui , elle est belle par la justice de sa vie et par le jugement de sa conscience ; belle par la miséricorde de son amour et par les actes de sa compassion; belle par sa fidélité à embrasser tout ce que la foi offrait de mystères à sa raison , par sa fidélité à croire tout ce qui devait s'accomplir en elle, selon cette parole : « Vous êtes bienheureuse d'avoir cru, car les choses qui vous ont été annoncées par le Seigneur recevront en vous leur accomplissement. » Mais cette épouse de l'Esprit-Saint, de même qu'elle était pleine de grâces dans tous les actes de sa vie, de même elle était pleine

1 Ose., 2.

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de douceur dans ses paroles, ainsi qu'il est dit dans les Cantiques : « Vos lèvres, ô mon épouse, sont comme un rayon d'où distille le miel, car le miel et le lait sont sous votre langue (1). » Oh ! combien de fois ces lèvres si douces de Marie ont-elles distillé un langage plein de suavité! Le lait et le miel n'étaient-ils pas sous sa langue dans les deux réponses qu'elle fit à Gabriel? Le lait n'y était-il pas lorsqu'elle proféra cette douce parole de continence : « Comment cela se fera-t-il, car je ne connais point d'homme? » Le miel en était-il absent, lorsqu'elle répondit d'une manière aussi délectable que le miel : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole? » C'est par la suavité de ces délicieuses paroles que les cieux sont devenus par le monde entier comme une rosée qui verse le miel. Marie eut encore le miel sous sa langue dans les saintes prières qu'elle répandit en présence de Dieu; elle eut du lait sur ses lèvres dans les entretiens si pleins de charmes qu'elle avait avec le prochain. Voilà donc quel était l'éclat, quelle était la douceur de cette épouse du souverain Consolateur. Quelle est, dit saint Augustin, cette Vierge si sainte que l'Esprit-Saint daigne venir à elle, si belle que Dieu la choisisse pour son épouse (2)? » Le Seigneur est donc avec vous, ô Marie ! comme un époux avec son épouse brillante de beauté.

Enfin, mes bien-aimés, ce Seigneur qui est avec Marie d'une façon si intime, est celui dont elle fut la servante très-dévouée, selon qu'elle l'atteste elle-même

1 Cant., 4. — 2 Serm. 55, de Sanctis.

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en disant : « Voici la servante du Seigneur. » Marie est la servante du Père, la servante du Fils, la servante du Saint-Esprit. Et qu'y a-t-il d'étonnant qu'elle soit la servante d'un pareil Seigneur, puisque le Fils de Marie est lui-même le serviteur de ce même souverain selon l'humanité qu'il a prise en sa Mère? Car lui-même le confesse dans les Psaumes en disant : « O Seigneur! voilà que je suis votre serviteur et le fils de votre servante. » Oh! combien elle est une servante parfaite, combien excellent est le fils de cette servante ! Mêlas ! combien ne sont que des servantes mauvaises , combien dont les enfants ne sont que des enfants pervers? Mais, que dit l'Ecriture? « Chassez la servante et son enfant (1). » On lit dans la Genèse, de la servante de Sara, que, voyant qu'elle avait conçu , elle méprisa sa maîtresse. La servante mauvaise , Agar, devient mauvaise en devenant féconde, et n'a plus que du mépris pour sa maîtresse ; mais la servante qui est humble attire les regards du Seigneur ainsi qu'elle le confesse avec tant d'humilité quanti elle dit : « Le Seigneur a regardé la bassesse de sa servante. » O âme chrétienne, servante du Seigneur, devenez féconde avec Marie, mais de telle sorte que vous n'abandonniez pas l'humilité. Et pour ne pas vous enfler de la fécondité de quelque bonne couvre , pour devenir, au contraire, plus féconde par l'humilité, tenez les yeux attachés sur l'humble servante, considérez l'humble Marie. « Voici, dit-elle, que je suis la servante du Seigneur. » Ce qui fait que saint

1 Gen., 16.

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Ambroise s'écrie : « Voyez quelle est son humilité, quelle est sa piété : « elle se dit la servante du Seigneur alors qu'elle est choisie pour en être la mère , et une faveur aussi inattendue ne contribue en rien à l'exalter (1). » O humilité vraiment admirable !

Mais ce n'est pas seulement du Seigneur qu'elle est la servante; elle daigne d'une certaine manière l'être encore des serviteurs mêmes du Seigneur , car elle a été figurée par cette Abigaïl qui , lorsque David l'envoya chercher par quelques-uns de ses gens, répondit : « Votre servante serait trop heureuse d'être employée à laver les pieds des serviteurs de mon Seigneur (2). » Par Marie, la servante bénie, autant de serviteurs du Seigneur ont été lavés, qu'il y en a eu de purifiés de leurs péchés par ses supplications; car autant il s'en est trouvé à qui elle a obtenu les larmes de la componction, autant à qui elle a offert l'eau qui a purifié leurs pieds. Le Seigneur est donc avec vous, ô Marie! comme avec une servante pleine de dévouement; avec vous est le Seigneur que nous appelons le Père, avec vous le Seigneur que nous appelons le Fils, avec vous le Seigneur que nous appelons le Saint-Esprit. C'est pourquoi saint Bernard a dit : « Le Père est avec vous, qui a rendu son Fils votre fils; avec vous est le Fils, qui , pour accomplir en vous un mystère si admirable, s'est ouvert d'une manière si miraculeuse le sanctuaire de votre sein, et a conservé intact le sceau de votre

1 In Luc., 2. — 2 I Reg., 21.

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virginité ; avec vous est aussi l'Esprit-Saint, qui, avec le Père et le Fils, a sanctifié votre maternité (1). » Le Seigneur est donc avec vous , ce Seigneur dont vous êtes la fille la plus glorieuse, la mère la plus admirable, l'épouse la plus aimable, la servante la plus humble qui fut et qui sera jamais dans toute la suite des temps. Mais, ô notre souveraine, puisqu'un Seigneur aussi grand et aussi illustre est de telle sorte et avec une telle intimité avec vous, faites qu'il soit aussi avec nous par sa grâce.

LEÇON XI. Que Marie, et pour elle-même et par rapport à nous, est très-justement comparée à l'aurore.

Le Seigneur est avec vous. — Le dévôt serviteur de Marie, saint Anselme, faisant pieusement allusion à ces douces paroles , s'écrie : « Je vous en supplie, ô Marie, au nom de cette grâce par laquelle le Seigneur a voulu être de la sorte avec vous et que vous fussiez ainsi avec lui , agissez à cause de lui avec moi selon cette même grâce dans toute votre miséricorde; faites que votre amour règne toujours en moi , et que votre sollicitude ne m'abandonne jamais; que votre vigilance sur mes besoins soit aussi persévérante que leur durée, et que le pieux souvenir de votre tendresse m'accompagne chacun

1 Homel. 3, super missus est.

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des jours de ma vie; faites que je ne cesse jamais de me réjouir de votre béatitude; et vous, ne cessez jamais de compatir à ma misère selon que vous savez qu'il m'est avantageux. » Le Seigneur est donc avec vous, ô Marie ! Oui, il est, il a été, il sera avec vous. Il est avec vous comme le soleil est avec l'aurore qui le précède; il est avec vous comme la fleur est avec la tige qui la soutient; avec vous comme le roi est avec la reine qui s'approche de son trône. Or, le soleil le plus lumineux de tous les soleils, la fleur la plus précieuse de toutes les fleurs , le roi le plus glorieux de tous les rois, c'est Jésus-Christ. Mais aussi l'aurore qui prévient ce soleil est la plus éclatante par sa splendeur, la tige qui porte cette lieur, la plus admirable par sa production , la reine qui s'approche de ce Roi , la plus magnifique dans sa démarche; et cette aurore, cette tige, cette reine, c'est Marie, la Vierge bienheureuse. Examinons chacune de ces choses en particulier.

Le Seigneur est avec vous. Il est avec vous assurément comme le soleil est avec l'aurore qui tire sa naissance de ses rayons, précède son lever et commence le jour au moyen de sa lumière. En effet , Marie, l'aurore du monde, s'est avancée, formée d'une manière admirable par le soleil éternel ; et ainsi merveilleusement éclairée par lui, elle a prévenu son lever et initié la terre à la grâce ineffable qu'il devait produire. « Vous vous êtes avancée, ô Marie, dit , saint Bernard, vous vous êtes avancée en ce monde brillante de lumière quand vous avez devancé la

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splendeur du soleil véritable par un tel éclat de sainteté, que le jour du salut, le jour de propitiation, le jour que le Seigneur a fait, ne pouvait mieux marquer son commencement que par une clarté aussi éblouissante (1). » Marie est donc l'aurore dont il est dit : « Quelle est celle-ci qui s'avance brillante comme l'aurore lorsqu'elle se lève (2)? C'est avec raison qu'elle est comparée à l'aurore, tant à cause d'elle-même qu'à cause de nous : à cause d'elle-même d'une façon toute particulière, à cause de nous en général. Marie est comparée pour elle-même à l'aurore selon le sens de l'Ecriture : premièrement, à cause de son éloignement de la nuit du péché ; secondement, à cause de l'accroissement en elle de la lumière de la grâce; troisièmement, à cause du lever du soleil de justice; quatrièmement, à cause du lieu qu'elle occupe dans la gloire. Ainsi , méditons la plénitude de sa sanctification, l'éclat brillant de sa vie, la génération ineffable de son Fils et la gloire inénarrable de son couronnement dans le ciel.

Et d'abord, mes bien-aimés, considérez combien heureusement Marie est une aurore à cause de son éloignement privilégié de la nuit du péché par la sainteté qui fut mise en elle. Job, maudissant la nuit en laquelle il fut dit : « Un homme a été conçu, s'écrie : « Que les étoiles de cette nuit soient obscurcies par les ténèbres; qu'elle attende la lumière et qu'elle ne la voie point paraître, non plus que le lever de l'aurore (3). » Que marque ici l'Ecriture par les étoiles.

1 In depr. Virg. M. — 2 Cant., 6. — 3 Job., 3.

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la lumière et l'aurore? Par les étoiles, elle désigne les âmes des saints ; par la lumière , le Saint des saints, et par l'aurore, la Reine des saints. En effet, les étoiles sont vraiment les saints qui ne s'éloignent jamais de l'ordre des bonnes moeurs et de la discipline , n'interrompent en aucun temps la course de leur ferveur et de leur pieuse vie, et sont ainsi toujours disposés à combattre contre le démon. Aussi est-il dit de ces étoiles, avec beaucoup de justesse, au livre des Juges : « Les étoiles, demeurant dans leur rang et dans leur cours ordinaire, ont combattu contre Sisara (1). » Sisara s'interprète le ravisseur de celui qui se retire, et il marque le démon qui s'empare de quiconque s'éloigne de Dieu. La lumière désigne fort bien le Saint des saints, selon qu'il le montre lui-même quand il nous dit : « Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres (2). » Suivons , mes frères, suivons cette lumière, de peur qu'en marchant dans les ténèbres nous ne tombions dans le bourbier du péché et dans la fosse de l'abîme. Suivons-la, non pas en nous traînant avec peine, selon le reproche du Prophète , quand il dit : « Jusqu'à quand serez-vous comme un homme qui boîte des deux côtés? Si le Seigneur est Dieu, suivez-le; si, au contraire, Baal est Dieu, suivez-le aussi de même (3). » Cette aurore, dont la nuit n'a pas vu le lever, indique parfaitement Marie dont la nuit du péché originel n'a point ombragé la naissance; car cette nuit, objet de la malédiction de Job, nuit

1 Jug., 5. — 2 Joan., 8. — 3 III Reg., 18.

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dans laquelle un homme a été conçu, n'est rien autre chose que le péché originel dont nous sommes environnés à notre entrée dans la vie , et c'est ce qui a l'ait dire au Psalmiste : « Ma mère m'a conçu dans le péché (1). Mais comme tous les saints sont conçus et naissent dans le péché, il a été juste de dire que les étoiles sont obscurcies par cette nuit. Et comme Jésus-Christ n'a été ni conçu ni mis au monde dans le péché, il n'est pas moins selon la vérité que cette nuit n'a point vu la lumière. Pour Marie, elle n'est point née dans le péché; son apparition sur la terre n'eut point lieu dans le péché: et c'est pour cela qu'il est écrit que cette nuit n'a point vu la naissance de l'aurore.

Remarquez, en second lieu, mes bien-aimés, comment Marie est une aurore par l'accroissement en elle de la lumière de la grâce, selon cette parole des Cantiques : « Quelle est celle qui s'avance brillante comme l'aurore (2)? » De même que la lumière de l'aurore va toujours croissant en éclat, ainsi Marie s'avançait en la vie brillant chaque jour de plus en plus de la clarté de la grâce et d'une vie sainte. Elle s'avançait, dis-je, de telle sorte en toutes les vertus en général, que leur splendeur réunie la rendait en elle-même comme l'aurore à son lever, aux yeux du prochain belle comme la lune, et aux regards de Dieu brillante comme le soleil. On voyait en elle , en même temps, un progrès particulier dans certaines vertus dont saint Bernard a dit : « La charité de Marie s'embrasait à

1 Ps. 50. — Cant., 6.

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la recherche de la grâce; sa virginité se montrait radieuse en son corps, et son humilité se faisait remarquer dans son assiduité à rendre service (1). » Marie était semblable à l'aurore par sa glorieuse virginité, belle comme la lune par son éclatante humilité, et brillante comme le soleil par les rayons lumineux de sa charité. Heureux celui qui imitera ces trois splendeurs, ces trois vertus de Marie qui lui ont valu de concevoir en son sein le Dieu et le Maître de toutes les vertus. « Car, dit saint Bernard, celle qui était déjà pleine de grâce a trouvé une grâce telle que, par l'étendue de sa charité, l'intégrité de sa virginité, et la ferveur de son humilité, elle a conçu sans connaître l'homme et est devenue mère sans éprouver les douleurs de l'enfantement (2). »

Voyez maintenant comment elle est une aurore pleine de grâce par le lever si heureux du soleil de justice. Ce soleil de justice, c'est Jésus-Christ, notre Pieu. Il s'est levé sur le monde par l'entremise de Marie , son aurore ; il s'est levé sans l'ombre d'aucun nuage, parce que l'aurore qui l'a précédé possédait tout l'éclat du soleil dont elle annonçait la venue, selon cette parole de l'Ecriture : « Elle est comme la lumière de l'aurore lorsque le soleil se levant au matin brille sans aucun nuage (3). » Cette lumière de l'aurore est donc la sainteté de Marie , sainteté dont le soleil qui devait naître d'elle a daigné la combler avec tant de splendeur. C'est pour cela que saint Bernard s'écrie : « C'est justement, ô Marie, que

1 In Nativ. Virg. — 2 Ibid. — II

Reg., 23.

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vous avez rempli l'office de l'aurore ; car le soleil de justice, qui devait naître de vous, prévenant son lever par une certaine illumination du matin, a répandu sur vous avec abondance les rayons de sa lumière (1). » L'éclat de cette aurore se répandait d'une manière admirable lorsque le soleil se leva sans nuages , c'est-à-dire lorsque Jésus-Christ naquit sans être environné des ténèbres du péché originel. Mais il est dit ici que le soleil sc levait sans nuages; il est raconté encore en l'Exode, que le buisson brillait sans se consumer , et dans Daniel, que la pierre s'est détachée sans l'intervention d'aucune main. Or, que veut désigner l'Ecriture par ce soleil , par ce feu, par cette pierre, si ce n'est Jésus-Christ? Je dis donc que Jésus-Christ est le soleil qui illumine l'intelligence, ainsi qu'il est prédit par Malachie : « Le soleil de justice se lèvera sur vous qui craignez mon nom (2). » Voyez si vous avez cette crainte, car il est écrit : « Celui qui craint le Seigneur ne néglige rien. » Jésus-Christ est encore le feu qui embrase nos coeurs , ainsi que dit l'Apôtre : « Notre Dieu est un feu qui dévore (3). » Et ce feu n'a pas seulement fixé son séjour dans le buisson du sein virginal, il habite encore dans celui du coeur dévoué à son amour. C'est ce feu que ressentirent ceux qui dirent : « Notre coeur n'était-il pas brûlant au-dedans de nous pendant qu'il nous parlait (4)? » Enfin , Jésus-Christ est la pierre qui nous rend forts contre le vice, si nous avons soin de bien nous affermir sur cette

1 In deprec. Virg. — 2 Mal., 4.— 3 Hebr., 12.— 4

Luc., 24.

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pierre. C'est pour cela qu'il est dit dans saint Matthieu :

« La pluie est tombée, les fleuves se sont débordés, les vents ont soufflé et sont venus fondre sur celte maison, et elle n'a point été renversée (1). » En effet, ni l'éloquence de l'hérésie désignée par la pluie, ni les fleuves de la concupiscence mondaine, ni les vents des efforts humains ne sauraient nuire à l’âme qui est fondée sur la pierre qui est Jésus-Christ. Qu'est-ce donc que le soleil qui se lève sans nuages , que le buisson qui brûle sans se consumer , que la pierre qui se détache sans le secours d'aucune main , sinon Jésus-Christ, le soleil de la vérité, le feu de la charité, la pierre de la stabilité ou de l'éternité, qui est conçu et naît sans aucune des ombres du péché originel, sans combustion de la chair, sans intervention de l'homme? En effet, vous ne trouverez dans la conception de Jésus ni le péché de sa race, ni la concupiscence de sa mère, ni le nom d'un père? Que la Vierge l'ait conçu d'une façon si miraculeuse, rien en cela ne dépasse la puissance de celui qui fit paraître tant de fois à l'avance des prodiges , figures de ce mystère, ainsi que le dit saint Augustin en ces termes : « Celui qui a écrit les tables de pierre sans stylet , est le même qui a rempli Marie de l'Esprit-Saint. Celui qui sans culture a produit du pain dans le désert, est celui qui l'a fécondée sans atteindre sa virginité. Enfin celui qui fit fleurir la verge sans rosée aucune, est le même qui a rendu mère la fille de David sans aucun rapport avec l'homme (2). »

1 Mat., 7. — 2 Serm. 18, de Temp.

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Maintenant , mes frères , il nous reste à voir comment Marie est une aurore brillante par la place immense qu'elle occupe dans la gloire , selon qu'il est dit au livre de Job : « Est-ce vous qui avez montré à l'aurore le lieu ou elle doit habiter (1) ? » Sans doute, Marie, notre aurore, admirablement élevée dans les cieux, y tient la place la plus proche du soleil éternel; mais nous pouvons considérer un triple lieu où elle parait tout-à-fait digne d'attirer notre attention. Le premier est celui ou elle reçut en elle spirituellement le Seigneur; le second , où elle le conçut corporellement; le troisième, où le Seigneur la reçut elle-même pour l'éternité. Voilà où il nous faut considérer Marie.

Je dis donc que le premier lieu où la Vierge reçoit spirituellement en elle le Seigneur, est son âme même pleine de paix et de quiétude, selon cette parole du Psalmiste : « Le Seigneur a choisi sa demeure dans la paix, et c'est dans Sion qu'il a fixé son séjour (2). » Sion veut dire miroir ou contemplation, et ainsi, qui-conque désire contempler le Seigneur en esprit, doit nécessairement lui préparer une demeure en la paix de son âme. Sans cette paix de l'âme personne n'arrive à cette vue de la contemplation. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Tâchez d'avoir la paix avec tout le monde, et de conserver la sainteté sans laquelle personne ne verra Dieu (3). » Mais qui pourra raconter , qui pourra même penser dans quelles contemplations sublimes fut élevée chaque jour cette sainte Sion cette âme si pure de Marie, alors qu'elle repassait

1 Job., 28. — 2 Ps. 15. — 3 Hebr., 12.

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dans la ferveur de son coeur les mystères qui lui étaient connus d'une manière plus parfaite qu'a tout le reste des hommes? C'est ce qui fait dire à saint Jérôme : « S'il y a en vous quelque sentiment de piété, considérez de quel amour était pénétrée, de quel désir était pressée cette Vierge, lorsqu'elle rappelait et méditait en son âme tout ce qu'elle avait entendu, tout ce qu'elle avait vu, tout ce qu'elle avait connu; et combien de mouvements pieux éprouvait à la vue des secrets du ciel, celle qui était remplie de l'Esprit-Saint (1). »

Le lieu où Marie a conçu corporellement le Seigneur, est son sein virginal, dont on peut entendre ces paroles de la Genèse : « Un fleuve sortait du jardin de délices; car Jésus-Christ est sorti du sein de la Vierge pour arroser le paradis. Marie est le paradis spécial de Jésus, l'Eglise entière est son jardin universel. Heureux ces deux séjours de bonheur , arrosés par le fleuve qui sort du sein de Marie, par Jésus-Christ, selon qu'il est écrit : « J'arroserai le jardin que j'ai planté. » C'est de ce lieu que voulait parler saint Jérôme quand , écrivant sur ces paroles : « J'ai vu celle qui était brillante de beauté monter du rivage des grandes eaux, » il a dit : « C'est avec vérité qu'elle s'élance de la rive des eaux, car le Seigneur l'avait élevée et nourrie au bord d'une eau fortifiante, où des ruisseaux nombreux prennent naissance pour se répandre sur toute l'étendue de la terre de délices et arroser le jardin de félicité. »

1 Epist., 10. —2 Gen., 2.

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Enfin, le lieu où le Seigneur a reçu Marie ]mur l'éternité, c'est le séjour de la gloire , dont il a lui-même dit à Job : « Pourrez-vous me montrer le lieu où doit habiter l'aurore (1)? » Comme s'il voulait dire : « Ce n'est pas à vous, c'est à moi que cela appartient. Ce n'est pas à vous qu'il est possible de montrer à l'aurore, à Marie, son lieu dans le ciel, mais à moi. Et c'est bien justement qu'il appelle ce lieu le lieu qui lui appartient; car, en s'exprimant ainsi il le sépare, le distingue des autres lieux occupés par les saints. C'est pour cela que nous lisons encore : « Les prêtres portèrent l'arche de l'alliance du Seigneur dans son lieu (2). » Ce lieu est assurément au-dessus de tous les choeurs des anges; c'est le lieu le plus glorieux qui soit dans le ciel, au rapport de saint Bernard, qui nous dit : « Il n'y a pas dans tout le monde de lieu plus saint que le sanctuaire du sein virginal dans lequel Marie a conçu le Fils de Dieu, et il n'y a

pas dans les cieux de trône plus élevé que celui où le Fils de Marie a placé sa Mère (3). » Ainsi, c'est donc avec justice que Acarie est comparée à l'aurore pour elle-même, parce qu'elle a mis fin à la nuit du péché par la plénitude de sa sanctification; parce qu'elle a brillé de jour en jour durant sa vie par une grâce plus abondante; parce qu'elle a fait luire sur le monde le soleil de justice par l'enfantement miraculeux du Sauveur, et enfin parce qu'elle est entrée en possession d'une gloire toute particulière au jour de son Assomption triomphante.

1 Job., 88. — 2 III Reg., 8. — 3

Serm. I, in Assumpt.

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Maintenant il nous faut considérer que ce n'est pas seulement pour elle-même, mais encore à cause de nous que cette Vierge très-illustre est comparée à l'aurore. En effet , selon les sens divers que l’Ecriture nous offre à ce sujet , elle est notre médiatrice auprès de Dieu , notre réconciliatrice avec les anges , notre défense contre le démon , et la lumière qui nous éclaire.

Et d'abord remarquez comment notre aurore, Marie, est notre médiatrice auprès de Dieu. Il est écrit au livre des Psaumes : « C'est à vous, Seigneur, qu'appartient le jour, à vous qu'appartient la nuit; c'est vous qui avez créé l'aurore et le soleil (1). » Selon saint Grégoire , le jour c'est la vie du juste, et par la nuit on entend la vie du pécheur. Aussi est-il dit fort à propos que le Seigneur précédait les enfants d'Israël par une colonne de nuée durant le jour , et par une colonne de feu durant la nuit; car, semblable à une nuée bienfaisante, il protége les justes contre l'ardeur de sa colère, et, au contraire, il consume les impies comme un feu dévorant. Jésus-Christ est fort bien désigné par le soleil, car il est vraiment le soleil de justice qui illumine les élus et dévore les réprouvés. Quelquefois il les brûle durement en ce monde, nais il les brûlera plus durement encore au jour de son jugement, et dans l'enfer avec une rigueur sans limites. C'est de cette triple combustion que l'on peut entendre cette parole de l'Ecclésiastique : « Le soleil brûle les montagnes d'une triple flamme (2),», » c'est-à-

1 Ps., 75. — 2 Eccl., 43.

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dire les pécheurs orgueilleux. C'est pour cela que nous avons le plus grand besoin qu'il se trouve, entre ce soleil de justice et nous une nuée rafraîchissante, une nuée médiatrice. Aussi le Psalmiste, dans le verset que nous avons cité, a-t-il soin de placer l'aurore entre la nuit et le soleil , selon qu'il existe dans l'ordre naturel. Or, cette aurore, c'est la bienheureuse Marie, qui est une excellente médiatrice entre la nuit et le soleil, entre l'homme et Dieu, entre la créature injuste et le Seigneur de toute justice ; une nuée vraiment rafraîchissante en présence de la colère céleste. C'est ce qui fait dire à saint Bernard : « L'homme a maintenant un accès assuré auprès de Dieu , car il possède dans le Fils un médiateur

auprès du Père, et dans la Mère une médiatrice auprès du Fils. Le Fils montre à son Père son côté percé et les blessures qu'il porte en son corps ; Marie montre à son Fils et son sein et ses mamelles ; et ainsi aucun refus ne saurait être possible là où se rencontrent et supplient toutes ces

voix si touchantes de la charité. »

Voyez, en second lieu, mes bien-aimés, comment Marie est notre réconciliatrice avec les anges. Nous le trouvons indiqué dans la Genèse où nous lisons que l'Ange qui lutta contre Jacob le bénit à l'aurore; car cet Ange lui disant : « Laissez-moi m'en aller, voilà l'aurore qui paraît (1), » Jacob ne le voulut point à moins qu'il ne le bénît. Jusqu'à l'aurore il y eut lutte entre l'Ange et Jacob, il y eut discorde

1 Genes., 52.

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entre Dieu, les anges et les hommes. En péchant , l'homme avait offensé son Créateur ; mais l'offense du Créateur. c'est l'offense de toute la créature, et surtout de celle qui est unie plus intimement à son auteur. Cette lutte peut donc être la figure de cette division. Mais au lever de l'aurore, à l'arrivée de Marie, la paix se rétablit entre l'ange et l'homme , de sorte qu'il l'aurore, à cette apparition de la Vierge , l'homme obtient la bénédiction de l'Ange. En effet, l'Ange dit à Marie : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes; » et, par cette bénédiction de la Vierge, l'homme reçoit une bénédiction de paix et de salut en celui qui est le Fils de la Vierge; bénédiction dont l'Apôtre a parlé quand il a dit : « Béni soit Dieu qui est le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a comblés en Jésus-Christ de toutes sortes de bénédictions pour le ciel (1); » bénédiction que ce Fils béni de la Vierge bénie, confirmera quand il dira : « Venez les bénis de mon Père; possédez le royaume qui vous a été préparé (2). » Unissons-nous donc à Jacob rendant grâces à l'aurore qui paraît, pour remercier Marie dont l'arrivée nous a valu la bénédiction qui a rétabli la paix entre l'Ange et nous. C'est avec raison, du reste, que par l'aurore, par Marie, les hommes sont rentrés en paix avec les anges, puisque c'est par Marie que les hommes sont venus combler les vides qui existaient dans les coeurs angéliques, selon que l'insinue saint Anselme quand il s'écrie : « O femme admirablement unique , et uniquement admirable

1 Ephes. 1. — 2 Mat., 25.

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par qui les éléments se sont renouvelés, les enfers se sont fermés , les hommes ont obtenu le salut et les anges ont vu leurs pertes réparées. »

Voyez , en troisième lieu, mes bien-aimés, comment notre aurore est pour nous une défense contre le démon , ainsi qu'il est marqué au livre de Job ois il est dit de l'homicide, du voleur et de l'adultère : « Ils percent les maisons dans les ténèbres ainsi qu'ils en étaient convenus durant le jour, et ils n'ont point connu la lumière. Si l'aurore parait tout d'un coup ils croient que c'est l'ombre de la nuit (1). » Cet homicide, ce voleur, cet adultère, c'est le démon. Il cet homicide, dis-je , parce qu'il a causé la mort du genre humain; il est voleur parce qu'il nous ravit notre bien autant qu'il est en sa puissance; il est adultère , parce qu'il corrompt l'âme qui est l'épouse de Dieu. Hélas! combien de malheurs sont tombés sur nous par de tels malfaiteurs! Combien de maux nous ont causé ces esprits pervers ! Ils percent au milieu des ténèbres de l'ignorance, au milieu des profondeurs de l'obscurité; ils percent les demeures de nos âmes, ces demeures dont il est dit dans les Psaumes : « Dieu sera connu dans les demeures qu'il s'est choisies (2). » Ils percent, par des tentations qui les bouleversent, ces demeures dans lesquelles se plait à habiter celui qui a dit : « Il faut qu'aujourd'hui je séjourne dans votre maison (3) ». Et après les avoir percées jusqu'à les amener à consentir malheureusement au péché, hélas! dans quelles calamités ces scélérats plongent

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