Œuvres spirituelles (page 20)
1 Ps. 84. — 2 Joan., 14. — 3 Hom.
2, sup. Miss.
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de l'Ange , qui en est le messager , bénie de l’homme, qui en est le prophète.
Et d'abord elle est, à cause de son Fils, bénie du Seigneur qui opère en elle cette bénédiction. Nous trouvons ce point marqué au second livre des Rois, où nous lisons que le Seigneur bénit Obededom à cause de l'arche. Obededom veut dire serviteur de sang, et il désigne bien Jésus-Christ, qui est devenu le serviteur de notre misère jusqu'à l'effusion de son sang ; car pour nous il s'est fait esclave, pour nous il a été couvert de son sang. Il l'a été par la flagellation qui déchira son corps, par les épines qui meurtrirent sa tète , par la lance qui ouvrit son côté, par les clous qui percèrent ses mains. La demeure de ce serviteur fut Marie, dont il est dit : « Nous serons remplis des biens de votre maison. » L'arche placée dans cette maison désigne encore Jésus-Christ; car il n'est pas seulement notre serviteur, il est aussi notre vie. Dans l'arche se trouvait une urne d'or remplie de manne. L'arche sainte représente la chair du Sauveur; l'urne d'or, son âme inestimable, et la manne sa divinité pleine de douceur. A cause de cette arche, à cause de Jésus le Fils de Marie , le Seigneur bénit la maison de la Vierge. O maison vraiment bénie! c'est de vous que procède la vie de tous, car, dit saint Augustin, « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous qui avez enfanté celui qui est la vie de l'homme et de la femme (1).
Mais ce n'est pas seulement du Seigneur qui opérait
1 Serm. 21, de Temp.
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en elle cette bénédiction que Marie a été bénie, c'est encore de l'Ange qui en était le messager , ainsi que nous le voyons en ces paroles de Gabriel : « Le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Comment donc avec vous? « Il est avec vous en votre coeur, dit saint Augustin; il est avec vous en votre sein. C'est pourquoi vous êtes bénie avec celui qui est de la sorte avec vous. Il est avec vous, et ce n'est pas seulement comme le Créateur est avec sa créature , mais comme le fruit conçu dans le sein est avec celle qui doit lui donner le jour. » A cause de celui que vous portez vous êtes bénie avant votre enfantement, bénie après votre enfantement. Oui , vous êtes vraiment bénie , vous qui êtes devenue mère de telle sorte qu'avant d'avoir enfanté, pendant et après votre enfantement, vous êtes demeurée vierge. Aussi avez-vous mérité d'être proclamée bénie d'une façon toute singulière , puisque ce n'est pas simplement à un homme, ni même à un ange, mais à un homme qui est le Seigneur des anges, que vous avez donné le jour. C'est ce qui a fait dire à Bède : « Elle est vraiment bénie entre toutes les femmes, celle qui, sans exemple parmi toutes les personnes de son sexe , a joui de l'éclat de la virginité et de la gloire de la maternité, et (ce qui convenait à une vierge mère) a eu Dieu même pour enfant (1). »
Enfin , mes chers frères, Marie, à cause de son Fils , n'est pas seulement bénie de Dieu qui accompli!
1 Hom. de Sanct.
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en elle cette bénédiction, de l'Ange qui en est le messager, mais encore de l'homme qui en est le prophète, ainsi que nous le voyons en Elisabeth, qui s'écria, lorsque son enfant tressaillit dans son sein et qu'elle fut remplie de l'Esprit-Saint : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de votre sein est béni (1) ». Ainsi elle est bénie, mais parce que le fruit dc son sein est béni, de même qu'un champ est déclaré béni à cause des fruits de bénédiction qu'il produit. Marie, mes frères, est ce champ béni dont il est dit dans l'Ecriture : « L'odeur qui sort de mon fils est semblable à celle d'un champ plein de fleurs que le Seigneur a comblé de ses bénédictions (2). » Et saint Jérôme s'exprime ainsi à ce sujet : « C'est avec raison que Marie est appelée un champ d'abondance, puisqu'elle a été proclamée pleine de grâce et que de son sein est sorti le fruit de vie pour tous ceux qui croient (3). » Oui, vous êtes vraiment un champ béni sur tous les champs à cause du fruit que vous portez! vous êtes vraiment une mère bénie entre toutes les mères à cause de votre Fils. C'est pourquoi saint Augustin s'écrie : « O femme bénie par-dessus toutes les femmes ! Elle est toujours demeurée étrangère à l'homme, et cependant elle a porté un homme en son sein (4). » Ainsi, ô très-douce Marie! à cause du fruit béni de votre sein vous avez reçu la bénédiction de Dieu, de l'Ange et de l'homme. Mais, hélas! combien éloignés d'une telle bénédiction sont ceux qui, par le fruit détestable de leurs oeuvres ,
10. —4 Serm. 9, de Temp.
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encourent la malédiction divine , angélique et humaine, et qui, maudits de Dieu, des anges et des hommes, resteront pour l'éternité sous le poids de cette malédiction!
Considérez maintenant comment Marie est véritablement bénie pour la multitude de ses miséricordes. C'est elle qui est désignée par Ruth, dont il est dit : « Soyez bénie du Seigneur, ô ma fille, car cette dernière miséricorde l'a emporté sur la première (1). » La première miséricorde de Marie a été celle dont elle a fait preuve durant sa vie mortelle; la dernière est celle qu'elle exerce avec beaucoup plus d'abondance dans le ciel depuis qu'elle a quitté la terre. La dernière l'emporte sur la première, parce que la multitude de ses bienfaits est vraiment innombrable. Or , qui pourra estimer combien outre mesure Marie est bénie pour sa miséricorde, puisque cette miséricorde est inestimable? Et qui pourra juger combien incommensurable est cette miséricorde puisqu'elle est la source dc bénédictions inappréciables pour celle qui en est l'auteur? C'est pour cela que saint Bernard s'écrie dans l'ardeur de son âme : « Qui pourra, ô Vierge bénie ! mesurer la grandeur, la largeur, la sublimité, la profondeur de votre miséricorde (2)?» Marie est donc bénie à cause de la miséricorde abondante que l'homme a reçue par elle. Elle est bénie parce que Dieu est devenu par elle plein de pitié pour l'homme; elle est bénie parce que par elle l'homme est devenu agréable à Dieu; elle est bénie
1 Ruth., 3. — 2 Serm. 4, de Ass.
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parce que par elle le démon a été rendu vincible à l'homme.
Je dis, mes bien-aimés, que Marie est bénie parce que Dieu est devenu par elle favorable à l'homme. En effet nous lisons d'Abigaïl que, lorsque David irrité voulait mettre à mort l'insensé Nabal , cette femme courut au-devant du prince irrité et l'apaisa. Alors David lui dit : « Que votre parole soit bénie, et soyez bénie vous-même de ce que vous m'avez empêché de me venger de ma propre main (1). » Ce Nabal insensé marqué le pécheur , car tout pécheur est un insensé. Mais hélas ! leur nombre est infini, ainsi qu'il est dit dans l'Ecclésiaste. Abigaïl représente Marie , car son nom veut dire allégresse du Père. Oh ! combien grande fut l'allégresse du Père céleste en Marie et de Marie en lui, puisqu'elle s'est écriée elle-même : « Mon esprit a tressailli d'allégresse en Dieu mon Sauveur. » Or, de même qu'Abigaïl est l'image de notre Reine, de même David est l'image du Seigneur. David est irrité contre l'insensé Nabal , et le Seigneur contre l'homme impie. David s'apaise vis-à-vis de Nabal à cause d'Abigaïl, et le Seigneur se réconcilie avec l'impie par l'entremise de Marie. Ce sont les paroles, les présents d'Abigaïl qui touchent le coeur de David, et c'est par les prières et les mérites de Marie que le Seigneur calme sa colère. Abigaïl empêche une vengeance temporelle, et Marie, une vengeance éternelle; l'une arrête le glaive de l'homme, l'autre le glaive de Dieu. C'est pourquoi
1 I. Reg., 25.
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saint Bernard dit : « Personne ne fut puissant à détourner le glaive du Seigneur suspendu sur nos têtes comme vous, la bien-aimée de Dieu, par qui nous avons revu d'abord la miséricorde que la main du Seigneur notre Dieu a répandue sur nous (1).»
Mais, ô mes frères, Marie n'est pas bénie seulement pour avoir rendu Dieu pacifique à l'homme, elle l'est encore parce que l'homme est devenu par elle agréable à Dieu , en devenant participant de sa bénédiction. C'est pourquoi il est dit dans Isaïe : « La bénédiction sera au milieu de la terre que le Seigneur a bénie en disant : Mon peuple d'Egypte est béni, l'Assyrien est l'ouvrage de mes mains, et Israël est ma maison et mon héritage (2). » Le milieu de la terre que le Seigneur bénit peut s'entendre de Marie, car c'est au milieu de cette terre que la bénédiction de notre salut eut son commencement, selon cette parole du psaume : « Le Dieu qui est notre Roi avant tous les siècles, a opéré le salut au milieu de la terre (3). » Aussi, en parlant de ce milieu de la terre, saint Bernard a-t-il dit : « Marie, par une propriété admirable, est appelée le centre de la terre; car les esprits bienheureux, les habitants des limbes, ceux qui nous ont précédés dans la vie , ceux qui viennent après nous, élèvent les yeux vers elle comme vers leur centre, comme vers l'arche de Dieu, la cause de toutes choses , la grande affaire de tous les siècles. Les esprits bienheureux tiennent leurs regards attachés vers elle pour que leurs ruines
1 In depr. Virg.— 2 Is., 19. — 3 Ps. 73.
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soient réparées; les habitants des limbes, pour que leur captivité ait un terme; les prophètes qui furent avant nous, pour être trouvés fidèles en leurs paroles; et ceux qui viennent après, pour entrer en possession de la gloire (1). » C'est donc en ce centre béni de la terre qu'Israël reçoit la bénédiction, que le peuple de Dieu est béni, puisque par la Mère bénie du Seigneur il devient agréable à ses yeux. Et d'ailleurs qu'y a-t-il d'étonnant que par Marie la créature raisonnable trouve grâce et bénédiction en présence de son Dieu, alors que toute la création entre en partage de cette bénédiction. Aussi saint Anselme s'écrie-t-il : « O Vierge bénie et bénie sur toute chose! toute créature est bénie par votre bénédiction, et non-seulement toute créature est bénie de son Créateur , mais le Créateur est béni de sa créature. »
Et ce n'est pas seulement pour avoir rétabli la paix entre le Seigneur et l'homme, et pour avoir rendu l'homme agréable à Dieu que Marie est bénie, elle l'est encore pour avoir rendu le démon vincible par l'homme. Aussi a-t-elle été bien désignée par Judith, dont il est dit : « Le Seigneur a répandu sur nous la bénédiction de sa puissance, car il a par vous réduit nos ennemis au néant (2). » Ces ennemis ce sont les démons que Marie a vraiment réduits au néant , lorsqu'elle a brisé leurs efforts et en sa personne et en un si grand nombre d'autres , ainsi que l'atteste saint Bernard en ces termes : « Vous êtes une guerrière
1 Serm. 2, de Pent. — 2 Judith., 13.
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glorieuse l'armée entière des puissances infernales a pris la fuite en votre présence (1). » Fuyons donc, mes frères, et courons nous réfugier sous la tutelle de la Mère du Seigneur dans toutes les vexations, dans toutes les attaques que nous avons à subir de la part du démon ; car elle est terrible aux ennemis de nos âmes comme une armée rangée en bataille. Et comme notre misère est extrême, comme nous éprouvons le besoin le plus pressant de la bénédiction et de la miséricorde de Marie, appelons de tous nos voeux cette bénédiction, et écrions-nous avec saint Bernard : « Que votre compassion , ô Vierge bénie , fasse connaître au monde cette grâce que vous avez trouvée auprès de Dieu; qu'elle la fasse connaître en obtenant par vos saintes prières le pardon aux coupables, la guérison aux malades, la force aux pusillanimes, la consolation aux affligés, le secours et la fin de leurs peines aux voyageurs (2).»
Et maintenant, ô très-douce Marie, nous avons vu que vous êtes bénie pour votre miséricorde incomparable; vous êtes bénie, dis-je, parce que par vous Dieu s'est réconcilié avec l'homme; bénie parce que l'homme est devenu agréable à Dieu; bénie parce que le démon a été vaincu par l'homme. Hélas ! combien éloigné d'une telle bénédiction est celui qui n'est point en paix avec Dieu, celui qui n'est point agréable ù Dieu, celui qui se soumet au joug du démon ! Il est tout entier sous la malédiction du Seigneur.
Enfin considérez, en quatrième lieu, mes bien-
1 In depr. Virg. — 2 Serm. 4 , in
Assumpt.
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aimés, comment Marie est véritablement bénie à cause de la grandeur de sa gloire , selon cette parole d'Ezéchiel : « Bénie soit la gloire du Seigneur du lieu où il réside (1). » La gloire du Seigneur, c'est la glorieuse Mère de Dieu , qui est vraiment bénie à cause de la gloire qu'elle tire d'un double lieu. Elle est bénie , dis-je , du lieu où son Fils a trouvé son repos : ce lieu est son propre sein. Elle est bénie du lieu où elle s'est reposée elle-même auprès de son Fils : c'est le ciel. Rien de plus digne que ces lieux , ainsi que nous l'enseigne saint Bernard , lorsqu'il dit: « Il n'y a pas sur la terre de lieu plus vénérable que le sanctuaire du sein virginal où Marie a reçu le Fils de Dieu; il n'y en a pas de plus saint dans les cieux que le trône royal où le Fils de Marie a élevé sa Mère (2). » Marie est donc bénie à cause de sa gloire. Oui , elle est bénie à cause de cette gloire sublime, abondante et immuable ; elle est bénie à cause de cette gloire sublime en dignité, abondante en immensité, et immuable pour l'éternité.
Je dis donc que Marie est bénie à cause de sa gloire, dont la dignité est vraiment pleine d'excellence. C'est de cette bénédiction que l'on peut entendre cette parole du Psalmiste : « Vous bénirez la couronne de l'année de votre bénignité (3). » Notez bien qu'il y a une année de bienveillance, une année de sévérité, une année de bénignité. La première appartient à ceux qui sont dans l'exil de ee monde ; la seconde est pour ceux qui pleurent dans les enfers; la troisième pour ceux
1 Ezech., 5. — 2 Serm. 1, de Assumpt. — 3 Ps. 64.
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qui triomphent dans les cieux. La première a des jours et des nuits; la seconde, des nuits et point de jours: la troisième, des jours et aucune nuit. Je dis que la première année compte des jours et des nuits , c'est-à-dire des bons et des méchants qui vivent en même temps sur la terre. Il y a en ce monde autant de jours et de nuits qu'il y a de bons et de méchants. La seconde année n'a que des nuits, c'est-à-dire des pécheurs dont les ténèbres surpassent en obscurité la nuit la plus ténébreuse, et en cette année se trouvent autant de nuits qu'il y a de pécheurs en enfer. La troisième année ne connaît que des jours, c'est-à-dire les justes, dont la clarté est plus brillante que la lumière du jour , et dans cette année il y a également autant de jours qu'il y a de justes dans le ciel. Durant cette première année de bienveillance, les bons et les méchants sont tolérés avec une égale bonté. Durant l'année de sévérité, les coupables sont punis de toute la rigueur de la justice. Enfin durant l'année de bénignité, les bons sont couronnés avec tin amour sans limites.
Or, c'est Marie qui est la couronne de cette année de bénignité, car elle couronne chacun des jours de cette année bienheureuse , elle est la couronne de tous les saints du ciel. En effet , c'est sur la tête que la couronne a coutume d'être placée, et ainsi Marie a été placée au-dessus de tous les saints, selon cette parole de saint Jérôme : « Elle a mérité d'être élevée au-dessus des choeurs des anges, et elle est montée en un lieu qu'il n'est point donné à notre bassesse
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d'atteindre. Sans doute le Fils de Marie est la couronne suprême des saints; mais au-dessous de lui la Vierge en est aussi la couronne (1). » Ainsi vous voyez donc avec quelle sublimité admirable Marie , notre couronne et notre mère, est bénie. Suivons donc tous celle qui est ainsi bénie, celle dont saint Bernard a dit : « Nous n'avons point ici de demeure permanente, mais nous marchons à la poursuite de celle où la Vierge bénie est arrivée en ce jour (2). »
Mais ce n'est pas seulement pour la dignité très-excellente de sa gloire, c'est encore pour l'abondante immensité de cette gloire que Marie est bénie; car cette abondance est telle qu'elle s'étend à tous les hommes, et ainsi c'est avec justice que tous comblent la Vierge de leurs bénédictions. C'est d'elle qu'il est dit au livre de Judith : « Tous la bénirent d'une voix unanime en s'écriant : Vous êtes la gloire de Jérusalem, vous êtes la joie d'Israël, vous êtes l'honneur de notre peuple (3). » Oui, sans doute tous la bénirent, et re-marquez bien ce mot tous, car il renferme l'universalité, il a une triple signification : il indique Dieu , l'Ange et l'homme qui bénirent à la fois Marie. Dieu a béni Marie en effet, car le Père l'a bénie, le Fils l'a bénie, le Saint-Esprit l'a bénie; en un mot les trois personnes divines en ont fait l'objet de leurs bénédictions. L'Ange aussi a béni Marie : la première hiérarchie l'a bénie, la seconde a fait de même, les autres ont marché sur leurs traces; tous les esprits
1 Epist. 10. — 2 Serm. 1. in Ass.
— 3 Judith., 15.
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célestes l'ont proclamée bénie. Enfin l'homme, de son côté, a béni Marie; les époux l'ont bénie, les veuves se sont unies à eux, les vierges se sont associées à ces bénédictions. Tous l'ont bénie, tous se sont écriés : « Vous êtes la gloire de la Jérusalem triomphante, la gloire, dis-je, de tous les saints; vous êtes la joie de l'Israël qui contemple Dieu, la joie, dis-je, de tous les anges; vous êtes l'honneur du peuple qui accomplit son pèlerinage, l'honneur, dis-je, de tous les justes qui vivent en ce monde. Que béni soit donc votre très-doux Fils , ô Marie ! qui , par cette bénédiction si abondante, a répandu au ciel et sur la terre des biens tels que les anges et les hommes peuvent en faire l'objet de leurs louanges et s'écrier avec saint Anselme : « Voilà quels biens immenses nous sont venus par le fruit béni du sein de Marie. »
Enfin , mes bien-aimés , ce n'est pas seulement pour la sublimité de sa dignité, ni pour l'abondante immensité de sa gloire, que Marie est bénie; elle l'est encore pour l'immuable éternité de cette gloire. C'est elle qui est désignée par cette demeure dont il est dit dans l'Ecriture : « Comblée de vos bénédictions, ô Seigneur, elle sera bénie pour l'éternité (1). » Elle est, en effet, véritablement bénie pour toujours, car il est dit encore dans le psaume : « Le Seigneur vous a bénie pour l'éternité (2). » Ainsi , ô très-douce Marie ! vous êtes réellement bénie entre toutes les femmes, par-dessus toutes les femmes. Bien plus, vous êtes bénie par-dessus tous les hommes , par-dessus tous
1 I Paral., 17. — 2 Ps. 44.
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les anges. Vous êtes bénie , dis-je , à cause de la plénitude de la grâce que vous avez trouvée; bénie à cause de la grandeur de celui que vous avez conçu; bénie par l'abondance de miséricorde que vous avez montrée aux hommes; bénie enfin pour l'excellence de la gloire que vous avez reçue. O Vierge bénie au-delà de tout ce que nous pourrions dire , nous vous invoquons, nous vous implorons, nous vous prions, et avec saint Bernard nous nous écrions : « Faites, ô Vierge bénie! par la grâce que vous avez trouvée , par la prérogative dont vous avez été digne, par la miséricorde que vous avez enfantée, faites que celui qui par vous a daigné devenir participant de notre infirmité et de notre misère , nous rende par votre intercession participants de sa béatitude et de sa gloire. Ainsi soit-il (1). »
LEÇON XV. Que Marie est bénie à cause de sept vertus qui en elle sont opposées aux sept péchés capitaux.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes. Parlons encore de la bénédiction de notre Vierge ; faisons-en encore l'objet de nos méditations. Heureuse Marie d'avoir été bénie ! mais malheureuse l'âme qui encourt
1 Serm. 3, de Adv.
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court la malédiction ! malheureux tous ceux à qui il sera dit : « Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel ! » Or, toute âme vicieuse est maudite sans aucun doute: mais pour vous, toute vertueuse Marie, vous êtes bénie. C’est par les sept vices capitaux que le monde encourt la malédiction; aussi est-ce pour les vertus opposées à ces vices que la Vierge a obtenu la bénédiction. Vous êtes donc bénie entre toutes les femmes, ô Marie! Vous êtes bénie pour l'humilité que vous avez opposée à l'orgueil; pour la charité qui en vous ne laissa aucune place à l'envie; pour la douceur qui comprima toute colère; pour l'oisiveté qui combattit la paresse ; pour la libéralité qui bannit l'avarice; pour la sobriété qui refréna la gourmandise; pour la chasteté qui contint la luxure.
Et d'abord , mes bien-aimés, voyons comment Marie a été bénie pour l'humilité qu'elle opposa à l'orgueil. Les orgueilleux sont maudits selon qu'il est écrit : « Vous avez menacé les superbes, et ceux qui s'éloignent de vos commandements sont maudits (2). » Or, au lieu de cette malédiction de l'orgueil , Marie a obtenu la bénédiction de l'humilité, car nous pouvons entendre d'elle ce qui est dit au livre des Paralipomènes : « Ils appellent ce lieu la vallée de bénédiction (3). » En effet, si toute âme est une vallée de Dieu , selon cette parole d'Isaïe : « Toute vallée sera remplie (4) , » combien plus Marie a-t-elle été une vallée, elle qui fut si profonde en humilité! Et même qu'y
1 Mat., 25. — 2 Ps. 118. — 3 II Par., 20. — 4 Is.,
40.
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a-t-il d'étonnant qu'elle soit la vallée des vallées , puisqu'elle est la plus humble parmi les humbles? Oh ! de combien de bénédictions cette vallée bénie fut remplie pour son humilité si profonde, si utile, si aimable ! C'est ce qui fait dire à saint Augustin : « O humilité vraiment heureuse de Marie! Elle a donné le Seigneur aux hommes; elle a enfanté la vie à ceux qui étaient soumis à la mort; elle a renouvelé les cieux, purifié le monde, ouvert le paradis , et délivré les âmes des ténèbres de l'enfer (4). »
Plus une vallée est profonde, plus elle peut recevoir une grande abondance d'eaux ; ainsi en fut-il de Marie par rapport à la grâce. La vallée reçoit les eaux qui l'arrosent tantôt d'en haut, tantôt d'en bas. Elle les reçoit d'en haut par les pluies qui descendent. de la montagne; elle les reçoit d'en bas par les ruisseaux qui s'échappent des fontaines. Ainsi l'humble Marie a été arrosée des eaux de la grâce par les pluies que la montagne lui versa et par les sources qui jaillirent de la terre lorsque, la divinité et l'humanité venant à s'unir en elle en la personne de son Fils, elle fut toute pénétrée d'une bénédiction si abondante en grâces. C'est à cette bénédiction que se rapporte ce que nous lisons au livre des Juges, qu'Axa dit à son père : « Donnez-moi votre bénédiction (2), » et qu'il lui donna un champ dont le haut et le bas étaient arrosés d'eau. Axa est l'image de Marie, qui a reçu du Père céleste une bénédiction abondante, car il lui
1 Serm. 35, de Sanct. — 2 Jud., 1.
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a donné un champ dont le haut était arrosé d'eau en la divinité de Jésus-Christ, et le bas également en son humanité. Et encore le haut de ce champ était arrosé en l'esprit de Marie, le bas en son sein; le haut était arrosé en l'amour de Dieu, le bas en l'amour du prochain; le haut était fécondé par la contemplation, le bas par l'action. Ou bien, si vous le voulez, le Père céleste a répandu sur Marie une bénédiction d'eaux ineffables en haut dans les cieux, en bas sur la terre; dans les cieux, c'est une bénédiction de gloire; sur la terre, une bénédiction de grâce ; en sorte qu'elle est bénie et dans le ciel et sur la terre. Et c'est ce qui fait dire à saint Bernard : « Souvenez-vous, ô Marie! que Jésus-Christ a souffert la malédiction de la croix, lui qui vous a bénie comme sa Mère dans les cieux. Mais en même temps vous êtes bénie par l'Ange sur la terre, et toutes les générations s'unissent à l'envi pour exalter cette bénédiction (1). »
Ecoutons, en second lieu, mes bien-aimés, comment Marie est bénie à cause de la charité qui en elle ne laissa aucune place à l'envie. Les envieux sont maudits, ainsi qu'il est dit de l'envieux Caïn : « Tu seras maudit sur la terre qui a ouvert son sein et a reçu le sang de ton frère que ta main a répandu (2). » Mais, au lieu de cette malédiction de l'envie , c'est une bénédiction de charité que Marie a reçue. Aussi peut-elle très-bien être figurée par Sara, dont le Seigneur a dit : « Je la bénirai et je lui donnerai un fils sur
1 Hom., 3 sup. missus est. — 2 Gen., 4.
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lequel je répandrai mes bénédictions (1). » Sara eut dire un charbon ardent, et ce nom convenait parfaitement à Marie, qui fut comme un charbon embrasé du feu de la charité. C'est pour cela encore qu'elle est très-justement figurée par le buisson ardent, puisque c'est par elle que la bénédiction de la grâce découle sur chacun des fidèles. Aussi est-il dit au Deutéronome : « Que la bénédiction de celui qui a apparu dans le buisson vienne sur la tête de Joseph.(2) » Joseph veut dire accroissement et il signifie tout fidèle qui croit en la grâce divine. Béni est donc ce buisson , et béni celui qui, par son Incarnation, est apparu au milieu, celui par qui une bénédiction si abondante s'est répandue sur la tête des fidèles. Oui , béni est ce charbon embrasé qui produit une flamme ainsi bénie; bénie est Marie qui met au monde un enfant ainsi enrichi de bénédictions. « Par elle, dit le Seigneur, je vous donnerai un fils que je bénirai. » Voyez quelle fut la charité de Marie envers Dieu , puisque Dieu même est substantiellement son Fils ! Voyez quelle charité elle a eue envers le prochain, puisque quiconque est bon et vertueux est spirituelle-ment son fils. Mais si nous sommes ses enfants, nous sommes donc les frères de son Fils. Aussi saint Anselme s'écrie-t-il en parlant à cette Mère vénérable: « O Vierge bénie et exaltée non pour vous seulement , mais pour nous aussi , combien est grand , combien admirable est ce glue je vois nous arriver par vous! En le contemplant je me sens pénétré de joie , et
1 Genes., 17. — 2 Deut., 53.
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cependant malgré ma félicité je n'ose l'exprimer. « Si, ô notre Reine! vous êtes la Mère de Dieu, vos autres enfants ne sont-ils pas les frères de Dieu? » Voyons, en troisième lieu , comment Marie est bénie pour la douceur et la mansuétude qu'elle opposa au vice de la colère. Les emportés sont maudits, ainsi qu'il est écrit en la Genèse : « Que leur fureur soit maudite, parce qu'elle est opiniâtre, et que leur colère soit en exécration, parce qu'elle est dure et inflexible (1). » Au lieu de cette malédiction de la colère, Marie a eu en partage la bénédiction de la mansuétude. En effet , sa douceur fut telle que non-seulement elle ne ressentit jamais en elle-même le moindre mouvement d'impatience, mais encore qu'elle calma la colère du Seigneur et la changea en sentiments de tendresse. C'est pour cela qu'elle est si bien figurée par Abigaïl , à qui David dit : « Bénie soit votre parole, et bénie soyez vous-même, parce que vous m'avez empêché en ce jour de répandre le sang et de me venger de ma propre main. » C'est le propre de ceux qui sont doux , de calmer la colère par des paroles de douceur. « Une douce réponse, dit le Sage , brise la colère (2). » La douce Abigaïl est donc la figure de la douce Marie. Voulez-vous connaître combien grande fut cette mansuétude de la Vierge? Ecoutez saint Bernard : « Examinez avec le plus grand soin tous les points de l'histoire évangélique , dit-il; si vous reconnaissez en Marie quelque chose de menaçant, de dur et même la marque de
1 Gen., 49. — 2 Prov., 15.
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l'indignation la plus légère, je consens que vous ayez d'elle quelque défiance et que vous craigniez de vous en approcher. Mais si, au contraire, vous la trouvez pleine de toute tendresse et de toute grâce, pleine de la mansuétude et de la miséricorde que nous disons être son partage, alors rendez grâces à celui dont la compassion pleine de bénignité vous a donné une médiatrice telle que rien en elle ne saurait vous inspirer le moindre doute. (1) » David est la figure de Jésus-Christ, qui s'adoucit et s'apaise par l'intervention de la très-douce Marie, et renonce à se venger du pécheur par une mort éternelle. Que toute âne donc qui a mérité une mort semblable, ne cesse point de soupirer vers cette mansuétude sans bornes de Marie, pour laquelle elle est si justement bénie. Que tout esprit en proie à la mort lui crie donc avec saint Anselme : « O vous, qui êtes bénie entre toutes les femmes, qui l'emportez sur les anges en pureté et sur les saints en charité! mon esprit, placé sous la puissance de la mort, implore avec ardeur le regard de votre immense compassion, mais en même temps il est couvert de honte à la vue de votre éclatante pureté ! »
Et maintenant , mes chers frères, considérez comment Marie est bénie pour le courage qui bannit loin d'elle toute paresse. Les paresseux sont sous le poids Ile la malédiction , ceux qui accomplissent l'oeuvre de Dieu sans courage et sans fidélité. C'est pourquoi Jérémie a dit : « Maudit soit celui qui fait l'oeuvre
1 Serm. In Verb. Apoc.
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de Dieu avec négligence (1) . » Mais au lieu de cette malédiction de paresse , Marie a mérité une bénédiction de courage indomptable. Elle a été figurée par Jahel, qui donna la mort à Sisara en lui enfonçant un clou dans la tête. C'est pourquoi il est dit au livre des Juges : « Que Jahel soit bénie entre les femmes (2) . » Jahel veut dire celle qui monte, ce qui convient parfaitement à Marie, car elle n'est point descendue comme le paresseux, mais elle est montée de vertu en vertu, d'un degré inférieur à un degré supérieur, selon cette parole des Cantiques : « Quelle est celle qui s'élève à travers le désert comme une petite vapeur d'aromate de myrrhe et d'encens (3). » Qu'a donc fait cette Jahel qui est ainsi bénie? Elle a donné la mort à Sisara avec un clou de sa tente. Sisara veut dire l'exclusion de la joie, et il représente parfaitement bien le démon, qui a été retranché de la félicité céleste et qui fait tout ce qui est en lui pour en exclure les autres. Et même, hélas ! il nous en avait tous exclus par celle qui fut la mère du genre humain; mais la malédiction de ce bannissement a été éloignée de nous par la Mère bénie du Sauveur. C'est pourquoi le vénérable Bède dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous
dont l'enfantement virginal a détruit la malédiction que notre première mère avait répandue sur tous ceux qui naissent de la femme (4). » Mais que veut dire ce clou qui perce la tête de Sisara? Quel est ce clou, sinon l'accomplissement sans réserve de la discipline? En effet, cet accomplissement parfait quel est-il
1 Jér., 48. — 2 Jud., 5. — 3 Cant., 4. — Hom. in
Deip.
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pour le paresseux, sinon un clou qui tourmente ses regards? Or, cette fidélité aux saintes règles est le clou qui tourmente le plus cruellement le démon; c'est le clou qui le perce avec le plus de violence. Aussi Marie, par l'austérité de sa vie, a-t-elle rendu vainc en sa personne toute la puissance du démon; c'est alors véritablement que Jahel a percé la tête de Sisara d'un clou qui lui donna la mort. Elle est donc bénie entre les femmes, cette Jahel , cette Marie ; et parmi quelles femmes? Ecoutez le même Bède : « Non-seulement elle est bénie parmi les femmes en général, dit-il, mais encore parmi les femmes bénies; car elle a été distinguée entre elles par une bénédiction plus abondante. »
Voyons maintenant comment Marie a été bénie pour la libéralité qu'elle opposa à l'avarice. Les avares sont maudits ainsi que nous le voyons en ces paroles de saint Pierre : « Ils ont dans le coeur toutes tee adresses que l'avarice peut suggérer : ce sont des enfants de malédiction (1). » Mais à la place de cette malédiction de l'avare, Marie a mérité une bénédiction de libéralité et de profusion. Elle a été comme une source qui ne cesse de se répandre et qui coule toujours avec abondance; et c'est pour cela qu'elle est vraiment bénie , selon cette parole du Sage : « Que votre source soit bénie (2). » Par rapport aux choses temporelles, cette source fut plus que large, car Marie les méprisa toutes parfaitement et sans exception aucune. Aussi, selon l'explication d'Haimon ,
1 II Petr., 2. — 2 Prov., 5.
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la bienheureuse Mère de Dieu a la lune sous ses pieds parce qu'elle a méprisé toutes les choses temporelles (1). » Oh ! quelles grâces , par cette source , se sont répandues sur les hommes! Qu'elle soit donc bénie , votre source, ô sainte Eglise ! cette source d'oie tant de biens s'écoulent sur vous. C'est une source vraiment glorieuse que cette source remplie de l'Esprit-Saint, cette source qui produit la fontaine de vie, cette source de notre salut, Marie. C'est par elle que cette même fontaine de vie, Jésus-Christ, est venue jusqu'à nous; par elle aussi que nous pouvons atteindre de notre côté jusqu'à Jésus-Christ ; et c'est pour cela qu’elle est véritablement bénie. Aussi saint Bernard s'écrie-t-il : « C'est par vous que nous trouvons un accès, ô Vierge bénie , inventrice de la grâce , génératrice de la vie , mère du salut ! par vous que nous parvenons à celui qui nous a été donné par vous (2). »
Voyons encore comment Marie est bénie pour la sobriété par laquelle elle combattit la gourmandise. Sans aucun doute, ce vice attire malédiction, ainsi que nous le reconnaissons en nos premiers parents , qui, pour cette faute, ont été maudits et le genre humain avec eux. Mais, au lieu de cette malédiction de gourmandise, Marie a obtenu la bénédiction d'une abstinence parfaite et d'une tempérance entière. C'était justice, au reste, que dans le paradis spirituel les bénédictions de la tempérance fussent aussi abondantes que les malédictions de la gourmandise
1 In Apoc., 12. — 2 Serm. 2, de Adv.
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l'avaient été dans le paradis terrestre , selon cette parole de l'Ecclésiastique : « La grâce est comme un paradis comblé de bénédictions (1). » Or , la grâce abonda tellement en Marie qu'on pourrait en quelque sorte l'appeler une vierge toute de grâce. Cette grâce, ou autrement cette Vierge toute de grâce fut donc un paradis comblé de bénédictions. De même que, dans le paradis terrestre, Eve, par gourmandise a mérité une malédiction de peines, de même dans le paradis spirituel, Marie, par sa tempérance, a été digne de recevoir une bénédiction de grâces. C'est pourquoi saint Augustin dit : « La malédiction d'Eve s'est changée en bénédiction pour Marie (2). » Car de même que la gourmandise d'Eve n'a pas seulement attiré la malédiction sur son âme, mais aussi sur son corps, ainsi Marie a mérité, par sa tempérance, d'être bénie non-seulement en son corps , mais encore en son âme; elle a mérité de recevoir non-seulement une bénédiction spirituelle , mais encore une bénédiction corporelle. La malédiction d'Eve ainsi coupable fut d'enfanter dans la douleur ; la bénédiction de Marie ainsi vertueuse fut de devenir mère sans aucune souffrance, comme le dit saint Bernard en ces termes : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes , car vous avez échappé à cette malédiction générale dans laquelle il fut dit : Vous mettrez au monde vos enfants dans la douleur; et néanmoins vous n'avez point été comprise en cette autre où il est dit : Maudite soit celle qui est stérile en Israël.
1 Eccl., 40. — 2 Serm. 18, de Sanct.
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Ainsi, vous avez obtenu une bénédiction toute particulière : vous êtes exempte de la stérilité et vous avez enfanté sans douleur (1)»
Ecoutons, en dernier lieu, comment Marie a été bénie pour la chasteté qu'elle opposa à la luxure. Il a été dit aux impudiques : « Maudit soit l'homme qui corrompt l'épouse de son prochain; et tout le peuple répondra : Amen (2). » Mais, au lieu de cette malédiction de l'incontinence , Marie a mérité la bénédiction de la pureté, et nous pouvons lui appliquer ce qui est dit de Judith : « Tous la bénirent d'une voix unanime en disant : Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, vous êtes l'honneur de votre peuple; car vous avez agi avec un courage inébranlable , et votre coeur s'est affermi, parce que vous avez aimé la chasteté et qu'après avoir perdu votre mari vous n'avez point voulu en épouser un autre. C'est pour cela que la main du Seigneur vous a fortifiée et que vous serez bénie éternellement (3). » Nous pouvons, dans cette bénédiction de la chaste Judith, non-seulement voir la figure de ce qui est arrivé à Marie, mais en conclure combien fut plus abondante la bénédiction qu'elle reçut. En effet , si une chaste veuve a été bénie, combien plus a dû l'être une chaste vierge et surtout une vierge qui a mérité de devenir la Mère de Dieu et qui l'a mis au monde sans souffrir aucune atteinte en sa virginité? C'est pour cela que le vénérable Bède a dit : « Elle est bénie d'une bénédiction
27. — 3 Judit., 15.
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incomparable, puisqu'elle a eu la gloire d'une postérité divine, et qu'elle a conservé toujours pure la couronne de sa virginité (1). »
Il faut remarquer que dans la sainte Ecriture nous trouvons une épouse bénie, une veuve bénie, une vierge bénie. Cette épouse bénie, c'est Sara, dont il est dit au livre de Tobie : « Que la bénédiction se répande sur votre épouse (2). » Cette veuve bénie, c'est Judith, ainsi que nous venons de le voir. Et il est encore dit de la veuve au livre des Psaumes : « Je donnerai à la veuve une bénédiction abondante (3). » Enfin la Vierge bénie , c'est Marie, à qui l'Ange adressa cette parole : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Elle est donc bénie celle qui aima la chasteté conjugale , et bénie encore plus celle qui garda la chasteté de son veuvage; mais bénie par-dessus tout celle qui choisit la chasteté virginale. Sans doute, elle est bénie, celle qui, avec Sara et avec Suzanne , demeure chaste dans le mariage; bénie avec plus d'abondance celle qui, avec Judith et avec Anne, se maintient pure dans la viduité; mais elle est comblée d’une bénédiction incomparablement plus grande , celle qui , avec Marie, aura conservé la chasteté des vierges. C'est pour cela que saint Augustin a dit : « Nous louons ce que Suzanne nous offre de bien en gardant la chasteté conjugale; mais nous lui préférons le bien que nous trouvons dans la viduité d'Anne , et encore plus celui que nous admirons en la virginité de Marie. » Et cela est
1 Bed., ubi supr. — 2 Tob., 9. — 3 Ps. 131.
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vraiment selon l'ordre et la justice. Elle est en effet vraiment digne d'être bénie celle qui, durant son mariage, ne connut jamais que celui avec qui elle fut unie. Elle est digne d'une bénédiction plus grande, celle qui, non-seulement en usa de la sorte au temps de son union , mais qui , après la mort de son époux , refusa de s'unir à un autre. Mais il est dans l'ordre et selon la justice qu'elle soit bénie par-dessus toutes les autres, celle qui n'a connu ni celui qui fut son époux, ni aucun autre homme , et qui cependant a conçu un homme aussi grand , aussi infini que celui dont elle fut mère. C'est pour cela que saint Augustin s'écrie : « O femme bénie entre toutes les femmes ! elle est demeurée étrangère à tout homme, et cependant elle a porté un homme en son sein (1). »
Ainsi , mes bien-aimés , Marie est donc bénie pour son humilité; elle l'est pour sa charité, pour sa douceur, pour son activité, pour sa libéralité, pour sa sobriété, pour sa chasteté. Et c'est avec justice qu'il en est ainsi, puisqu'elle a excellé outre mesure en l'humilité, qu'elle a été abondante en sa charité, invincible en sa douceur, ardente en son activité, prodigue en sa libéralité, austère en sa sobriété, pure et sans tache en sa virginité. Et maintenant, ô Vierge bénie en tant de manières , Marie, bénie heureusement par-dessus toutes les femmes, nous vous supplions de vouloir bien , par votre bénédiction, délivrer notre misère de toute malédiction , et nous
1 Serm. 8, de Temp.
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rendre dignes de la bénédiction divine. Nous vous en conjurons par Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui règne dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
LEÇON XVI. Quel est le fruit du sein de la bienheureuse Vierge Marie; quelle est sa grandeur.
Le fruit de votre sein est béni. Nous avons montré plus haut comment Marie, à cause de l'innocence très-pure de sa vie, a mérité d'être saluée d'une salutation de bénédiction; comment, par la surabondance admirable de la grâce en elle, elle a été déclarée pleine de grâce; comment, par la présence intime de Dieu en elle, il a été dit justement que le Seigneur était avec elle. Il nous reste maintenant à montrer comment, par l'excellence si profitable à l'homme de celui qu'elle mit au monde, ce fruit de son sein est proclamé béni.
Le fruit de votre sein est donc béni, ô Mère bénie du Fils de Dieu ! C'est ce fruit dont le Prophète a dit : « Le Seigneur répandra ses bienfaits, et notre terre produira son fruit (1). » Ce que le vénérable Bède explique ainsi : « Le Seigneur a répandu ses bienfaits quand la grâce de l'esprit a consacré le sanctuaire du sein de la Vierge par l'arrivée du Fils unique du Père. Et notre terre a donné son fruit quand la
1 Ps. 84.
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même Vierge, dont le corps était formé de la terre que nous habitons, conçut un Fils égal à Dieu le Père par sa divinité, et consubstantiel à elle-même par la réalité de sa chair (1). » Il nous faut donc considérer que ce fruit est un fruit vraiment généreux, un fruit de délices et de puissance, un fruit plein d'abondance. Ce fruit, dis-je, est brillant de gloire par sa générosité; il est désirable par sa suavité, avantageux par sa vertu, et vraiment universel par sa profusion.
Et d'abord, mes bien-aimés, considérons comment le fruit du sein de la Vierge est un fruit vraiment généreux. Il est généreux parce qu'il a été produit par un sein royal; il l'est plus encore parce que ce sein est un sein virginal; mais il l'est au-delà de toute limite parce qu'il est sorti du sein du Père éternel.
Je dis donc que ce fruit est un fruit généreux parce qu'il est sorti d'un sein royal , car il est issu du roi David, à qui Dieu avait fait cette promesse : « J'établirai sur votre trône celui qui sera né de vous (2). » Et l'Apôtre rend témoignage à l'accomplissement de cette même promesse en disant : « Jésus-Christ est né de la race de David selon la chair (3). » Mais ce n'est pas seulement à cause de David que ce fruit est généreux et illustre, il l'est encore à cause de tant de rois glorieux qu'il compte au nombre de ses ancêtres, et dont nous lisons la généalogie dans saint Matthieu , en sorte que nous pouvons appliquer à cette occasion la parole suivante : « Il est sorti du trône des rois (4). »
1 Bed., ubi supr. — 2 Ps. 131. — 3
Rom., 1. — 4 Sap., 8.
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Mais ce fruit , illustre par sa royale origine , l'est encore plus à cause du sein virginal qui l'a porté , et dont il est dit : « Béni est le fruit de votre sein, » de ce sein qui , selon qu'il a été figuré par la verge d'Aaron , a conservé la fleur de sa virginité en recevant l'honneur de la fécondité. C'est pour cela que saint Bernard dit fort bien : « Le Christ naît de la femme, mais de telle sorte que le fruit de sa fécondité n'a point flétri la fleur de sa virginité (1). » De même donc que cette seconde gloire est plus admirable que la première , de même clic est plus excellente et la surpasse autant que les cieux s'éloignent de la terre. O noblesse vraiment inouïe et digne d'admiration! ô naissance vraiment glorieuse que celle qui eut lieu d'une mère demeurée vierge ! « La gloire de Celui qui naît, dit saint Augustin, repose dans la virginité de celle qui lui donne le jour, et la gloire de celle qui enfante, dans la divinité de Celui dont elle est la Mère. »
Ce fruit , ô mes bien-aimés , est glorieux , sans doute, parce qu'il est issu du sang des rois; il l'est plus encore parce qu'il a été formé dans le sein d'une Vierge; mais sa gloire par excellence lui vient du sein de son Père. C'est de ce fruit qu'il faut entendre cette parole d'Osée : « C'est en moi que votre fruit a été trouvé (2). » Le texte hébreu porte, il est vrai , votre fruit, mais la Septante dit son fruit. Que Dieu le Père s'écrie donc, en parlant de Marie, qu'il s'écrie en parlant à l'âme fidèle et à son Eglise : « C'est
1 Serm. 1, de Circum. — 2 Os. 14.
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en moi que votre fruit a été trouvé , votre fruit, ô Marie!
car vous avez été choisie pour le produire à la terre. Votre fruit, ô âme fidèle ! car vous avez été attirée à l'aimer. Votre fruit, ô Eglise! car vous avez été formée par le recevoir. Il est donc véritablement vôtre. Il l'est corporellement par la nature dont il s'est revêtu; il l'est spirituellement par sa grâce; il l'est sacramentellement par l'Eucharistie; il l'est éternellement par sa gloire. Il est vôtre, sans cloute, nais il l'est par moi; car c'est de mon sein qu'il est engendré, ainsi qu'il est dit au livre des Psaumes : « Je vous ai engendré de mon sein avant la naissance de la lumière (1). » O noblesse qui surpasse notre admiration, noblesse vraiment au-dessus de tous nos respects ! Le fruit du sein d'une femme est le Fils engendré du sein de l'Eternel, c'est la sagesse intime du Père céleste. « O Marie, dit saint Bernard, vous serez la Mère de Celui dont Dieu est le Père. Le Fils de la charité paternelle sera la couronne de votre chasteté. La sagesse qui réside dans le coeur du Père sera le fruit de votre sein virginal. » La dernière gloire de ce fruit illustre l'emporte donc à l'infini en dignité sur les deux premières, et surpasse par sa sublimité tout ce que l'intelligence de l'homme et de l'ange pourrait jamais concevoir. Aussi c'est de de ce fruit que le prophète Isaïe a dit : « Le germe du Seigneur sera dans la magnificence et la gloire, et le fruit de la terre sera élevé en gloire (3) » Il est dans la magnificence par son origine royale , dans la
1 Ps. 109. — 2 Hom. 3, super miss.
— 3 Is., 4.
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gloire par sa conception virginale, et élevé en gloire par sa génération éternelle dans le sein du Père.
Voyez, en second lieu, mes bien-aimés, comment le fruit du sein de la Vierge est un fruit de délices. Il est délicieux par son parfum , plus délicieux par sa beauté, et délicieux sans limites par sa saveur. Nous contemplons sa beauté par la foi ; nous aspirons son parfum par l'espérance; nous jouissons de sa saveur par la charité.
Je dis donc que le fruit de Marie est délicieux par son parfum de suavité. Marie, en effet, peut bien lui appliquer cette parole de l'Ecclésiastique : « J'ai produit, comme la vigne, une odeur de suavité (1). » Ce fruit de la vigne, c'est le Fils de la Vierge; ce qui est vraiment admirable et admirablement vrai , au témoignage de saint Augustin , dont voici les paroles à ce sujet : « Le Créateur de l'univers vient au monde enfanté par sa créature; Celui qui est une fontaine immense tire sa source d'un faible ruisseau qu'il a formé; la racine de toutes choses naît d'une faible tige qu'il a produite, et la vigne véritable devient le fruit d'une de ses propres branches. (2) » Le fruit de la vigile, c'est le vin, et l'odeur du vin est une odeur délectable : tel est le parfum des exemples de Jésus-Christ, le parfum des consolations de Jésus-Christ, le parfum des promesses de Jésus-Christ. Ainsi enivre-t-il de délices l'âme qui a soif de Jésus ; et comme l'odeur du vin attire l'homme qui est dévoré de la soif, ainsi l'odeur de Jésus attire celui qui s'empresse