Œuvres spirituelles (page 57)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 Mat., 17.

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à cette occasion , vivait dans une telle pauvreté qu'il n'avait pas de quoi payer le tribut. Judas , il est vrai , avait la bourse destinée à pourvoir aux besoins communs; mais le Maître eût regardé comme. un crime de se servir pour lui-même de l'argent des pauvres , et ainsi il nous a donné l'exemple. »

Ensuite Jésus-Christ a eu de l'argent par compassion pour les faibles et les imparfaits ; car ceux qui ont ainsi quelque chose pour eux-mêmes, bien qu'ils soient parfaits si on les compare à ceux qui ont des biens propres ou en possèdent de considérables , sont cependant imparfaits par rapport à ceux qui n'ont absolument rien en ce monde. En effet, ces derniers se trouvent en ce point élevés au suprême degré et soustraits, autant qu'il est possible à l'homme, aux périls et aux amorces du monde. Aussi Hugues de Saint-Victor s'écrie-t-il à cette occasion : « Que Jésus ait donc de l'argent pour se conformer aux imparfaits. En se rangeant parmi eux il a empêché ceux qui ne recevaient rien de concevoir des sentiments de présomption, et en même temps il a voulu éviter la confusion à ceux

qui recevraient (1). » — Le Seigneur, dit encore saint Augustin, a reçu des offrandes, et nous lisons de certaines femmes pieuses qu'elles le servaient de leur bien. Paul dans la suite n'a rien voulu de semblable. Mais comme beaucoup d'hommes faibles devaient demander de tels secours, le Seigneur s'est placé au rang des faibles. Dès lors Paul s'est-il

1 In psal. 91, c. 64

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donc élevé plus haut que son Maître? Point du tout: mais le Seigneur est plus sublime parce qu'il est plus miséricordieux. Il savait que Paul agirait de la sorte, et pour ne pas condamner ceux qui feraient autrement, il a donné l'exemple aux faibles (1). » Cependant quand saint Augustin dit que le Seigneur savait que Paul agirait autrement , il ne faut pas entendrec es paroles dans un sens absolu, car l'Apôtre fit sur ce point tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, comme nous l'avons vu plus haut. Ceux donc qui conservent de l'argent pour les autres et y sont forcés par l'autorité de l'Eglise, s'ils désirent, autant qu'il est en eux, en être privés, s'ils observent vis-à-vis d'eux-mêmes une pauvreté rigoureuse, selon la force de notre nature, tout en venant largement en aide aux autres, ceux-là, dis-je, ne possèdent pas au préjudice de la parole divine; ce qu'ils ont ne lui est point un obstacle. Leur avoir est exempt d'imperfection : ils marchent sur les traces de Jésus-Christ en ayant quelque chose et en possédant de la même manière que lui.

Quant à ceux qui gardent de l'argent pour eux-mêmes, on doit les ranger au nombre des faibles. Ils imitent Jésus-Christ en réservant de l'argent , mais ils s'éloignent de lui dans le but qu'ils se proposent en agissant ainsi , car le Seigneur n'a pas eu cet argent pour son usage, comme nous l'avons dit. Cependant ils s'approchent d'autant plus de la

1 In ps. 103.

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perfection en cet état d'infirmité qu'ils se contentent de moins de choses.

Ainsi Jésus-Christ a accompli la loi donnée par lui à ses disciples, de ne point porter d'argent avec eux , lorsque, parcourant les campagnes, il n'eut pas où reposer sa tête très-sainte. Si la perfection de l'Apôtre nous paraît plus élevée en son genre , s'il nous semble qu'il y ait infirmité à recevoir les choses nécessaires à la vie en la manière dont le Seigneur les recevait des femmes qui le suivaient dans ses prédications , ou en mangeant à la table des autres , il y a cependant une perfection beaucoup plus sublime à vivre ainsi parce qu'on ne possède rien , qu'à avoir des dépôts, à conserver de l'argent et des provisions. C'est pourquoi le Seigneur, recommandant ce genre de perfection singulière à ses apôtres , leur interdit l'argent, et lui-même s'y conforme pendant la plus grande partie de sa prédication. Si l'Evangile fait mention d'argent conservé, c'est seulement six jours avant la Passion, où il est dit que Judas était un voleur et qu'il avait la garde des offrandes. C'est ensuite la veille même de la Passion , selon que nous le lisons dans saint Jean : Quelques-uns pensaient, parce que Judas avait la bourse, que Jésus avait voulu lui dire: Achetez-nous ce qu'il nous faut pour la fête; ou : donnez quelque chose aux pauvres (1). Le Seigneur a dispensé ses apôtres de cette loi pendant ce temps , ou plutôt à commencer de ce soir où il voulut être pris par ses ennemis, afin de leur laisser à chacun

1 Joan., 13.

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de quoi subsister durant la persécution furieuse de sa mort. C'est pourquoi il leur dit : Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose?... Mais maintenant que celui qui a un sac ou une bourse s'en munisse, et que celui qui n'en a point vende sa robe pour acheter une épée (1).

« Il ne donne pas à ses apôtres , dit le vénérable Bède, la même règle en temps de persécution, qu'en temps de paix. Quand il les envoie prêcher, il leur défend de rien prendre pour le voyage , car il veut que le prédicateur de l'Evangile vive de l'Evangile; mais aux approches de sa mort, quand tout le peuple poursuit le pasteur et le troupeau, il leur donne une règle convenable au temps où ils se trouvent, en leur permettant d'acheter les choses nécessaires à la vie, jusqu'au moment où la folie des persécuteurs étant calmée, il leur sera libre de prêcher l'Evangile. »

Ainsi, les apôtres envoyés pour prêcher n'ont point eu d'argent en réserve. Au temps de la persécution et de la Passion du Sauveur, ils ont pu en avoir pour leurs besoins , mais à titre de dispense. Plus tard ils se sont faits, pendant quelque temps, les distributeurs des biens des premiers fidèles ; mais , cette administration étant un obstacle à la prédication de la parole de Dieu, ils fout abandonnée et ils sont revenus à leur première pauvreté, comme nous l'avons vu plus haut. En outre, si le Seigneur a bien voulu permettre

1 Luc., 22.

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l'argent porté par le traître Judas , nous ne voyons pas qu'il se soit jamais attribué dessus un droit de possession. Aussi dit-il de lui-même : Le prince de ce monde s'en vient, mais il n'a rien en moi qui lui appartienne (1). Jésus-Christ n'a rien voulu avoir qu'il pût perdre; il est venu pauvre parmi nous afin de ne rien laisser à enlever au démon.

Je réponds donc en peu de mots à cette objection tirée de l'argent conservé par les apôtres, que le Seigneur a voulu avoir pendant un temps cet argent pour subvenir aux besoins des autres, afin d'apprendre aux chefs de son Eglise à faire de même. De plus il l'a eu pour la consolation des faibles qui possèdent en vue de leurs propres besoins. C'est ainsi qu'il prend la fuite quand on veut le lapider, afin de ne pas jeter dans le désespoir ceux qui fuiraient au temps de la persécution. Mais aussi , comme il s'est montré l'exemple des forts en s'offrant de lui-même aux souffrances de sa Passion, de même il a voulu ne rien avoir pour les former à la pauvreté, et il n'a point gardé à titre de possession ce qu'il n'avait point eu toujours, afin d'apprendre à ceux qui possèdent pour eux-mêmes et non comme administrateurs , qu'ils ne sont point de ce côté arrivés au sommet de la perfection.

Maintenant à ces paroles : C'est assez au disciple d'être comme le maître, je réponds : Un même maître a plusieurs disciples et il sait se mettre à la portée de chacun. L'Apôtre parlait la sagesse au milieu des

1 Joan., 14.

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parfaits , et il donnait le lait en nourriture aux petits enfants (1). Or , un disciple à qui le lait suffit ne doit pas se contenter toujours d'un pareil aliment, quand même son maître condescendrait à ses désirs sur ce point; mais il doit s'efforcer d'arriver à une nourriture solide. De même, ce n'est point assez pour un disciple d'être semblable à sou maître quand celui-ci se rend faible par condescendance pour les faibles, s'il ne cherche à monter, successivement et autant que possible , jusqu'aux derniers degrés de son art. Ainsi cette parole : C'est assez au disciple, etc., a été dite spécialement pour le temps de la tribulation, afin de nous apprendre à persévérer courageusement à l'exemple de notre Maître, lorsqu'elle se fait sentir.

Je réponds à la seconde objection : Cette calomnie des Manichéens est une folie manifeste. Cette pauvreté rigoureuse n'a pas été imposée aux apôtres comme prélats, puisqu'ils ne l'étaient pas encore, ni même prêtres, mais seulement comme prédicateurs fidèles envoyés au monde entier pour lui servir d'exemple, ainsi que nous l'avons montré plus haut. Une telle pauvreté n'oblige donc que ceux qui l'ont embrassée volontairement à cause de Jésus-Christ. Ainsi, non-seulement après l'époque de saint Silvestre, mais encore dès le commencement du christianisme, les disciples de Jésus-Christ eux-mêmes ont institué des prélats chargés de résider dans les lieux confiés à leurs soins, et jamais il ne leur fut interdit d'avoir les biens nécessaires à l'Eglise et de s'en servir pour eux-mêmes

1 I Cor., 2.

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et les pauvres dont ils étaient chargés. Les évêques sont les successeurs des apôtres dans l'autorité suprême; ils sont leurs successeurs dans l'obligation et le devoir d'être des modèles de vertu et de sainteté, mais non dans cette discipline sévère et cette pauvreté rigoureuse dont nous parlons. Vous trouverez cette doctrine consignée dans les saints canons, et saint Bernard nous dit : « Le repos est impossible à celui qu'accable la sollicitude de toutes les Eglises. En effet, que vous a laissé le saint Apôtre? Ce que j'ai, dit-il , je vous le donne. Et qu'est-ce donc? Je ne sais qu'une chose : ce qu'il donne n'est ni de l'or ni de l'argent, puisqu'il dit lui-même : Je n'ai ni or ni argent. Qu'il vous soit permis d'en exiger sous un autre titre, je le veux bien , mais jamais en qualité d'apôtre, car saint Pierre n'a pu vous laisser ce qu'il n'avait pas (1). »

A la troisième objection on doit répondre que les prélats ne sont pas tenus à ce genre de vie, puisqu'il est proposé indifféremment à tous. Ainsi saint Jérôme écrivant à une femme du monde lui dit : « Si vous voulez être parfaite et atteindre au degré le plus sublime de la sainteté, comme l'ont fait les apôtres, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres (2). »

Enfin je dis à la quatrième objection que cette perfection apostolique n'est pas seulement le partage des religieux en voyage , mais qu'on doit l'observer également à la maison, et ceux qui veulent suivre

1 De Consid., 1. 2. c. 6. — 2 Epist. 150.

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cette règle ne peuvent avoir aucun argent en réserve. « Si ceux qui, étant dans un pays étranger, dit saint Chrysostôme, et s'en vont en des régions inconnues n'ont rien autre chose à demander que le pain de chaque jour , combien plus ceux qui demeurent à la maison (1)? » Quand le Seigneur nous dit : Que celui qui a un sac le prenne (2), ajoute la Glose, il nous montre que quelquefois en des circonstances pressantes il nous est permis de relàcher sans péché quelque chose des rigueurs de notre vie. Ainsi lorsque nous voyageons par des pays inhospitaliers, nous pouvons porter avec nous des provisions plus abondantes qu'il ne nous, serait libre d'en avoir à la maison. D'ailleurs le Seigneur défend expressément et clairement à ses apôtres, dans l'Évangile, et de posséder et de porter avec eux de l'argent. Telle fut, dit Raban , la pauvreté apostolique avant la Passion, et après pendant uni temps. Cependant, par une dispense du Seigneur, elle cessa un peu d'être aussi rigoureuse. Mais tous ne sont pas tenus, comme nous l'avons dit, à une vie semblable.

Dans la seconde partie de ce chapitre la règle ajoute : Cependant les ministres et les gardiens seulement apporteront, un soin empressé à pourvoir par leurs amis spirituels aux besoins des malades et aux vêtements des religieux, selon les lieux, le temps et les climats divers, et selon qu'ils le jugeront nécessaire.

La règle exhorte à subvenir aux besoins des malades,

1 Hom. 33, in Matt. — 2 Luc., 22.

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afin qu'ils ne soient point plongés dans la désolation ;

à pourvoir aux vêtements des frères, et par là elle entend les autres besoins majeurs. Elle charge de cela 1° les ministres, à qui il appartient , à l'exemple de Jésus-Christ, de servir et non d'être servis; 2° les gardiens, à qui est confié le soin des malades. En effet, le nom de samaritain veut dire gardien , et c'est le samaritain qui prit soin de l'homme laissé pour mort (1). Ce nom de gardien et de ministre est attaché , il est vrai , à plusieurs emplois; cependant par rapport aux personnes à qui il est donné ici, il dit une sorte d'office qui les met au rang des prélats. La charge de ministre nous rappelle l'humilité ; celle de gardien fait naître l'idée de la vigilance pastorale toujours attentive à ne point laisser s'affaiblir l'autorité sous prétexte d'humilité , ni tomber la discipline par un manque de soin à la conserver. Ainsi Isaïe nous dit : Je fais ma garde et j'y passe les nuits entières (2) ; et notre ministre général est appelé lui-même gardien dans la règle. Or, en cet endroit on entend par gardiens ceux qui ont l'obligation de garder par eux-mêmes et de s'appliquer au soin pastoral. Ce soin et cette sollicitude sont imposés uniquement à eux, et cela pour deux raisons : d'abord, afin que les autres n'aient point à s'inquiéter en dehors d'eux; ensuite , parce qu'il y a nécessité de dispenser selon les différentes positions , ou , pour parler comme la règle , selon les lieux, les temps et les climats divers. Il est donc nécessaire de tempérer

1 Luc., 10. — 2 Is., 21.

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par forme de dispense les rigueurs de la règle selon qu'il est nécessaire; mais cet adoucissement ne peut avoir lieu que par les ministres et les gardiens.

Mais toujours, comme nous l'avons dit plus haut, en demeurant fidèles à ne recevoir ni monnaie ni argent. Notre fondateur rappelle de nouveau cette recommandation afin d'empêcher la pureté de son ordre de s'affaiblir par le danger de ces besoins; car il savait qu'en admettant un tel tempérament sous le faux prétexte de la nécessité , plusieurs dans le clergé et dans le cloître sont devenus vils aux yeux de Dieu et des hommes. Le rejeton d'iniquité , Antiochus, qui veut dire le silence ou le relâchement de la pauvreté, est entré dans le temple du Seigneur et l'a profané (1); et l'application à la sagesse qui est comme le soleil s'étant obscurcie, la lune de la science véritable et des saintes affections s'est changée en sang. C'est donc là la racine de la sagesse divinement inspirée au bienheureux François pour préserver son jardin des ronces et des épines répandues sur presque toute la surface de la terre et dont la vue le remplissait d'effroi , car on ne saurait cueillir des raisins sur des

épines (2).

1 I Mac., 2. — 2 Mat., 7.

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CHAPITRE V. De la manière de travailler.

« Les frères à qui Dieu a donné la grâce de travailler doivent le faire fidèlement et dévotement, de façon à ne pas éteindre , en éloignant un repos ennemi de l'âme, l'esprit de la sainte oraison et de la ferveur, auquel doivent céder toutes les choses temporelles. Que les religieux reçoivent en récompense de leur travail ce qui est nécessaire à leurs

besoins et à ceux de leurs frères, mais toujours en exceptant l'argent. Et qu'en cela ils agissent avec humilité, comme il convient à des serviteurs de Dieu et à des disciples de la très-sainte pauvreté. »

EXPOSITION.

Les frères à qui Dieu a donné la grâce de travailler. Après avoir éloigné le danger où Judas a péri , saint François met sa religion en garde contre un autre péril : il ne veut pas que l'épouse de Jésus-Christ mange son pain dans l'oisiveté. Il porte donc au travail ceux qui en sont capables et les y exhorte par une triple raison.

Les frères à qui Dieu a donné la grâce de travailler. Il n'entend pas tous les frères, mais seulement ceux à qui la grâce en a été accordée. Or, par cette grâce , il faut comprendre les forces corporelles ,

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l'habitude acquise du genre de travail auquel on doit se livrer et l'aptitude. Que ceux-là donc travaillent fidèlement par rapport à eux-mêmes et au prochain, et dévotement par rapport à Dieu, c'est-à-dire en dirigeant leur travail à la gloire du Seigneur. Mais de quel genre de travail veut parler le saint? On le voit assez par les raisons qu'il apporte : le retranchement de l'oisiveté, l'embrasement de la dévotion et la nécessité de subvenir aux besoins du corps. Il a voulu imposer à ses frères une occupation propre à exclure parfaitement l'oisiveté , à nourrir souverainement la dévotion , et à procurer d'une manière honorable les choses nécessaires au soutien de la vie. Le travail corporel éloigne bien, il est vrai, l'oisiveté extérieure; mais il est d'une utilité médiocre , il ne chasse point du coeur ce désordre et il n'y apporte pas la pureté, comme nous le voyons par l'exemple des hommes appliqués aux travaux mécaniques et qui ont coutume, au milieu de leurs occupations, de se répandre en toutes sortes de discours honteux. C'est à l'étude de la sagesse qu'il appartient d'occuper vraiment le coeur. Ainsi il est dit dans les Proverbes : Mon fils, donnez-moi votre cœur (1); et au livre de la Sagesse : Les grandes vertus sont son ouvrage (2) . Voilà pourquoi notre règle ajoute : En éloignant un repos ennemi de l'âme. En effet, l'oisiveté a enseigné beaucoup de mal (3). « Tenez pour certain , dit saint Jérôme , que l'oisiveté est la mère de toute concupiscence, de toute impureté et de tout péché. » Ensuite le travail

1 Prov., 23. — 2 Sap., 8. — 3 Eccli., 33.

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de la sagesse excite en nous les sentiments de la dévotion la plus vive, car on trouve l'immortalité à s'unir avec la sagesse, un saint plaisir dans son amitié, des richesses inépuisables dans les ouvrages de ses mains (1).

Qu'ils travaillent de façon à ne pas éteindre l'esprit de la sainte oraison et de la dévotion. La manière la plus honorable de pourvoir aux besoins du corps , c'est de s'exercer aux travaux de la prédication et de l'enseignement. Le travail mécanique peut être récompensé selon son mérite , mais celui qui sème des biens spirituels ne saurait par des biens corporels recevoir une récompense égale à ses droits. C'est pourquoi saint Paul s'écrie : Si nous avons semé en vous des biens spirituels , est-ce donc une grande chose que nous recueillions un peu de vos biens temporels (2) ?

Que les religieux, en récompense de leur travail , reçoivent ce qui est nécessaire à leurs besoins corporels. En effet , l'ouvrier est digne de recevoir un salaire (3). Ces paroles ont été dites pour les apôtres , alors qu'ils prêchaient l'Evangile; car en ce temps on ne comptait pas encore de prélats, comme nous l'avons vu plus haut. Or, selon saint Augustin , quatre sortes de personnes ont droit à vivre de l'Evangile : les ministres de l'autel , qui offrent le saint sacrifice pour le peuple et chantent les divins cantiques , les dispensateurs des sacrements, les prédicateurs et ceux qui, avant leur conversion ayant suffisamment de quoi vivre, l'ont distribué aux pauvres.

1 Sap.. 8. — 2 I Cor., 9. — 3 Luc., 10.

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Mais toujours en exceptant toute espèce de monnaie ou d'argent, de peur que cela ne finisse par passer en droit. C'est pour la troisième fois que cette défense a lieu , parce que l'on entend par argent trois sortes de choses : l'argent proprement dit, les fruits de la terre et les troupeaux. Au reste nous ne lisons nulle part que le Seigneur de toute perfection se soit jamais livré à aucun travail corporel. Sans doute l'apôtre saint Paul, à qui l'esprit de grâce a été communiqué avec plénitude et la sagesse sans aucun effort d'étude , s'est livré à un travail manuel et rétribué. Mais Jésus-Christ savait bien qu'il ne pouvait en être ainsi communément de ceux dont la vie et la parole sont consacrées au salut des âmes sans nuire à leur ministère. En outre, le travail de la sagesse considéré en soi l'emporte en excellence sur le travail corporel, quoique ce dernier puisse quelquefois par hasard être nécessaire au prédicateur. Le Seigneur choisissant donc ce qui est meilleur en soi pour l'homme appliqué à répandre la divine parole , n'a pas voulu embrasser un travail manuel , afin de ne pas laisser accuser ses docteurs qui ne pourraient s'y livrer, et afin qu'ils ne fussent pas empêchés par un tel travail. Aussi saint Paul lui-même n'a-t-il pas toujours travaillé de la sorte, mais seulement quelquefois. Cependant, comme plusieurs frères ont reçu la grâce de travailler spirituellement, d'autres corporellement, notre saint a donné à tous une règle générale, afin que chacun pût en user selon le don de Dieu, et il a dit : Les frères à qui le Seigneur a accordé la grâce de travailler.

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Mais aussi de peur que l'exigence de la récompense ne trouble les débiteurs et ne dépasse les bornes de la mendicité, il ajoute : En cela ils agiront avec humilité, comme il convient à des serviteurs de Dieu et à des disciples de la très-sainte pauvreté. Nous devons savoir que tous les hommes sans exception sont tenus en vertu d'un précepte à quelque genre de travail utile, car il est écrit : Vous mangerez votre pain à la sueur de votre front (1). Ceux donc qui ne sont point aptes à des travaux plus relevés doivent s'exercer à un travail corporel, selon le commandement de l'Apôtre. Nous apprenons, dit-il, qu'il y a parmi vous quelques gens inquiets, ne travaillant point et se mêlant de ce qui ne les regarde pas. Or, nous ordonnons à ces personnes et nous les conjurons par Jésus-Christ Notre-Seigneur de manger leur pain en travaillant en silence (2). Mais c'est une impiété de vouloir étendre à d'autres qui sont appliqués à des travaux plus sublimes et plus utiles ce qui n'a été dit que pour les paresseux et les curieux.

CHAPITRE VI. Que les frères ne doivent rien s'approprier, et ensuite de la demande de l'aumône et des frères malades.

« Que les frères ne s'approprient ni maisons, ni lieu, ni aucune autre chose; mais qu'ils soient en

1 Genes., 5. — 2 II Thess., 3.

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ce monde comme des voyageurs et des étrangers , occupés à servir Dieu dans la pauvreté et l'humilité , et qu'ils aillent demander l'aumône avec confiance. Ils ne doivent point rougir d'en agir ainsi, car le Seigneur lui-même s'est fait pauvre pour nous en ce monde. C'est cette hauteur sublime de la pauvreté qui vous a établis les héritiers et les rois du royaume céleste, ô mes frères bien-aimés; c'est elle qui vous a rendus indigents des choses de ce monde et vous a enrichis de vertus. Qu'elle soit donc votre partage et qu'elle vous conduise dans la terre des vivants. Attachez-vous à elle sans réserve, ô mes chers frères, et au nom de Jésus-Christ notre Seigneur ne désirez jamais rien posséder autre chose sous le ciel. En quelque lieu que se trouvent les frères, qu'ils se montrent mutuellement les serviteurs les uns des autres, et qu'ils se fassent con- naître sans crainte leurs besoins réciproques; car si une mère aime et nourrit son enfant selon la chair, combien plus devons-nous aimer et nourrir notre frère selon l'esprit? Et si quelqu'un tombe malade, les autres frères doivent le servir comme ils voudraient être servis eux-mêmes. »

EXPOSITION.

Que les frères ne s'approprient rien. Ici notre saint éloigne de nous le troisième danger que nous savons résulter des biens propres. Ce chapitre renferme quatre parties : d'abord, il défend toute propriété ; en second lieu , il impose la mendicité ; en troisième

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lieu , il excite à un amour immuable de la pauvreté; et enfin il porte les frères à se consoler mutuellement.

Notre fondateur dit donc : Que les frères ne s'approprient rien. Il avait déjà défendu de recevoir de l'argent ; pour ne pas laisser croire qu'il soit permis de recevoir autre chose comme des biens immeubles, il exclut tout par ces paroles générales : Qu'ils ne s'approprient rien, soit à titre de propriété personnelle, soit à titre de propriété commune , selon que nous le dit le Pape dans sa déclaration de notre règle. C'est pourquoi il ajoute : ni maison, ni lieu, ni aucune autre chose. Et cela avec raison; car, dit Sénèque, la vie se passerait en toute sécurité si l'on faisait disparaître deux mots le mien, le tien. En effet , de nos jours, les plus grandes perturbations naissent de ces deux mots : le nôtre, le vôtre. Mais qu'ils soient en ce monde comme des voyageurs et des étrangers occupés à servir Dieu dans la pauvreté et l'humilité. L'intention évidente de saint François est donc que ses religieux usent des choses placées sous la puissance d'autrui comme de simples serviteurs.

Mais plusieurs adversaires de notre saint fondateur et de la vérité nous ont objecté le canon suivant : Il convient de posséder les biens de l'Eglise et de mépriser les siens par amour de la perfection. Ainsi saint Paulin, après s'être dépouillé de tout ce qu'il possédait , devint évêque , et il administra les biens de son Eglise avec une souveraine fidélité. Cela nous enseigne assez à rejeter nos biens propres par le désir de la perfection ; mais aussi nous y apprenons qu'on peut

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en même temps , sans mettre obstacle à son avancement, administrer les biens de l'Eglise , ce qui est la même chose que de posséder des biens communs. Par conséquent il n'y a donc aucun avantage pour notre perfection à nous dépouiller de ces sortes de biens.

2° Ce genre de vie semble accuser l'Eglise d'une chose fausse; car les clercs et les religieux qui possèdent des. biens ecclésiastiques n'en sont pas les maîtres , mais les usufruitiers. En effet , les biens de droit divin n'appartiennent à personne; ainsi les clercs en ont seulement l'usage et non le domaine.

3° Ils nous disent en troisième lieu: Les choses dont se servent les frères mineurs ont un maître ou n'en ont point. Si elles n'en ont point, pourquoi en font-ils usage plutôt que d'autres? Si elles sont à quelqu'un , comme à l'Eglise romaine, les frères qui les méprisent sous prétexte de perfection et les laissent à l'Eglise , semblent donc lui reconnaître une imperfection. Or, une telle prétention est un crime; car l'Eglise a été donnée pour être le miroir et l'exemple du monde entier.

4° Les biens dont les frères mineurs font usage sont propres ou communs. S'ils sont propres, donc ils les possèdent d'une manière coupable; s'ils sont communs, ils font partie de ceux dont il est dit : Toutes choses étaient communes (1),

5° Les frères mineurs se servent de choses qui sont consommées par l'usage seul. Or, en de telles choses,

1 Act., 4.

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le domaine n'est pas différent de l'usage. Le domaine, c'est l'appropriation au suprême degré; donc ils s'approprient ces choses, comme la nourriture, le vêtement, etc.

Je réponds à la première objection : Comme la communauté des biens a été instituée dans le principe pour fomenter la charité, ainsi le renoncement à tout droit propre ou commun , commandé aux apôtres , a été renouvelé en ces derniers temps pour extirper l'avarice qui se répand aujourd'hui à l'occasion des biens ecclésiastiques d'une manière bien plus pernicieuse que dans les temps passés,quoique l'abus de tels biens soit un sacrilège. Lors donc que les saints canons nous disent : Il convient, etc. , je dis aussi : Il convient, je l'avoue, mais il est écrit : Toutes choses ne conviennent pas à tous, et tous ne se plaisent pas aux mêmes choses (1). Aussi l'Apôtre dit-il aussi que pour lui de pareilles choses ne lui sont pas profitables. Tout m'est permis, s'écrie-t-il , mais tout ne m'est pas avantageux (2). Et il en donne la raison en ajoutant : Pour moi je ne me rendrai l'esclave de qui que ce soit, je ne me ferai l'esclave d'aucun juge en lui réclamant quelque chose comme ma possession. Il est donc avantageux qu'il y ait dans l'Eglise des biens communs afin de subvenir aux besoins de ses ministres et de ses pauvres; mais aussi il y a un autre genre de vie avantageux pour ceux qui ne veulent point, en voyant leurs biens se multiplier, s'exposer à devenir l'esclave des choses terrestres; ce genre consiste à ne

1 Eccli., 57. — 2 I Cor., 6.

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rien posséder ni en propre ni en commun. « Le comble du mérite apostolique et de la vertu parfaite, dit saint Jérôme, c'est de vendre tout, d'en donner le prix aux pauvres, et de voler, ainsi allégé et rendu plus agile aux choses célestes, en la société de Jésus-Christ (1). » Il y a , il est vrai, dans le canon cité, qu'on peut sans nuire à sa perfection administrer des biens communs; mais, nous l'avons déjà dit plus haut, nous reconnaissons que les pauvres ne trouvent aucun obstacle à leur perfection à recevoir l'administration de tels biens par ordre de l'Eglise, si ceux à qui elle est confiée désirent, autant qu'il est en eux et autant que le souffre la fragilité humaine, être privés de ce genre de possession , et s'ils ne se re-lâchent en rien de l'austérité de la pauvreté. En administrant ainsi ce qui leur est confié , pour les autres et non pour eux , en possédant, mais de la sorte , ils sont semblables au Sauveur.

Je réponds à la seconde objection : Les biens dont use l'Eglise n'appartiennent, il est vrai , à personne à titre de propriété personnelle; cependant ce sont des biens propres aux communautés des Eglises. Ainsi il est dit au livres des Actes : Nul ne considérait ce qu'il possédait comme étant à lui en particulier, mais toutes choses étaient communes entre eux. Ils possédaient donc en commun, mais non personnellement, et c'est seulement sous ce point de vue que ces choses sont dites n'être à personne. Ainsi, les biens de l'Etat ne sont nominés la propriété d'aucun , et

1 Epist. ad Dem.

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tout le monde les regarde comme celle de tous. Cependant ou ne peut établir une comparaison parfaite entre les propriétés des villes et celles des Eglises.

Je réponds en troisième lieu : Tous les biens meubles dont se sert l'ordre des Frères mineurs appartiennent simplement et immédiatement à l'Eglise romaine. Celui donc qui entre par la porte, selon le précepte de l'Evangile, et possède ces biens pour subvenir aux besoins des autres, celui-là ne fait rien de contraire à la perfection, comme nous l'avons déjà démontré.

Je réponds en quatrième lieu : Les choses dont les frères mineurs font usage leur sont communes quant à l'usage et non quant au domaine. Mais, pour les premiers fidèles de l'Eglise de Jérusalem , toutes ces choses leur étaient communes quant à la possession. Parmi eux cependant plusieurs en eurent l'usage commun sans en avoir la propriété , comme les Apôtres , alors qu'ils gouvernaient immédiatement cette Eglise.

Je réponds enfin, en dernier lieu, qu'il y a un double usage des choses : les uns s'en servent avec une autorité propre, comme les maîtres, et les autres avec une autorité déléguée, comme les serviteurs. Ainsi l'habit dont se sert l'esclave appartient à son maître; le bien acquis par l'esclave l'est au profit du maître, selon la loi. Celui donc qui use des choses avec une autorité propre, pour lui l'usage ne diffère pas du domaine; mais il n'en est pas ainsi de celui qui en use avec une autorité déléguée. Or, comme

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les frères mineurs se sont rendus esclaves de Jésus-Christ , ils se servent, il est vrai, de choses qui se détruisent par l'usage, mais non à titre de maîtres; et en cela ils marchent sur les traces du Seigneur, qui se sustentait d'une nourriture étrangère en recevant continuellement l'hospitalité chez les autres.

Mais on demande si les frères mineurs, ayant seulement l'usage des choses, peuvent l'étendre à toutes sortes de choses quelqu'en soit le prix ou la quantité. Il semble qu'il peut en être ainsi , car saint Grégoire dit (1) : Ce n'est pas la valeur, mais l'affection qui fait le crime. Il suffit donc de garder son coeur libre sans s'inquiéter si les objets sont précieux ou médiocres.

On dit encore : Dieu vit toutes les choses qu'il avait créées, et elles étaient très-bonnes (2).Mais le bien ajouté au bien l'augmente; donc la privation des richesses ne fait rien à la perfection.

Et enfin : Nous voyons beaucoup de saints extrêmement riches dans l'un et l'autre Testament.

Je réponds d'abord : Les frères mineurs faisant profession d'une pauvreté très-élevée, toutes les choses dont ils font usage doivent être en petit nombre, médiocres et grossières : ces qualités accompagnent naturellement une telle pauvreté. Au contraire, les riches ont l'abondance, la gloire, l'éclat, la consolation; car tout cela s'acquiert au moyen des richesses. Or, comme la pauvreté, en tant qu'elle est l'opposé de la richesse, manque de ces avantages si elle existe

1 Mor., l. 10, c. 17. — 2 Genes., 1.

243

réellement, ainsi une pauvreté très-élevée doit en manquer au suprême degré. Il ne convient donc pas à des hommes pauvres d'avoir des cours vastes, des édifices somptueux , des vases ornés , des celliers bien fournis, des greniers abondants ; mais ils doivent réduire tout cela, autant que le permet le besoin, aux strictes rigueurs de la pauvreté. Voilà pourquoi la règle ajoute : Qu'ils soient en ce monde comme des voyageurs et des étrangers.

Je réponds aux paroles citées de saint Grégoire : La valeur d'une chose ne saurait faire le crime en soi ni comme cause, mais seulement elle peut en être l'occasion ; car la trop grande abondance entraîne l'âme de celui qui possède. De là cette parole de saint Bernard : « Le motif principal qui doit nous éloigner des richesses , c'est qu'on ne peut jamais , ou du moins que bien difficilement , les posséder sans amour. »

Et ainsi on comprend ma réponse à la seconde objection. Toutes les choses créées sont bonnes en elles-mêmes; mais elles sont mauvaises par occasion à cause de l'infirmité humaine. Les créatures de Dieu, dit la Sagesse, sont devenues un objet d'abomination à ses yeux, un sujet de tentation aux hommes, et un filet où les pieds des insensés se sont pris (1). De là cette parole d'un poète : « L'amour de l'argent croît avec l'argent lui-même. »

Je réponds en troisième lieu : Quelques saints, il est vrai, ont été riches, mais en bien petit nombre.

1 Sap., 14.

244

Aussi le Sage les exaltant les nomme-t-il au singulier et le fait-il conditionnellement. Bienheureux, dit-il , le riche qui a été trouvé exempt de tache (1). Tandis que le Seigneur prononçant contre eux l'arrêt de condamnation , en parle au pluriel : Malheur à vous, riches, qui avez eu votre consolation sur la terre (2)! D'ailleurs Jésus-Christ s'est montré le docteur de la pauvreté par ses exemples et ses paroles; il mérite donc infiniment d'être préféré; et ce qu'il a choisi , lui, la perfection par excellence, doit donc l'emporter dans notre amour.

Qu'ils aillent demander l'aumône avec confiance. On objecte contre ce point ce qui est écrit des premiers chrétiens : Il n'y avait parmi eux aucun pauvre (3). Mais nous avons déjà répondu que ces premiers fidèles ne professaient pas toute la rigueur de la pauvreté apostolique, car parmi eux il y avait des néophytes et des femmes, et une pauvreté trop hâtée eût été peut-être nuisible. Saint Paul , au contraire, a dit en parlant de lui et de ses imitateurs : Jusqu'à cette heure nous souffrons de la faim et de la soif, et ailleurs: Lorsque j'étais auprès de vous et que je manquais de tout, je n'ai été à charge à personne (4).

On nous dit également : 1° Le Seigneur a été pauvre, il est vrai; cependant nous ne lisons nulle part qu'il ait mendié.

2° Les frères mineurs, en se livrant à la mendicité , semblent faire tort aux autres pauvres qui mendient et sont privés de tout secours humain.

1 Eccli., 31. — 2 Luc., 6. —3 Act. 4, — 4 I Cor., 4-11.

245

3° Il est écrit : Il vaut mieux donner que recevoir (1).

Je réponds d'abord : S'il est par-dessus tout honorable de donner, c'est se soustraire souverainement à l'honneur que de se mettre dans l'impossibilité de donner et dans la nécessité de mendier. Rien ne coûte aussi cher, dit Sénèque , que ce qui s'achète par des prières, et de tous les genres de demandes la plus humiliante est la mendicité; car mendier, c'est vivre de la pitié des hommes , et il est écrit au livre des Psaumes : Que ses enfants vagabonds et errants d'un lieu à un autre soient réduits à la mendicité (2). Que peut-il , en effet , y avoir d'aussi humiliant que de s'offrir à la pitié de tous les chrétiens? C'est pourquoi saint François dit pour fortifier ses frères : Ils ne doivent point rougir de demander l'aumône. Jésus-Christ lui-même a été mendiant ; et saint Augustin expliquant ces paroles du Psaume : Il a poursuivi l'homme indigent et réduit à la mendicité (3), nous dit : « Celui qui poursuit , c'est Judas. Il poursuit le tt pauvre , car le Seigneur n'a pas dédaigné de se rendre pauvre, de riche qu'il était, afin de nous enrichir par sa pauvreté ; mais où trouverons-nous qu'il ait mendié, si ce n'est peut-être dans ces paroles adressées à la samaritaine : Donnez-moi à boire, et dans cette autre prononcée sur la croix : « J'ai soif. » J'ajoute à ce passage de saint Augustin : Tout ce monde appartenait au Sauveur, tout lui était dû de la part des hommes , et cependant il n'a pas usé de sa puissance pour exiger les choses dont il avait

1 Act., 20. — 2 Ps. 108. — 3 Ps. 108.

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besoin. Il ne les a pas exigées avec empire , mais à la manière d’un pauvre mendiant. Ainsi il a dit à Zachée : Hâtez-vous de descendre, etc. (1); les hommes ne l'invitaient pas , et il s'invitait lui-même.

Les apôtres aussi ont observé le même genre de vie. Tout leur était dû, et cependant ils ont reçu de la pitié des autres ce qu'on leur offrait pour leurs besoins.

Saint Bernard parlant sur ces paroles (2) : Lorsque Jésus fut âgé de douze ans, etc., s'écrie : « O Seigneur, afin de vous conformer sans réserve à notre pauvreté, afin de prendre en vous toutes les misères de la vie humaine, vous vous êtes associé à la troupe des pauvres, et comme un d'entre eux vous alliez mendier de porte en porte de quoi vous sustenter. » Saint Augustin nous dit de même : Judas était chargé de la bourse, et ce qu'on y mettait était offert au Seigneur, à moins que vous ne vouliez croire que le Seigneur mendiait dans ses courses et que celui dont les anges sont les ministres était dans l'indigence. Mais pourquoi a-t-il voulu manquer ainsi de tout, sinon pour inviter les montagnes à produire l'aliment destiné à sustenter les malheureux? »

Saint Paul nous dit également (3) : Les Eglises de Macédoine et d'Achaïe ont résolu avec beaucoup d'affection de faire quelque part de leurs biens à ceux d'entre les saints de Jérusalem qui sont pauvres. Elles l'ont résolu, dis-je, avec beaucoup d'affection et elles leur sont redevables; car si les Gentils ont

1 Luc., 19. — 2 Luc., 2. — 3 Rom. 15.

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participé aux richesses spirituelles des Juifs, ils doivent aussi leur faire part de leurs richesses temporelles (1). Or , la Glose expliquant, ce passage : Elles leur sont redevables, donne pour raison de cette dette que les Juifs avaient envoyé des prédicateurs aux Gentils. Mais comme les frères mineurs envoient des prédicateurs au monde entier, ils peuvent donc recevoir de tout le monde les choses nécessaires à leur subsistance. Ils ne font de tort à personne, car, selon la loi , celui-là ne fait aucun tort qui use de son droit; à moins peut-être qu'on ne regarde comme un tort de leur part de recevoir avec une confusion extrême ce qu'ils pourraient avoir avec honneur.

Ensuite tous les biens de l'Eglise du Seigneur et le superflu des riches appartiennent aux pauvres. Or, en participant à de tels biens, on blesse d'autant moins les autres qu'on se contente de moins de choses. C'est ce que fout les frères mineurs. Ils pourraient , comme les autres clercs, vivre dans les honneurs et l'abondance, et ils embrassent l'ignominie et les peines amères; ils mendient pour eux-mêmes, comme saint Paul a mendié pour les autres dans les collectes qu'il fit pour soulager la misère des pauvres.

Enfin , s'il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir, ceux-là sont donc arrivés au suprême degré de la béatitude, qui ont tout donné. Or, saint Jérôme nous dit : « Personne ne distribue d'une manière plus parfaite que celui qui ne se réserve rien. »

De plus, si en recevant on perd de son bonheur ,

1 Rom., 15.

248

ceux qui reçoivent plus perdent davantage, et ceux qui reçoivent moins subissent une perte moins considérable. Or, c'est parmi les derniers entre tous les rangs du clergé, qu'il faut compter les frères mineurs en vertu de leur profession.

Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir, sans doute, toutes choses égales; mais il y a plus de bonheur à recevoir qu'à donner quand on le fait en subissant une si grande humiliation. Aussi le Seigneur a-t-il formé ses apôtres à recevoir, quand il les a envoyés dans le monde dépouillés de tout.

Que les frères aillent donc demander l'aumône avec confiance. Qu'ils n'aient point honte de le faire, car le Seigneur lui-même s'est fait pauvre pour nous en ce monde. Mais qu'ils se glorifient de ce qu'il leur a été donné de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus en ne possédant rien en ce monde.

C'est cette hauteur sublime de la glorieuse pauvreté, etc. Pourquoi cette pauvreté est-elle sublime , sinon parce qu'elle est très-éloignée du monde et par conséquent très-proche du royaume des cieux? Elle est en effet, autant qu'il est possible , semblable à la vie éternelle où rien de terrestre ne saurait être possédé soit en commun, soit en particulier. C'est celte pauvreté qui vous a établis, ô mes frères bien-aimés, les héritiers et les rois du royaume céleste. Vous êtes les héritiers de ce royaume parce que la gloire éternelle est promise à ceux qui abandonnent tout à cause de lui. Ainsi il est dit dans saint Matthieu : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le

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royaume des cieux leur appartient (1). Ils en sont comme les maîtres , quoiqu'ils ne le possèdent pas encore, par cela seul qu'ils ont tout sacrifié pour Dieu. Saint François nous indique de quelle manière s'acquiert un tel bien , en ajoutant : C'est cette pauvreté qui vous a rendus indigents des choses de ce monde et enrichis de vertus. En effet le but de la pauvreté est d'éloigner les obstacles et d’accroître l'éclat de la vertu. Que nos pauvres s'appliquent donc, puisqu'ils l'emportent sur les autres par la rigueur de leur pauvreté, à l'emporter de même par la sublimité de leurs vertus. — Qu'elle soit votre partage et qu'elle vous conduise dans la terre des vivants. Il est juste qu'il en arrive ainsi , puisque nous ne cherchons rien dans la terre des mourants. — Attachez-vous à elle sans réserve, ô mes chers frères; ou autrement : Que tout ce qui sert à votre usage annonce la pauvreté. — Et, au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, ne désirez jamais rien posséder autre chose sous le ciel. En effet le Seigneur a été tellement pauvre qu'il n'a rien eu dont il fût au pouvoir du démon de le déposséder.

Mais une fois réduits à une semblable pauvreté , nous avons besoin d'être consolés par nos frères. C'est pourquoi il ajoute : En quelque lieu que se trouvent les frères, qu'ils se montrent mutuellement les serviteurs les uns des autres. Il leur fait connaître par ces paroles de quelle manière ils doivent agir les uns envers les autres, envers ceux qui sont en bonne

1 Mat., 5.

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santé d'abord, et ensuite envers les malades. Pour le premier point il les exhorte à une charité véritable et non pas seulement apparente. Or, cette charité renferme deux choses : une tendresse intime, affable et cordiale, et le secours dans tous les besoins. Il dit donc : En quelque lieu que se trouvent les frères, à la maison ou ailleurs, qu'ils se montrent les serviteurs les uns des autres, non-seulement en public nais encore en particulier, mais encore dans le secret. Et qu'ils se fassent connaître sans crainte leurs besoins, comme un enfant fait connaître les siens à sa mère. Aussi il ajoute : Si une mère aime et nourrit son enfant selon la chair, combien plus devons-nous aimer avec affection et nourrir avec empressement notre frère selon l'esprit! En effet, l'amour gratuit est plus fort que l'amour selon la chair; car la charité surmonte la crainte naturelle de la mort; ensuite elle a pour base un bien infini, et rien d'infini ne saurait prévaloir contre elle. Cette exhortation est tirée de cette règle de l'Evangile où il est dit : C'est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les attirer (1). Et de cet autre endroit : Et vous, lorsque vous serez converti, vous aurez soin d'affermir vos frères (2). Il ajoute enfin pour les malades : Si quelqu'un tombe malade, les autres frères doivent le servir comme ils voudraient être servis eux-mêmes. Et, cela appartient encore à la charité. Aussi est-il écrit : Ne vous lassez pas de visiter les malades, car vous vous affermissez

1 Joan., 13. — 2 Luc., 22.

251

par-là dans la charité (1). Et le Seigneur dit également : Faites aux hommes ce que vous voulez qu'ils vous fassent (2) .

CHAPITRE VII. De la pénitence a imposer aux frères coupables.

« Si quelques-uns d'entre les frères , à l'instigation du démon, pèchent mortellement, ces frères seront tenus de recourir sans retard et le plus tôt qu'ils le pourront aux ministres provinciaux pour les fautes qui obligent à un pareil recours , selon qu'il a été réglé entre les frères. Si ces ministres sont prêtres, ils leur imposeront une pénitence mais avec miséricorde. S'ils ne le sont pas, ils leur en feront donner une par d'autres prêtres de l'ordre, en la manière qu'ils jugeront devant Dieu être le plus utile. Ils auront soin de ne point se laisser aller à la colère et de ne point se troubler à cause des péchés de leurs frères, car la colère et le trouble

ne servent qu'à empêcher la charité en eux et dans les autres. »

EXPOSITION.

Si quelques-uns d'entre les frères, à l'instigation du démon, pèchent mortellement. Après avoir formé les deux premiers côtés de sa ville de six parties distinctes

1 Eccli., 7. — 2 Mat., 7.

252

et parfaites, notre saint se tourne vers le troisième qui est à l'occident; et ce côté se compose également de trois parties. La première apprend comment il faut relever de leurs chutes ceux qui sont tombés , et les empêcher d'y périr. La seconde traite du principal gouvernement de l'ordre et des moyens de conserver ce même ordre dans un état immuable. La troisième nous enseigne à tirer du péché les personnes du dehors par la prédication de la parole de Dieu. La première partie se subdivise elle-même en trois autres : d'abord, elle demande une juste appréciation du péché; ensuite, une juste correction; et enfin, elle règle la conduite des ministres en ces circonstances.

Notre saint nous dit donc : Si quelques-uns d'entre les frères, à l'instigation du démon, ont péché mortellement. Plus un religieux s'applique avec ardeur au soin de sa perfection , plus l'ennemi déploie de ruses et d'efforts pour le faire tomber. On entend par faute mortelle toute transgression grave et volontaire d'un précepte divin ou de discipline. Ces /i°ères seront tenus de recourir sans retard le plus tôt possible aux ministres de la province pour les fautes qui obligent à un pareil recours, selon qu'il a été réglé entre les frères. Ainsi le Seigneur s'était réservé parmi ses miracles celui de chasser les démons. Il s'agit ici des péchés publics; pour les fautes secrètes on ne doit point les faire connaître. En effet, un péché commis publiquement et au scandale des autres est plus grave, toutes choses égales, qu'un péché secret , et il mérite une punition plus sévère.

253

Si ces ministres sont prêtres: Ce qui doit avoir lieu régulièrement , car les ministres ont charge d'âmes; par conséquent il y a pour eux obligation de connaître l'état de leurs troupeaux et de les diriger dans la foi et dans les moeurs. Cette condition exprimée par la règle a été écrite pour les commencements de l'ordre, à cause du petit nombre de ses prêtres. Ensuite saint François lui-même a fui par humilité l'honneur du sacerdoce , comme l'avait fait avant lui saint Benoît. — Ils leur imposeront une pénitence, mais avec miséricorde. Il recommande la miséricorde de peur qu'il n'arrive selon cette parole : Vous vous contentiez de dominer avec une rigueur sévère et pleine d'empire. Ainsi mes brebis ont été dispersées, parce qu'elles n'avaient point de pasteur (1). — S'ils ne sont pas prêtres, ils leur feront donner une pénitence par d'autres prêtres de l'ordre, etc.

Ils auront soin de ne point se laisser aller à la colère. Il veut parler d'une habitude qui tend à la malveillance avec assentiment du libre arbitre. Je fais cette remarque ; car il n'est pas en notre pouvoir d'empêcher tontes les passions qui se glissent à la suite de la colère. C'est assez de conserver la rectitude de sa volonté et de réprimer quant au consentement tous les mouvements irraisonnables de ce vice. De là ces paroles : Mettez-vous en colère et gardez-vous de pécher (2). — Ils auront soin de ne pas se troubler, c'est-à-dire de ne pas se rendre violents ni emportés vis-à-vis de leurs inférieurs. — A cause des péchés

1 Ezech., 34. — 2 Ps. 4.

254

de leurs frères, car la colère et le trouble ne servent qu'a empêcher la charité en eux et dans les autres. Or, la charité est la vie du coeur. Celui qui a de la haine contre son frère est homicide, dit saint Jean (1). Mais il ne défend pas cette colère qui est du zèle : elle est une vertu nécessaire à la correction du vice.

CHAPITRE VIII. De l'élection du ministre général de l'ordre et du chapitre de la Pentecôte.

« Tous les frères de cette religion sont tenus d'avoir en tout temps un supérieur général choisi parmi eux pour être le ministre et le serviteur de tout l'ordre, et ils lui devront une obéissance inébranlable. A sa mort, les ministres et les gardiens lui choisiront un successeur au chapitre de la Pente- côte, où les ministres provinciaux seront toujours obligés de se rendre, en quelque lieu que le ministre général l'ait indiqué. Ce chapitre aura lieu tous les trois ans, ou bien à un terme plus ou moins éloigné, selon que le général l'aura arrêté. Si cependant tous les ministres provinciaux et les gardiens jugeaient que le ministre général est insuffisant au service et aux besoins de l'ordre, les frères à qui le droit d'élection est donné devront en choisir un autre au nom du Seigneur, à titre de gardien.

1 Joan., 3.

255

Après le chapitre de la Pentecôte les ministres et les gardiens pourront, chacun en particulier, s'ils le veulent et s'ils le jugent avantageux, convoquer eux-mêmes une fois en chapitre les frères soumis à leur autorité. »

EXPOSITION.

Tous les frères de cette religion sont tenus d'avoir en tout temps un supérieur général. Dans ce chapitre, le saint nous tient en garde contre les dangers du couchant en établissant le gouvernement principal de l'ordre. Ce qu'il exprime ici se rapporte à quatre points. Il parle : 1° de la perfection et de l'élection du ministre général; 2° de la célébration du chapitre général; 3° de la déposition du ministre général quand il est inutile; 4° de la célébration du chapitre provincial en chaque province.

Il dit donc : Tous les frères sont tenus d’avoir en tout temps un supérieur général choisi parmi eux pour être le ministre et le serviteur de tout l'ordre. Ainsi il est écrit de Simon , fils d'Onias : Il a été environné de ses frères comme d'une couronne; ils se sont tenus autour de lui comme des cèdres plantés sur le mont Liban (1). Par ces premières paroles de la règle , le saint fait connaître l'autorité du ministre général , en lui donnant ce nom qui embrasse tout. Ensuite il lui inculque l'humilité par ces autres paroles : Pour être le serviteur de tout l'ordre. Lorsqu'il était simple membre de la communauté, il obéissait

1 Eccli.,50.

256

à un ou à deux hommes; maintenant qu'il a été choisi pour être ministre général , il doit obéir aux besoins de tous ses frères. En parlant de l'autorité et de l'humilité du ministre général, il parle aussi de l'unité de cette charge et il dit : Un d'entre les frères. Aucun état ne peut bien se gouverner qu'avec un seul chef. Ainsi le Seigneur a établi un de ses apôtres au-dessus des autres. De même il est écrit dans Ezéchiel : Je susciterai sur mes brebis le pasteur unique que j'ai choisi pour les paître, le vrai David, mon serviteur (1). En effet, tout royaume divisé contre lui-même sera dans la désolation (2).

A sa mort les ministres et les gardiens lui choisiront un successeur au chapitre de la Pentecôte.... Ce chapitre aura lieu tous les trois ans, ou bien à un terme plus ou moins éloigné, selon que le ministre général l'aura ordonné. Quelquefois il est nécessaire, suivant les divers besoins, de se réunir à des époques plus ou moins rapprochées. Nous avons un exemple de ce chapitre dans cette réunion où les disciples assemblés reçurent le Saint-Esprit (3).

Si cependant tous les ministres provinciaux jugeaient que le ministre général est insuffisant aux besoins de l'ordre, les frères à qui le droit d'élection est donné devront, sans acception de personnes ni de nations, en choisir un autre au nom du Seigneur, à titre de gardien. Ce nom de gardien désigne l'acte et non le degré du pouvoir, comme le nom de séraphin indique l'action et non l'ordre des esprits célestes. Ainsi

1 Ezech., 54. — 2 Mat., 12. — 2

Act., 2.

257

dans Isaïe il est dit : L'un des séraphins vola vers moi (1).

Après le chapitre de la Pentecôte, etc. Il n'empêche pas de célébrer des chapitres provinciaux les autres années, mais il fait spécialement mention de celui-ci, parce qu'il est plus nécessaire , afin de faire connaître plus promptement les ordonnances générales capitulaires et pour remplacer les ministres provinciaux dont le temps est expiré.

CHAPITRE IX. Des prédicateurs.

« Que les frères ne prêchent dans le diocèse d'aucun évêque lorsque celui-ci s'y opposera , et qu'aucun religieux de notre ordre n'entreprenne de prêcher au peuple s'il n'a été d'abord examiné et approuvé par le ministre général et s'il ne lui a confié l'office de la prédication. — J'avertis mes frères , et je les exhorte vivement à se conformer à mes avertissements; je les avertis d’avoir pour leurs prédications au peuple des discours mûrement préparés et d'un langage pur, des discours utiles et édifiants , et de faire connaître aux hommes les vices et les vertus, la peine ou la gloire qui les suivent , et tout cela avec brièveté , car le Seigneur nous a fait entendre sur la terre une parole abrégée. »

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