Œuvres spirituelles (page 30)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 I Cor., 11.

395

chaque jour, j'ai donc besoin de prendre chaque jour la médecine qui me purifie (1). »

Celui qui ne s'approche pas, se prive de tous les avantages qui résultent de la sainte communion; et ces avantages sont : la rémission des péchés, l'affaiblissement de la concupiscence, l'illumination de l'esprit , la réfection intérieure, l'incorporation à Jésus-Christ et à son corps mystique, l'affermissement dans la vertu , la force contre le démon , la certitude plus inébranlable de la foi, l'accroissement de l'espérance, l'embrasement de la charité. De plus, il ne remplit pas le ministère de dignité suprême qui lui a été confié, et il n'exerce point l'office par lequel il rendrait à Dieu l'hommage qu'il lui doit. Et cependant il est écrit : « Maudit celui qui accomplit l'oeuvre de Dieu négligemment (2) ! » Ce n'est pas tout : « il méprise le commandement de Jésus-Christ touchant ce sacrement, et c'est à lui que le Sauveur fait cette menace : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous (3). » Il rejette le viatique du pèlerinage, et s'expose ainsi au danger de mourir, car en ne recevant point pour aliment le corps de Jésus-Christ, qui entretient la vie, il devient comme un membre desséché qui ne participe plus à la nourriture du corps auquel il appartient. Enfin, autant qu'il est en lui , il se rend étranger au culte et à l'adoration qu'il doit à son créateur, et ingrat envers ses bienfaits. C'est pour cela qu'il est dit au livre des

1 Lib. 4, de Sacr. — 2

Jer., 48. — 3 Joan., 6.

396

Nombres : « Si quelqu'un étant pur, c'est-à-dire exempt de péché mortel, et n'étant point en voyage, c'est-à-dire empêché d'une autre manière, ne fait pas la Pâque, il sera exterminé du milieu de son peuple, parce qu'il n'a pas offert en son temps le sacrifice au Seigneur (1). » Faites donc tous vos efforts, autant que vous le pourrez, pour éloigner de vous, par la pratique des bonnes oeuvres, par une contrition mêlée de larmes et par l'ardeur de votre dévotion, la tiédeur et la négligence , afin de ne pas être compté parmi ceux qui dédaignent la source de grâces si abondantes.

CHAPITRE VI. Comment et par quels moyens on doit s'embraser d'amour pour bien célébrer.

Si vous voulez vous embraser d'amour , considérez avec toute l'attention dont votre âme est capable, les deux choses suivantes : la fournaise de cette charité suprême qui a poussé la bonté souveraine et la miséricorde céleste à subir pour vous, ver indigne et immonde, l'opprobre si douloureux de la croix; et ensuite le don qui vous est fait de ce très - glorieux corps pour nourriture et de ce très-doux sang pour breuvage.

Et d'abord , méditez cette mort bienheureuse,

1 Nombr., 9.

397

approfondissez-en la cause.

Cette cause n'est autre que le besoin extrême que nous avions d'être rachetés. Toute loi juge le criminel de lèse-majesté digne de mort. Or, comme nous étions par nos péchés soumis à une telle condamnation, Dieu , lorsqu'il s'est agi de satisfaire à une dette si immense, a eu pitié de la misère du genre humain, et il a épargné notre vie. Il a accordé et il a réglé aux temps anciens qu'au lieu du sang de l'homme on lui offrît le sang des animaux , qu'on lui fit des sacrifices et qu'on immolât des victimes pour apaiser sa colère. Ainsi toutes les fois qu'un homme tombait dans le péché, il fallait qu'on sacrifiât pour lui une victime. Mais ce n'étaient là que des ombres et des figures, jusqu'à ce que Jésus-Christ, le chef du genre humain, fût envoyé lui-même, victime vivante, douée de raison et pure de tout péché, afin de s'offrir par amour à la mort pour le salut de tous, et payer la dette de notre mort. Comme il ne devait point mourir plusieurs fois, attendu que sa mort avait satisfait pleinement pour les péchés antérieurs et pour ceux qui devaient se commettre ensuite , il nous laissa en mourrant cette hostie de son corps immolée une fois pour nous afin que nous puissions l'offrir tous les jours d'une manière mystique à Dieu le Père, et payer comme il convenait la dette de mort à laquelle nos crimes de chaque jour nous assujettissent. C'est ce qui a fait dire à saint Augustin : « Ce sacrifice se renouvelle chaque jour, bien que Jésus-Christ ait souffert une fois, parce que tous les jours nous

398

commettons le péché et que la faiblesse humaine ne saurait vivre sans péché. Comme nous tombons tous les jours, tous les jours Jésus-Christ est donc mystiquement immolé pour nous. » Aussi tout ce qui se passe à la messe, et les ornements et les cérémonies, tout ne représente qu'une chose : la Passion du Sauveur. C'est pour cela qu'il a dit lui-même : « Faites ceci en mémoire de moi (1) ; » et que l'Apôtre a dit également : « Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne pour juger tous les hommes (2). » Lorsque vous vous approchez, dites donc de tout votre coeur :

« O Père céleste ! voilà que , pour honorer la mort de votre Fils unique, Jésus-Christ Notre-Seigneur , je vais vous offrir cette hostie qu'il vous offrit lui-même autrefois sur la croix pour mon salut et le salut du monde entier. Voici que je vais placer sur l'autel de Votre Majesté cette hostie vivante que vous avez envoyée dans votre immense charité pour être immolée pour nous sur l'autel de la croix. Rappelez-vous donc cette sueur très-sainte qui découla de son corps, comme des gouttes de sang, jusque sur la terre. Regardez cette chair virginale battue si cruellement de verges , meurtrie de coups et de soufflets , gonflée de blessures , souillée de crachats, couverte de sang , déchirée d'épines, percée de clous et ouverte par le

* Ces paroles sont de Paschase, dans son livre du Corps et de Sang du Seigneur.

1 Luc., 21. — 2 I Cor., 11.

399

fer de la lance. Que cette charité qui a entraîné votre Fils et l'a porté à peser dans la balance de la croix les péchés du monde entier , vous entraîne aussi , ô Père ! à prendre pitié de notre misère. Arrêtez, je vous en conjure, arrêtez vos regards, non sur nos péchés , mais sur la face de votre Fils. Ce n'est pas en nous appuyant sur nos justices, mais sur la multitude de vos miséricordes , que nous déposons nos prières à vos pieds. »

Si vous désirez de plus en plus vous embraser et vous enflammer d'amour , considérez encore quelle douce nourriture est ce corps sacré , et reconnaissez combien bon et suave est son esprit en nous, combien appropriés , profitables et vivifiants sont les aliments que notre Père céleste nous a préparés.

CHAPITRE VII. Pourquoi il est nécessaire que notre âme reçoive ce sacrement.

La créature raisonnable ayant été formée pour être capable et participante de la bonté de Dieu, cette participation doit conserver la vie en elle et la conduire à la béatitude suprême. Sans elle, elle ne peul de soi-même que tendre au néant et à la mort éternelle, et elle a besoin de se fortifier sans cesse en prenant cette nourriture qui l'établit aux sources de

400

la vertu divine et de la gloire de son Dieu. J'appelle donc réfection cette participation, car de même que le corps se vivifie, s'échauffe et s'engraisse par les aliments matériels , de même l’âme raisonnable se nourrit et s'enflamme par l'esprit de Jésus-Christ dont il lui est donné de jouir dans toute l'étendue de ses affections et de son intelligence. Et comme dans la patrie c'est en puisant à longs traits à cette source inépuisable, à cette fontaine vivante de lumière que les anges sont rassasiés de l'abondance de la sainte demeure, la sagesse divine a réglé aussi que l'âme raisonnable, rachetée par elle à un si haut prix, enrichie de grâces si magnifiques et rendue semblable aux anges de Dieu, serait sustentée du même pain dont se nourrissent ces esprits bienheureux , de ce pain sans lequel ni l'homme ni l'ange ne sauraient subsister, et cela d'une manière accommodée à notre faiblesse. En effet, il serait impossible à notre corps mortel de manger ce pain de vie s'il sc montrait à nous dans tout l'appareil qui lui est propre, c'est-à-dire dans tout l'éclat de sa divinité. Ainsi , pour nous offrir une nourriture proportionnée à notre capacité, il a choisi la forme la mieux appropriée en prenant celle du pain et du vin ; car il y a une similitude très juste entre le pain matériel et le pain céleste , entre la réfection corporelle et la réfection de l'âme. De même donc qu'il nourrit les anges, qui sont des esprits vivants, du Verbe incréé, de même il nourrit les hommes mortels du Verbe incarné, qu'ils reçoivent dans ce sacrement. Voilà pourquoi il est écrit :

401

« L'homme a mangé le pain des anges (1) »; et encore : « Je suis le pain vivant descendu du ciel (2). »

Remarquez bien aussi que Dieu ayant soin de nourrir le corps de chaque animal en lui donnant la pâture qui lui convient, s'empresse également de fournir l'aliment que réclament les besoins de son glorieux corps mystique , son Eglise , dont Jésus-Christ est le chef. Ce corps ne saurait subsister et vivre d'une vie autre que celle de son chef, si tous ses membres, qui sont les justes, doivent être unis et joints entre eux pour ne faire qu'un en ce même chef ; il faut , dis-je, qu'ils soient nourris de son esprit et de son amour, et c'est ce qui a lieu par ce sacrement d'unité et de paix. Et comme le corps ne saurait se conserver s'il ne change en soi ce qui lui convient, de même l'âme raisonnable demeure privée de la vie de l'esprit, si elle ne s'incorpore et si elle n'unit à sa substance cet aliment spirituel qui est en rapport avec ses besoins. C'est ce qui a fait dire à Jésus-Christ : « Celui qui me mange vivra par moi (3). »

Or, il y a cette différence entre la manducation corporelle et la manducation spirituelle : « dans la première l'aliment se change en la substance et en la nourriture de celui qui en use; dans la seconde, au contraire, celui qui mange s'incorpore à Jésus-Christ, se change en son amour et en l'unité de son esprit. C'est pour cela qu'il fut dit à saint Augustin : « Je ne serai pas changé en vous, mais vous serez changé

1 Ps. 77. — 2 Joan., 6. — 3 Ibid.

402

en moi, c'est-à-dire en ma ressemblance, par la bonté, la sainteté, etc. (1) » Ainsi le fer uni au feu acquiert avec lui une similitude parfaite.

CHAPITRE VIII. Quelle cause et quel motif doivent nous porter à communier.

En quatrième et dernier lieu, éprouvez-vous vous-même pour reconnaître quelle cause ou quels motifs vous portent à vous approcher de ce sacrement. Vous devez ici diriger l'attention de votre esprit sur deux points principaux : d'abord sur la pureté de votre affection et la sainteté de votre désir , et ensuite sur l'intention que vous devez avoir et le but que vous devez vous proposer.

Voyez donc par quel désir vous agissez : si ce n'est point par avarice, par orgueil ou vaine gloire, par habitude ou complaisance mondaine, ou en vue de quelque faveur temporelle que vous vous approchez; car il y en a beaucoup de nos jours qui abusent pour leur ruine de ce qui nous a été donné pour notre salut. Hélas ! hélas ! hélas ! Seigneur mon Dieu , combien aujourd'hui de malheureux prennent les saints ordres, reçoivent le caractère sacerdotal, qui n'ont en vue qu'un pain terrestre et nullement le pain céleste; qui ne sont point conduits par l'esprit,

1 Confes., I. 7, c. 10.

403

mais par l'amour du gain ; qui ne cherchent point l'honneur de Dieu , mais la satisfaction de leur ambition; qui s'inquiètent peu du salut des âmes, mais beaucoup du revenu qu'ils pourront tirer ! Combien qui ne se proposent pas de servir Dieu avec un coeur pur et un corps immaculé en se consacrant à ses divins mystères, mais de vivre dans les délices, de s'enrichir, de satisfaire leur orgueil, de s'engraisser du patrimoine de Jésus-Christ et du bien des pauvres ! Hommes funestes , dont l'ambition ravit, par les procès et la simonie, les dignités ecclésiastiques plutôt qu'elle ne les obtient! lion, ils ne sont point appelés de Dieu; ils n'ont reçu d'impulsion que de Satan, comme Dathan et Abiron. Pour vous, ô homme de. Dieu , que le Seigneur soit l'objet de vos voeux et de vos désirs; et voyez quelles affections, quels sentiments vous portent à célébrer nos sacrés mystères.

1° Que ce soit votre conscience qui vous attire, le souvenir de vos fautes passées, dans l'espérance que par Jésus-Christ, comme par une victime d'expiation, vous serez purifié de vos péchés.

2° Que ce soit la vue et la considération de votre infirmité qui vous fassent appeler à vous le Sauveur comme un médecin qui doit fortifier votre faiblesse.

3° Que ce soit le fardeau de la tribulation, afin d'être, par celui qui peut tout, délivré de toute adversité, protégé contre toute affliction.

4° Que ce soit le désir d'obtenir quelque grâce ou quelque faveur spirituelle, par celui à qui le Père céleste ne peut rien refuser.

404

5° Que ce soit la reconnaissance pour tous les bienfaits temporels et spirituels accordés à vous et aux autres; car comment témoigner notre gratitude à Dieu pour tous les biens dont il nous a comblés , si ce n'est en recevant le calice du salut, et en lui sacrifiant la victime de louange, qui est Jésus-Christ?

6° Que ce soit la charité, la compassion pour le prochain, tant pour les vivants que pour les morts, rien ne pouvant intercéder plus efficacement que le sang de Jésus-Christ répandu pour la rémission des péchés.

7° Que ce soit l'honneur de Dieu et des saints, car nous n'avons en notre pouvoir aucun moyen plus puissant pour louer le Seigneur et les bienheureux suivant leur dignité, que d'offrir et de sacrifier sacramentellement Jésus-Christ à son Père céleste.

8° Que ce soit l'amour et l'affection que vous portez à Dieu qui vous fassent l'inviter à venir en vous, afin qu'après vous l'être uni intimement en vous nourrissant de lui spirituellement, vous l'embrassiez avec délices au-dedans de vous-mêmes.

9° Que ce soit la soif , le besoin d'offrir des actions de grâces; car ce sacrement contient la source de toute grâce et de toute sanctification ; il contient l'auteur même du salut, Jésus-Christ Notre-Seigneur. C'est pour cela qu'on l'appelle Eucharistie, qui veut dire grâce excellente; tandis que les autres sacrements ne sont que les canaux ou les ruisseaux des grâces qui nous sanctifient.

10° Enfin que ce soit l'ardeur qui vous fait soupirer du fond de vos entrailles après le moment où , par la

405

vertu de cette charité excessive et la douceur de cet aliment sacré, vous serez purifié de toute souillure de l'âme et du corps , soustrait à tous les dangers et les tentations, uni inséparablement à Jésus-Christ votre Sauveur, et maintenu dans son amour. Ce sont ces effets qu'exprime Jésus-Christ quand il dit à son Père : « Je désire que là où je suis, ceux que vous m'avez donnés y soient avec moi; qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et vous en moi, afin qu'ils soient consommés dans l'unité (1). »

CHAPITRE IX. Du culte de Latrie, qui n'est dû qu'a Dieu seul.

En second lieu, dirigez votre esprit vers l'intention et le but que vous devez avoir dans l'action que vous allez faire. Il y a trois choses que doit avoir en vue celui qui célèbre : « honorer Dieu par le culte de latrie ; faire mémoire de la mort de Jésus-Christ et venir en aide à l'Eglise entière..

Or, en premier lieu, proposez-vous de rendre à Dieu le culte dont nous avons parlé. Ce culte de latrie, c'est l'honneur souverain qui appartient à Dieu, comme Maître suprême, en attestation de notre entière dépendance de lui, dépendance qui nous oblige non-seulement à sacrifier tout ce que nous avons , mais nos personnes mêmes pour sa gloire et à

1 Joan., 17.

406

mourir pour lui, s'il le faut, en reconnaissance de ses bienfaits et de l'immense bonté dont il nous a donné tant de preuves. Ce culte rendons-le en nous prosternant en présence de sa majesté avec un coeur contrit et un esprit humilié, avec une volonté parfaite, et des actes, un maintien, des signes extérieurs en rapport avec cet abaissement intérieur. Vénérons ce Maître suprême par des sacrifices et des offrandes; rapportons à lui toute notre espérance et tout notre désir, comme à notre fin dernière, comme à celui de qui nous espérons tout, de qui nous attendons tout, soit la récompense de ce que nous aurons accompli, soit la punition du mal dont nous serons coupables , selon la balance de sa justice et selon son bon vouloir.

CHAPITRE X. Du culte de Dulie.

On rend aussi aux saints un honneur et un hommage que l'on appelle dulie. Ce n'est point un culte proprement dit ni une adoration, mais une subrogation et en même temps une invocation adressée aux saints , afin qu'ils soient nos avocats auprès de Dieu ; et les hommages qu'on leur rend ont pour but Dieu lui-même à qui ces bienheureux sont si étroitement unis. Mais quant à Dieu, nous devons le craindre, l'honorer, l'aimer sans mesure.

D'abord , c'est à cause de sa toute-puissance et de

407

sa justice que nous devons craindre souverainement celui qui a sur nous un droit absolu, et au pouvoir de qui il est de nous précipiter en enfer ou de nous mettre en possession du ciel. Et c'est de cette crainte que naissent la honte et la douleur du péché, les gémissements et les larmes, le brisement du coeur, les supplications, les jeûnes, les disciplines, les pèlerinages, et autres semblables exercices de pénitence.

Nous devons à Dieu un honneur suprême à cause de sa sagesse et de sa majesté; et c'est cette considération qui produit le respect et la vénération, les génuflexions, les inclinations et les prostrations du corps , les oraisons , les purifications , les consécrations, la propreté des vases sacrés, l'éclat et la beauté des ornements, la magnificence, la splendeur et la solennité des jours consacrés au Seigneur. C'est pour cela qu'on illumine et qu'on chante des psaumes, des hymnes, des leçons, etc.

On doit aimer Dieu par-dessus tout en considération de sa bonté et de sa clémence; et c'est de cet amour que viennent les actions de grâces, les chants de louanges, les hymnes et les bénédictions, les saints désirs hautement exprimés, les encensements et autres choses semblables.

408

CHAPITRE XI. De l'intention que doit avoir celui qui célèbre la sainte messe.

Nous devons avoir pour but, en rendant ainsi fréquemment à Dieu un culte public, de sanctifier son nom en nous, de le glorifier aux yeux du monde par la sainteté de notre vie , d'accroître son culte et sa gloire dans l'univers, et de faire connaître à tous que nous sommes les ministres de celui qui seul est le Dieu véritable et de Jésus-Christ notre Sauveur. Vous devez avoir pour but également de faire mémoire de la mort de Jésus-Christ , ainsi que nous l'avons dit plus haut, et de venir en aide à l'Eglise tout entière. Pour cela proposez-vous de prier pour le Pape , les Cardinaux , les Patriarches , les Archevêques, les Evêques, les Docteurs, les Curés, les Prêtres, les Clercs, les Moines, les Religieux et toutes les communautés; pour les rois, les gouverneurs, les princes et autres personnages éminents ; pour les vierges, les veuves, les orphelins, les voyageurs, les affligés, les captifs, les malades et les infirmes, et pour tout le peuple de Dieu. Priez aussi pour les hérétiques , les schismatiques et les païens, afin qu'ils se convertissent au vrai Dieu et qu'ils entrent dans l'unité de l'Eglise. Vous devez avoir encore quelque fin particulière , et prier spécialement pour vos

409

proches, vos parents les moins éloignés, vos amis, ceux qui vous sont recommandés et espèrent en votre souvenir. Priez d'une manière toute particulière pour vous-même, et gardez-vous d'exclure aucun de ceux que nous avons nommé, surtout pour cause de haine ou de rancune , afin de les empêcher de participer à un si grand bienfait. Vous pécheriez gravement en célébrant ainsi les saints mystères avec des sentiments de vengeance.

CHAPITRE XII. De la confession que le célébrant doit faire avant la messe.

Tout cela étant fait, lorsque, par la méditation des diverses choses dont nous venons de parler , vous aurez senti s'allumer en vous le feu divin, rejetez avec un esprit contrit et humilié toute la boue de vos péchés, et qu'il n'en reste rien. Rappelez-vous combien de fautes vous avez commises par pensées, paroles et actions; combien de bonnes oeuvres vous avez omises, et que cependant vous auriez dû et pu faire; et ensuite vous approchant de votre père et médecin spirituel, faites l'aveu de ces fautes non en général et en gros, comme font certains hommes dont le coeur est endurci, et qui couvrent sous le voile de leurs paroles dans une accusation générale leurs péchés les plus énormes, accusation sans honte ni

410

douleur, et qu'ils feraient sans doute avec aussi peu de confusion sur une place publique. Ce n'est pas là une confession, mais un mensonge et une dérision. Si donc vous voulez être guéri , découvrez vos blessures; accusez du fond du coeur tout ce qui s'est passé depuis votre dernière confession, non-seulement les actes, mais encore les fautes vénielles les plus considérables qui blessent l'âme et lui laissent des inquiétudes. Quant au reste, accusez-le brièvement et clairement d'une manière générale.

Ensuite ayant fait la pénitence qui vous a été imposée, récitez les cinq psaumes : « Quam dilecta, — Benedixisti, —Inclina, —Credidi, — De profundis, avec leurs versets et oraisons. Dites aussi, si le temps vous le permet, la prière Summe sacerdos, etc. C'est une prière excellente et très-pieuse. Enfin, en vous dirigeant vers l'autel, souvenez-vous de Jésus-Christ se dirigeant vers le Calvaire, et fixez votre coeur sur tout ce qui s'est passé dans la Passion. Lisez clairement et distinctement ce qui doit être lu, ayant soin de ne point trop multiplier les oraisons, et de ne rien ajouter, soit par dévotion, soit par un mouvement de votre volonté, à ce qui a été établi par les saints Pères.

411

CHAPITRE XIII. Ce que le prêtre doit faire pendant le canon.

Lorsque vous serez arrivé au sacré canon, re-cueillez votre esprit pour l'empêcher d'errer sur divers objets; apportez une grande vigilance dans les signes et dans les actes, une plus grande dans les paroles, et une très-grande dans l'attention , à cause surtout de la présence de la Majesté infinie. Au Memento, tant des vivants que des morts, ne faites aucune recommandation nominale et de vive voix ; mais rappelez seulement en votre esprit les personnes qui vous sont le plus chères, et pour les autres, réunissez-les en commun, reportant votre intention sur toutes celles pour lesquelles vous avez prié auparavant ou promis de prier. Arrivé à ces mots, qui pridie, dirigez votre esprit et votre intention pour faire ce que Jésus-Christ a eu en vue dans la Cène et ce que la sainte Eglise notre mère se propose de faire. A la communion arrêtez-vous un peu et dites, non de bouche, mais de coeur :

« O mon Seigneur! Qui êtes-vous, et qui suis-je pour oser vous introduire dans la sentine de mon corps et de mon âme? Pourquoi m'avez-vous créé pour recevoir de moi une injure si révoltante? Mille ans de larmes ne suffiraient pas pour me préparer à recevoir comme il convient une seule fois un si

412

auguste sacrement : Quelle est donc l'indignité d'un pécheur comme moi qui vous offense chaque jour, qui persévère dans le mal sans aucun amendement , et qui s'approche de vous couvert de péché? Mais je sais que votre miséricorde l'emporte infiniment sur ma misère, et c'est pour cela que, me confiant en votre charité, j'ose vous recevoir. »

Or, deux choses sont requises pour s'approcher dignement de la communion : « une profonde humilité accompagnée d'un anéantissement entier de soi-même et une vive compassion pour Jésus mourant.

CHAPITRE XIV. Comment le prêtre doit agir après la communion.

Lorsque vous avez communié, si vous n'éprouvez point un certain rassasiement spirituel , c'est un signe de maladie ou de mort. Vous avez mis le feu dans votre sein et vous n'en ressentez point la chaleur ; le miel dans votre bouche, et vous n'en goûtez point la douceur. Si cependant vous jouissez de quelque consolation, ne vous en faites point gloire, mais attribuez-le à cette bonté immense qui veut bien consoler même les méchants et les indignes, et dites en votre coeur :

« Dieu me force par ses bienfaits à détester ma misère. S'il agit ainsi envers moi quand je ne suis qu'un

413

pécheur, que fera-t-il donc lorsque j'aurai réformé ma vie. Oui ! je veux employer tous mes efforts à devenir autre que je ne suis; je veux m'attacher à mon Dieu pour toujours. »

Et cependant ne croyez pas pouvoir arriver là par vos propres forces, mais bien par le secours de la grâce. Que Jésus daigne nous accorder à tous ce bonheur. Ainsi soit-il.

Haut du document

CÉRÉMONIES

CÉRÉMONIES

414

EXPLICATION DES

CÉRÉMONIES DE LA MESSE.

TOC \o "1-3" \n \p " " \h \z \u

EXPLICATION DES CÉRÉMONIES DE LA MESSE.

CHAPITRE PREMIER. Des ornements sacerdotaux et de leur signification.

CHAPITRE II. D'où vient le nom de MESSE, et ensuite de l'entrée du prêtre à l'autel jusqu'à l'offrande.

CHAPITRE III. De l'offertoire et de tout ce qui suit jusqu'au canon de la messe.

CHAPITRE IV. Explication de tout le canon de la messe.

CHAPITRE PREMIER. Des ornements sacerdotaux et de leur signification.

« Jésus-Christ, le Pontife des biens futurs, étant venu dans le monde, est entré une fois dans le sanctuaire non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle (1).

Ainsi parle l'Apôtre, en écrivant aux Hébreux, de Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Pontife véritable. Or, la dignité de ce Pontife est telle que nos pontifes et nos prêtres ne font que le représenter dans tout ce qu'ils accomplissent à la messe. Je vais donc vous expliquer en abrégé ce que c'est que la messe, et comment elle nous est, ainsi que le ministre qui la célèbre, une figure de Jésus-Christ, afin de répondre au désir que vous avez d'assister à ses saintes solennités avec un respect plus profond et une dévotion plus grande.

Le prêtre commence d'abord par placer sur sa tête l'amict, qui est destiné, ainsi que son nom l'indique,

1 Hebr., 9.

415

à lui couvrir les épaules, et est compté au nombre des ornements sacrés. Ensuite il se revêt de l'aube, prend la ceinture, place le manipule sur son bras gauche, passe une longue étole sur son cou , la croise sur sa poitrine et en laisse pendre, en la retenant au moyen de la ceinture, les deux extrémités de chaque côté. Enfin il prend la chasuble et s'avance vers l'autel. Le prêtre qui négligerait de se revêtir de quelqu'un de ces ornements pour la célébration du sacrifice , pécherait grièvement.

Mais voyons, en peu de mots, quelle est leur signification.

L'amict qui couvre la tête, représente Jésus-Christ qui est le chef de l'Eglise et qui a caché sa divinité sous le voile de l'humanité.

L'aube blanche et longue nous rappelle la pureté sans tache du Seigneur , dont saint Pierre nous a dit: « Qu'il fut toujours étranger au péché et que le mensonge ne sortit jamais de sa bouche (1). » C'est dans le baptême que Jésus-Christ nous a communiqué sa pureté. Car de même que le lin devient blanc sous l'action de l'eau, de même l'Eglise acquiert l'innocence par le baptême.

La ceinture nous désigne la virginité de Jésus-Christ et de sa très-pure Mère. Or, le Sauveur nous a enseigné à marcher sur ses traces quand il nous a dit : « Que vos reins soient ceints, et ayez dans vos mains des lampes allumées (2) . »

Le manipule placé sur le bras gauche, nous représente

1 I Petr., 2. — 2 Luc., 12.

416

l'humilité du Seigneur durant sa vie mortelle, ou bien encore le combat qu'il eut à soutenir pour la justice. Car il a combattu vaillamment pour elle; il a vaincu le monde, renversé la puissance du démon, et ainsi le manipule désigne fort bien le bouclier qu'on avait coutume de porter sur le bras gauche, ou même le combat pour la justice. Le Seigneur nous exhorte à combattre à son exemple quand il nous dit : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux leur appartient (1). »

L'étole, qui se place sur le cou , se croise sur le coeur et pend jusqu'aux pieds , nous marque l'obéissance de Jésus-Christ et la servitude volontaire qu'il embrassa pour nous. Car il s'est fait, pour notre salut, obéissant à son Père jusqu'à la mort de la croix , et c'est ce que nous rappelle cette étole placée sur la poitrine en forme de croix.

Cette croix nous marque encore la Passion de Jésus-Christ, que nous devons avec le prêtre porter en notre coeur et en notre corps par une méditation. persévérante et en mortifiant en nous les désirs de la terre. Elle signifie également que le peuple juif, en faisant mourir le Seigneur et en refusant de croire en lui , est passé à la gauche, tandis que les nations, en croyant, sont passées à la droite par la foi. C'est ce qu'avait déjà exprimé Jacob quand , bénissant les fils de Joseph, Manassès et Ephraïm . il croisa ses mains et plaça sa droite sur la tête

1 Mat., 5.

417

d'Ephraïm, le plus jeune, et sa gauche sur Manassès, l'aîné, en disant : « Que le Seigneur répande ses bénédictions sur ces enfants (1). »

La chasuble, dont l'étymologie veut dire une maison, signifie le ciel et la terre que Jésus-Christ remplit de sa majesté, selon cette parole du Prophète: « Je remplis le ciel et la terre (2). » Elle désigne encore la charité qui doit nous porter à aimer selon Dieu tous nos amis et tous nos ennemis à cause de Dieu, ainsi que le Seigneur nous l'a enseigné par ses paroles et par ses actions. La partie antérieure de la chasuble représente nos amis, et la partie postérieure nos ennemis. Jésus-Christ a dit dans saint Matthieu: « Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui vous baissent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient (3). »

CHAPITRE II. D'où vient le nom de MESSE, et ensuite de l'entrée du prêtre à l'autel jusqu'à l'offrande.

Le nom de messe vient de mittere, envoyer, et il exprime l'ambassade établie entre Dieu et les hommes. Dieu nous envoie Jésus-Christ , son Fils, sur l'autel , et l'Eglise fidèle envoie à son tour ce même Seigneur à son Père afin qu'il intercède pour les pécheurs.

1 Genes., 48. — 2

Jer., 23. — S Mat., 5.

418

Au commencement de la messe, le prêtre fait l'aveu de ses fautes; car, bien qu'il soit l'envoyé et le légat des fidèles, il doit cependant savoir qu'il est pécheur et s'accuser de ses péchés, selon cette parole du Sage : « Le juste commence par s'accuser soi-même (1) . » Cette confession marque aussi que Jésus-Christ est mort pour nos péchés, lui qui était juste pour les injustes, afin de nous offrir à Dieu (2). Et le Seigneur, parlant en la personne des pécheurs au livre des Psaumes, dit : « Le cri de mes péchés est cause que le salut est bien éloigné de moi (3). » Comme s'il eut voulu dire : Les péchés de mon peuple ne me permettent pas de vivre; mais il faut que je meure pour les pécheurs, et que je les offre à mon Père en les lui réconciliant.

Après la confession, le prêtre s'étant approché de l'autel, le baise, indiquant ainsi que par l'Incarnation et la Passion de Jésus-Christ, le salut et la paix ont été annoncés aux Juifs et aux Gentils convertis à la foi. Les Juifs sont désignés par le côté droit de l'autel, et les nations, par le côté gauche On commence. la messe au côté droit parce que c'est de la race des Juifs que le Seigneur a pris notre humanité; car la bienheureuse vierge Marie , qui a conçu Jésus-Christ par l'opération de l'Esprit-Saint, descendait de David.

Enfin le choeur ou le prêtre commence l'introït que tous les clercs doivent chanter debout et avec accord , car le mot choeur veut dire concorde, union. On répète l'introït, et par là on exprime le désir des

3 Ps. 21.

419

anciens Pères en la personne desquels Isaie a parlé ainsi de l'Incarnation du Sauveur si ardemment désirée par les Patriarches et les Prophètes : « O Dieu ! si vous vouliez ouvrir les cieux et en descendre (1)! » Le Seigneur écouta enfin ces soupirs: il vint en ce monde, selon cette parole du Psaume : « Je me lèverai maintenant à cause de la misère de ceux qui sont sans secours, et à cause du gémissement des pauvres, dit le Seigneur (2). »

L'introït est chanté deux fois pour nous marquer que celui qui devait venir serait à la fois Dieu et homme en une seule personne. Au milieu on y loue la sainte Trinité par le verset : « Gloria Patri, etc., pour nous rappeler que Jésus-Christ étant né de la Vierge, a paru en ce monde afin de nous annoncer la foi en la Trinité, et qu'ensuite il s'est élevé de cette terre pour entrer de nouveau au ciel. Beaucoup de saints ont marché sur ses traces. Bien que venus au monde par la naissance commune à tous les hommes, bien qu'enfants de la nature humaine par leurs parents selon la chair, par la foi à la sainte Trinité, ils ont pris une naissance nouvelle dans le baptême ou dans l'effusion de leur sang pour Jésus-Christ, et ils sont entrés dans la société des anges. Ainsi l'on chante neuf fois Kyrie eleïson parce que la dixième drachme, qui est notre nature et qui était perdue, a été réunie par l'Incarnation de Jésus-Christ aux neuf choeurs des anges.

Lorsque nous chantons le Kyrie, nous provoquons

1 Is., 64. — 2 Ps. 11.

420

la miséricorde de notre Dieu et nous le conjurons de prendre pitié de nous. Par ces mots : Kyrie eleïson, nous nous écrions : Seigneur Dieu le Père, ayez pitié de nous. Les suivants : Christe eleïson, signifient : Jésus, fils de David, ayez pitié de nous. Et ces derniers: Kyrie eleison, veulent dire : Esprit-Saint, ayez pitié de nous. Le mot grec a la signification que nous venons d'exprimer. L'Eglise catholique semble donc s'écrier : « Père saint qui avez envoyé votre Fils afin qu'il naquît de la Vierge, ayez pitié de nous, et réunissez-nous aux neuf chœurs des anges. Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui avez daigné naître de la vierge Marie, ayez pitié de nous. Esprit-Saint, qui avez rempli Marie de votre grâce lorsqu'elle conçut le Sauveur, ayez pitié de nous. » C'est ainsi que par ces mots Kyrie eleïson, Christe eleïson, nous invoquons la Trinité.

Nous ajoutons le Gloria in excelsis pour montrer que nous adorons sur la terre le même Dieu que les anges vénèrent dans les cieux.

Comme les saints anges se réjouissent grandement de la réparation de l'homme par l'Incarnation, le prêtre entonne par un chant de joie ce cantique que les anges ont chanté eux-mêmes à la naissance de Jésus, et il reconnaît ainsi que c'est pour relever le genre humain de ses ruines que le Seigneur a daigné venir sur la terre. On dit que tout ce qui suit le premier verset, à commencer par ces mots : Laudamus te, jusqu'à la fin , a été ajouté par saint

421

Télesphore , huitième successeur de saint Pierre dans le gouvernement de l'Eglise. D'autres, il est vrai, prétendent qu'il faut en regarder comme l'auteur saint Hilaire, évêque de Poitiers et illustre docteur.

Ensuite arrive l'oraison appelée collecte, ainsi nommée parce que tous ceux qui assistent à la messe doivent se recueillir pieusement et prier fidèlement avec le prêtre. Avant cette oraison, a lieu le salut adressé au peuple par ces paroles : Dominus vobiscum,le Seigneur soit avec vous. C'est ainsi que saluent les simples prêtres ; mais les évêques , qui sont les vicaires de Jésus-Christ, ont coutume de saluer en se servant des paroles mêmes employées par le Sauveur vis-à-vis de ses disciples, c'est-à-dire par ces mots : Pax vobis, la paix soit avec vous. Et c'est comme s'ils disaient : « Si vous désirez assister dignement à la célébration des saints mystères, soyez des enfants de paix. »

Pour ce qui est de la salutation des simples prêtres, Dominus vobiscum, et de la réponse que le peuple y fait : Et cum spiritu tuo, et avec votre esprit, selon saint Jérôme , on y exprime le désir que l'esprit de Dieu soit avec l'esprit de l'homme; car c'est par son esprit doué de raison que ce dernier est formé à l'image et à la ressemblance de Dieu.

Le prêtre exhorte tous ceux qui sont présents à prier avec lui par cette parole : Oremus, prions. C'est en ce moment qu'il nous faut tous, sans exception, rejeter loin de nous toute vanité; c'est dans le lieu saint qu'il faut renoncer aux médisances, aux rapports.

422

pervers, nous exciter à la ferveur avec le plus grand soin, et nous unir à la prière que fait le prêtre, parce qu'alors il joint lui-même sa propre prière, sa propre ferveur à la prière et à la ferveur de tous les assistants, afin de répandre ses supplications devant Dieu. Et afin d'être exaucé du Père céleste, il termine ainsi : Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Si donc nous voulons être exaucés, écoutons aussi le Seigneur dont la voix se fait entendre dans la récitation de 1 Epître, et accomplissons ses commandements autant que nous le pouvons. L'Epîtrc est tirée tantôt de l'Ancien , tantôt du Nouveau-Testament , parce que l'Ecriture ancienne et la nouvelle nous parlent également du Seigneur et de ses préceptes. Ce nom d'Epître vient de deux mots grecs qui veulent dire envoi d'en-haut, parce qu'elle nous est envoyée des célestes hauteurs. En effet, les Prophètes et les Apôtres ont tous parlé inspirés par l'Esprit-Saint (1).

Il nous faut remarquer qu'au mercredi des Quatre-Temps on lit deux leçons : une prophétie et une épître; et par là on nous apprend que tous les clercs qui prendront part à l'ordination et recevront, les ordres sacrés, doivent être instruits dans l'Ancien et le Nouveau-Testament; ou bien encore qu'ils doivent être purs dans leur corps et leur aine. Autrefois: « c'était en ce jour qu'on commençait l'examen des clercs, et le samedi suivant qu'on les présentait à l'évêque pour être ordonnés. Au jour de l'ordination, on lit cinq leçons pour montrer que tous ceux qui y

1 II Petr., 1.

423

sont admis doivent avoir l'esprit orné des sacrés enseignements, afin de mieux diriger le peuple qui sera confié à leurs soins; car « si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans le précipice (1). »

Les ministres du Seigneur doivent donc persévérer fidèlement dans la pratique de ses commandements qui, leur sont si fréquemment réitérés dans les leçons et les épîtres, et marcher de vertu en vertu. C'est ce qui est indiqué par le Graduel, dont le nom vient d'un mot qui signifie aller en avant. Aussi le Seigneur, répondant à quelqu'un qui l'interrogeait, lui dit : « Si vous voulez arriver à la vie, observez les commandements (2). » Le Graduel se compose de deux versets, parce que, dans les deux préceptes de la charité, dans l'amour de Dieu et du prochain, sont renfermés la loi et les Prophètes.

C'est par la charité que nous nous rendrons dignes des joies du ciel désignées par le chant de l'alleluia. En effet, dans le ciel les saints louent Dieu, et le mot alleluia veut dire louez Dieu. Le bonheur des saints est interminable et ineffable, et c'est ce qui est assez bien marqué par le neume doux et prolongé qui suit l'alleluia. Lorsque nous nous arrêtons plus longtemps sur la dernière lettre de ce mot, nous semblons dire : « La félicité des saints dans le ciel n'aura point de terme, et nous sommes impuissants à eu parler comme il convient.

Aux jours de deuil, au lieu de l' alleluia nous

1 Mat., 15. — 2 Ibid.

424

chantons un trait, et par là nous exprimons les chagrins et les tristesses de cette vie.

Ensuite viennent les séquences, ainsi appelées parce qu'elles font suite au chant ancien. C'est Notker *, abbé de Saint-Gall, qui a fait les premières séquences. Certains religieux du pays des Grisons ne les chantent pas parce qu'ils ont dans leurs offices des usages particuliers. Beaucoup, après Notker, en ont fait de nouvelles. Ainsi Herman -Contract a composé l'Ave, maris stella, et le Veni, Sancte-Spiritus.

Ces mots qu'on lit avant l'Evangile : Sequentia sancti Evangelii, veulent dire que ce qui va être chanté est tiré de l'Evangile selon saint Matthieu, ou selon saint Marc, etc.

Pourquoi lit-on l'Evangile au côté nord de l'autel, et que veut-on marquer par-là? Le mot évangile veut dire en grec celui qui annonce quelque chose de bon, ou autrement une bonne nouvelle, selon le sens latin. En effet , que pouvait-on annoncer de plus excellent que ce que le Fils de Dieu, envoyé par son Père, nous fait entendre lorsqu'il nous dit : « Venez, les bénis de mon Père? On lit l'Evangile au côté nord de l'autel pour nous rappeler que le Seigneur Jésus ayant daigné s'incarner pour nous, est venu sur la terre

* Il y eut deux Notker : le premier était abbé de Saint-Gall vers l'an 860; le second gouvernait la mémé abbaye vers la fin du Xe siècle. Tous deux ont composé des séquences. Herman-Contract vivait au XIe siècle , et était moine de Saint-Gall. Le Veni, Sancte Spiritus lui est contesté par plusieurs auteurs.

425

pour renverser Lucifer et toutes les puissances de l'air. Le prince des ténèbres avait dit : « Je placerai mon trône du côté de l'aquilon et je serai semblable au Très-Haut. » Mais il lui fut dit : « Comment es-tu tombé, Lucifer (1)? » L'Evangile est donc lu afin que l'aquilon se lève et que le vent du midi fasse sentir son souffle, ou autrement afin que le démon prenne la fuite et que l'Esprit-Saint se rende présent.

Celui qui lit l'Evangile a coutume de saluer le peuple et de lui souhaiter le salut du Seigneur, afin que les coeurs des assistants s'ouvrent pour entendre et accomplir les saintes paroles qui leur sont annoncées. La foule répond : « Gloria tibi, Domine, Gloire vous soit rendue, Seigneur, qui avez daigné nous appeler à la connaissance de votre doctrine, et nous racheter au prix de votre sang. »

Au commencement de l'Evangile, les fidèles et le ministre se marquent du signe sacré de la croix afin d'éloigner de leur esprit toute vaine pensée, de mieux comprendre la parole sainte, et de mériter d'entendre le Seigneur leur dire, comme autrefois à ses apôtres : « Vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai annoncée (2). »

C'est debout, la tête découverte, sans s'appuyer aucunement , avec crainte et respect , que tous doivent entendre la lecture de l'Evangile ; car c'est là que le Seigneur nous proclame sa vérité sans voile et à découvert. Ceux-là donc font mal, qui pendant ce temps se mettent à genoux ou se prosternent pour

1 Is., 14. — Joan., 15.

426

prier. Jésus-Christ nous a fait entendre des enseignements pleins de douceur et de suavité, des enseignements qui ravissaient les étrangers eux-mêmes; car nous lisons que , parmi ses auditeurs, quelques-uns s'écriaient : Jamais homme n'a parlé de la sorte, et qu'ils étaient dans l'admiration des paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche divine (1).

Quant aux miracles et aux paraboles contenus dans l'Evangile, on doit, aussitôt que la lecture en est achevée, les expliquer au peuple.

Ensuite on récite le Credo pour nous apprendre que nous devons croire fermement tout ce que Jésus-Christ a enseigné, et tout ce que les Evangélistes ont écrit. — Les Grecs appellent symbole cet abrégé de la foi catholique. Il y a trois symboles composés par les saints Pères : le premier est celui que nous récitons avant l'office et qui commence par ces mots : Credo in Deum. Les saints apôtres de Jésus-Christ en ont composé tous les articles et prêché la foi par tout l'univers. Mais les hérétiques se sont opposés à cette foi divine, et ils l'ont attaquée de toutes leurs forces. Alors les saints évêques de l'Eglise, réunis à Nicée au nombre de trois cent dix-huit, parmi lesquels se trouvait saint Nicolas , s'appliquèrent avec tout le soin possible à expliquer la foi catholique, et donnèrent le symbole qui commence par ces mots : Credo in unum Deum. Nous le chantons à la messe selon qu'il fut alors ordonné. Le concile de Constantinople, composé des évêques

1 Joan., 7. — Luc., 4.

427

les plus saints, au nombre desquels on dit que se trouvait saint Augustin , approuva avec force et confirma cette ordonnance. — Le troisième symbole est celui que l'on récite à Prime et qui commence par ces mots : Quicumque vult salvus esse. Tout le monde sait que c'est saint Athanase, évêque d'Alexandrie, qui en est l'auteur. — Contentons-nous de ce que nous venons de dire sur les symboles.

CHAPITRE III. De l'offertoire et de tout ce qui suit jusqu'au canon de la messe.

Nous avons maintenant à parler de l'offertoire Le nom de cette partie de la messe lui vient du mot offrir , parce que c'est alors que le peuple. apportant son offrande à l'autel, témoigne à Dieu sa fidélité et son dévouement. De même que les prêtres se réjouissent, quand ils voient la foule s'empresser de venir offrir ses dons, de même les apôtres étaient dans la joie quand, à leurs prédications, la multitude s'offrait à Dieu et embrassait la foi de son Eglise, ainsi que nous le lisons au livre des Actes.

Avant l'offertoire, le prêtre salue le peuple par ces paroles : Dominus vobiscum, et ensuite il l'invite à prier en disant : Oremus, Prions. Il est juste, en effet, qu'après la prédication de l'Evangilc, le coeur se répande un louanges , que la bouche produise des

428

fruits, et que la foi se montre par des oeuvres. C'est encore de là que vient le nom d'offrande; car c'est alors qu'on offre au Seigneur un sacrifice de louange.

Le prêtre donc, après avoir reçu les oblations du peuple, prend de la main des ministres l'hostie et le calice où l'on a versé du vin et de l'eau. Ensuite le livre du canon et de la préface est placé à gauche, du côté ou l'on a lu l'Evangile, ainsi que nous l'avons dit plus haut. On montre par là que les nations, figurées par le côté gauche de l'autel, ont reçu des Juifs la doctrine de Jésus-Christ et des apôtres, et l'ont embrassé avec plus d'ardeur que le peuple choisi. Car les Juifs, si l'on en excepte un petit nombre , ont rejeté les enseignements du Sauveur et chassé ses apôtres de leur pays. Aussi ont-ils mérité de s'entendre dire : « Vous étiez les premiers à qui il fallait annoncer la parole de Dieu; mais puisque vous la rejetez et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous nous en allons présentement vers les Gentils (1) . » C'est pourquoi si l'on n'avait qu'un cierge à allumer à la messe, il faudrait avant l'Evangile le placer au côté gauche de l'autel; car ce cierge marque la foi qui nous fait croire en Jésus-Christ, nous les enfants des nations.

Ensuite la patène est mise à sa place, ainsi que le calice, où l'on a mêlé de l'eau au vin, après qu'on l'a élevé au-dessus de l'autel en récitant la prière de l'oblation.

Il nous faut remarquer que l'autel, par sa forme

1 Act.

429

quadrangulaire, nous représente la croix du Sauveur, le calice, son sépulcre, et la patène, la pierre qui le couvrait. Le corporal, c'est le linceul sans tache où son corps fut enseveli ; la forme ronde de l'hostie nous rappelle la Trinité et l'éternité de Dieu, car ce qui est rond n'a ni commencement ni fin. Ainsi l'éternité n'a point commencé, et elle ne finira jamais; ce qui nous est annoncé par ces paroles, per omnia saecula, qui terminent les collectes.

L'autel, lorsqu'il est consacré par l'évêque, reçoit l'onction de l'huile en forme de croix à ses quatre coins. Ainsi la croix a reçu l'onction du sang de Jésus-Christ, selon cette parole des chants sacrés : « Du haut de la croix, où le sang vénérable de l'agneau imprima son onction, etc. » — L'autel est couvert de linges blancs et sans taches, et la croix du Seigneur fut ornée de son humanité, qui y demeura suspendue.

On place sous l'autel les reliques des saints, et dans la croix de Jésus-Christ sont renfermés les mystères les plus ineffables : « la longueur, la largeur , la sublimité et la profondeur.

Il nous faut dire aussi quelque chose du mélange de l'eau au vin. Cette eau doit être en très-petite quantité, de façon à pouvoir être absorbée entièrement par le vin. Si, ce qu'à Dieu ne plaise! on en versait dans le calice une quantité telle qu'elle l'emportât sur le vin et lui fit perdre sa nature, le prêtre ne consacrerait pas le sang de Jésus-Christ et il commettrait une faute grave. L'eau désigne le peuple, et

430

le vin la divinité du Sauveur. Quand elle est versée dans le calice, le peuple est réuni à Jésus-Christ. Il faut donc apporter une grande attention à ne point omettre ce mélange, et craindre beaucoup que le peuple ne soit séparé du Seigneur.

L'hostie est placée auprès du calice, parce que Jésus-Christ est immolé pour son Eglise. Cette hostie est formée de beaucoup de grains réunis ensemble au moyen de l'eau; le vin est exprimé de plusieurs raisins, et par là nous pouvons comprendre que le Sauveur s'étant réuni , par l'eau du baptême , un grand nombre de membres, ils deviennent un seul corps. Aussi l'Apôtre parlant sur ce passage : Ils seront deux en une seule chair, s'écrie : « Ce sacrement est grand, je dis en Jésus-Christ et en son Eglise (1). »

Aux fêtes principales on encense l'hostie et le calice en même temps que l'autel, et par là on nous enseigne que le peuple et le prêtre doivent adresser des prières spéciales aux saints dont on célèbre la solennité. Les prêtres, en effet, ont coutume en ces jours de changer les collectes ordinaires, les préfaces et le communicantes au canon de la messe. De même les assistants doivent offrir à Dieu et à ses saints des prières particulières. C'est d'eux qu'il est dit en la personne de l'Eglise : « Que ma prière s'élève comme l'encens en votre présence (2). »

Après que le calice a été mis à sa place et encensé, le prêtre s'humilie en priant et s'incline: « ensuite se

1 Ephes., 5. — 2 Ps.

140.

431

tournant vers le peuple, il lui demande à voix basse de vouloir bien supplier pour liai. Voyons, en peu de mots, ce que cela signifie :

Nous lisons dans l'Evangile que beaucoup se convertissaient à la prédication de Jésus-Christ, de sorte que les Pharisiens disaient : « Voilà que tout le monde marche à sa suite (1); » et qu'après la résurrection de Lazare , les mêmes Pharisiens tinrent conseil, non-seulement pour faire mourir Jésus, mais encore Lazare, qu'il avait rappelé à la vie. Alors, comme l'heure du Seigneur n'était pas encore arrivée, il se cacha jusqu'au dimanche des rameaux, et pendant ce temps il priait et enseignait en secret. C'est, ce qui est marqué par ce silence et cette inclination qui suivent l'offertoire. Ensuite après les rameaux et avant sa Passion, il exhorta ses disciples à prier afin de ne point tomber en tentation, et c'est ce qu'indique le prêtre lorsqu'il se tourne vers le peuple avant la secrète.

La secrète signifie l'oraison cachée durant laquelle une sueur de sang coula du corps de Jésus. Le Sauveur, après avoir reproché aux Juifs, qui méprisaient ses avertissements , d'avoir fait mourir les Prophètes qu'il leur avait envoyés, leur dit : « Vous ne me verrez plus désormais jusqu'au jour où vous me direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur (2); » et se retirant du milieu d'eux, il demeura caché jusqu'au temps marqué par son Père. Au jour des Rameaux, il parut de nouveau en public

1 Joan., 12. — 2 Mat., 25.

432

dans un appareil d'humilité , monté sur un âne, et alors s'accomplit ce qu'il leur avait prédit. Les enfants des Juifs, accompagnés d'une grande foule accourue à Jérusalem pour la Pâque, vinrent au-devant de lui , disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au fils de David. » Le prêtre rappelle toutes ces choses quand, après la secrète , il chante à haute voix la préface suivie du sanctus, jusqu'à ces mots : Hosanna in excelsis.

Il nous faut remarquer que dans la préface on touche à une prérogative d'une haute importance. Car c'est alors que l'Eglise qui combat sur la terre demande que sa voix soit mêlée à la voix des esprits et des vertus angéliques. Et cette demande reçoit son accomplissement si , selon l'avis du prêtre, nous tenons nos coeurs élevés vers le Seigneur, au lieu de les laisser descendre jusqu'aux désirs de la terre. C'est alors que ce qu'il y a de plus bas se réunit à ce qu'il y a de plus sublime; car il est écrit : « Partout où sera le corps, les aigles s'y assembleront (1) ; » et par les aigles on entend les anges.

Nous demandons que nos voix soient unies pour jamais dans les cieux aux voix de ces esprits bienheureux, aux voix des vertus célestes, lorsque nous chantons le sanctus. On répète trois fois ce premier mot, parce que Dieu est trois et un en même temps. Nous annonçons aussi par trois fois la sainteté de Dieu, afin de proclamer sa puissance au ciel, sur la terre et dans les enfers, et afin d'annoncer qu'en ces

1 Mat., 24.

433

lieux tout genou fléchit au nom du Seigneur. Ou bien encore en chantant trois fois le Sanctus, nous semblons nous écrier : « O Dieu tout-puissant, vous êtes saint dans la protection dont vous couvrez ceux qui vous sont fidèles sur la terre. Vous êtes saint dans la joie inénarrable dont vous remplissez dans les cieux les anges et tous les saints (cette multitude des élus est bien désignée par le mot Sabaoth, qui veut dire armée). Béni soit donc celui qui vient au nom de Dieu le Père, celui qui pour notre salut a daigné se revêtir de notre chair et subir les tourments de la croix. Hosanna au plus haut des cieux. »

Hosanna veut dire sauvez-nous, délivrez-nous du danger. L'Eglise semble donc s'écrier : « O vous qui êtes puissant dans les cieux , Jésus, sauvez ceux qui vivent sur cette terre. » On redit deux fois ce mot hosanna pour rappeler le double manteau de gloire dont les saints seront revêtus, dans leur corps et dans leur âme.

Remarquons ici qu'à la messe on emploie les trois langues du monde les plus connues : « la langue hébraïque, la langue grecque et la langue latine. Par là on nous rappelle que toute langue confesse que Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu son Père. Les mots sabaoth, hosanna, alleluia, amen, etc., appartiennent à la première de ces langues. Les mots Kyrie eleïson sont grecs , et les Evangiles, les Epîtres et le reste de la messe se récitent en latin. Le titre placé au haut de la croix, et qui portait : « Jésus de

434

Nazareth, roi des Juifs, nous rappelle encore cette vérité , car il était écrit en hébreu , en grec et en latin.

Avant le canon de la messe, le prêtre lave aussi ses doigts, et par là il nous enseigne que ceux-là seuls qui sont baptisés doivent assister à la consécration du corps de Jésus-Christ. Qu'il ait soin après s'être ainsi lavé et essuyé les doigts, de les tenir joints et de ne point les séparer, si ce n'est pour faire le signe de la croix sur le sacrifice du salut ou prendre l'hostie, car il ne lui est point permis de toucher autre chose que l'hostie avant l'ablution qui suit la réception du sacrement.

CHAPITRE IV. Explication de tout le canon de la messe.

Expliquons maintenant le canon de la messe, qui est l'oeuvre de plusieurs saints, et qu'un archidiacre de l'Eglise romaine mit en ordre sur la demande du pape. C'est Jésus-Christ qui en a établi la partie la plus sainte et la plus invariable, et qui l'a placée au milieu, comme il a placé le coeur de l'homme au milieu de son corps. En effet, de même due notre coeur réside au milieu de notre corps , de même les paroles sacrées par lesquelles le prêtre consacre le corps et le sang du Seigneur ont leur place au milieu du canon, et elles représentent le Roi de gloire au

435

milieu de l'assemblée céleste rangée autour de lui. Un grand nombre de saints , parmi lesquels on compte les papes Gélase, Damase, Grégoire, Léon, Sergius, etc., ont fourni les diverses formules du canon. Pour les apôtres, ils n'en récitaient que la prière qui pridie et le Pater, et c'est ainsi qu'ils célébraient.

Le canon doit être récité avec mesure et à voix basse : avec mesure, c'est-à-dire de façon à ne pas tronquer les mots par trop de rapidité, et à ne point les prononcer avec trop de lenteur, pour ne point causer d'ennui à ceux qui assistent au sacrifice. C'est pourquoi l'Eglise a établi qu'on lirait le canon dévotement et en silence , voulant par ce silence indiquer l'humilité de Jésus-Christ dans sa Passion; car, alors qu'il était devant le gouverneur , il ne répondit rien aux accusations dirigées contre lui , et , semblable à l'agneau en présence de celui qui le tond, il n'ouvrit point la bouche pour se défendre (1).

Le canon commence par ces mots : « Te igitur clementissime Pater, etc. Nous vous supplions donc, ô Père très-clément, etc. Cette conjonction igitur, donc, se rapporte à la préface et au sanctus qui ont précédé. C'est comme si le prêtre, parlant en la personne de l'Eglise, disait : « O Dieu tout-puissant, puisque vous avez bien voulu nous admettre à mêler nos louanges à celles des saints anges et à vous adresser les mêmes chants , nous vous supplions humblement, Père très-clément, et nous

1 Is., 53.

436

vous demandons, par Jésus-Christ , de daigner avoir pour agréables ces dons et de les bénir. »

Il nous faut remarquer que, par une disposition de la providence divine , il est arrivé que la lettre T, dont la forme nous offre une image de la croix s'est trouvée la première du canon de la messe. Dans plusieurs sacramentaires on a tracé l'image même de Jésus crucifié, afin que non-seulement l'intelligence de cette lettre , mais la vue de la chose figurée rappelât à notre mémoire la Passion du Seigneur. La lettre T nous indique le mystère de la croix, et c'est pour cela que Dieu a dit par son Prophète : « Marquez un thau sur le front des hommes qui gémissent et qui sont dans la douleur de voir toutes les abominations qui se font au milieu de Jérusalem (1), » afin qu'ils ne soient pas frappés par l'Ange. Conservons donc dévotement ce signe qui a été imprimé sur nos fronts dans la confirmation par l'onction de la Passion du Seigneur. C'est encore afin que ce souvenir nous fût toujours présent qu'il a été défendu, par les saints Pères , à tout prêtre de célébrer la messe sur un autel où il n'y aurait pas de crucifix. Que le prêtre, en le contemplant et en voyant ses bras étendus afin de supplier pour les péchés du peuple , ne rougisse donc pas d'étendre aussi ses bras vers lui en forme de croix, car l'Apôtre a dit : « Loin de moi de me glorifier ailleurs que dans la croix de Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui le monde est crucifié pour moi, et moi crucifié pour le monde (2). »

1 Ezech., 9. — 2

Galat., 6.

437

Mais, puisque nous avons parlé de la croix sainte est des figures qui la représentent , qu'il nous soit permis de dire quelque chose des sens cachés qu'elle renferme.

La croix est l'étendard du commandement placé sur l'épaule du Sauveur. O signe inestimable et vraiment abondant en mystères ! La croix est l'arbre de vie planté au milieu du Paradis, et d'où s'échappent les quatre fleuves des Evangiles; c'est la charité, ou autrement la mesure qui a perfectionné l'arche du salut, c'est-à-dire l'Eglise. C'est l'autel sur lequel Abraham a immolé Isaac, sur lequel le Père céleste a sacrifié Jésus-Christ Notre-Seigneur. C'est le bois jeté dans Mara, le bois mêlé à l'amertume du monde et qui a rendu douces les eaux de la loi ; car nous avons appris, par la croix, à aimer nos ennemis, ce que le Testament ancien n'enseignait point, puisqu'il disait : « Vous aurez de la haine pour votre ennemi, vous exigerez oeil pour oeil, dent pour dent (1). » La croix est la verge avec laquelle la pierre fut frappée, et cette pierre, c'est Jésus-Christ. Sous ses coups, des fleuves immenses de sang et d'eau ont jailli, et nos âmes y ont trouvé la vie et l'innocence. C'est le poteau où fut attaché le serpent d'airain, où Jésus-Christ fut suspendu ; et tous ceux qui jettent dessus un regard fidèle sont guéris des morsures enflammées du serpent infernal. C'est la guitare touchée par le vrai David, par Jésus-Christ, alors qu'il s'y tenait expirant et dont les accords éloignaient du genre

1 Exod., 21.

438

humain , image de Saül, les attaques de l'esprit diabolique. La croix est ces deux morceaux de bois recueillis par la veuve de Sarepta, ou autrement l'Eglise, afin de cuire du pain pour elle et son fils, car c'est sur la croix que Jésus-Christ est devenu un pain véritable. Elle est ce bois d'Elisée, qui a fait sur-,nager le fer des profondeurs de l'eau, car nous avons été par elle arrachés aux abîmes de la mort, et c'est à Elisée devenu chauve, à Jésus-Christ dépouillé de ses vêtements sur la croix et percé de clous au Calvaire, que nous devons ce bonheur. La croix est ce bois dont les Juifs ont dit dans Jérémie : « Venez, mélangeons du bois à son pain (1); c'est-à-dire : « faisons mourir le Christ sur la croix. Elle est le palmier sur lequel Jésus est monté et dont il a cueilli le fruit, la rédemption du genre humain. Elle est la clé de David, qui a ouvert la porte du ciel et nous y a introduits.

Voyons maintenant ce que signifient les trois signes de croix formés par le prêtre sur le calice et l'hostie. Ils nous rappellent les trois manières différentes par lesquelles Jésus-Christ fut livré à la mort. Il a été livré par Dieu le Père qui, comme dit l'Apôtre, n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a sacrifié en faveur de nous tous (2) ; et c'est ce que nous indique le premier signe. Il l'a été par lui-même, selon cette parole d'Isaïe : « Il a livré son âme à la mort et il a été mis au nombre des scélérats (3). » Et cette seconde manière nous est marquée par le signe fait à ces

1 Jer., 11.

— 2 Rom., 8. — 3 Is., 53.

439

mots, hac munera. Assurément aucun présent ne saurait attirer avec plus d'amour les regards de Dieu que celui qui lui est offert en ce moment. Enfin Jésus-Christ fut livré par Judas, mais ce fut un acte d'iniquité. Saint Matthieu nous le fait connaître en ce passage : « Celui qui le trahissait leur avait donné ce signal : celui, leur avait-il dit, que j'embrasserai est celui-là, emparez-vous de lui (1).» Et cette dernière tradition est indiquée par le signe fait à ces mots : Haec sancta sacrificia illibata. En effet , la mort du Seigneur est vraiment sainte malgré la trahison infâme de Judas; car il est né sans péché, il a vécu sans péché , et il a été mis à mort innocent. Ces dernières paroles : Sacrificia illibata, veulent dire un sacrifice qui n'a pas encore été immolé, et elles annoncent que le prêtre a placé sur l'autel une offrande nouvelle dans le pain et le vin , qu'il doit de plus consacrer. Ou bien encore : elles signifient la pureté et l'exemption de toute tache, et alors elles se rapportent à Jésus-Christ lui-même, qui demeura toujours étranger aux souillures et au souffle du péché, selon cette parole de saint Pierre : « Il n'a point commis le péché, et nulle parole trompeuse n'est sortie de sa bouche (2). »

Ensuite le prêtre ajoute : In primis quæ tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica, que nous vous offrons d'abord pour votre sainte Eglise catholique. Il est grandement utile de prier pour la sainte

1 Mat., 26. — 2 I Pet., 2.

440

Eglise notre mère, car celui qui aime à prier pour elle devient participant de tous ses biens. Le prêtre unit sa prière à celle des assistants, et il conjure le Père céleste de vouloir bien l'exaucer par Jésus-Christ, c'est-à-dire à cause de Jésus-Christ. C'est comme s'il disait : « Alors que nos péchés nous rendraient indignes d'être écoutés, au moins à cause de votre Fils daignez entendre nos voeux, accorder la paix à votre Eglise et vous en faire le gardien , car si vous ne gardez vous-même la ville, c'est en vain quo la sentinelle qui veille sur elle exerce sa vigilance ; elle ne goûtera jamais la paix. Daignez aussi établir l'union en elle , parce que tout royaume divisé contre lui-même sera dans la désolation; et si vous ne gouvernez vous-même votre Eglise, elle sera en proie à des schismes sans nombre. »

Le prêtre continue en disant : Una cum famulo tuo Papa nostro. Il nous faut remarquer qu'on doit toujours, à la messe, faire mémoire du souverain Pontife. Ce point a été établi par les conciles. — Et antistite nostro. Ces paroles désignent l'évêque diocésain. — Et rege nostro. Nous voyons par là avec quel soin le prêtre, uni à Dieu dans la célébration de la messe, prie pour toute l'Eglise catholique, pour la puissance spirituelle et la puissance séculière. — Et omnibus orthodoxis, etc. Dans cette dernière formule sont compris les cardinaux , les primats , les patriarches, les archevêques, les évêques, les prélats, les prêtres ou autres dignitaires de l'Eglise, et en

441

même temps ceux qui leur sont soumis. On doit prier pour eux tous à la messe.

Après cette oraison vient le memento. Il faut remarquer que le prêtre est tenu de prier ici pour tous ceux à qui il est redevable de quelque bienfait. — A ces paroles : Et omnium circumstantium, le prêtre intercède pour tous ceux qui sont présents et les recommande à Dieu. C'est comme s'il disait : « O Dieu, qui connaissez mieux que moi leur foi et leur dévotion , corrigez en eux tout ce qui mérite correction. » Et dans ce qui suit jusqu'à la fin de l'oraison, le prêtre adresse à Dieu cette prière : « Seigneur tout-puissant, les fidèles assemblés en ce lieu vous offrent ce sacrifice de louange, pour ceux en faveur de qui nous vous avons invoqué; ils vous l'offrent pour eux-mêmes et pour tous ceux qui leur appartiennent, pour la rédemption de leurs âmes, pour l'espérance de leur salut et de leur conservation , et ils vous rendent leurs voeux, à vous, Dieu éternel, vivant et véritable. » Remarquez bien que, par ces mots : Dieu vivant et véritable, nous entendons Dieu le Père, Jésus-Christ et le Saint-Esprit, par opposition aux dieux à qui les nations sacrifiaient, et qui ne sont que des idoles sans vie , de fausses divinités , selon cette parole du Psalmiste : « Les dieux des nations sont d'or et d'argent; ils sont l'oeuvre de la main des hommes; ils ont une bouche et ne parlent point, des yeux et ils ne voient pas, des oreilles et ils n'entendent pas, etc. (1) »

1 Ps. 113.

442

Dès-lors comment peuvent-ils abaisser leurs regards sur ceux qui les invoquent? comment peuvent-ils les exaucer?

L'oraison communicantes suit immédiatement. Comme on ne saurait en dehors de l'unité de l'Eglise offrir comme il convient le sacrifice, nous faisons mémoire des saints, afin de présenter nos dons en communion avec eux. C'est donc comme si nous disions : « Si l'Eglise qui combat sur la terre est indigne d'être exaucée, si nous en sommes indignes nous-mêmes , au moins nous ferons nos efforts pour nous rendre le ciel favorable en nous unissant à l'assemblée des bienheureux , à la Vierge

très-sainte, aux apôtres, aux martyrs, à tous les saints. Nous les invoquons, Seigneur, vous ne pourrez point les repousser, et, parce qu'ils méritent d'être entendus , vous daignerez aussi nous entendre avec eux. »

Mais pourquoi ne fait-on pas mémoire des confesseurs au canon de la messe? On en apporte cieux raisons : la première, c'est qu'on n'y a admis que des témoins de la Passion de Jésus-Christ; et alors les martyrs seulement y ont trouvé place, parce que, par l'effusion de leur sang, ils ont participé à ses souffrances, et c'est ce que veut dire le mot de martyr, qui en latin signifie témoin. La seconde raison, c'est que le canon ayant été fait par le pape saint Gélase ou un archidiacre de l'Eglise romaine, comme nous l'avons dit, on ne célébrait point encore alors de fêtes des confesseurs. Le célébrant peut bien chanter la

443

messe d'un confesseur , mais il ne doit point le nommer dans le canon. Qu'il se contente d'ajouter et omnium sanctorum, selon que tout prêtre peut le faire en tout lieu. Mais comme beaucoup de filles, c'est-à-dire beaucoup d'âmes saintes ayant ramassé des trésors de sainteté , ont été surpassées sans exception par la Vierge bienheureuse, son nom est placé en première ligne au canon (1).

On ajoute quorum meritis, etc., veuillez-nous accorder par leurs mérites, etc. C'est ainsi que Moïse a prié, en disant : « Souvenez-vous, Seigneur, d'Abraham, d'Isaac et de Jacob à qui vous avez promis par serment, etc (2). » C'est ainsi que nous semblons dire à Dieu : « Vous nous exaucerez plus facilement puisque vous nous ordonnez de faire mémoire de vos saints. » Voilà comment , dans la célébration du sacrifice, ce qu'il y a de plus bas s'unit à ce qu'il y a de plus haut, comment ce qui est terrestre devient en quelque sorte céleste, alors que ceux qui combattent en ce monde ne font qu'un par la prière avec les saints qui triomphent dans la gloire.

Après vient l'oraison hanc igitur oblationem. On dit que les dernières paroles, dies que nostros, etc., ont été ajoutées par saint Grégoire. Mais comme tout cet endroit est assez clair , nous ne nous y arrêterons pas.

Alors commence l'oraison quam oblationem, etc.

1 Prov. 31. — 2 Exod.,

52.

444

Nous avons a examiner ici pourquoi on fait cinq signes de croix sur le calice et l'hostie. Or, nous devons savoir que, par les signes divers et multipliés qui se trouvent dans le canon, sont désignés les différents tourments endurés pour nous par Jésus-Christ. Les signes formés en cet endroit nous rappellent donc que le Sauveur a souffert pour nous dans tous ses sens selon la chair, afin d'éclairer nos sens. Il a souffert dans la vue par le voile qui fut placé sur ses yeux ; dans l'ouïe par les injures qu'il fut condamné à entendre; dans le goût par le fiel et le vinaigre dont il fut abreuvé; dans l'odorat par l'odeur des corps morts dont il eut à supporter les exhalaisons impures au Calvaire, et dans le toucher par les blessures des clous dont ses mains et ses pieds furent percés.

Parmi ces signes il y en a trois qui se font en même temps sur l'hostie et le calice, et par eux peuvent être désignées les trois sortes d'hommes à qui le Seigneur fut vendu par Judas : les Prêtres, les Scribes et les Pharisiens. Ces hommes ont acheté Jésus-Christ et l'ont traité comme un objet de malédiction et de proscription. Le célébrant, au contraire, déclare que Jésus-Christ est une oblation bénie, car le fruit du sein de Marie est béni; qu'il est une oblation admise, car il a été annoncé à l'avance par la voix des Prophètes , et il est toujours présent pour nous devant la face de son Père; qu'il est une oblation ratifiée, parce que son règne n'aura jamais de fin. Les deux croix faites sur le calice et l'hostie séparément,

445

désignent le vendeur Judas et les acheteurs, qui ne sont point revenus à la foi par la pénitence et ont perdu ainsi leur âme et leur corps.

Le prêtre poursuit en ces termes : « Daignez rendre cette oblation raisonnable et acceptable. » C'est comme s'il voulait dire : « Les Juifs dans l'ancien Testament vous ont offert des victimes irraisonnables, des animaux muets et privés de raison ; mais vous , Père de toute sainteté et de toute clémence, daignez rendre cette oblation raisonnable afin qu'elle puisse, à son tour, rendre raison en notre faveur. Daignez la rendre acceptable afin qu'elle vous plaise et nous rende aussi dignes de vous , de sorte que le pain placé sur cet autel nous devienne le corps qui vivifiera nos corps et les empêchera de mourir éternellement; que le vin nous soit fait le sang qui sanctifie nos âmes; c'est-à-dire le corps et le sang de votre Fils bien-aimé Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui seul peut sauver notre corps et notre âme. »

Qui pridie quam pateretur, etc., c'est-à-dire le cinquième jour de la semaine, l'avant-veille de la Pâque, Jésus prit du pain en ses mains sacrées et vénérables, le bénit, etc. Remarquez bien qu'ici le signe de la croix fait par le prêtre s'accorde avec les paroles. La sainte Trinité, s'unissant avec son ministre, bénit en ce moment le pain et le vin d'une manière admirable, secrète et ineffable, alors qu'à ces mots : ceci est mon corps, ceci est le calice de mon sang, etc., elle répand sur le pain et sur le vin

446

une bénédiction qui en fait réellement le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ.

Après que le prêtre a fini la consécration , il étend ses mains en forme de croix , des deux côtés de l'autel afin de représenter la Passion du Seigneur, et aussi pour indiquer par là qu'il est mort pour les Juifs et les Gentils. Car ces deux peuples sont désignés par les deux extrémités de l'autel, comme nous l'avons dit plus haut , à la condition cependant qu'ils rentreront dans la voie de la vérité et qu'ils pratiqueront les enseignements de la foi catholique.

Examinons maintenant pourquoi , à la consécration, le prêtre élève le corps du Seigneur et le montre ainsi aux fidèles. On en donne plusieurs raisons. La première et la principale, c'est afin de recouvrer la faveur de Dieu le Père, que nous avons perdue par nos péchés. Le péché seul offense et irrite Dieu, selon cette parole du Psalmiste : « Ils ont allumé sa colère par leurs oeuvres criminelles (1). » Le prêtre élève donc le corps de Jésus-Christ comme pour dire : « O Père céleste, nous avons péché et nous avons provoqué votre colère. Mais maintenant abaissez vos regards sur la face de votre Christ que nous vous présentons afin de changer votre indignation en miséricorde. Ne détournez donc point vos yeux de dessus votre enfant; mais souvenez-vous que vous avez dit vous-même en parlant de lui : « C'est ici mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances (2). Corrigez miséricordieusement en nous tout ce qui

1 Ps 105. — 2 Mat., 3 — 17.

447

est répréhensible ; convertissez-nous à vous, et détournez votre colère de dessus nos têtes. »

Cette élévation a lieu aussi pour demander et obtenir tous les biens dont nous avons besoin pour la vie présente et la vie future. Or, le premier bien nécessaire en ce monde, c'est la paix, et nul ne saurait l'avoir que par l'éloignement de tout péché mortel. C'est de cette paix que Jésus-Christ a dit : « Je vous donne ma paix (1). » Le second bien , c'est la charité, et elle nous est nécessaire pour la vie future. Ici-bas elle dirige l'homme et le conduit au céleste bonheur. De là cette parole de saint Jean : « Celui qui demeure en la charité, demeure en Dieu (2). » Lors donc que le prêtre élève le corps du Seigneur, il semble nous dire : « Si vous voulez

obtenir ce qui fait l'objet de vos désirs, ayez la paix entre vous et conservez une charité mutuelle, car Jésus-Christ, par sa mort, nous a réconciliés avec Dieu et les anges, et, par sa charité, il nous a préparé les biens éternels. »

En troisième lieu , l'élévation se fait en reconnaissance du droit que nous avons dans le ciel, droit dont nous jouissons maintenant par l'espérance, et qui après la mort se changera en réalité. Ce droit n'est autre que la vie éternelle elle-même. De là ces paroles de Notre-Seigneur, dont voici le sens : « Je suis venu en ce monde afin que mes imitateurs aient la vie dans le temps présent, et qu'ils la possèdent plus abondamment encore dans

1 Joan., 14. — 2 I Joan., 4.

448

l'éternité (1). » Ce droit a été écrit d'une manière toute spéciale comme un privilège , c'est-à-dire qu'en Jésus-Christ il a été gravé avec un stylet de fer, lorsque le côté du Sauveur fut ouvert par la lance, lorsque ses nains et ses pieds furent percés par les clous. Le prêtre , élevant donc le corps du Seigneur, semble s'écrier : « O esprits angéliques présents à ce sacrifice, soyez témoins que la vie éternelle est notre droit ; et c'est pour le confirmer que nous élevons le gage que nous en avons reçu, Jésus-Christ immolé pour nous. »

La quatrième raison , c'est afin de montrer la puissance de Dieu. C'est en effet une grande marque de la puissance divine de voir que , par ces seules paroles : Ceci est mon corps, le pain se soit changé substantiellement au corps de Jésus-Christ. C'est là un changement opéré par la droite du Très-Haut, un changement qui surpasse toutes nos pensées. Le prêtre, élevant le corps du Seigneur, nous dit donc par cette action : « Il n'y a qu'un instant, vous avez vu du pain sur l'autel : maintenant que la consécration est accomplie , contemplez le corps de Jésus. Mais si Dieu est assez puissant pour produire un tel changement, il le sera assez pour nous amener du péché à la grâce et ensuite à la gloire.»

La cinquième raison , c'est afin de faire connaître aux hommes la sagesse de Dieu. En effet, Jésus-Christ nous donne une preuve de sa sagesse admirable et

Tous les livres