Œuvres spirituelles (page 28)
IV. C'est de même un haut degré de contrition de déplorer tout le mal dont nous sommes coupables personnellement. Un plus haut de déplorer tout le mal dont nous avons été l'occasion sciemment, et un très-haut de déplorer tout le mal dont nous avons été
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l'occasion sans le connaître. De là cette parole du Prophète : « Ne vous soutenez pas des péchés que j'ai commis dans mon ignorance (1). »
V. C'est également un haut degré de contrition de pleurer les péchés connus de tout le monde. C'en est un plus haut de pleurer les péchés secrets dont nous seuls avons connaissance devant Dieu, et c'en est un très-haut de pleurer les péchés que Dieu seul voit en nous à l'éclat de sa lumière. C'est ce qui faisait dire à l'Apôtre : « Ma conscience ne me reproche rien, mais je ne me crois point justifié pour cela (2). »
VI. C'est aussi un haut degré de contrition de pleurer le tort qu'on s'est fait à soi-même par le péché. C'en est un plus haut de pleurer le tort qu'on a fait à ceux au milieu desquels on vit, et c'en est un très-haut de pleurer l'injure qu'on a faite à Dieu.
VII. Il y a encore un haut degré de contrition lorsque la douleur détruit la faute que nous avons commise; un plus haut lorsqu'elle détruit et la faute et une partie de la peine qu'elle mérite, et un très-haut lorsqu'elle détruit à la fois et la faute et la peine tout entière.
VIII. Enfin celui-là est dans un haut degré de contrition qui manifeste des regrets par une confession sincère; dans un plus haut celui qui les manifeste par ses larmes, et dans un très-haut celui qui les manifeste par ses oeuvres , comme les jeûnes, les veilles et les disciplines.
I. C'est un haut degré de la confession de faire l'aveu de tous ses péchés une fois chaque année, selon le précepte de l'Eglise. C'en est un plus haut de le faire tous les mois, et c'en est un très haut de le faire toutes les semaines, car il est écrit : « Le juste tombe sept fois le jour, et il se relève par l'aveu qu'il fait de ses torts (1). »
II. C'est aussi un haut degré de la confession de se confesser seulement à un prêtre , selon cette parole : « Allez et montrez-vous au prêtre (2). » C'en est un plus haut de se confesser à plusieurs prêtres séculiers, selon cette autre parole : « Allez, montrez-vous aux prêtres (3). » Et c'en est un très-haut de se confesser à plusieurs prêtres réguliers qui sont pleins de diligence et pour la confession et pour ceux qui s'en acquittent.
III. Celui-là pratique dans un haut degré la confession qui vient s'accuser, poussé par horreur et dégoût du péché; mais dans un plus haut celui qui le fait dans le désir de s'unir plus intimement à Dieu.
IV. Enfin celui-là est dans un degré élevé qui se confesse pour .que son âme soit purifiée de ses souillures; dans un plus haut celui qui se confesse pour devenir semblable à Dieu par la pureté, et dans
1 Prov., 24. — 2 Mat., 8. — 3 Luc., 17.
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un très-haut celui qui le fait pour préparer, en purifiant son âme, une demeure où Dieu puisse habiter. Il faut se souvenir aussi que la confession est susceptible de tous les degrés de la contrition.
CHAPITRE XXIV. Degrés de la satisfaction.
I. C'est un haut degré de satisfaction de faire pénitence comme il convient de ses propres péchés. C'en est un plus haut de faire pénitence des péchés de ceux qui pratiquent la vertu ; et c'en est un très-haut de faire pénitence pour les péchés des méchants.
II. C'est de même un haut degré de satisfaction de faire pénitence des péchés de ses parents ; c'en est un plus haut de faire pénitence des péchés de ceux qui nous sont étrangers ; et c'en est un très-haut de faire pénitence des péchés de nos ennemis.
III. C'est aussi un haut degré de faire pénitence de ses péchés dans sa propre maison ; un plus haut de faire pénitence de ses péchés dans le désert; et un très-haut de faire cette pénitence dans le cloître.
IV. C'est encore un haut degré de satisfaction de faire pénitence de ses péchés dans un ordre austère ; c'en est un plus haut de faire cette pénitence dans un ordre plus austère ; et c'en est un très-haut de la faire dans un ordre très-austère.
V. C'est enfin un haut degré de satisfaction d'expier
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ses péchés par des aumônes ; c'en est un plus haut de les expier par de bonnes oeuvres corporelles , comme le jeûne, la prière, les pélerinages, etc. Et c'en est un très-haut de les expier par des souffrances corporelles, comme les larmes, les disciplines, les cilices, etc. Car il est plus parfait de souffrir avec patience ce qui est pénible que de s'appliquer aux bonnes oeuvres.
CHAPITRE XXV. Degrés de la contemplation.
I. C'est un haut degré de contemplation de connaître Dieu dans ses créatures. Un plus haut de le connaître en ses Ecritures; et un très-haut de le connaître en sa puissance, en sa sagesse, etc.
II. C'est aussi un haut degré de contemplation de connaître Dieu dans les hommes qui ont été formés à son image; un plus haut de le connaître dans les anges, qui sont le sceau de sa ressemblance; et un très-haut de le connaître en sa propre substance.
III. C'est encore un haut degré de contemplation de connaître Dieu dans les oeuvres de ses mains; un plus haut de le connaître en ses perfections divines; et un très-haut de le connaître dans sa lumière même. De là cette parole : « Afin qu'ils voient la splendeur que vous m'avez donnée (1). »
IV. Enfin celui-là s'élève à un haut degré de contemplation qui sépare son âme de toutes les choses qui passent , et la recueille en elle-même. A un plus haut degré celui qui connaît ce qu'est son âme ainsi recueillie en elle-même , en se la représentant au-dessus de son corps, sans son corps, et selon ce qu'elle est en sa nature. Et celui-là s'élève à un très-haut degré, qui connaît Dieu , à l'image duquel il a été formé, et s'applique de tout son pouvoir à se rendre semblable à lui. Jésus-Christ a été dans tous ces degrés.
CHAPITRE XXVI. Degrés de la discrétion.
I. C'est un haut degré de discrétion de se servir des biens temporels selon l'ordre établi par Dieu. C'en est un plus haut d'user ainsi des qualités naturelles, tant du corps que l'âme; et c'en est un très-haut d'agir de la sorte pour les dons gratuits de l'âme.
II. C'est de même un haut degré de discrétion d'observer les commandements de la sainte Ecriture ; un plus haut d'en observer,les conseils; et un très-haut d'observer tous les enseignements de Jésus-Christ.
III. C'est aussi un haut degré de discrétion de se conduire selon les exemples des saints; un plus haut de se conduire selon les exemples de Jésus-Christ ; et
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un très-haut de se conduire selon les perfections divines.
IV. C'est encore un haut degré de discrétion de se souvenir des divers bienfaits de Dieu ; un plus élevé de lui en rendre grâces; et un très-haut de louer sa divine nature, sa bonté, et toutes les perfections qu'il manifeste en nous faisant du bien.
V. C'est enfin un haut degré de discrétion d'être attentif en toutes choses à ne point scandaliser les personnes du siècle; c'en est un plus haut d'apporter la même attention à édifier ceux qui vivent en religion; et c'en est un très-haut d'agir de même afin qu'aucun péché ne soit commis en présence de Dieu notre Juge.
CHAPITRE XXVII. Degrés de l'espérance.
I. C'est un haut degré d'espérance d'attendre l'héritage céleste parce que Dieu s'est engagé à nous l'accorder, et qu'il nous en a donné pour gage l'Esprit que nous avons reçu dans le baptême , selon la doctrine de l'Apôtre. C'en est un plus haut d'attendre cette béatitude parce qu'il nous a assuré par serment qu'il nous la donnerait. De là cette parole : « C'est le serment par lequel il a juré à Abraham, notre père, qu'il nous accorderait cette grâce (1). Et c'est
1 Luc., 1.
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un très-haut degré de cette vertu d'attendre la même félicité de la promesse qui nous en a été faite dans la Loi et les Prophètes. Ce qui a fait dire à l'Apôtre : « L'oeil n'a point vu, l'oreille n'a point entendit, et le coeur de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment (1). »
II. Celui-là est dans un haut degré d'espérance qui attend la béatitude éternelle en vertu des oeuvres de miséricorde et de justice auxquelles il s'est exercé longtemps. Dans un plus haut celui qui l'attend en vertu de la Passion que Jésus-Christ a endurée pour nous la mériter; et dans un très-haut celui qui l'attend de la pure bonté et de la miséricorde de Dieu , qui nous a créés pour cette félicité.
III. Celui-là est aussi dans un haut degré d'espérance, à qui une conscience profondément examinée promet le salut éternel ; dans un plus haut celui à qui la sainte Ecriture fait une semblable promesse ; et dans un très-haut celui qui tire cette assurance de l'inspiration divine.
IV. Celui-là possède encore un haut degré d'espérance qui attend le bonheur éternel à cause des prières multipliées qui se font pour lui tant sur la terre qu'au ciel. Celui-là en possède un plus haut qui attend ce bonheur de la vigilance empressée des anges autour de lui. Et celui-là, enfin, en possède un très-haut qui attend la même félicité de la garde très-attentive que Dieu fait de son âme. De là cette parole
1 I Cor., 2.
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de saint Augustin : « Dieu se constitue le gardien des plus parfaits, et les anges, de ceux qui le sont moins. »
CHAPITRE XXVIII. Degrés de la crainte.