Œuvres spirituelles (page 26)
III. C'est également un haut degré de force ne point consentir aux péchés d'action; c'en est un plus grand de ne point consentir aux péchés de parole, et c'en est un très grand de ne point consentir aux péchés de pensée. Jésus-Christ a exercé ces trois degrés.
IV. C'est enfin un haut degré de force de travailler courageusement à mener en ce inonde une vie sainte, qui consiste en mie conscience pure, en de bonnes oeuvres et des moeurs sans tache. C'en est un plus haut de travailler pour entrer un jour en la société des anges, et c'en est un très-haut de travailler pour être uni à Dieu dans la vie éternelle.
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CHAPITRE XI. Degrés de la justice.
I. C'est un haut degré de justice de rendre au prochain ce qui lui est dû, c'est-à-dire de se réjouir avec lui dans la prospérité et de lui compatir dans le malheur, selon cette parole de l'Apôtre : « Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, et pleurez avec ceux qui pleurent (1). » C'en est un plus élevé de se rendre à soi-même ce que l'on se doit, soit en déplorant les fautes qu'on a commises, selon cette parole du Prophète : « Pleurez comme celle qui est dans les angoisses de l'enfantement (2), » soit en prenant ses précautions contre les fautes dont on pourrait se rendre coupable, selon cette autre parole : « Ce n'est pas seulement du mal, mais de toute apparence de mal qu'il faut s'abstenir (3). » Et c'en est un très-haut de rendre à Dieu ce que nous lui devons, ou autrement de le craindre parce qu'il est un maître juste , et de l'aimer parce qu'il est un père excellent. C'est pourquoi il a dit lui-même : « Si je suis votre Seigneur, où est la crainte que vous avez de moi? Si je suis votre Père, où est l'amour que vous me portez (4) ? »
4. — 3 I Thessal., 5. — 4
Malach., 1.
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de rendre le bien pour le mal , et c en est un très-élevé de donner ce que l'on a de meilleur pour ce que l'on revoit de plus indigne. C'est ce qu'a fait Jésus-Christ quand il donna son très-saint corps à Judas le traître infatue.
III. C'est également un haut degré de justice de ne faire que des actions justes et qui puissent plaire à Dieu. C'en est un plus haut, de n'émettre que des paroles justes et irrépréhensibles , et c'en est un très-haut de n'avoir que des désirs justes. Jésus-Christ se trouvait dans tous ces degrés quand il disait : « Je fais en tout temps ce qui plaît à mon Père (1). »
IV. C'est encore un haut degré de justice d'apprendre à juger ses actions, à bien en connaître le motif et la fin. C'en est un plus haut de juger ses paroles pour savoir si elles sont nuisibles ou utiles , et c'en est un très-haut de juger sa conscience pour savoir si elle est droite ou erronée, ainsi que ses affections pour découvrir si elles sont bien réglées ou désordonnées.
V. Enfin c'est un haut degré de cette vertu d'observer envers tous sans distinction sur la terre la justice naturelle, c'est-à-dire d'éviter de faire aux autres ce que nous souffririons avec peine qu'on nous fit, et de leur faire ce que nous voulons qu'on nous fasse. C'en est un plus haut de rendre à tous nos morts ce que nous leur devons, soit par des aumônes et des prières en leur mémoire, soit surtout par l'exécution fidèle de leurs testaments et de tout ce
1 Joan . 8, 13.
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qu'ils ont confié à notre fidélité. Et c'en est un très-haut de se montrer juste envers les morts qui nous sont étrangers en répondant à la confiance qu'ils ont mise en nous, par l'accomplissement des choses dons ils nous ont chargés.
CHAPITRE XII. Degrés de la tempérance.
I. C'est un degré élevé de tempérance de se modérer dans les choses extérieures, c'est-à-dire dans la nourriture, le vêtement, le sommeil, le marcher, les paroles, les actions et tout l'ensemble du maintien extérieur, en sorte que tout se fasse selon Dieu , avec ordre et modestie. C'en est un plus élevé de se modérer en ses mouvements et affections intérieurs , afin de ne point s'occuper outre mesure des objets passagers. Et c'en est un très-élevé de régler ses pensées pour qu'elles ne se répandent pas trop hors de Dieu.
II. C'est aussi un haut degré de tempérance de s'abstenir des choses illicites, tant intérieures qu'extérieures. C'en est un plus haut de s'abstenir pour un temps des choses licites intérieures et extérieures , et c'en est un très-haut de s'abstenir jusqu'à la mort de ces mêmes choses, selon cette parole : « La vertu consiste à s'abstenir des jouissances permises. » Au reste celui-là seul ne se laisse point entraîner aux
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choses illicites qui s'applique avec soin à se modérer en celles qui lui sont permises, dit la Glose sur Job (1). Ainsi , celui qui ne veut point tomber dans la médisance ni le mensonge ou autres fautes semblables, s'abstient même de ce qu'il pourrait avancer innocemment; car, dit Salomon, les longs discours ne seront pas exempts de péché (2).
III. Il y a encore un certain degré élevé de tempérance à parler avec modération des défauts des hommes en leur présence. C'en est un plus haut de parler avec modération des défauts des morts et des vivants en leur absence et comme si l'on était en leur présence. C'en est un très-haut d'excuser sincèrement les défauts des morts et des vivants en leur absence, parce qu'ils ne sauraient le faire par eux-mêmes.
IV. Enfin saint Jean
Chrysostome compte parmi les degrés de cette vertu la modération dans le boire et le manger. « Rien, dit-il, ne dissipe la tristesse comme une réfection modérée, » et c'est là un haut degré. Rien ne conserve si bien la santé, » et c'est un degré plus élevé. « Rien ne donne à l'esprit une plus grande facilite , » et c'est là un degré très-élevé.
I. C'est un haut degré de paix d'avoir soumis la chair à l'esprit ou à la raison , en la rendant éloignée de toute action mauvaise. C'en est un plus haut de l'avoir soumise à l'esprit en la rendant prompte à toute bonne oeuvre. Et c'en est un très-haut d'avoir soumis son esprit à Dieu par une observance entière, et selon toutes les forces tant extérieures qu'intérieures de l'âme, de tout ce qu'il commande. Ce dernier degré subsiste dans le ciel.
II. C'est aussi un haut degré de paix de pardonner à ses inférieurs s'ils ont manqué en quelque chose , et de les consoler avec bénignité s'ils sont tombés en quelque affliction. C'en est un plus haut d'agir avec ses égaux de telle sorte qu'on leur fasse le bien que nous voudrions justement nous être fait, et qu'on leur épargne le mal que nous trouverions injuste à notre égard. Et c'en est un très-haut de conformer en tout sa volonté à celle de ses supérieurs.
III. C'est encore un haut degré de paix de ne porter le trouble en personne par ses actions. C'en est un plus élevé de ne le point porter par ses paroles, son air ou des rapports indiscrets. Et c'en est un très-haut de ne donner à aucun la plus légère occasion de trouble, soit par signe, soit par un mouvement
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quelconque. Jésus-Christ a demeuré dans tous ces degrés selon cette parole : « Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé (1) . »
IV. Celui-là enfin arrive à un degré élevé de paix , qui ne publie point le mal qu'il sait du prochain; à un plus haut degré celui qui ne diminue, ni ne dénigre, ni n'interprète en mauvaise part , mais exalte le bien opéré par ses frères; et à un très-haut degré celui qui compatit à leurs défauts et se réjouit sincèrement de leurs progrès. C'est dans ce degré que fut Jésus-Christ.
CHAPITRE XIV. Degrés de la constance.
C'est un haut degré de constance d'être tellement uni à Dieu qu'on ne puisse , même par la perte des biens temporels, être amené à faire le mal qui lui déplaît, ni détourné du bien que nous savons lui être agréable, ainsi que nous le lisons de Tobie et de Mathatias. C'en est un plus élevé de ne pouvoir être conduit là par la mutilation de ses membres, comme il arriva aux sept frères dont l'histoire est racontée au livre des Machabées. Et c'en est un très-haut de ne pouvoir y être forcé par la perte de la vie, comme saint Paul lorsqu'il disait : « Non-seulement je suis
1 Joan., 6.
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prêt à être enchaîné, mais encore à mourir pour le nom du Seigneur Jésus-Christ (1). »
II. Celui-là arrive à un haut degré de constance qui ne s'éloigne pas de Dieu dans la prospérité, comme David ; à un plus haut celui qui ne s'en éloigne pas dans l'adversité à laquelle il est en butte de la part de ses ennemis, comme saint Etienne; et à un très-haut celui qui lui demeure attaché dans l'adversité dont il est l'objet de la part de ses amis, comme Job lorsqu'il disait aux siens : « Je n'abandonnerai point la justice que j'ai commencé à observer (2). »
III. Celui-là est aussi dans un haut degré de constance qui ne consent point aux tentations des péchés de la chair, mais les supporte avec patience. Dans un plus haut celui qui ne consent point aux tentations des péchés de l'esprit, mais les supporte de même. C'est ce qui a fait dire à saint Jacques : « Heureux celui qui souffre patiemment les tentations (3). » Et celui-là est dans un très-haut degré qui retranche de soi-même l'occasion des tentations, tant de la chair que de l'esprit. C'est dans ce degré que fut Jésus-Christ.
IV. Enfin celui-là parvient à un degré élevé de constance qui n'est détourné de sa vie sainte, de ses bonnes oeuvres, de ses vertueuses résolutions ni par les moqueries, ni par les blâmes, comme nous lisons de David lorsque Michol le tourna en dérision , le méprisa , lui fit des reproches de ce qu'il avait dansé
27. — 3 Jac., 1.
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nu devant l'arche comme un baladin (1). Celui-là parvient à un plus haut degré qui ne se laisse ébranler ni par les adulations, ni par les louanges des hommes frivoles ou méchants; et à un degré très-élevé celui qui n'est touché ni des flatteries ni des louanges des hommes de bien.
CHAPITRE XV. Degrés de la libéralité.
I. C'est un haut degré de libéralité de donner avec joie ses biens temporels, comme Abraham , qui ne refusa l'hospitalité à personne. C'en est un plus haut de donner de grand coeur les biens spirituels, comme l'Apôtre le fit , ainsi qu'il le témoigne en ces paroles : « Je suis redevable aux sages et aux insensés; » et dans ces autres : « Si nous avons semé parmi vous les biens spirituels, etc. (2) » Et c'en est un très-élevé de livrer son corps de plein gré et avec bonheur, comme le fit Jésus-Christ, qui dit par le Prophète : « J'ai livré mon corps à ceux qui me frappaient (3); » et par lui-même : « Mangez-en tous , car ceci est mon corps (4). »
II. Celui-là arrive à un haut degré de libéralité qui donne tout ce qu'on lui demande , selon cette parole d'Hérode à sa fille : « Tout ce que vous me demanderez, je vous l'accorderai (5) ; à un plus haut
4 Mat., 26. — 5. Marc., 6.
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degré celui qui donne plus qu'on ne lui demande, comme fit Naaman à Giézi, serviteur d'Elisée, qui lui demandait un talent et à qui il dit : « Il vaut mieux que vous en receviez deux (1). » Et à un très-haut degré celui qui blâme ceux qui ne demandent pas afin de les engager à demander, comme Jésus-Christ lorsqu'il dit : « Jusqu'à cette heure vous n'avez rien demandé (2). »
III. Celui-là est aussi dans un haut degré de libéralité qui donne quelque chose afin d'en recevoir autant ou d'en être récompensé , comme font presque tous les hommes, selon cette parole d'Isaïe : « Tous aiment les présents (3). » Dans un plus haut est celui qui donne sans espoir de retour, comme l'Apôtre, qui donna les biens spirituels en disant : « Ce n'est pas votre bien, c'est vous que je cherche (4). » Et dans un très-haut celui qui rend grâces à ceux qui veulent bien recevoir ses dons , ainsi que saint Jean Chrysostome le dit de Jésus-Christ en ces termes : « Vous ne demandez rien pour tous les biens que vous nous avez accordés, ô Jésus! si ce n'est que nous nous sauvions. Vous nous en donnez la grâce, et vous êtes reconnaissant envers ceux qui veulent bien la recevoir. »
IV. Enfin celui-là est dans un haut degré de libéralité qui donne à ses parents dans leurs besoins; dans un plus haut celui qui donne aux étrangers également dans le besoin ; et dans un très-haut celui
4 II Cor., 12.
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qui donne à ses ennemis en cas semblable. C'est ainsi que Dieu fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants (1).
CHAPITRE XVI. Degrés de la compassion.
I. C'est un haut degré de compassion de pleurer du fond de son coeur sur un ami dans l'affliction. C'en est un plus haut de pleurer sur un ennemi en pareil cas ; et c'en est un très-haut de pleurer sur Dieu à cause des outrages qui lui sont faits.
II. De même, c'est un haut degré de compassion de compatir à ceux qui sont dans la peine et en bonne santé. C'en est un plus haut de compatir aux malades en leur infirmité. Et c'en est un très-haut de compatir aux peines de ceux qui se purifient dans le purgatoire.
III. Celui-là parvient également à un haut degré de compassion, qui s'afflige en son coeur sur ceux qui sont dans les peines, à l'exemple de l'Apôtre, qui s'écrie : « Qui est faible sans que je m'affaiblisse avec lui? Qui est scandalisé par quelque coup de la tribulation, sans que je brûle moi-même de douleur (2)? Celui-là s'élève à un plus haut degré, qui plaint de bouche le malheur de ceux qui sont affligés. Ainsi David a déploré la mort de Saül et de Jonathas, en disant : « Comment les forts sont-ils tombés dans le combat (3) ? » Enfin celui-là s'élève à un très-haut degré.