Œuvres spirituelles (page 60)

Bonaventure · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Œuvres spirituelles de saint Bonaventure · 76 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 II Pet., 2. — 2 Eccli., 10.

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ordre. Ainsi il ne convient pas, lorsque les frères sont réunis au cloître ou ailleurs , de passer sans gravité et sans l'honnêteté convenable dans son maintien et dans ses vêtements, ou de se trouver sur leur passage lorsqu'on peut facilement se ranger de côté, ou de faire du bruit devant tout le monde. On doit le respect le plus profond aux assemblés conventuelles, et celui qui ne rougit pas de les troubler par des chuchotements, des rires, des cris ou autres désordres, se montre un orgueilleux incorrigible, incapable de se soumettre aux lois du silence, ou un homme étranger à l'honnêteté et à la vie religieuse. Qu'y a-t-il également de plus honteux que d'agir ou de parler d'une manière inconvenante en présence d'un supérieur? Aussi le religieux qui ne rougit pas de faire le mal sous ses yeux, lui manque ostensiblement de respect et lui refuse l'honneur qui lui est dû ; mais sa faute est bien plus grave s'il porte la témérité jusqu'à l'affliger sciemment par quelques actions insolentes ou par l'importunité de ses paroles. Saint Benoît nous dit que les choses même nécessaires doivent être demandées au supérieur avec une soumission entière et une humilité parfaite. C'est une faute de disputer avec un supérieur; c'est dans un inférieur un manque de respect honteux et abominable. Enfin il faut éviter vis-à-vis des supérieurs et des anciens tout ce qui , dans les mouvements, les paroles, l'exercice de sa charge ou autres choses, sentirait tant soit peu le mépris. Que jamais un jeune frère n'approche ses mains de la tète, des oreilles, du

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visage d'un frère plus ancien, soit pour le féliciter, soit pour un motif quelconque, à moins qu'il n'y ait nécessité, et qu'il ne se permette jamais de plaisanter avec lui par parole ou action au préjudice du respect qu'il lui doit.

Quand un frère s'adresse aux anciens, si quelquefois il est forcé de les appeler par leur nom propre, qu'il doit supprimer ordinairement par respect, il taira toujours leur surnom, à moins qu'il ne soit nécessaire de l'exprimer pour faire éviter toute équivoque aux personnes présentes, car il y a toujours manque de respect à prononcer sans motif le none propre ou le surnom des anciens à leurs propres oreilles. Cependant, bien que l'amour et le respect nous enseignent, conformément à l'Ecriture, à ne point exprimer sans raison un none propre en présence des personnes, on peut le faire quand le mode et les circonstances nous y autorisent sans blesser aucunement les égards. En effet la nécessité, l'amitié ou la coutume changent souvent ce qui est inconvenant en soi. Mais il y a irrévérence à appeler son supérieur par signes ou par paroles, quand on est libre d'aller jusqu'à lui et qu'on le peut aisément, car l'honnêteté demande que vous alliez trouver celui à qui vous devez le respect, et non que vous le fassiez venir à vous. On ne doit non plus jamais nommer un frère par son nous seul, mais il faut y joindre toujours le prénom qui rappelle son état de religieux. De même aussi ou doit éviter d'appeler tout religieux par son surnom ou par le nom de sa patrie.

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Il convient de se faire aider dans les charges humbles et laborieuses par les nouveaux venus et d'un âge semblable. Mais c'est surtout au choeur que cela doit avoir lieu, et ainsi l'acolyte doit se décharger sur l'acolyte, le sous-diacre sur le sous-diacre, etc.; car là principalement on ne doit point voir une acception blâmable des personnes , mais une disposition parfaite selon l'état et le rang de chacun, pour ne point confondre la distinction des ordres établis par nos pères. C'est pourquoi, bien que l'office de chantre n'appartienne en aucune façon aux novices, si le supérieur les oblige à le remplir, ils devront veiller .soigneusement à bien considérer les divers degrés d'ordre dans la distribution des leçons, des répons et des antiennes. Ainsi à vêpres, à matines et à laudes, ils porteront les premières antiennes au supérieur ou à celui qui est de semaine, ou au prêtre le plus ancien. Après s'être adressés à une ou deux personnes du même rang, ils pourront passer à d'autres, mais en observant toujours régulièrement les degrés d'ordre. Qu'ils ne. choisissent pas aisément des frères d'un rang distinct, et qu'ils ne chargent pas d'offices moindres ceux qui sont plus élevés : les règles enseignent à préférer aux autres les plus anciens dans chaque ordre. Qu'ils ne regardent donc jamais comme conforme à la religion la confusion en ce point, car c'est là plutôt un abus et une occasion d'irrévérence. Que tout, dit l'Apôtre , se fasse parmi vous avec bienséance et avec ordre (1) . Et dans l'Ecriture il est dit des ministres

1 I Cor., 14.

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du Seigneur : « Qu'ils se tenaient dans leurs fonctions selon leur rang (1). » Si quelqu'un pense qu'il faut considérer au choeur l'ordre des places sans aucune attention aux personnes, je lui laisse à juger si les dispositions prises par les ouvriers dans la confection de leur travail doivent l'emporter sur la distinction établie par l'Eglise. Ainsi l'autorité , la justice et l'honnêteté exigent qu'on observe, dans l'Eglise, vis-à-vis des personnes, ce qui a été réglé par l'Eglise.

On manque au respect par omission lorsqu'on néglige de rendre aux anciens et surtout aux supérieurs l'honneur et les égards qui leur sont dûs , ou lorsqu'on le fait d'une manière imparfaite. Quelques détails nous aideront à comprendre cela. Ainsi l'on manque à l'honneur qu'on leur doit, quand on ne se lève pas humblement à leur approche , ou quand on s'assied alors qu'ils sont debout. Il en est de même si , les siéges manquant au choeur, on ne leur en procure pas; si au choeur, au réfectoire, étant assis ou en voyage avec eux, etc., on ne leur cède pas le premier rang , alors qu'on le peut facilement. Il manque aux égards auxquels ils ont droit, celui qui, les voyant dans un besoin réel, ne leur vient pas en aide; celui qui, les trouvant occupés à un emploi humiliant et pénible , ne s'offre pas à le remplir lui-même ou à le partager avec eux, ou qui leur laisse à accomplir ce qui est de sa charge. Il convient donc que les plus jeunes frères , se montrant pleins d'une humble déférence pour les anciens, s'appliquent à les

1 II Par., 50.

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prévenir en tout ce qui est purement pénible et sans honneur et en tous les offices d'humilité : tels sont, au choeur, allumer les cierges, placer les livres, réciter l'invitatoire et les leçons à l'office de la sainte Vierge lorsqu'on le lit sans chanter, réciter également les leçons à l'office des morts, du moins pour le premier nocturne, les petits versets aux heures, lorsque personne n'a été désigné spécialement pour cela; tels sont encore offrir de l'eau pour laver les mains, dégarnir les tables après les grâces, servir les piètres à l'autel , etc. Toutes les fois que leur office le demande , qu'ils soient dans les ordres mineurs ou les ordres sacrés, ils doivent se montrer empressés et vigilants pour ne point laisser de telles choses ou autres semblables à la charge des anciens. Un diacre ou un sous-diacre qui ne l'ait rien ou est occupé de choses qu'il peut facilement mettre de côté pour le moment, doit rougir de laisser un prêtre remplir à la messe les fonctions d'un diacre, ou un diacre celles d'un sous-diacre. Ce n'est pas une affaire bien grave si, la semaine terminée, il est obligé de demeurer encore en exercice; assez souvent des offices plus pénibles restent à la charge de plusieurs au-delà du temps marqué. Chacun doit donc conserver son rang et ne rien entreprendre sur un rang plus élevé, à moins qu'une raison convenable ne l'exige.

Lorsque nous avons quelques services à rendre aux anciens et surtout à ceux qui tiennent la place de Jésus-Christ dans la garde de nos âmes, il ne faut point négliger de se découvrir en leur parlant ou en

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les aidant, de s'incliner humblement devant eux selon le temps et le lieu , ou de leur témoigner notre respect par notre empressement à les secourir. Mais l'homme superbe, dit saint Prosper , n'observe rien de semblable en ces circonstances. Il est arrêté dans l'esprit de certains insensés de n'avoir de déférence pour aucun , et de ne tenir aucun compte de la diversité des rangs et des personnes, d'accuser du crime d'adulation et de partialité ceux dont la conduite est différente. Ce sont des hommes amis de la confusion; ils veulent soustraire leurs supérieurs à l'orgueil et ils ne veillent pas sur eux-mêmes. Ils font preuve d'un manque de respect indigne de la vie religieuse , car notre profession et la doctrine de l'Evangile nous enseignent à nous montrer pleins d'humilité vis-à-vis des anciens , et nulle part, je pense , on n'y permet aux antres l'orgueil ou une usurpation téméraire d'égalité. Sans cloute les anciens, s'ils veulent demeurer dans l'humilité, ne doivent point désirer les hommages de leurs inférieurs, mais être au milieu d'eux humbles et faciles. C'est le conseil du sage (1) : Plus vous êtes grand, dit-il, plus vous devez vous humilier en tout. C'est le commandement de la Sagesse elle-même (2) : Que celui qui est le plus grand parmi vous, devienne comme le plus petit. Et saint Pierre après avoir dit : Jeunes gens, soyez soumis aux vieillards, ajoute pour les uns et les autres : Tâchez de vous inspirer tous mutuellement l'humilité (3). Au reste, alors que l'humilité est pour tous sans

1 Eccli., 3. — 2 Luc., 22. — 3 I Pet., 5.

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distinction un puissant rempart contre les efforts de notre ennemi, je ne sais comment sa vertu est plus grande en ceux qui sont plus élevés, et plus éclatante avec les hommes environnés de gloire.

Mais ce n'est pas seulement pour les personnes, mais encore pour les lieux , comme l'église et surtout l'autel , qu'il faut avoir un profond respect. Lors donc qu'on s'approche de l'autel, le maintien doit être plus grave et plus humble et surtout témoigner de la dévotion dans le ministre du Seigneur : ainsi il est nécessaire d'éviter toute précipitation ou tout ce qui serait tant soit peu irrespectueux. De même, à l'église, hors le temps des offices , que l'on ne se permette ni de parler, ni de rire , ni autre chose d'inconvenant. Lorsque vous entrez dans le palais des rois, dit saint Chrysostôme, vous réglez vos regards, votre démarche et toute votre personne, et lorsque vous entrez à l'église , qui est vraiment le palais du Roi , c'est au milieu des rires (1)!

Il faut encore se montrer respectueux pour les jours sacrés, c'est-à-dire les dimanches et les fêtes solennelles , et cela en s'abstenant des occupations communes et en s'appliquant plus soigneusement aux saints offices ; car, dit Hugues, les jours de fête exigent d'autres soins , un autre genre de vie que les jours consacrés au travail. Alors on doit s'efforcer de célébrer avec plus de dévotion les mystères sacrés, persévérer plus longtemps dans la prière; consacrer à ce divin ministère tous les actes et tous les mouvements

1 Hom. 15, in epist. ad Hebr.

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de son coeur et de son corps, et, pour tout dire en un mot , célébrer les jours de fête par une vie nouvelle ; tandis que pour les jours où il est permis de travailler, nul ne doit rester entièrement oisif. — Au reste , nous parlerons encore de l'irrévérence à éviter dans les saints offices et les choses qui s'y rapportent , en traitant de la manière de témoigner son respect.

CHAPITRE VII. De la discipline en général.

Après avoir parlé des choses qui préparent à la discipline, et par incident de quelques-uns de ses effets , il est temps de nous entretenir plus directement de cette discipline elle-même qui , après le dépouillement du vieil homme et l'affermissement de notre esprit contre les embûches du démon , s'élève sur la racine de l'humilité. Nous commencerons par examiner en général qu'est-ce que la discipline , quelle en est l'utilité , comment on arrive à la connaître et comment on la garde ; ensuite nous entrerons dans les détails particuliers.

La discipline , dit Hugues (1), est un régime de vie bon et honnête , où l'on ne se borne pas à éviter le mal , mais où l'on s'applique , même dans l'accomplissement du bien , à se montrer irrépréhensible en tout. — La discipline est un mouvement bien réglé

1 Inst., mon., c. 10.

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de tous nos membres , une disposition pleine de décence dans tout notre extérieur et toutes nos actions. Vous avez appris , continue le même auteur, ce que c'est que la discipline; voyez maintenant combien elle est utile et nécessaire. La discipline est le tombeau des mauvais désirs , le frein de la concupiscence , le joug destiné à abaisser l'orgueil ; elle dompte l'intempérance , elle enchaîne la légèreté, elle étouffe les mouvements désordonnés de notre esprit. De même que tout désordre du corps naît de l'inconstance de l'esprit ; de même aussi , lorsque le corps est captivé par la discipline , l'esprit s'affermit et se fortifie , et peu à peu il se pacifie intérieurement ; gardé ainsi par cette discipline, rien de nuisible ne peut l'atteindre du dehors. Mais quand l'âme a perdu sa stabilité, bientôt elle se répand à l'extérieur par des mouvements sans arrêt, et cette mobilité est un indice qu'il n'y a plus en cette âme aucune base solide. C'est ce qui a fait dire à Salomon : « L'homme qui abandonne la loi de Dieu est un bouline inutile; ses actions démentent ses paroles : il fait des signes avec ses yeux, il frappe du pied, il parle avec les doigts (1) . »

Or, cette science qui nous forme ainsi à une vie droite et honnête, l'homme doit l'acquérir de plusieurs manières : parla raison, par les enseignements, par les exemples , par la méditation des saintes Ecritures, par une considération assidue de ses oeuvres et de sa conduite. Ce dernier point est peut-être le plus nécessaire, et il importe avant tout que l'on soit

1 Prov., 6.

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plein de circonspection et de prévoyance en toutes ses actions, et que par un examen de chaque jour on repasse attentivement en soi-même ses pensées , ses paroles et ses actes. Les sages apprennent toujours en agissant , et par la pratique des bonnes oeuvres ils arrivent sans cesse à une connaissance plus parfaite et plus grande de la vertu. L'expérience de ce qu'ils ont fait les rend plus vigilants dans ce qu'ils ont à faire.

Quoique l'homme ne doive jamais abandonner la discipline , cependant il doit y tenir avec plus de soin et de sollicitude là où , en se montrant négligent , il serait une occasion de scandale, et encore là où, en l'observant, il attire les autres à l'imiter. Ainsi il faut distinguer dans la discipline les choses qu'on ne doit jamais omettre et celles qu'on peut faire ou laisser selon le temps et le lieu. Mais souvent il est nécessaire d'avoir pratiqué en particulier les choses qu'il faudra accomplir en public , car en les négligeant lorsque nous sommes seuls nous nous exposons à ne pouvoir les faire devant les autres , et alors ou nous manquons entièrement à la discipline et nous scandalisons , ou nous agissons d'une manière inepte en nous efforçant d'accomplir des choses auxquelles nous sommes étrangers et nous prêtons à rire.

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CHAPITRE VIII. De la discipline en particulier.

Il est temps de traiter en particulier de la discipline à observer parmi les frères et les étrangers. Parmi les frères , la discipline embrasse des choses spirituelles et des choses corporelles. Parmi les choses spirituelles, les unes regardent l'éloignement du mal , les autres l'accomplissement du bien. Pour les premières il faut considérer la discipline par rapport à la confession privée et par rapport à la confession publique. Mais comme la discipline , selon la définition de Hugues, est un genre de vie bon et honnête, il faut donc diriger l'oeil de notre considération vers la bonté et l'honnêteté tout ensemble.

CHAPITRE IX. De la discipline touchant la confession privée.

Il faut se confesser des offenses de chaque jour, offenses dont notre vie ne saurait être exempte. Or, cette confession doit être particulière pour les fautes privées , publique pour les fautes publiques, et quelquefois aussi elle doit être particulière pour ces dernières fautes. Pour la confession privée , nous devons

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savoir à qui , combien de fois , quand et où elle doit se faire, et quelle règle les nouveaux frères ont à observer sur ce point. Ils doivent s'adresser au supérieur, ou, s'il l'a établi lui-même, au maître des novices et non à un autre, si ce n'est en son absence, et alors seulement à celui qui a été choisi pour cela du consentement des supérieurs. Ils se confesseront trois fois par semaine, ou plus souvent s'il est nécessaire , au lieu et au temps indiqués, et toujours avec soin et un profond respect pour le sacrement. Qu'ils n'aiment point à changer de confesseur, à s'adresser tantôt à l'un, tantôt à l'autre. Si la nécessité les y force, qu'ils accusent ensuite leurs fautes les plus considérables à leur confesseur principal. Cependant on peut par dévotion faire l'aveu des mêmes fautes à plusieurs prêtres. Autrement ce n'est pas la marque d'une conscience bien réglée ou bien pure, d'avoir ainsi plusieurs confesseurs. On agit encore d'une manière salutaire quand, après avoir fait une confession générale de ses fautes passées à un prêtre, on continue à s'accuser auprès de lui de ses fautes de chaque jour, ou lorsque, prenant un nouveau directeur, on lui découvre parfaitement toute la corruption de ses anciennes blessures.

La discipline touchant la confession embrasse le discernement, la simplicité et le respect. Les novices doivent apporter le plus grand soin à ce discernement, ou autrement qu'ils examinent avec diligence , avant de s'approcher, les offenses dont ils sont coupables; qu'ensuite ils s'accusent, en commençant par les fautes

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spéciales, et cela avec ordre, brièvement, sans redire inutilement les mêmes choses et les mêmes offenses; et qu'ils se confessent en faisant connaître successivement leurs péchés depuis le premier jusqu'au dernier. Cependant on permet quelquefois à la dévotion ou au besoin de la conscience de revenir sur ce qui a déjà été confessé. En second lieu la confession doit être simple, c'est-à-dire qu'il faut s'accuser sans détour et avec dévotion , sans chercher à s'excuser ou à aggraver ses torts , sans nommer ceux que l'on pourrait avoir pour complices et ne point passer d'une manière générale sur les choses spéciales. Il ne faut non plus sous aucun prétexte cacher ses tentations, ni mépriser ce qui semble léger, de peur d'arriver insensiblement à quelque chose de plus grave. Quand une maison est illuminée des rayons du soleil , un regard attentif découvre toujours en elle quelques atômes , malgré les soins empressés apportés à la purifier. Ainsi le coeur éclairé des lumières de la grâce voit les taches les plus légères et distingue dans un examen profond les piéges les plus cachés des vices. Plus une âme est pure, plus elle se reconnaît couverte de crimes et trouve de puissantes raisons de s'humilier. Cependant il est nécessaire de mettre de côté certains scrupules inutiles qui ne sont propres qu'à jeter la conscience dans la confusion et l'erreur.

Non-seulement le respect intérieur convient à celui qui confesse ses fautes , mais encore le respect extérieur. Ainsi , il doit éviter, en traitant avec son confesseur de tenir la tête élevée, ou autre maintien

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semblable, s'il le peut commodément, mais demeurer humblement devant lui à genoux , la tête baissée et découverte tout le temps de la confession.

CHAPITRE X. De la discipline touchant la confession publique.

Les fautes publiques , avons-nous dit , demandent une confession publique. Mais il faut considérer où et commuent elle doit se faire, et quelles fautes doivent en être l'objet. Cette confession se fera ou en présence du supérieur au chapitre des profès, s'il est permis au coupable d'y assister et si c'est la coutume, ou en présence du maître des novices aux réunions qui leur sont propres, ou en présence d'un ou de plusieurs frères s'ils ont été seuls témoins de l'offense. Mais d’abord si l'on reconnaît avoir blessé son frère , mime légèrement , par ses actions ou ses paroles , il faut s'efforcer avant le repas ou avant le coucher, de l'apaiser par une humble satisfaction , et de le prévenir en lui demandant pardon de peur qu'un autre prenant le devant ne nous ravisse le mérite de l'humilité. Au chapitre des profès , aussitôt après ces paroles : Pretiosa, etc., et les recommandations faites , que les novices s'accusent des fautes les plus graves et les plus connues, et qu'ensuite ils sortent ensemble pour se rendre au lieu de leur réunion particulière où aucun

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séculier ne sera admis. Cependant un usage, sagement adopté en plusieurs lieux , ne permet pas aux nouveaux venus de s'accuser ainsi au chapitre des profès; mais on leur désigne un maître pour recevoir dans leurs assemblées l'aveu de leurs fautes. Dans le second chapitre , que le maître des novices doit tenir deux fois par semaine , ou plus souvent si le supérieur le juge à propos, ils s'accuseront, selon que nous venons de le dire, s'ils ne l'ont fait déjà dans le premier chapitre. Autrement, qu'ils confessent selon l'avis de leur directeur les fautes les plus notables et les négligences les plus connues. Ensuite celui-ci les re-prendra avec charité selon qu'il le jugera convenable et selon les besoins de chacun , et il leur donnera des instructions charitables. Il aura soin de considérer avec une souveraine attention s'ils cherchent Dieu de tout leur cœur, s'ils sont ardents à l'oraison , empressés pour les saints offices , pieux et prompts en l'obéissance, patients dans les corrections et les injures, afin d'avoir sur toute leur conduite et leur vocation une certitude plus parfaite. Il se montrera une mère par la douceur de sa tendresse, et un père par la sévérité de ses corrections. Cependant il devra être plus rigoureux en ses jugements qu'en ses discours , car celui qui est doux en ses paroles arrivera à de grandes choses (1). Il ne faut point leur imposer de pénitence à faire en présence de toute la communauté sans l'assentiment du supérieur.

Enfin, si l'on veut faire cette confession d'une

1 Prov., 16.

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manière convenable et entièrement conforme à la discipline, on doit y observer l'honnêteté, la prudence et l'humilité. L'honnêteté, en s'accusant la tête découverte, sans rire, sans porter les yeux de côté et d'autre, sans faire aucun signe, les mains jointes, et tout le reste du corps dans une attitude respectueuse. Quant à la prudence, nous en avons parlé dans le chapitre précédent; elle consiste principalement à s'accuser en peu de mots sans mêler personne à ses torts, et ainsi elle embrasse la simplicité. L'humilité se montre dans le maintien du corps et dans les paroles. Pour le premier cas, elle demande qu'on se prosterne jusqu'à terre, selon la coutume des frères; pour le second, que l'on ne fasse entendre que des paroles de soumission et de repentir et rien qui sente l'orgueil ou l'impatience. Lorsque, au chapitre ou ailleurs, on se croit repris trop rigoureusement ou d'une manière injuste, que l'on ne se trouble point , mais qu'au contraire , heureux de l'occasion qui se présente de pratiquer la vertu , on se réjouisse et on tressaille d'allégresse dans le Seigneur , en voyant combien les frères sont diligents à corriger et à châtier ceux qu'ils aiment , et que nos cœurs soient disposés à souffrir avec joie et humilité toutes sortes d'afflictions à cause de Jésus-Christ. Les profès doivent, sans doute, à cause de la faiblesse de plusieurs, s'abstenir sagement de les réprimander à chaque faute, ou de blâmer trop sévèrement, quoique avec de bonnes intentions, ce qu'ils trouvent de répréhensible en eux, mais en avertir le maître. Cependant les novices

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devront désirer être repris de tous les frères et étre instruits par tous sans exception. Celui qui ne veut point être repris, ne veut pas se corriger. Vous recevrez volontiers les avertissements, dit un auteur, vous souffrirez avec patience les réprimandes. La vraie vertu de patience rendra les novices agréables à Dieu et aux frères. Qu'ils ne défendent donc en aucune façon leurs torts. La faute que l'on défend, dit saint Grégoire, devient une faute doublet. Mais s'ils se reconnaissent véritablement innocents, ils commenceront d'abord par satisfaire humblement, quoi qu'il puisse en être , et ensuite ils pourront découvrir leur innocence à celui qui les reprend , avec humilité toutefois, et si on les interroge ou s'ils obtiennent la permission de se disculper. C'est pourquoi saint François a dit : Heureux le frère qui ne s'empresse pas de s'excuser et souffre avec humilité la honte et les reproches pour des fautes dont il n'est point coupable.

CHAPITRE XI. De la discipline quant à l'accomplissement du bien.

Il est juste maintenant de nous entretenir un peu de la discipline dans ses rapports avec le bien à accomplir. Nous la considérerons d'abord comme formant notre

1 Mor., l. 4, c. 24.

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coeur , et là elle embrasse la lecture qui éclaire l'intelligence, et l'oraison qui enflamme la volonté. Nous passerons ensuite à l'exercice extérieur , et nous aurons à parler de l'office divin. Enfin nous traiterons de la discipline d'action , et elle concerne le ministère des autels.

CHAPITRE XII. De la discipline en tant qu'elle forme notre

coeur, et d'abord de l'oraison.

Que les novices s'appliquent donc à l'oraison, non-seulement dans le lieu destiné à cet exercice, mais en tous lieux puisqu'ils sont le temple de Dieu, et surtout dans la solitude et le secret de leurs cellules : car l'oraison est d'autant plus sûre qu'elle est plus éloignée de tout regard des hommes. Que là ils se tiennent à eux-mêmes un chapitre où ils chercheront dans un examen de chaque jour s'ils ont fait des progrès ou s'ils se sont relâchés. Qu'ils rendent, avec toute la dévotion dont leur coeur est capable , leurs actions de grâces au Sauveur pour le bienfait de leur vocation et ses autres dons innombrables, et qu'ils lui demandent par les supplications les plus vives de vouloir bien conduire à sa perfection le bien commencé en eux. Que non-seulement ils prient pour eux-mêmes, mais encore pour les autres, soit morts, soit vivants, et qu'ils s'en fassent une règle habituelle.

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Celui qui prie peut commencer par louer Dieu , en-suite se rappeler les bienfaits dont sa miséricorde l'a comblé, lui exposer les nécessités et les besoins de son âme, et, en dernier lieu, lui adresser ses demandes avec humilité. Cependant il est bon de suivre la marche et l'ordre suggérés par l'Esprit-Saint et plus conformes à notre goût. La méditation excite et forme en nous le désir de la prière. La sainte méditation , dit Hugues, est si nécessaire à l'oraison, que celle-ci ne peut être parfaite si elle n'en est précédée ou accompagnée. En effet, ceux qui négligent de considérer leur misère se laissent aisément tromper par l'ignorance de leur état et ne demandent rien; ou , s'ils demandent, leur paresse les empêche de le faire comme il convient. Plus un homme comprend les infirmités de son âme, plus il soupire et gémit abondamment. Il est donc nécessaire, si nous voulons prier Dieu avec prudence et utilité, d'exercer notre esprit à une méditation continuelle. La considération de notre misère nous apprendra quelles demandes nous avons besoin d'adresser à Dieu , et la vue de sa divine miséricorde avec quelle ardeur nous devons demander. C'est sur ces deux ailes, sur notre misère et la miséricorde de notre Rédempteur, que s'élève l'oraison.

Ensuite, l'oraison doit toujours être pleine de dévotion, s'aider des choses qui lui sont favorables, et s'entretenir par une répétition fréquente. L'attention, la diligence , la simplicité et l'amour sont autant d'indices de la dévotion. Il faut donc éloigner toute

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l'attention de notre esprit des soins extérieurs, l'appliquer avec vigilance à la prière, et l'empêcher de se porter sur autre chose que sur l'objet qui nous occupe. « La prière, dit saint Isidore (1), n'est pas un exercice des lèvres, mais du coeur. Ceux qui prient doivent se considérer comme en présence du Seigneur de toute majesté. Les prières où règne la négligence sont impuissantes à obtenir même d'un homme ce qu'elles désirent. Sachons bien que nous ne sommes pas exaucés selon l'abondance de nos paroles, mais selon la simplicité de notre coeur et la componction de nos larmes. » Ainsi , que notre prière soit simple et de peu de durée, à moins que l'inspiration divine ne nous porte à la prolonger. Maintenant avec quelle crainte, quelle ferveur, quel respect il nous faut adresser à Dieu nos supplications, il nous l'a fait assez connaître, celui qui nous enseigne à ne jamais prier sans gémissements.

On doit, en second lieu , saisir avec empressement pour l'oraison les circonstances favorables du lieu , du temps, de la tranquillité, des mouvements intérieurs, de la bonne disposition de nos affections et du repos dont nous jouissons. Celui qui laisse passer ces circonstances, elle le fuient à leur tour. La prière, dit saint Isidore, se répand avec plus d'opportunité dans les lieux retirés, où elle n'a que Dieu pour témoin. Il sera donc utile quelquefois, pour obtenir la componction, de s'éloigner entièrement des hommes afin d'élever au ciel des mains pures et de mériter

1 De sum. bon., l. 3, c. 7.

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d'entendre sa voix. Quelquefois il est bon de porter ses regards vers les hauteurs célestes pour aider son attention afin de tendre ainsi d'esprit et de corps au Seigneur, et de placer notre coeur là où est notre trésor, Jésus-Christ notre Maître. Au reste, le matin et le soir sont des temps favorables à la prière; les laisser passer tout-à-fait sans prier ce serait se rendre coupable. Mais c'est surtout lorsque le repos de la nuit a tout plongé dans un silence profond, que l'oraison devient véritablement libre et pure , qu'elle n'est troublée par aucun bruit, et qu'elle n'a à redouter aucun regard flatteur.

On ne saurait non plus négliger sans préjudice la tranquillité de l'âme, un certain empressement spontané ou plutôt une certaine inspiration de l'esprit, et l'absence de toute occupation extérieure. Si ces choses nous font défaut, nous devons nous efforcer de les avoir en notre possession, et exciter en nous l'esprit de dévotion par la récitation d'hymnes et de psaumes, par de saintes méditations et par des génuflexions réitérées. Si le repos nous manque , de même que nous le cherchons pour prendre la nourriture du corps, de même il faut le chercher pour donner à l'âme sa réfection. L'homme intérieur se nourrit et se conserve par de pieuses prières, de même que l'homme extérieur par des aliments matériels. Au reste, tout religieux vraiment rempli de dévotion sera privé bien rarement de ces circonstances favorables; car celui qui cherche Dieu du fond de son coeur, le trouve en quelque lieu qu'il l'invoque. Mais l'homme paresseux et tiède

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demeure étranger aux affections de la prière dans le lieu même destiné i► cet exercice. Madeleine pleure au milieu du festin et la présence des convives n'est point pour elle un obstacle, et le Pharisien se livre à ses folles pensées jusque dans le temple du Seigneur.

Il faut ensuite prier fréquemment, parce que la prière est une verge contre notre ennemi, un secours pour le pécheur, une consolation pour nos frères et un sacrifice à Dieu, L'oraison fréquente réprime les attaques du vice; c'est en elle que la bonne volonté nous est donnée, elle est le rempart de l'âme. Ainsi, que les novices aient donc soin après les heures canoniales d'offrir à Dieu quelque petite offrande gratuite de louange et de prière avant de se retirer, afin de compenser ainsi les fautes nombreuses commises par leur négligence en lui rendant un hommage qui lui était dû. Qu'ils soient fidèles et persévérants en cette sainte habitude, et qu'ils apprennent à tourner au moins un peu vers le Seigneur les mouvements emportés de leur âme.

CHAPITRE XIII. De la lecture.

L'âme a besoin aussi d'être nourrie de saintes lectures. Lors donc que les novices auront été instruits par des soins diligents des choses qu'ils doivent savoir touchant l'office divin , comme nous le dirons plus

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bas , il faut leur choisir dans les Ecritures quelques pages propres à former leur conduite, et les leur offrir plutôt comme une consolation spirituelle que comme un objet d'étude; car l'étude des nouveaux venus doit être surtout une oraison fréquente, l'accomplissement des choses extérieures du culte divin et les services à rendre aux anciens. Si on leur permet quelque lecture, c'est moins la science que la ferveur qu'ils doivent y chercher.

Il est avantageux de tirer souvent de ce qu'on lit de pieuses affections , d'en former des prières et d'interrompre de temps en temps la lecture. En agissant de la sorte , l'âme puisera dans cet exercice une intelligence salutaire , et la science , mise de côté par amour pour la vertu , se montrera ensuite bien plus belle appuyée sur cette même vertu.

On devra aussi avoir pour ses lectures des moments et des sujets déterminés : on ne retire aucun fruit à lire au hasard et à s'attacher au premier endroit venu , ou plutôt une telle manière ne laisse à l'âme que l'instabilité. Il faut donc s'arrêter aux sujets commencés et y assujettir son esprit, car c'est l'indice d'un estomac dégoûté que la recherche des mets variés. Il faut aussi confier chaque jour à sa mémoire quelque chose de nos lectures , afin de nous en nourrir plus fidèlement , d'en rappeler plus fréquemment le souvenir et d'en faire l'objet de nos méditations ; mais ce choix doit convenir au but de notre vocation, perfectionner notre intention, captiver notre âme et l'éloigner de toute pensée étrangère.

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CHAPITRE XIV. De l'office divin en général.

Nous avons maintenant à considérer de quelle manière il faut s'acquitter de l'office divin et comment il faut l'apprendre. On doit apporter, surtout dans le commencement , le plus grand empressement à s'en instruire. Cependant quoiqu'il soit important de bien le connaître tout entier ainsi que les règles qui s'y rapportent , il y a certaines parties que l'on doit apprendre par coeur et graver plus profondément en sa mémoire par un exercice fréquent , comme l'office de la sainte Vierge et des morts, le commun des saints avec leurs psaumes, leurs hymnes , etc., à l'exception des leçons, primes et complies avec les versets , capitules , etc., les suffrages de la férie , les absolutions et bénédictions qui se disent à matines, les hymnes de la férie , les psaumes de laudes et les cantiques , les bénédictions de la table et les grâces , les psaumes de prime du dimanche , tous les psaumes depuis le 119e, à moins que l'on n'aime mieux apprendre le psautier tout entier, ce qui est beaucoup plus convenable. Les jours de samedi et les vigiles , il faut étudier à l'avance ce qu'on a à lire ou à chanter. Toutes les fois que l'on chante hors du chœur, par bienséance et aussi pour ne pas déranger les frères occupés à la prière ou à l'étude , il convient de modérer

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sa voix. Après le repas surtout, il faut observer une grande retenue dans ses paroles. Avant de prendre notre nourriture , dit Hugues , nous pouvons montrer une joie plus vive , de peur que notre abstinence ne soit regardée comme pénible et trop fatigante , mais après il est tout-à-fait convenable d'être modestes et silencieux pour que la gourmandise ne semble pas avoir trouvé prise en nous (1).

CHAPITRE XV. De la discipline à observer au choeur.

La discipline à observer pendant l'office divin lorsqu'il a lieu à l'église , exige avant tout un respect spécial , la diligence et l'honnêteté. Le respect doit être intérieur et extérieur. Le respect intérieur demande que nous chantions les louanges de Dieu avec crainte et humilité, comme si nous le voyions présent de nos yeux. Nous croyons , dit saint Benoît , que le Seigneur est présent en tous lieux; mais c'est surtout lorsque nous assistons au saint office que nous devons avoir une pareille foi. Souvenons-nous donc toujours de cette parole du Prophète : Servez le Seigneur dans la crainte (2). Considérons comment il convient de nous tenir en présence de Dieu et de ses anges, et célébrons ses louanges en établissant un accord parfait entre notre esprit et notre voix.

1 Inst. mon. ad nov., c. 4. — 2 Ps. 2.

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Le respect extérieur consiste à s'incliner dévotement, à se tenir debout , à se prosterner selon que les rubriques l'exigent , comme nous le dirons plus loin. Il consiste encore à se découvrir aux choses qui se disent par un seul , comme les oraisons, les petits versets, etc., et l'on doit faire de même en récitant hors du choeur ces parties de l'office'. Selon l'Apôtre , il faut prier la tête découverte , au moins lorsque quelque endroit demande de nous une distinction plus solennelle. Nous témoignons aussi notre respect envers certaines choses pieuses à l'office, soit en inclinant la tête , soit en nous découvrant. Mais l'homme sans respect n'a égard ni à ce qui est solennel ni à ce qui est pieux : il ne distingue rien.

La diligence dans l'office divin se reconnaît à un certain courage et à une certaine sollicitude qui fait prévoir les choses nécessaires et met en garde contre tout embarras. Le courage corporel dissipe la langueur et l'engourdissement, il ne permet pas les assoupissements produits par la paresse. En effet , une supplication bien vive éloigne un coeur pur du sommeil. L'assoupissement doit surtout être regardé comme une faute et compensé par la récitation de ce qui a été omis dans l'office, quand on y donne occasion soit en tenant sa main dans sa poitrine, soit en s'appuyant. nonchalamment, soit en ne repoussant point avec énergie le sommeil qui nous gagne. — La prévoyance en ce qui concerne l'office divin se fait remarquer à notre empressement à préparer en temps opportun les

1 I Cor., 11.

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livres et autres choses nécessaires , à lire et à chanter avec soin, après s'en être instruit à l'avance, chaque partie de l'office au moment et en la manière convenables. La règle à observer en lisant ou en chantant, c'est de ne point trop se hâter, de ne point traîner, d'éviter toute inégalité , de s'arrêter avec le choeur, de façon qu'on ne puisse distinguer parmi les autres la voix d'un seul. Enfin , la précaution est nécessaire pour éloigner tout ce qui pourrait être un embarras au milieu de l'office.

Ainsi , pendant cet exercice, il ne faut donc ni s'arrêter à des pensées d'étude, ni porter ses regards sur les livres, ni vaquer à aucune autre chose, si c'est possible, comme, par exemple, de préparer les lampes et autres occupations que l'on peut facilement renvoyer à des moments plus libres. C'est encore une chose indigne de passer son temps , pendant l'office , à chasser et à tuer tout insecte désagréable; et cependant un homme sans modestie ne craindra pas , dans l'église même, de souiller ainsi ses doigts et la place qu'il occupe.

L'honnêteté au choeur peut se renfermer dans la gravité des actes extérieurs et dans un maintien décent et uniforme du corps. C'est au milieu d'un peuple vraiment grave que Dieu aime à être loué'. Or, la gravité exclut l'inquiétude , la dissolution et le bruit. L'inquiétude consiste dans le mouvement peu réglé des membres : ainsi , l'on tourne la tête de côté et d'autre, on promène ses regards çà et là dans le

1 Ps. 34

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choeur, etc. Il faut donc exciter les novices à demeurer appliqués entièrement à chanter, ou à tenir les yeux abaissés vers la terre et à ne pas les laisser errer, car c'est là pour l'âme une cause non médiocre de dissipation. On manifeste encore cette inquiétude en se frottant les mains, en tournant avec curiosité les feuilles du livre , en faisant toute autre chose superflue, en allant et venant par le choeur ou l'oratoire, sous les prétextes les plus frivoles. Il est bon de différer même ce qui est utile, pour éviter ainsi ce va et vient pendant le temps de la prière.

La dissolution se reconnaît dans les paroles, les rires (qui sont toujours fort inconvenants au choeur) et le chant. Ainsi , l'on diminue un peu la portée des notes , on y ajoute, on leur donne en les affaiblissant une mollesse toute mondaine , ou bien on les force de manière à les rendre fausses ; or, tout cela est de la dernière impertinence pour tous et surtout pour les nouveaux venus. Il faut , en psalmodiant , conserver un même ton et ne jamais élever sa voix plus haut que les autres. Il est encore ridicule, lorsqu'on a une voix plus sonore, d'en affaiblir tout à coup le ton après un mot ou une syllabe , et de reprendre par saccade , sans continuer ce que l'on a commencé. On fait du bruit au choeur en chuchotant, en crachant et en se mouchant fréquemment, en abaissant ou en élevant les siéges avec violence. Tout le inonde comprend combien sont déplacés au choeur ces chuchotements et autres bruits de la voix; mais l'homme sans discipline et sans gravité est impuissant à retenir sa

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langue et l'empêcher de se répandre soit d'une façon soit de l'autre. Il faut aussi éviter, en priant, lorsque la communauté est réunie, de le faire avec des sifflements de voix capables de fatiguer les autres. C'est une prière insensée que celle qui à elle seule est, un obstacle à plusieurs, et souvent en empêche d'autres d'un mérite bien plus excellent. On doit prendre garde encore lorsqu'il se dit quelque chose en particulier au choeur, comme les oraisons, les capitules, etc., de ne point faire de bruit considérable en se mouchant ou en crachant , mais attendre que ces prières soient terminées. Il faut observer la même chose pendant la prédication et la lecture. Quant aux siéges, il ne convient pas de les pousser du pied au hasard, mais on doit les élever avec la main et les abaisser de même avec précaution sans produire le moindre bruit dans la maison de Dieu. Cependant celui qui va commencer une leçon ou une épître, fera bien d'attendre que les religieux soient assis et que tout bruit ait cessé.

L'honnêteté demande encore, au choeur, un maintien du corps décent et uniforme. Le maintien est décent quand on n'est pas dans un mouvement continuel et dans une posture inconvenante. Ainsi ceux-là sont sans stabilité qui, une fois au choeur, soit que la communauté entre ou soit déjà entrée , tantôt s'assoient nonchalamment, tantôt se tiennent debout, tantôt se tournent de côté et d'autre en remuant sans cesse les bras comme un malade à qui aucune place ne convient. Il faut dire la même chose de ceux qui sont dans leurs stalles, immobiles comme des statues,

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se placent à rebours , semblent s'oublier eux-mêmes, ne se tournent pas vers l'autel pour prier les yeux baissés, comme il convient, avant de commencer l'office, ou le font sans religion; ou bien encore de ceux qui , la tête découverte , et semblables à un cerf au milieu des bois ou à un paysan au milieu d'un théâtre, promènent leurs regards çà et là , les fixent sur ceux qui entrent ou sont présents et troublent par leur peu de retenue la prière de leurs voisins , prière dont ils s'inquiètent peu d'ailleurs pour leur propre compte.

Le corps ne garde pas une posture convenable quand, dans sa stalle, on allonge les bras et les jambes avec mollesse et nonchalance, quand ou se courbe d'une manière notable ou qu'on se penche tout entier sur un côté , comme si l'on cherchait le repos de son lit ; ou bien encore quand, tourné vers l'autel, on incline les épaules sur le point qui sépare la stalle , ou qu'on appuie la tête sur la partie antérieure , ou qu'on se jette en arrière de ses voisins; ou quand , étant assis, on étend ses pieds outre mesure vers l'escabeau destiné à se mettre à genoux. Une trop grande extension des jambes, lorsqu'on est assis, est contraire à l'honnêteté. Ainsi un maintien sans stabilité et une posture inconvenante sont des défauts à éviter en tous lieux , mais surtout à l'office et en présence de la communauté; car le respect dû à ses frères exige en toutes choses des manières décentes.

L'uniformité s'observe d'une façon spéciale pour les génuflexions et les inclinations, quoique généralement

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elle doive se rencontrer partout. Ainsi, quand on se prosterne, que l'un ne le fasse pas sur son siége, l'autre en la place ordinaire; mais que tous agissent de la même manière, la tête découverte et en priant à voix basse pour ne pas déranger leurs voisins, sans s'appuyer la figure sur les mains, sans étendre les bras en dehors de leur place, mais en s'y tenant avec modestie et humilité. L'uniformité dans les inclinations demande qu'elles se fassent chez tous à propos et avec dévotion , qu'elles soient suffisantes et dignes.

L'inclination a lieu au moment précis lorsque celui qui doit la faire a soin d'élever son siége ou de se lever lui-même un peu auparavant. Ainsi quand, après un psaume , il y a une inclination , il est bon , vers la fin du dernier verset , de s'apprêter , afin de s'en acquitter plus aisément, ou bien, on peut disposer son siége seulement après avoir rempli ce devoir. La dévotion doit accompagner ces inclinations, ou autrement il faut qu'elles soient profondes et humbles. Ce n'est pas une marque de piété, mais de paresse, de s'incliner par un simple mouvement de la tête en tenant le corps droit et inflexible. On doit l'abaisser en se courbant un peu, de façon que l'extrémité des mains puisse toucher les genoux et ne pas laisser ses épaules au niveau de la tête. Si vous connaissez nue manière plus facile, usez-en , mais ayez soin que vos inclinations soient humbles et profondes. Cependant , hors du choeur où même au choeur , dans un office simple et sans chant, on peut se contenter d'une

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inclination médiocre. Il y en a qui , poussés par une paresse coupable, omettent de rendre ce culte de respect au Seigneur. Ils demeurent assis pendant qu'on prononce le nom des personnes de la sainte Trinité, ou bien ils se lèvent et disposent leurs siéges quand ils devraient s'incliner, ou même ils ne s'inclinent aucunement par négligence. Or, on rapporte que la Vierge bienheureuse fit connaître un jour à un ancien religieux, pendant l'office, combien une pareille négligence causait de tort : il la vit offrir elle-même son fils à tous ceux qui s'inclinaient en mémoire de la Trinité sainte , mais elle passa en détournant ses regards devant un religieux qui ne faisait aucune inclination, comme s'il eût été indigne de recevoir une telle faveur. — L'inclination est suffisante ou parfaite quand on ne se relève pas avant le temps voulu , car on doit rendre un honneur égal et sans différence au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

La dignité consiste dans une disposition décente du corps, des mains et des vêtements. Et quant au vêtement , il faut veiller , surtout dans les inclinations , pour que le capuce en couvrant le front ne coule pas jusque sur les yeux. Il sera utile aussi, pour bien observer la dignité, de connaître les choses communes de l'office. L'uniformité est vraiment belle dans une réunion et une assemblée de religieux , où les usages et les coeurs doivent être dans un accord parfait. Elle convient bien dans une communauté , cette uniformité entière; elle ne fait qu'un de ce qu'il y a de plus varié, elle règle et embellit ce qu'elle a ainsi uni.

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CHAPITRE XVI. De la discipline hors du choeur.

Si les novices récitent l'office hors du choeur, ils doivent être soigneux à apporter toute la diligence possible et à conserver toute dignité , selon que nous venons de le dire. Ainsi, laissant de côté ce qu'ils pourraient avoir en leurs mains , ils se tiendront respectueusement debout selon les règles de la discipline ecclésiastique, excepté aux leçons de matines, ou bien ils offriront avec dévotion les hommages qu'ils doivent à leur Créateur, en se mettant à genoux, ou en s'inclinant , aux moments marqués et toujours en la crainte de Dieu. Si quelquefois une faiblesse véritable ou une trop grande lassitude les oblige à s'asseoir , au moins qu'ils n'omettent pas de se lever au commencement de l'office, à l'invitatoire, aux hymnes, à l'oraison dominicale et au capitule. Si leur infirmité les force à demeurer au lit, qu'ils n'omettent pas de témoigner en quelque façon leur respect , autant qu'ils le pourront. Saint Jérôme, accablé d'une fatigue extrême, avait fait suspendre une corde au-dessus du lit où il était couché, et il s'en aidait pour se relever un peu afin d'accomplir ses devoirs de religieux autant qu'il était en lui, sans égard et sans ménagement pour ses forces épuisées, pour sa vieillesse et la faiblesse de son corps. Ce saint docteur blâme

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l'irrévérence paresseuse des jeunes gens dont les forces sont assurément suffisantes, il confond par des exemples cette paresse vraiment digne de moquerie. On rapporte qu'un homme abattu par une fièvre lente avait coutume de réciter complies au lit; un ange le reprit et lui dit : Les complies récitées à l'ombre d'un drap ne sont d'aucun fruit ni d'aucune utilité. On doit donc en tout lieu montrer le respect le plus pro-fond et la décence la plus grande dans la récitation de l'office divin , puisque partout c'est le même Dieu à qui nous nous adressons, la même Majesté en présence de laquelle nous avons l'honneur de paraître. Et même il est d'autant plus nécessaire d'y apporter un respect et une diligence sans réserve, qu'on se met en rapport plus immédiat avec Dieu. Un soin empressé à bien s'acquitter de l'office divin donne à l'état religieux l'éclat le plus vif , tandis que la négligence en ce point est l'indice infaillible d'un désordre profond, c'est la honte suprême de la religion. Que nul ne se regarde comme un serviteur du Seigneur, s'il ne fait aucun cas de cette servitude par excellence, qui a été appelée d'un nom parfaitement approprié , le service de Dieu.

On doit réciter l'office distinctement , sans interruption, entièrement, et avec ordre : distinctement, afin de ne pas confondre ce qu'on dit, en prononçant les paroles à moitié, en les proférant trop faiblement ou avec trop de rapidité. Sans interruption, c'est-à-dire sans s'arrêter pour parler à moins qu'il n'y ait nécessité urgente , et encore faut-il auparavant

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terminer le psaume , ou l'oraison , ou tout ce qu'on aurait commencé, à moins qu'on ne reprenne entièrement ce qu'on a été obligé d'interrompre , ou à moins que cette interruption n'ait lieu entre un psaume et un autre. On raconte qu'un jour, à Paris, un théologien récitait une des heures de l'office, quand un évêque entra pour s'entretenir avec lui. Le théologien inclina la tête sans parler, et acheva son heure en faisant attendre l'évêque. Ensuite, craignant qu'il ne s'ennuyât d'attendre, il le pria de l'excuser, en disant qu'il avait à parler à un plus grand seigneur. On raconte aussi qu'un homme fut puni très-rigoureusement dans le purgatoire à cause des interruptions faites dans la récitation de l'office.

Il faut dire l'office entièrement, c'est-à-dire sans rien omettre. Si donc plusieurs se trouvent réunis pour cet exercice, et qu'un ou deux récitent à haute voix, selon une louable coutume , les psaumes , les antiennes , les hymnes et les répons , que les autres ne croient pas qu'il leur suffise d'entendre les premiers; mais qu'ils aient soin de dire à voix basse leur partie, puisque l'office doit être entier aussi bien en particulier qu'au choeur (1). Il y a obligation aussi d'observer l'ordre quant à la substance, au temps , au mode, etc. Que l'on n'admette donc pas facilement

1 Nota. Ici notre saint parle du cas où deux personnes seulement réciteraient l'office à haute voix en présence de plusieurs autres, et non de celui où plusieurs récitent à deux choeurs, car dans ce dernier cas il suffit d'entendre la partie qu'on ne dit pas soi-même.

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la moindre variation , le moindre dérangement dans ce qui a été déterminé. On peut cependant quelquefois ajouter extraordinairement, sans commettre de faute , le verset Pretiosa, etc., ou autre semblable , pourvu qu'on soit fidèle à ne pas l'omettre en son lieu propre. Au reste, quel religieux osera, sans un grave scrupule, négliger pour des choses étrangères l'ordre naturel de son office, ordre sanctionné par les règles qu'il s'est engagé à suivre, ou le défigurer par des variations de caprice? Quel homme, à moins d'être vraiment frivole et dénué de toute prudence , préférera l'incertain au certain , les choses vaines aux choses authentiques, et ce qui est sans importance à ce qui est nécessaire? Que l'on se contente donc des règles pieuses et permanentes établies par les saints dans les divins offices, sans rien changer à l'ordre commun, même pour des pratiques graves et pleines de dévotion. Ne cherchons pas, à l'exemple des grecs insensés, la vaine gloire des hommes étrangers à la sagesse. Celui qui est privé de raison met uniquement sa complaisance en ses propres idées; mais toute folie devient une déception pour son auteur. Il faut aussi garder l'ordre quant au temps, et ne pas changer aisément sans raison les moments destinés aux heures, soit prime , soit complies, soit matines de l'office canonial. Il y en a, je le sais, qui ont soutenu, en s'appuyant sur certaines traditions , qu'il était permis d'agir autrement; mais leurs efforts ne tendent qu'à rendre inutiles, par cette confusion des divers moments du jour, les règles de l'Eglise touchant l'office divin.

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Quand deux ou plusieurs religieux se trouent réunis, qu'ils forment comme un choeur et entonnent alternativement les psaumes et les hymnes, selon qu'on a coutume de le faire en communauté. L'homme bien discipliné doit conserver l'ordre en tout et partout. Un esprit bien réglé se plaît et se réjouit en la beauté de l'ordre; mais le cœur sans retenue n'en fait aucun cas, même pour les choses extérieures. Et cependant l'ordre fidèlement observé au dehors excite notre attention et allume notre amour.

CHAPITRE XVII. Des soins à apporter au service de l'autel.

Le ministère des autels demande, à cause du respect dû à la présence corporelle du Sauveur, une pureté, une révérence, une diligence, une gravité et une attention spéciales de notre part. Purifiez-vous, dit le Prophète, vous qui portez les vases du Seigneur (1). Assurément nous pouvons fort bien entendre ces paroles des ministres de l'autel, à qui est nécessaire la pureté de l'esprit et du corps. La pureté de l'esprit exige que nul se reconnaissant coupable de quelque faute ou de quelque souillure, n'ose toucher les vases sacrés ou servir à l'autel sans s'être confessé auparavant. Celui qui célèbre ne doit pas non plus différer jusqu'au pied de l'autel la confession privée qu'on a

1 Is., 52.

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coutume de faire avant la messe, pour les offenses de chaque jour. La présence réelle de Jésus-Christ exige aussi la pureté du corps en ses ministres. Ainsi, qu'ils aient soin avant de s'approcher de l'autel, non-seulement de se revêtir des ornements de leur ordre, mais encore de se laver les mains lorsque, après avoir disposé les choses dont ils ont besoin et s'être entièrement préparés, ils se disposent à se servir du calice. Car ils doivent éviter avec le plus grand soin de le toucher, aussi bien que les corporaux, etc., avec des mains non lavées, ou avec des gants, ou immédiatement après avoir touché d'autres choses communes. S'ils n'ont pas la tunique de lin appelée rochet, ou le surplis à manches étroites, ou tin autre vêtement convenable, qu'ils laissent au prêtre le soin de préparer le calice, et à la fin de la messe celui de le remettre en place.

Ceux qui servent à l'autel doivent au prêtre, à son ministère et aux choses qui le concernent le respect le plus profond. Quant au prêtre, qu'ils le lui témoignent par un léger signe de tête en s'approchant ou en s'éloignant de lui, lorsqu'ils le servent à l'autel, et en remplissant avec humilité leur office. Si le prêtre est assis et qu'ils soient seulement en surplis, ils se garderont bien de se placer près de lui sur des siéges semblables au sien ; mais ils choisiront des siéges inférieurs s'il y en a de préparés, ou ils iront s'asseoir ailleurs. Qu'ils lui témoignent leur vénération en l'entourant comme il convient, et en l'assistant surtout lorsqu'ils se tourne vers le peuple ; qu'ils l'accompagnent

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partout durant l'office , et le conduisent à la sacristie, lorsqu'il est terminé, pour revenir ensuite à l'autel s'il est nécessaire.

Ils montrent leur respect envers le ministère sacré en assistant et en servant avec la gravité requise et avec les ornements de leur office. Agir autrement, c'est de l'irrévérence. Ainsi un diacre ou prêtre, servant à la messe en surplis, ne peut, en présence du prêtre revêtu de ses ornements sacrés, plier et ranger le corporal. De même encore, celui qui n'a pas le surplis à petites manches ou un autre vêtement convenable, mais seulement son vêtement ordinaire, ne doit point toucher le corporal et le calice, ni présenter le pain et le vin.

Lorsqu'on a à prendre une hostie au lieu où elles sont réservées, ou à la placer sur l'autel, on doit choisir de sa main la plus pure et la mettre sur la patène ou sur le corporal de la manière la plus convenable. Car il n'y a aucun compte à tenir des propos de ceux qui ne s'inquiètent pas d'apporter à la table du Seigneur une pureté plus grande qu'à la table où ils prennent leur nourriture corporelle, et placent au hasard le calice et l'hostie du sacrifice sur les linges destinés à recevoir le livre de la messe et à couvrir l'autel. L'hostie mérite un respect tout particulier; il faut donc l'environner d'une pureté singulière.

On doit également le respect le plus profond aux choses nécessaires au sacrifice, comme les purificatoires, le calice , le missel ; et ce respect se manifeste surtout par la propreté. C'est pour cela que tout linge

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imparfait ou que sa couleur empêche de purifier, ne saurait être employé à faire des corporaux ou à l'usage du calice. Que les hosties consacrées soient placées en un petit sac de lin très-pur et suspendu dans le tabernacle. De même aussi , que les calices soient enveloppés dans des bourses de lin bien propres. Celui donc qui voudra montrer son respect par une grande propreté dans le soin des vases sacrés, devra surtout donner une attention singulière à ces choses. — Quand aux livres communs , si les besoins de l'office forcent inévitablement à en avoir sur l'autel , il faut éviter soigneusement qu'ils ne touchent ni le corporal ni les linges destinés au calice. Il ne faut jamais non plus, même par dévotion, porter le corporal ou le purificatoire à ses lèvres ou à ses yeux.

Le calice doit être aussi traité avec une pureté sans bornes. Quand on le porte d'un lieu à un autre, que ce ne soit point sur le livre ou sur un ornement quelconque, mais en le tenant entre ses mains toujours bien lavées, ou dans l'enveloppe destinée à le garder. Lorsqu'il n'est point sur l'autel, qu'il demeure toujours en cette enveloppe ou dans un autre lieu bien propre.

Que le missel soit toujours placé dans un endroit convenable. Si quelquefois on le transporte hors de l'église , ou pour autre chose que pour la messe, il faut le couvrir d'un voile propre par-dessus le voile ordinaire dont il est enveloppé.

Enfin un vêtement décent , le soin de la propreté , la gravité en célébrant sont autant d'indices de respect

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envers le ministère sacré. Ce respect et cet amour de la propreté empêchent de paraître à l'autel avec ses habits ordinaires. Si vous m'opposez les discours insensés de plusieurs en ce point, je vous répondrai : Le vice a beaucoup de sectateurs, il est vrai , mais parmi eux vous compterez fort peu d'hommes versés en la discipline; or, ce n'est pas le grand nombre , mais les coeurs vraiment honnêtes qui peuvent nous servir de modèles. Que le célébrant et ses ministres apportent donc une diligence suprême à s'acquitter de leur office. — Le prêtre doit s'appliquer à bien prononcer chaque parole afin de ne rien omettre, à bien observer toutes les cérémonies , et à ne négliger aucune des règles prescrites dans la célébration de la messe, pour introduire d'autres choses de sa propre autorité. Il doit verser lui-même l'eau dans le calice, et personne n'a le droit de le faire s'il n'en donne l'ordre auparavant. Il doit encore veiller à garder ses mains et ses vêtements dans une propreté parfaite : ses mains, en évitant de les porter sur des objets communs , sur son visage, etc., à moins que ce ne soit avant de les laver; ses vêtements, en ne portant à son nez aucun des ornements sacerdotaux , et surtout l'amict, et en s'efforçant de ne les salir en aucune manière.

La diligence dans les ministres s'étend à tout ce qui est nécessaire au célébrant, au soin de la propreté, à la conservation des vases sacrés et des linges de l'autel. Ainsi s'étant préparés eux-mêmes à l'avance, ils doivent aider avec empressement le célébrant à

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prendre ses ornements, les plier après la messe et lui offrir à l'heure , au temps et au lieu convenables, les choses dont il a besoin pour remplir son ministère. Que jamais aux messes privées ils ne se prosternent entièrement contre terre ou sur leurs siégés pour lire ou pour prier. Qu'ils ne se tiennent. pas cachés derrière les rideaux du sanctuaire; mais qu'ils soient devant l'autel, en vue de tout le monde, sans cependant rester à côté du célébrant. Qu'ils demeurent comme si leur regard était continuellement dirigé vers lui, car alors leurs yeux ne doivent point s'en détourner. Cependant ils éviteront de le fixer en face , surtout lorsque le canon sera commencé; ils ne l'approcheront point de trop près du côté du livre, et ils ne feront aucun bruit autour de lui, parce que le célébrant a besoin d'une tranquillité d'esprit profonde. Ils apporteront aussi le plus grand soin à garder purs les vases sacrés et les linges destinés à leur usage. Si le purificatoire tombe à terre, ils ne l'approcheront pas du calice avant qu'il ait été purifié. A la fin de la messe, avant de ranger le calice, ils le laveront avec du vin et de l'eau , de peur qu'il n'entache les linges placés dessus. Ils éviteront, pour une plus grande propreté, de verser le vin et l'eau au-dessus de l'autel, s'ils le peuvent. Si cependant ils sont forcés de le faire par le peu de précaution du prêtre, ils étendront la main sous les burettes pour recevoir les gouttes qui pourraient s'en échapper et tomber sur les nappes; de même, les burettes doivent être placées ailleurs que sur l'autel. De même encore , si celui qui sert la messe a un

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surplis, il doit veiller à le conserver propre, ne point le porter à son nez, ne point s'en servir pour s'essuyer le visage ou autre choses semblables , ne pas balayer avec les manches la poussière sur les bancs, le pavé ou la terre. Si cependant pareil accident avait lieu par la négligence de quelques-uns, il faudrait veiller à ne point toucher avec les manches du surplis le corporal, le calice et le purificatoire. Quant aux antres vêtements , lorsqu'ils les plient , ils doivent bien faire attention à ne pas laisser les manches toucher la terre ni même le bord de ces vêtements, mais alors soit pour les aubes, soit pour tous autres ornements semblables, veiller à toujours placer les manches loin des franges.

Les servants doivent encore, comme nous l'avons dit, prendre garde à la conservation des vases et des ornements sacrés, et, lorsqu'ils mettent le calice en place, ne point l'attacher trop fortement; car souvent il en résulte des dommages graves et , forcé tous les jours de la sorte , il peut finir par se briser. Ils placeront avec empressement tous les vases qui ont servi à l'autel au lieu qui leur est propre; ils plieront les ornements sans la moindre négligence et les rangeront, à moins qu'on ne leur demande de les laisser pour une autre messe. Mais à quoi bon tant de détails? Toutes les choses qui regardent le service de Dieu exigent de notre part une diligence spéciale et sans exception. Si les hommes déploient le soin le plus grand dans les divers ministères des rois de ce monde, quels soins, croyez-vous , devons-nous apporter à tout ce qui tient au service du Roi éternel?

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Mais si les servants sont obligés à une décence parfaite en tout , à plus forte raison les prêtres qui célèbrent. Une fois revêtus de leurs ornements sacrés, ils doivent marcher avec dignité et, surtout lorsqu'ils sont à l'autel, veiller avec une attention louable à garder la gravité dans leurs mouvements et dans leurs gestes. Qu'ils ne se mettent point à genoux avec leur chasuble, si ce n'est aux moments marqués par l'Eglise; qu'ils ne s'appuient jamais sur l'autel d'une manière messéante, et ne portent pas leurs mains de côté et d'autre sans réflexion. Quand ils se tournent vers le peuple, qu'ils ne lèvent point les yeux pour regarder les assistans. Enfin il convient qu'ils soient pleins de vigilance spécialement pour bien placer le corporal, veiller à ce qui le concerne, disposer le calice, consacrer le corps du Seigneur, prendre son sang précieux et les ablutions qui viennent ensuite. Quant au corporal , qu'ils le replient sur la partie antérieure de l'autel, en laissant un espace suffisant pour ne point placer dessus leurs mains ni les manches de leur aube. Qu'ils ne mettent jamais le calice sur le corporal avant l'offertoire de la même manière qu'on a coutume de le faire après, mais qu'ils le tiennent à côté jusqu'à ce moment. Touchant la consécration , qu'ils aient un soin scrupuleux , entre autres choses , d'élever un peu et avec précaution l'hostie sur laquelle ils vont prononcer les paroles sacrées, en abaissant légèrement les pouces, et comme s'ils voulaient se faire un bouclier de leurs mains; mais il faut, autant que possible , éviter de faire voir

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cette hostie aux fidèles, de peur que les simples ne l'adorent; car aussitôt qu'ils la voient entre les mains du prêtre, ils s'empressent de lui offrir leurs hommages avant la consécration. Mais quand elle est consacrée, ils doivent l'élever sans retard avec respect, en la tenant des deux mains, de façon à la montrer aux assistants, et conserver en toute cette action la gravité convenable. Ils éviteront aussi de baiser l'hostie avant ou après l'élévation. S'ils célèbrent sur un autel portatif ou n'ayant qu'une pierre sacrée, ils prendront l'hostie en leurs mains avant la consécration et la tiendront sur la pierre même de l'autel, afin que la consécration ait lieu dessus et non auprès.

Maintenant, pour la communion du calice, ils doivent veiller , en le prenant ou en l'épuisant jusqu'aux dernières gouttes, à ne faire aucun bruit avec leurs lèvres par trop d'effort, ou , après l'avoir pris, à ne point passer leur langue sur leurs doigts. Il sera bon aussi , pour cette action , de tenir le calice de la main droite avec décence et de mettre dessous la patène avec la gauche afin que, si quelque goutte du sang précieux venait à se répandre, elle pût la recevoir. Si l'hostie est placée ou rompue sur la patène, il faut avoir soin de la laver suffisamment ensuite avec de l'eau et du vin, ou avec l'un des deux; car il serait inconvenant et indigne de la laisser toucher indistinctement sans être purifiée après que le corps très-saint du Seigneur a reposé dessus, et de la placer indifféremment avec d'autres objets, même les plus propres. — Je ne sais si vous pensez

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autrement; mais pour moi je crois qu'après avoir touché la patène , le calice ou le corporal, on ne doit point appliquer ses mains aux usages communs avant de les avoir lavées. Si l'on demande pour les infirmes le vin qui a servi à purifier le calice, on ne doit jamais donner celui qui a été versé la première et la seconde fois; mais après les ablutions ordinaires, on peut verser d'autre vin et l'accorder à ceux qui le désirent.

CHAPITRE XVIII. De la discipline dans les choses corporelles.

Nous avons traité de la discipline concernant les choses spirituelles; il nous reste à la considérer dans les choses du corps. Nous parlerons d'abord de ce qui est en nous, et en second lieu des choses extérieures considérées dans leurs rapports avec celles qui nous sont propres. Ainsi nous allons considérer la discipline au point de vue de tout le corps, quant à son maintien; au point de vue des diverses parties du corps, quant à leurs actes; au point de vue de la langue, quant à ses deux facultés naturelles, la parole et le goût; au point de vue des mains, quant à l'action qui leur est propre; au point de vue des pieds, quand au marcher; au point de vue de tous les membres, quant à quelques-uns de leurs offices. Nous aurons après à nous tourner vers les choses extérieures, et à envisager celles qui cous tiennent

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de près , comme les habits et les vêtements, ensuite celles qui ont avec nous un rapport plus éloigné, comme les divers endroits destinés aux services de la communauté en nos maisons.

CHAPITRE XIX. De la discipline dans le maintien du corps.

Le maintien du corps se dit de la tournure et de l'aspect donnés aux membres et au corps lui-même. Notre vigilance doit s'exercer sur deux points de ce côté. D'abord un membre ne doit point usurper l'office d'un autre membre , ou porter la confusion dans ses actes en s'y mêlant. Ainsi, quand la bouche parle, il faut éviter d'agiter la tête, de remuer les mains, et ainsi des autres membres. Quand l'un agit, l'autre doit demeurer entièrement en repos; ou si le premier a besoin du concours du second , qu'il le lui accorde avec ordre.

Le second point sur lequel nous devons veiller par rapport au maintien du corps , c'est que chacun de nos membres, dans ses actes , se renferme dans une juste mesure et ne sorte en rien des limites de la modération et de l'honnêteté. Ainsi pour nous expliquer par des exemples, on doit rire sans ouvrir la bouche d'une façon démesurée, regarder sans fixer les yeux, parler sans étendre les mains, sans grimacer des lèvres, sans agiter la tête, sans élever les sourcils;

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marcher sans avoir l'air de compter ses pas, sans laisser aller ses bras au vent , sans contourner ses épaules; s'asseoir sans laisser tomber ses membres, sans mettre un pied l'un sur l'autre, sans se pencher sur un côté ou sur un autre, sans écarter les jambes , sans les allonger , les étendre ou les remuer. Il ne convient pas non plus à un religieux vraiment humble et honnête de croiser les jambes en arrière, ou les pieds en présence des autres, et tout maintien peu décent doit être évité tant en public qu'en particulier; en un mot, tout dans un religieux doit être humble, sévère et grave, et chaque mouvement est répréhensible s'il annonce l'orgueil, la légèreté et la mollesse qui se trahit ou par une joie immodérée ou par une sensibilité excessive. L'orgueil est toujours messéant à celui qui fait profession d'humilité; des gestes prétentieux sont une honte sous un habit de renoncement , et il est indigne d'un homme de se laisser aller à une légèreté d'enfant et de montrer la mollesse d'une femme. Une gravité modeste toujours bien conservée donne à toute notre personne une grande dignité; mais si on la néglige, c'est pour nous une tache et une source de mépris. Il faut donc, selon la parole de l'Apôtre, avoir sur cette terre un corps mortifié en ses membres et en tous ses mouvements (1) .

1 Colos., 3.

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CHAPITRE XX. De la discipline dans les paroles.

La discipline dans les paroles s'étend à la manière de parler, à la discrétion pleine de prudence à apporter, lorsqu'il y a nécessité de le faire, et à l'attention religieuse qu'exige chacune de nos paroles. La manière comprend le geste et le son de la voix. Le geste doit être modeste et humble; le son de la voix, doux et peu élevé. Il ne faut donc pas en parlant agiter ses membres d'une façon désordonnée et avec violence, faire perdre à son visage sa dignité en remuant les yeux, en contractant les lèvres, ou par tout autre signe inconvenant, ou bien affecter de la mollesse sous prétexte d'humilité. Notre visage doit toujours demeurer dans le même état , et annoncer une certaine sévérité pleine de bénignité et de fermeté, et une bénignité en quelque sorte austère. C'est sur la face de l'homme que brille le miroir de la discipline ; il faut donc apporter une attention d'autant plus grande de ce côté, qu'il est plus difficile d'y cacher nos moindres défauts. La modestie nous défend aussi, en parlant, de nous incliner trop profondément devant les autres, comme si nous voulions leur adresser des supplications, ou de s'approcher trop près du visage de celui à qui l'on parle , afin de ne pas l'incommoder d'une manière inconvenante par notre

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respiration et surtout de ne pas le fatiguer, lorsque nous avons bu du vin, par les exhalaisons qui en sont la suite. C'est une chose tout-à-fait contraire à l'honnêteté de souffler, lorsqu'on parle, au visage de notre interlocuteur. Nos gestes doivent encore annoncer l'humilité et la modestie, et notre figure porter l'empreinte d'une douce joie. Le son de la voix doit être également peu élevé et plein de douceur, car les cris et une vive animation dans le langage sont un déshonneur et une honte pour un religieux.

La discrétion ensuite est nécessaire en parlant : Une parole sage sera mal reçue de la bouche de l'insensé, parce qu'il l'a dite à contre-temps (1). Le sage , au contraire, considère avec prudence le moment favorable pour parler ou se taire. Un jeune religieux doit presque toujours garder le silence en présence des anciens, s'il n'est interrogé. Jeune homme , dit l'Ecriture, ne parlez qu'avec peine, même pour défendre votre cause. Lorsque vous aurez été interrogé deux fois, répondez en peu de mots (2). Le Prophète garde le silence pour ne pas dire même de bonnes choses. Il est donc rarement permis de parler à ceux qui sont encore de simples disciples, malgré leur perfection, quand ce serait pour tenir des discours excellents , pleins de sainteté et propres à édifier. C'est au maître qu'il appartient de parler et d'instruire; le devoir du disciple est d'écouter et de se taire.

Ne parlez pas en même temps qu'un autre, et gardez-vous d'interrompre sous un prétexte quelconque

1 Eccli., 20. — 2 Eccli., 12.

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celui qui parle. N'attaquez pas non plus par des railleries mordantes ou hors de saison les discours de vos frères. C'est le partage d'un insensé de ne savoir jamais mettre un frein à sa langue, et d'être sans égards pour les autres. Si une dispute s'élève entre deux religieux, le supérieur doit leur imposer silence et leur infliger une punition en rapport avec leur faute.

Il faut en troisième lieu apporter en ses paroles une attention religieuse, ou autrement nos discours doivent être vrais et simples , pleins de douceur et d'honnêteté. Le sage nous dit touchant la première de ces qualités : Qu'une parole de vérité vous précède avant tout (1). Ainsi il faut éviter soigneusement non-seulement les mensonges et autres paroles criminelles , mais encore toute exagération et tout ce qui est outré. En parlant de choses futures ou douteuses, qu'on ne le fasse point d'une manière absolue, mais en exprimant toujours une condition , car la religion ne permet pas un langage si précis pour des choses semblables, et il n'est au pouvoir de personne sur la terre de nier ou d'affirmer sans réserve ce qui n'est pas encore. Qu'on ne se prononce pas facilement sur ce que l'on a entendu, même en croyant pouvoir juger conformément à la vérité. Qu'on ne se hâte pas non plus de répondre, de peur d'émettre par inconsidération une parole fausse ou immodérée.

Il faut parler simplement, ou autrement il faut bannir de son langage tout orgueil , toute détraction ,

1 Eccl., 37.

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tout mélange de vanité ou de malice, ne jamais se vanter de sa science ou de son état dans le siècle, avoir honte d'exprimer sur le compte d'un absent ce que la charité empêcherait en sa présence. C'est pour-quoi saint Benoît a dit : Que les religieux ne savent ni murmurer ni se plaindre, et que jamais semblable désordre ne se manifeste sous aucun prétexte par signe ou en parole. Dans leurs conversations ou dans leurs lettres, s'ils en écrivent, qu'ils n'usent point de flatteries puériles et indignes , mais qu'ils se bornent à faire connaître brièvement et selon la vérité ce qu'ils veulent, comme il convient à des religieux. Le langage est honnête s'il est en rapport avec la dignité de celui qui parle , de ceux à qui il s'adresse , et de ceux dont il s'entretient. Or, toute parole oiseuse, de plaisanterie, de jurement, de querelle, de malédiction, toute parole mondaine, en un mot, est indigne et messéante à la dignité d'un religieux. « Les propos frivoles dans la bouche des hommes du monde ne sont que des frivolités; mais dans la bouche d'un prêtre ou d'un religieux , ce sont des blasphèmes.

Si des plaisanteries nous arrivent, sans doute il faut les supporter , mais ne jamais y répondre. Ouvrir votre bouche à de pareilles choses , c'est

une faute; l'y accoutumer, c'est un sacrilège. Il vous sied mal de rire aux éclats , plus mal encore d'y exciter les autres (1). » Si vous aspirez véritablement à faire des progrès dans la vie religieuse , que votre langue perde l'habitude de ces frivolités.

1 Bern., de Consid., l. 2.

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Lorsque vous devez paraître en public, tenez-vous en garde contre vous-même, et formez la résolution de vous abstenir de toute parole vaine. Avant de dire quelque chose, réfléchissez en vous-même et ensuite parlez selon que vous le jugerez plus convenable. L'homme prudent a coutume de faire précéder chacun de ses actes de la réflexion , et il est bien important en effet de se prémunir de la sorte.

Si vous n'avez rien à dire qui mérite d'être rapporté, demeurez en silence : il est plus sûr pour vous alors d'entendre que de parler; votre humilité y gagnera davantage, car un bavardage inutile est digne de blâme, mais non une affabilité bien placée. Il ne convient en aucune façon à un disciple de Jésus-Christ, de jurer soit par sa tête, soit par les saints, soit de toute autre manière : le Seigneur lui-même nous enseigne à dire : Cela est ou cela n'est pas (1). Il est encore indigne d'un serviteur de Dieu de disputer comme on voit les femmes le faire. Si l'on contredit vos paroles, cédez de suite. Il est toujours honorable à un homme de s'éloigner des disputes. Que les religieux évitent même ces disputes qui ont pour but, dit-on, de s'instruire, en se souvenant que tout combat de paroles doit leur être étranger. Aucune dispute ne saurait avoir lieu sans blesser la conscience en quelque chose. Les serviteurs de Dieu doivent conférer entre eux , mais non disputer. C'est là une chose perverse, surtout si l'on a la coupable hardiesse d'en venir à des paroles injurieuses ou à des malédictions

1 Mat., 5.

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qui , selon l'Apôtre, nous excluent du royaume des cieux , ou si l'on emploie le nom du diable en ses invectives, ou encore si l'on s'en sert fréquemment dans son langage ordinaire. On serait tenté de re-garder bien des choses comme légères , si les saintes Ecritures ne nous les montraient plus graves que nous ne les jugeons. Qui, en effet, appelant son frère un fou , se serait cru digne du feu de l'enfer si la Vérité elle-même ne nous l'eût enseigné? L'ennemi de notre salut a. introduit cette détestable habitude de langage, sous prétexte d'affabilité, et se jouant ainsi des insensés, il s'approche d'eux d'une façon presque inaperçue, afin de les précipiter par des attaques légères en de graves fautes et d'avilir par un langage déshonorant la dignité de leur saint état.

Que les religieux rougissent également d'être des porteurs de nouvelles, ou de répandre les vains bruits du siècle. Que les frères chargés d'accompagner les religieux ne sèment dans la maison aucun propos capable de décourager ou de troubler les faibles. Celui-là est coupable envers Dieu et envers la communauté, qui ébranle témérairement la conscience des faibles par des discours propres à leur inspirer la défiance. De plus, qu'ils aient toujours sur les lèvres des paroles pleines de douceur soit avec les frères ou les étrangers , soit avec les grands ou les petits; et qu'ils montrent envers tous, selon l'Apôtre, une mansuétude inaltérable. Que jamais, sous prétexte de zèle ou de courage , ils ne se laissent aller à des paroles injurieuses à la communauté. Souvent un langage

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immodéré déshonore le mérite, et c'est se défendre d'une manière honteuse que d'avoir recours aux injures. L'orgueil prend la violence pour du courage et les injures pour de la raison; mais la langue de l'homme vertueux a une abondance pleine de douceur (1).

CHAPITRE XXI. De la discipline dans le manger.

Les novices doivent prendre leurs repas dans la crainte du Seigneur, observer en tout temps la discipline dans la manière de se tenir à table et dans la nourriture elle-même , et éviter certaines façons d'agir du monde inconvenantes pour des religieux. Donnons quelques détails abrégés sur chaque chose : leur souvenir nous servira pour d'autres points semblables.

Il faut , à table, demeurer assis et dans une position convenable , ne point tenir le verre à cieux mains en buvant; éviter toute agitation des membres, tout bruit de la bouche ou des lèvres , choses qui annoncent l'intempérance de l'esprit; ne point porter ses yeux de côté et d'autre et s'abstenir de parler. La garde des yeux est nécessaire dans les repas, parce que là surtout il y a inconvenance à les laisser errer çà et là , à regarder avec curiosité, pour ne pas dire impudence,

1 Eccli., 6.

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les actions des autres; il faut les tenir modestement baissés, et considérer seulement ce qui est placé devant soi.

C'est encore un défaut honteux de causer ou de chuchotter à table , où l'on doit garder le silence. Il faut éviter la société de ces hommes impuissants à contenir l'entraînement de leur langue, alors même que la loi leur fait un crime de parler. Si quelquefois on a besoin de boire en dehors des repas, on doit se taire en satisfaisant à ce besoin , qu'on soit ou non en présence des étrangers. L'abondance des paroles à table est une chose digne de blâme.

Il faut aussi observer la discipline pour la quantité et la qualité de la nourriture, pour le mode, la durée et la fréquence des repas. Pour la qualité , que l'on n'ait rien de recherché ou de délicat, rien de trop varié soit dans les mets, soit dans leur préparation. L'ardeur de notre palais se fait reconnaître à une certaine recherche qui oublie la règle ordinaire des convenances. Ainsi l'on choisit ce qu'il y a de meilleur dans la portion commune, ce qu'il y a de plus savoureux dans le pain, ce qu'il y a de plus excellent dans les mets divers. On prend un morceau de pain plus considérable et on laisse de côté les moindres, seulement parce que les premiers sont plus délicats , sans considérer qu'une chose peut être présentée plus convenablement une seconde fois à table alors qu'elle est plus entière. On rompt le pain d'une manière qui n'est pas ordinaire , on le coupe à petits morceaux , on l'écroûte afin de lui trouver plus de saveur. On

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n'a pas soin de mêler de l'eau à son vin , on boit à longs traits ou à plusieurs reprises dans une même fois. On prend la sauce en l'absorbant avec son pain, on l'épuise sans garder les convenances, en penchant son assiette, ou en la ramassant tout autour, alors qu'on doit se contenter seulement de la toucher avec son pain au milieu. C'est encore une chose regardée comme un défaut par les personnes bien élevées dans le inonde, de sucer les os avec trop d'ardeur, de diviser sa viande en morceaux plus considérables qu'il ne convient, de les prendre ainsi, ou de se hàter d'avaler chaque morceau immédiatement après l'avoir coupé, sans prendre le temps de le poser sur son assiette. Manquer en ces choses, c'est s'éloigner des usages communs; c'est violer les règles du plus simple bon ton. On commet une faute semblable en touchant les morceaux comme pour les examiner, en les laissant après les avoir choisis, ou en faisant quelque autre chose de ce genre. Il est vraiment indigne d'un religieux de ne savoir point, quand il le faut, mortifier son goût dans le choix des aliments et d'encourir ainsi la note de gourmand. Si la santé exige qu'on prenne, les jours de jeûne, avant ou après le repas , quelque boisson ordinaire ou extraordinaire, ou quelques aliments, il faut, s'il est possible, le faire en particulier, afin de ne pas donner aux simples une occasion de rompre l'abstinence et de croire qu'il leur soit permis d'agir de même sans besoin suffisant.

Il faut éviter encore une trop grande variété dans

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le choix des aliments ou dans la manière de les préparer. Ainsi on ne doit rien mettre de particulier sur la table et n'y rien exiger, si ce n'est du sel et de l'eau, que l'on peut toujours demander sans se faire remarquer. Celui-là mérite d'être privé des choses ordinaires , qui, dans la communauté, a besoin de distinction. Que les novices apprennent donc à se contenter d'aliments communs et à s'habituer à manger de tous ceux dont les autres frères font usage, sans manifester, s'il est possible, la moindre répugnance pour rien. C'est un grand défaut de dédaigner le potage et autres mets communs dans l'espérance de se procurer quelque chose de plus délicat. Il faut laisser une pareille manière d'agir aux caprices des femmes enceintes , car elles ont coutume de désirer des aliments tantôt durs , tantôt mous , tantôt froids , tantôt chauds, tantôt frits, tantôt bouillis; mais pour un homme d'une vie sage et sobre , c'est assez , pour tout assaisonnement , de joindre du sel à son pain.

Ils doivent se garder encore de tout excès dans le manger et surtout dans le boire , de peur que l'ivresse ou une trop grande satiété ne s'ensuive. Rien n'est opposé à la vie d'un chrétien, comme l'ivresse, dit saint Benoît.

Qu'ils considèrent ensuite comment ils doivent manger, c'est-à-dire avec quelle décence, quelle propreté et quelle tempérance il leur faut prendre leur repas. Celui-là manque à la décence, qui parle la bouche remplie de nourriture ou en tenant son verre à la main ; de même encore celui qui se sert de son

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couteau pour porter les morceaux à sa bouche, celui qui boit la bouche pleine , celui qui mange et boit la tête entièrement cachée dans son capuce. On doit observer la propreté par rapport à soi-même, par rapport à ses commensaux et à la table sur laquelle on mange. C'est aussi de la propreté et de la décence de ne point remettre dans l'assiette où l'on' doit manger encore un morceau qu'on a porté à sa bouche : c'est une chose dégoûtante de mêler à d'autres aliments les restes de vos dents. Il ne faut jamais toucher son verre avec des doigts humectés par la sauce, ou mettre le pouce dedans , ni souffler sur sa boisson ou sur un mets quelconque. Il est également contraire à la décence de porter ses doigts dans le potage , de se servir de sa main comme d'une cuiller pour les viandes et les légumes , de rejeter de sa bouche sur la table les débris de poissons ou autres mets semblables, ou de broyer des noix avec ses dents pour d'autres que soi-même , de ne point se tourner de côté pour tousser ou éternuer, de se moucher ou de se gratter avec ses doigts et de les essuyer à ses habits. Il faut éviter encore d'étendre le bras sur la table devant les frères pour prendre du sel ou autres choses nécessaires qu'ils peuvent nous faire passer, et de laisser nos manches toucher à leurs assiettes. Lorsqu'on coupe du pain, il ne faut point l'appuyer sur sa poitrine ou sur ses habits sans y avoir placé auparavant sa serviette. La propreté de la table demande qu'on ne salisse point la nappe en y essuyant fréquemment son couteau ou ses doigts , et qu'on ne

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s'en serve jamais pour se frotter les dents. C'est en effet une chose dégoûtante et messéante de se servir de la nappe ou de linges communs à tout le monde pour un semblable usage. Agir de la sorte, c'est offenser toute la communauté.

La tempérance dans le repas consiste à ne point manger sans la moindre interruption et avec trop d'empressement. Cet empressement se remarque au commencement et dans le cours du repas , quand à peine à table on se hâte de porter la main au plat sans avoir fait d'abord une courte prière, quand on mange avec voracité, quand on fait succéder les morceaux aux morceaux sans avoir avalé les premiers. On pèche contre la tempérance en demeurant trop longtemps à table ou en buvant hors des repas , et c'est une chose inconvenante de retarder les autres polir boire. De là cette parole du Sage à l'homme sobre : Cessez le premier de manger par modestie (1). Il faut observer avec un grand soin les règles de la tempérance en ne prenant pas trop souvent de nourriture. Assurément c'est l'indice d'un grave défaut que de revenir pour boire après son repas, d'avoir la triste habitude de le faire plusieurs fois le jour à la maison, et, ce qui est plus honteux encore, de ne pas savoir se priver en ce point après complies. Il vaut mieux, quand vous êtes à table, boire selon l'étendue de vos besoins , que de le faire durant le jour comme un ivrogne. Manger des fruits ou autre chose en dehors des repas, comme les gens du monde ont coutume

1 Eccli., 31.

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de le faire, c'est une marque évidente de gourmandise. De même, manger plus de cieux fois le jour, soit à la maison, soit ailleurs, c'est une chose convenable aux enfants ou plutôt aux animaux. On rapporte qu'un ancien n'observant aucune règle pour le nombre de ses repas, fut repris par un ange et comparé par lui à un âne. Aux jours de jeûne, à la collation, la tempérance et l'honnêteté demandent qu'on ne boive pas plus de deux ou trois fois si l'on en a besoin. L'homme vraiment sobre s'applique à garder une certaine tempérance même dans les choses indispensables.

Enfin, que les religieux s'éloignent, à table, de l'habitude oit sont certains hommes du siècle d'exciter les convives à boire et à manger; qu'ils ne s'excitent pas les uns les autres , mais que chacun mange et boive selon sa volonté dans la limite de ses besoins, qu'il sait toujours mieux apprécier que personne. Cependant un ancien fait bien d'inviter de la sorte les religieux plus jeunes qu'une honte excessive ou une abstinence trop rigoureuse empêche de prendre une nourriture suffisante.

Il est inconvenant , après avoir pris le potage ou d'autres mets selon ses besoins, d'offrir ses restes aux autres et surtout aux anciens. On doit également éviter de laisser sur la table des morceaux de pain et autres débris, et calculer de telle sorte la quantité de choses suffisantes à nos besoins, qu'à peine nous échappe-t-il quelques miettes. Cependant on peut très-convenablement mettre de côté une portion de

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potage , et se la retrancher par amour de la tempérance et en faveur des pauvres. Mais s'il est permis aux frères de laisser quelques restes, il ne leur est pas libre de les ramasser pour les distribuer comme ferait le maître de la maison.

Il faut encore avoir soin, surtout vers la lin du repas, de ne couper jamais de pain ou d'aucune autre chose à ses commensaux et de ne point leur verser à boire, à moins qu'on ne puisse consommer soi-même ces aliments si ceux à qui ils sont offerts les refusent. Lorsqu'on désire seulement un tout petit morceau, on ne doit point entamer un pain entier, surtout si l'on trouve chez son voisin de quoi se satisfaire. Si l'on se sert d'une coupe commune, qu'on ait soin de ne verser dedans que ce que l'on peut boire d'un seul coup. Parmi les restes, qu'on ne laisse jamais rien d'inutile ou de nuisible , comme les débris de noix , d'oeufs, de châtaignes, etc. Qu'on ne fasse point, pendant qu'on est à table, manger ni des oiseaux ni des chats, et même on ne doit jamais en souffrir dans le réfectoire.

Les novices peuvent donc , par les instructions contenues en ce chapitre, comprendre quelle conduite on doit tenir dans les repas. Cependant certaines choses, quoique regardées communément comme vicieuses, peuvent se faire en esprit de charité et sans le moindre défaut parmi les personnes de la maison.

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CHAPITRE XXII. De la discipline dans les travaux manuels.

Il faut, pour bien observer la discipline dans les oeuvres manuelles, du discernement, de la diligence et de l'honnêteté. Il faut du discernement afin d'accomplir comme il convient ce que l'on a à faire. Or, ce discernement consiste d'abord à préférer le nécessaire à l'utile, le mieux au bien, et le très-bon au mieux. Ainsi venir en aide à son frère lorsqu'il est dans le besoin, vaut mieux assurément qu'une occupation se rapportant à notre propre utilité. De même refuser son service à un prêtre qui veut célébrer , c'est une faute plus grande que plusieurs autres; tout le monde le comprend.

Il faut ensuite discerner en quel temps chaque oeuvre doit s'accomplir. Certaines choses ne peuvent avoir lieu les jours de fêtes, et elles sont permises les autres jours. Il y a donc à distinguer entre les oeuvres elles-mêmes. Ainsi il y a un travail nécessaire aux besoins de chaque jour comme de préparer les aliments, laver la vaisselle et autres choses de ce genre, et ce travail peut se faire en tout temps. Il y a d'autres occupations que l'on peut renvoyer au lendemain , comme de copier des livres, de nettoyer ses habits, de faire ses cheveux , etc.; on doit s'en abstenir le dimanche et les fêtes d'obligation, à cause du respect

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dû à ces saints jours. Eu effet, on honore les jours de fête par le calme d'un repos honnête, et les autres jours en s'appliquant aux travaux de notre charge. Autant , dit Hugues , un tel repos donne d'éclat aux jours de fête, autant l'application à des occupations honnêtes embellit les autres jours (1). Celui qui ne peut demeurer en paix durant ces premiers jours , nous manifeste sa vanité; et celui qui ne veut point se livrer au travail dans les autres nous fait connaître sa paresse. En effet, la vanité pousse les esprits charnels à agir au temps du repos, et la paresse les empêche de se livrer à des oeuvres utiles au temps du travail. Il faut donc discerner les divers temps dans l'accomplissement de ce qui est bien , car si une oeuvre mauvaise est toujours blâmable, une bonne oeuvre est digne aussi de répréhension sous certain rapport lorsqu'elle n'a pas lieu en temps opportun.

On reconnaît la diligence à l'empressement de celui qui agit, à son zèle à accomplir pieusement et fidèlement ce qu'il fait. Or, cet empressement ne se montre pas seulement pour les ouvrages des mains , mais encore pour tous les exercices de la communauté; car tout ce qui se rapporte là demande de notre part une diligence particulière. Que nos novices soient donc empressés avant tout à bien faire les exercices conventuels. Qu'on ne voie jamais en eux aucune lenteur pour l'oeuvre de Dieu ou le service de la table. A l'heure de l'office divin, dit saint Benoît (2), que les religieux , aussitôt le signal donné , laissent

1 Hug., Inst. mon. — 2 Reg., 43.

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tout ce qu'ils ont en leurs mains et accourent sans le moindre retard, mais en ayant soin pourtant de bien observer la gravité et de ne point prendre de là une occasion de se dissiper. Ainsi le service de Dieu doit passer avant tout. Pour la table , celui qui , par négligence n'y arrive pas avant la bénédiction, afin que tous puissent réciter les prières en commun et manger en même temps , celui-là, après avoir été repris jusqu'à deux fois , s'il néglige de se corriger , devra , selon le commandement du saint, être éloigné de la table commune, prendre son repas séparé de ses frères et être privé de sa portion de vin, si l'usage était de lui en servir. En effet, il est indigne de manger avec la communauté , celui qui , par sa faute , ne prend point part à la prière commune. Loin des serviteurs de Dieu la coutume blâmable et honteuse de déshonorer les exercices communs et surtout l'office divin sous aucun prétexte, soit en arrivant trop tard, soit en se retirant trop tôt pour vaquer à d'autres occupations! Si l'on mérite des reproches en ne venant pas au moment marqué , on en mérite également en se retirant avant l'heure, à moins qu'une grave nécessité n'y oblige. C'est un signe d'impatience et de vanité, de s'éloigner avant les autres des exercices communs, de ne pouvoir attendre au choeur la fin des divins offices. Au rapport de saint Grégoire, un moine se hâtant de sortir aussitôt l'office terminé, on vit le démon l'entraîner hors du lieu saint (1). Mais que dira-t-on de ceux qui ne peuvent même pas en

1 Dial., 1. 2, c. 4.

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attendre la fin? C'est assurément une faute de paresse inexcusable, que de négliger tout ce qui concourt à entretenir la beauté de la vie commune, et admettre le moindre relâchement en ce point, c'est multiplier sans fin les occasions de désordre.

Ensuite, que tous les frères travaillent non par habitude , comme la génisse d'Ephraïm accoutumée à broyer le grain (1) , mais par un sentiment de dévotion intérieure, et que leur ferveur se porte surtout vers les choses communes. Qu'ils embrassent de toute l'affection de leur âme la vie commune comme la vie la plus parfaite, ou plutôt comme une vie véritablement angélique et qu'ils s'y attachent avec autant de persévérance que de piété. A l'office , au réfectoire et ailleurs, qu'ils ne se séparent que malgré eux de la communauté. Dieu a attaché une efficacité si excellente aux réunions communes, que les bons y voient leur vertu s'accroître, et que les méchants y trouvent le remède à leurs désordres. Des grâces sans nombre se répandent sur les hommes ainsi unis à leurs frères, tandis qu'elles s'éloignent de ceux qui en sont séparés. Saül devient prophète dans l'assemblée des prophètes appliqués à louer Dieu, et séparé d'eux il se pervertit (2). Thomas n'est point réuni aux autres apôtres, et il est privé de la vue du Seigneur , et s'il en jouit dans la suite c'est en leur société (3). C'est également lorsqu'ils sont assemblés en un même lieu que les disciples reçoivent l'Esprit-Saint. Le Seigneur habite et se repose dans la communauté. Là il ranime les hommes

1 Os., 10. — 2 I Reg., 10. — 3 Joan., 24.

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fervents par l'effusion d'une grâce plus abondante; là les négligences personnelles qui se glissent souvent en grand nombre en divers exercices et surtout dans l'office divin, sont suppléées par la communion de tous les membres; là, ce qu'on ne peut par soi-même, on l'obtient par le mérite des autres.

La prévoyante sollicitude de la religion ne permet pas de prendre ordinairement les novices pour les grands emplois de la maison , comme de réfectorier , d'infirmier, de lecteur à table et autres charges principales qui demeurent toujours confiées à une même personne. Cependant , si on leur remet en main quelques-uns de ces offices , même pour quelques heures, ils doivent les accepter avec un empressement sans limites et les remplir en toute diligence avec mansuétude, ferveur et amabilité , entièrement et avec circonspection : avec mansuétude, c'est-à-dire sans murmurer ni témoigner le moindre signe de déplaisir. Mon fils, dit le Sage, accomplissez toutes vos oeuvres dans la douceur (1). Avec ferveur, car une diligence courageuse est nécessaire lorsqu'on fait le bien. Soyez agiles en vos actions, dit encore le Sage (2). L'agilité et l'empressement n'empêchent pas la gravité; ils éloignent seulement la lenteur. — Avec amabilité, c'est-à-dire de façon à contenter, autant qu'on le peut honnêtement, ceux que l'on sert. L'Apôtre demandait des prières pour que ses offrandes fussent agréables aux saints de Jérusalem (3). Celui-là a profité beaucoup dont le ministère a été agréable à plusieurs et les a

1 Eccli., 3. — 2 Eccli., 31. — 2 Rom., 15.

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portés à louer Dieu. — L'intégrité est requise ensuite en toute bonne oeuvre , ou autrement il n'en faut rien diminuer, ne point agir par manière d'acquit, parce qu'on est sous le regard des hommes , mais tout accomplir parfaitement et comme la chose l'exige. Enfin il faut de la circonspection selon que le demandent les divers offices, ce que l'on comprendra mieux par un exemple. Ainsi vous avez à remplir les fonctions de réfectorier , vous devez veiller pour que tout soit servi dans le temps convenable, en la manière voulue et partagé scrupuleusement , pour que rien ne manque des choses requises au service de la table, ou que vous ne commettiez aucun oubli dans l'accomplissement de votre ministère. Tout ce qui est nécessaire doit se trouver à temps. Il est inconvenant que toute la communauté attende par la faute d'un seul homme. Il faut donc avoir soin de mettre sur la table avant l'arrivée des frères les divers plats , les fruits et autres aliments destinés au repas. Lorsqu'on apporte successivement chaque chose , on retient trop longtemps la communauté à table, et c'est la faute des ministres. Ensuite , lorsqu'on sert un mets , il convient de l'offrir tout préparé. Si l'on donne des noix , on doit les casser auparavant; si l'on présente des herbes crues, il faut commencer par les laver; il en est ainsi des autres choses. Il faut également, si on le peut, donner à chacun une portion de chaque plat, car il y a des hommes assez grossiers pour ne faire aucune distinction entre les supérieurs , les anciens ou les étrangers. Les choses communes, comme le sel et

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l'eau , ne doivent jamais manquer sur la table, et un ministre prévoyant les y place d'abord. L'eau n'est pas seulement nécessaire pour affaiblir le vin, mais encore pour plusieurs autres usages. On doit aussi mettre une cuiller pour chaque plat, si l'on ne veut point qu'on y prenne avec les doigts , et, comme dit Hugues , qu'on semble chercher en même temps à laver ses mains et à remplir son ventre (1). Les chats et les oiseaux gardés dans nos maisons pour détruire les insectes , ne doivent point être soufferts au réfectoire pendant le repas; cela n'est ni bien, ni utile. — C'est ainsi qu'on doit être attentif en tout ministère aussi bien qu'en celui-ci ; car il est écrit : Faites toutes choses avec diligence; et encore : Agissez avec empressement, et le Seigneur vous traitera favorablement. — Vous ferez toutes ces choses dans la crainte du Seigneur, avec fidélité et un coeur parfait (2).

On observe l'honnêteté dans ses actions quand tout se fait avec maturité et un certain dehors de religion , quand en toute chose on trouve une propreté parfaite, car tout cela convient à un religieux.

CHAPITRE XXIII. De la discipline dans le marcher.

Que les novices considèrent attentivement, dans la discipline touchant le marcher , le mode et la discrétion à apporter en cet acte. Le mode , pour être

1 Mon. ad nov., c. 21. — 2 Par., 19.- 11. – 9.

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honnête, demande qu'on ne marche point d'un pas impétueux et rompu, la tête élevée avec prétention , la poitrine en avant , ou bien la tête penchée sur l'épaule , les mains pendantes et sans retenue. Toutes ces choses annoncent la légèreté ou l'orgueil , ou la paresse , ou l'hypocrisie. Il faut aussi garder la discrétion en marchant , si l'on ne veut point être compté au nombre de ceux dont il est dit : Il n'y a aucun jugement dans leur démarche (1). On marche sans jugement quand on le fait sans nécessité ou sans ordre. La nécessité exclut les courses inutiles , et l'ordre retranche la confusion qui naît du désordre. Les novices devront donc éviter un va et vient inutile par la maison , le jardin et au dehors , car c'est là l'indice d'un esprit instable. Qu'on ne les voie point errants dans le monastère, aller sans motif d'un lieu à un autre, d'un frère à un autre frère, ou fréquenter le parloir et autres endroits où l'on peut apprendre des nouvelles et trouver des occasions de causer; mais qu'ils aiment à résider en silence dans les lieux accordés à leurs usages, comme l'église, leurs cellules, le chapitre, s'ils sont étrangers, ou autres lieux spécialement désignés. Sous aucun prétexte ils ne doivent, sans être appelés , aller dans les salles particulières, comme la cuisine, l'infirmerie, le lieu où l'on reçoit les étrangers , ni se mêler à l'assemblée des frères ou aux religieux occupés à prendre leur nourriture. Qu'ils n'osent surtout les approcher alors ou demeurer avec eux, à moins que ceux-ci n'aient un

1 Is., 59.

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besoin évident de leurs services; car c'est un indice d'effronterie de ne point craindre d'approcher ainsi les autres pendant leurs repas. Cependant, si la nécessité les contraint quelquefois d'aller en des lieux dont l'entrée ne leur est pas permise, ils peuvent frapper un peu à la porte afin que quelqu'un sorte pour leur parler , ou qu'étant appelés ils entrent avec plus d'assurance et d'une façon plus polie.

Ils ne doivent pas non plus aller dans le jardin sans permission, à moins qu'ils n'y soient envoyés ou appelés par un profès; et , après l'avoir quitté ou leur affaire terminée , qu'ils se hâtent de revenir aux lieux destinés à leur usage. Cependant le maître des novices peut, par lui-même ou un autre des supérieurs, les envoyer tantôt les uns , tantôt les autres, ou même tous ensemble se promener dans le jardin , soit pour se récréer, soit pour se livrer à des entretiens édifiants lorsqu'il le jugera convenable.

Qu'ils ne cherchent pas, au temps du noviciat, l'occasion de sortir de la maison ni d'aller visiter leurs parents , car ils ne trouveront point le Seigneur parmi leurs proches ni leurs amis. Comment donc, ô bon Jésus! s'écrie saint Bernard, vous rencontrerai-je parmi mes parents, vous qui n'avez point été trouvé parmi les vôtres (1)? Si quelquefois il leur arrive de sortir de la maison avec la permission du supérieur, qu'ils aient soin d'en avertir leur maître, et qu'ils fassent la même chose pour toutes leurs autres actions notables.

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Un religieux doit s'appliquer à garder l'ordre dans le marcher, surtout au milieu de ses frères ; ainsi , dans les processions, il faut observer celui à côté duquel on se trouve placé; de même au choeur, au réfectoire, lorsqu'on va à l'église pour les grâces, partout en un mot , chacun doit se tenir à sa place et ne point aller à un autre choeur, un autre réfectoire , un autre cloître ou ailleurs , sans y être contraint par un motif raisonnable. A l'église , qu'on ne passe pas facilement entre le pupitre placé au milieu du choeur et l'autel, surtout pendant les offices, à moins qu'il n'y ait point de passage libre ailleurs; et en passant derrière , on ne doit point saluer directement en face du pupitre pour ne pas sembler lui rendre ses hommages , mais on le fait d'une manière plus convenable en choisissant l'un ou l'autre des côtés du choeur pour s'incliner.

Il y a aussi dans le marcher un ordre de respect et de décence ; ainsi , un jeune religieux ne doit point marcher au hasard en avant d'un ancien , ou passer trop souvent devant lui et trop près de lui quand il peut faire autrement. A l'église aussi, pendant l'office solennel, il est inconvenant de passer sans nécessité entre le sous-diacre , le diacre et le prêtre, et devant les frères, en traversant dans toute sa longueur l'espace laissé libre entre eux et l'endroit où ils se mettent à genoux; mais il faut choisir l'entrée la plus proche des siéges vides pour se rendre à sa place, à moins que le respect dis à certaines personnes n'oblige , pour ne point, passer devant elles , à faire autrement.

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CHAPITRE XXIV. De la discipline dans les divers offices des

membres.

Il faut aussi s'appliquer à observer la discipline dans les autres offices des membres du corps , comme les yeux , la bouche , les bras et les mains. Nous allons donc en dire brièvement quelques mots.

Les hommes désireux de ne rien faire de contraire à l'honnêteté doivent apporter le plus grand soin à ne point laisser leurs yeux errer çà et là , à ne point les élever d'une façon inconvenante à table et surtout au choeur, car il est écrit (1) : L'insensé a toujours les yeux égarés; et encore : L'orgueil du coeur rend les yeux altiers (2). Le Prophète a élevé les yeux , il est vrai , mais c'était pour implorer le secours du ciel (3). Le Seigneur Jésus les a élevés aussi , mais pour accorder des bienfaits (4). Et vous aussi , si vous considérez bien le lieu , le motif et le temps , vous lèverez les yeux vers vos besoins et ceux de votre frère. Non-seulement je ne vous blâme pas alors , mais je vous approuve beaucoup : d'un côté votre propre misère vous excuse; de l'autre, la miséricorde vous rend digne de louanges. Si au contraire d'autres raisons vous excitent , je ne vous dirai plus un imitateur du Prophète ni du Seigneur, mais de Dina , d'Eve ou plutôt de Satan.

1 Prov., 17. — 2 Prov., 21. — 3 Ps. 121. — 4 Joan., 6.

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Que nos novices ne se laissent pas aller facilement à rire , et qu'ils évitent de crier en parlant. Le rire surtout est messéant à la gravité d'un religieux; c'est une chose indigne de lui d'agir en cela comme un enfant. Il ne lui est pas permis de rire aux éclats et d'une manière dissolue , mais la douce gaieté de son visage doit manifester la joie de son coeur. En donnant la paix , qu'on ait soin de tenir les lèvres fermées : il est inconvenant de les ouvrir alors. Qu'on ne se mouche jamais en face des autres, mais en se tournant de côté. Il faut en faire autant pour cracher, surtout lorsque l'on se trouve en l'assemblée des frères ; éviter également de couvrir de crachats les endroits où la communauté se réunit , comme le choeur et autres lieux , pour ne point blesser le regard des autres. Il y en a plusieurs qui ne craignent pas de cracher devant leur place à l'église et en présence des frères.

Que l'on s'abstienne entièrement de toute extension notable du corps et des membres , de bâillements et autres mouvements qui ont coutume de blesser les bienséances. Lorsqu'on éprouve de pareils besoins, il faut retenir et son corps et ses bras , et ne pas les étendre avec une telle paresse. Il est inconvenant pour un homme honnête de se laisser aller à un semblable défaut. Qu'on évite également les jeux de main : il en résulte de grands périls et le chagrin a souvent coutume de succéder à un simple amusement. Après le repas , que l'on s'éloigne soigneusement de toute plaisanterie démesurée et d'une trop grande abondance de paroles. On doit , il est vrai , ne jamais

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se permettre la moindre légèreté tant soit peu dissolue; mais c'est surtout après le repas que pareille chose est honteuse, soit qu'elle ait lieu en présence d'un seul frère ou en présence de la communauté. Toute action de ce genre devant les religieux réunis est véritablement de la dernière inconvenance. Il est encore contraire à l'honnêteté de prendre un frère par sa ceinture ou par la main , de porter nonchalamment en sa main des fleurs , des fruits on un bâton ; c'est même en quelque sorte le signe d'une âme déréglée.

En se lavant les mains, quand on verse de l'eau . il faut éviter de prendre le vase par la partie supérieure, surtout quand les mains sont déjà mouillées. nais avoir soin de le pencher de côté en le tenant par l'anse, de peur que les gouttes répandues sur les mains, venant à se détacher, ne gâtent le reste de l'eau. — Au lit on doit se placer de la manière la plus honnête, ne point se coucher sur le dos, ni lever les genoux , ni reporter ses pieds sur ses jambes. C'est. une témérité de mépriser comme frivoles ces choses et autres semblables. Certaines inepties en des points sans importance défigurent quelquefois tout l'éclat d'une bonne vie. Souvent de légères taches se répandent peu à peu par notre négligence , et toute notre personne en est souillée.

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CHAPITRE XXV. De la discipline dans le vêtement.

On peut considérer la discipline dans le vêtement quant à l'étoffe destinée à le confectionner, quant à la forme du vêtement lui-même , et quant à sa propreté.

L'étoffe ne doit point être d’un trop grand prix, ni sentir la mollesse ni le luxe. Saint Pierre interdit même aux femmes les habits précieux , et ceux qui portent des vêtements délicats sont dans la maison des rois (1). Il doit sans doute y avoir une différence entre les riches du palais et les pauvres du cloître. La mollesse des vêtements est un indice de la mollesse de l'âme. L'Evangile blâme le luxe et l'éclat dans le riche. qui prend ses repas sur la pourpre. Le luxe dans les habits, alors même que le prix en serait médiocre. est toujours un vice en des hommes dont le but est de dire pénitence. Que les novices ne fassent donc aucun cas de la valeur des étoffes , de leur éclat et d'une mollesse inconvenante à la vie religieuse. Qu'ils aient honte et qu'ils refusent de tout leur pouvoir de juger autrement que les saints de la valeur des vêtements , et d'introduire une coutume vicieuse. Seigneur Jésus vos langes nous sont un signe , mais un signe auquel beaucoup contredisent, jusqu'à ce jour (2).

1 Pet, 3. —

Mat., 11 . — 2 Bern., s. 4, de Nat. Dom.

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Quant à la forme des vêtements , l'honnêteté exige qu'ils ne soient ni trop larges ni trop étroits. Il faut éviter toute longueur ou largeur superflue soit pour les manches, soit pour le capuce ou le collet du capuce. Mais on ne doit pas non plus défigurer son vêtement en pratiquant des ouvertures autour de la ceinture , ou en y adaptant certaines afféteries.

Il y a une forme convenable pour un religieux , et une qui ne l'est pas. Ainsi il est inconvenant pour lui d'avoir en ses habits quelque chose de recherché contre l'usage de sa religion : par exemple , si le collet de son capuce se trouve replié et arrondi selon la coutume des gens du monde , ou si le capuce lui-même étant rabattu enserre ses joues avec une certaine affectation. L'habit est convenable quand il satisfait à l'honnêteté et non à la vanité, quand il est porté d'une manière honnête , quand il est disposé de la sorte selon le lieu et le temps, quand il est ceint avec décence et dans une juste mesure. Si d'un côté on le laisse traîner d'une façon trop notable, si d'un autre on omet d'apporter à le bien disposer le soin voulu, c'est de la sottise, ou de la négligence ou de l'hypocrisie. Il faut surtout avoir une grande attention à bien adapter au collet la partie destinée à couvrir la poitrine , de sorte que le collet ne descende pas jusque sur la poitrine elle-même , ou que nos vêtements intérieurs ne scient point exposés au regard des autres, ce qui est tout-à-fait contraire à l'esprit religieux.

On doit également éviter toute affectation dans la

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manière de porter ses vêtements , comme de se cacher la bouche ou le menton sous son capuce, de marcher en tenant sa robe par le côté à la manière des dames, de laisser pendre sa manche au dehors en mettant la main dans son sein. Quand la nécessité oblige de porter ainsi sa main, .même pour un moment, il faut retenir avec soin sa tunique de l'autre main pour l'empêcher de pendre d'une façon inconvenante et laisser ignorer à ceux qui sont proches de nous ce que nous faisons. Tout le monde comprend combien il est contraire à la religion de tenir ses deux mains dans sa poitrine , alors que la nécessité permet à peine d'y en porter une seule pour quelques instants. C'est la marque d'un corps sans vigueur et incapable de remplir les offices propres à ses divers membres, de laisser ses manches flotter sans être retenues. Lorsque l'âme s'affranchit de sa garde intérieure , les membres s'agitent et se remuent au dehors sans aucune réserve; on néglige tout soin de la discipline tant pour les vêtements que pour le reste , et ainsi le désordre du corps indique l'état de l'âme.

Il y a encore d'autres défauts à éviter dans la manière de porter ses vêtements. Certains insensés, dit un auteur, arrangent leurs habits autour de leur corps avec un art affecté; d'autres les agitent et les jettent au vent avec prétention , et ils nous découvrent par là la légèreté de leur esprit; d'autres balaient la terre de leur robe, baissent à dessein les épaules, ou plutôt ils ferment leur marche à la manière des renards , en laissant traîner une queue à leur suite, et partout

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où ils passent, ils soulèvent la poussière en tourbillons.

La disposition du vêtement varie à raison de nos occupations et à raison de la société où nous nous trouvons; il faut donc considérer encore la discipline sous ces divers points de vue. Dans le travail , il est nécessaire , tant pour agir plus promptement que par propreté, de s'arranger d'une manière honnête selon que l'exige la nature de notre ouvrage. Ainsi l'on peut relever sa robe autant qu'il est utile , retrousser ses manches autant qu'il convient afin de les empêcher de retomber d'une façon désagréable sur ses mains et sur son travail. Il faut surtout agir de la sorte en particulier. Une telle disposition est tolérable et même louable quand on est seul; mais elle ne convient pas en public et surtout devant les étrangers. Lors donc qu'on se trouve en présence de telles personnes ou de la communauté, on doit revenir, autant que possible, à l'usage commun et pour les manches et pour le reste. Si la tête est nue , il convient de la couvrir de son capuce. En tout endroit public, comme au choeur , au réfectoire et ailleurs , en présence de la communauté des frères et surtout des étrangers, la bienséance exige d'un religieux qu'il ait la tête couverte, à moins que le respect dû à son ministère actuel ou à certaines personnes ne l'oblige à faire autrement. Cependant on ne doit pas , sans une cause raisonnable , trop enfoncer son capuce sur sa tête devant les frères ou les étrangers ; car une telle action dénote l'hypocrisie et, par sa singularité, attire sur

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son auteur les regards de tous. Il convient donc en public de se couvrir la tête et non le visage. Lorsqu'on lave les pieds à un religieux , celui envers qui s'accomplit un pareil acte au nom du Seigneur , doit demeurer la tête couverte s'il le peut commodément , se tenir dans l'humilité, parler peu, et recevoir ce service de charité avec crainte et dévotion. Il est inconvenant là où ailleurs de trop se découvrir les jambes , et il faut les environner soigneusement de sa robe; car toute nudité est un déshonneur pour les personnes religieuses , et même tout coeur honnête s'efforce avec la plus grande diligence de ne jamais laisser nue la moindre partie de son corps, s'il n'y est contraint par une nécessité évidente. On lit de saint Antoine qu'ayant à traverser un fleuve, il pria son compagnon de voyage de se retirer un peu à l'écart pour ne point paraître nus aux yeux l'un de l'autre. Le compagnon se retira ; mais le saint voulant quitter ses vêtements, se sentit rougir , et pendant qu'il examinait ce qu'il avait à faire , la vertu céleste le transporta sur l'autre rive du fleuve. Ainsi le Seigneur eut pour agréable , sans aucun doute, l'honnêteté du saint. — Quand aux vêtements de dessous et à ce qui est en dehors de la forme régulière et commune, soit dans les habits , soit en autre chose , il faut les cacher de son mieux. Ainsi , l'on ne peut porter en religion une aumusse en dehors du capuce.

Il nous reste donc à parler de l'usage habituel et persévérant de l'habit religieux et de la nécessité de le conserver propre. L'usage de notre habit en tant

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qu'habit est considéré comme une marque spéciale de la vie religieuse, et il doit être porté sans interruption, en sorte qu'un frère cesse d'être religieux s'il se dépouille même pour peu de temps de son vêtement de religion sans y être forcé par une nécessité évidente. Un religieux dépouillé de son habit ressemble à une personne du siècle réduite à la nudité. — Il faut veiller, en s'asseyant ou en faisant les génuflexions , à ne point faire contracter la moindre tache à cet habit. Et si quelquefois il lui arrive , soit par la sueur, soit par une autre cause quelconque, d'en recevoir l'empreinte , il faut alors le laver au plus tôt , surtout si ces taches sont dans un endroit apparent. Ainsi l'on doit faire disparaître avec une diligence souveraine celles que la sueur a coutume de former sur les bords du capuce autour des joues. Un ordre religieux qui n'a aucun soin de la propreté, inspire le dégoût; on blâme également en ce point et un soin excessif et une négligence extrême.

CHAPITRE XXVI. De la discipline à observer parmi les frères dans les endroits communs.

Que les novices enfin se conduisent avec ordre et selon la discipline en tous lieux : au réfectoire , à l'oratoire , au dortoir et autres endroits ou les frères ont coutume d’aller sans en excepter un seul. Que

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jamais ils ne troublent , en parlant à demi-voix ou en faisant du bruit sous prétexte d'une occupation quelconque, les religieux appliqués à la prière ou à l'étude, ou qui se reposent. Que personne dans l'oratoire ne fasse rien d'étranger à la destination de ce lieu et au nom qu'il porte. Si donc des frères , en dehors des moments marqués , ont le temps et la volonté de vaquer à la prière , ils ne doivent éprouver aucun empêchement de ceux qui pourraient s'imaginer avoir quelque chose à faire en ce lieu.

De même, lorsqu'on va au dortoir pendant le repos des frères , on ne doit point marcher avec bruit, mais s'avancer doucement et comme à la dérobée. C'est une faute de déranger ceux qui dorment, soit en préparant son lit , soit de toute autre manière. Quand on se lève, il faut couvrir son lit et ne pas le laisser en désordre comme l'animal fait pour sa couche. S'il semble inconvenant à tout le monde de s'entretenir de choses dignes du silence , que l'on se souvienne bien qu'il est plus révoltant encore de faire la moindre de ces choses en ce lieu. Il ne convient pas non plus de porter avec soi de quoi se couvrir davantage comme si l'on devait y mourir de froid. Au dortoir un religieux doit demeurer dans un profond silence et la tête entièrement couverte. Causer en ce lieu , y regarder de côté et d'autre sans nécessité et la tête découverte, n'est pas l'action d'un religieux, mais d'un bouffon. Là il faut observer la bienséance dans la disposition de ses mains et de ses vêtements. Là tout homme bien élevé doit veiller avec un soin suprême à ne

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blesser personne ni par lui-même ni par sa négligence Là il faut apporter la plus grande attention en satisfaisant aux besoins de la nature , pour ne choquer en rien l'honnêteté; et il faut éviter en tout temps de le faire en un lieu où l'on pourrait être vu des autres : car, dit un auteur, beaucoup de choses peuvent se faire honnêtement, que l'honnêteté empêche de voir.

Enfin , il y aurait tant à dire touchant la discipline particulière à chaque office et à chaque lieu , qu'il est à peu près et même impossible d'entrer dans tous les détails. Cependant on peut appliquer à une multitude de choses ce que nous avons écrit jusqu'à ce moment. Ainsi jamais un frère ayant les sentiments de l'honnêteté ne doit stationner à l'entrée des endroits affectés aux usages de la communauté , et là où les frères ont coutume de passer, surtout aux endroits réservés à des services particuliers. Quand ils entrent ou quand ils sortent , ils doivent fermer la porte de ces lieux , de peur que des étrangers arrivant ne trouvent les autres frères occupés et non préparés à les recevoir. Il est défendu aux religieux d'inviter les gens du dehors, même leurs amis , à visiter les endroits réservés à la communauté. Si quelquefois , cédant à leurs instances, on leur permet de les leur montrer, il faut se borner à les conduire dans les salles les plus communes, et ne pas les introduire dans tous les angles et recoins de la maison , leur faire voir chaque chose de la porte et aussi rapidement que les convenances le permettent, et dérober à leurs regards tout ce qu'il est possible de cacher. Il n'y a plus de

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religion là où toutes choses sont exposées à la curiosité de tous. On doit encore dans ces visites ne point re-tenir en aucune façon les étrangers aux endroits oit les frères se trouvent en grand nombre. En disant. toutes ces choses aux petits , j'excite , il est vrai , le sourire de ceux qui sont plus avancés; mais là où il y a profit pour l'âme, il faut savoir mépriser les railleries.

CHAPITRE XXVII. Comment on doit vivre au milieu des personnes du siècle.

Il nous faut voir maintenant comment les novices doivent se comporter vis-à-vis des étrangers, à la ville, en voyage, à l'église, à la maison, dans les conversations et les repas. Quand ils sortent de la maison, ils doivent veiller à observer la discipline envers leur compagnon et envers eux-mêmes. Il convient à la dignité de la vie religieuse que nous ayons un frère qui nous accompagne et comme consolation et comme un signe d'honneur. Que les religieux, dans les endroits habités, s'attachent donc toujours à leur compagnon de voyage, surtout si c'est un ancien; qu'ils ne s'en séparent jamais même en demeurant sous un même toit, et qu'ils puissent au moins ne jamais le perdre de vue. Qu'ils se conservent eux-mêmes dans une parfaite discipline en leurs regards , leurs paroles, la disposition de leurs vêtements et le

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maintien de leurs membres. Qu'ils ne laissent pas errer leurs yeux sur les places publiques, et qu'ils les détournent, selon l'avertissement du Sage, pour les conserver étrangers à la vanité (1). Ils doivent s'abstenir prudemment de trop longs entretiens avec les séculiers, tenir leurs mains d'une façon conforme à la religion , et ne jamais paraître dans le monde la tête découverte , avec une aumusse , ou autre chose contraire à la discipline. Il ne convient pas d'entrer de prime-abord dans les maisons des séculiers ou des religieux sans qu'ils en soient avertis; mais il faut les appeler de la porte, ou frapper, ou leur faire connaître autrement sa volonté ou son dessein. L'homme bien élevé, dit le Sage, se tiendra dehors (2). Il ne faut pas non plus errer sans guide dans les maisons des personnes du monde ou les salles des communautés religieuses.

CHAPITRE XXVIII. Comment doivent vivre legs religieux en voyage.

Les frères , en voyage , doivent se comporter religieusement et avec prudence vis-à-vis de la société où ils se trouvent et vis-à-vis d'eux-mêmes. Qu'ils aient donc soin de se tenir en garde contre la société des personnes du sexe, des bouffons, et, à raison du péril qui en résulterait pour eux, des hommes adonnés

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