Œuvres spirituelles (page 31)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 Joan., 10.

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ineffable en se montrant ainsi voilé à nos yeux ; et c'est de ce voile dont il est couvert que le Prophète a parlé quand il a dit : « Vous êtes vraiment un Dieu caché, le Dieu sauveur d'Israël (1). »

Nous devons remarquer ici que le Seigneur s'est caché pour plusieurs motifs sous la forme du pain. S'il eût paru à nos yeux tel qu'il est ou tel qu'il fut sur la croix , beaucoup eussent pris la fuite de frayeur sans pouvoir se résoudre à le recevoir, selon qu'il arriva lorsque le Sauveur eut dit : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, vous n'aurez point la vie en vous (2) . » Plusieurs se retirèrent effrayés et cessèrent de marcher à sa suite , car ils s'imaginaient qu'ils devraient se nourrir de lui en déchirant ses membres; ce qui , en effet , eût été quelque chose d'horrible pour notre nature. Mais, dans la Cène, il a voilé son corps et son sang , et c'est en cet état qu'il l'a donné en nourriture aux hommes. Il y a encore d'autres raisons de cette manière d'être du Seigneur sous les espèces sacramentelles; mais je n'en parlerai pas ici.

On élève , en sixième lieu , le corps de Jésus-Christ afin de nous montrer sa générosité envers nous. Quelle générosité plus grande, en effet, que de donner à manger à l'homme le pain des anges ! Le prêtre, en offrant ainsi à nos regards le corps du Seigneur , nous crie donc : « O fidèles de Jésus-Christ ! contemplez et réjouissez-vous! voici la céleste nourriture des anges que le Roi généreux des cieux nous a donnée afin

1 Is., 45. — 2 Joan.,

6.

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que nous soyons remplis de toute grâce et de toute bénédiction! Mais, malheur à celui qui ne s'inquiète nullement de recevoir ce très-saint aliment et qui s'en éloigne ! En lui s'accomplit cette parole du prophète Élisée : Vous le verrez, et vous n'en serez point participant (1). Beaucoup, en effet, voient le corps du Seigneur, mais n'y participent pas et s'en éloignent par leurs péchés. »

La septième raison de l'élévation du corps de Jésus, c'est afin de nous manifester sa bonté. Quelle bonté plus admirable que celle qui porte le Sauveur à se rendre captif sur nos autels! Aussi avait-il dit de lui-même en la personne de Jérémie : « Me voici entre vos mains; faites de moi ce qu'il vous plaira (2). » Remarquez bien que , lorsqu'un chef est prisonnier pour les siens , on ne le relâche pas qu'il n'ait donné une rançon considérable. Ainsi ne devons-mous point laisser s'en aller Jésus , notre captif, qu'il ne nous ait accordé la rémission de nos péchés, et que nous n'ayons reçu de lui le royaume des cieux. Le prêtre, donc, élevant le corps du Seigneur, nous dit : « Voilà que nous avons en notre puissance celui que le monde entier ne saurait contenir; ne souffrons donc pas qu'il s'en aille avant d'avoir obtenu de lui l'objet de nos demandes. »

La huitième raison , c'est afin de réjouir la sainte Eglise en lui présentant l'étendard sous lequel elle doit combattre, afin que ceux qui marchent sous cet étendard sacré puisent dans sa vue la joie et le

1 IV Reg., 7. — 2 Jer.,

26.

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courage. La vie de l'homme est un combat, dit Job (1) ; aussi le prêtre semble-t-il dire aux élus, en offrant à leurs yeux le corps du Seigneur : « Ne craignez pas. ruais combattez avec assurance. Voici notre étendard : c'est sur la croix qu'il a reçu , à cause de nous, cette couleur ensanglantée. Voici Jésus notre Seigneur; il se tient au milieu de nous. »

La neuvième raison , c'est afin de nous donner un modèle à imiter et à suivre. Ainsi , pour que les pécheurs s'excitent à marcher après lui et ne désespèrent pas du pardon , le Fils de Dieu montre son côté à son Père el, offre ses blessures à ses yeux. Ce qui fait. dire à saint Bernard : « Nous pouvons nous approcher de Dieu en ton le sécurité, car le Fils présente les citatrices de ses plaies à son Père , et Marie son sein au fils qu'elle a nourri. » Le prêtre, à l'élévation , crie donc au pécheur et à tous les chrétiens : « Voici le Fils de Dieu qui a été étendit et élevé sur la croix. Suivez-le afin de souffrir au moins quelque chose pour celui qui a tout souffert pour vous. » Saint Pierre a dit : « Jésus-Christ a souffert pour nous, et il vous a laissé l'exemple afin que vous marchiez sur ses traces (1). » Nous devons donc lui compatir et ne jamais oublier le bienfait de sa Passion.

C'est pour cela que, dans le canon, on ajoute aussitôt après l'élévation , unde et memores, etc. On rait ici mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension du Seigneur. Par les signes de croix renouvelés cinq fois, on représente les cinq plaies de

1 Job., 7. — 2 I Petr., 2.

sa Passion, c'est-à-dire celles des mains, des pieds et du côté. Trois de ces signes ont lieu en même temps sur l'hostie et le calice afin de nous faire entendre que la Passion de Jésus-Christ est l'aiguillon de notre charité; que sa Résurrection affermit notre foi, et que son Ascension réjouit notre espérance.

Ces trois choses sont indiquées dans la prière, lorsqu'on nomme ces trois mystères. Quant aux deux signes qui suivent et ont lieu distinctement sur le corps et le sang du Seigneur , ils nous annoncent l'immortalité des justes en leur âme et en leur corps. En effet, les saints et les justes, en bâtissant leur demeure dans les plaies du Sauveur, deviennent purs et innocents, entrent en possession de la vie céleste et conquièrent pour l'éternité le salut de leur âme et de leur corps. C'est ce qui est annoncé par ces paroles où Jésus-Christ est appelé une hostie pure, une hostie sainte, une hostie immaculée, le pain sacré de la vie éternelle et le calice du salut perpétuel. Le Sauveur est en effet l'hostie pure qui purifie ses élus , l'hostie sainte qui sanctifie ses bien-aimés, l'hostie immaculée qui détruit les taches de notre âme, le pain de la vie éternelle, qui nourrit les anges et les hommes, et le calice du salut qui les abreuve et les enivre de son sang glorieux.

Ensuite vient l'oraison supra quae propitio, etc. Remarquez qu'en cet endroit sont nommés trois saints de l'ancien Testament : « Abel , Abraham et Melchisédech , qui tous trois nous présentent une figure parfaite de la Passion du Seigneur et de sa

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très-sainte Cène. Abel a offert des dons choisis entre-les premier-nés de son troupeau , et Jésus-Christ s'est offert à Dieu son Père comme le premier-né d'un grand nombre de frères, comme l'Agneau sans tache dont saint Jean a dit : « Voici l'agneau de Dieu qui porte les péchés du monde (1). » Abel innocent a été mis à mort par Caïn, son frère, et Jésus-Christ a été immolé, crucifié par les Juifs pervers. Abraham a obéi à Dieu en lui immolant son fils, et Jésus-Christ s'est fait obéissant à son Père jusqu'à la mort; il a remis son esprit entre ses mains. Melchisédech a offert le pain et le vin , car il était prêtre du Dieu très-haut, et Jésus-Christ, sous l'espèce du pain et du vin , offre pour nous à Dieu son Père son corps et son sang , afin de rétablir la paix entre lui et nous ; car Melchisédech était roi de Salem , ou de la paix. Jésus-Christ est donc appelé en ce lieu Abel à raison de son innocence; Abraham à raison de son obéissance, et Melchisédech à raison de sa clémence et de sa sainteté éminente. De là ces mots de sacrifice saint, d'hostie immaculée.

On dit que l'oraison supplices te rogamus qui suit, a pour auteur le pape saint Léon. Ici l'inclination du prêtre représente Jésus-Christ lorsque, inclinant la tête, il expira. Les fidèles devraient donc en ce moment s'humilier très-sincèrement avec le prêtre et recommander leurs âmes à Dieu par de profonds soupirs. En cette prière de saint Léon sont renfermées des paroles si profondes et si insondables que saint

1 Joan., 1.

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Grégoire en parle corme d'une chose tout-à-fait ineffable. Il y est dit : « Ordonnez que ces choses soient portées, etc. Mais qui pourra douter qu'au

moment même de l'immolation les cieux ne soient ouverts à la voix du prêtre, que les choeurs des anges n'en soient descendus, que ce qu'il y a de plus bas ne soit associé à ce qu'il y a de plus élevé, que la terre ne soit unie au ciel , et que les choses visibles et invisibles ne fassent qu'un? En un seul et même temps, en un seul et même distant, le corps du Sauveur est enlevé dans le ciel par la main des anges pour être associé à leurs choeurs, et on le voit sur l'autel sous les yeux du prêtre. » Ainsi parle saint Grégoire. Cependant sans chercher à pénétrer le mystère des célestes oracles de l'Eglise, je crois qu'on peut entendre ces paroles dans un sens plus simple, et dire que ces choses sont les voeux, les supplications et les prières des fidèles, qu'on prie Dieu de vouloir bien faire transporter par son ange en présence de son trône. Si pendant que Tobie priait, l'archange Raphaël offrit ses voeux au Seigneur, à combien plus forte raison , lorsque Jésus-Christ prie avec le prêtre , les prières et les oblations du peuple sont-elles portées au ciel? Ou plutôt Jésus-Christ, l'ange du grand conseil, offre lui-même à son Père les prières de son Eglise , et rend grâces pour elles. Ce qui a fait dire à saint Ambroise : « Croyez bien que les anges présentent nos voeux devant, le trône de Dieu quand le Christ immolé les présente lui-même (1). »

1 In Luc., lib. 2, c.1

Ces mots in sublime altare tuum, sur votre autel sublime, s'entendent de la sainte Trinité, dont il est écrit : « Vous ne monterez pas à mon autel par des degrés (1); » ce qui signifie : Croyez l'égalité des personnes divines dans la Trinité , sans vous figurer des rangs inférieurs ou supérieurs , comme on voit dans les degrés. Certains hérétiques pensent que le Père est plus grand que le Fils , et ceux-là s'efforcent de monter à l'autel par des degrés; mais ils sont re-poussés par le Fils , qui a dit : « Mon Père et moi nous sommes un (2). » D'autres croient que l'Esprit-Saint est moindre que le Père et le Fils; mais ils sont combattus par l'un et par l'autre dans la sainte Ecriture, qui nous dit : « L'Esprit souffle où il veut (3). » Et encore : « L'Esprit est Dieu. » Et enfin dans le symbole de saint Athanase : « Tel est le Père, tel le Fils, tel le Saint-Esprit. »

In conspectu divinae majestatis tuae, en présence de votre majesté. divine. L'autel de la Trinité sainte est appelé sublime, parce qu'il est inaccessible et incompréhensible à l'homme. Mais le sacrifice de l'autel, l'hostie de salut, Jésus-Christ Notre-Seigneur, étant coéternel à son Père, est entré dans le Saint des saints après avoir acquis par sa mort une rédemption éternelle , afin de se présenter maintenant pour nous devant la face de Dieu , en présence de la majesté suprême de son Père : « Il est entré afin que tous ceux qui, participant à cet autel, ô Père vénérable! auront reçu le saint et sacré corps et le

10. — 3 Joan., 4.

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sang de votre Fils par une communion digne, soient remplis de toute bénédiction céleste et de grâce par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur. »

Cette oraison est accompagnée de trois signes, dont le premier nous enseigne à attendre de Dieu seul la pureté du corps. Le second, qui a lieu à ces mots : et sanguinem sumpserimus, nous rappelle que le juste vit de la foi , et que l'homme est le prix du sang. Le troisième, qui est imprimé sur la tête et la poitrine, au lieu où réside le siège de nos pensées, nous montre combien nous avons besoin que Dieu nous accorde la lumière qui est pure et exempte d'obscurités. Si donc nous conservons avec amour la chasteté du corps et la pureté de l'âme, nous mériterons d'être comblés, dans les cieux, de bénédiction et de grâce.

Le prêtre s'incline en ce moment pour représenter, comme nous l'avons dit, l'inclination de la tête de Jésus au moment de sa mort. En effet, le Seigneur, ayant incliné la tête, rendit l'esprit et nous laissa un testament où l'auteur de toute piété partagea à chacun du haut de sa croix les divers offices de la piété. Aux apôtres il légua la persécution , à ses disciples la paix, aux Juifs son corps, à son Père son esprit, à la Vierge l'ami de l'Epoux, au larron le Paradis, aux chrétiens pénitents sa croix. Portons donc cette croix , comme il nous est marqué par les deux signes qui se font sur le corps et le sang de Jésus , puisque par elle nous avons été délivrés de la double mort du corps et de l'âme, pourvu cependant que nous soyons fidèles à en conserver un souvenir persévérant, ce que nous

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marque le troisième signe; car, dit l'Apôtre, si nous souffrons avec lui, nous règnerons avec lui (1).

Ces trois signes nous indiquent encore les diverses souffrances du Seigneur en son corps : « le premier, les meurtrissures de la flagellation ; le second, l'effusion du sang ; le troisième , le voile dont on couvrit son visage.

Jésus-Christ dans sa Passion a recommandé son âme à son Père au moment de quitter la terre. Ainsi devons-nous recommander au Dieu tout-puissant les âmes des fidèles que la mort clous enlève, et que nous voyons mourir dans la foi catholique. C'est pour cela qu'on ajoute l'oraison memento, etc. L'Eglise, notre tendre mère, ne se contente pas de prier pour les vivants , elle le fait encore fidèlement pour les morts, en la personne du prêtre, car elle croit avec une certitude inébranlable que le sang précieux de Jésus-Christ sert non-seulement à la rédemption de ceux qui sont sur la terre , mais encore à la délivrance de ses enfants dans l'autre monde.

Qui non praecesserunt cum signo fidei, qui nous ont précédé avec le sceau de la foi, c'est-à-dire avec la charité. Ainsi les fidèles sont distingués du reste des hommes. Le Prophète parle de cette délivrance en s'adressant en ces termes à Jésus-Christ lui-même : « Par le sang de votre alliance, dit-il, vous avez fait sortir vos captifs du fond d'un lac sans eau (2). » Mais on ne doit point prier pour ceux qui sont en enfer , car là il n'y a point de rédemption à attendre.

1 Tim., 2. — 2

Zach., 9.

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« Si j'avais mon père en enfer , dit saint Augustin , en ce lieu ou aucune délivrance n'est à espérer, je me prierais pas plus pour lui que je ne le fais pour le démon (1). » C'est donc pour les fidèles défunts. pour ceux qui se sont endormis dans le sommeil de la paix, loin du schisme et de l'hérésie, que nous devons adresser nos supplications; pour ceux que l'impénitence n'a point trouvés séparés de l'unité de l'Eglise, bien que d'ailleurs ils aient pu sortir de ce monde dignes de quelque châtiment. Le prêtre doit d'abord prier pour son père et sa mère, et ensuite pour ceux qui lui sont confiés, sans cependant les nommer, ainsi qu'il a été dit plus haut. Après il ajoute : Et pour tous ceux qui se reposent en Jésus-Christ. Or, ceux-là se reposent en Jésus-Christ après leur mort, qui se sont endormis dans le Seigneur, selon qu'il est écrit dans l'Apocalypse.

Locum refrigerii, etc. C'est en ce lieu de rafraîchissement que demeure le Lazare de l'Evangile. La lumière de ce lieu, c'est Jésus-Christ lui-même, la lumière du monde , la lumière des vivants , dont le Prophète a dit : « Je désire me rendre agréable à Dieu en marchant dans la lumière des vivants (4). » La paix, c'est celle dont Siméon a parlé lorsqu'il s'écriait : « Maintenant, Seigneur, vous laisserez votre serviteur s'en aller en paix (4). » Daignez leur accorder cette grâce par Jésus-Christ notre Seigneur. Celui-là apaise son juge et se le rend favorable, qui lui demande grâce et miséricorde.

4 Luc., 2.

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Ensuite vient l'oraison nobis quoque peccatoribus. C'est comme si le prêtre s'écriait : « Si nous disons que nous n'avons point de péché, nous nous, trompons nous-mêmes, et la vérité n'habite point en nous (1). — Il n'est personne exempt de péché, pas même l'enfant qui ne compte qu'un jour sur la terre (2).» Sans doute, par la miséricorde de Dieu , beaucoup peuvent vivre sans faute mortelle; mais sans pécher véniellement, c'est une chose rare.

De multitudine miserationem, etc., ayant espoir en la multitude de vos miséricordes. Si le larron , attaché à la croix, a mérité le pardon par son repentir et l'aveu de ses fautes , pourquoi le chrétien contrit et se confessant coupable serait-il indigne de recevoir grâce et miséricorde? Ainsi cette élévation de la voix et ce frappement de la poitrine avec la main droite nous n'arquent la douleur du larron crucifié au côté droit de Jésus-Christ, et l'aveu qu'il fit de ses crimes. Eu effet il les avoua avec amertume, et il dit à son compagnon placé à la gauche : « Nous avons reçu selon que nos crimes méritaient, etc. » Et le Seigneur lui répondit : « En vérité je vous le dis, vous serez aujourd'hui dans le Paradis (3). »

Partem aliquam et societatem, etc. Daignez nous donner part et nous associer, etc. Le voleur sur la croix a confessé Dieu, dit saint Jean Chrysostôme (4) , et il a devancé tous les saints dans le royaume. Qu’y a-t-il d'étonnant en cela , puisqu'il confessait que le Seigneur régnait dans les cieux alors que Pierre le

1 Joan., 1. — 2 Job., 14. — 3 Luc., 23. — 4

Hom. de latr.

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reniait sur la terre? Ainsi devons-nous comprendre , par cet exemple, que les pécheurs dont la pénitence est fervente précèdent dans la gloire les saints dont la tiédeur a ralenti la marche. La Vierge bienheureuse et les apôtres étaient encore sur la terre, saint Jean-Baptiste, les patriarches et les prophètes étaient dans limbes quand il fut dit au voleur : « Vous serez aujourd'hui avec moi dans le Paradis, » c'est-à-dire vous serez aujourd'hui dans la joie, car où est Jésus-Christ là est la joie, le paradis, la lumière, la paix , l'allégresse. Il est la lumière véritable; c'est lui qui illumine le ciel; il est l'Agneau qui éclaire la Jérusalem céleste; c'est lui qui comble de joie les bienheureux, car les âmes des saints qui ont marché sur les traces de Jésus-Christ jouissent du bonheur dans les cieux, parce qu'il leur est donné de suivre l'Agneau partout où il va.

C'est de cette assemblée des bienheureux qu'il est dit : « Daignez nous admettre en la société de vos saints Apôtres et Martyrs, avec Jean, etc. » Les uns disent que c'est saint Jean-Baptiste qui est nommé en cet endroit; plusieurs commentateurs soutiennent que c'est saint Jean l'Evangéliste. Il a été nommé, il est vrai , au commencement du canon avec les autres apôtres, mais il l'est de nouveau ici à cause de son double privilège d'apôtre et de vierge. En effet, son amour pour Jésus-Christ le rendait digne d'être placé une seconde fois dans le canon de la messe, 'ec Etienne, qui fut vierge et martyr. Dans l'Ancien Testament le patriarche Jacob a aimé Joseph plus que

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ses autres enfants , et il lui a donné une double part dans l'héritage qu'il avait conquis sur les Amorrhéens par son arc et son glaive (1). Ainsi Jésus-Christ a accordé à son disciple et fils bien-aimé un double héritage et un double honneur.

Nous devons remarquer que sainte Félicité, veuve et martyre, est nommée ici avant les saintes vierges. C'est sans doute à cause de l'ancienneté de sou martyre, sans qu'on ait pensé à déroger en rien au privilège de la virginité.

Cependant, selon saint Augustin, l'Eglise nous donne à entendre, en cet endroit, que les hommes fervents et vraiment pénitents peuvent arriver, par leurs efforts , à précéder dans les saintes pratiques de la piété les vierges tièdes et négligentes. En effet, celui qui désire vivement d'être pardonné s'efforce d'apaiser la colère du Juge souverain et provoque sa miséricorde. Ainsi un illustre pénitent a dit : « Ayez pitié de moi, mon Dieu, selon votre grande miséricorde (2). » Mais si la virginité garde fidèlement l'humilité, si elle possède une dévotion brûlante, elle mérite des privilèges singuliers et des prérogatives de grâces, car une auréole de gloire est réservée dans la patrie céleste aux vierges, aux martyrs et aux prédicateurs de la foi. Ces trois sortes de saints ont leur place en cet endroit du canon.

Daignez nous recevoir en leur société par Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui vous avez créé tous ces biens, etc. Dans le principe, c'est-à-dire dans le

1 Genes., 48. — 2

Ps. 50.

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Fils, Dieu le Père a créé, il est vrai, le ciel et la terre avec tous leurs ornements, et toutes ses oeuvres étaient excellentes. Cependant il crée toujours les mêmes biens en les renouvelant , et surtout le pain et le vin qui doivent être offerts sur l'autel. Aussi n'est-ce pas seulement le prêtre , mais encore la sainte Trinité qui les bénit , les consacre et les vivifie en les changeant substantiellement au corps et au sang de Jésus-Christ, selon qu'il est marqué par ces paroles : Sanctificas, vivificas, benedicis, vous les sanctifiez, les vivifiez et les bénissez. Ces paroles sont accompagnées de trois signes de croix qui nous rappellent les trois jours passés par le Seigneur dans le tombeau, et pendant lesquels il se reposa de l'oeuvre qu'il avait accomplie. « Si le grain n'est jeté en terre, avait dit le Seigneur, demeure seul (1). » Or, ce grain était. Jésus lui-même. Il mourut donc, on le déposa en terre, il revint à la vie, il poussa des tiges nombreuses et produisit en ses élus des fruits considérables. Sa sépulture sanctifia la terre; en sortant victorieux de l'empire de la mort , il vivifia les morts, et en bénissant le pain céleste il le multiplia en faveur de ceux qu'il avait appelés à la vie. Voilà ce qui est indiqué par ces trois paroles que nous avons reproduites plus haut.

Et proestas nobis. O mon Dieu ! semblons-nous dire, vous nous accordez la sanctification en nous rendant saints par le corps de votre Fils; la vie en nous vivifiant par son sang, et la bénédiction en nous

1 Joan., 12.

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bénissant toutes les fois que nous recevons l'un et l'autre dignement. C'est pourquoi nous vous renvoyons tout honneur et toute gloire en l'unité de l'Esprit-Saint, ô Dieu, Père tout-puissant !

Ces trois signes qui ont lieu ici nous marquent encore les trois choses pour lesquelles Jésus-Christ voulut demeurer trois jours dans le tombeau : « la restauration des ruines du ciel , la réparation des ruines de la terre et la délivrance des âmes justes qui , aux enfers, soupiraient après sa venue. Ou bien il nous faut entendre la sainte Trinité, selon que le texte même le porte : dans le Père nous avons l'autorité , dans le Fils l'égalité, et dans le Saint-Esprit la communauté et le lien de tout bien.

On élève aussi à ce moment l'hostie au-dessus du calice, et l'on forme avec elle des signes de croix. Par là , on nous donne à entendre que la mort a été vaincue, la vie rétablie et la gloire donnée par Jésus-Christ; ce qui est indiqué par ces paroles : per ipsum et cura ipso et in ipso, par lui, avec lui et en lui, etc.

Remarquez également qu'en cet endroit la messe correspond à toutes les heures de l'office canonique , car tout ce que Jésus-Christ a souffert y est représenté et rappelé. Il a souffert à l'heure de matines la trahison, les crachats et les soufflets , et c'est à cette heure qu'il est ressuscité. A prime il a été devant, Pilate en butte aux injures et aux moqueries, et. ainsi de suite pour les autres heures, selon qu'il avait. été arrêté dans la sagesse de son Père. Le Prophète a dit de ces différentes heures : « Sept fois le jour,

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Seigneur, j'ai chanté vos louanges (1). » Ce nombre sept peut être désigné par les sept premiers signes de croix qui se font en ce moment, et ceux qui louent Dieu dévotement sont remplis des sept dons de l'Esprit-Saint; ils sont sanctifiés, vivifiés et bénis par le Père et le Fils. Le huitième signe, qui a lieu sur le calice à ces mots : In unitate Spiritu Sancti, indique que celui qui s'attache à Dieu devient un même esprit avec lui , selon le langage de l'Apôtre.

Ensuite viennent ces paroles : Per omnia saecula saeculorum, que l'on prononce à haute voix. Le corps du Seigneur, alors placé au-dessus du calice, est élevé avec le calice lui-même, et par là on nous donne à entendre que la tristesse causée aux apôtres par la mort du Sauveur a été dissipée lorsqu'il est revenu à la vie et qu'on leur annonça la joie de sa résurrection.

Le prêtre continue en disant : Prions, etc., afin qu'aidés du secours du Seigneur nous ressuscitions de la mort du péché, et que nous ne tombions pas de nouveau sous son empire, car Jésus-Christ ressuscitant d'entre les morts ne meurt plus; que le péché cesse donc de dominer en nous (2). « Celui qui commet le péché est esclave du péché. » Fuyons un maître si abominable, et revenons à notre maître plein de miséricorde, de tendresse et de douceur. Il ne refuse pas d'être appelé le père de tous les hommes, car il est vraiment le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. Si nous pouvons lui donner le

1 Ps. 118. — 2 Rom., 6.

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nom de Père, c'est que lui-même a établi qu'il en serait ainsi. En effet, le Fils qui est l'égal du Père, nous a enseigné à agir de la sorte ; notre frère nous a formés à prier en ces termes. Il est le Fils de lieu par nature; nous le sommes par la grâce ; nous pouvons donc dire : Notre Père qui êtes dans les cieux, etc.

Après que nous avons terminé nos demandes , les clercs répondent amen. C'est un mot hébreu, et, selon saint Jérôme, il signifie : « Je désire qu'il en soit réellement ainsi. C'est comme si l'Eglise, qui assiste son ministre dans l'action du sacrifice, lui disait: O prêtre vénérable, que les demandes et les voeux exprimés dans cette prière s'accomplissent fidèlement en vous et en nous.

Libera nos, etc. Délivrez-nous, nous vous en prions, Seigneur, de tous les maux passés, présents et à venir; que par votre secours et votre miséricorde les maux passés soient anéantis, les maux présents vaincus, et les maux à venir évités.

Et intercedente, etc. En cet endroit du canon on fait, pour la troisième fois, mémoire des saints, et on les comprend tous sous la dénomination de la Vierge bienheureuse et des saints apôtres Pierre, Paul et André; car tous ont acquis le royaume des cieux par la chasteté, la persévérance dans le bien, l'humilité et le courage à combattre pour la justice. La première de ces vertus nous est représentée par Marie, la seconde par saint Pierre, la troisième par saint Paul , et la quatrième par saint André.

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Da propitius pacem, etc. Donnez-nous la paix dans votre miséricorde. Ici le prêtre demande le règne de la paix, selon l'enseignement de saint Paul, qui écrit : « Je vous conjure de faire des supplications, des prières, des demandes, ales actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et ceux qui sont établis en dignité, afin que nous puissions mener une vie paisible et tranquille dans la pratique de toute piété (1). » L'Eglise demande donc que rien n'empêche la paix temporelle de peur due la paix spirituelle n'en soit troublée et interrompue.

Ut ope misericordiae tuae, etc. Afin qu'aidés du secours de votre miséricorde, tant intérieurement qu'extérieurement, nous puissions être libres de tout péché et à l'abri de toute perturbation. Nous sommes dans le trouble lorsque nous portons en nous le fardeau du péché mortel et notre coeur est dans l'aveuglement; nous sommes dans le trouble lorsque nous sommes abandonnés à nous-mêmes, lorsque la grâce divine nous est enlevée et que Dieu s'éloigne de nous. Le prêtre demande donc qu'un pareil malheur n'arrive pas ; il le demande au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, le Fils du Père céleste.

Mais avant d'arriver à ces dernières paroles : par le même Jésus-Christ, etc., le prêtre, découvrant le calice , élève au-dessus le corps du Seigneur , le divise en trois parties, en met une dedans , réserve les deux autres, et prononce, avant ce mélange du corps et du sang ces paroles : « Que la paix du Seigneur soit

1 I Tim., 2

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en tout temps avec vous. » Il fait alors trois signes de croix sur le calice avec le corps de Jésus-Christ. Voyons donc en peu de mots ce que tout cela veut dire.

D'abord, pourquoi l'hostie est-elle divisée en trois parties? Le pape Sergius en donne pour raison que Jésus-Christ nous apparaît d'une triple manière. La partie de l'hostie , mise dans le calice, nous montre le corps du Sauveur ressuscité d'entre les morts et uni à son âme. La partie qui est consommée nous le représente encore voyageur sur la terre, et la partie que l'ou conserve sur l'autel nous rappelle que les corps des saints sont les membres de Jésus-Christ, et qu'il reposera avec eux dans le tombeau jusqu'à la fin des temps. Mais lorsque l'hostie est ainsi divisée, c'est l'apparence du corps du Seigneur qui est divisée, et non l'essence, car la divinité persévère toujours en son union et il ne peut y avoir en elle de division. Saint Augustin nous enseigne comment se fait cette division. « Quand Jésus-Christ, dit-il , est pris en nourriture , il répare les forces, mais il ne se détruit pas. Il a lui-même blâmé la manière dont ses disciples entendaient cette manducation , lorsqu'ils s'imaginaient que sa chair, pour être reçue, devrait se diviser comme une chair ordinaire, et être mangée comme un autre aliment. » Il n'y a que la forme ou l'apparence qui soit soumise à la division. La consécration une fois accomplie, le corps du Seigneur est voilé sous les accidents du pain, qui sont la couleur, le goût, la qualité, la quantité et la

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forme; mais la substance elle-même du pain et du vin disparaît pour ne laisser subsister que les seuls accidents; car si ces accidents étaient enlevés, le prêtre ne pourrait terminer la messe, et ii demeurerait épouvanté d'une chose semblable. C'est donc par égard pour notre faiblesse qu'il en est ainsi. — On peut aussi dans cette triple division de l'hostie voir les trois substances qui se trouvent en Jésus-Christ : la divinité, l'âme et le corps. La particule mise dans le calice nous rappelle que sa chair fut soumise à la mort dans sa Passion , et les deux autres que l'on conserve signifient son âme immortelle et sa divinité impassible.

Ces trois parties de l'hostie nous désignent également fort bien la Trinité. Celle qui est mise dans le calice, alors que les deux autres restent sur l'autel , nous annonce que la chair seule appartient à Jésus-Christ, bien que les oeuvres de la Trinité soient indivisibles, et ainsi elle nous représente l'incarnation et la mort du Fils de Dieu. Les deux autres nous indiquent que le Père et le Saint-Esprit n'ont poila été soumis à la chair. Eu effet, dit saint Augustin, ce n'est point le Père qui s'est incarné et qui a souffert, ni le Saint-Esprit, mais Jésus-Christ seul. » Cependant le prêtre indique que les oeuvres de la sainte Trinité sont indivisibles, lorsque, partageant l'hostie , il dit : « Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui vit et règne avec vous. Car, en faisant cette fraction, c'est comme s'il disait : « Je semble diviser ce qui est indivisible; mais si le Christ est

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mort par son humilité , il vit cependant par la vertu de sa divinité en laquelle il subsiste avec son Père et ne s'est jamais séparé de lui. Lorsqu'il prononce ces paroles : En l'unité du Saint-Esprit, il fait une seconde fraction, et c'est comme s'il disait : « On lit, il est vrai , que l'Esprit-Saint a couvert la Vierge de son ombre dans l'incarnation du Fils, cependant, procédant éternellement du Père, il n'a jamais abandonné ni le Père ni le Fils ; mais la sainte Trinité persévère indivisible dans tous les siècles des siècles. »

Cette division de l'hostie en trois parties nous représente encore les trois parties du corps de Jésus-Christ, qui est son Eglise, c'est-à-dire le chef et les membres. La première est le chef lui-même ou autrement Jésus-Christ, le premier né d'entre les morts. La seconde, les âmes des saints qui triomphent dans le ciel ; la troisième , les fidèles qui combattent sur la terre. Les deux parties conservées en dehors du calice nous donnent à entendre que Jésus-Christ étant ressuscité d'entre les morts, ne meurt plus; que la mort n'a sur lui aucun empire, non plus que sur ceux qui règnent avec lui. De là cette parole de l'Apocalypse : « Ils ne souffriront plus ni la faim ni la soir (1). » La troisième partie , mise dans le calice , marque ceux qui sont encore mêlés aux combats de sa Passion.

Cette division de l'hostie figure également les trois ordres de l'Eglise : « les vierges, les veuves et les personnes unies par les liens du mariage. Les deux

1 Apoc., 7.

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portions réservées sur l'autel nous rappellent l'innocence de la virginité et l'état saint de la viduité; car, selon saint Paul, « la vierge et celle qui n'est pas mariée pensent aux choses du Seigneur (1). » La troisième portion mise dans le calice nous désigne l'état conjugal et ses misères; car, dit encore l'Apôtre, celle qui est mariée pense aux affaires de ce monde, c'est-à-dire à toutes les choses inhérentes à son état et à une foule d'autres qui sont en dehors. « Ils auront, ajoute le même Apôtre, à souffrir la tribulation en leur chair. » L'hostie du Seigneur s'offre sur l'autel afin d'obtenir aux vierges et aux veuves la persévérance dans la pureté; elle s'offre pour venir en aide aux personnes unies par le mariage et les empêcher de succomber aux tribulations de ce monde.

Enfin les paroles suivantes nous présentent un dernier sens de cette fraction et division de l'hostie.

« Le corps du Seigneur, est-il dit, se divise en trois parties : l'une mêlée à son sang, est donnée aux vivants; une autre, placée sur l'autel, est offerte aux habitants de la patrie, et la troisième attend le pécheur afin de le justifier de ses fautes. »

Le sens de ces paroles est donc : La portion mise dans le calice est offerte pour les fidèles qui souffrent et gémissent au milieu des misères et des afflictions de ce monde, afin d'obtenir du Seigneur un adoucissement à leurs peines. La seconde a pour but la gloire et l'honneur des saints qui triomphent dans les cieux. La troisième, la délivrance et le prompt rachat

1 Cor., 7.

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de ceux qui sont en purgatoire, afin que reçus dans le sein d'Abraham ils entrent en possession de la joie, du rafraîchissement et de la gloire des bienheureux.

Avant de mettre la troisième partie dans le calice, le prêtre dit : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous. » Par là il nous montre que Jésus-Christ , après sa résurrection d'entre les morts, a annoncé à ses disciples une triple paix : « la paix du temps, la paix du coeur, la paix de l'éternité. Ces trois sortes de paix sont désignées par les trois signes de croix que le prêtre forme sur le calice avec le corps du Seigneur en disant : Que la paix, etc. Tout le choeur répond : Que celle paix soit avec votre esprit; c'est-à-dire : « Vous nous souhaitez la paix, et nous, de notre côté, nous souhaitons de même que cette paix demeure en votre âme afin que vous puissiez vous appliquer tout entier aux divins mystères, et que vous soyez rempli de la joie de l'Esprit. »

Cette triple paix est encore marquée par les baisers que le prêtre fait à l'autel au commencement, au milieu et à la fin de la messe. Car lorsque Jésus-Christ vint au monde, il apporta en naissant la paix temporelle, de sorte que l'on pût s'occuper du recensement de tout l'univers. Cette paix est figurée par le premier baiser imprimé sur l'autel au commencement de la messe. La seconde paix , avons-nous dit , est la paix du coeur, et elle est marquée par le baiser qui a lieu au canon à la prière supplices te rogamus, etc.

Lorsque Jésus-Christ a souffert la mort pour nous,

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il nous a réconciliés avec Dieu et les anges, et ainsi il nous a donné cette paix. Pour l'affermir il a voulu que son coeur et son côté fussent transpercés d'un coup de lance, et c'est par cette ouverture qu'il nous a introduits dans la paix de son coeur. La troisième paix, qui est la paix éternelle, est exprimée par le baiser qui a lieu à la fin de la messe. Jésus-Christ, après avoir accompli tout ce qui était écrit de lui dans la Loi et les Prophètes, est monté au ciel, nous a réconciliés avec son Père, et nous a ainsi préparé cette paix de l'éternité.

Depuis l'oraison dominicale jusqu'à la fin de la messe, le prêtre poursuit la célébration du sacrifice tantôt à voix basse, tantôt en chantant, et le choeur s'unit à lui par son chant. L'Eglise nous donne ainsi à entendre que Jésus-Christ, après sa Résurrection, a de temps à autre , par ses apparitions et ses salutations pleines de douceur, banni le silence de la tristesse du coeur de ses disciples ; et que de temps en temps également , il les a privés de sa présence corporelle selon qu'il l'a jugé utile. On lit que, pendant les quarante jours qui suivirent la Résurrection, il se manifesta dix fois différentes, et aussi qu'il se cachait après ces manifestations. Il se montra cinq fois le jour même de Pâques et deux fois le jour de son Ascension. Or, tout cela avait lieu afin de bien imprimer dans le coeur de ses disciples la foi de sa Résurrection, et afin de leur inspirer, par la vue de l'Ascension glorieuse, le goût des choses célestes et le dégoût de la terre. Le prêtre exprime donc tout cela

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par cette manière diverse de continuer la messe après l'oraison dominicale.

Ensuite vient l'Agnus Dei établi par le pape Sergius pour être pieusement chanté après la fraction de l'hostie. Le mot agnus vient du verbe agnoscere, connaître, et l'agneau est ainsi nommé parce qu'il témoigne par son bêlement qu'il reconnaît sa mère au milieu d'un grand troupeau. Ainsi Jésus-Christ sur la croix a reconnu son Père par son obéissance, car il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort ; il a reconnu sa Mère en lui témoignant le respect le plus profond, car il l'a recommandée avant de mourir à son disciple bien-aimé. Jésus-Christ est un agneau par son innocence, car il a été mis à mort saris être coupable , et ainsi il est digne de nos larmes. C'est pourquoi l'Eglise dit de lui : « On le pleurera comme on pleure un fils unique , car notre Dieu a souffert malgré son innocence (1). »

Lors donc que nous chantons par trois fois Agnus Dei , c'est comme si nous disions : « Agneau de Dieu, qui avez reconnu votre Père par votre obéissance, votre fière par votre respect, ayez pitié de nous. — Agneau de Dieu , qui enlevez les péchés du monde par votre innocence, donnez-nous la paix. »

Nous chantons encore trois fois l'Agnus Dei afin d'être délivrés des maux passés, présents et futurs. Nous donnons ensuite, avant de communier, le baiser de paix à nos amis, selon qu'il a été réglé par le pape

1 Zach., 12.

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Innocent. Par là nous déclarons qu'il nous faut éloigner de nous toute amertume de coeur, car si nous sommes en haine les uns contre les autres , nous ne faisons plus partie du corps de Jésus-Christ. « Quiconque, dit saint Jean , a de la haine contre son frère, est homicide. nous savons que celui qui hait son frère n'a point de part au royaume de Dieu (1). » Conservons donc avec le prochain la paix temporelle, en aimant avec sincérité tous les hommes en Jésus-Christ; conservons la paix du coeur avec nous-mêmes, afin d'obtenir dans les cieux la paix éternelle par la grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Le prêtre, avons-nous dit, met aussi une partie de l'hostie dans le calice en disant : « Hac commixtio, etc. Le prêtre, par ces paroles , souhaite que le corps du Seigneur soit, pour lui et tous ceux qui le prennent, une source de salut, tant du corps que de l'âme, et qu'il devienne pour eux une préparation salutaire qui leur fasse mériter la vie éternelle et les rende dignes de la posséder. Il est, en effet , nécessaire à ceux qui veulent recevoir le corps du Seigneur d'avoir une âme sans péché, un corps pur et une conscience sans tache pour mériter à la vie.

Ensuite vient l'oraison Domine, Jesu Christe, dans laquelle le prêtre demande d'être délivré du péché, d'obéir aux commandements du Seigneur et de n'être jamais séparé de Dieu.

Après cette oraison , il faut se rappeler un instant

1 Joan., 3.

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la Passion de Jésus-Christ avec toute la dévotion possible , tin coeur contrit et une conscience sincère.

Le canon de la messe étant terminé, le célébrant prend la sainte hostie. Parmi les prêtres, les uns la reçoivent de leur propre main, les autres la prennent sur la patène. Cette dernière manière nous rappelle la latitude de la charité, car la patène en est la figure. Pendant ee temps on chante la communion, qui nous représente la joie des disciples lorsqu'ils s'annoncèrent mutuellement la résurrection du Seigneur.

Après vient l'oraison qui signifie que les onze disciples, ayant vu le Sauveur en Galilée, l'adorèrent; ou bien encore que Jésus prie pour nous dans les cieux en montrant à son Père les blessures et les souffrances de sa Passion, et que plus tard il se manifestera de nouveau au monde.

Enfin le Prêtre dit Ite missa est, et donne la bénédiction au peuple. Par là il nous indique que le Seigneur viendra au jour de son jugement, que nous le verrons de nos yeux, qu'il bénira ses élus, et qu'alors ils s'en iront pleins de joie en cette patrie céleste dont il a été dit : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père (1). » Que notre Pontife et notre Prêtre suprême daigne nous conduire à ces demeures bienheureuses où il vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

1 Joan., 14.

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MÉPRIS DU MONDE

MÉPRIS DU MONDE

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CONFÉRENCE SUR

LE MÉPRIS DU MONDE.

Il y a en ce monde sept choses qui , soigneusement pesées et attentivement considérées , apprendraient à l'homme à le mépriser facilement, à le vaincre, à le fuir et à se porter à servir Dieu. Car servir Dieu, c'est sortir de l'esclavage.

La première chose, c'est la peine qui accable les partisans empressés du monde. Quel homme, en effet, pourra demeurer sans tourment dans les honneurs, sans tribulation dans le commandement, et sans vanité dans l'élévation ? Aussi les réprouvés s'écrieront-ils à la fin des temps : « Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité et de la perdition; nous avons marché dans des chemins âpres. (1) » Ils se fatiguent sur la terre dans leurs désirs, et après cette vie ils sont en proie aux tourments. Notre coeur trouvera donc une sécurité profonde à n'être possédé en rien par la concupiscence du siècle. S'il soupire, au contraire, après les choses de la terre , jamais il ne pourra goûter ni paix ni tranquillité : ce qu'il n'a pas excitera sa convoitise, et ce qu'il a le remplira de la crainte de se le voir enlever. « Gardez-vous donc, mes bien-aimés, de chérir le monde et ce qui est dans le monde (2), » je veux dire les délices et les richesses du monde. Bienheureux l'homme qui

1 Sap., 5. — 2 I Joan.,

2.

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connaît Jésus-Christ et ignore tout le reste. Malheureux, au contraire, celui qui sait tout et méconnaît Jésus-Christ. « Savoir beaucoup de choses sans Jésus, a dit quelqu'un , c'est vraiment ignorer; mais savoir bien Jésus-Christ, c'est assez, quand même vous seriez étranger à tout le reste. »

La seconde chose à considérer, c'est que l'amour du monde nous fait négliger un bien meilleur. En effet, les hommes pleins de cet amour sont tellement appliqués et empressés à acquérir les biens terrestres, qu'ils négligent les biens célestes. Car , plus ils s'avancent, sous l'empire de cet amour, dans l'oubli de Dieu , plus ils en sont abandonnés et plus leur âme s'endurcit. En même temps plus ils s'attachent au mal , moins ils comprennent les biens qu'ils perdent. Arrivés au mépris de Dieu , ils ne sentent plus combien déplorables sont les actes d'une telle vie. Mais les saints, au contraire , n'ayant aucune affection pour ce monde, ne désirant que la grâce céleste; les saints, dis-je, vivent dans une tranquillité profonde; car la félicité terrestre n'est rien autre chose qu'une grande misère. Oh ! combien heureux est celui à qui il a été donné de mépriser le monde et de servir Jésus-Christ! Etre esclave du Seigneur est un bien préférable à toute liberté.

La troisième raison qui doit nous exciter au mépris du monde et des choses temporelles, c'est leur vanité. La joie du siècle n'est en effet que vanité. On soupire avec ardeur après son arrivée lorsqu'elle est à venir ; et l'on ne peut la retenir lorsqu'elle est

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présente. Tout passe, tout s'envole, tout s'évanouit comme une fumée. Malheur donc à ceux qui aiment de telles chimères ! Aussi quelqu'un a-t-il écrit : « Le jour présent s'enfuit, et l'on ignore encore quel sera le lendemain. Apportera-t-il la peine ou le repos ? Ainsi disparaît la gloire du monde. »

Oui , le monde passe et sa concupiscence passe avec lui. (Saint Jean, I, 1, 9.) Que choisirez-vous donc? de vous attacher aux choses temporelles et de vous en aller avec le temps , ou bien d'aimer Jésus-Christ et de vivre pour l'éternité? Les hommes parfaits ont sans cesse sous les yeux la brièveté de la vie présente; ils vivent comme s'ils mouraient chaque jour, et ils se préparent avec d'autant plus de sollicitude à l'avenir, qu'une méditation continuelle de la fin de toutes choses leur fait voir que ce qui passe ne saurait avoir la moindre valeur ; que ce qui vient après cette vie étant sans limites est immense, et que ce qui finit n'est rien. Leur âme éclairée par la lumière d'en-haut fixe sur les biens célestes les regards d'une considération attentive; et plus elle comprend la réalité de ces biens suprêmes , plus elle dédaigne profondément ceux de la terre. Aussi les plaisirs de cette vie, plaisirs tant estimés des pécheurs, ne sont aux yeux des justes qu'une vile boue, et ils fuient comme une calamité ce qui est cher aux amateurs du siècle; car ils savent que ceux-là sont ennemis de Dieu , à qui le monde est toujours prospère. O pécheurs dépourvus d'intelligence et privés de prudence ! ah! s'ils avaient la sagesse ! s'ils comprenaient et prévoyaient la fin

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dernière de toutes choses ! Ils sentiraient combien grande est la multitude des réprouvés , combien faible est le nombre des élus, combien frivole est la vanité de ce qui est terrestre. Ils reconnaîtraient le nombre effroyable des péchés qui se commettent, la grandeur du bien qu'on omet et la perte du temps; ils se mettraient en garde contre le péril de la mort, le jugement suprême et le supplice éternel.

La mort nous montre à découvert que tout ce que les impies poursuivent en ce inonde , c'est-à-dire les richesses, les plaisirs, les honneurs, doit être l'objet de nos mépris. Elle nous montre que le travail de ceux qui recherchent les richesses est un vain travail, puisque l'homme doit rentrer nu au sein de la terre ; que la fatigue à courir après les plaisirs est inutile, puisque le corps le plus délicatement nourri deviendra la pâture des vers ; que l'ambition des honneurs est infructueuse, puisque l'homme sera recouvert de terre et foulé aux pieds par les autres hommes et les animaux. Gardez-vous donc, mes frères, d'aimer le monde et ce qui est dans le monde. Laissons là ces choses vaines et futiles ; portons-nous seulement à la recherche des biens qui ne finiront point. Cette vie est pleine de misères ; la mort viendra nous la ravir tout d'un coup, au jour le plus imprévu, et ensuite il n'y aura plus que des supplices pour celui qui aura négligé d'en profiter. Rentrez en vous-mêmes, ô prévaricateurs (1), et attachez-vous à celui qui vous a créés ; demeurez avec lui et vous serez inébranlables.

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Ce monde est vain et trompeur. L'heure où il doit finir est incertaine , la mort est horrible, notre juge formidable, et la peine infinie.

Le quatrième motif qui nous sollicite au mépris de ce monde, c'est l'inconstance de sa gloire. En effet, alors que l'homme demeure avec le plus de joie et de bonheur sur cette terre, alors qu'il espère y passer encore de longues années, il est enlevé tout-à-coup par la mort; son âme est séparée de son corps, et , pleine de misères , elle s'avance , tremblante et dans la douleur, vers une région entièrement inconnue; elle voit les démons venir à sa rencontre et lui faire cortége. Où sont maintenant ces courtisans du monde qui, il y a quelques jours seulement, vivaient au milieu de nous? Il n'est resté d'eux que de la poussière et des vers. Remarquez bien ce qu'ils sont et ce qu'ils ont été. Ils furent des hommes comme vous : ils ont bu , ils ont mangé, ils ont passé leurs jours dans les délices, et ils sont descendus en un moment au fond des abîmes. Ici leur chair est abandonnée aux vers, et là-bas leur âme est la proie des flammes éternelles. Gardez-vous donc, mes frères, d'aimer le monde, mais suivez Jésus-Christ qui a dit : « Mon royaume n'est pas de ce monde (1). » Soupirez de tous les désirs de votre âme après la céleste patrie , afin de pouvoir la posséder au dernier jour. Il n'y a point ici-bas de vraie consolation; mais la vie véritable se trouve là où la mort ne sera jamais à redouter.

La cinquième chose qui doit nous retirer de l'amour

1 Joan., 18.

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de ce monde, c'est le danger auquel sont exposés ceux qui y vivent. Que font les hommes du siècle vivant selon le siècle ? Ils s'enfoncent de plus en plus dans le péché, et leur âme est tellement percée des blessures de leurs crimes qu'ils ne la sentent même plus. L'adultère, la fraude, le vol, le mensonge et tous les maux se sont répandus avec abondance. Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, tous s'appliquent à satisfaire leur avarice. Chacun poursuit avec une ardeur sans frein la femme qui lui est étrangère (1). Chacun ne songe qu'à étendre davantage les limites de ses domaines. Et il n'en est point, ou du moins il en est peu qui pensent aux moyens de sauver leur âme. Oh ! comme le démon est triomphant de nos jours. Tous suivent la pente du péché. C'est à peine s'il en est un petit nombre qui se convertissent. Tout notre superflu s'en va en folles dépenses; nous soupirons après les biens de la terre; nous n'avons de pensées que pour les choses de la terre; nous dédaignons Dieu et ses commandements , et nous écoutons sans effroi parler de ses jugements formidables. Non, mes frères, n'aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde, car tout ce qui s'y trouve devient une arme à l'usage du démon ; mais servons Jésus-Christ : « rien n'est meilleur, rien n'est plus avantageux qu'une bonne vie.

Ce qui nous porte en sixième lieu à fuir le monde, c'est l'inconstance des choses qu'il renferme. Nous lisons qu'un philosophe s'écriait : « Quand je pense

1 Jer., 8-5.

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à la joie et au repos que goûte un coeur pur ; au bonheur qui remplit une intelligence occupée à contempler Dieu; à la sécurité et à l'espérance dont jouit une âme pleine du divin amour, je me dis qu'une telle vie est véritablement une image de la vie de Dieu même. » Il est aveugle celui qui s'adonne à autre chose, car tout ce qui est incréé nous déifie.

Qu'est-ce donc que notre vie, sinon une course vers la mort? Qu'est-ce que vivre, sinon subir un long tourment? Si l'on voulait juger chaque chose d'un point de vue plus élevé, on verrait qu'en tout il n'y a que peine et misère. O partisans du monde ! pour quelle fia travaillez-vous? Pourquoi vous tourmenter vous-mêmes pour des riens , quand il est en votre puissance de posséder le Créateur de l'univers? Que cherchez-vous de plus? De quoi pourrez-vous être satisfaits si le Créateur lui-même est insuffisant à vos désirs? O enfants des hommes! jusqu'à quand aurez-vous le coeur appesanti? Pourquoi aimez-vous la vanité et cherchez-vous le mensonge (1) ? Gardez-vous d'aimer le monde et ce qui est dans le monde.

Quiconque veut arriver à la terre de promission, c'est-à-dire acquérir la gloire de la patrie céleste, doit nécessairement traverser la mer Rouge en se servant de la verge de la croix , passer de l'Egypte dans le désert, renoncer à une vie de délices et aux ténèbres du péché , se soumettre à une vie laborieuse et mourir avec Jésus-Christ sur la croix de la pénitence.

1 Ps., 4.

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C'est ainsi qu'à l'heure de la mort il méritera d'entendre cette douce parole adressée autrefois au Larron : « En vérité, je vous le dis : vous serez aujourd'hui avec moi dans le Paradis (1). »

Enfin , ce qui doit en dernier lieu éteindre en nous l'amour de ce monde, c'est la blessure secrète que les biens de la terre ont coutume de faire à ceux qui les aiment. Il est difficile, en effet, de se conserver sans tache au milieu des vanités du siècle : sans cesse exposé au danger, vous ne sauriez être longtemps en sûreté. Elle est donc heureuse, cette âme dont les plaisirs ne sont accompagnés d'aucune souillure, et qui voit accroître sa pureté dans le calme de la vérité; cette âme que la loi de Dieu pénètre d'une telle félicité qu'elle la rend victorieuse de tous les plaisirs de la chair. Oui ! celui qui a commencé à goûter Jésus-Christ ne trouve plus qu'amertume en ce monde, car la chair devient intolérable à l'âme qui a joui de son Sauveur.

(2) Saint Augustin s'écrie à cette occasion : « Je vous en prie, Seigneur ! Que tout me devienne amertume; soyez vous seul doux à mon âme, vous, la douceur ineffable, qui rendez suave les choses les plus amères. C'est cette douceur qui changea en délices pour Laurent les charbons embrasés ; cette douceur qui remplit de joie les apôtres lorsqu'ils s'en retournaient heureux d'avoir été dignes de souffrir des injures pour le nom de Jésus. André marche au supplice dans l'ivresse et la sécurité,

1 Luc., 25. — 2 Lib. Soliloq., c. 22.

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parce qu'il va entrer en possession de cette douceur. C'est pour l'obtenir que Barthélemi abandonne son corps aux bourreaux ; pour la goûter que Jean avale sans crainte la coupe empoisonnée. Pierre en a à peine savouré les délices, qu'oubliant toutes les choses de ce monde, il s'écrie comme un homme en proie à l'ivresse : « Seigneur, il nous est bon d'être ici; faisons-y trois tentes (1). » Demeurons ici et livrons-nous à la contemplation; nous n'avons plus besoin d'autre chose. Une goutte seulement de ce bonheur est arrivée jusqu'à lui, et tout autre bonheur lui devient insipide. Qu'aurait-il dit s'il eût participé à cette abondance inénarrable cachée en votre divinité et que vous tenez en réserve pour ceux qui vous craignent? C'est à cette douceur ineffable qu'avait puisé Agathe , votre vierge, lorsqu'elle marchait vers la prison, triomphante de joie et de félicité, comme si elle eût été invitée à un festin brillant. Enfin c'est à cette source que s'était désaltéré , je le crois, celui qui disait : « Combien est grande, Seigneur, l'abondance de votre douceur , de cette douceur que vous avez réservée à ceux qui vous craignent! — Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux (1).»

Mais celui qui n'a pas participé à cette douceur de Dieu ne prend aucun soin de se soustraire aux souillures des plaisirs terrestres. C'est un grand bienfait du Seigneur que d'avoir renoncé aux vices et aux délices de ce monde. Poussez donc des

1 Matt., 17. — 2 Ps 30-33.

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gémissements , infortunés amateurs de la terre, vous qui détruisez votre corps avant le temps et donnez la mort à votre âme. D'où vous viennent ces infirmités si multipliées et ces morts si soudaines, si ce n'est de l'excès de vos festins et de l'usage effréné des plaisirs? Alors que vous croyez en jouir avec bonheur, vous vous trompez vous-mêmes, vous oubliez votre âme pour votre corps, et avant le temps vous précipitez le corps et l'âme sous les coups de la mort. Livrez-vous à la bonne chère et enivrez-vous, car après la. mort vous ne pourrez plus le faire ! Semez la corruption, et de la corruption vous moissonnerez la sentence divine que le Juge irrité lancera au grand jour du jugement, en disant : « Allez, maudits, au feu éternel (1). »

Hélas ! votre coeur s'est endurci à l'égal de la pierre, si vous ne tremblez en pensant que vous vous exposez à une telle sentence à cause des consolations futiles de ce monde. Riais peut-être direz-vous qu'après avoir passé votre vie dans le péché , vous en ferez l'aveu à l'heure de votre mort et que vous en obtiendrez de Dieu le pardon. Hélas ! vaine espérance! fausse pensée! Il arrive rarement qu'à la fin de sa vie celui-là mérite l'indulgence divine, qui , aux jours de la force et de la santé, n'a pas craint de se rendre coupable contre Dieu. C'est ma persuasion : « je tiens pour certain que celui dont la vie a toujours été mauvaise n'aura point une bonne fin. « La mort des saints est précieuse devant le Seigneur (2),

1 Matt., 25. — 2 Ps. 115.

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dit le Psalmiste, mais la mort des pécheurs est détestable. » N'aimez donc point le monde, mes frères , ni ce qui est dans le monde. Mais fuyez du milieu de Babylone; sortez de Hur, la ville des Chaldéens, c'est-à-dire de la fournaise des vices. Fuyez et sauvez vos âmes. Accourez aux villes de refuge, aux lieux où la religion exerce son empire. C'est là que vous pourrez faire pénitence des fautes passées, en obtenir le pardon dans le temps présent, et attendre avec confiance la gloire à venir.

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EXERCICES SPIRITUELS

EXERCICES SPIRITUELS

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EXERCICES SPIRITUELS.

Si vous voulez vous conserver dans la vertu, il vous faut avoir des exercices spirituels afin d'occuper votre esprit, autrement vous ne sauriez vous promettre la persévérance.

I.

Exercez-vous d'abord à la prière ainsi qu'il suit , quant au temps et à la manière. Au commencement de toute action et de tout travail vous invoquerez le Seigneur et vous lui adresserez cette courte invocation : O mon Dieu! venez à mon secours. Ayez pitié de moi, mon Dieu! ou autre semblable. Vous prierez encore lorsque vous entendrez sonner la cloche ou l'horloge; mais contentez-vous de le faire intérieurement et avec ferveur, de façon que vous trouvant avec les autres, ils ne s'en aperçoivent pas.

II.

Secondement, toutes les fois que la cloche sonnera , formez en général, mais de tout votre coeur, la résolution de vous corriger de vos fautes, et ajoutez-y une courte prière de la durée d'un Notre Père.

Avant toute action considérable pensez un peu

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comment, dans vos résolutions, vous vous étiez proposé d'agir.

Ayez toujours soin le matin d'arrêter comment vous voulez vous conduire durant tout le jour; et ensuite avant chaque action extérieure et durant cette action, vous vous rappellerez brièvement vos résolutions.

De même trois ou quatre fois le jour, renouvelez de tout votre coeur vos bonnes dispositions contre le péché d'orgueil.

III.

Votre troisième exercice consistera à avoir quelque sujet particulier pour occuper votre pensée dans le temps libre. Vous en aurez un spécial pour chaque jour; vous vous en occuperez souvent et vous y reviendrez de temps à autre.

Le dimanche, pensez au royaume des cieux.

Le lundi, au jugement dernier.

Le mardi , aux bienfaits de Dieu.

Le mercredi , à la mort.

Le jeudi, aux peines de l'enfer.

Le vendredi , à la Passion du Seigneur.

Le samedi, à la bienheureuse Vierge, notre souveraine, et à vos péchés.

Cependant unissez chaque jour la Passion du Seigneur et le souvenir des bienfaits de Dieu au sujet ordinaire de la journée. Et à chacune des heures, comme matines, prime, tierce, etc., aimez à vous rappeler ce que le Seigneur souffrit à cette heure,

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après avoir pensé brièvement à votre sujet ordinaire. J'ai l'espérance qu'en méditant et en agissant de la sorte, vous passerez votre temps d'une manière convenable.

IV.

Exercez-vous chaque jour à des oeuvres d'humilité et d'abjection , comme de choisir toujours la dernière place, de vous mépriser vous-même du fond du coeur, de vous estimer indigne des louanges de qui que ce soit, et de tout renvoyer à Dieu. Soit qu'on vous loue , soit qu'on vous blâme , ne vous en inquiétez pas; considérez-vous vous-même, et vous trouverez que vous ne méritez aucun éloge ; que vous êtes, au contraire, vraiment digne de tout opprobre. Et lorsque vous serez avec les autres, demeurez silencieux, modeste et plein de douceur, sans cependant sortir des limites convenables.

V.

Evitez tout ce qui est un signe d'orgueil , comme de crier trop haut en parlant, et autres choses semblables.

VI.

Considérez souvent en quelles fautes vous tombez dans vos diverses actions, et ne souffrez pas que le désordre le plus léger passe inaperçu et sans réprobation; car celui qui ne fait aucun cas des petites choses , tombe souvent en de plus grandes.

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VII.

Veillez avec un soin tout particulier à la garde de vos yeux en quelque lieu que vous soyez, car la négligence en ce point entraîne des maux infinis. Gardez-les donc par-dessus tout.

VIII.

Considérez les actions des autres , soit bonnes , soit mauvaises. Lorsque vous verrez quelqu'un commettre le péché , vous penserez que si Dieu lui accordait une grâce aussi grande qu'à vous, il se corrigerait avec beaucoup plus de ferveur que vous ne le faites. Lorsque, au contraire, une bonne action viendra frapper vos regards, vous examinerez comment vous pouvez l'imiter.

IX.

Tout ce que vous verrez et entendrez chez les autres, interprétez-le en bonne part; de la sorte vous ne ferez aucun jugement téméraire.

X.

En quelque lieu que vous soyez, conservez un extérieur modeste et bien réglé, pour ne point donner aux autres de mauvais exemple ; car un extérieur désordonné est l'indice d'une âme sans piété.

XI.

Ayez soin aussi de ne jamais rien faire, nulle part,

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qui puisse être une occasion de scandale ou inspirer des soupçons peu avantageux; car le mauvais exemple est toujours bien dangereux.

XII.

Résistez courageusement aux tentations ; abstenez-vous des choses de la chair et rejetez-les bien loin , car le salut rte saurait se trouver en de semblables choses.

XIII.

Enfin, soyez toujours dans la crainte ; conservez-vous dans la plus grande modestie , et agissez lorsque vous êtes seul comme vous feriez en présence des autres ; car Dieu est témoin de toutes vos actions.

Vous vous appliquerez à pratiquer en général ces exercices, autant que vous le pourrez ; et vous prierez instamment le Seigneur de vouloir bien vous donner la grâce dont vous avez besoin pour cela, car sans lui vous ne pouvez rien faire.

* Je passerai donc de ce qui est extérieur aux choses intérieures , et des choses intérieures je m'élèverai à celles qui sont au-dessus de moi, afin de connaître d'où je viens et où je vais. Je me demanderai ce que je suis et quelle est mon origine , afin d'arriver par la connaissance de moi-même à la connaissance de Dieu ; car plus j'avancerai dans ma

* Tout ce passage est tiré en grande partie du petit livre intitulé : Méditations de saint Bernard.

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propre connaissance, plus je m'approcherai de celle de Dieu. Quelle est mon origine? Selon l'homme extérieur je viens de ceux qui m'ont donné la vie; j'étais condamné avant que d'être montré au jour. Pécheurs eux-mêmes, mes parents m'ont engendré dans le péché, et coupable comme eux, ils m'ont nourri de leur péché. Que suis-je? Un homme formé d'une vile boue. J'ai été conçu , comme le reste des mortels, de la substance de l'homme; bientôt cette substance, prenant des accroissements successifs, s'est changée en chair; ensuite j'ai paru en l'exil de ce monde au milieu des larmes et des gémissements ; et devenu plus grand, je me suis trouvé rempli d'iniquités. Maintenant je vais me présenter devant le Juge sévère, et il dira de moi : Voici l'homme et ses oeuvres. — Méditez toutes ces choses le plus profondément possible.

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BOUQUET CHRÉTIEN

BOUQUET CHRÉTIEN

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LE BOUQUET DU CHRÉTIEN.

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LE BOUQUET DU CHRÉTIEN.

PRÉFACE.

CHAPITRE PREMIER. Comment se fait le souvenir des péchés.

CHAPITRE II. Manière générale de méditer sur la mort.

CHAPITRE III. Manière générale de méditer les peines de l'enfer.

CHAPITRE IV. Manière générale de méditer sur le jugement dernier.

CHAPITRE V. Méditation générale sur la gloire céleste.

CHAPITRE VI. Courte méthode pour méditer sur les bienfaits de Dieu.

CHAPITRE VII. De la Cène du Seigneur et de la préparation à la communion du corps de Jésus-Christ.

CHAPITRE VIII. De la manière de s'exercer en général sur la Passion du Seigneur.

PRÉFACE.

Tout, dans la sainte Ecriture, nous parle et nous instruit de Dieu, en même temps que le ciel, la terre et ce qu'ils renferment nous offrent un pareil enseignement. Cependant, vous devez le savoir, tout n'est pas propre à fournir à nos méditations une matière également utile , mais il nous faut choisir ce qui peut nous imprimer une crainte plus vive, ou allumer en nous un amour plus ardent. Or, il y a certains points généraux qui ont coutume d'être pour les hommes pieux un sujet plus fréquent d'exercice. Ce sont : le souvenir de leurs péchés, qui les excite à la componction et à la douleur; la pensée de la mort, qui les anime puissamment à mépriser les plaisirs, la gloire, les honneurs et les dignités de ce monde; la vue du jugement dernier, qui allume en eux l'ardeur des bonnes oeuvres qui les rendront dignes de recevoir avec les justes la récompense promise aux mérites; le spectacle des peines éternelles, dont la crainte les porte à repousser même l'apparence du mal ; le bonheur de la gloire céleste, dont l'attente leur procure le repos ici-bas et les fait tressaillir d'allégresse, en même temps qu'elle leur inspire le courage de

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s'enrichir de vertus réelles, afin de mériter cette gloire; enfin ce sont les bienfaits de Dieu, et surtout le bienfait de l'Incarnation , qui les empêchent de se montrer ingrats envers l'Auteur de toute grâce.

Si donc vous voulez avoir sous la main de quoi méditer facilement sur ces sujets divers, ayez toujours présents certains points principaux qui soient pour vous une source de réflexions faciles. Je traite ici de chacun de ces sujets, afin que l'occasion étant donnée au sage, il devienne plus sage encore , et que dans une matière peu étendue il trouve des richesses considérables , selon le besoin qu'il éprouvera en sa méditation. Soyez donc semblable à l'animal pur de la loi ; ruminez et retournez sans cesse en votre coeur ces choses et autres semblables ; peut-être arriverez-vous par là à éloigner de votre mémoire tout ce qui est inutile et frivole.

CHAPITRE PREMIER. Comment se fait le souvenir des péchés.

Si vous désirez que la componction naisse en vous du souvenir de vos fautes, servez-vous, comme d'autant d'aiguillons, des cons,dérations suivantes. Pensez et appliquez-vous soigneusement à sentir combien chaque péché déplaît à Dieu. Souvenez-vous que l'orgueil a précipité Lucifer du ciel; que la désobéissance

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a chassé Adam du Paradis ; que la luxure a renversé Sodome et Gomorrhe, et englouti la race humaine presque entière dans les eaux du déluge; que Jésus-Christ a souffert une mort très-amère pour que le péché rie demeurât pas sans punition, et que sa justice fût satisfaite.

Pensez en second lieu que Dieu ne pourra nous juger que suivant le mérite de nos oeuvres ; car l'équité de Dieu est souverainement intelligente , immuable et inébranlable, et il n'aura pas moins de peines pour les méchants que de gloire pour les justes. Ainsi il vous rendra selon vos oeuvres. Ne nous faisons donc pas illusion, en nous flattant et en nous disant que Dieu ne sera pas aussi sévère, et qu'il est miséricordieux.

Pensez aux péchés commis avant votre conversion; rappelez-vous combien ils ont été nombreux en vos paroles, en vos actions et en vos désirs pervers. Ils sont tellement multipliés que vous êtes impuissant à les compter. Souvenez-vous combien honteux surtout sont ceux de la chair, mais rapidement et brièvement de peur que leur funeste influence ne se fasse encore sentir; combien graves sont ceux par lesquels vous avez offensé Dieu, et crucifié en quelque sorte son Christ de nouveau.

Pensez aux péchés commis depuis votre conversion ; combien vous avez été tiède et négligent; combien vous avez passé d'années sans avancement. Voyez en détail tous les crimes qui ont suivi ce temps ; comptez-les, si vous pouvez, en présence du Seigneur,

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et demandez pardon pour le passé, secours pour le présent et protection contre l'avenir.

Pensez ensuite quelle satisfaction vous avez offerte pour toutes ces fautes, bien assuré que tout ce que vous n'aurez point rendu dans le temps sera exigé après la mort jusqu'à la dernière obole ; car il n'y aura aucun mal sans châtiment, de même qu'il n'y aura aucun bien sans récompense.

Pensez enfin que les jugements de Dieu sont insondables ; que vous ne savez pas si vous êtes dans la grâce, si vous êtes réellement converti, s'il n'y a pas en vous quelque chose de caché que Dieu connaît et qui l'offense, et enfin si vous persévérerez.

Repassez toutes ces choses; pensez-y bien, et si vous vous en pénétrez, vous ne serez pas porté à avoir de hauts sentiments de vous-même. Cependant prenez garde de ne point vous jeter dans le désespoir en vous enfonçant trop avant dans ces méditations; servez-vous-en de façon à ne pas être submergé par la tristesse ni l'abattement, mais à y trouver un motif puissant de corriger votre vie et de souffrir toutes sortes de tribulations.

CHAPITRE II. Manière générale de méditer sur la mort.

C'est ainsi que vous pourrez méditer sur la mort. D'abord regardez son heure comme toujours instante.

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Figurez-vous que la mort viendra à l'improviste , semblable à un voleur, au moment où vous y penserez le moins , où vous serez le moins disposé , où vous espérerez avoir longtemps à vivre, où vous vous serez proposé encore beaucoup de choses à faire, ainsi que l'expérience de chaque jour vous l'apprend assez et vous l'a appris en la personne de plusieurs que vous connaissiez. Rappeliez-vous ensuite de quelle manière on arrive à la mort; l'état où vous seriez s'il vous fallait mourir à l'instant, et vous comprendrez mieux ce que nous allons dire.

Pensez donc quelle maladie cruelle précède la mort, maladie dont les autres infirmités ne sont que les avant-coureurs ; voyez combien elle est impitoyable, et combien grande est l'horreur que nous inspire le désir naturel de rester sur cette terre.

Pensez, lorsque l'homme sent qu'il faut quitter la vie, soit que les médecins l'en avertissent, soit que ses souffrances le lui disent assez ; pensez, dis-je, quel cri fait entendre la conscience, quels remords s'élèvent en celui qui ne s'est point préparé ; car c'est alors que les péchés se présentent en foule à la mémoire. Rappelez-vous chacun de ceux dont vous êtes coupable, chacune de vos passions en particulier, et voyez combien vous déploreriez alors de ne pas les avoir vaincues ; combien , si, au moment de votre mort, vous étiez lié et enchaîné par les vices et les concupiscences, vous désireriez une heure ou même une année de santé afin de vous en corriger.

Pensez donc, O homme, lorsqu'en présence de

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cette heure où il vous faudra quitter la terre, vous comparerez le temps passé avec l'éternité où vous allez entrer; pensez combien ce temps vous paraîtra court. Votre vie tout entière vous semblera un rêve de quelques instants, et la chaîne de vos années, l'espace qu'une demi-heure nous permet de parcourir. Comprenez aussi quelle sera votre douleur lorsque vous reconnaîtrez que c'est pour des plaisirs d'un instant que vous aurez perdu les félicités éternelles; quelle amère séparation il vous faudra faire de tout ce que vous aimez criminellement; de cet honneur que vous poursuivez ici-bas de toutes vos forces par la recherche des dignités, de ces plaisirs et autres choses semblables.

Considérez l'état de celui qui meurt ; comment tout son corps devient livide et se roidit; comment ses yeux se dessèchent; comment les démons l'environnent, semblables à des animaux rugissants et tout prêts à dévorer leur proie.

Représentez-vous ensuite l'âme sortant du corps, se trouvant en présence d'une région inconnue, et environnée d'une multitude de démons qui l'attendent. Comme elle s'avance avec peine ! comme elle serait heureuse de rentrer en ce corps! Mais elle ne le peut : les portes des sens se sont fermées, l'entrée de la vie s'est obstruée. Voyez aussi comment à cette heure les esprits vicieux viennent à sa rencontre , cherchant en elle chacun ce qui lui appartient : l'esprit d'orgueil y poursuit l'orgueil ; l'esprit de luxure, la luxure ; et ainsi des autres.

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Remarquez, en dernier lieu, comment cette âme, à peine sortie du corps, est transportée aussitôt devant le tribunal du juge suprême, et devient l'objet d'une sentence qui ne sera jamais révoquée durant l'éternité. « Où l'arbre est tombé, il y restera. » Enfin le corps est livré à son tour au tombeau et à un oubli perpétuel. Il a été sur la terre l'hôte d'une nuit; il s'en est allé, et l'on en a perdu jusqu'au souvenir.

Vous pourrez prendre le contraire de ce que nous venons de dire lorsque vous voudrez méditer la mort des justes. Les justes, en effet, voyant qu'il leur faut quitter ce monde, se réjouissent du témoignage de leur conscience, et tressaillent d'allégresse d'être délivrés de tant de misères ; car ils ne sont point liés à la terre par leurs concupiscences , ils n'ont aucun regret de l'abandonner.

CHAPITRE III. Manière générale de méditer les peines de l'enfer.

Pour méditer les peines éternelles , représentez-vous l'enfer lui-même en vous servant de certaines images fournies par les saints Livres sur ce sujet. Figurez-vous donc un chaos horrible, un lac souterrain, un puits très-profond et tout enflammé ; ou bien une ville grande et affreuse , extrêmement plongée dans les ténèbres, embrasée de feux sombres

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et épouvantables , et d'où s'échappent de toutes parts des cris, des hurlements et des sanglots, à cause des douleurs inénarrables auxquelles ses habitants sont en proie.

Pensez à la violence de leurs peines; car ce feu , nous enseigne-t-on , a une telle ardeur que si on le compare au nôtre, celui-ci n'en est qu'une faible image. Représentez-vous aussi le froid et la puanteur de ce lieu. Les grincements de dents, les gémissements, les soupirs, les blasphèmes qui s'y font entendre nous indiquent assez tout ce qu'on y souffre.

Considérez la multiplicité de ces peines. Là, le feu est inextinguible et d'une obscurité effrayante ; le froid, intolérable; l'air, rempli d'une infection horrible ; les ténèbres , d'une épaisseur qui les rend palpables. Là, chaque sens a son supplice : « la vue est tourmentée par l'aspect repoussant des démons; l'ouïe , par les gémissements et les cris lamentables des malheureux damnés, par la cruauté de bourreaux sans pitié, infatigables à déchirer leurs victimes et inaccessibles à la compassion la plus légère. Ils leur prodigueront les insultes, et ils leur diront : « Où est maintenant votre gloire? où sont vos dignités? qu'est devenu votre orgueil? — Voyez aussi comment les membres du corps qui ont concouru au péché , deviennent une source de punition, et comment le coupable trouve son supplice en chacun d'eux.

Considérez encore les peines intérieures, je veux dire le remords de la conscience et ce ver qui ne mourra point. Qui pourra se figurer tous les regrets

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de ces infortunés, de n'avoir pas évité de tels tourments au prix de travaux si légers et de si courte durée? Outre ce que nous avons dit, toutes les passions intérieures régneront en eux au suprême degré : ils seront emportés, jaloux et semblables à des chiens furieux. Ils se rappelleront leurs plaisirs d'autrefois, et ce souvenir viendra accroître leurs tourments. Ils se lamenteront en disant : « De quoi nous a servi notre orgueils ? (1)»

Pensez aussi à la durée de leurs supplices qui ne finiront jamais , non jamais , même après des millions d'années , même après autant d'années qu'il serait en notre puissance d'en compter; car là il n'y a aucun salut à espérer, aucun terme à attendre.

CHAPITRE IV. Manière générale de méditer sur le jugement dernier.

Pour ce qui est du jugement dernier, pensez de quelle terreur il sera environné. La trompette de l'Ange, des choses extraordinaires et effrayantes, c'est-à-dire des foudres et des tonnerres, frapperont le coeur des hommes et y porteront l'épouvante.

Figurez-vous aussi, si vous le pouvez, la colère immense du juste Juge, qui s'avance contre les

1 Sap., 5.

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pécheurs, et l'effroi qui pénétrera les méchants à cette vue. Songez combien sera amère la séparation qui aura lieu alors. Les justes, les humbles, les doux de coeur seront placés à droite; les superbes, les jaloux, les impudiques rejetés à la gauche pour ne jamais être réunis aux premiers. « En cette nuit, de deux personnes qui seront dans le même lit, l'une sera prise et l'autre laissée ; de deux femmes qui moudront ensemble, l'une sera prise de même et l'autre laissée; de deux hommes qui seront dans le même champ, l'un sera pris aussi et l'autre laissé (1). »

Représentez-vous tout ce qu'il y aura de crainte, d'horreur et d'étonnement pour les superbes et les orgueilleux de ce monde, qui se verront rejetés , alors que des hommes pauvres, vils et méprisables, des hommes qu'ils regardaient comme des insensés, environneront Jésus-Christ et participeront à sa gloire. En ce moment, pénétrés de repentir, ils diront au-dedans d'eux-mêmes : Ce sont là ceux qui ont été autrefois l'objet de nos railleries (2). Les justes, au contraire, s'élèveront avec une grande hardiesse contre ceux qui les auront opprimés.

Pensez maintenant au compte qui sera exigé de toutes les actions et de toutes les pensées. Jérusalem sera fouillée à la clarté des flambeaux (3), c'est-à-dire que ceux qui passaient pour être justes seront examinés dans le plus petit détail, et qu'on mettra au grand jour tout ce qui était caché en eux. Les témoins seront les démons , qui montreront tout ce

5. — Soph., 1.

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que nous aurons fait, où, quand et comment nous l'avons fait. Et puis les crimes eux-mêmes et le monde tout entier rendront témoignage contre les pécheurs.

Voyez ensuite comment Jésus-Christ fera briller aux yeux de tous les insignes de sa Passion , et comment il prendra occasion de ses tourments pour accabler de reproches ceux qui les auront méprisés. Ecoutez ce tonnerre horrible, cette sentence irrévocable : « Allez, maudits, au feu éternel (1). » Mais aussi prêtez l'oreille à cette invitation de douceur ineffable qui appelle les justes au repos toujours durable des noces de l'Agneau, à ces paroles : « Venez, les bénis de mon Père; possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde, etc. » Comprenez quelle est l'excellence des oeuvres de miséricorde, puisqu'elles semblent seules être l'objet du jugement prononcé par Jésus-Christ. Pensez enfin que les justes iront dans la vie éternelle, et les pécheurs dans un supplice qui ne finira jamais. Ces deux endroits seront séparés pour toujours par un immense chaos.

1 Mat., 25.

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CHAPITRE V. Méditation générale sur la gloire céleste.

Si vous voulez méditer les félicités du ciel , représentez-vous ce lieu en empruntant les images que nous en trouvons dans les saintes Ecritures, et qui sont proportionnées à notre capacité. Le ciel est une cité admirablement construite de l'or le plus pur et de pierres précieuses. Chacune de ses portes est brillante de perles d'une espèce particulière, et la vaste et magnifique étendue de son enceinte est ornée de la beauté des fleurs les plus variées. Là se fera sentir la douceur d'un printemps éternel; là s'exhaleront en parfums délicieux les odeurs les plus suaves, etc. (1).

Figurez-vous, autant que vous le pourrez quelle joie causera la vue de la très-sainte Trinité, en qui l'on contemple l'image vivante de toute beauté, de toute bonté , de toute suavité. En cette vue réside toute science; en cette vue sont remplis tous les désirs de la volonté; en cette vue se trouve le bonheur suprême.

Pensez aussi au spectacle offert par l'humanité da Jésus-Christ. Ici-bas il s'est montré pour nous comme un homme pauvre et abject; mais dans les cieux il sera plein de gloire, il apparaîtra Dieu et homme.

1 Apoc., 21.

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Pensez à l'allégresse produite par la société de la glorieuse Vierge, des saints apôtres, des martyrs, des vierges, et au bonheur de chacun d'eux, bonheur dont vous vous réjouirez vous-même.

Rappelez-vous de quelles qualités votre corps sera doué. Il aura en partage l'immortalité, l'impassibilité, l'agilité au suprême degré, et la beauté la plus admirable. Pensez de quels dons votre âme sera comblée: « ce sera la plénitude de la science et de la joie. De ces dons naîtront une foule d'autres biens : la sécurité, qui éloignera de vous la crainte d'être chassé de ce lieu de bonheur et d'être vaincu par aucune tentation ; une liberté souveraine , une santé inaltérable, la félicité, l'amitié , l'honneur, la concorde. En un mot, vous posséderez tout ce qui sera l'objet de vos désirs , et tout ce que vous redouterez sera éloigné de vous.

CHAPITRE VI. Courte méthode pour méditer sur les bienfaits de Dieu.

Ayez quelque méthode pour méditer sur les bienfaits innombrables de Dieu et réformer vos pensées. Vous saurez donc que vous pouvez varier et étendre vos méditations par une triple considération, soit en portant votre attention sur votre bienfaiteur , soit en l'arrêtant sur vous-même, qui êtes l'objet de ses

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bienfaits , soit en la fixant sur tous les biens qu'il ne cesse de répandre sur vous en abondance.

Considérez donc que votre bienfaiteur, le Seigneur votre Dieu, vous a comblé de ses biens sans rien vous redemander, sans avoir aucun besoin de vous ni d'aucune créature; que sa puissance est infinie, et qu'elle est attestée par l'univers et tous les ouvrages de ses mains; que sa sagesse est immense, et que la preuve évidente en est dans l'ordre et la beauté du monde entier. Pensez donc quelle est la bonté d'un Seigneur si grand et si magnifique, de vouloir bien vous accorder le plus faible bienfait; ou plutôt quelle bonté c'est de la part de tant de grandeur de daigner avoir une pensée pour tant de bassesse.

Par rapport à vous-même , considérez combien cette majesté si auguste est empressée à verser sur vous ses bienfaits. Elle a arrêté de toute éternité de vous les donner de la manière qui vous est le plus profitable; elle y a pensé de toute éternité, elle y pense à chaque instant, et elle les prépare en conséquence. Ce grand Roi est aussi actif en ce qui vous concerne que dans le gouvernement du monde et la conduite de toutes ses créatures. Il dirige sur vous son attention comme si vous étiez son unique affaire. Aussi sentiriez-vous votre coeur s'enflammer de reconnaissance et d'amour , si vous envisagiez bien en votre personne les bienfaits divins accordés à tout le genre humain, et si vous compreniez qu'ils vous obligent à autant de gratitude que s'ils n'avaient que vous pour objet; par exemple, si vous vous figuriez

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que Jésus-Christ s'est fait homme et est mort pour vous seul, qu'il a créé le ciel et la terre pour vous seul , etc. , selon que nous enseigne saint Jean Chrysostome. Et ces bienfaits , il vous les donne avec tant d'amour qu'alors même qu'ils sont minimes, ils doivent vous être souverainement chers. « Je vous ai aimé, dit-il , d'un amour éternel (1). » Or, c'est avec cet amour éternel et suprême qu'il répand sur nous ses faveurs. Pensez encore combien vous êtes vil, plein de méchancetés et de concupiscences, comme je vous ai appris à le faire en parlant de l'examen de vous-même, de votre propre connaissance et du souvenir de vos péchés.

Pour les bienfaits eux-mêmes, vous pouvez les méditer de deux manières. D'abord en considérant les péchés que le Seigneur vous a pardonnés dans sa miséricorde; ensuite en vous rappelant les grâces et les faveurs innombrables qu'il a répandues sur vous.

Il vous a pardonné autant de péchés que vous en aviez commis, comme nous l'avons déjà dit. Bien plus, il vous a remis autant de fautes que vous eussiez pu en commettre, lorsqu'il vous en a préservé. Voyez avec quelle patience il vous a attendu au milieu de vos crimes , et comment il s'est refusé à vous donner la mort alors que vous vous en étiez rendu digne.

Quant aux bienfaits répandus sur vous, pensez combien ils sont nombreux et excellents, combien ils sont avantageux et magnifiques. Qui pourra les

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