Œuvres spirituelles (page 29)
I. C'est un premier degré de crainte de redouter le juge séculier. C'en est un plus élevé de redouter le juge spirituel; et c'en est un très-élevé de redouter le juge éternel.
II. C'est de même un haut degré de crainte de redouter le jugement de Dieu parce qu'il peut punir notre corps en ce monde. C'en est un plus élevé de le redouter parce qu'il peut punir notre âme ; et c'en est un très-élevé de le redouter parce qu'il peut perdre notre corps et notre âme en enfer.
III. Celui-là est dans un haut degré de crainte qui se sent porté par cette crainte à fuir tout ce qui peut le séparer pour un peu de temps de l'amour de Dieu. Dans un plus haut celui qu'un pareil sentiment porte à éviter tout ce qui le séparerait pendant longtemps de l'union avec Dieu; et dans un très-haut celui que ce même sentiment éloigne de tout ce qui interrompt l'union permanente avec Dieu.
IV. Celui-là est de même dans un haut degré de crainte à qui cette crainte persuade de rechercher en tout temps quelle est la volonté de Dieu , selon cette
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parole : « Celui qui craint le Seigneur, recherchera ce qui lui est agréable (1). » Celui-là est dans un plus haut degré à qui cette même crainte persuade d'accomplir en tout temps la volonté de Dieu, selon cette autre parole : « Celui qui craint Dieu ne négligera rien, et celui qui est pénétré de sa crainte fera le bien (2). Et enfin celui-là est dans un très-haut degré de crainte en qui cette vertu conserve tous les trésors spirituels qu'il a acquis , selon cette sentence de la sainte Ecriture : « La crainte du Seigneur s'élève au-dessus de tout; elle est comme un sceau qui conserve tout (3). »
CHAPITRE XXIX. Degrés de la douleur en tant qu'elle a rapport à la vertu.
I. C'est un haut degré de douleur de s'attrister du fond du coeur de tout malheur temporel du prochain. C'en est un plus haut de s'attrister de tous ses malheurs spirituels ; et c'en est un très-haut de s'attrister de toute injure faite à Dieu.
II. C'est de même un haut degré de douleur de s'attrister en voyant les âmes se souiller continuellement par des fautes vénielles. C'en est un plus haut de s'attrister de les voir se souiller fréquemment par des fautes mortelles. Ce qui fait dire à saint Bernard :
1 Eccl.,2.
— 2 Eccl.,7.— 3 Eccl., 15 et 25.
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« Reconnais, ô homme! combien cruelles sont les blessures du péché, puisque pour les guérir il a fallu que Jésus-Christ lui-même fùt couvert de blessures. » Et c'est un très-haut degré de s'attrister en voyant les plaies du Sauveur se rouvrir tous les jours lorsque le péché mortel vient les frapper de ses traits.
III. C'est encore un haut degré de douleur de gémir de l'inclination qui nous porte à nous jeter dans le mal ; c'en est un plus grand de gémir de notre lenteur à nous relever lorsque nous sommes tombés et du petit nombre de fois où nous en avons le courage; et c'en est un très-haut de gémir de la difficulté que nous avons à persévérer dans le bien.
IV. C'est également un haut degré de douleur de déplorer notre faiblesse à accomplir le bien; c'en est un plus haut de déplorer notre peu d'énergie à abandonner le mal; et c'en est un très-haut de déplorer notre peu de courage à le consommer.
V. C'est enfin un haut degré de douleur de s'attrister de faire si peu de cas des exemples que les hommes vertueux nous dorment sur la terre. C'en est un plus haut de s'attrister du peu d'attention qu'on apporte aux exemples plus parfaits que nous offre la céleste patrie ; et c'en est un très-élevé de s'attrister qu'on s'occupe si peu des exemples de perfection infinie que l'Evangile nous présente en la personne de Jésus-Christ.
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CHAPITRE XXX. Degrés de la joie.
I. C'est un haut degré de joie de se réjouir maintenant et dans l'avenir de la société éternelle des anges et des saints d'un ordre inférieur. C'en est un plus haut de se réjouir de la société des anges et des saints d'un ordre supérieur, et surtout de la bienheureuse vierge Marie, qui est élevée au-dessus de tous les anges et de tous les saints. Et c'en est un très-élevé de se réjouir de l'éternelle société de Dieu.
II. C'est de même un haut degré de joie, de se réjouir de la chair très-sainte que Jésus-Christ a prise du sang très-pur de la vierge Marie , et que nous contemplerons durant l'éternité des yeux de notre corps. C'en est un plus élevé de se réjouir de son âme si parfaite en toutes sortes de vertus et dons célestes, et à qui le Saint-Esprit n'a point été donné avec mesure , ainsi qu'aux autres saints. Et c'en est un très-élevé de se réjouir de la divinité de Jésus-Christ, qu'il possède de toute éternité en communauté avec le Père et le Saint-Esprit.
III. C'est également un haut degré de joie de se réjouir de tous les desseins méritoires que nous formons. C'en est un plus haut de se réjouir de toutes les bonnes paroles que nous prononçons, et un très-
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haut de se réjouir de toutes les bonnes actions que nous accomplissons.
IV. C'est aussi un haut degré de joie de nous réjouir et maintenant et pour l'avenir de la sainteté de notre vie extérieure. C'en est un plus haut de nous réjouir du bon ordre de nos affections intérieures; et c'en est un très-haut de nous réjouir de la paix de notre âme. De là cette parole : « L’âme paisible est comme un festin perpétuel (1). »
V. Enfin c'est un haut degré de joie de se réjouir de la vue ou de la connaissance de la sainte Trinité. C'en est un plus haut de se réjouir de ce que cette vision sera éternelle; et c'en est un très-haut de se réjouir de ce que la possession de cette même Trinité ne finira jamais.
Voilà pourquoi saint Augustin nous adresse ces paroles : « O âme, créature admirable! dans quelle humiliation te plonges-tu? Tu aimes la terre , et tu es d'un plus grand prix que la terre. Tu admires le soleil, et tu l'emportes sur lui en beauté. Tu contemples le ciel , et tu es .plus élevée : « tu n'es inférieure qu'à celui seul qui t'a créée. Si donc tu veux passer en moi, te dit le Seigneur, je passerai également en toi. Sors entièrement de toi-même; je t'attirerai en moi , je t'introduirai en moi ; et ainsi tu n'aimeras plus rien en toi, ni en aucune créature en dehors de moi. »
Et ailleurs le même saint dit encore : « L'âme tient le milieu entre Dieu et les créatures. Si elle se
1 Prov., 15
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tourne vers lui elle est illuminée , elle devient meilleure, elle se rend parfaite. Si, au contraire, elle abaisse ses regards vers ces dernières, elle s'en-« fonce dans les ténèbres, elle perd tout ce qui est bien en elle, elle se donne la mort. Dieu, ajoute-t-il, en faisant son entrée dans l'âme, est pour elle plus suave que toutes délices, plus brillant que toute lumière, plus sublime que tout honneur, plus intérieur que le mystère le plus profond.
« L'âme, dit saint Grégoire, ne peut être sans joie; elle la trouvera ou dans ce qui est élevé ou dans ce qui est bas (1). » —« Heureuse l'âme , dit aussi la Glose sur l'Ecclésiastique, heureuse l'âme qui se purifie chaque jour afin d'avoir pour hôte Dieu même. Celui qui le possède n'a besoin d'aucun bien, car il a en soi l'Auteur de tous les biens. » — La charité de Dieu est grande, sa miséricorde est ineffable, dit saint Augustin ; car il ne permet point que l'homme prédestiné à la vie éternelle sorte de ce monde dans un état autre que celui qui sait lui être le plus avantageux ; et il retire de cette vie les pécheurs , alors qu'il connaît que leur état de-« viendrait pire, afin que leur punition soit moindre et que les justes ne se pervertissent point par leurs exemples. »
1 Mor., lib. 18, c. 8.
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COMBAT SPIRITUEL
COMBAT SPIRITUEL
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DU COMBAT SPIRITUEL CONTRE LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX.
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DU COMBAT SPIRITUEL CONTRE LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX.
CHAPITRE PREMIER. Du combat coutre la gourmandise; de la nature de ce vice et des remèdes à y apporter.
CHAPITRE II. Du combat contre la luxure; de la nature de ce vice et des remèdes à y apporter.
CHAPITRE III. De l'avarice, et des remèdes qui y sont opposés.
CHAPITRE IV. De la colère et des remèdes qui lui sont opposés.
CHAPITRE V. De la nature de t'envie, de son origine, et des remèdes à y opposer.
CHAPITRE VI. De la paresse, et des remèdes à y opposer.
CHAPITRE VII. De la tristesse, et du combat qu'il faut lui opposer.
CHAPITRE VIII. De la vaine gloire, et des remèdes qui lui sont propres.
CHAPITRE IX. De l'orgueil, et des remèdes qui lui sont propres.
CHAPITRE PREMIER. Du combat coutre la gourmandise; de la nature de ce vice et des remèdes à y apporter.
Allons ! soldats du Christ, qui êtes prêts à commencer le combat spirituel, revêtez-vous de l'armure de Dieu; prenez en main le glaive et le bouclier; le glaive de la force et du courage, le bouclier de la patience, afin d'être inébranlables au milieu des assauts et des peines. C'est contre la gourmandise que nous allons d'abord diriger nos efforts; car, tant qu'elle domine en nous, nous sommes incapables de bien reconnaître les coups plus obscurs que nous portent les autres vices. « Beaucoup, nous dit saint Grégoire, entreprennent des choses grandes et difficiles; mais, parce qu'ils n'ont pas vaincu la gourmandise , ils perdent honteusement ce qu'ils avaient acquis au prix d'efforts glorieux. » En effet, celui qui ne peut renverser ses ennemis dans ses propres domaines, c'est-à-dire dans son corps même, comment, les vaincra-t-il dans une terre éloignée?
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La gourmandise est donc un amour désordonné et immodéré de la nourriture.
Or, tout ce qui tend à occuper intérieurement et d'une manière utile les facultés de l'âme; tout ce qui contribue à augmenter ses désirs intérieurs; tout cela, dis-je, offre un remède contre la gourmandise, et, qui mieux est, contre tous les vices de la chair. C'est ce qu'enseigne saint Jérôme en écrivant à Rustique : « Aimez, lui dit-il , la science des Ecritures, et vous serez sans amour pour les vices de la chair. » C'est encore ce qui fait dire à saint Jean Climaque, homme très-versé en toutes ces matières, que le manque de souffrances et l'oubli de la mort sont une occasion de gourmandise (1). Et pour tout dire en un mot, l'absence ou le vide des bons désirs, des saintes méditations, est la source ou l'accroissement principal des péchés de la chair. Le remède à y opposer est donc une crainte profonde de la mort, du jugement et de l'enfer; le désir toujours persévérant du royaume céleste, de la perfection, ou tout autre bon sentiment intérieur, comme la dévotion et surtout la componction , les larmes, la prière; car tout cela contribue à remplir le coeur de l'homme, et , selon saint Jérôme, un désir chasse un autre désir, une affection bannit une autre affection (2).
C'est la sobriété qui devrait défendre contre la gourmandise les remparts où nous tenons renfermé tout ce qu'il y a en nous de concupiscence; car c'est une
1 Clim., grad., 14. — 2 Hier., Epist. ad Rust.
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vertu qui ne permet de prendre qu'avec une juste modération les aliments corporels. C'est à elle qu'il appartient avant tout d'être notre gardienne contre ce vice. Veillez donc pour ne point outre-passer les limites en ce qui concerne la qualité de la nourriture.
Il est plus difficile de discerner ce qui convient relativement à la quantité, et cependant il peut y avoir pour tous une règle qui aide à nous contenir : c'est de ne jamais se rassasier, ni se charger d'aliments
autant que la capacité de chacun pourrait le permettre.
Le premier degré de la sobriété c'est de souffrir avec patience et sans nous plaindre lorsque nous ne pouvons avoir selon notre désir, soit à boire, soit à manger.
Le second degré c'est de consentir par amour pour la sobriété et la pauvreté, et aussi par désir du bon exemple, à nous passer de ce que nous pourrions nous procurer.
Le troisième degré c'est de se priver de bon cœur de tout ce que nous possédons de propre à flatter notre goût.
CHAPITRE II. Du combat contre la luxure; de la nature de ce vice et des remèdes à y apporter.
Si , au lieu de vaincre la gourmandise, vous vous laissez dominer par elle, elle appellera aussitôt à sa
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suite sa soeur la luxure, dont vous pourrez reconnaître la présence aux indices que sa nature elle-même vous rendra sensibles. Elle allumera aussitôt en la partie sensible de votre âme l'amour, l'inclination, la passion pour les personnes d'un sexe différent; ou bien elle excitera des mouvements en votre chair, et vous pouvez le comprendre par les impressions de concupiscence qui se font sentir en votre corps. Quelquefois son action s'exerce principalement sur l’âme par le désir d'actes illicites, ou l'affection pour une personne qu'on aime d'un amour coupable. Vous pouvez vous faire une idée de ce genre d'affection par les sentiments que fait naître en vous l'image empreinte en votre imagination de personnes d'un autre sexe.
Or, contre un tel vice, le combat est long et pénible, ou plutôt nous sommes impuissants contre lui, réduits à nos seules forces. C'est pourquoi le remède radical, selon saint Augustin, en plusieurs endroits où il traite de la continence au livre de ses Confessions, et selon les autres saints, le remède capital c'est d'humilier son coeur, de reconnaître sa propre fragilité, et de recourir à la miséricorde divine. Il y a aussi quelques autres remèdes qui contribuent à éloigner de l'âme la luxure ; ce sont : la contrition du coeur, la prière fréquente, la méditation continuelle de la mort, de l'enfer , et d'autres sujets semblables. Et la raison , vous la comprenez par ce que nous avons dit de la gourmandise. De même l'exactitude à réprimer toute affection perverse, toute pensée mauvaise; ce que l'on fait en y substituant des pensées pieuses et de
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saints désirs. De même encore , il faut ranger parmi les remèdes contre la luxure , l'abstinence de la viande, le jeûne, nais surtout un jeûne égal et modéré, et le travail des mains qui empêche les évagations multipliées de notre coeur.
Il y a aussi quelques moyens directs à employer contre ce vice, soit qu'on le considère comme résidant dans notre corps ou comme résidant dans notre âme. Ces moyens sont : la garde empressée de nos sens , car ils sont les ouvertures qui lui dorment entrée en nous; la fuite de toute familiarité et société avec les personnes d'un autre sexe, et la fidélité à ne point demeurer seul, à ne point converser seul avec elles seules, surtout dans un lieu à l'écart, et à ne point fréquenter leurs maisons, selon les enseignements de saint Jérôme (1).
Le premier degré de la chasteté consiste à s'abstenir courageusement de tout acte charnel avec la ferme résolution d'agir toujours ainsi, et de refuser en tout temps son consentement à tout mouvement impur que l'on pourrait éprouver.
Le second degré consiste à employer les remèdes que nous venons d'indiquer et autres semblables , afin de soumettre la chair à l'esprit, et de rendre les tentations plus rares; et il faut savoir que cette sorte de tentation se réprime plus facilement par une volonté bien arrêtée que par des efforts violents.
Le troisième degré consiste à avoir soumis de telle sorte la concupiscence de la chair qu'on n'en ressente
1 Epist.
ad nepotian.
plus les mouvements que très-faiblement et à de rares intervalles ; et ensuite d'être dans une telle disposition habituelle qu'on ne puisse entendre parler ou parler soi-même de ces choses qu'avec dégoût et horreur.
CHAPITRE III. De l'avarice, et des remèdes qui y sont opposés.
Après la luxure vient l'amour de l'argent ou l'avarice. Cette passion s'attaque à ceux qui sont tièdes dans le service de Dieu ; mais rarement elle s'adresse à ceux qui combattent avec courage , surtout s'ils vivent sous l'autorité ou la tutelle d'un autre. Le remède à opposer à un tel vice, c'est d'exercer la profession que vous connaissez, afin de gagner par le travail de vos mains de quoi vivre et de quoi vous vêtir, et de borner là tous vos désirs. Mettez votre confiance en Dieu : il n'abandonne point ceux qui espèrent en lui.
Si vous voulez que je vous indique le remède souverain pour vaincre parfaitement l'avarice, le voici : « abandonnez tout ce que vous possédez, et contiez-vous à la garde d'un supérieur, en vivant avec les autres en communauté. Mais en tout cas il faut contre un tel vice s'opposer aux commencements , ne pas même souffrir en son coeur le désir de quoi que ce soit. Car, s'il est facile de le vaincre lorsqu'on le prend ainsi à sa naissance. une fois que nous lui avons
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donné entrée en nous, il devient le plus difficile de tous les vices à expulser.
Le premier degré, si l'on veut taire des progrès contre l'avarice, c'est le mépris du monde, c'est de ne posséder rien injustement, de ne point abuser de ses richesses pour commettre le péché, et de faire l'aumône.
Le second degré c'est de ne rien avoir de superflu, mais de se contenter du nécessaire. Beaucoup, il est vrai, étendent fort loin cette nécessité; mais il n'est pas sûr en bien des choses de nous en rapporter à nous-mêmes; il faut plutôt prendre conseil d'un autre.
Le troisième degré c'est de ne rien posséder en ce Inonde, mais d'user seulement de ce qui nous est nécessaire, et de souffrir fréquemment la pauvreté dans le boire, le manger et le vêtement.
CHAPITRE IV. De la colère et des remèdes qui lui sont opposés.
Les trois vices dont nous venons de parler s'adressent en nous à la concupiscence , et le quatrième , qui est la colère, à l'irascibilité. C'est une bête méchante qui se déchire soi-même et scandalise les autres; c'est un poison mortel qui tue l'âme, et en éloigne le Saint-Esprit. Lorsque ce vice est arrivé a prendre place dans la partie irascible de notre âme.
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il y introduit aussitôt tonte sa famille. Ce sont les querelles, les airs dédaigneux, les injures, les cris les emportements, les blasphèmes.
Les remèdes contre la colère sont d’abord de mettre un frein à sa langue en gardant le silence, et ensuite d'étouffer en son coeur la flamme qui y est allumée. Remarquez que, selon saint Ambroise, dans son livre des offices (1), le vrai soldat de Jésus-Christ doit arriver par la crainte et la méditation de la mort, et surtout par une pieuse componction (qui est, dit saint Jean Climaque, à la colère et à l'indignation ce que l'eau est au feu (2)), à réprimer en soi les mouvements de la colère et à s'adoucir de telle sorte que la tranquillité de l'âme lui devienne par l'habitude, l'amour et le ferme propos , une seconde nature. C'est encore un puissant moyen contre la colère, toutes les fois qu'on s'y est laissé aller, de se reprendre sévèrement quand l'émotion est apaisée, de s'adresser des reproches et de se reconnaître humblement coupable du fond de son coeur en demandant pardon à ceux qu'on a offensés.
Les degrés par lesquels on s'élève contre la colère sont connus par ce que nous venons de dire.
Le premier c'est de lui résister en retenant sa langue , en commandant aux mouvements de son corps, pour que rien ne paraisse au dehors.
Le second c'est d'arriver par la pratique à ne point., se troubler de ce qui petit nous blesser, et à agir compte si l'on était dans un lieu fort
1 Lib. 2. c. 21. — 2 Grad.,
8.
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où l'on n'a à s'inquiéter en rien de ce qui nous est contraire.
Le troisième c'est de se réjouir et de se glorifier dans les tribulations lorsqu'elles sont. présentes , et de les désirer lorsque nous ne les avons pas.
CHAPITRE V. De la nature de t'envie, de son origine, et des remèdes à y opposer.
Le cinquième combat est dirigé contre l'envie , que saint Grégoire range au nombre des péchés capitaux parce qu'elle donne naissance par elle-même à d'autres péchés (1). Si Cassien et saint Isidore ne la mettent pas en ce rang , c'est sans doute parce qu'elle-même tire son origine d'un péché de cette sorte. Or, pour bien en reconnaître en vous la nature par son effet, vous devez savoir que l'envie est une douleur du bien du prochain, et ainsi l'objet de ce vice est le bien de nos frères en tant qu'il est pour nous un mal.
Or , cela peut arriver de deux ou trois manières. D'abord en tant que nous sommes exposés par ce bien à quelque malheur ; ainsi nous voyons avec peine que notre ennemi ou un autre qui ne mous plaît pas , devienne notre supérieur , parce due nous craignons qu'il ne nous afflige ; et en cela il n'y a point de péché. Quelquefois nous nous attristons lorsque
1 Mor., lib. 31, c. 17.
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nous considérons le bien du prochain , non que nous lui portions envie, mais parce que nous déplorons d'être privés d'un bien semblable; et cela peut être un zèle louable, car c'est avec une telle envie que nous devrions tendre à l'humilité, à la charité et à l'obéissance. Enfin il arrive aussi que nous sommes jaloux du bien du prochain en tant qu'il est une diminution du nôtre et surtout de notre gloire. Aussi est-ce principalement dans les choses qui ont pour objet la gloire que se trouve l'envie ; et les hommes vains , glorieux et pusillanimes sont généralement envieux , car ils craignent que leur gloire ne vienne à s'amoindrir, ils redoutent aisément qu'on ne l'emporte sur eux. Cette envie, en quelque lieu qu'elle s'établisse, traîne à sa suite ses filles, qui sont la haine , les murmures, la médisance, la joie du malheur des autres, la peine de leur bonheur.
Or, l'amour du prochain chasse l'envie, et c'est pourquoi nous allons en parler un peu. D'abord, nous dirons par quels moyens nous pouvons conserver entre nous cet amour mutuel; et ensuite, comment chacun doit se conduire pour être aimé des autres et les aimer soi-même. De la sorte, on aura contre l'envie des remèdes suffisants.
Vous devez savoir que la charité parfaite, véritable et permanente ne se conserve inviolablement qu'entre ceux qui ont un même but, une même volonté, et qui sont en quelque sorte purs de tout vice, selon qu'il est dit dams la seizième conférence de Cassiers. Ainsi la charité suprême se trouvera dans
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le ciel , et la charité véritable se serait rencontrée dans le paradis terrestre, si l’homme n'eût point péché. Cependant, il y a quelque moyen pour acquérir et conserver entre nous la charité alors même qu'elle ne serait point parfaite.
Le premier, qui est aussi un remède souverain contre l'envie, consiste à mépriser du fond de son coeur et à fouler aux pieds tout ce qui , dans le monde, peul donner naissance aux contestations , aux disputes, à la jalousie , comme les richesses, les honneurs, etc.
Le second c'est de ne point se confier en sa propre sagesse en suivant sa volonté propre, et en refusant d'acquiescer aux vues des autres, ce qui engendre surtout la discorde et la rancune.
Le troisième moyen c'est de savoir préférer le bien de la charité à ce qui nous est utile et même nécessaire. Eu effet, quand j'aurais tune foi à transporter les montagnes; quand je parlerais la langue de tous les hommes et des anges , si je n'ai point la charité , tout cela ne me servira de rien. C'est pourquoi nous devons , en tontes nos actions, considérer par-dessus tout la charité envers nus frères. Et il n'y a rien que les anges et le Seigneur des anges désirent autant, trouver en nous que l'union fraternelle et la charité mutuelle.
Le quatrième moyen consiste pour chacun à éviter avec le plus grand soin la colère et tout ce qui peut offenser les autres. S'il arrive que nous ayons péché contre notre frère, il faut lui en demander pardon avec humilité : si, au contraire , notre frère a conçu
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sans motif de l'aversion contre nous, appliquons-nous, autant que nous le pouvons, à faire notre paix avec lui.—Tout cela est tiré de la seizième conférence des Pères du désert.
CHAPITRE VI. De la paresse, et des remèdes à y opposer.
Le sixième combat se livre contre la paresse. Il est dans la nature de ce vice d'engendrer le dégoût du bien, de produire en l’âme l'engourdissement et dc plonger l'esprit dans la tristesse. Il rend enclin au sommeil et à la dissipation, inspire l'horreur de la retraite , l'ennui de la solitude , le mépris et le dédain de ses frères, et ne se plaît en aucun travail , surtout si c'est un travail spirituel, et quelquefois même il porte à s'occuper de quelque oeuvre manuelle afin d'avoir un prétexte de laisser de côté les exercices de l'esprit, l'oraison et autres pratiques semblables. Les conséquences d'un tel vice sont la malice, la joie à former des projets pervers , le désespoir, la pusillanimité, la rancune ou la haine invétérée, la nonchalance dans tout ce qui concerne les commandements de Dieu , et l'effusion de l’âme sur ce qui est défendu.
Le remède souverain contre la paresse, c’est de ne jamais se laisser aller à l'ennui , de courir au-devant en le combattant courageusement , et de le vaincre par le travail. Cependant chacun peul varier ses
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occupations : tantôt prier, tantôt lire, tantôt méditer, etc. Si une chose ne plaît pas, on peut en faire une autre, et agir vis-à-vis de soi comme on agit vis-à-vis d'un malade dont le goût est gâté et à qui l'on offre toutes sortes d'aliments. Un travail manuel également varié sert aussi contre cet ennui du coeur, et à ce travail vient se joindre, comme un puissant auxiliaire, la componction. En effet, celui qui pleure sur lui-même, dit saint Jean Climaque, ne sait ce que c'est que la paresse (1). Que ce tyran soit donc enchaîné par le souvenir de nos offenses et de nos crimes; qu'il soit mis à mort par le travail des mains et par la méditation sérieuse des récompenses futures.
CHAPITRE VII. De la tristesse, et du combat qu'il faut lui opposer.
Remarquez que la mauvaise tristesse peut se considérer sous un double point de vue , soit en général soit en particulier. Elle s'appelle tristesse d'une manière générale quand on l'envisage dans ses rapports avec toutes les passions; car c'est le propre de toute passion d'engendrer la peine ou le plaisir selon qu'elle se met en possession de l'objet qu'elle convoite , ou qu'elle eu est frustrée. Plus vous surmonterez cette tristesse, plus vous arracherez de votre coeur un
1 Grad., 13
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grand nombre de vices. Si vous êtes fort contre elle , beaucoup de ces vices disparaîtront; si vous êtes faible, leur diminution sera insensible; et si vous en triomphez entièrement, vous donnez la mort à tous. Mais qui arrivera jamais jusque-là?
On l'appelle tristesse d'une manière spéciale quand elle est un ennui des choses divines, et ainsi elle peut rentrer dans la paresse. La cause de la tristesse se connaît difficilement, car elle a autant de causes qu'il y a en nous de vices aimés ou d'affections perverses.
Contre ces deux vices , la paresse et la tristesse , combat la charité envers Dieu qui n'est jamais oisive. Or, on arrive à cette vertu par un triple degré.
D'abord , en usant de telle sorte de ce qui nous est permis, que nous ayons toujours soin de nous abstenir de ce qui nous est défendu.
En second lieu en accomplissant avec empressement et avec une grande ferveur tout ce qui tient au service de Dieu, et en excitant dans les autres un pareil sentiment.
Et enfin, en se portant vers Dieu avec autant d'ardeur que si l'on ne pouvait vivre sans lui.
On trouve encore un secours contre la tristesse dans de pieux entretiens, dans le souvenir de la bonté et de la miséricorde de Dieu et dans de saints cantiques, comme l'enseigne saint Paul aux Ephésiens (1).
1 Ephes., 5.
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CHAPITRE VIII. De la vaine gloire, et des remèdes qui lui sont propres.
Si vous parvenez à vaincre tous les vices dont nous avons parlé (ce qui ne peut se faire sans de grands efforts et des peines nombreuses); si, dis-je, vous en arrivez là , c'est alors surtout qu'il faut vous précautionner contre la vaine gloire; car elle se glisse avec tant d'art parmi les vertus que c'est à peine si les hommes spirituels peuvent toujours la reconnaître. Or, elle est vaine de toute manière, et elle fait pénétrer en tout la vanité : dans le vêtement, dans le maintien, dans la conversation, dans le silence. Si vous êtes revêtu d'un habit précieux , vous la trouvez avec vous; si vous êtes humble, elle s'exalte encore plus; si vous parlez, elle se réjouit de ce que vous avez dit; si vous gardez le silence, elle applaudit, à votre humilité. Elle fait naître en vous la pensée, elle vous imprime un désir ardent de ce qui est une cause de louange et d'honneur , quand même il faudrait pour cela s'exposer à de grands dangers et à de pénibles travaux ; et alors elle donne à ceux qui lui sont dévoués un courage plus grand que l'espérance de la béatitude à ceux qui combattent pour elle.
C'est cette même bête qui fait soupirer après les
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degrés de la cléricature , du diaconat , du sacerdoce. Et cependant lorsqu'elle pousse quelqu'un à ces honneurs, elle se garde bien de le faire ostensiblement . de peur qu'on ne l'accuse de les avoir ambitionnés. Voyez à ce sujet ce que dit Cassien au livre des Institutions monastiques. Non , jamais on ne saurait décrire toutes les formes que prend un pareil monstre. En quelque lieu que vous le repoussiez, il tient toujours comme un chardon sa pointe dirigée contre vous; et semblable à l'ail, si vous lui enlevez une enveloppe, vous le retrouverez couvert d'une autre. Qu'il s'introduise quelque part, il traîne perfidement à sa suite des enfants digues de sa perversité. Ce sont l'insubordination, les querelles, la jactance, l'hypocrisie, l'entêtement, la discorde, la présomption ou l'invention des nouveautés.
Si donc vous désirez vaincre la vaine gloire, apportez un soin suprême à ne jamais rien entreprendre par un motif de vanité, vous rappelant cette parole du Sauveur : « Ils ont reçu leur récompense (1); »
cette autre du Prophète : « Dieu a dispersé les ossements de ceux qui ne cherchent qu’à plaire aux hommes : ils ont été dans la confusion, parce que Dieu les a méprisés (2); et encore cette autre de l’Apôtre : « Si je plaisais aux hommes, je ne serais point serviteur de Jésus-Christ (3). » Efforcez-vous ensuite de préserver des atteintes de ce même vice avec un soin non moins grand tout ce que vous avez commencé avec une intention droite. Et enfin celui
1 Mat., 6. — 2 Ps. 52. — 3
Galat., 1.
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qui veut demeurer vainqueur en ce combat doit éviter en tout temps tout ce qui est singulier, tout ce qui peut procurer la louange et l'honneur. « Car, selon saint Jean Climaque, un principe de ruine pour la vaine gloire c'est la garde de notre langue, l'amour d'une société peu élevée, la joie d'une ignominie profonde, et le bonheur que nous éprouvons à paraître misérables en présence de la multitude (1). » — « L'unique remède contre la vaine gloire, dit saint Jean Chrysostôme, c'est de prier Dieu qu'il daigne nous en délivrer. »
CHAPITRE IX. De l'orgueil, et des remèdes qui lui sont propres.
Enfin il faut, en dernier lieu, attaquer l'orgueil lui-même, le chef et la racine de tous les vices, l'abîme dévorant de toutes les vertus; l'orgueil, dont la force et la violence sont telles qu'il a chassé Lucifer du ciel. Et cependant David encore enfant mit sa confiance dans le Seigneur, et par son humilité il terrassa Goliath , malgré la grandeur démesurée de sa stature.
L'orgueil revêt une double force : il est spirituel, et c'est lorsqu'il s'adresse il la perfection qu'il voit
1 Grad. 21.
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dans ceux qui font le bien. Il est charnel, et alors il s'inspire de quelque qualité extérieure.
Or, celui qui est possédé de l'orgueil spirituel a coutume de se croire en possession de grands mérites, de s'attribuer des grâces considérables, de penser qu'il est très-aimé de Dieu, de s'étonner de ne point, opérer des merveilles, de se troubler de ce que Dieu ne lui donne point je ne sais quoi de spécial, de mépriser les autres comme des hommes tout terrestres. Un tel vice expose à de graves dangers et est plus ir redouter que les vices de la chair. En effet, il n'en est aucun qui épuise autant toutes les vertus, et dépouille autant l'homme de toute justice et de toute sainteté que le fléau de l'orgueil.
Celui donc qui veut échapper aux traits de ce monstre pervers doit, dans chacun des actes où il sent qu'il a fait du progrès dans la vertu, s'écrier du fond du coeur : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, » et penser que c'est Dieu qui opère en nous le vouloir et son accomplissement selon qu'il lui plaît (1). Il faut aussi se rappeler que le bien qui est en nous est un don de Dieu, et que nous en rendrons un compte rigoureux; ensuite que ce bien est mélangé de beaucoup de défauts, de tiédeur, d'hypocrisie, etc., et qu'en outre nous sommes remplis d'une multitude de choses mauvaises, vicieuses. Il faut encore arrêter ses regards sur les hommes qui sont meilleurs que nous et sur les anges, afin que la
1 I Cor., 15.
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comparaison que nous établissons entre eux et nous serve à nous humilier davantage.
L'orgueil charnel se reconnaît à ces indices : il est dans le silence, plein de murmure, d'amertume et de colère; dans la joie , il est dissolu , il rit sans mesure et sans cause; dans la tristesse, il est dur et sévère; dans la correction il est haineux et sans compassion: il parle au hasard, sans gravité, sans réflexion ; il est sans patience et sans charité; il lance l'injure avec hauteur et ne la reçoit qu'avec pusillanimité; il se soumet difficilement à l'obéissance, dédaigne les avertissements et est opiniâtre en sa volonté propre ; il s'efforce de faire prévaloir ses sentiments et refuse d'acquiescer jamais à ceux des autres; il ne prend conseil de personne et a plus de confiance en ses lumières que dans celles des sages.
Le premier remède contre un tel vice, c'est d'embrasser l'obéissance en toute simplicité de coeur, et de la pratiquer humblement. Le second c'est de se montrer humble envers ses frères dans toute la sincérité de son âme, s'efforçant de ne les blesser en rien par un parfait acquiescement à leurs vues. Le troisième c'est de s'exercer en tout temps, le plus qu'on le peut , aux oeuvres d'humilité, aux charges les plus viles et les plus dédaignées, comme de servir à la cuisine, laver la vaisselle , balayer la maison d'embrasser les offices les plus bas , de n'être revêtu que d'un pauvre habit, et d'avoir dans sa démarche un maintien où respire l'humilité. Si l'on contracte l'habitude de toutes ces choses, elles inclineront le
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coeur à cette vertu. Le quatrième c'est de fuir les honneurs, préférer de beaucoup en tout temps servir les autres que d'en être servi , retrancher dans son langage toute parole prétentieuse , tout nom de jactance, même le nom de sa famille. Enfin, en dernier lieu , éviter toute distinction et tout acte où respireraient tant soit peu la présomption et la vanité.
L'humilité, qui est opposée à l'orgueil, a trois degrés.
Le premier c'est de nous reconnaître nous-mêmes faibles, vides de bien , vicieux , pleins des autres défauts que nous pouvons avoir, et de ne pas nous élever au-dessus de ce que nous sommes.
Le second c'est de désirer être jugés par les autres selon qu'on se connaît soi-même dans la vérité, c'est-à-dire vil, misérable, superbe , etc.
Le troisième c'est de ne point s'enorgueillir lorsqu'on pratique les vertus les plus sublimes, lorsqu'on est environné d'honneurs, et de ne point en prendre occasion de se flatter soi-même, mais de tout rapporter à celui de qui nous avons tout reçu et de le lui restituer sans réserve. Telle fut l'humilité de Jésus-Christ; telle est l'humilité des anges et des saints dans la gloire.
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PRÉPARATION MESSE
PRÉPARATION MESSE
DE LA PRÉPARATION
A LA SAINTE MESSE.
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DE LA PRÉPARATION A LA SAINTE MESSE.
CHAPITRE PREMIER. Comment le prêtre qui veut célébrer la messe doit s'éprouver.
CHAPITRE II. Pourquoi Jésus-Christ n'est présent que sous les deux espèces du pain et du vin.
CHAPITRE III. Pourquoi Jésus-Christ a voulu, en nous donnant soi corps, qu'il demeurât voilé.
CHAPITRE IV. De l'examen de la conscience avant la sainte communion, et dans quel état ou quelle disposition il faut s'en approcher.
CHAPITRE V. Avec quelle charité et quelle ferveur il faut s'approcher de la communion.
CHAPITRE VI. Comment et par quels moyens on doit s'embraser d'amour pour bien célébrer.
CHAPITRE VII. Pourquoi il est nécessaire que notre âme reçoive ce sacrement.
CHAPITRE VIII. Quelle cause et quel motif doivent nous porter à communier.
CHAPITRE IX. Du culte de Latrie, qui n'est dû qu'a Dieu seul.
CHAPITRE X. Du culte de Dulie.
CHAPITRE XI. De l'intention que doit avoir celui qui célèbre la sainte messe.
CHAPITRE XII. De la confession que le célébrant doit faire avant la messe.
CHAPITRE XIII. Ce que le prêtre doit faire pendant le canon.
CHAPITRE XIV. Comment le prêtre doit agir après la communion.
CHAPITRE PREMIER. Comment le prêtre qui veut célébrer la messe doit s'éprouver.
Je vais, en l'honneur de la glorieuse et indivisible Trinité , et pour la gloire du sacrement par excellence du corps précieux et du sang de Jésus-Christ Notre-Seigneur , vous tracer une règle par laquelle vous pourrez vous élever facilement à la contemplation d'un si auguste mystère, et vous disposer à le recevoir comme il convient. Mais au lieu de parcourir cette règle avec rapidité et superficiellement, vous devez vous efforcer d'en imprimer efficacement le sens en votre coeur , et méditer avec soin et amour chacune des choses qu'elle renferme, soit, en totalité, soit en partie, selon qu'elles sont exposées.
Avant donc de vous approcher de ce festin céleste, éprouvez-vous vous-même, selon la parole de l'Apôtre, et examinez attentivement avec quelle foi , dans quel but, avec quelle charité, pourquoi ou pour quelle cause vous faites une action semblable. En vous disposant à ce banquet divin par un examen aussi diligent, vous aurez accompli le commandement que saint Paul vous fait de vous éprouver vous-même (1).
1 I Cor., 13.
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Considérez chacune de ces quatre choses en particulier, et voyez d'abord quelle foi exigent de vous la vérité et l'essence de ce sacrement. Vous devez croire fermement et sans le moindre doute, ainsi que l'enseigne et le prêche l'Eglise catholique, qu'au moment où les paroles de Jésus-Christ sont prononcées, le pain matériel et visible , comme s'il rendait honneur à son Créateur véritable , cède la place au pain céleste et vivifiant qui devient présent ; c'est-à-dire qu'il abandonne l'apparence visible des accidents, selon que l'exigent l'accomplissement et le besoin du sacrement, et que, cessant d'exister d'une manière admirable et ineffable, il est remplacé réellement au même instant sous ces accidents par ce que nous allons dire :
D'abord, par la chair très-pure de Jésus-Christ et son corps sacré qui, par l'opération du Saint-Esprit, a été tiré du sein de la glorieuse vierge Marie, attaché à la croix, mis dans le sépulcre et glorifié dans le ciel.
En second lieu, comme la chair ne saurait vivre privée du sang, il y a nécessairement ce sang précieux qui a coulé sur la croix d'une façon si avantageuse au salut du monde.
En troisième lieu, un homme véritable ne pouvant exister sans une âme raisonnable, là aussi se trouve l'âme glorieuse de Jésus-Christ, cette âme qui surpasse en grâce toute vertu , toute gloire , toute puissance, et dans laquelle ont été renfermés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu.
Enfin Jésus-Christ étant vrai Dieu et vrai homme, nous avons dans ce sacrement le Dieu de gloire en
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sa majesté. Ces quatre choses toutes ensemble , et chacune tout entière en particulier, sont contenues parfaitement à la fois sous les espèces du pain et du vin. Il n'y a pas moins dans le calice que dans l'hostie, ni dans l'hostie que dans le calice; le défaut de l'un n'est pas suppléé par l'autre, attendu qu'il n'y a aucun vide, mais que tout est en entier sous les deux espèces pour l'accomplissement de ce mystère, dont nous pourrions parler longuement. Mais qu'il nous suffise de croire qu'il y a contenu sous chaque espèce celui qui est Dieu et homme véritable, celui que la multitude des anges environne et que l'assemblée des saints bénit.
CHAPITRE II. Pourquoi Jésus-Christ n'est présent que sous les deux espèces du pain et du vin.
Voyez combien Jésus-Christ a été conduit par de puissantes raisons en choisissant de préférence ces deux espèces pour se rendre présent parmi nous. D'abord , le pain et le vin forment l'aliment par excellence de tout l'homme. Le pain nourrit sa chair, et le vin se transforme en son sang , qui est le siége de l'âme. En second lieu, l'homme use principalement et plus communément de ces aliments, et ils sont les plus sains et les moins sujets à inspirer le dégoût; aussi la pureté de la réfection spirituelle est-elle
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parfaitement représentée par eux. En troisième lieu, ils sont une figure très-belle de la Passion de Jésus-Christ, dont le souvenir se renouvelle chaque jour par ce sacrement. Le pain signifie ce corps qui a été trituré, moulu et pétri dans la Passion, cuit et desséché au feu du divin amour dans un four qui n'est autre que l'autel de la croix. Le vin signifie le sang qui a été exprimé du raisin , c'est-à-dire du corps de Jésus-Christ, sous le pressoir de cette même croix, par les efforts du peuple juif. Enfin ces deux aliments nous offrent, en dernier lieu, une image parfaite du corps mystique du Sauveur, qui est son Eglise formée d'une multitude de fidèles prédestinés à la vie, de même que le pain est formé d'un nombre considérable de grains , et le vin d'une quantité de raisins divers.
Lors donc que vous vous approchez de ce sacrement, prenez garde de ne point vous laisser ébranler par le doute, et de n'être point comme un aveugle qui tâtonne , en voulant vous appuyer sur un roseau, je veux dire sur des raisonnements naturels, sur des raisons humaines, pour découvrir comment tout cela peut se faire, à l'exemple des juifs qui disputaient aussi sur ce sujet, et de certains disciples qui s'en scandalisèrent et reculèrent en arrière (1). Mais soumettez-vous tout entier à Dieu, et tenez votre âme captive sous le joug de la foi , qui vous apparaît fortifiée par des témoignages si imposants. Quel doute, en effet, pouvez-vous former sur ce sacrement, qui
1 Joan., 6.
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a été donné par Jésus-Christ d'une façon si expresse et si claire, enseigné par les Apôtres et par tous les saints Docteurs de l'Eglise , figuré pendant une si longue série d'années, et que nous voyons confirmé par tant de cérémonies, de miracles, de prodiges et de saintes observances, qui sont comme autant de témoignages palpables de sa vérité? Otez de l'Eglise ce sacrement : que restera-t-il dans le monde, si ce n'est l'erreur et l'infidélité! Vous verrez alors si le peuple chrétien ne sera point comme un troupeau dispersé, et s'il ne se plongera pas dans l'idolâtrie, ainsi que le reste des infidèles. C'est par ce sacrement que l'Eglise se maintient, que la foi s'affermit, que la religion de Jésus-Christ se conserve en sa jeunesse et le culte de Dieu dans sa force. C'est pour cela que le Sauveur a dit : « Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde. »
CHAPITRE III. Pourquoi Jésus-Christ a voulu, en nous donnant soi corps, qu'il demeurât voilé.
Vous devez aussi remarquer qu'il était convenable que Jésus-Christ ne nous donnât son corps qu'à l'ombre d'un voile. Quel prix aurait eu votre foi si le Seigneur se fût montré visiblement à vous tel qu'il est? Vous lui eussiez offert vos adorations sans aucun doute et malgré vous. Mais , comment des yeux de
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chair auraient-ils pu soutenir une gloire si immense? Et quel homme , à moins qu'il ne soit insensé, dira que vous pourrez manger en sa forme naturelle la chair crue d'un homme et boire son sang? Loin donc de nous toute espèce de doute. De même qu'autrefois la divinité s'est cachée dans le sein de la Vierge, et que le Fils de Dieu s'est rendu visible au monde sous le voile de la nature humaine, ainsi aujourd'hui son humanité unie à sa divinité se cache sous l'apparence du pain et du vin, afin de se proportionner à la faiblesse de notre capacité.
CHAPITRE IV. De l'examen de la conscience avant la sainte communion, et dans quel état ou quelle disposition il faut s'en approcher.
En second lieu , éprouvez-vous vous-même , et examinez dans quel état et dans quelle disposition vous vous approchez. Pour cela sondez et retournez, en tout sens la demeure de votre conscience, et voyez s'il n'y a point en votre âme quelque souillure, ou en votre corps quelque tache qui puisse blesser les regards de celui qui est le Saint des saints.
Rentrez donc d'abord en vous-même pour reconnaître l'iniquité de votre âme, et rappelez-vous tout le mal que vous avez commis , tout le bien que vous avez négligé, combien la vie est rapide, l'heure de
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la mort incertaine, et combien glissante et pleine de dangers est la voie que nous parcourons. Voyez si, à Dieu ne plaise ! depuis votre dernière confession et le pardon que vous avez reçu, vous n'êtes point retombé dans quelque faute mortelle ou dans la pensée de vous livrer encore au péché ; si vous n'avez point ainsi donné la mort à votre âme infortunée, et si vous ne l'avez point séparée par là de sa souche, qui est Jésus-Christ , et de son Eglise. Ce pain céleste et vivifiant ne saurait être une source de vie ni une nourriture pour les membres morts et retranchés de leur tige; car l'Ecriture a dit : « La sagesse n'entrera point en l'âme livrée au mal; elle ne fera point son séjour dans le corps livré au péché (1). » Le sacrement est reçu, il est vrai, par ceux qui sont en un tel état , mais non la chose du sacrement, c'est-à-dire la grâce de Jésus-Christ et l'union de sa charité. La bouche le mange, mais l'esprit y demeure étranger; le corps s'en nourrit, mais le coeur n'y puise aucune force. On l'avale comme un noyau auquel on ne fait éprouver aucune lésion, et il ne vivifie point l'âme, il ne se l'incorpore point, il ne se l'unit pas; mais plutôt, cédant à son dégoût , le Sauveur vomit cette âme comme un cadavre pourri qui n'est plus bon qu'à être la proie des bêtes et des oiseaux sauvages. C'est ce qui a lieu lorsqu'il livre au démon cette infortunée afin qu'il la tourmente. Ainsi nous lisons de Juda que dès qu'il eut mangé ce morceau, Satan entra en lui (2). Si
1 Sap., 1. — 2 Joan.,
15.
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donc vous êtes enlacé en de tels filets, n'ayez point la présomption pour aucune cause , pour aucun motif, de vous approcher de l'autel sans une contrition véritable , le ferme propos de faire pénitence et sans vous être confessé, car il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant (1).
Mais hélas ! combien aujourd'hui y a-t-il de prêtres malheureux et insouciants de leur salut, qui mangent le corps de Jésus-Christ à l'autel comme la chair de vils animaux , qui , couverts et souillés d'abominations qu'il n'est point permis de nommer, ne rougissent pas de toucher de leurs mains infâmes, de baiser de leurs lèvres impures le Fils de Dieu , le Fils unique de la vierge Marie ! Oui , je ne crains pas de le dire : si Dieu a pour agréable le sacrifice de tels hommes, il est menteur, il se fait le compagnon des pécheurs. Mais ce qui est pire encore, c'est qu'il s'en trouve de nos jours qui sont arrivés à un tel degré de perversité et d'ignorance, qu'ils s'imaginent, les misérables! que les crimes et les infamies qu'ils se proposent de renouveler chaque jour sont effacés par la sainte communion toutes les fois qu'ils célèbrent sans repentir ni confession. Non , de tels hommes ne sont point des prêtres, mais des sacrilèges. Ce ne sont point des chrétiens, mais des hérétiques; car, sans doute que s'ils avaient une foi sincère , véritable , ils craindraient de se livrer au péché, ou du moins ils, s'abstiendraient de célébrer.
En second lieu, ce n'est pas seulement à la pureté
1 Hebr., 10.
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du cœur qu'il faut donner votre attention , mais aussi à celle du corps. Gardez-vous donc de vous approcher de ce sacrement couvert d'une souillure, je ne dis point volontaire, ce qui serait une faute grave, mais une souillure arrivée en dehors de votre volonté, durant le sommeil ou par une cause accidentelle, et de celles qui empêchent de célébrer; gardez-vous, dis-je, de le faire alors , à moins que vous n'y soyez contraint par un précepte ou par une grave nécessité. Mais si ce que nous venons de dire arrive sans que vous y ayez donné occasion précédemment par de mauvais désirs ou par des excès dans la nourriture ; si votre âme ne se sent point véritablement souillée par le souvenir de ces choses ou par les images impures qu'elles laissent après elles, je crois que vous pouvez vous approcher , sauf meilleur avis, surtout si une dévotion particulière, à raison de quelque solennité ou de quelque autre cause, vous porte à célébrer.
Vous devez également garder vos mains pures, autant qu'il est en vous ; garder purs tous vos membres. C'est pourquoi je vous conseille de vous abstenir plus que le reste des hommes, en tout temps et surtout lorsque vous devez célébrer, je ne dis pas de tout attouchement honteux et immonde, ce qui serait un péché grave, mais de tout ce qui est tant soit peu inconvenant et de nature à vous souiller. Je vous conseille de vous recueillir entièrement en vous-même, de telle sorte que ni vos actes, ni vos pensées ne se répandent sur aucun objet étranger.
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Apportez en outre, le plus grand soin à tenir propres et en bon état les ornements de l'autel et les vases sacrés, afin de traiter avec tout l'honneur et toute l'attention qu'il mérite celui qui est formidable aux Anges et aux Archanges.
CHAPITRE V. Avec quelle charité et quelle ferveur il faut s'approcher de la communion.
Examinez, en troisième lieu, avec quelle charité et quelle ferveur vous vous approchez , car ce ne sont pas seulement les péchés mortels qu'il faut éviter, mais encore les fautes vénielles , qui naissent en grand nombre de notre négligence et de notre oisiveté, de l'irréflexion et des distractions d'une vie peu recueillie, et d'habitudes que nous devrions corriger. Ces fautes, il est vrai, ne donnent point la mort à l'âme , mais elles rendent celui qui les commet tiède, pesant , plein d'obscurités , indisposé et inepte à célébrer, à moins qu'il n'ait soin de rejeter la poussière et les pailles de semblables fautes par le souffle de l'esprit et les flammes de la charité, en embrasant son cœur du feu divin et en reconnaissant sa propre misère. Ainsi , prenez donc garde de ne point vous approcher avec trop de tiédeur , de dissipation et d'irréflexion , car c'est recevoir Jésus-Christ indignement que de ne point apporter en cet acte le respect,
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la circonspection et l'attention qu'il demande. L'Apôtre dit, en parlant de celui qui agit de la sorte : « Il mange et il boit son jugement (1). » Ce qu'il explique plus ouvertement dans le passage qui vient après :
« C'est pour cette raison, dit-il, qu'il y a parmi vous beaucoup de faibles, par l'inconstance de leur foi ; beaucoup de malades, par les blessures du péché mortel , et que beaucoup sont endormis, par l'engourdissement et la paresse. » Oh ! combien nombreux, combien redoutables sont les dangers qui m'environnent de toutes parts ! S'approcher indignement, c'est encourir un jugement effroyable; et ne point s'approcher par mépris ou par une négligence grave, c'est tomber dans une faute qui mérite damnation. Le prêtre qui est sans péché mortel et en bonne disposition, s'il omet de célébrer par négligence et non par respect, ravit, autant qu'il est en lui , à la Trinité l'honneur et la gloire, aux anges la joie, aux pécheurs le pardon , aux justes les secours et la grâce, aux âmes du purgatoire le rafraîchissement, à l'Eglise de Jésus-Christ les biens spirituels , et à lui-même la médecine et le remède contre les péchés elles faiblesses de chaque jour. C'est ainsi que parle le vénérable Bède, et saint Ambroise dit de son côté : « Si toutes les fois que le sang de Jésus-Christ est répandu, c'est pour la rémission des péchés, je dois donc le recevoir en tout temps , afin que tous les jours mes péchés me soient remis. Je pèche