Œuvres spirituelles (page 49)
1 De ver. rel. c. 51.
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est inconnu, ni en jouir davantage. Laissons donc de côté, s'écrie saint Augustin, et rejetons loin de nous toutes les folies ridicules des théâtres et des poètes, et employons-nous à l'étude et à la méditation des divines Ecritures. Nourrissons de cette viande et de ce breuvage notre esprit lassé et tourmenté par la faim et la soif d'une vaine curiosité, et s'efforçant inutilement de réparer ses forces et de satisfaire ses désirs par des fantômes frivoles , qui ne sont que l'ombre d'aliments véritables et qui ne sauraient jamais le rassasier. »
Ensuite le don de science provoque l'appétit en notre âme en faisant luire à ses yeux les vérités les plus douces. Or , la vérité est un pain réel ; elle nourrit l'âme sans diminuer pour cela ; et plus ce don en manifeste les douceurs avec abondance, plus il excite notre appétit spirituel. Car, plus on prend une semblable nourriture, plus le désir s'en fait sentir avec vivacité. D'ailleurs ce serait en vain que nous verrions s'accroître en nous l'effusion des divines lumières , si la flamme de la céleste charité n'y croissait en même temps ; car l'amour ou la charité est un aliment dont la douceur répare les forces de notre âme. C'est ce qui fait dire à saint Bernard : « La charité est une nourriture douce et suave; elle relève ceux que la fatigue abat; elle affermit les faibles; elle réjouit les affligés ; elle rend doux le joug de la vérité et léger son fardeau (1). » Et c'est assurément dans ce festin spirituel qu'il en est ainsi.
1 De 12 grad. hum.
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Enfin le don de science sustente de diverses manières les membres d'un tel banquet en leur offrant l'abondance délicieuse de mets variés qu'il leur montre cachés dans les secrets de la sainte théologie et qu'il leur fait goûter en les illuminant. Aussi saint Grégoire expliquant ces paroles de Job : « Vous serez enivré de délices dans le Tout-Puissant, » nous dit (1) : « Abonder de délices dans le Très-Haut , c'est se rassasier de son amour dans les festins de l'Ecriture sacrée. Nous puisons en ces festins autant de délices que nous y trouvons de sens divers utiles à notre avancement. Tantôt c'est la lettre elle-même qui nous sert de nourriture; tantôt sous ce voile l'allégorie vient réjouir notre âme jusqu'en ses profondeurs ; tantôt le sens mystique nous transporte aux lieux les plus élevés , et fait briller au milieu des ténèbres de la vie présente quelques-unes des clartés de l'éternité. »
Ces paroles indiquent que l'Ecriture nous offre une triple table où les âmes diligentes prennent, au moyen du don de science, une nourriture variée et pleine de douceur. La première table, c'est la lettre simple; la deuxième, le sens allégorique ; la troisième, le sens mystique. A la première table, les simples se nourrissent d'aliments grossiers; à la deuxième, les savants se rassasient de mets plus délicats; et à la troisième , les parfaits savourent les douceurs les plus exquises. A la première table, les simples trouvent l'affermissement de leur foi lorsqu'ils lisent les miracles de l'Ecriture, quand ils voient l'eau changée en vin,
1 Mor., l 16, c. 9.
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Lazare ressuscité, le lépreux guéri, l'aveugle ouvrant les yeux à la lumière, etc. ; car c'est vraiment lorsque la foi est affermie par des exemples que le commun des hommes reçoit une nourriture convenable. Voilà, dit un auteur, que nous sommes assis à la table de la sainte Ecriture. Des fruits exhalant une odeur ineffable sont devant nous ; car l'arbre du genre humain, dont la racine était notre premier père, est orné d'une multitude de rameaux qui s'élèvent vers le ciel et sont chargés de fruits. Ces fruits sont les exemples pleins de délices et de suavité, les oeuvres saintes et les prédications des Prophètes, dont les parfums enivrants réjouissent chaque jour l'Eglise, notre mère.
A la seconde table se nourrissent les esprits plus élevés, comme les docteurs, et les mets qui y sont servis sont plus recherchés et plus savoureux; car le vrai pain du ciel y est promis et donné , ce pain qui renferme en soi tout ce qu'il y a de délicieux et tout ce qui peut être agréable au goût. La résurrection est promise à ceux qui le mangent; ils ont en lui l'espérance de la vie éternelle; la porte du ciel leur est ouverte; la table du festin de l'éternité se prépare pour eux ; ils se nourrissent en réalité du corps de Jésus-Christ et s'abreuvent aux eaux de sa divinité; car Jésus-Christ nous a donné en nourriture la chair dont il s'était revêtu, afin de nous inviter par là à goûter les douceurs de sa divinité. Or, tout cela fortifie l'âme et l'élève à une espérance pleine de vie; cette espérance la transporte dans l'éternité , et dès lors les peines qui peuvent l'atteindre du dehors
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lui sont étrangères. C'est là assurément pour l'âme un festin splendide.
La troisième table est dressée pour les hommes spirituels et plus avancés dans la perfection, et elle est chargée des mets les plus suaves et les plus délicieux. La raison en est , selon Hugues, que le sens mystique est une élévation de notre âme à la contemplation des biens célestes. L'allégorie la fait monter au-dessus des simples récits de la lettre; mais la contemplation lui fait traverser les voiles de l'allégorie. Or, cette élévation parfaite , cette contemplation pure répand en nos coeurs un bonheur ineffable et nous est une nourriture délicieuse. Ce qui fait dire à saint
Grégoire (1) : « La contemplation est vraiment aimable et admirable ; c'est une douceur qui ravit notre âme au-dessus d'elle-même, lui découvre les splendeurs célestes, lui montre combien les choses de la terre sont dignes de mépris, offre à ses regards les biens spirituels et lui dérobe ceux du corps, en sorte qu'elle peut s'écrier : Je dors, et
mon coeur veille (2). Elle dort, en effet, avec un coeur éveillé alors que , s'avançant de plus en plus par sa contemplation vers les choses intérieures, elle s'éloigne davantage des oeuvres inquiètes du dehors. Sans doute le Dieu tout-puissant ne lui apparaît pas encore dans tout l'éclat de sa gloire , mais certains rayons s'en échappent et arrivent
jusqu'à elle. Elle en est fortifiée, elle marche et elle arrive enfin à la vision parfaite. » Ainsi l'âme
1 In Ezech., hom. 14. — 2 Cant., 5.
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contemplative, soupirant après la vue sans nuage et la jouissance entière de son Bien-Aimé, et sentant ses forces augmentées, demande à être attirée de ces tables de la terre à la table glorieuse, au festin de la patrie céleste; elle s'écrie : O vous qui êtes le Bien-Aimé de mon âme, apprenez-moi où vous menez paître votre troupeau, où vous vous reposez sur le midi (1).
Saint Bernard, expliquant ce passage, nous dit (2). Remarquez avec combien de charmes l'épouse distingue, dans l'expression de ses désirs, l'amour spirituel de l'amour de la chair, alors que, voulant, désigner son époux plutôt par la tendresse de son coeur que par le nom qui lui est propre, elle l'appelle le bien-aimé de son cime, indiquant ainsi que la chair est étrangère aux sentiments dont elle est animée. Elle lui dit : Faites-moi donc connaître où vous menez paître vos troupeaux, où vous reposez sur le midi. Quand me remplirez-vous de joie par la vue de votre visage? Je chercherai , Seigneur, à le contempler, car c'est lui qui est le midi véritable. »
Ce midi de la table mystique est plus brillant de lumière, plus embrasé de chaleur que tout ce qui a précédé. Il est plus brillant de lumière parce que le Père s'y manifeste d'une manière parfaite par son Verbe, dont la splendeur est infinie; il est plus embrasé de chaleur parce que l'amour substantiel du Père, cet amour dont la charité est sans bornes, s'y
1 Cant., 1. — 2 In Cant., serm. 33.
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livre sans réserve pour être notre bien , l'objet de nos jouissances et de nos embrassements. « Cependant, dit saint Bernard, quel que soit l'embrasement de ce midi , quelle que soit l'abondance de ses rayons durant tout le cours de cette vie mortelle (car il sera avec nous jusqu'à la consommation des siècles), sa clarté n'arrivera jamais à cette splendeur dont il brillera dans la patrie. C'est bien ici que se trouvent ses pâturages; mais il ne nous est pas donné de nous y rassasier, il n'est pas permis de s'y livrer entièrement au repos; il faut veiller à cause des dangers de la nuit. Ici la lumière n'a pas tout son éclat, le festin ne rassasie point d'une manière parfaite, et la demeure n'est pas exempte de périls. Apprenez-moi donc où vous menez paître vos troupeaux , où vous vous reposez au
vrai midi, à la splendeur sans nuage de votre lumière, à l'ardeur embrasée de votre charité infinie. O midi véritable, plénitude d'ardeur et de clarté, où le soleil s'arrête en sa course , où les ombres ont disparu, où l'eau boueuse de la terre s'est desséchée , où ses exhalaisons impures se sont
dissipées! O solstice éternel, où le jour n'ira plus en s'inclinant vers son terme ! O lumière éclatante du midi , douceurs du printemps , beauté de l'été, abondance de l'automne, repos et jouissance de l'hiver! faites-moi connaître ce lieu d'une si grande splendeur, ce lieu de paix et de plénitude, afin que je me rende digne de vous y contempler dans votre magnificence par un ravissement qui me fera
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goûter des douceurs plus abondantes et me plongera dans un repos plus à l'abri des dangers. » C'est là la table du vrai Salomon , dont la vue n'a plus laissé à la reine de Saba rien qui appartint à la terre et l'a absorbée tout entière dans l'esprit du Seigneur.
CHAPITRE IV. De la table de la divine Ecriture et des mets qui y sont servis.
(1) Hugues de Saint-Victor, nous parlant de la table ou de la science de la divine Ecriture, exprime les mêmes idées que nous, mais dans un langage différent et peut-être plus capable de plaire. De même, dit-il, que l'homme extérieur répare ses forces à des moments déterminés , en mangeant et en buvant dans un lieu destiné à cet usage , de même l'homme intérieur se nourrit, dans le cénacle de la sainte méditation , des mets des exemples divers qui lui sont offerts et apaise sa soif par le vin de la componction. Or, dans ce cénacle, trois tables sont dressées; ce sont les trois sens de la divine Ecriture : le sens littéral, le sens des choses cachées, le sens moral. La première table est pour les simples , la deuxième pour les docteurs , la troisième pour les uns et les autres. Sur la première figure une nourriture plus commune ; sur la deuxième des aliments plus recherchés; sur la troisième
1 De claust. anim. l. 3, c. 8.
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des mets plus suaves. La première nous offre le parfum des bons exemples, la deuxième l'amour des mystères, et la troisième la douceur des saintes moeurs. A la première Jésus-Christ rompt le pain ; à la deuxième il sert le vin , à la troisième il enseigne la vérité. Il nourrit par les miracles à la première, par les figures à la deuxième, par ses paroles à la troisième. La nourriture des miracles affermit la foi; l'accomplissement des figures fortifie l'espérance, et l'enseignement d'une vie sainte accroît la charité. En effet , la foule est véritablement nourrie lorsqu'elle voit les morts ressuscités, les lépreux guéris , les aveugles rendus à la lumière du jour. Mais la foi devient plus forte lorsque nous tenons pour assuré que Dieu est l'auteur de toutes ces merveilles. Lorsque nous croyons à la résurrection de Jésus-Christ , nous espérons aussi la nôtre. Et enfin lorsque le bon grain tombe des mains du semeur sur la terre à laquelle il est destiné, qu'arrive-t-il autre chose, sinon que l'amour de la parole sainte s'établit dans nos coeurs?
Il y a donc trois tables, et sur chacune d'elles des pains. Sur la première, Moïse offre, comme un aliment plus grossier, un pain arrosé d'huile (1), de l'huile de la dévotion ; mais à l'extérieur seulement , car la Loi n'a rien conduit à sa perfection. Cependant elle donnait un tel pain au peuple de Dieu, sortant de l'Egypte , afin de répandre en lui quelques-unes des douceurs de la piété et de soulager ses peines. A la
1 Lévit., 5.
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deuxième table (1), Ruth nous sert un pain trempé dans le vinaigre de la Passion du Seigneur, un pain qui confère la force de souffrir avec patience toutes les adversités de la vie. En effet, dit saint Augustin, si la Passion de notre Rédempteur est bien présente à notre pensée, il n'y aura point de peine que nous ne souffrions de grand coeur, car toutes nos souffrances ne nous paraîtront rien comparées à cette Passion. A la troisième table , Jésus-Christ nous donne un pain au-dessus de toute substance, son corps et son sang; et, par cet aliment de son humanité, il nous invite à nous nourrir de sa divinité afin que l'homme mange le pain des anges, un pain renfermant en soi tout ce qu'il y a de délicieux et tout ce qui peut être agréable au goût, et par conséquent un pain propre par-dessus tout à réparer ses forces. C'est ce qui a fait dire à l'abbé de Verceil : « Il n'y a rien où notre âme trouve à se nourrir surabondamment comme dans le pain par excellence de l'Eucharistie. » Ainsi, à la première table, les fardeaux s'allègent afin de rendre plus facile la sortie de l'Egypte; à la deuxième, l'âme puise le courage nécessaire pour supporter patiemment les dangers du voyage; et à la troisième, on prend une nourriture qui est un préservatif contre la mort éternelle.
Une fois les pains placés sur ces tables , on y apporte les mets les plus variés. Les trois enfants offrent les légumes choisis par eux pour nourriture Paul , les plantes qui soutiennent sa faiblesse; Moïse ,
1 Ruth., 2.
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des mets de diverses sortes : le miel donné par la pierre, l'huile produite par les flancs du rocher, le beurre des troupeaux , le lait des brebis, la graisse des agneaux et des béliers des enfants de Basan , les chevreaux et la fleur du froment , et les flots du vin le plus pur. Après ces premiers mets arrivent les viandes d'espèces différentes : Abel présente un agneau, Abraham un bélier, Josué une génisse , Moïse des oiseaux, et le roi de l'Evangile des taureaux mis à mort, et par là sont figurés les Pères du testament nouveau. En effet plusieurs, après avoir été engraissés avec abondance par cette douceur intérieure, s'élèvent sur les ailes de la contemplation jusqu'aux hauteurs les plus sublimes. Ensuite viennent à leur tour les poissons. Les Apôtres les apportent de la mer, Tobie du fleuve , le Lévitique des étangs, car il est écrit : Vous mangerez de tout ce qui a des nageoires, tant dans la mer que dans les rivières et les étangs (1).
Sur quoi saint Grégoire dit : « Les poissons qui ont des nageoires ont coutume de s'élancer par-dessus les eaux , et marquent ceux qui s'élèvent par la contemplation au-dessus des choses passagères de la terre: d'autres cependant sont voués à la vie active ; ceux-là doivent être pris en nourriture et incorporés à l'Eglise, parce qu'ils sont purs. » Mais Hugues nous donne une autre explication : « Les poissons de la mer, dit-il , sont les hommes du siècle , car ils vivent au milieu des flots d'une mer immense; les poissons du fleuve sont les docteurs dont le zèle répand sans cesse la
1 Lév., 11.
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lumière sur les autres; les poissons de l'étang sont les religieux vivant dans la retraite et la paix, ou bien tous ceux qui ont été lavés dans les eaux du baptême: aussi doivent-ils être pris en nourriture et unis au corps de l'Eglise.
A ces mets le don de science joint en quantité égale des vins propres à désaltérer, car ce don étant répandu en nous par l'Esprit-Saint , fait briller à nos veux la connaissance des vérités de l'Ecriture, et après nous les avoir fait connaître , il nous les fait aimer. Or, la connaissance est une nourriture et l'amour un breuvage. La connaissance nourrit de plusieurs manières, car, dit saint Grégoire, nous trouvons dans les paroles des saints Livres autant de mets délicieux que nous y découvrons de sens utiles à notre avancement spirituel. Mais à mesure que la connaissance croît en nous , l'amour doit y croître également , car l'abondance des célestes lumières serait sans utilité si la flamme du divin amour qui enivre et réjouit les coeurs n'y brûlait avec une activité semblable.
« L'Ecriture sacrée, nous dit encore saint Grégoire, est quelquefois une nourriture , quelquefois un breuvage. Elle est une nourriture dans les endroits les plus obscurs, car alors on la rompt en l'expliquant et on l'avale comme en la broyant; elle est un breuvage dans les passages les plus clairs , parce qu'on l'y absorbe sans difficulté comme elle se présente. »
Ainsi , dans ce festin , ce n'est pas assez des vins
1 Mor., l. 1, c. 8.
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choisis d'Assuérus , des vins cachés de l'Épouse , des vins exquis du Psalmiste; les vins sont en nombre égal aux mets divers qu'on y voit figurer; car, dit Origène, on ne se rassasie que d'une manière imparfaite , et le festin n'offre pas une joie entière si le vin n'y est joint à la nourriture.
Richard de Saint-Victor, parlant de ce banquet de l'âme , s'écrie : « Oh ! quel festin est celui dont Jésus-Christ est le ministre et l'Esprit-Saint l'échanson ! « C'est le Sauveur qui apporte les mets divers , car il envoie sa pace comme autant de morceaux de pain (1) destinés à nourrir et à engraisser la terre. C'est l'Esprit-Saint qui présente la boisson nécessaire à calmer la soif , car il fera sentir son souffle et aussitôt les eaux vives qui portent la vie en elles couleront avec abondance. » La raison de ces attributions du Fils et du Saint-Esprit peut être qu'il n'y a point de parole parfaite si elle n'est une connaissance accompagnée d'amour. Or, le Verbe éternel est une connaissance qui découvre à nos yeux son Père , et nous enseigne en même temps toute vérité, car il illumine tout homme venant en ce monde, et la vérité est la douce nourriture des âmes. Il est donc juste de regarder le Fils comme celui qui nous nourrit en ce festin. Mais l'amour accompagne la connaissance ; cet amour est un et spirituel ; il répare les forces de l'âme et l'enivre : et d'un autre côté , on attribue l'amour à l'Esprit-Saint. C'est donc à lui qu'il appartient de nous abreuver d'un vin tout spirituel , et de
1 Ps. 147.
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nous jeter dans une douce ivresse en ce banquet sacré.
Maintenant que la charité soit par excellence le vin de nos âmes, c'est ce que nous enseigne Hugues (1) : « La charité , dit-il , est semblable au vin , elle en a les effets. Car le vin rend ceux qu'il enivre pétulants de joie , pleins d'audace et de force , sujets à l'oubli et en quelque sorte insensibles. Ainsi la charité, purifiant nos coeurs, les remplit de joie. Ensuite elle les rend audacieux lorsque , par la pureté de la conscience, elle leur donne la confiance. Elle accroît leurs forces , car, selon l’Ecriture , celui qui se confie dans le Seigneur est fort comme un lion (2). Elle produit l'oubli parce qu'en attirant notre intention vers les désirs éternels , elle arrache entièrement de notre mémoire le souvenir des biens passagers. Enfin elle nous rend insensibles , car une fois que notre âme a été intimement pénétrée de sa douceur intérieure , tout ce qui s'offre au-dehors à notre amour nous inspire le mépris et ne semble plus nous toucher. » Nous parlerons encore de cette ivresse au septième don.
Que personne ne dédaigne les exemples cités en ce chapitre , car le don de science nous manifeste la splendeur de ses divins raisons dans toutes les choses sensibles. Et non-seulement les signes sensibles de l'Ecriture servent à cela, dit saint Denis , mais le monde entier, dans chacune de ses parties , nous offre comme autant de voit qui nous annoncent les choses
1 De Arc. mor., l. 4. — 2 Prov. 28.
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invisibles de la Divinité, selon cette parole de l'Apôtre : Ce qui est invisible en Dieu est devenu visible depuis la création du monde par la connaissance que les créatures nous en donnent (1). Mais ces rayons ne répandent point leurs lumières pour les hommes d'iniquité ; ceux-là seuls en jouissent , qui , pleins de zèle pour leur propre sanctification , recherchent avec ardeur la vraie sagesse dans les signes sacrés des objets matériels , laissent de côté toute explication insensée et de pure imagination, et passent par l'intelligence de la pure vérité , par l'amour du bien réel et le don de science , à la contemplation de la vérité simple et sans nuage. Que le Seigneur daigne nous y faire parvenir, lui qui est le Dieu béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.
1 Rom., 1.
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LIVRE V. DU DON DE FORCE.
CHAPITRE PREMIER. Quelle force ou appelle don du Saint-Esprit.
Au don de science succède le don de force , car, dit saint Anselme , l'Esprit-Saint l'a placé immédiatement après. Il est juste , en effet , qu'il en soit ainsi. Lorsque l'âme est devenue toute tremblante par la crainte, compatissante par la piété, instruite de ce qu'elle doit faire par la science, elle a besoin de devenir forte par un nouveau don du Saint-Esprit , afin d'accomplir les choses qu'elle a apprises et au moyen desquelles elle espère se sauver. Ce n'est pas assez d'avoir la connaissance de la vérité pour être parfait, si l'action n'est point la conséquence de sa présence en notre âme car le Seigneur a dit : Si vous savez ces choses, vous êtes heureux pourvu que vous les mettiez en pratique (1). Il est donc juste que le don de force suive le don de science. Or, nous avons à examiner trois choses touchant ce don : d'abord , quelle force est un don de l'Esprit-Saint, ensuite comment, par ce don, un jour spirituel prend naissance en nous; enfin , quel festin ce don prépare à notre âme.
1 Joan., 13.
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Quant au premier point, nous devons savoir qu'il v a deux sortes de force : l'une qui est une vertu , et autre un don de l'Esprit-Saint. Aristote parle longuement de la force comme vertu. et l'homme fort, selon lui , est celui qui ne redoute point les malheurs les plus terribles et les supporte comme il convient en vue du bien. L'homme fort , dit également saint Paulin , est celui dont l'audace n'est point téméraire ni inconsidérée. Or, une telle force s'exerce vis-à-vis de ce qui est difficile et pénible , en suivant les lumières de la raison. Par elle , l'homme s'expose aux dangers et aux peines, parce que la vertu est un bien. C'est ainsi que beaucoup ont préféré l'avantage de la patrie à leur intérêt propre. Et Cicéron nous dit que Platon enseignait deux choses à ceux qui voulaient se rendre utiles à l'Etat. D'abord, de chercher de telle sorte le bien de leurs concitoyens, que tout chez eux se rapportât à cette fin , sans s'inquiéter de leurs intérêts particuliers. Ensuite , d'avoir principalement en vue le corps entier de l'Etat , de peur qu'en portant leurs soins sur un point particulier, le reste ne demeurât sans secours. Ainsi cette force dirige l'homme vers une fin qui ne dépasse pas les limites de la nature.
Il y a une autre force qui est un don de l'Esprit-Saint, et qui s'exerce aussi vis-à-vis des choses difficiles, mais en suivant les lumières des principes surnaturels de la loi éternelle. Elle agit par une inspiration spéciale de ce même Esprit , par un sentiment qui en pousse plusieurs à s'offrir d'eux-mêmes à
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supporter les peines dont nous avons parlé. Ainsi le don de force est une habitude existant en notre âme pour la régler dans ce qui est élevé et pénible, une habitude qui rend notre volonté capable de subir la mort pour la défense et l'extension de la foi et des bonnes moeurs , selon les lumières de la loi éternelle et en suivant l'inspiration du Saint-Esprit. Cependant. par une conséquence naturelle , nous puisons en ce don plus qu'en aucune autre vérité morale ce qu'il nous faut de courage pour surmonter toutes les autres peines de la vie ; c'est par lui que les saints ont accompli des oeuvres de force d'une manière supérieure à l'homme, et ont supporté les afflictions avec bonheur et allégresse. Ainsi les Apôtres s'en allaient de devant leurs juges , pleins de joie d'avoir été trouvés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus (1) . Or, une telle force règle et dispose tout pour une fin surnaturelle.
Saint Grégoire nous dit sur ce sujet (2) : « Les forts sont devenus saints; ils ont vaincu les tortures et leur courage est demeuré indomptable. Ils brillent de vertus , méprisent la terre et ne soupirent qu'après les biens célestes. On peut les mettre à mort , on ne saurait les ébranler. Aucune faiblesse ne leur fait redouter les tourments , et les blessures dont ils sont couverts ne les rendent point infidèles à la vérité. Leur force repousse avec énergie toute tentation perverse et la rejette entièrement. Les Apôtres n'eussent point osé résister aux puissances
1 Act., 5. — 2 Hom. 27. in Evang.
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de ce monde si l'Esprit-Saint n'eût affermi leur âme en leur donnant l'exemple de Pierre qui , fortifié par ce même Esprit , répondit avec une autorité toute-puissante : Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. »
CHAPITRE II. Comment ce don produit un jour spirituel en notre âme.
Voyons , en deuxième lieu , comment , par le don de force , un jour spirituel prend naissance en notre âme.
L'Esprit-Saint réside et est possédé en ce don , ainsi que dans les autres dont nous avons parlé déjà , et cet Esprit éclaire et embrase comme le feu. Il répand donc ses lumières en l'âme où il a fixé son séjour , lorsqu'il réprime fortement en elle les mouvements de la colère , de la concupiscence et des autres passions qui sont autant de nuages propres à assombrir le festin spirituel qu'il vient préparer ; il répand , dis-je , sa lumière alors qu'il dissipe sans réserve les ténèbres du vice , qu'il garde la beauté des vertus, et qu'ouvrant toutes les parties de l'âme au soleil suprême après avoir brisé les obstacles , il s'écrie : Levez-vous, portes éternelles, afin de laisser entrer le Roi de gloire, le Roi fort et puissant, le Seigneur
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paissant dans les combats. C'est lui qui éclaire tout homme venant en ce monde (1).
Saint Ambroise (2) parlant de cette force , nous dit : « Ce n'est pas une vertu médiocre de l'âme que la force , qui seule défend l'éclat de toutes les vertus , veille à la garde de la justice et combat avec un zèle implacable contre tous les vices. Invincible au travail , forte contre les dangers , sans pitié pour la volupté , elle met en fuite l'avarice et la dissipe comme un nuage qui affaiblit la vertu et répand les ténèbres en notre âme. » Mais il nous faut voir quelles sont les portes de l'âme par où les rayons lumineux du ciel arrivent jusqu'à nous , et comment elles sont ouvertes par le don de force.
Les trois portes de l'âme sont ses trois puissances : la mémoire , l'intelligence et la volonté. C'est par elles que l'homme a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, et elles sont justement appelées des portes éternelles , car elles sont capables de posséder l'éternité, dès lors que l'image de Dieu est gravée en elles. L'Esprit-Saint ouvre ces portes au moyen du don de force lorsque , par de puissants efforts , il tourne l'âme vers les biens célestes et la tient en quelque sorte séparée des choses du temps. Ainsi, pour m'exprimer dans le langage accoutumé , je dis avec saint Augustin (3) que la porte de la mémoire est ouverte au Père éternel par le don de force lorsque , éloignée de la terre, élevée au-dessus d'elle par une impulsion
3 De Trinit., l. 9.
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vigoureuse et enrichie des bienfaits dis ins , elle commence à se réjouir dans le Seigneur et à lui rendre grâces de nous avoir donné le Fils qui lui est consubstantiel , son Esprit-Saint et tous les autres biens dont il nous comble , lorsqu'elle s'écrie avec le Psalmiste : « Je me suis souvenue de Dieu et j'ai été dans ta joie (1). Je ne déplore pas la perte des choses terrestres , leur abondance ne saurait me consoler , non plus qu'une ombre; mais le souvenir de Dieu a été présent à ma pensée et il a réjoui mon coeur. Ce souvenir seul de celui qu'il ne m'est pas donné de voir, de l'auteur de mon être; ce souvenir, dis-je, me plonge dans la joie , car je ne saurais l'avoir sans en être éclairée. Je me suis exercée par une méditation continuelle à m'ouvrir à ce soleil divin , et j'ai senti mon esprit se dérober aux ténèbres et à l'aveuglement de l'orgueil, et la splendeur céleste l'a illuminé (2). » En effet , plus la vertu de l'Esprit-Saint s'affermit et s'étend en nous , plus notre propre esprit se fait défaut à lui-même; et c'est lorsque cette défaillance est complète que nous atteignons à la plénitude de notre accroissement en Dieu.
En second lieu, le don de force ouvre la porte de notre intelligence au Verbe éternel lorsque , par un effort violent , il l'arrache aux clameurs et aux sollicitudes de ce monde et la porte à entendre la parole et les enseignements du Fils de Dieu , à recevoir les vérités de sa foi , et à embrasser l'observation de ses préceptes. Car la sagesse , qui n'est, autre que le Fils.
1 Ps. 72. — 2 Grégor., Mor. l. 18., c. 24
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de Dieu , dit saint Augustin, ne cesse point de faire entendre sa voix à la créature intellectuelle par une inspiration secrète , afin qu'elle se tourne vers elle et obtienne ainsi le salut. Et, en vérité , il est nécessaire que l'homme dirige de la sorte ses regards vers la lumière de la sagesse; car ceux qui s'en détournent pour s'incliner vers les ombres de la chair sont dans des ténèbres continuelles; ils ne peuvent reconnaître qu'il est le souverain bien , et ils jugent mauvais ce qui est excellent en soi. De même donc que ceux qui agissent ainsi sont dans la nuit et l'obscurité , de même les autres jouissent de la lumière et vivent à la clarté du jour ; car le soleil réfléchit ses rayons sur les boucliers d'or, sur les coeurs purs , et la force des nations insensées , des hommes privés de raison , s'évanouit (1).
En troisième lieu , le don de force ouvre la porte de notre volonté à l'Esprit-Saint , l'amour éternel; car, dit saint Augustin , la force c'est l'amour qui supporte aisément toutes choses à cause de Dieu. Cet amour fort et courageux ouvre donc à l'Esprit-Saint notre volonté lorsqu'il lui apprend à vaincre de telle sorte tous les vices de la chair qu'elle en vient à se mépriser elle-même et à éteindre sans réserve en elle tout sentiment des plaisirs de la vie ; c'est alors que l'Esprit de Dieu ne trouve en nous aucune résistance. En effet , dit saint Grégoire (2), la force des justes consiste à dompter leur chair, à résister à ses désirs, à détruire en eux jusqu'au plus léger des
1 Mac., 6. — 2 De Mor. eccl., c. 15.
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plaisirs de la vie présente. à aimer les peines de ce monde en vue des récompenses célestes , à mépriser les enivrements de la prospérité et à surmonter le fiel de l'adversité. Quand toutes ces chaînes opposées à notre volonté et à l'amour sont brisées par le don de force, le soleil éternel fait en nous son entrée; il verse sur notre âme ses rayons enflammés et brûle ses montagnes d'une triple manière. Ce soleil, dis-je, embrase les montagnes de notre âme selon les trois parties distinctes du jour qui est propre au don de force , le matin , le midi et le soir, car ce sont autant de degrés de ce don (1).
Le premier degré , formant le matin de ce jour , embrasse tout ce qui concerne la force politique. Or, cette force élève notre âme au-dessus de la crainte du péril et ne lui fait craindre que le déshonneur. Mais ce sentiment est plus parfait quand il est un don de Dieu : ainsi , nous voyons les Apôtres s'en aller pleins de joie de devant leurs juges , parce qu'ils avaient été trouvés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus. Or, la joie produit la sérénité de l'âme , ou autrement la lumière. On peut entendre de la première partie de ce jour ce verset du psaume : Dès le matin je me tiendrai en votre présence (2), etc.
Ensuite ce don conduit à son midi le jour qu'il a fait naître , quand il s'étend à ce degré de force qui est une vertu purgative de l'âme. Or, une telle force existe quand l'âme voit sans s'effrayer son corps soumis aux souffrances. Mais cela a lieu d'une manière
1 Mor., 1. 7, c. 8. — 2 Ps. 5.
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plus parfaite quand la force est un don surnaturel. Ainsi saint André soupirait avec un cour plein de joie après le supplice file la croix ; les tortures étaient pour sainte Agathe comme un banquet auquel on l'eût conviée. Tous ceux qui ont agi de la sorte désiraient avec l'Épouse suivre Jésus jusqu'au lit de la croix , et marcher après lui à l'ardeur du midi et dans la ferveur brûlante de la charité.
Enfin le don de force conduit son jour spirituel à l'heure du soir, quand la force arrive à ce degré ou elle est une vertu de l'âme purifiée. Or, cette vertu ne consiste pas seulement à vaincre les passions , ruais encore à les ignorer entièrement; et cela a lieu d'une manière plus parfaite quand elle agit comme don du ciel. Ainsi en est-il pour ceux qui peuvent s'écrier avec Job : Tant que je vivrai, je ne cesserai point de défendre mon innocence, car mon coeur ne trouve rien à me reprocher dans tous les jours que j'ai passés sur la terre (1). C'est alors que la force est arrivée à sa consommation , et que du soir et du matin est formé le quatrième jour.
CHAPITRE III. Quel festin ce don prépare à notre âme.
Nous avons à examiner maintenant comment le don de force prépare en soir jour un festin à l'âme humaine, et comment il dispose embrasser toute
1 Job., 27.
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vérité ceux qui en font partie (1). Saint Grégoire nous dit que ce festin de la force a lieu quand , bannissant. de l'âme tremblante tout sentiment de crainte , cette vertu lui présente les aliments de la confiance. Nous avons besoin d'être soutenus de la sorte. « Car, ne jouissant pas encore de la vue de Dieu , dit saint Augustin , il nous faut une nourriture qui nous aide à parcourir la voie et à arriver à notre patrie. Voilà pourquoi nous demandons ce pain que personne ne peut obtenir sans l'Esprit-Saint et en dehors du don de force , car où est la force , là est aussi la faim de la justice. Mais la plénitude de la justice est la nourriture éternelle de l'âme, et cette nourriture est quotidienne lorsque , soupirant tous les jours après elle , nous en sommes remplis tous les jours. » Voyons donc comment le don de force opère en ce festin spirituel et comment il ranime le courage de ceux qui y sont admis.
La force , considérée simplement comme vertu humaine , renferme la confiance , la magnificence , la patience et la persévérance. La confiance , une fois le festin commencé , donne à ses membres une espérance assurée de le conduire jusqu'à sa fin. La magnificence y sert les mets divers comme il convient ; la patience fortifie les convives et leur fait goûter la paix; la persévérance les invite à cette demeure qui est à l'abri de tout changement.
La confiance donc , considérée comme vertu humaine , apporte la sécurité aux membres de ce festin ;
1 Mor., l. 1, c. 16.
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elle le commence avec amour et elle donne l'assurance de le terminer délicieusement en cette vie. C'est ce qui a fait dire à Cicéron : « La confiance est une espérance certaine de conduire à sa fin une chose commencée. » Mais la confiance née du don de force , du don de l'Esprit-Saint , commence ce festin dans le temps et assure à ses membres qu'ils le consommeront dans le bonheur et qu'ils en jouiront durant l'éternité. C'est d'une telle confiance que saint Pierre a dit : Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui, selon la grandeur de sa miséricorde , nous a régénérés en nous donnant, par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts, la vive espérance de posséder l'héritage où rien ne peut se détruire , ni se corrompre, ni se flétrir, héritage qui nous est réservé dans les cieux (1). Cette confiance répare avec douceur les forces des convives, car l'âme jouissant de la paix est comme un festin continuel (2). Elle éloigne d'eux tout sentiment de défiance , car ceux qui se confient dans le Seigneur sont fermes comme la montagne de Sion; et celui qui demeure dans Jérusalem ne sera jamais ébranlé (3).
La magnificence, envisagée comme vertu humaine, sert d'une manière digne et splendide tout ce qui convient à ce festin. Elle nous offre avec dignité , dit Cicéron , les choses vraiment grandes ; mais quand elle a pour principe le don surnaturel de force , elle enrichit , console et exalte avec éclat les membres de ce festin spirituel; car, dit le Psalmiste (4), le Seigneur
1 Pet., 1. — Pros . 15. — Ps. 124. — Ps. 125.
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a fait pour nous des choses magnifiques et nous en sommes remplis de joie. «Dieu, ajoute saint Grégoire (1), agit ainsi avec magnificence vis-à-vis de l'homme . en lui donnant l'abondance de la raison , en le visitant par l'infusion de sa grâce , et en l'exaltant par la gloire des vertus. C'est par de tels biens que l'âme est avant tout sustentée , car rien n'est grand pour une âme grande et douée de raison, rien ne la rassasie si ce n'est le Dieu seul qui est immense. Ce qui a fait dire à Macrobe : Rien n'est grand sur la terre en dehors de l'âme , et rien ne peut être comparé à votre grandeur. » Cette vertu qui élève ainsi l'homme , exclut donc le vice opposé qui tendrait à le rapetisser et à le faire déchoir d'une magnificence réelle et digne de lui. Aussi l'abondance et les richesses d'un tel festin ne sauraient être mesurées, et même il serait inconvenant de le faire en présence de tant de splendeur et d'éclat.
La patience , considérée comme vertu humaine , empêche l'âme de se laisser abattre à la vue des dangers imminents de cette vie. C'est ce qui a fait dire à Cicéron : La patience est le principe de l'honnêteté et du bien-être ; elle est le support volontaire et prolongé des choses difficiles. Mais quand la patience émane du don céleste de la force , elle n'apprend pas seulement à supporter volontiers l'adversité, elle nous en rend encore vainqueurs et nous la fait traverser sans murmure et avec joie. La patience , dit Cassiodore (2), surmonte l'adversité , non en combattant , mais par un humble support.; non en murmurant ,
1 Mor., l. 8. c. 7 . — 2 In ps. 22.
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mais en rendant grâces. C'est elle qui purifie les souillures de toute volupté , elle qui rend les âmes sans tache aux yeux de Dieu. Elle éloigne du festin spirituel les vices qui lui sont opposés et qui jettent notre âme dans la confusion : telles sont les impatiences, les discordes, les querelles, les rébellions, etc. , qui portent en ce festin le trouble et la tristesse. Elle nourrit cette âme d'une manière d'autant plus parfaite que ses oeuvres sont elles-mêmes parfaites. C'est par votre patience, dit le Sauveur, que vous posséderez vos âmes (1). Mais qu'est-ce que posséder son aine, sinon vivre parfaitement en toutes choses , dominer tous les mouvements de son coeur en se tenant placé sur les hauteurs de la vérité? Assurément tout cela console notre âme et lui offre une nourriture abondante.
La persévérance , en tant qu'elle est une vertu humaine , établit fortement dans le bien les membres de ce festin et les y conserve d'une manière stable jusqu'à sa consommation entière en cette vie ; car, dit encore Cicéron , la persévérance est l'état stable , continuel et permanent d'une raison bien réglée. Mais la persévérance produite par le don de force ne se borne pas à maintenir ceux qu'elle anime dans un festin limité par le temps ; elle les introduit dans ce festin dont la durée est éternelle et sans bornes , dans ce festin où l'âme trouve à se nourrir et à se rassasier de la manière la plus excellente , et dont il a été dit : Je serai pleinement rassasié lorsque votre gloire aura
1 Luc., 21.
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paru à nos yeux (1) . C'est pourquoi saint Bernard écrit (2): Sans la persévérance le combattant ne remporte pas la victoire et le vainqueur n'obtient pas la palme. C'est elle qui est la nourrice du mérite , la médiatrice de la récompense , la soeur de la patience, la fille de la constance , l'amie de la paix , le noeud des saintes amitiés , le lien de l'unité , le rempart de la sainteté. Otez la persévérance , et l'obéissance
perd ses droits à la gloire, les bienfaits n'attirent plus la faveur et la force n'est plus digne de louange. A la persévérance seule l'éternité est accordée ; ou plutôt , c'est elle qui introduit l'homme dans l'éternité , car le Seigneur a dit : Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, sera sauvé (3). » En cette persévérance se trouve une très-douce réfection , car saint Augustin nous dit sur cette même parole du Sauveur (4) : « Lorsque vous serez arrivé par la persévérance à ce triple pain, c'est-à-dire à l'aliment et à l'intelligence de la Trinité , vous aurez la vie , vous aurez la nourriture , vous ne craindrez plus de voir approcher la fin de votre bonheur. Un tel pain ne finira jamais; mais il sera le terme de tous vos besoins, il éloignera de vous tous les tourments de la faim. » Ainsi , nous voyons par tout ce qui vient d'être dit , comment ces quatre parties de la force , considérées comme vertus humaines, sont perfectionnées par ce don de l'Esprit-Saint. C'est de la sorte , au reste, que les habitudes naturelles sont conduites à leur perfection par les habitudes surnaturelles.
16. — 2 Ep. 129. — 3 Mat., 10-22. — 4 Serm.
29, de Verb. Dom.
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LIVRE VI. DU DON DE CONSEIL.
CHAPITRE PREMIER. Qu'est-ce que le conseil, et qu'appelle-t-on don de conseil.
Le cinquième don de l'Esprit-Saint, destiné à produire en notre âme un jour spirituel et à y préparer un festin, est le don de conseil. Il suit immédiatement la force, car la force, dit saint Grégoire, est bien vite détruite si elle ne s'appuie sur le conseil. Après avoir mis en nous le don de force, dit aussi saint Anselme, l'Esprit de Dieu élève au-dessus le don de conseil ; car, lorsque notre âme a appris par une pieuse crainte fondée sur l'expérience ce qu'elle doit faire, elle a besoin que cet Esprit divin lui fasse connaître quel parti elle doit prendre en toutes choses. Le don de conseil vient donc naturellement après le don de force. Mais, pour avoir une connaissance plus approfondie de ce don, nous avons cinq considérations à faire : 1° Qu'est-ce que le conseil, et qu'appelle-t-on don de conseil. 2° Quel est la nécessité d'un tel don. 3° Quelle différence y a-t-il entre les conseils de Dieu et ceux de notre propre esprit. 4° Comment le don de conseil
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donne-t-il naissance en notre âme à un jour spirituel. 5° Comment ce don prépare-t-il un festin en nous.
D'abord, qu'est-ce que le conseil et qu'appelle-t-on don de conseil? Il est naturel à la créature raisonnable de se déterminer à agir ou à ne pas agir d'après un examen de sa raison. Or, cet examen est ce qu'on appelle conseil dans l'homme. Le conseil , dit saint Jean de Damas , est un examen attentif , à l'aide de notre raison , des choses que nous avons à faire où à omettre. Le conseil , dit également Aristote, est l'oeil et le garant des choses qui doivent avoir lieu.
Mais cet examen de la raison humaine ne saurait suffire par lui-même à embrasser chaque chose, et à saisir tout ce qui se peut présenter en nos actions et nous faire arriver à la béatitude, car les pensées des hommes sont timides et nos prévisions incertaines (1). Nous avons donc besoin de nous appuyer sur un examen plus assuré et sur une direction plus excellente, sur une direction divine. Or, nous trouvons tout cela dans le don de conseil répandu en nous par l'Esprit-Saint, l'Auteur de toutes choses, le principe de toute vertu et dont le regard embrasse l'univers. C'est cette direction, cette recherche attentive que nous appelons don de conseil et que nous ne pouvons recevoir que de l'Esprit de Dieu.
Sans doute l'objet d'un tel don est le même que l'objet du don de science; mais cela ne doit aucunement nous arrêter, car cette identité n'est que matérielle et itou formelle. Ces deux dons se rapportent
1 Sap., 9.
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aux choses que nous avons à faire, nuis d'une manière différente. L'acte du don de science consiste à porter de ces choses un jugement droit selon les règles de la loi éternelle. L'acte du don de conseil , au contraire, consiste, en suivant toujours les mêmes règles, à bien comprendre quelles oeuvres difficiles nous devons accomplir, quelles oeuvres nous devons éviter afin d'arriver à la possession de la vie céleste, et à ne point agir précipitamment. Car l'Esprit-Saint, dit saint Grégoire, nous donne le conseil pour nous prémunir contre la précipitation, et un tel vice est opposé à ce don. Voilà pourquoi le Sage a dit (1) : Ne faites rien sans conseil, et vous n'aurez pas à vous repentir après avoir agi. Ainsi le don de conseil est une habitude mise en nous par Dieu, et qui nous porte selon les lumières de l'Esprit-Saint à accomplir les bonnes oeuvres dont le mode n'est point déterminé , attendu qu'elles ne se font pas toujours d'une manière uniforme. C'est pour de telles oeuvres que le conseil nous est nécessaire.
CHAPITRE II. Quelle est la nécessité du don de conseil.
Examinons, en deuxième lieu, quel besoin nous avons de ce don. Saint Grégoire nous dite : « Ceux qui vivent sans conseil s'abandonnent à la précipitation
1 Eccl., 23. — 2 Mor. l 1. c. 11.
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et au hasard. Dans leur ardeur intempestive ils négligent leur propre vie, car leurs soupirs se portent inconsidérément sur des objets passagers ;
ils sont sans intelligence des biens éternels, ou , s'ils les comprennent, ils les dédaignent; ils ne savent apprécier ni leur exil ni leur misère : ce sont
des aveugles; ils ne savent point prendre conseil, et ainsi ils périront justement dans leur folie. Les élus, au contraire , considérant que tout ce qui passe est nul, se demandent pourquoi ils ont été créés. Comme rien hors de Dieu ne saurait suffire à leur bonheur, leur pensée, fatiguée par le travail d'un examen profond, cherche à se reposer dans la beauté et la contemplation du Créateur suprême. Leur corps est encore au milieu du monde, mais leur âme s'élève bien au-dessus; elle déplore l'amertume de l'exil auquel elle est assujettie et s'excite, par l'aiguillon incessant de l'amour, à tendre vers sa patrie glorieuse. Ainsi elle a trouvé le conseil salutaire de mépriser les objets temporels au milieu desquels elle doit passer, et plus cette science du conseil qui la porte à abandonner des biens périssables, va croissant en elle, plus elle s'attriste de n'être point encore arrivée à ce qui est permanent et éternel. Le chrétien fidèle pénètre donc son esprit d'un conseil prudent, et en toute action il porte sur lui un regard plein de circonspection. De peur que ce qu'il doit faire ne soit pour lui la cause d'un malheur déplorable et inopiné, il commence par le peser et le sonder en avançant timidement le
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pied de sa pensée; car il craint de se laisser emporter par la précipitation, d'être vaincu cruellement par les désirs pervers de la concupiscence, et de voir le bien qu'il a accompli renversé par les embûches de la vaine gloire. Aussi l'âme de chacun des élus se fatigue d'autant plus des angoisses du voyage, qu'elle s'efforce davantage de régler sa vie par le conseil. »
La raison de cette dernière sentence est que les conseils de Dieu ont une perfection profonde et entière. Ils sont propres à nous faire éviter tout mal et. accomplir tout bien de la manière la plus parfaite, et ainsi ils nous conduisent par des sentiers très-resserrés; car la voie qui conduit à la vie est étroite, dit le Seigneur (1). Mais les voies étroites sont pour l'ordinaire les plus droites et les moins longues; et. les hommes parfaits, excités par l'aiguillon violent. de l'amour, s'y jettent avec plus d'ardeur afin de trouver plus sûrement et plus promptement ce qu'ils aiment , ce qu'ils croient , ce qu'ils cherchent. C'est par de tels conseils que l'Esprit-Saint inspirait et éclairait l'âme dévote quand, fatiguée d'avoir cherché Dieu inutilement sur la couche des commodités de son corps, elle s'écriait : Je me lèverai , je ferai le tour de la ville, et je chercherai dans les rues et dans les places publiques celui qui est le bien-aimé de mon coeur (2). Oh ! quelle folie, quelle démence était la tienne, dit Origène parlant à cette âme; quelle folie de chercher dans l'immobilité de ta couche celui qui
1 Mat., 7. — 2 Cant., 3.
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donne le mouvement à l'univers , d'espérer trouver dans les ténèbres celui dont les rayons resplendissants illuminent le inonde, de vouloir atteindre et posséder à l'aide de ta raison celui qui est immense et incompréhensible ! Tu as donc dit : Je me lèverai; et maintenant je vois que tu as agi d'après un sage conseil en mettant de côté les douceurs de ta couche, en te dérobant aux ténèbres de la nuit , en punissant les crimes et les fautes dont tu étais coupable, en rompant rigoureusement avec eux , car le Seigneur ne saurait en aucune façon être trouvé au milieu de tout cela. Je parcourrai la ville, c'est-à-dire l'Eglise militante, et là j'interrogerai les savants et les docteurs sur celui que je poursuis et que je ne trouve point, bien qu'il y ait des merveilles à raconter de cette cité de Dieu. Voyant mes démarches infructueuses , je le chercherai dans les places publiques, c'est-à-dire dans les préceptes qui sont la voie large et commune ouverte à tous les hommes. Je le chercherai par les rues ou autrement dans la vie des hommes spirituels qui marchent vers la patrie en suivant la voie étroite des conseils; car nous marchons vraiment à travers les rues lorsque nous mortifions notre corps , lorsque nous faisons sur la terre pénitence de nos crimes, lorsque nous nous exerçons à acquérir la pureté, à observer la continence.
Or, c'est un conseil vraiment bon de se lever pour aller à la recherche de l'Époux , de s'appliquer à le trouver d'une manière efficace sur la voie large des préceptes et dans les sentiers étroits des conseils. C'est
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parce qu'elle avait été instruite de ces choses et excitée par les anges, que l'Epouse a cherché et trouvé celui qu'elle aimait et qu'elle a pu s'écrier : J'ai trouvé le Bien-Aimé de mon âme. Levez-vous donc et entrez dans la ville en suivant la voie des conseils, et là on vous dira ce que vous devez faire (1).
CHAPITRE III. Quelle différence il s' a entre les conseils qui naissent de notre propre volonté et les conseils du ciel.
Voyons maintenant quelle différence il y a entre les conseils inspirés par l'Esprit-Saint en ce don et ceux donnés par notre libre volonté. Nous commencerons par examiner les conseils qui viennent ainsi de nous et sont propres à notre volonté; de la sorte nous comprendrons plus aisément ceux qui procèdent de l'inspiration divine de l'Esprit du Seigneur.
(2) Saint Bernard nous dit dans un discours sur la lèpre de Naaman. « Il y a dans le coeur de l'homme une double lèpre : c'est la volonté propre et le conseil propre; et ces deux lèpres sont horribles. J'appelle volonté propre celle qui ne nous est commune ni avec Dieu, ni avec les hommes, mais qui est nôtre uniquement. Ainsi quand nous faisons ce que nous voulons, non pour l'honneur de Dieu
1 Cant., 5. — 2 Act. 9. — 3 Serm. 5, in Resur. dom.
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ni pour l'utilité de nos frères, mais pour nous-mêmes; quand nous agissons sans aucun désir de plaire au Seigneur et de rendre service au prochain, mais pour contenter l'inclination de nos cœurs, il y a une volonté propre et cette volonté est mauvaise; car celui qui tire de son propre fonds ce qu'il avance est un menteur (1). La charité est totalement opposée à une telle volonté. En effet , sur quel objet Dieu porte-t-il sa haine? Que déteste-t-il avant tout, sinon la volonté propre? Que cette volonté disparaisse, et alors il n'y aura plus d'enfer. Car quelle matière consume ce feu dévorant, si ce n'est la volonté propre? C'est elle qui attire notre consentement, c'est devant elle que s'incline notre libre arbitre. Mais ces désirs , ces concupiscences qui nous tiennent enchaînés de la sorte, ne méritent pas le nom de volonté; ils sont une corruption de la volonté. »
C'est donc un grand mal que la volonté propre par laquelle le bien cesse d'être un bien pour nous; qui, si elle se trouve au jour dé mon jeûne, fait qu'un tel jeûne n'est point approuvé du Seigneur. Or, c'est de cette volonté que naît le conseil propre, et saint Bernard en parle ainsi dans le même discours : « La lèpre du propre conseil, dit-il, est d'autant plus pernicieuse qu'elle est plus cachée, d'autant plus abondante que l'homme s'estime plus sage. Tel est l'état de ceux qui ont du zèle pour Dieu , mais non selon la science; de ces hommes qui , s'attachant
1 Joan., 8.
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obstinément à leur erreur, ne veulent acquiescer à aucun conseil. Ils sont les destructeurs de l'unité, les ennemis de la paix ; leur coeur est vide de charité et gonflé d'orgueil. Ils mettent leur complaisance en eux-mêmes et sont grands à leurs yeux: ils ignorent la justice de Dieu et veulent faire la
leur. Quel orgueil plus grand, en effet, que de voir un homme préférer son jugement à celui de toute la communauté des frères , comme si seul il avait reçu l'Esprit de Dieu? Qu'ils s'élèvent donc maintenant ceux qui se font plus religieux que les autres, ceux qui ne sont pas comme le reste des hommes : ils sont devenus semblables à des devins et à des idolâtres. » Voilà pour les conseils propres.
Voyons , en deuxième lieu , en quoi consistent les conseils du ciel et ce qu'ils sont. Le Dieu souverainement sage et souverainement bon, donne à tous ceux qui le consultent une réponse claire sur l'objet de leur demande ; il se montre à eux plein d'affabilité et ami véritable. « Seigneur, dit saint Augustin (1), vous répondez d'une manière claire à tous ceux qui vous consultent et vous adressent leurs diverses demandes; mais il n'est pas donné à tous de comprendre clairement vos réponses. Tous vous consultent sur ce qu'ils désireraient savoir; mais les réponses qu'ils reçoivent de vous ne sont pas toujours celles qu'ils voudraient obtenir. Votre meilleur serviteur est celui qui désire moins entendre de vous ce qui plaît à sa volonté, que de