Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 112)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

2. S. BASILE-LEGRAND, Homélie sur la colère

(c'est la dixième de ses homélies sur divers sujets) : "

Quand une fois la colère a pris sur la raison un ascendant funeste, elle la trouble, elle l'éteint. La colère abrutit l'homme, au point de n'y plus rien laisser d'humain. Ce que le poison produit dans les membres où il pénètre, la colère le fait dans les âmes où elle porte ses transports et son délire ; vous les voyez tressaillir, se précipiter p.516 fin p.517 début avec l'impétuosité du chien dans les accès de la rage, s'élancer pour piquer et mordre comme le scorpion et le serpent gonflés de venin. Tel est le langage, telles sont les similitudes qu'emploie l'Ecriture quand elle veut peindre ces brutales passions qui offrent une si frappante analogie avec les inclinations perverses de certains animaux ; et certes, à qui comparer mieux qu'à ces êtres malfaisants, ennemis déclarés du genre humain, ces hommes qui semblent né pour s'entre-nuire, et pour faire du mal à leurs semblables ? "

" Les effets de la colère, quels sont-ils ? Nul frein, nulle discrétion dans le langage, nulle mesure dans les mouvements ; insultes, reproches, calomnies, violences ; mille désordres impossibles à raconter. Dans ses furieuses agitations, vous allez le voir armer du glaive ses homicides mains, et le plonger dans le sang. Aveuglé par la haine, les frères oublient qu'ils le sont ; les pères et les enfants n'entendent plus la voix sacrée de la nature. L'homme ne se connaît plus lui-même ; comment reconnaîtra-il ses proches ? Emporté par la fougue qui les égare et les domine, vous diriez des torrents qui, roulant dans le vallon, renversent et entraînent tout ce qui se rencontre sur leur passage. Rien n'arrête l’homme furieux, ni le respect que commandent les cheveux blancs, ni l'estime due à une conduite vertueuse, ni les liens du sang, ni la reconnaissance que réclament d'anciens services ; rien, en un mot, de ce qui est fait pour se concilier des égards. On a dit que la colère est une démence de quelques moments ; et, en effet, celui qui s'y abandonne, devenu son propre ennemi, sacrifie communément pour satisfaire sa vengeance, jusqu'à son intérêt personnel. Le souvenir de l'offense dont il se plaint le poursuivant comme un aiguillon acharné à sa proie, il ne se donne, dans sa frénésie, nul repos qu'il n'ait fait sentir ses coups à sa victime, au risque de s'en porter à lui-même ; car il est assez ordinaire qu'un corps lancé violemment contre un autre plus dur, reçoive plus de dommage qu'il n'en cause lui-même. "

" Qui pourrait exprimer les horribles effets de la colère ? Qui pourrait dire comment les hommes qui se rendent esclaves de ce vice s'emportent pour le moindre sujet, criant et s'agitant comme des forcenés, s'élançant avec la même impétuosité que des serpents, et ne s'arrêtant que lorsque, comprimés par le mal qu'ils se sont fait à eux-mêmes, leur colère se rompt comme une bulle d'eau qu'un simple choc suffit pour dissiper ? Il n'y a ni fer, ni feu, rien de ce qu'il y a de plus terrible, qui puisse contenir cette fougue p.517 fin p.518 début désordonnée. Celui que le démon obsède de ses fureurs ne présente pas une image plus hideuse ; même dehors, mêmes dispositions intérieures : ainsi possédé du démon de la vengeance, ce furieux ne peut contenir le sang qui bouillonne dans son cœur avec la violence de la fournaise embrasée, et qui s'échappe de ses veines pour s'empreindre sur son visage, sur toute sa personne, le défigurer, lui imprimer l’aspect effrayant des spectres qui se voient sur la scène. Ce n'est plus son regard accoutumé : son œil ardent étincelle, il jette la flamme;

ses dents se serrent comme celles du sanglier qui se prépare à l'attaque ; une pâleur livide, mêlée de sang, s'est répandue sur sa chair ; tout son corps s'enfle et se raidit ; ses muscles désorganisés, cédant à l'effervescence des esprits vitaux qui les compriment, semblent menacer de se rompre ; sa voix rauque, forcée, ne rend que des sons mal articulés, confus, qui se précipitent sans ordre et sans motif. Que la passion vienne à être portée aux derniers excès par les résistances, alors, telle que la flamme devenue plus dévorante par les matières combustibles qu'elle reçoit elle vous offre des aspects qu'il n'est plus possible ni de décrire, ni de supporter. Ses mains errent au hasard, s'attaquant à tout ce qu'elles rencontrent ; ses pieds frappent et renversent, n'épargnant pas ce qui est le plus nécessaire a son usage : tout lui devient une arme, et une arme meurtrière. Et si malheureusement cet homme, ainsi agité, se trouvait avoir en tête un autre furieux dont la passion ne cédât pas à la sienne, vous les verriez aux prises l'un contre l'autre, se donner et se rendre tout ce qui est comme l'accompagnement obligé de ces sortes de combats, bien dignes en effet du chef qui les préside. Membres mutilés, blessures souvent mortelles, tels sont les honorables prix que leur vaut leur réciproque animosité. L'un a sans raison commencé l'attaque ; l'autre a voulu se venger : le premier s'opiniâtre, le second ne cède point : les coups volent, ils se pressent ; la douleur est surmontée par la haine. Peu importe que l'on souffre, pourvu que l'on fasse souffrir : la soif de la vengeance absorbe tout autre sentiment. Oh ! mes frères, gardez-vous bien de chercher jamais à guérir le mal par le mal : dans ces sortes de défis, le plus à plaindre est toujours celui qui triomphe. . . La colère a engagé la querelle, la querelle les injures, les injures les corps, ceux-ci les blessures, et les blessures enfin occasionnent souvent la mort. "

" C'est à sa source qu'il faut arrher le mal ;

c'est dans le cœur qu'il faut en chercher et couper les racines. On s'est permis p.518 fin p.519 début contre vous des paroles injurieuses ? répondez par des bénédictions ; de mauvais traitements ? supportez-les. On vous méprise, on vous traite d'homme de néant ? Rappelez à votre souvenir que vous êtes sorti de terre, et que vous retournerez en terre (Gen., III, 19). Si vous vous munissez de ces raisons, les reproches les plus injurieux vous paraîtront au-dessous de la vérité. Vous réduirez votre ennemi à l'impuissance de se venger en vous montrant invulnérable aux invectives, et vous vous procurerez à vous-même une glorieuse couronne de patience, en faisant servir la folie d'autrui à votre vertu. Si donc vous m'en croyez, vous renchérirez vous-même sur les injures qu'on vous adresse. On vous reproche d'être d'une naissance basse et obscure, d'être un homme de rien ? Dites-vous à vous-même que vous êtes cendre et poussière (Gen., XVIII, 27).

Vous n’êtes pas plus illustre que noire père Abraham, qui s'est traité lui-même de la sorte. On dit que vous n'êtes qu'un ignorant, un pauvre, un misérable ? Dites comme David que vous n’êtes qu'un ver de terre sorti de la boue (Ps. XXI, 7). Imitez la générosité de Moïse qui, attaqué par les discours offensants d'Aaron et de Marie, loin l'implorer contre eux le Seigneur, le pria pour eux (Nom., XII, 13). "

" A quelle école, dites-moi, voulez-vous appartenir ? celle des hommes religieux et pacifiques, ou à celle des esclaves d'un esprit de malice ? Toutes les fois que vous sentez s'élever dans votre cœur la tentation de répondre à des outrages, à des calomnies, pensez que l'on vous éprouve, que l'on veut connaître si vous approchez de Dieu par la patience et par une courageuse résignation, ou si vous vous rangez par la colère du parti de son ennemi. Donnez-vous le temps de délibérer et de choisir ce qu'il y a de mieux à faire. Telle est l'alternative que vous vous assurez : ou bien vous apaiserez votre ennemi par l'exemple de votre douceur ; ou vous vous vengerez de lui par le mépris et quelle vengeance lui peut être plus sensible ? Que pouvez-vous lui faire de plus chagrinant, que de lui témoigner que vous êtes à une hauteur où ses insultes ne peuvent vous atteindre ? "

" Si la colère est un mal, pourquoi ne pas l'éviter ? Si elle est pardonnable, pourquoi vous fâcher contre celui qui s'y livre ? Ainsi, je le répète, dire que vous n'avez pas commencé, que vous n'avez fait que repousser l'injure, cela ne vous servira de rien. Dans les luttes des athlètes, ce n'est pas celui qui a commencé le combat, mais celui qui a vaincu son antagoniste, qui est couronné. Dans un sens contraire, ce n'est pas seulement celui qui p.519 fin p.520 début commence le mal, mais celui encore qui pour le commettre se met à la suite d'un mauvais guide, qui est condamné. Si l'on vous reproche d'être pauvre et que vous le soyez réellement, ne vous offensez point de la vérité ; si vous êtes riche, le reproche ne vous regarde pas. Ne soyez ni enflé des fausses louanges qu'on vous donne, ni irrité des fausses injures qu'on vous adresse. Ne voyez-vous pas que les flèches pénètrent dans les corps fermes et qui résistent mais qu'elles n'ont plus d'action contre les corps mous qui leur cèdent sans résistance ? Croyez qu'il en est de même de l'invective. Celui qui va au-devant en reçoit l'atteinte ; celui qui se retire et qui cède détruit toute la force de la méchanceté qui l'attaque avec fureur.

Pourquoi vous chagriner tant d'être traité de pauvre ? Souvenez-vous de votre origine ; songez que vous êtes entré nu dans le monde, et que vous en sortirez nu (JOB, I, 21). Or, est-il rien de plus pauvre qu'un homme nu ? L'injure n'est offensante, qu'autant que vous la prenez pour vous seul. Personne n'a jamais été traîné en prison pour sa pauvreté. Ce n'est pas une chose honteuse que d'être pauvre ; mais il est honteux de ne pas supporter généreusement la pauvreté. "

" Rappelez-vous votre Maître qui étant riche est devenu pauvre à cause de nous (I Cor., VIII, 9). Vous traite-t-on de fou et d'ignorant ? Rappelez-vous les injures dont les juifs ont accablé la justice éternelle : Vous êtes un samaritain et vous êtes possédé du démon (JEAN, VIII, 48). Si vous vous irritez, vous confirmez le reproche, car rien de plus insensé que la colère : si vous restez tranquille et paisible, vous couvrez de confusion celui qui vous insulte, par la sagesse que vous faites paraître. On vous a frappé sur la joue ? Le Seigneur y a été aussi frappé. On vous a couvert de crachats ? Notre-Seigneur en a été aussi couvert, et il n'a pas détourné son visage de ceux qui le couvraient de crachats (Is., L, 6). Vous avez été calomnié ?

Le souverain Juge l'a été aussi. On a déchiré votre vêtement ? Les juifs ont dépouillé votre Sauveur, et ont partagé sa tunique. Vous n'avez pas encore été condamné comme lui, vous n'avez pas encore été crucifié.

Il vous manque beaucoup de traits pour parvenir être sa parfaite image. Que toutes ces réflexion entrent dans votre âme et en guérissent l'enflure. Ces sentiments dont vous serez pénétré d'avance, calmeront dans l'occasion les saillies de votre cœur et le mettront dans une situation tranquille et paisible. . . "

" Comment donc éviterons-nous les suites funestes de la colère ? Ce sera si nous l'empêchons de prévenir la raison ; si nous avons p.520 fin p.521 début soin de la retenir, dès que nous en ressentons les premières atteintes ; si nous nous l'assujettissons comme un cheval fougueux, en la rendant docile à la raison comme à un frein, en ne lui permettant pas de s'écarter des bornes, ou de s'éloigner du guide qui la conduit. . . "

" La colère qui n'éclate que quand il le faut et comme il le faut, produit la patience, la force et la constance ; elle devient fureur et folie, si elle s'éloigne de la droite raison. C'est pour cela que le Psalmiste nous donne cet avertissement : Mettez-vous en colère et ne péchez pas (Ps. IV, 8). Le Seigneur, qui menace du jugement celui qui se met en colère sans raison (MATTH., V, 22), ne rejette pas la colère dont on use comme d'un remède. Ces paroles : Je mettrai une inimitié entre vous et le serpent (Gen., III, 15), et ces autres : Soyez ennemis des Madianites (Nom., XXV, 17), nous apprennent qu'on peut se servir de la colère comme d'une arme. Aussi Moïse le plus doux des hommes (Nom., XII, 5), voulant punir l'idolâtrie, arma-t-il les mains des lévites pour la répression de leurs frères. Que chacun de vous, dit-il, s'arme d’un glaive ; qu'il passe au travers du camp d'une porte à l'autre, et qu'il tue son frère, son parent, celui qui lui est le plus proche (Exode, XXXII, 27-29). L'Ecriture ajoute un peu plus bas : Alors Moïse leur dit : Vous avez consacré aujourd'hui vos mains au Seigneur, en les baignant dans le sang de vos fils et de vos frères afin que vous receviez la bénédiction. Qu'est-ce qui a justifié Phinées ? N'est-ce pas sa juste colère contre les fornicateurs ? Doux et humain par caractère quand il vit Zambri s'abandonner publiquement à une Madianite, sans rougir de son crime infâme, sans chercher même à le cacher, il ne put souffrir cette impudence, et obéissant l'impulsion d'une colère légitime il perça d'un même coup les deux coupables (Nom., XXV, 8). Samuel, transporté d'un juste courroux, n'a-t-il pas égorgé en présence de tout le monde, Agag, roi d'Amalec, que Saül avait épargné contre les ordres de Dieu (I Rois, XV, 53) ? Ainsi la colère est souvent un moyen de faire des actions louables. Le prophète Elie, animé d'un saint zèle, d'une colère sage et réfléchie a fait tuer, pour l'avantage de tout Israël, quatre cent cinquante prêtres de Baal, avec quatre cents hommes qui servaient aux sacrifices sur les hauts-lieux, et qui mangeaient à la table de Jézabel (I Rois, XVIII, 19 et suiv.). Pour vous, vous vous mettez en colère sans sujet contre votre frère.

Oui, sans sujet, puisque vous vous fâchez contre lui, lorsque c'est le démon qui agit par son moyen. Vous p.512 fin p.522 début faites comme les chiens qui mordent la pierre qu'on leur jette, sans toucher à celui qui l'a jetée. Celui qui est poussé par le démon est à plaindre ; le démon qui le pousse est seul haïssable. Tournez donc votre colère contre ce cruel assassin des hommes, ce père du mensonge, cet auteur du péché ; mais ayez pitié de votre frère, puisque, s'il persiste dans sa faute, il sera livré avec le démon aux flammes éternelles. . . "

" Si, conformément au commandement du Seigneur vous vous accoutumez à être le dernier de tous, comment pourrez-vous vous fâcher jamais du mépris qu'on fera de votre personne ? Si un petit enfant vous dit des injures, vous ne faites qu'en rire ; si un frénétique vous fait des reproches diffamants, vous le regardez comme plus digne de compassion que de haine : ce ne sont donc pas les paroles qu'on nous dit qui nous blessent, mais notre orgueil qui se révolte contre les invectives qu'on nous lance, joint à la bonne opinion que nous nous formons de nous-même. Si donc nous bannissons de notre âme ce double sentiment, toute injure ne sera pour nous qu'un vain son qui se perdra dans l'air. Ainsi, calmez les mouvements de votre colère et de votre indignation (Ps. XXXVI, 8), si vous voulez vous mettre à l'abri de la colère de Dieu, qui éclate du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes (Rom., I, 18). Si par votre sagesse vous venez à bout d'arracher de votre cœur cette racine amère, vous détruirez à la fois beaucoup d'affections perverses dont elle est le principe. Car les tromperies, les soupçons, les perfidies, les méchancetés, les embûches, l'audace, et mille autres vices pareils, sont les rejetons de cette passion funeste. Prenons donc garde d'introduire en nous un si grand mal, qui altère la bonne constitution de notre âme, obscurcit les lumières de notre raison, nous éloigne de Dieu, étouffe les sentiments de la nature, allume la guerre, met le comble à tous les maux, ouvre l'entrée de notre cœur à un démon dangereux, à un ennemi impudent, et la ferme à l'Esprit-Saint. Car l'esprit de douceur n'habite point là où règnent les inimitiés, les contentions, les querelles, les emportements, les divisions qui causent des troubles éternels. D'après l'avis de saint Paul, bannissons du milieu de nous toute colère, tout emportement, toute clameur, enfin toute malice (Eph., IV, 31). Soyons bons et charitables les uns à l'égard des autres. Bienheureux ceux qui sont doux, dit l'Evangile, parce qu'ils possèderont la terre (MATTH., V, 4). Attendons la félicité promise aux âmes p.522 fin p.523 début douces, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui soient la gloire et l'empire dans les siècles des siècles (Cf. Homélies, etc., de saint Basile-le-Grand, trad. par l'abbé Auger, pag. 60-74). "

3. S. CHRYSOSTOME, Hom. XXIX ad pop. Antioch. (Cf.

Opera S. Joannis Chrysostomi, tome IX, pag. 54, édition de Montfaucon ; pag. 63-64, édit de Gaume ; Homélies, etc., de saint Jean Chrysostôme, trad. par l'abbé Auger, tome IV, p. 324-325) : " Rien de plus déplaisant et de plus affreux qu'un homme qui se laisse dominer par la colère ; rien de plus gracieux et de plus aimable que celui qui est toujours maître de lui-même. Il vaudrait mieux habiter avec une bête féroce qu'avec un homme emporté. Quand, une fois on a apprivoisé un animal farouche, il conserve toujours les nouvelles impressions qu'on lui a données ; mais après qu'on a calmé les saillies d'un homme furieux, il retombe bientôt dans la même fureur dont il s'est fait une habitude. Il y a la même différence entre un homme doux et un homme violent, qu'entre un jour clair et serein et un jour d'hiver triste et sombre. Mais ne parlons pas des maux que la colère fait aux autres ; parlons de ceux qu'elle se fait à elle-même. Un bourreau qui déchire les flancs de sa victime, peut-il lui causer plus de douleur ? une broche rougie au feu qui entre dans les chairs fait-elle une blessure plus cruelle ? quelle folie a jamais fait perdre la raison, comme la colère et l'emportement ? Je connais plusieurs personnes que cette passion, qui est une véritable fièvre et de toutes la plus ardente, a rendues réellement malades. Quelques-uns en ont perdu les yeux ; d'autres sont tombés dans des maladies dangereuses. Mais si elle incommode si fort le corps, quels ravages ne fait-elle pas dans l'âme ? Ne dites point que vous ne vous en apercevez pas ; songez que, si la partie de nous-mêmes à laquelle la colère se communique en souffre de la sorte, celle qui la produit doit en souffrir davantage. L'homme qui, maître de soi, supporte tout avec patience, se mettra sans peine à l'abri de toutes disgrâces. Quoique le démon soit l'ennemi déclaré de notre salut, quoique son joug soit pesant et incommode, quoique l'enfer soit le prix de notre soumission à ce qu'il nous commande, nous lui obéissons néanmoins plus volontiers qu'à Jésus-Christ, qui est notre Sauveur et notre bienfaiteur, qui nous donne des préceptes plus utiles en même temps et plus agréables, des préceptes dont nous pouvons tirer les plus grands avantages pour les autres et pour nous-mêmes. La colère, sans doute, est une passion funeste ; c'est une p.523 fin p.524 début maladie prompte et violente. Quelquefois dans l'emportement nous avons proféré une parole ou nous avons fait une action que nous n'avons jamais pu corriger, dont nous avons ressenti le contrecoup pendant toute la vie. Et ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que souvent cette seule parole ou cette seule action nous a fait perdre en un instant des biens éternels, nous a jetés dans des malheurs sans fin. Je vous conjure donc, mes frères de ne rien négliger pour vous rendre maître de cette bête féroce pour la tenir toujours enchaînée. Obéissons à Dieu, plutôt que de nous jeter dans ce gouffre de perdition ; retenons, tandis qu'il en est temps encore, les mouvements de ce coursier fougueux, de peur qu'il ne renverse son cavalier ; coupons les ailes à la colère afin qu'elle ne puisse plus se livrer à ses impétueuses saillies. La colère est un mal ingénieux à s'insinuer subtilement dans nos âmes, et à s'emparer d'elles à leur propre insu ; il faut donc lui en fermer toutes les avenues ; car, quoi de plus choquant que de voir l'homme déployer quelquefois son habileté à apprivoiser des bêtes féroces, et ne savoir pas se commander à lui-même. La colère est un feu violent qui dévore tout ; elle altère la santé du corps, elle vicie l'âme, elle donne aux traits du visage un aspect farouche, elle défigure en nous l'image de Dieu. Si celui qui se met en colère pouvait bien se voir lui-même au moment où il s'emporte, il n'aurait pas besoin pour s'en corriger d'un autre avertissement que de celui-là. Car il n'y a rien de plus triste à voir qu'un homme en colère. La colère est une espèce d'ivresse, ou plutôt l'ivresse est moins funeste, et les obsessions même du démon sont un moindre mal. La bonne philosophie consiste donc à garder en tout les bornes. "

4. Le même, homélie 30 au peuple d'Antioche

(al. in Acta apost., hom. 17 et 41) : " L'Esprit-Saint n'habite pas là où domine la fureur ; l'homme colère est maudit de Dieu. N'attendez rien de sage de celui qui agit avec colère : car la colère ne laisse pas plus lieu de délibérer que ne donne le temps de le faire une violente tempête s'élevant sur la mer. . . Voyez les yeux des possédés, des gens ivres et des hommes en fureur ; y a-t-il entre eux tous quelque différence ? N'est-ce pas chez tous le même égarement dans le regard ? Mais, dira-t-on, la fureur est un accident passager. Je le veux ; mais cependant quoi de plus détestable ? Ces gens n'ont pas honte de dire pour leur excuse : Je ne savais ce que je disais. Eh ! pourquoi ne le saviez-vous pas, ô homme doué de raison ? Pourquoi vous conduisez-vous comme p.524 fin p.525 début une brute, emporté que vous êtes par la colère et la fureur ? Une pareille excuse est un crime de plus. Plût à Dieu que vous sussiez ce que vous disiez ! Les paroles que je disais, ajoutez-vous, venaient de la colère plutôt que de moi-même. Comment de la colère ? est-ce que la colère a d'autres effets que ceux que vous lui faites vous-même avoir ? C'est comme si quelqu'un disait : Les blessures qu'a reçues mon ennemi viennent de ma main, mais non de moi. . . Hâtons-nous donc de nous délivrer d'un pareil démon ; réprimons ses fureurs dès le commencement ; que notre caractère de chrétiens soit un frein qui nous retienne. La colère est un chien impudent ; mais que ce chien apprenne à écouter la voix du berger (Il y a dans le texte ?????, pastoris. Le contexte semble exiger cette dernière leçon. Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. IX, p. 140-141, édit. de Montfaucon ; p. 162-148 bis, édition de Gaume). . . "

" Lorsque nous nous abandonnons ainsi au péché, notre état est bien plus misérable que celui des possédés du démon. Mais, dira-t-on, nous n'écumons pas, nous ne faisons pas de contorsions d'yeux et de mains. Hélas ! plût à Dieu que vous éprouvassiez ce désordre dans vos corps plutôt que dans vos âmes ! Voulez-vous que je vous montre une âme impure jetant son écume et l'égarement dans l'œil de l'intelligence ? Représentez-vous ceux qui sont en colère et que la fureur met hors d'eux-mêmes ; quelle écume peut être comparée aux paroles ordurières qu'ils vomissent de leur bouche ? quelle bave fétide que ce torrent d'injures ! Et de même que les démoniaques ne reconnaissent personne de ceux qui les entourent, ainsi les gens en colère, dans le trouble de leurs pensées et dans la fureur qui assombrit leur regard, ne distinguent plus entre ami et ennemi, entre supérieurs et inférieurs. Ne voyez-vous pas de quel tremblement leurs membres sont saisis, comme s'ils étaient possédés ? Ils ne se jettent pas à terre, il est vrai ; mais c'est leur âme qui est renversée à terre et qui tombe épuisée. Car si elle était debout, elle n'éprouverait pas le désordre qui l'agite. Une âme qui conserverait sa force et sa rectitude se permettrait-elle ce que font et disent ceux que transporte la fureur ? Il est encore une autre espèce de démence plus déplorable que celle que je viens de dire.

Laquelle, demanderez- vous ? C'est que les gens de ce caractère ne veulent pas déposer leur colère mais qu'ils nourrissent en eux-mêmes leur ressentiment qui devient comme leur propre bourreau. Car le p.525 fin p.526 début désir qu'ils ont de se venger les rend malheureux tout les premiers dès ici-bas, pour ne pas parler du sort qui les attend dans la vie à venir. Car quel tourment pour un esprit blessé, continuellement occupé des moyens de se venger de son ennemi ! Il se punit lui-même le premier, par les pensées contradictoires qui le déchirent et par le feu intérieur qui le consume.

Et qu'il ne se flatte pas que ce feu puisse s'éteindre en lui tant qu'il n'a pas renoncé à son ressentiment. . . "

" Ne gardez pas votre colère jusqu'au soir, dit saint Paul (Eph., IV, 26). Car la colère ronge l'âme, comme la teigne les habits. Pourquoi nourrir ce serpent dans votre sein ? que dis-je ? il vaudrait mieux pour vous d'avoir une vipère dans vos entrailles, que de garder votre colère et votre ressentiment dans votre cœur. Car ce serpent, cette vipère, vous lâcherait à la fin ; au lieu que cet autre monstre ne vous quittera point, et ne cessera pas de vous déchirer de ses dents, de vous infiltrer son venin, de vous assiéger d'une armée entière de pensées chagrines.

. . "

" Ce n'est pas un caractère méprisable que celui qui ne se laisse pas vaincre par la passion ; mais c'en est un, que celui qui, par la crainte qu'il a d’essuyer les moqueries de ses semblables, cède lâchement à sa passion, offense Dieu et se punit lui-même (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. IX, p. 314-316, édition de Montfaucon ; p. 351-352, édit. de Migne). "

5. Le même, Hom. XXII ad populum Antiochenum : " Nous fuyons tous un animal lorsqu’il est en fureur ; fuyons de même l'homme colère. Est-ce honorer l'un et l'autre, que de nous retirer ainsi devant eux ? Loin de là, c'est plutôt leur témoigner notre mépris, ou mieux encore notre compassion et notre pitié. Ne voyez-vous pas que les matelots, lorsqu'un vent violent vient à souffler, baissent les voiles de leur navire pour empêcher qu'il ne soit submergé ? qu'un cavalier, lorsqu'il se voit emporté par son cheval, ne retire point à lui la bride, par la crainte qu'il a d'y épuiser en vain ses forces ? "

" La colère est un feu, une flamme rapide, mais qui a besoin de matière pour s’enflammer. Ne lui fournissez point d'aliment, et ce mal ne tardera point à s’éteindre. La colère n'a par elle-même aucun effet, si personne ne commet la faute de la nourrir. Vous êtes inexcusable de l’attiser comme vous faites. Cet homme est hors de lui-même, il ne sait ce qu'il fait ; vous, bien loin de p.526 fin p.527 début vous corriger en vous instruisant par son exemple, vous l'imitez dans ses emportements : quelle sera donc votre excuse ? Si, assistant un festin, vous voyez un des convives s'enivrer dès le commencement et se livrer aux honteux excès si naturels à l'ivresse, n'en serez-vous pas plus inexcusable si vous vous enivrez comme lui avec son exemple sous les yeux ? "

" Pensez-vous que ce soit alors une excuse que de pouvoir dire : Ce n'est pas moi qui ai commencé ? Mais c'est là plutôt ce qui vous condamne, de ne pas vous être corrigé en ayant son exemple sous les yeux. C'est comme si quelqu'un disait : Ce n'est pas moi qui ai commis le premier homicide : c'est pour cela même qu'il mériterait le plus d'être puni, puisqu'il n'aurait pas mis à profit l'exemple des autres pour se contenir lui-même. Si, après avoir vu un homme ivre vomir tout ce qu'il a pris, couvrir la table de ses immondices, rendre le vin par ses narines et par ses yeux, agité, tourmenté, tout le monde le fuir, vous tombez vous-même dans le même désordre, n'en serez-vous pas plus répréhensible ? Tel est l'homme en colère : ses yeux sont enflammés, ses entrailles bouleversées, sa poitrine gonflée, ses paroles plus indigestes et plus immondes que ce que vomit l'autre dans son ivresse, car la fureur ne lui permet pas de les mesurer et de les mettre en ordre, ni de taire ce qui doit être gardé sous silence, pas plus que l'agitation des humeurs ne permet à l'autre de rien garder dans son estomac. Il parle donc sans suite, sans retenue, jetant le déshonneur moins sur ceux qui l'entendent que sur lui-même. Comme donc nous avons horreur de quelqu'un qui vomit, ayons de même horreur des gens en colère ; jetons la poussière sur toutes les paroles dégoûtantes que leur bouche aura vomies. Je vois que mes paroles excitent la nausée en vous ; ah ! puissent ces désordres dont je vous parle, lorsque vous en serez témoins, l'exciter bien davantage ! Puissent-ils du moins n'être pas pour vous un sujet de divertissements ! Celui qui prend plaisir à ce qui outrage la nature, se met au-dessous de ces impurs animaux qui retournent à leurs vomissements. Si, après avoir vomi une fois, on cessait de le faire, on vaudrait peut-être mieux que tel animal ; mais si l'on vomit de nouveau, c'est une preuve évidente qu'on ne s'est pas corrigé ou qu'on s'est repu des mêmes aliments. Or, est-il rien de dégoûtant comme une bouche qui se repaît de semblables immondices ? L’un au moins est un effet de la nature, l'autre ne l'est l’est pas ; ou plutôt, l'un et l'autre est contre nature. Comment cela ? C'est que tout outrage blesse la nature, p.527 fin p.528 début offense et contrarie la nature. Ce qu'on dit dans la fureur convient mieux à un animal féroce qu'à un être raisonnable.

De même que les maladies du corps sont contraires à la nature des corps, ainsi en est-il par rapport à l'âme des maladies de l'âme. Ce qui contrarie la nature fait mourir celui qui l'éprouve trop longtemps ; tandis que ce qui est conforme à la nature entretient la vie dans celui qui en est le sujet. J'aimerais mieux me voir à table avec un homme qui mangerait de la boue, qu'avec celui que la colère porte à dire des paroles aussi déplacées que les siennes.

Voyez ces pourceaux cherchant leur pâture dans le fumier : ainsi font les hommes en colère. Car, qu'y a-t-il de plus dégoûtant que les paroles d'injures qu'ils ont à la bouche ? Il semble qu'ils prennent à tâche de ne rien dire de sensé, de ne rien dire de convenable, mais de dire comme de faire tout ce qu'ils peuvent trouver de plus déraisonnable et de plus extravagant ; et ce qu'il y a de pire, c'est qu'ils s'imaginent déshonorer les autres par ce moyen, tandis qu'ils se déshonorent eux-mêmes. "

6. Le même, Hom. VI in Acta apostolorum : " Rien n'est plus désagréable, plus incommode, plus dégoûtant, qu'un homme qui se laisse entraîner par les mouvements de la colère. Rien n'est plus agréable, plus réjouissant, d'un meilleur commerce, qu'un homme qui ne se met jamais en colère et qui est toujours le maître de soi. " " Il serait plus avantageux et plus sûr d'habiter avec une bête farouche qu'avec un homme emporté. Quand on a apprivoisé une bête farouche, elle conserve toujours les sentiments qu'on lui a inspirés ; au lieu qu'après qu'on a calmé les saillies d'un homme furieux, il se laisse encore emporter un moment après à sa colère, parce que c'est une habitude en lui, dans laquelle il retombe à tout moment. Comme il y a une très-grande différence d'un jour clair et serein à un jour d'hiver, pluvieux, sombre et rempli de nuages ; ainsi y a-t-il une grande différence entre un homme doux et tranquille, et un homme colère et passionné. Je ne vous parle pas encore des maux ni des incommodités qu'on en ressent ; je ne vous parle que des maux et des incommodités qu'il se cause à lui-même, quoique ce soit déjà se faire un grand mal à soi-même, que d'en faire aux autres. Mais arrêtons-nous pour le moment à cette première considération. Un bourreau peut-il briser les membres avec plus de fureur, etc., " et le reste comme plus haut, Hom. XXIX au peuple d'Antioche, témoignage 3, page 523. p.528 fin p.529 début

6. Le même, Hom. IV in Matthæum : " Regardez la colère comme une bête farouche, et appliquez-vous A la dompter et à l'apprivoiser avec le même soin que les autres apprivoisent les lions. Cette passion a ses dents et ses griffes ; et, si on ne l'adoucit, elle mettra tout en pièces. Le lion ni la vipère ne peuvent déchirer les entrailles, comme le fait la colère par ses ongles de fer ; elle n'affecte pas simplement le corps, elle porte ses ravages jusque dans l'âme, elle ronge et corromp ce qu'il y a en elle de plus sain et de plus pur, détruit toute sa force et la rend inutile à tout. Si ceux qui ont les entrailles rongées de vers ne peuvent même respirer, comment pourrons-nous former une pensée sainte et généreuse, tant que nous entretiendrons au-dedans de nous cette passion, qui, comme une vipère cruelle, nous ronge le cœur (Cf. Opera S. Joann. Chrysost., t. VII, p. 63, édit. de Montfaucon ; page 73, édit. de Gaume ; Homélies, etc., de saint Jean Chrysostôme, trad. par l'abbé Auger, t. IV, p. 518) ? "

7. Le même, Hom. XVIII in Matthæum : " Lorsque des frénétiques frappent et outragent leurs médecins, ceux-ci ne les en plaignent que davantage et ne songent pas à autre chose qu'à les guérir, sachant bien que cet outrage n'est l'effet que de la maladie. Imitez cette conduite à l'égard de vos ennemis, et ne traitez pas autrement ceux qui vous outragent : car ce sont de vrais malades, à qui même la violence de la maladie ôte la connaissance de ce qu'ils font. Appliquez-vous donc à améliorer leur état, aidez-les à vaincre leur emportement, et délivrez-les de ce démon cruel de la colère et de la fureur. "

" Nous plaignons les possédés lorsqu’ils se présentent à nous, et nous ne sommes nullement tenté de vouloir être possédés comme eux. Usons-en de même à l'égard de ceux qui se mettent en colère : regardons-les comme de véritables possédés, d'autant plus malheureux, qu'ils sont furieux sans avoir perdu l'esprit. Et c'est aussi ce qui ôte toute excuse à leur folie. "

" N'insultez donc point ces misérables, mais prenez-les en pitié. Quand nous voyons une personne tourmentée de la bile, et qui témoigne par le soulèvement de son estomac qu'elle veut rejeter quelque humeur maligne, nous avançons le bras pour la soutenir, sans craindre même que nos vêtements ne soient salis, et sans avoir d'autre pensée que de lui porter secours. Traitons de la même manière ces autres malades ; pardonnons-leur ce qu'ils p.529 fin p.530 début vomissent contre nous ; attendons avec patience qu'ils aient déchargé leur mauvaise humeur, et ne les quittons point qu'ils n'en soient entièrement délivrés. Ce sera alors qu'ils comprendront la grandeur du service qu'ils auront reçu de vous, et qu'ils pourront reconnaître de quelle maladie vous les avez guéris. Que dis-je, qu'ils pourront se connaître ? Dieu lui-même vous ceindra aussitôt d'une couronne de gloire, et vous comblera de ses dons, pour avoir sauvé votre frère d'une situation si dangereuse, en même temps que cet homme vous révérera comme son maître et ne cessera d'admirer votre modération et votre douceur. "

8. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. V Moralium in Job, c. 30 et 31 (al. 22) : " La colère tue l’insensé, et l'envie fait mourir le petit (JOB, V, 2). Soyons persuadés que, quand nous réprimons ces mouvements turbulents de notre âme par la vertu de douceur, nous travaillons à réparer en nous l'image de Dieu. Car lorsque la colère survient à l'âme au milieu même de son plus grand calme, elle la trouble et la déchire en quelque manière, la met en lutte avec elle-même, et lui fait perdre ainsi le mérite de sa ressemblance avec Dieu. Considérons donc quel est le crime de la colère, qui, altérant en nous le calme de l'âme, y corrompt aussi la beauté de cette image céleste. "

9. Le même, ibidem, c. 31 : " En effet, ce vice nous fait perdre la vraie sagesse, en sorte que l'on ne sait plus ni ce qu'on fait, ni ce qu'on doit faire, ni comment on doit le faire, selon ces paroles de l'Ecriture : La colère repose dans le sein de l'insensé (Ecclésiaste, VII, 10). Car en jetant la confusion dans l’âme, elle lui ôte la lumière de l'intelligence. Et lors même que l'on paraît conserver la sagesse, on perd la vie, selon ces autres paroles de l'Ecriture : La colère perd les prudents mêmes, parce que l'esprit étant dans le trouble de la colère, il est incapable de faire le bien, lors même que la prudence le lui fait connaître. "

" La colère nous fait aussi abandonner la justice, selon ces paroles de l'apôtre saint Jacques (I, 20) : La colère de l’homme n’accomplit point la justice de Dieu. Car, quand l'esprit qui est troublé a répandu ses nuages sur le jugement de la raison, l'on croit juste et raisonnable tout ce que la fureur suggère. La colère détruit la douceur de la société civile, selon ces paroles du Sage dans les Proverbes : Ne fréquentez point un homme colère, de peur que vous n’imitiez son exemple, et qu’il ne vous soit un sujet de scandale et de péché (XXII, 24-25). Et dans le même endroit : Qui peut habiter avec un homme qui se met facilement en colère ?

p.530 fin p.531 début Car celui qui n'est pas capable de se modérer par la raison, mérite de vivre tout seul comme une bête. "

" La colère rompt la concorde, selon ces paroles des mêmes Proverbes : Un homme prompt excite des querelles, et un homme colère cause des péchés (Prov., XV, 18). En effet, l'homme colère cause des péchés, lorsqu'excitant des discussions parmi les méchants, il les rend encore pires. La colère nous prive de la lumière de la vérité, selon ces paroles de l'Apôtre : Que le soleil ne se couche point sur votre colère (Eph., IV, 26) ; parce que, quand la colère répand dans l'esprit les sombres vapeurs de la tempête qu'elle y excite, l’homme ne peut plus faire usage même de ses connaissances acquises. "

" La colère chasse de notre âme le Saint-Esprit, comme il est écrit dans Isaïe (LXVI, 2) : Sur qui se reposera mon esprit, sinon sur celui qui est humble, qui est tranquille et qui tremble à mes paroles ? Remarquez que le prophète ne sépare pas la tranquillité de l'humilité. Si donc la colère vient à bannir la tranquillité de l'âme, elle en ferme en même temps l'entrée au Saint-Esprit, et l'âme dont l'Esprit-Saint s'est retirée s'emporte bientôt en des folies et des extravagances manifestes, le trouble qui l'agite en elle-même ne pouvant manquer de se produire au-dehors. Car quand l'homme est embrasé de colère, le cœur lui bat, son corps tremble, sa langue bégaye, le feu lui monte au visage, ses yeux étincellent, en un mot il devient méconnaissable ceux mêmes qui le connaissent ; de sorte qu'un homme qui est si peu maître de ses actions, diffère peu en cet état d'un homme possédé du malin esprit. "

" Aussi arrive-t-il souvent que la colère fasse des mains ses ministres, et que se rendant plus insolente par l'absence de la raison, elle possède l'esprit si absolument, qu'il n'est plus capable de se retenir, de sorte que la fureur se sert des mains pour maltraiter ceux contre qui elle s'allume, et elle le fait d'autant plus facilement, qu'elle retient comme prisonnière l'âme qui en devrait être la maitresse. "

" Quelquefois la colère n'emploie pas les mains pour se satisfaire, mais la langue à laquelle elle fait vomir des imprécations et des injures. On pousse la folie jusqu'à demander dans ses prières la mort d'un frère et jusqu'à vouloir que Dieu fasse ce que la malice de l'homme appréhende et rougit d'exécuter. Ainsi l'homme commet un homicide par ses désirs et ses paroles, lors même que ses mains ne sont point trempées dans le sang de son prochain. "

p.531 début p.532 fin " Quelquefois la colère impose silence à un esprit troublé, comme par un ordre absolu, et elle s'embrase au-dedans avec d'autant plus d'ardeur, qu'elle ne s'évapore point au-dehors par les paroles ; ainsi, lorsqu'un homme en cet état s'abstient de parler à son ennemi, il ne lui dit que trop, sans lui rien exprimer, quelle est la violence de son indignation. Il arrive parfois que cette retenue dans les paroles ait la sagesse pour principe ; mais il faut alors que la vertu de modération règne bien absolument dans le fond du cœur. Quelquefois aussi, pendant qu'on réprime l'emportement de l'esprit par le silence qu'un s'impose, on se détache insensiblement de l'amour du prochain, et il se forme dans le cœur des ressentiments plus implacables ; puis il survient de nouveaux sujets d'aigreur, et une paille se change en poutre dans l'œil de l'homme colère, lorsque son indignation s'est ainsi changée en haine. "

" Souvent la colère étant resserrée, pour ainsi dire, dans la prison du silence, s'embrase plus violemment, et gronde d'autant plus fort qu'elle est plus comprimée. Elle se représente les paroles qui peuvent l'aigrir, et se figurant être devant son adversaire, elle s'étudie à lui répondre sur un ton plus dur encore que le sien. C'est ce que Salomon à marqué en peu de mots lorsqu'il a dit : L'attente des impies est la fureur (Prov., XI, 23) ; parce que l'esprit troublé par la colère ressent une sorte de rage de se voir réduit au silence, et que les flammes de son courroux le consument d'autant plus ardemment, qu'elles sont plus concentrées en lui-même. De là vient qu'un sage a fort bien dit, longtemps avant nous : Les mouvements de la colère sont de la race des vipères, puisqu'ils rongent leur mère, qui est l'âme. "

10. Ibidem, c. 32 : " Or, il faut savoir qu'il y en a qui se mettent plus tôt en colère que d'autres, et qui aussi en sortent plus tôt. D'autres sont plus difficiles à s'animer, mais aussi ne s'apaisent pas si promptement. Car les uns étant semblables à des roseaux enflammés font beaucoup de bruit en paroles ; et pétillent pour ainsi dire dès qu'ils ont pris feu ; mais leur emportement étant tout de suite réduit comme en cendres, s'apaise et se refroidit. Les autres ressemblant au bois le plus dur et le plus solide, sont longs à s'embraser ; mais aussi le feu de la colère s'étant une fois bien épris dans leur cœur, s'éteint difficilement, et comme ils ont été plus longs à s'émouvoir d'indignation, ils en conservent l'impression bien plus longtemps. D'autres encore, ce qui est pire que le reste, conçoivent fort p.532 fin p.533 début aisément le feu de la colère, et ne l'éteignent en eux qu'à regret ; d'autres enfin sont lents à s'émouvoir et faciles s'apaiser. On peut voir dans ces différences que les derniers sont moins éloignés du bien qui se trouve dans le calme de l'âme que les premiers, et que les troisièmes en sont au contraire plus éloignés que les seconds. "

" Mais à quoi nous servirait-il de dire comment la colère s'empare de l'âme, si nous ne faisions voir aussi comment il faut la réprimer ? Or, il y a deux moyens de dompter la colère, au point que notre esprit en perde entièrement l'habitude. La première est que l'esprit ait soin de se proposer, avant d'agir, toutes les contrariétés et toutes les disgrâces qui peuvent lui survenir dans la suite de son action, afin que réfléchissant sur tout ce qu'a souffert son Rédempteur, il se prépare à tout ce qui peut lui arriver, parce qu'on a d'autant plus de force pour supporter les adversités, qu'on a eu plus de prévoyance pour les voir de loin. Car celui qui se laisse surprendre par les malheurs imprévus, est comme un capitaine que son ennemi, le trouvant endormi, tue d'autant plus facilement, qu'il le frappe en un état où celui-ci ne peut se défendre.

Mais celui qui par une vigilante sollicitude prévient les maux qui le menacent, est comme cet autre qui, veillant pour attendre son ennemi comme dans une embuscade, triomphe de lui avec d'autant plus de gloire, que celui-ci s'était davantage flatté de le surprendre. Notre esprit doit donc, dès le commencement de l'action, prévoir tous les obstacles qui peuvent survenir, afin qu'en y faisant toujours attention, et s'armant de patience, il puisse par cette prévoyante conduite supporter tous les accidents qui arriveront, et compter pour un gain et un avantage tout le mal qu'il saura éviter. Le deuxième moyen de conserver la douceur à la vue des excès de notre prochain, est de nous rappeler les occasions où nous nous sommes emportés nous-mêmes, parce que la considération de notre propre infirmité sert à excuser auprès du nous les fautes des autres. Car celui-ci supporte plus facilement les injures qu'on lui fait, qui reconnaît humblement avoir besoin que les autres le supportent. Comme l'eau éteint le feu, de même le souvenir de nos fautes passées apaise les mouvements d'indignation qui s'élèvent dans notre cœur, puisque l'on a honte en soi-même de ne pas pardonner les maux qu'on nous a faits lorsqu'on se souvient d'en avoir tant commis contre Dieu et contre le prochain, qui ont besoin d'être pardonnés. "

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11. Ibidem, c. 33 : " Il faut cependant avoir soin de remarquer qu'il y a bien de la différence entre le mouvement de colère que l'impatience excite en notre âme, et celui qu'y forme le zèle de la justice. Car l'un a le vice pour principe, et l'autre la vertu. En effet, si l'indignation n'était jamais l'effet de la vertu, Phinées n'eût pas apaisé la vengeance de Dieu par l'emploi qu'il fit de son épée. Héli, au contraire, attira sur lui les effets de cette même vengeance divine, parce qu'il ne conçu point ce saint mouvement de zèle. La rigueur de la justice du Créateur s’embrasa d'autant plus ardemment contre lui, qu'il avait témoigné plus de tiédeur et de mollesse à l'égard des fautes de ceux qui lui étaient soumis. David parle de cette louable colère dans un psaume, lorsqu'il dit : Mettez-vous en colère mais ne péchez pas (Psaume IV, 5). Ce que ceux-là n'entendent pas bien, qui ne veulent pas que nous nous fâchions contre les fautes de notre prochain, mais seulement contre les nôtres, puisque, s'il est vrai que nous devions aimer le prochain comme nous-mêmes, il s'ensuit que nous devons aussi bien nous animer contre ses vices que contre les nôtres. "

" Salomon aussi a voulu parler de cette sainte colère, quand il a dit : La colère est préférable aux ris, parce que l'esprit de celui qui pèche est corrigé par la tristesse qui paraît sur le visage (Ecclés., VII, 4). Et David dans un psaume : Mon œil est troublé de colère (Psaume VI, 8).

Car, au lieu que la colère qui vient du vice aveugle les yeux de l'âme, la colère qui vient du zèle ne fait que les troubler ; parce que, quand ils sont agités par cette sainte jalousie du bien, la contemplation du vrai, qui ne peut subsister que dans un cœur tranquille, en est troublée. Car quand le zèle de la justice éveille l’inquiétude dans une âme, il répand des nuages jusque dans sa partie supérieure, de sorte que dans l'émotion qu'elle éprouve, elle ne peut plus pénétrer les vérités élevées qu'elle voyait fort clairement dans son état de tranquillité. "

" Mais bientôt l'âme s’élève de nouveau à la contemplation des choses célestes, avec d'autant plus d'ardeur qu'elle s'en était vue momentanément détournée par cet obstacle. Cette émulation même dont elle est enflammée pour la justice lui fait peu après découvrir plus pleinement dans le calme les choses éternelles, qu'elle lui avait comme cachées durant cette tempête intérieure, et le trouble qu'elle lui a fait ressentir, et qui lui a dérobé un instant la vue des objets, a pour effet final de les lui p.534 fin p.535 début faire apercevoir avec plus de vérité. Ainsi le remède qu'on applique sur un œil malade, commence par lui boucher la vue ; mais peu après l'œil guéri se remet à voir les objets avec plus de netteté, parce que ce n'était que pour son bien que la vue lui en avait été interceptée. "

" Or, la contemplation est incompatible avec le trouble, et, quand l'âme est agitée, elle ne peut pas s'élever à la vue d'un bien qu'il lui est à peine donné d'entrevoir, lors même qu'elle jouit d'un calme parfait ; de même que l'œil ne peut voir le soleil lorsque le ciel est couvert de nuées, et que l'eau d'une fontaine, quand elle est agitée, ne peut représenter notre image, que nous y voyons si distinctement lorsqu'elle est tranquille. - Mais lorsque c'est le zèle qui cause dans l'esprit cette émotion, il faut bien prendre garde que ce mouvement d'indignation qu'on voudrait faire servir à la vertu, ne prenne de l'ascendant sur notre âme, et que la colère ne marche devant la raison comme une maîtresse, au lieu de se tenir simplement là à ses côtes comme une servante pour exécuter en tout ses ordres. Cette colère louable s'anime avec plus de force et de succès contre les vices, lorsqu'elle est assujettie à la raison et qu'elle lui obéit.

Car encore qu'elle vienne d'un zèle sincère pour la justice, si elle va jusqu'à cet excès, que de s'élever au-dessus de l'âme, bientôt elle méprise les prescriptions de la raison, et elle se donne d'autant plus de licence, qu'elle prend ses emportements mêmes pour des actes de vertu. "

" Il faut donc avant tout que celui qui est animé du zèle de la justice prenne garde à ce que sa colère ne sorte pas des bornes de la raison, mais qu'attendant pour sévir contre le péché les moments propices, il modère ce mouvement qui s'élève dans son esprit en s'en rendant un compte sévère, qu'il réprime ses sentiments d'animosité et qu'il réduise ces émotions qui bouillonnent dans son sein sous la règle de la modération et de l'équité ; afin qu'il devienne avec d'autant plus de droit le vengeur des fautes d'autrui, qu'il s'est rendu victorieux de soi-même ; qu'il ait soin de se perfectionner par la patience, avant de corriger les péchés des autres, et que s'élevant au-dessus de son propre zèle, il puisse en juger sans passion, de peur qu'en se laissant emporter sans mesure par son zèle pour l'équité, il ne se détourne de l'équité même. "

" Puis donc que, comme nous l'avons dit, cette louable émulation du bien ne laisse pas de troubler l'œil de l'âme, l'Ecriture dit avec beaucoup de raison : La colère tue l'insensé, comme pour p.535 fin p.536 début faire entendre que si la colère qui vient du zèle trouble les sages, celle qui a le vice pour origine tue les insensés, parce que la première se soumet à l'empire de la raison, tandis que l'autre domine déraisonnablement sur l'âme qu'elle a assujettie à sa tyrannie. "

12. S. BERNARD, Serm. XIII in Psalmum Qui habitat in adjutorio :

" La colère est un sentiment naturel à l'homme, mais qui, dégénérant en abus, cause la perte et la damnation de celui qui s'y abandonne. Occupons-la, mes frères, aux choses auxquelles il convient de l'appliquer, et ne la dépensons pas inutilement et criminellement sur le reste. Je vous le dis, ou plutôt ce n'est pas moi qui vous le dis, c'est la Vérité ; ce n'est pas moi, mais c'est le Seigneur : ne vous mettez point en colère contre ceux qui vous enlèvent des biens passagers, qui vous disent des injures, qui vous feront peut-être endurer des supplices, mais qui après cela ne pourront rien contre vous. Je vais vous montrer contre qui vous devez vous mettre en colère : mettez-vous en colère contre celui qui seul peut vous nuire véritablement, qui seul pourrait empêcher l'adversité même de vous être utile.

Voulez-vous savoir quel est cet ennemi ? c'est le péché.

Oui, je vous le répète, mettez-vous en colère contre celui-là. Car aucune adversité ne pourra vous être funeste, si le péché ne domine pas en vous. Celui qui a une haine parfaite pour le péché, ne se met pas en peine du reste, ou plutôt il accepte tout le reste avec plaisir. Je suis, dit le Psalmiste (Ps. XXXVII, 18), préparé à recevoir tous les châtiments. Que ce soit un dommage, que ce soit une avanie, que ce soit un supplice corporel ; je suis préparé à tout, et je ne m'en laisse point troubler, parce que ma douleur est toujours présente devant mes yeux. Comment ne regarderais-je pas comme rien tous les maux extérieurs en comparaison de cette douleur toujours présente (Ps. XXXIX, 13) ? L'enfant de mon propre sein, continue le Psalmiste, s'élève contre moi, et je m'indignerais contre un fils d'étranger qui me charge d'outrages ? Mon courage m'abandonne, ma force me quitte, la lumière de mes yeux s'éteint, et je m'affligerais de quelques maux temporels, je regarderais comme quelque chose ce qui n'afflige que le corps ? Entretenons-nous dans ces pensées, et non-seulement nous acquerrons par moyen la vertu de douceur, sans être exposés à la perdre par le souffle empesté du dragon, mais de plus nous nous formerons à la pratique de la magnanimité, vertu que ne déconcerte pas le rugissement du lion. "

p.536 fin p.537 début

13. S. AMBROISE, liv. 1er des Devoirs des ministres sacrés, c. 21 : " Il faut se prémunir contre la colère, et l'étouffer, si on n'a pu la prévenir, car elle nous entraîne dans le péché et bouleverse notre âme, qui devient alors rebelle à la voix de la raison. Comment parvenir à ce double but ? Il faut, si cela se peut, que l'habitude des affections du cœur, que la raison nous rende la douceur et l'aménité presque naturelles ; enfin, puisque l'emportement est si fort dans le caractère et la nature de l'homme, qu'on ne saurait jamais l'en extirper entièrement, il faudra le maîtriser quand on n'aura pu le prévenir ; ou bien encore, si la colère s'est élancée sur l'âme comme en bondissant, sans que la raison ait pu la fuir ou l'arrêter, pensez aux moyens de triompher de cette instabilité, de vaincre ces dispositions à la colère ; résistez-lui si vous le pouvez ; sinon, sachez lui céder, parce qu'il a été écrit :

Donnez un libre cours à la colère (Rom., XII, 19). "

" Jacob eut la sagesse de céder à son frère transporté de fureur, et à la voix de Rébecca, c'est-à-dire aux conseils de la prudence et de la modération. Il préféra s'éloigner, visiter des pays lointains, et ne revenir que lorsque le temps eut calmé son frère ; aussi Dieu le combla-t-il des trésors de sa grâce. Dans la suite, il sut, par toutes sortes de prévenances et de présents, regagner l'amitié d'Esaü, lui faire oublier qu'il l'avait frustré de la bénédiction paternelle, et ne lui en laisser d'autre souvenir que celui d'une satisfaction éclatante. "

" Si la colère a devancé la réflexion, si elle nous a subjugués, n'abandonnons pas notre poste : ce poste, c'est la patience, c'est la sagesse, c'est la raison. Sachons ramener le calme au sein de la tempête. Mais si nous sommes irrités par l'entêtement de notre adversaire, et que sa perversité ait comme forcé notre indignation ; si nous ne pouvons calmer notre esprit, mettons du moins un frein à notre langue, parce qu'il est écrit (Ps.

XXXIII, 14-18) : Préservez votre langue de la souillure du péché, et que de vos lèvres ne s'échappent point des paroles criminelles ; et ensuite : Cherchez la paix, et ne cessez pas de la chercher. Voyez comme Jacob a su garder cette paix ; qu'il vous serve d'exemple pour vous y maintenir vous-même ; si vous ne pouvez l'imposer à votre esprit, maîtrisez du moins votre langue : n'oubliez pas ensuite que vous devez tout faire pour vous réconcilier. Telles sont les maximes que les écrivains profanes ont empruntées à nos livres sacrés ; mais la gloire de ces préceptes revient tout entière a celui qui les a exposés le premier. "

p.537 fin p.538 début " Evitons, ou du moins modérons les transports de la colère, pour qu'on puisse, ou nous louer sans réserve, ou nous blâmer avec restriction. Et ne croyez pas que ce soit chose facile que d'obtenir ce second résultat ; bien loin de là, il ne le cède en rien au premier. Car modérer nos emportements, c'est notre propre fait ; ne pas même les éprouver, c'est celui de la nature. . . "

" Gardez-vous de répondre par des paroles de colère à un homme irrité, ou par des paroles qui n'aient pas de sens à celui qui en est lui-même dépourvu. Une faute en engendre bientôt une autre : c'est comme l'étincelle qui jaillit du choc de deux pierres. "

" Les païens, qui amplifient tout ce dont ils parlent, rapportent avec emphase ce mot qu'Archytas, philosophe pythagoricien, adressa à son fermier : " Malheureux, je te battrais, si je n'étais en colère. " Mais David, bien avant lui, avait arrêté dans son indignation son bras prêt à frapper. Et combien ne faut-il pas plus de force pour ne pas répondre injure pour injure, que pour ne pas se venger ! Et comme ses guerriers allaient le venger du mépris qu'avait fait de lui Nabal, il revint sur l'ordre qu'il leur avait donné de le faire, en se laissant fléchit par les prières d'Abigaïl. Concluons de ce dernier exemple, qu'il faut non-seulement céder à de justes supplications, mais le faire même avec plaisir. Tel fut en effet le plaisir que goûta David en cette circonstance, qu'il bénit la femme qui, par son heureuse intervention, avait étouffé en lui le désir de la vengeance. "

" Déjà il avait dit en parlant de ses ennemis (Ps.

LIV, 4-7) : Ils m'ont imposé des crimes, et ils me maltraitaient dans leur colère. Ecoutez les paroles qu'il prononça dans l'émotion qu'il en ressentait : Qui me donnera des ailes comme à la colombe, pour que je puisse prendre mon vol et trouver du repos ? Il n'opposait à leurs provocations continuelles que le calme et la bonté. "

" Déjà, et longtemps avant Archytas, David avait dit (Ps. IV, 5) : Mettez-vous en colère, mais ne péchez point. Ce maître profond en morale, qui savait que les passions de l'homme ont besoin d'être dirigées par de sages préceptes plutôt que d'être extirpées entièrement, voulait nous dire par là : " Que votre courroux éclate contre toute faute qui le mérite : car il est impossible de rester comme de marbre devant certaines iniquités ; autrement ce ne serait plus vertu, mais lâcheté et faiblesse. Mettez-vous donc alors en colère mais de manière toutefois à le faire sans péché. " Ou bien encore : " Si vous vous mettez en colère ne péchez pas, mais que votre colère même se laisse p.538 fin p.539 début maîtriser par votre raison. " On peut enfin donner à ces mêmes paroles cet autre sens : " Si vous vous mettez en colère que ce soit contre vous-même de vous voir vous emporter de la sorte, et dans ce cas vous serez exempt de faute. " Car celui qui se reproche à lui-même de s'être emporté, cesse dès-lors d'être en colère par rapport à autrui ; celui au contraire qui se justifie à lui-même son emportement, ne fait que s'irriter davantage et tombe infailliblement dans le péché, Salomon dit (Prov., XVI, 32) que l'homme qui réprime sa colère remporte une plus belle victoire que celui qui prend une ville ; car la colère est un ennemi qui sait vaincre les héros même les plus invincibles. "

" Par tous ces motifs, veillons à ne pas nous emporter avant que la raison n'ait réglé nos mouvements. Car la colère aussi bien que la douleur ou la crainte de la mort, fait perdre la réflexion en frappant l'âme comme d'un coup inattendu. Aussi est-il bon de prévenir un pareil effet par une pensée qui donne une autre direction à l'esprit, pour n'être point ébranlé par des secousses imprévues, mais soumettre au contraire tous ses mouvements à l'empire de la raison (Cf. Chefs-d'œuvre des Père de l'Eglise, t. VI, p. 178-185). "

14. S. AUGUSTIN, in Ps. IV : " Mettez-vous en colère et ne péchez point. Cela peut s'entendre de deux manières. La première : Quoique vous vous mettiez en colère ne péchez pas ; c'est-à-dire, quoiqu'il s'élève en vous quelque mouvement de colère, que, par une juste peine du péché, il ne soit plus en votre pouvoir d'arrêter, qu'au moins votre raison et votre âme, qui a reçu de Dieu une nouvelle naissance, n'y consente point, afin que nous soyons assujettis à la loi de Dieu selon l'esprit, si selon la chair nous sommes encore assujettis à la loi du péché. La seconde manière d'entendre ce verset est celle-ci : Mettez-vous en colère contre vous-mêmes faites pénitence de vos désordres passés et ne péchez plus à l'avenir (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. 1er, p. 34). "

15. Le même, de vera religione, c. 45 : " Nous voulons être invincibles, et nous avons raison de le vouloir, puisque la nature de notre âme a cela de propre avec Dieu, à l'image duquel elle a été faite. Mais il fallait donc garder ses préceptes ; et en les gardant, nous fussions toujours demeurés invincibles. Au lieu que maintenant, pendant que la femme, aux suggestions de laquelle nous avons si lâchement consenti, est humiliée par les douleurs p.539 fin p.540 début qu'elle souffre dans le travail de l'enfantement, nous sommes réduits nous-mêmes à labourer la terre, et vaincus honteusement par tout ce qui peut exciter le trouble et les passions dans notre esprit. Et ainsi nous ne voulons pas être vaincus par les hommes, et nous-mêmes nous ne pouvons vaincre la colère. Ne devrions-nous pas avoir honte d'une situation si humiliante ? Nous reconnaissons que les hommes sont de la même nature que nous, et que, bien qu'ils puissent être vicieux, ils ne sont pourtant pas le vice même. Combien donc n'est-il pas plus honorable pour nous d'être vaincus par un homme que par un vice ? Or, qui peut douter que l'envie soit un très-grand vice ? Et cependant il est inévitable que celui qui veut n'être jamais surpassé par d'autres hommes dans les choses temporelles, soit tourmenté de cette passion et s'en voie même subjugué. Il vaut donc mieux être vaincu par un homme que par l'envie, ou par quelque autre vice que ce puisse être. "

Ibidem, c. 46 : " Mais celui qui s'est rendu victorieux de ses vices, ne peut être vaincu par un homme. Car il ne le peut être qu'autant que son ennemi lui ravit ce qu'il aime. "

16. Le même, Epist. LXXXVII (al. 211) ad Felicitatem et Rusticum

: " Comme le vinaigre infecte le vaisseau où on le laisse croupir, ainsi la colère infecte le cœur, si on l'y laisse seulement d'un jour à l'autre. "

17. Le même, Epist.CXLIX (al. 38) ad Profuturum : " Vous savez, mon cher frère, avec quel soin nous devons prendre garde au milieu de toutes ces agitations, à ce qu'il ne se glisse dans notre cœur contre personne aucun sentiment de haine, ce qui nous ôterait la liberté de prier Dieu dans le secret, c'est-à-dire dans le calme de notre âme, mais obligerait plutôt le Dieu de paix de se retirer de nous. Or, ce qui donne entrée à la haine, c'est que chacun croyant avoir un juste sujet de se mettre en colère l'entretient dans son cœur, et que la colère entretenue c'est la haine elle-même, comme le ferment qu'on laisse séjourner dans un vase aigrit la liqueur qu'il contient, et lui communiqua à lui-même son aigreur. Il est donc bien plus sûr de ne se mettre jamais en colère, quelque sujet qu'on puisse en avoir, que de s'exposer, sous prétexte d'une juste indignation, au danger d'en venir jusqu'à la haine, en quoi la colère dégénère si facilement.

"

" Nous avons coutume de dire qu'il vaut beaucoup mieux, quand il s'agit de l'hospitalité que demande un inconnu, s'exposer à la donner à un méchant homme, que de se mettre au hasard p.540 fin p.541 début de fermer la porte à un homme de bien, par la crainte excessive qu'on aurait de se méprendre. Mais il n'en est pas ainsi des mouvements de l'âme, et il vaut incomparablement mieux fermer la porte de notre cœur à un injuste sentiment de colère qui voudrait y entrer, que de l'y laisser pénétrer pour ne pouvoir ensuite l'éteindre, lorsque d'une simple étincelle elle serait devenue un vaste incendie. Car elle croit avec une vitesse incroyable, dès qu'elle n'est plus retenue par la honte, et qu'on a laissé le soleil se coucher sur elle. "

18. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. VIII, Epist. 51, ad Leontium : " Toutes les fois que la colère s'empare de votre cœur, domptez-vous vous-même, remportez sur vous-même une noble victoire. Remettez la vengeance à un autre temps, et attendez pour l'exercer que votre âme ait recouvré son calme. Car la colère lorsqu'elle poursuit la vengeance de quelque mal, ne doit pas prévenir, mais suivre la réflexion, et s'attacher à suivre les traces de la justice comme sa servante, au lieu de s'élancer avec pétulance devant elle. Quelquefois nous devons feindre de nous y mettre, sans nous y mettre réellement. D'autres fois nous devons nous y mettre, mais sans jamais nous laisser emporter par elle. Car lorsque nous nous indignons par un sentiment de justice et sans perdre la paix de l'âme, nous nous mettons en colère, mais nous ne nous laissons pas emporter par la colère. L'Ecriture nous apprend avec quel soin nom devons nous mettre en garde contre la colère qui va jusqu'à troubler l'âme. C'est de cette dernière espèce de colère qu'il est écrit (Jac., I, 19-20) ; Que chacun de vous soit prompt d écouter lent à parler et lent à se mettre en colère : car la colère de l’homme n'accomplit point la justice de Dieu ; qu'il est écrit ailleurs : Qui pourra soutenir un esprit qui s'emporte aisément à la colère (Prov., XVII, 14) ? et encore : Ne soyez point ami d’un homme colère, et ne vivez point avec un homme furieux, de peur qu'il ne vous apprenne à vivre comme lui, et que vous ne donniez à votre âme un sujet de chute (Prov., XXII, 24-25). Il est dit au contraire à la louange de la patience : L'homme patient vaut mieux que l’homme courageux, et celui qui est maître de son esprit vaut mieux que celui qui prend des villes de vive force (Prov., XVI, 32). C'est ce qui a fait dire à David prenant le langage de la faiblesse humaine : L'indignation a rempli mon œil de trouble (Ps. VI, 8). A quoi il ajoute immédiatement ce qui est l'effet de ce trouble même : Je me suis vieilli au milieu de tous mes ennemis. Car lorsque l'œil de notre âme s'est laissé p.541 fin p.542 début emporter au trouble de la colère, nous nous vieillissons au milieu de nos ennemis, en ce sens que le vieil homme se réveille en nous au milieu des malins esprits dont nous subissons alors la violence. Puis donc que nos livres saints ont tant d'anathèmes portés contre la colère qui n'est pour nous-mêmes qu'un principe de trouble, considérons avec quelle application nous devons nous précautionner contre ce vice, que nous voyons si fréquemment être l'objet des réprobations de Dieu. "

19. Le même, Pastoral, troisième partie, dix-septième conseil : " Engagez les personnes d'un caractère violent à unir la douceur au zèle qu'elles croient avoir. L'Esprit-Saint s'est montré aux hommes sous la forme d'une colombe comme sous celle d'une langue de feu, pour nous apprendre qu'il met dans tous ceux qu'il anime la douceur et la simplicité de la colombe aussi bien que l'ardeur et la vivacité de la flamme. Celui-là donc ne possède point le Saint-Esprit en lui-même, qui ne joint pas un zèle ardent à une douceur bienveillante, ou le calme de la douceur à l'ardeur du zèle. . . Mais il y a une grande différence entre la colère qui se glisse dans l'âme sous l'apparence du zèle, et celle qui le remplit de trouble sans avoir même ce prétexte pour excuse. Car la première a au moins pour but dans ses excentricités l'accomplissement d'un devoir, au lieu que la seconde n'a rien qui justifie ses excès. Les hommes colère diffèrent essentiellement de ceux qui ne sont qu'impatients : ceux-ci ne peuvent supporter le mal qu'on leur fait ; ceux-là s'irritent contre ceux mêmes qui ne leur en donnent pas de motif, poursuivant ceux qui les évitent, faisant naître contre eux des sujets de querelle, et se plaisant dans la dispute. Pour ramener ces derniers à la raison, le meilleur moyen est d'attendre que leur fureur soit apaisée. Car, dans le moment même où ils s'emportent, ils ne font pas attention à ce qu'on leur dit, au lieu que, lorsqu'ils sont calmés, ils écoutent d'autant plus volontiers ce qu'on veut leur dire, qu'ils rougissent davantage de voir le calme avec lequel on a enduré leur emportement. Une âme en proie à l'ivresse de la fureur trouve mauvais tout ce qu'on peut lui dire de plus sensé. Aussi Abigaïl agit-elle prudemment en ne disant rien à Nabal (I Samuel, XXV, 36-37) de la faute qu'il avait commise tant qu'elle le vit dans l'ivresse, et en attendant qu'il fût à jeun pour lui en parler, et le mettre ainsi à même de la reconnaître. Lorsqu'on est attaqué par une personne colère sans pouvoir éviter ses provocations, qu'on se défende alors, cela est permis ; mais p.542 fin p.543 début que ce soit plutôt par d'humbles remontrances que par des reproches adressés directement (Cf. Chefs-d'œuvre des Pères de l’Eglise, t. XIV, p. 464-467). "

20. Le même, Moralium, Lib., XXI, c. 5, comme plus haut, article des péchés en général question III, témoignage 6, page 366. 21. S. AUGUSTIN, Lib. I, de sermone Domini in monte, c. 19 : voir ibidem, témoignage 7, page 366.

22. Le même, Enchirid. ad Laurentium, c. 79 (al. 24 et 19)

: " Il faut encore remarquer qu'il y a des péchés qu'on croirait fort légers, si l'autorité des saintes Ecritures ne nous apprenait qu'ils sont plus considérables qu'on ne pense. Qui croirait, par exemple, qu'on se rende digne de l'enfer en appelant son frère fou, si la Vérité elle-même ne l'avait déclarée ? Mais en même temps, elle nous présente un remède bien puissant pour guérir la plaie que ce péché fait à l'âme, lorsqu'elle nous prescrit immédiatement ensuite le précepte de la charité fraternelle. Si vous présentez, dit Jésus-Christ, votre offrande à l'autel, et que là vous vous souveniez que votre frère a quelque chose contre vous, et le reste que tout le monde sait (MATTH., V, 23). "

Question IX

Qu’est ce que la paresse, et quels autres vices engendre-t-elle ? La paresse est une langueur de l'âme par rapport au bien, et particulièrement une sorte de dégoût qui fait qu'on néglige ses devoirs spirituels. Les vices qu'elle amène à sa suite sont la malignité, la tiédeur, la pusillanimité, le découragement, la lâcheté et la dissipation.

Les plus sujets de tous à commettre ce péché, ce sont les personnes oisives et sans énergie, ceux que l'Ecriture appelle tièdes, tous ceux enfin qui perdent à des occupations vaines et frivoles ce temps de grâce et ces jours de salut. Le sort réservé aux personnes coupables de ce péché nous est marqué par ces paroles de l'Evangile : Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu ; et par ces autres encore : Jetez dans les ténèbres extérieures le serviteur inutile. Notre-Seigneur n'a pas omis non plus de nous dire ce qu'il veut que nous fassions pour ne pas tomber dans ce mal : Veillez et priez, nous a-t-il dit, prenez p.543 fin p.544 début garde, car vous ne savez pas quand viendra ce temps-là. Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite ; car, je vous le déclare, beaucoup voudront y entrer, qui ne le pourront pas.

Nous avons dit un mot de chacune de ces vérités, afin que ceux qui ne seraient pas assez avancés dans la connaissance des voies de la justice, non-seulement apprennent à connaitre et à étudier les maladies spirituelles, ou les diverses sortes de vices auxquels les hommes sont plus particulièrement sujets, mais encore s'appliquent, comme Dieu leur en fait un devoir, à s'en préserver ou à s'en guérir, eux et les autres. Heureux l'homme qui ne s'est point laissé aller au conseil des impies, qui ne s'est point arrêté dans la voie des pécheurs et ne s'est point assis dans la chaire de pestilence ; c'est en ces termes que le Prophète royal, dans le premier de ses cantiques, s'attache à nous montrer quel est pour chacun de nous le premier devoir de justice à remplir, si nous voulons être éternellement heureux .

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Ecclésiastique, XXXIII, 29 : " L’oisiveté a appris aux hommes à faire bien du mal. " 2. Proverbes, XV, 13 : " La joie du cœur brille sur le visage, et quand le cœur est triste, l’esprit s’abat. "

4. Ibid., XXX, 22-23 : " N’abandonnez point votre âme à la tristesse, et ne vous affligez point vous-mêmes dans vos pensées. p.544 fin p.545 début - La joie du cœur est la vie de l'homme et un trésor inépuisable de sainteté. La joie de l'homme rend sa vie plus longue. - Ayez pitié de votre âme en vous rendant agréable à Dieu, et retenez vos mauvais désirs, recueillez votre cœur dans la sainteté de Dieu, et bannissez loin de vous la tristesse ; - car la tristesse en a tué plusieurs, et elle n'est utile à rien. "

8. MATTHIEU, XX, 3, 4,6 : " Il sortit de même sur la troisième heure, et en ayant vu d'autres qui se tenaient sur la place sans rien faire, - il leur dit : Allez-vous-en aussi à ma vigne. - Enfin il sortit sur la onzième heure, et en ayant trouvé d'autres qui se tenaient là, il leur dit : Pourquoi demeurez-vous là tout le long du jour sans travailler ? " 9. Id., XXII, 4-5 : " Il envoya encore d'autres serviteurs avec ordre de dire de sa part aux conviés : J'ai fait apprêter mon festin ; j'ai fait tuer mes bœufs et tout ce que j'avais fait engraisser : tout est prêt, venez aux noces. - Mais eux ne s'en mettant point en peine, s'en allèrent l'un à sa maison des champs, et l'autre à son négoce. " 10. Apocalypse, III, 14-17 : " Ecrivez aussi à l'ange de l'Eglise de Laodicée : Voici ce que dit celui qui est la vérité même, le témoin fidèle et véritable, le principe des œuvres de Dieu : - je sais quelles sont vos œuvres, vous n'êtes ni chaud ni froid ; plût à Dieu que vous fussiez froid ou chaud ! - Mais comme vous êtes tiède, que vous n'êtes ni froid ni chaud, je vous vomirai de ma bouche. - Vous dites : Je suis riche, je suis comblé de biens, et je n'ai besoin de rien ; et vous ne savez pas que vous êtes malheureux et misérable, pauvre, aveugle et nu. "

11. Proverbes, VI, 3-11 : " Courez de tous côté, hâtez-vous, et réveillez votre ami. - Ne laissez point aller vos yeux au sommeil, et que vos paupières ne s'assoupissent point. - Fuyez comme un daim qui s'échappe d'entre les mains du chasseur, et comme un oiseau qui se dégage du lacet de l'oiseleur. - Allez, paresseux, à l'école de la fourmi ; considérez ses actes, et apprenez à devenir sage. - Sans avoir ni chef, ni maître, ni prince, - elle fait sa provision durant l'été, et elle amasse pendant la moisson de quoi se nourrir. - Jusqu'à quand dormirez-vous, paresseux ? p.545 fin p.546 début quand sortirez-vous de votre sommeil ? - Encore un peu de repos, encore un peu de sommeil, mettez encore quelque temps vos mains l'une dans l'autre pour vous reposer, et l'indigence viendra vous surprendre, comme un homme qui marche à grands pas ; et la pauvreté se saisira de vous, comme un homme armé. - Si vous êtes diligent au contraire, votre maison sera comme une source abondante, et l'indigence fuira loin de vous. "

12. Ibid., X, 4, 26 : " La main paresseuse produit l'indigence ;

la main des forts leur attire les richesses. - Ce qu'est le vinaigre aux dents et la fumée aux yeux, le paresseux l'est à ceux qui l’emploient. "

13. Ibid., XIII, 4 : " Le paresseux veut et ne veut pas ; l'âme ardente au travail jouira de l'abondance des biens. " 14. Ibid., XVIII, 8-9 : " La crainte abat le paresseux ; les efféminés languiront de faim. -Celui qui néglige ses biens est frère de celui qui les dissipe. " 15. Ibid., XIX, 13-16, 24 : " La paresse produit l'assoupissement ; l'âme assoupie languira dans les tourments de la faim. - Celui qui garde le commandement garde son âme, mais celui qui néglige sa voie tombera dans la mort. - Le paresseux cache sa main sous son aisselle et ne prend pas la peine de la porter à sa bouche. "

16. Ibid., XX, 4 : " Le paresseux n'a pas voulu labourer à cause du froid ; il mendiera donc au jour de la moisson, et il ne lui sera rien donné. "

17. Ibid., XXI, 25-26 : " Les désirs tuent le paresseux, et ses mains se refusent au travail. - Sa cupidité se consume en désirs ; le juste au contraire fait part aux autres de ses biens et leur en fait part encore. "

19. Ibid., XXIV, 30-34 : " J'ai passé par le champ du paresseux et par la vigne de l'insensé, - et j'ai trouvé que tout y était plein d'orties, que les épines en couvraient toute la surface, et que la muraille de pierres était abattue. - Voyant cela, j'y ai appliqué l'attention de mon esprit, et j'ai compris par cet exemple la conduite que je dois tenir. (Ce qui se trouve renfermé entre parenthèses, est un verset qui appartient au chapitre VI des Proverbes, cité plus haut). (Jusqu'à quand dormirez-vous, ô paresseux, quand sortirez-vous de votre sommeil ?) - Vous p.546 fin p.547 début dormirez un peu, me suis-je dit, vous sommeillerez-un peu, vous mettrez un peu de temps vos mains l'une dans l'autre pour vous reposer ; - et l'indigence viendra se saisir de vous comme un homme qui marche à grands pas, et la pauvreté s'emparera de vous comme un homme armé. "

20. Ibid., XXV, 20 : " Comme le ver ronge le vêtement, et la pourriture le bois, ainsi la tristesse de l'homme lui ronge le cœur. " 21. Ibid., XXVI, 13-16 : " Le paresseux dit : Le lion est dans la voie, la lionne est dans les chemins. - Comme une porte roule sur ses gonds, ainsi le paresseux roule dans son lit. - Le paresseux cache sa main sous son aisselle, et a peine à la porter jusqu'à sa bouche. - Le paresseux se croit plus sage que sept hommes qui parlent toujours avec prudence. " 22. Ibid., XXVIII, 19 : " Celui qui laboure sa terre sera rassasié de pain ; mais celui qui aime l'oisiveté sera consumé d'indigence. "

23. Ecclésiastique, V, 8-9 : " Ne tardez point à vous convertir au Seigneur, et ne remettez pas à le faire d'un jour à l'autre ; - car sa colère éclatera tout d'un coup, et il vous perdra au jour de la vengeance. "

26. Ibid., XXII, 1-2 : " Le paresseux est semblable à une pierre couverte de boue ; tous parleront de lui avec mépris. - Le paresseux est comme un amas de fumier ; tous ceux qui le toucheront se secoueront les mains. " 27. Psaume LXXII, 5-6 : " Ils sont exempts des peines des humains, et à l'abri des coups qui frappent les autres hommes. - Voilà pourquoi ils se parent de l'orgueil comme d'un collier ; ils s'enveloppent de leur iniquité comme d'un vêtement. " 28. JEREMIE, XLVIII, 10 : " Maudit est celui qui fait négligemment l'œuvre du Seigneur (négligemment, comme l'ont traduit les Septante, ??????). "

29. Romains, XIII, 11 : " Nous savons que le temps presse, et que l'heure est déjà venue de nous réveiller de notre assoupissement. "

31. Galates, III, 3 : " Etes-vous si dépourvus de sens, qu'après avoir commencé par l'esprit, vous finissiez maintenant par la chair ? "

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