Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 111)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

13. Le même, Serm. CCXXXII de tempore : "

Comment caractériser le ridicule de ces malheureux ivrognes qui, en se gorgeant de vin, se moquent de ceux qui ne boivent que ce qu'il faut pour leur besoin, et qui leur disent : Rougissez de honte de ne pouvoir boire autant que nous. Ils disent de ces derniers qu'ils ne sont pas des hommes. Voyez ici combien ils sont misérables. Ils disent d'eux-mêmes qu'ils sont des hommes, eux qui sont plongés dans le cloaque de l'ivrognerie ; et ils disent que ceux-là ne sont pas des hommes, qui vivent selon les lois de l'honnêteté et de la sobriété.

Ils sont étendus à terre, et ils sont des hommes ; les autres sont debout, et ils ne sont pas des hommes ! Celui qui triomphe de l'ivrognerie est objet de blâme ; celui qui s'en laisse vaincre est objet de louanges ! On se moque de l'homme sobre, qui peut se conduire lui et les autres ; on ne se moque pas de l'ivrogne, qui ne reconnaît personne et ne se reconnaît pas lui-même ! Les ivrognes ont coutume de s'excuser en disant : C'est un grand qui m'a forcé de boire plus que je ne devais, et je n'ai pas pu faire autrement à la table du prince. C'est chercher des excuses à ses péchés que de parler de la sorte ; on dit qu'on ne peut pas ce qu'à dire vrai on ne veut pas faire. On manque de volonté, et on allègue l'impuissance. Quand même on en viendrait à vous dire : Ou buvez, ou mourez; il vaudrait mieux pour vous mourir martyr de la sobriété que de donner par les excès du vin la mort à votre âme.

Encore n'est-ce là qu'une fausse excuse. Car les rois eux-mêmes et tous les autres grands du siècle comme ils sont, grâce à Dieu, chrétiens doués de prudence et de sobriété, et qu'ils ont sincèrement la crainte de Dieu, s'ils vous voyaient bien décidé à ne pas vous enivrer par la crainte que vous auriez de Dieu, ne pourraient, quand même ils paraîtraient fâchés contre vous pour le moment, s'empêcher de vous admirer au fond de leur cœur, et bientôt ils diraient en parlant de vous : Malgré tous nos efforts et toutes les menaces que nous lui avons faites pour ébranler sa constance, nous n'avons jamais pu le déterminer à violer les lois de la sobriété.

Dieu aussi, qui vous verra résolu par amour pour lui à ne pas vous enivrer pour tout au monde, vous ménagera lui-même les bonnes grâces de ceux qui auront semblé d'abord vouloir vous forcer à tomber dans l'ivresse. Celui qui résistera de même à cette tentation, et qui avec l'aide de Dieu demeurera fidèle jusqu'à la fin, Dieu lui tiendra compte, comme d'un martyre laborieux, des tribulations qu'il aura endurées pour ce sujet. "

p.499 fin p.500 début " Si les hommes s'enivrent si facilement, c'est qu'ils se persuadent qu'il n'y a pas de péché, ou qu'il y en a peu du moins à tomber dans l'ivresse. Mais les prêtres auront un compte sévère à rendre au jour du jugement pour cette ignorance de leurs peuples, s'ils n'ont pas soin de leur rappeler sans cesse le nombre et la gravité des maux qui sont la suite de l'ivrognerie. Celui donc qui croit que l'ivrognerie est un péché léger, s'il ne se corrige pas, et s'il ne fait pas pénitence des péchés de ce genre qu'il pourra avoir commis, encourra par cela seul la damnation éternelle avec les adultères et les homicides, selon cet enseignement de l’Apôtre : Ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les impudiques, ni les abominables, ni les avares, ni les adultères, ni les ivrognes ne possèderont le royaume de Dieu (I Cor., VI, 9-10). Voyez comme les ivrognes sont rangés par l'Apôtre parmi les fornicateurs, les idolâtres, les impudiques et les adultères. "

14. S. CHHYSOSTOME, Serm. contra luxum et crapulam

(Cette homélie est la même que la sixième de Fato et Providentiâ, sive contra ingluviem. Cf. S. Joannis Chrys.

opera, t. II, p. 774-775, édition de Montfaucon ; pag. 926-927, édit. de Gaume) : " Celui qui vit dans les délices, qui est sujet à s'enivrer, qui nourrit des parasites et des flatteurs, qui se charge l'estomac de vin et de viandes, pèchera nécessairement et souvent même malgré lui. . . Car de même qu'un navire marchand, quand on le charge d'une trop forte cargaison, ne peut manquer de sombrer ; ainsi le corps humain, s'il se charge de plus d'aliments que ne le comporte sa nature, fait bientôt naufrage, entraînant dans sa perte pilote et matelots, et la cargaison elle-même. De même donc que ni le calme de la mer, ni l'habileté du pilote, ni la force de l'équipage, ni l'élégante construction du navire, ni l'opportunité de la saison, ni quoi que ce soit enfin, ne peut dans un cas semblable sauver un vaisseau de sa ruine ; ainsi ni la multitude des connaissances, ni la science et l’habileté, ni les avertissements et les conseils, ni la crainte de l'avenir, ni la considération du présent, ni quelque autre chose qu'on puisse imaginer, ne peut sauver une âme jetée dans un tel péril ; mais la luxure et les autres vices l'envahissent bon gré malgré elle, et lui font faire un triste naufrage. De là vient qu'elle est incapable de rien faire qui puisse lui être de quelque utilité pour la vie éternelle. Et même quant à la vie présente, un homme livré à ces habitudes n'est capable de rien de bon, et s'attire le mépris p.500 fin p.501 début dans ses rapports tant publics que privés. Et s'il se présente quelque affaire urgente, il ne s'y trouvera nullement préparé, il ne fera rien qui soit à propos, il sera sans défense contre les traits de ses ennemis, et ne pourra être d'aucun secours à ses amis et à ses proches. Et non-seulement il sera facile à abattre dans les dangers et les revers, non-seulement il sera intraitable dans la prospérité ou la bonne fortune ; mais dans la mauvaise aussi son défaut de règle le rendra inhabile à tout ce dont les circonstances feront sentir le besoin. Dans les adversités il sera saisi de crainte et de découragement, domine par la frayeur, en proie à l'irrésolution ; dans la prospérité, sa présomption, sa mollesse, son intempérance, son impudicité, son orgueil, son arrogance le rendront encore plus insupportable à tout le monde. Car il n'y a pas que le corps dans les gens de ce caractère qui soit difforme, efféminé, dissolu, exhalant une odeur qu'on peut à peine supporter ; mais leur âme est encore plus difforme que leur corps, et la dissolution dans laquelle ils vivent engendre en elle encore un plus grand nombre de maladies. Leur corps rempli d'humeurs superflues et de matières impures et fétides, les éjecte d'un instant à l'autre, non-seulement par les voies ordinaires, mais par les yeux, la bouche et les narines ; ses fonctions n'ont plus rien de régulier, et sa réplétion, en même temps qu'elle lui fait répandre une puanteur dégoûtante, le rend inhabile à toute espèce de travail. Ainsi leur âme (Il y a dans le texte qui nous a été conservé, ????

? ??, ipsa terra, comme porte également la traduction. Le contexte me semble exiger qu’on lise ici ???? au lieu de ??. J’abandonne du reste cette conjecture ? l’appréciation du lecteur intelligent), étouffée pour ainsi dire sous cette quantité d'aliments superflus et dépouillé de son activité naturelle, est rendue inhabile aux fonctions qui lui sont propres, et, ou elle ne s'occupe plus d'aucun travail, ou ses travaux sont frappés de stérilité. De là vient encore que ceux qui vivent continuellement dans la bonne chère contractent des maladies graves et incurables, et éprouvent des tremblements, des attaques de paralysie, des pulmonies, des rhumes de cerveau, la maladie de la goutte soit aux pieds soit aux mains, et tant d'autres dont j'abandonne à la médecin le soin de faire l'énumération et qui leur causent une mort prématurée. "

15. Le même, homélie 1re au peuple d'Antioche : " L'Apôtre ne dit pas à Timothée (I Tim., V, 28) : Usez de vin, mais d'un p.501 fin p.502 début peu de vin ; avis qu'il nous donne à nous-mêmes, plutôt qu'à Timothée qui n'en avait pas besoin. C'est pour nous qu'il écrit à son disciple ; il nous marque les bornes dans lesquelles nous devons nous tenir, en ne nous permettant de prendre de vin que ce qui est nécessaire à notre santé ; il veut que ce soit un remède, et non un poison, qu'il guérisse un mal sans en causer un autre. Un usage continuel de l'eau ne saurait être aussi nuisible à certains tempéraments que le serait pour tous l'excès du vin. Que de maladies en effet n'engendre-t-il pas dans l'âme et dans le corps ? C'est lui qui allume et fomente la révolte des sens contre la raison ; c'est lui qui excite au dedans de nous des guerres terribles et de violentes tempêtes. Une trop grande abondance de pluies n'amollit pas et ne dissout pas la terre, autant qu'une trop grande quantité de vin relâche tous les nerfs du corps et en énerve la vigueur. Fuyons donc l'excès dans un sens comme dans un autre, et, sans négliger le soin de notre santé, réprimons les révoltes de e la chair. Usons du vin, n'en abusons pas ; craignons de faire d'une source de joie un principe de douleur. Le vin a été donné à l'homme pour le réjouir et non pour l'attrister (Ps. CIII, 18). La raison des personnes ivres est assoupie, et comme ensevelie dans d'épaisses ténèbres. Au contraire, le vin pris modérément éveille l'imagination, et c'est un des moyens les plus propres à réparer les forces du corps. . . . . " " Le passage que nous expliquons sert à instruire ces gens simples qu'on rencontre quelquefois même parmi nos frères, qui, quand ils voient des hommes dégradés par l'ivresse, au lieu de blâmer l'intempérance de l'homme, attaquent le présent de Dieu. Qu'il n'y ait pas de vin, disent-ils. Disons-leur : Qu'il n'y ait pas d'ivresse. Le vin est l'ouvrage du Seigneur ; l'ivresse est l'ouvrage du démon : ce n'est pas le vin, c'est l'intempérance qui fait l'ivresse. Ne décriez pas le bienfait du Très-Haut mais condamnez la folie de votre frère. Quoi donc ! au lieu de réprimer le coupable, vous insultez le bienfaiteur ! " " Ainsi fermons la bouche à ceux qui s’élèvent contre l'existence d'une liqueur salutaire, dont l'abus, et non l'usage, produit l'ivresse, source et cause de toutes sortes de maux. Le vin nous a été donné pour réparer les forces du corps, et non pour détruire celles de l'âme ; pour guérir les maladies de l'un, et non pour altérer le bon état de l'autre. Evitons de donner prise aux imprudents et aux insensés en usant avec excès du présent de Dieu. " " Est-il rien qui rende plus méprisable que l'ivresse ? L'homme p.502 fin p.503 début ivre est un cadavre animé ; c'est un démon qui l'est de son propre choix ; un malade qui s'est exposé volontairement à l'être ; un insensé qu'on ne plaint pas ; c'est l'opprobre de l'espèce humaine, également inutile à l'Etat, à ses amis, à ses proches, à lui-même. Son aspect seul a quelque chose de hideux qui vous révolte et vous repousse ; sa démarche, sa voix, son haleine, tout en lui est odieux et insupportable. Mais ce qui est le comble du mal, c'est que la passion de l'ivresse nous ferme les portes du ciel, qu'elle nous prive des biens éternels et qu'après nous avoir dégradés dans ce monde, elle nous prépare dans l'autre d'affreux supplices. " " Corrigeons-nous donc de cette perverse habitude, si nous avons le malheur de l'avoir contractée, et, suivant le conseil de l'Apôtre, usons de peu de vin, puisque ce peu même, il ne le permet à son disciple que pour remédier à la faiblesse de son estomac. Oui, nous devons régler sur les circonstances et sur le besoin l'usage des boissons et des aliments, ne jamais dépasser les bornes de la nécessité, en un mot ne rien faire indiscrètement et au hasard. "

16. S. ISIDORE, Lib. II de summo bono, c. 42 :

" La première cause de luxure est l'excès des viandes. Aussi le Prophète accuse-t-il Sodome d'être tombée dans cet excès lorsqu'il dit :

La cause de l'iniquité de Sodome, c'est l'orgueil, l'excès des viandes et l’excès aussi de la boisson. Les Sodomites, en se gorgeant de viandes sans mesure, en vinrent à commettre des désordres honteux, et par leur intempérance, aussi bien que par leur orgueil, ils attirèrent sur eux le feu du ciel. Il est bon de réprimer la gourmandise et la trop grande avidité de manger. Car quoi de plus pernicieux que de rendre son âme esclave de son ventre et des viandes, l'un et l'autre sujets à la destruction, selon cette parole de l'Apôtre : Dieu les détruira tous les deux (I Cor., VI, 13) ? La gourmandise est voisine de la volupté comme le siège de l'une est rapproché de celui de l'autre : car les plaisirs du ventre appellent naturellement ceux de la partie qui l'avoisine. Eh ! qui ne sait en effet que le ventre touche de près à l'organe de la génération ? Traiter l'un avec une délicatesse excessive, c'est donc exciter l'autre à la luxure. On doit manger non pour engraisser le corps ou pour flatter ses appétits grossiers, mais simplement pour entretenir ses forces. Car, comme l'ont dit certains philosophes, on doit nourrir le ventre non pour qu'il corrompe l'âme, mais simplement pour qu'il la serve. Ceux qui p.503 fin p.504 début se chargent l’estomac de trop de mets, émoussent la vigueur de leur âme à proportion de ce qu'ils flattent leur corps. C'est ce qui faisait dire aux Grecs qu'un ventre bien nourri ne saurait appartenir à un esprit bien délié. Car le rassasiement des intestins appesantit l'âme et abrutit l'intelligence. La flamme de la volupté s'allume au foyer de l'intempérance.

Lorsqu'au contraire le corps est abattu par l'abstinence des mets, il n'est plus agité par la tentation. Aussi lisons-nous que les trois jeunes hommes, pour prix de leur abstinence, n'eurent rien à souffrir des atteintes de la fournaise ardente où ils furent jetés (DANIEL, III, 20), parce que les âmes tempérantes peuvent bien ressentir le contact des désirs charnels, mais non jusqu'à en être embrasées par le consentement qu'elles pourraient y donner. Que celui qui jouit de l'abondance des mets réfléchisse sur le châtiment que le mauvais riche subit dans l'enfer, où tourmenté par les flammes, il est réduit à une détresse d'autant plus grande, que son opulence d'autrefois fut plus exorbitante. Parce que dans ce monde il n'a jamais éprouvé ni la soif ni la faim, maintenant dans l'enfer, dévoré de la soif au milieu des flammes, il demande une goutte d'eau et ne peut l'obtenir. Que l'on considère aussi avec quelle véhémence sont condamnés dans 1'Ecriture les festins et la bonne chère. Car le Seigneur fait la menace par son prophète de ne point pardonner cette iniquité à ceux qui s'y abandonnent. Voici en effet ce qu'il dit par le prophète Isaïe : Vous ne penserez qu’à vous réjouir et à vous divertir, à tuer des veaux et à égorger des moutons, à manger de la chair et à boire du vin. . . . . Je jure que vous porterez cette iniquité jusqu’à la mort, dit le Seigneur (Is., XXIII, 13-14). De même que toutes les passions charnelles sont réprimées par l'abstinence, ainsi toutes les vertus de l'âme sont détruites par le vice de la gourmandise. Aussi lisons-nous que ce fut un chef de cuisiniers qui renversa les murs de Jérusalem (JEREM, LII, 12-14, suivant la version des Septante), parce que c'est la gourmandise, à laquelle les cuisiniers fournissent son aliment, qui détruit les vertus de l'âme. Et il n'est pas possible d'atteindre la perfection des vertus, tant qu'on n'a pas dompté les appétits dont le ventre est le siège. Ce n'est également que par l'abstinence des viandes qu'on pourra facilement mettre en fuite l'esprit impur. Car le moyen de remporter sur nos ennemis de dehors une pleine victoire, c'est de commencer par vaincre ces ennemis intérieurs qui sont nos vices. A quoi servirait-il de porter la guerre hors de soi, si c'est en soi-même qu'on a son plus dangereux ennemi ? Ce p.504 fin p.505 début n'est pas la qualité des mets, c'est le désir qu'ils excitent qui est à redouter. Car souvent on peut manger sans gourmandise des mets délicatement préparés et souvent aussi on mange avec gloutonnerie des aliments grossiers et de vil prix. Ce n'est donc pas la qualité des mets qu’il faut accuser, mais l'ardeur qu'on met à s'en nourrir. Il y a quatre circonstances à distinguer dans le péché de gourmandise : Quid, quand , quantùm, quomod ; c'est-à-dire, la qualité des mets, le temps où l'on s'en permet l'usage, la quantité des mets, enfin la manière dont on les désire. La circonstance quid regarde les mets en eux-mêmes ; la circonstance quand est applicable si l'on devance le temps où il est permis d'en user ; la circonstance quantùm se rapporte à l'excès de la nourriture que l'on prend ; la circonstance quomod , à l'empressement qu'on y apporte. Le ventre est le plus importun de tous les exacteurs : on a beau satisfaire tous les jours à ses exigences, tous les jours il revient à la charge. Nous pouvons naître avec les autres vices, sans qu'ils nous accompagnent jusqu'à la mort. Souvent la friandise se couvre du prétexte du besoin, et on croit satisfaire à l'un tandis qu'on ne fait qu'obéir à l'autre : le discernement entre les deux n'est pas toujours facile. "

17. Ibidem, c. 43 : " La nourriture engendre la gourmandise, et la boisson l'ivrognerie. L'ivresse trouble la raison, transporte hors de soi, allume la passion. L'ivresse aliène tellement l'esprit, qu'on ne sait plus où l'on se trouve. De là vient encore qu'on ne s'aperçoit pas du mal qu'on fait pendant qu'on est en cet état. Rien de plus vrai que cette parole du prophète, que la fornication, et l'enivrement font perdre le sens (OSEE, IV, 11). De là ce que nous lisons dans les Proverbes : Que les grands, qui sont ordinairement portés à la colère, ne boivent pas de vin, de peur que, lorsqu'ils en auront bu, ils n'oublient la sagesse (Prov., XXXI, 4-5, suivant la version des Septante). Le grand mérite pour plusieurs, c'est de boire beaucoup sans s'enivrer pour cela. Que les hommes de cette trempe écoutent le Prophète leur dire : Malheur à vous qui êtes puissants à boire, et vaillants à vous enivrer (Is., V, 22). Voici en quels termes le même prophète s'élève contre ceux qui sont adonnés au vin et à la luxure : Malheur à vous qui vous levez dès le matin pour vous plonger dans les excès de la table, et pour boire jusqu'au soir, jusqu'd ce que le vin vous échauffe par ses fumées (Is., V, 11). L'Ecriture dit ailleurs au sujet de ces sortes de gens : Malheur à toi, Terre dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin (Ecclés., X, 16).

Car il y en beau- p.505 fin p.506 début coup qui du matin au soir ne font que se livrer à la gourmandise et à l'ivrognerie, sans se demander à eux-mêmes pourquoi ils sont au monde, et qui vivent à la manière des bêtes plongées dans la luxure et les plaisirs de la table.

Le prophète Joël crie à ceux qui mettent leur bonheur à s'enivrer : " Réveillez-vous, hommes ivres, pleurez et criez, vous tous qui mettez vos délices à boire du vin, parce qu'il vous sera ôté de la bouche (OSEE, II, 5) "

Le prophète ne dit pas, Pleurez, vous qui buvez du vin, comme s'il n'était pas du tout permis d'en boire ; mais il dit : Pleurez, vous qui mettez vos délices à boire du vin ; ce qui se rapporte à la passion qu'on y met et aux excès qu'on peut y commettre. Car du reste l'Apôtre lui-même recommande à Timothée de boire du vin autant que l'exige le soin qu'il doit avoir de sa santé, par ces paroles : Usez d'un peu de vin (I Tim., V, 23). Il n'y a pas que le vin qui puisse enivrer les hommes, mais ils peuvent encore s'enivrer avec d'autres espèces de boissons : et c'est pourquoi le Seigneur avait prescrit aux Nazaréens qui faisaient une profession particulière de se consacrer à lui, de ne boire ni vin ni toute autre boisson capable d'enivrer (Nom., VI, 3). Car l'un aussi bien que l'autre fait perdre la raison, et devient cause d'impureté. Il y a des personnes qui poussent la sobriété jusqu'à mesurer la quantité de l'eau comme celle du pain qu'ils prennent, et qui ne craignent pas d'affirmer que l'abstinence de l'eau contribue aussi à la conservation de la chasteté. "

18. S. AMBROISE, Lib. de Eliâ et jejunio, c. 12 : " De même que la continence est la mère de la fidélité, l'ivresse est la mère de la trahison. Vous voyez à la porte de ces rendez-vous de la débauche des misérables sans habits, sans ressources pour le lendemain, régler les Etats, et prononcer sur ceux qui les gouvernent. A les entendre, ils ne sont rien de moins que des monarques et des généraux d'armée ; ils distribuent les trésors, versent l'argent à grands flots, bâtissent des citées et ils n'ont pas de quoi payer leur hôte. Ils parlent sans savoir ce qu'ils disent, se croyant et toutes les qualités et tous les talents du monde. "

" Riches et ne manquant de rien tant que dure l'ivresse, ils se retrouvent réduits à la mendicité quand leur revient le bon sens. On se lève de table pour se prendre de querelle ; on se fait des armes de tout ; les dards ont succédé aux verres dans les mains des buveurs. Ce n'est plus le vin qu'ils se versent, c'est leur sang qu'ils font couler ; et ce sang, c'est encore le vin qui le fait répandre. Que d'hommes s'imaginent dans leur ivresse être pleins p.506 fin p.507 début de courage, de sagesse, d'éloquence, a voir la beauté, l'élégance de la tenue, tandis qu'ils ne peuvent pas même se tenir debout ! Pendant que le corps chancelle, l'esprit est en démence ; la langue engourdie n'articule que des sons désordonnés, une pâleur livide se répand sur le visage, d'où en même temps le sang s'échappe : une puanteur infecte achève l'horreur de la scène. Les barbares (Ceci fait peut-être allusion à ces vers d'Horace, Od. lib. I, od. 27 : Natis in usum lætitiæ scyphis, Pugnare Thracum est. Tollite barbarum, Morem, etc.) courent aux armes ; les gens du peuple se bornent aux coups de poings. S'ils en reçoivent à la figure, des larmes de sang s'échappent de leurs yeux, de tristes refrains sont entendus de leurs bouches. Car l'ivresse a cela de propre, qu'elle amollit le cœur de ceux qui s'y livrent, comme le feu amollit et met en fusion le fer le plus dur (Ecclé., XXXI, 31). Dans le vin tous se croient égaux, aucun n'en voit un autre au-dessus de soi. Le pauvre ne se croit plus au-dessous du riche, puisqu'il oublie qu'il est pauvre. Le faible refuse de céder au fort, parce qu'il ne sent plus sa faiblesse. L'indigent rivalise d'opulence avec l'opulent, le roturier de noblesse avec le noble : celui-là seul est roi à leurs yeux, qui surpasse tous les autres par ce qu'il boit de vin. Et c'est à bon droit qu'il est écrit que l'ivresse met l'égalité entre les hommes (Ecclé., XXXI, 32, d'après les Septante (Le grec des Septante porte E?????

???? ????? ???????, ??? ????? ????? ????? ????? ; ce qui se traduit ainsi (?dition de M. Jager, p. 310) : æquale vitæ vinum homini,si bibas illud mensurâ suâ. Saint Ambroise a traduit au contraire, ou du moins a lu de la manière suivante : æqualis vita hominibus, vinum in ebrietate. Notre Vulgate porte : æqua vita hominibus, vinum in sobrietate ; c’est-à-dire, sobrietate au lieu de ebrietate, comme lisait saint Ambroise) ou quelque autre version). Mais puissiez-vous vous pénétrer de la maxime qui suit : Buvez modérément, et vous serez sobres (ibidem, Vulgate). Ce n'est pas le vin qu'il faut accuser : Il a été créé dès le commencement pour être la joie de l'homme, et non pour l'enivrer. Le vin pris modérément est la joie de l’âme et du cœur. Le vin bu avec excès produit au contraire la colère et l'emportement, et attire de grandes ruines (ibidem, 36 et 38). Vous direz peut-être que ce sont là des désordres particuliers aux seuls gens du peuple. Parlons donc maintenant des repas des grands. "

19. Ibidem, c. 13 : " On commence en préludant par de petits verres. Mais ne pensez pas que ce soit par principe de sobriété :

p.507 fin p.508 début c'est simplement par manière d'usage. De même en effet que les auteurs de tragédies élèvent peu à peu leur voix, pour tirer à la fin du fond de leur gosier des sons plus forts, ainsi ces maîtres passés dans l'art de boire commencent par de petits coups pour irriter leur soif, de peur qu'en l'apaisant tout d'abord, ils ne puissent plus boire ensuite. Lors donc qu'ils sont une fois échauffés, ils demandent de plus grands verres, et leur ardeur s'enflamme. Ce qu'on mange est trop sec, il faut l'arroser ; et si les bouteilles se vident, il faut les remplacer par d'autres d'un vin plus généreux. Autant de bouchées, autant de coups ; si les plats tardent à venir, en attendant on vide les bouteilles. Le repas se prolongeant, on commence à se disputer ; et le grand objet de la dispute, c'est de savoir qui d'entre tous se montrera le plus fort buveur. Honni est de tous, d'une commune voix, celui qui s'excuse de boire davantage, ou qui s'avise de mettre de l'eau dans le vin qu'il prend. C'est ainsi que se passe le temps jusqu'à ce qu'arrive le moment du dessert. Tous les plats étant levés de dessus la table, vous penserez peut-être qu'il n'y a plus qu'à se retirer ; c'est au contraire le moment de boire comme de plus belle. Ils ont fini, et ils disent qu'ils vont commencer : alors paraissent sur la table et flacons et bocaux, les plus grands qu'on puisse trouver : on dirait des machines de guerre. Et pour vous ôter la pensée que toute modération soit bannie de ces repas, une mesure est prescrite, et un juge est établi qui prononce. La loi du combat, c'est l'oubli de toute loi ; la rétribution c'est l'affaiblissement de la raison ; le prix de la victoire, c'est le péché. Le succès de la bataille reste longtemps incertain et douteux : car la fureur qu'on y montre n'a son égale que sur les champs de bataille les plus sanglants. . . "

" Ceux que vous voyez le matin si brillants et si fiers, vous les verrez le soir l'objet de la risée des enfants mêmes, blessé sans qu'aucune arme les ait atteints, vaincus sans combat, abattus sans ennemi qui soit venu les abattre, les jambes tremblantes sans qu'ils soient fort avancés en âge, décrépits dans la fleur même de leur jeunesse. "

20. Ibidem, c. 14 : " Vous invitez pour faire plaisir, et vous obligez pour donner la mort ! Vous engagez à diner, et vous voulez mettre au tombeau ! Vous faites offre d'aliments, et vous provoquez des douleurs ! Vous promettez du vin, et vous versez des poisons ! Car n'est-ce pas un poison, qu'une boisson nuisible ? Or, ce que vous donnez fait perdre la connaissance, brûle les en- p.508 fin p.509 début trailles, ôte le sommeil, cause des maux de tête.

Le vin est même un poison plus violent que les poisons ordinaires. Le poison peut trouver son remède dans le vin ; mais le vin lui-même changé en poison, que lui opposerez-vous pour remède. C'est bien avec raison que Dieu par la bouche de Moïse compare le vin non pas seulement au poison, mais au venin que lancent les dragons : Leur vin, dit-il, est un fiel de dragons ; c'est un venin d'aspic qui est incurable (Deut., XXXII, 33). Ce n'est pas sans sujet que l'écrivain sacré ajoute ce mot, incurable ; car les autres sortes de venins trouvent leur antidote ; mais où trouver celui de l'ivresse ? Le venin des serpents donne la mort au corps ; le vin la donne à l'âme. L'ivresse altère la santé du corps, et est en outre mortelle l'âme elle-même. Remarquez de plus que le venin de l'infidélité est nommé vin dans l'Ecriture ; car il est dit dans ce même livre de certains peuples étranger au peuple de Dieu : Leur vin est du vin de Sodome, leurs vignes sont des vignes de Gomorrhe ; leurs raisins sont des raisins de fiel, et leurs grappes ne sont qu’amertume (Deut., XXXII, 32). "

21. Ibidem, c. 16 : " Le corps d'un homme ivre rend le vin par tous ses pores : touchez-le seulement, et il en jaillira du vin. L'ivresse est un foyer d'impureté, un principe de folie, un poison qui tue la raison dans l'homme. Elle défait les traits du visage, et rend l'homme semblable aux chevaux qui hennissent après leurs cavales : car les vapeurs du vin se joignant à la chaleur naturelle du tempérament, il ne se possède plus, et il se porte avec fureur aux actes les plus grossiers de la vie animale, sans attendre que le moment soit venu de le faire avec bienséance. La voix se perd, la couleur du visage est altérée, les yeux lancent une flamme impure, la bouche devient béante, les narines se retirent, le cœur est agité, la raison est bouleversée.

De là tant de cas de frénésie ; de là cette maladie de la pierre qui en est le châtiment naturel ; de là ces crudités de l'estomac, ces vomissements répétés dans lesquels on rend avec les aliments à demi-digérés une partie de ses entrailles. Telles sont les couleurs sous lesquelles Dieu lui-même nous dépeint l'ivresse avec le pinceau du prophète Jérémie : Buvez et enivrez-vous, rejetez ce que vous avez bu, et tombez sans vous relever (JEREM., XXV, 27). De là encore ces fantômes qu'on se forme, ce regard mal assuré, cette démarche incertaine, ces ombres que l'on prend pour des fossés. Il semble que la terre tremble sous les pieds, qu'elle se relève et puis se baisse, qu'elle tourne enfin ; dans la frayeur dont on est p.509 fin p.510 début saisi, on tombe la face contre terre, on tâtonne avec les mains, on se croit cerné entre des montagnes qui s'entrechoquent. Les oreilles bourdonnent, et on s'imagine entendre la mer qui mugit, et qui pousse ses vagues avec fureur contre le rivage. Si des chiens viennent à passer, on les prend pour des lions, et on cherche aussitôt à prendre la fuite. L'un rit à gorge déployée ; l’autre se lamente au point de paraître inconsolable ; un troisième s'épouvante, et tous trois sans sujet. Est-on éveillé, ce n'est que pour rêver ; dort-on, c'est pour faire des procès. La vie toute entière des ivrognes n'est qu'un songe ; leur sommeil, c'est une mort : quoi que vous criiez, quoi que vous fassiez pour les réveiller, vous ne sauriez y réussir, ils ne se réveilleront véritablement, que lorsqu'ils se seront corrigés. Aussi est-ce avec raison que Jérémie appelle l'ivrogne une créature inutile. Qu'est-ce, dit-il, qu'un ivrogne, autre chose qu'une créature inutile ? "

22. Ibidem, c. 18 : " Si les hommes qui se permettent de semblables désordres sont coupables, combien plus les femmes, obligées plus étroitement qu'elles sont de se renfermer dans les bornes de la tempérance. Elles à qui il ne conviendrait pas de se laisser voir ou entendre des étrangers même dans le secret de leurs maisons, on les voit paraître en public, sans voile sur la tête, l'air effaré. L’Apôtre veut que les femmes gardent le silence même à l'église (I Cor., XIV), et qu'elles se bornent à interroger leurs maris à la maison (I Tim., II). Elles, au contraire, on les voit se mêler aux hommes sur les places publiques, et y danser sous les yeux de jeunes libertins, les cheveux épars, leurs robes sans ceintures et partagées au milieu, les bras nus, battant des mains, trépignant des pieds, chantant des airs voluptueux, s’étudiant, comme feraient des comédiennes, à séduire les jeunes gens par leurs attraits, jetant des regards lubriques, riant sans aucune retenue. L'imprudente jeunesse est là qui regarde, et des scènes désolantes viennent souiller ses regards. Les chutes que font les danseuses étalent sur le pavé leur ignominie, et repaissent les yeux impudiques de la foule, en même temps que l'air retentit de chants obscènes. "

23. BURCHARD, évêque de Worms, Lib. XIV

Decretorum, traite ex professo de la gourmandise et de l'ivrognerie, et fait voir par ce qu'il cite des canons, de la doctrine des Peres et des décrets des papes, quelle pénitence doit être imposée à ceux qui sont engagés dans ces perverses habitudes. Il rapporte entre autres le canon suivant, extrait du Pénitentiel de Théodore, archevêque de Can- p.510 fin p.511 début torbéry : " Un prêtre, quel qu'il soit, qui s'enivrera par surprise, fera sept jours de pénitence au pain et l'eau ; si c'est par complaisance, il en fera quinze jours ; si c'est par mépris de la loi, quarante jours. Un diacre ou un moine, aussi bien que les autres clercs ou ministres, chacun à proportion de son rang, feront une pénitence telle que le prêtre (ou l'évêque sacerdos) la déterminera. Comme les laïques n'ont point de vœux faits d'avance à acquitter, le prêtre les avertira du moins, s'ils s'enivrent, que les ivrognes ne possèderont point le royaume de Dieu, et que l'état d'ivresse est la mort de l'âme, et il les engagera à faire pénitence. Celui qui par courtoisie en forcera un autre à s'enivrer, en sera repris très-sévèrement et fera sept jours de pénitence ; s'il le fait par mépris, il en fera trente jours. Aucun chrétien ne doit engager un autre chrétien à boire plus que ne le réclame le besoin de la nature. S'il le fait néanmoins, il en fera pénitence dans la mesure indiquée par le Pénitentiel. "

On trouve dans le même livre, c. 45, l'extrait suivant du Pénitentiel romain : " Celui qui vomit pour avoir trop bu, s'il est prêtre ou diacre, fera quarante jours de pénitence ; s'il est moine, il en fera trente ; s'il est simple clerc, il en fera vingt ; s'il est du nombre des laïques, il en fera quinze. "

Dans le même livre, c. 14, est rapporté l'extrait suivant du Pénitentiel du vénérable Bède :

" Un laïque qui vomira pour avoir bu avec excès fera trois jours abstinence de viande, de vin et de boisson fermentée. " Ibidem, c. 15, même Pénitentiel :

" Celui qui en aura enivré un autre par malice, fera quarante jours de pénitence. S'il s'en fait une habitude, il sera privé de la communion, jusqu'à ce qu'il ait satisfait par une pénitence proportionnée à son péché et qu'il ait promis de ne plus le faire. "

24. S. IVES, évêque de Chartres, III parte

Decretorum, depuis le chapitre 69 jusqu'au 86e, rapporte les mêmes autorités que cite Burchard, livre XIV; et ce que nous venons d'extraire de ce livre se trouve dans l'ouvrage de saint Ives aux chapitres 76, 81, 82 et 83.

23. S. JEROME, in caput I Epistolæ ad Titum

: " Quel spectacle, de voir un évêque en état d'ivresse, riant et ricanant sans raison et sans égard pour la dignité de la place qu'il occupe, ou bien, si quelque chose de tant soit peu triste lui revient à la mémoire, se mettant à pleurer et à sangloter au milieu des coupes ! Il serait trop long de faire le détail de toutes les folies qu'inspire l'ivresse.

p.511 fin p.512 début Vous verrez les uns, se faisant des armes de leurs coupes, les jeter à la tête de leurs convives ; d'autres, leurs habits en pièces, chercher à blesser leurs rivaux ; ceux-ci vociférer, ceux-là ronfler emportés par le sommeil ; celui qui boit le plus, passer pour le plus vaillant ; celui au contraire qui refuse de boire davantage malgré l'ordre que lui en fait le roi du festin, passer pour lâche aux yeux de la compagnie. Ils vomissent pour boire encore ; ils boivent pour vomir encore. L'estomac ne suffit pas à digérer ce qui entre dans leur bouche. Bornons-nous à dire que, selon la doctrine de l'Apôtre (Eph., V, 18), les dissolutions naissent des excès du vin. C'est une nécessité que l'impureté règne là où il y a excès de vin ou de viandes. Voyez dans le corps humain la place qu'occupent respectivement le ventre et les parties honteuses : s'ils sont si rapprochés, c'est qu'il y a affinité entre eux pour les vices dont chacun est le siège particulier. Je ne croirai jamais qu'un ivrogne soit chaste. Si l'on me dit qu'assoupi par le vin il n'a point à répondre de ce qu'il fait dans l'ivresse, je répliquerai, moi, qu'il doit répondre des suites du péché qu'il commet en s'enivrant. "

26. Le même, Epist. LXXXIII ad Oceanum, c.

4 : " L'ivrognerie est le propre des débauchés et des gloutons, et quand le corps est mis en agitation par le vin, il rend bientôt l'écume des passions impures qu'il nourrit. Dans le vin est la luxure, dans la luxure la volupté, dans la volupté est le vice contraire à la pudeur. Celui qui se livre à la luxure, est mort, tout vivant qu'il est ; donc celui qui s'enivre est comme un homme mort et déjà enseveli dans le tombeau. Enivré l'espace d'une heure, Noé découvre ce que la pudeur oblige de cacher, et ce qu'il n'avait jamais découvert durant six cents ans d'une vie sobre. Loth, pendant son ivresse, joint sans le savoir l'inceste à la volupté, et celui que Sodome n'avait pu vaincre, est vaincu par le vin (Lettres choisies de saint Jérôme, trad. par Collombet, t. IV, pag. 250-251 ; trad. par D. Roussel, t. III, p. 329-330). "

27. S. AMBROISE, Lib. I de penitentiâ, c.

14 : " La volupté trouve son compte aux festins somptueux, s’accommode parfaitement d'une vie molle, s'allume aux vapeurs du vin, s'enflamme dans les ardeurs de l'ivresse. Les paroles excitantes sont un stimulant encore plus actif. Quand le corps est plongé dans l'ivresse, la raison se trouble, l'esprit hésite, le cœur ne sait à quoi s'attacher. " p.512 fin p.513 début

Question VIII

Qu’est ce que la colère et quels sont les désordres particuliers qu’elle engendre ? La colère est un désir immodéré de punir celui de qui on croit avoir reçu quelque mal. De la colère naissent les querelles, les emportements, les outrages, les clameurs, l'indignation et le Blasphème. La colère est pour l'âme un poison funeste, qui lui affaiblit le jugement, lui ôte la prudence, met le trouble dans ses facultés et souvent altère la santé du corps lui-même. C'est pourquoi l'Ecclésiaste nous donne cet avertissement (VII, 10) : Ne soyez point prompt à vous irriter ; car c'est dans le sein de l'insensé que repose la colère. Et le Docteur des gentils nous dit à son tour (Eph., IV, 31-32) : Que toute aigreur, tout emportement, toute colère, toute clameur, toute médisance, enfin que toute malice soit bannie d'entre vous ; mais soyez bons les uns envers les autres, pleins de compassion et de tendresse, vous entre-pardonnant mutuellement, comme Dieu aussi vous a pardonné en Jésus-Christ. Au reste, voici l'arrêt formidable porté par Jésus-Christ contre les gens colères, querelleurs et emportés : Quiconque se met en colère contre son frère, mérite d’être condamné par le jugement ; quiconque dit à son frère Raca, mérite d'être condamné par le conseil ; quiconque dit à son frère : Vous êtes un insensé, mérite d'être condamné au feu de l'enfer.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Proverbes, XXIX, 22 : " L'homme colère excite des querelles, et celui qui se fâche aisément sera plus prompt à pécher. "

2. JOB, XV, 1-2, 7-16 : " Après cela Eliphaz de

Théman répondit, et dit : - Le sage enseigne-t-il une science vaine, et se p.513 fin p. 514 début repaît-il de chimères ? - Etes-vous le premier homme qui ait été créé, et avez-vous été formé avant les collines ? - Etes-vous entré dans les conseils de Dieu, et la sagesse est-elle votre partage à vous seul ? - Que savez-vous, que nous ne sachions aussi bien que vous ? Et quelles lumières avez-vous, dont nous soyons privés ? - Il est parmi nous des vieillards beaucoup plus âgés que vos pères. - Méprisez-vous les consolations divines, et nos discours pleins de douceur ? - Pourquoi votre cœur a-t-il de si hauts sentiments de lui-même, et pourquoi l'égarement de vos yeux témoigne-t-il de l'orgueil de vos pensées ? - Pourquoi votre esprit s’élève-t-il contre Dieu jusqu'à proférer de tels blasphèmes ? - Qu'est-ce que l'homme pour se croire innocent et juste, étant né comme il l'est d'une femme ? - Ses saints mêmes ne sont point assurés de leur sainteté, et les cieux ne sont pas purs à ses yeux. - Combien plus l'homme, qui boit l'iniquité comme l'eau, n'est-il pas abominable et inutile devant lui ? "

3. Ecclésiastique, XIX, 27-28 : " La manière de se vêtir, de rire et de marcher de l'homme fait connaître ce qu'il est. - C'est une fausse correction que celle qui a pour principe la colère d'un homme emporté ; et, il y a un jugement qui se trouve n'être pas juste ; tel se tait au contraire, qui le fait par prudence. "

4. Ephésiens, IV, 31 : " Que toute aigreur, tout emportement, toute colère, toute querelle, toute médisance, et toute malice soient bannies d'entre vous. "

5. Ecclésiaste, VII, 9-10 : " L'homme patient est préférable au présomptueux. - Ne soyez point prompt à vous irriter ; car c'est dans le sein de l'insensé que la colère a son siège. "

6. Ecclésiastique, VIII, 19 : " Ne disputez point avec un homme colère, et n'allez point avec l'audacieux dans un lieu désert, car ce n'est rien pour lui de répandre le sang, et lorsque vous serez sans moyen de secours, il vous écrasera. "

7. Ibidem, XXVIII, 1-20 : " Celui qui veut se venger rencontrera la vengeance du Seigneur, et Dieu tiendra en réserve ses péchés pour jamais. - Pardonnez à votre prochain le mal qu'il vous fait, et vos péchés vous seront remis quand vous en demanderez pardon. L'homme garde sa colère contre un homme, et il ose demander à Dieu qu'il le guérisse ?- Il n'a pas de compassion de son semblable, et il demande le pardon de ses péchés ? - Lui qui n'est que chair garde sa colère, et il veut obtenir miséricorde de Dieu. Eh ! Qui priera pour le pardon de ses péchés ? - Souvenez-vous de votre dernier jour, et cessez de nourrir de p.514 fin p.515 début l'inimitié contre qui que ce soit. - Car la corruption et la mort menacent ceux qui violent les commandements du Seigneur. - Ayez la crainte de Dieu devant les yeux, et ne vous mettez point en colère contre votre prochain. - Souvenez-vous de l'alliance du Très-Haut et ne considérez point la faute de votre frère. - Evitez les disputes, et vous diminuerez les péchés. - L'homme colère allume les querelles ; le pécheur jettera le trouble parmi les amis, et il sèmera l'inimitié au milieu de ceux qui vivaient en paix. - Le feu s'embrase dans la forêt selon le bois qui s'y trouve ; ainsi la colore de l'homme s'allume à proportion de ses moyens de vengeance, et plus ses richesses sont grandes, plus s'exhale sa fureur. - La promptitude à disputer allume le feu ; la querelle précipitée répand le sang, et la langue qui rend un faux témoignage donne la mort. - Si vous soufflez sur l'étincelle il en sortira un feu ardent ; si vous crachez dessus, elle s'éteindra : et c'est la bouche qui fait l'un et l'autre. - Celui qui médit en secret et qui a une double langue sera maudit, parce qu'il aura jeté le trouble parmi plusieurs qui vivaient en paix. - Une langue indiscrète a fait l'effet d'une tempête pour un grand nombre d'hommes, et les a dispersés de peuple en peuple. - Elle a détruit des villes fortes et opulentes, et elle a renversé les maisons des grands. - Elle a taillé en pièces les armées des nations, et elle a défait les peuples les plus vaillants. - Une langue indiscrète a fait bannir les femmes fortes, et elle les a privées du fruit de leurs travaux. - Celui qui l'écoute n'aura point de paix, et il n'aura point d'ami sur qui il puisse se reposer. "

10. Ibidem, XV, 1, 18 : " La parole douce abat la colère ; la parole dure excite la fureur. - L'homme emporté allume les querelles ; l'homme patient arrête celles qui s’étaient allumées. "

11. Ibidem, XVIII, 6, 14 : " Les lèvres de l'insensé s'engagent dans les disputes, et sa bouche provoque les querelles. - Qui pourra soutenir un esprit prompt à s'irriter ? "

12. Ibidem, XXII, 24-25 : " Ne soyez pas ami d'un homme colère, et ne vivez point avec un homme furieux ; - de peur qu'il ne vous apprenne à vivre comme lui, et que vous ne donniez à votre âme un sujet de chute. " p.515 fin p.516 début

14. Ibidem, XXVII, 3-4 : " La pierre est lourde, et le sable est pesant ; mais la colère de l'insensé est plus pesante encore. - L'orgueil est une tempête qui brise, la colère un torrent qui déborde ; mais qui pourra soutenir la violence d'un homme emporté ? "

17. Ps. XXX, 10 : " Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis affligé à l'excès : mes yeux, mon âme et mes entrailles sont troublés par la colère. "

18. Colossiens, III, 8, 12-13 : " Mais maintenant, renoncez à tous ces péchés, à la colère, à l'aigreur, à la malice, à la médisance ; que les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche. - Revêtez-vous donc comme élus de Dieu, saints et bien aimés, d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de modestie, de patience ; - vous supportant mutuellement, vous remettant les uns aux autres tous les sujets de plainte que vous pouvez avoir entre vous, et vous entre-pardonnant, comme le Seigneur vous a pardonné. "

19. MATTHIEU, V, 22-24 : " Mais moi, je vous dis que quiconque se mettra en colère contre son frère, etc. - Si donc vous présentez votre offrande à l'autel, et que là vous vous souveniez que votre frère a quelque chose contre vous, - laissez là votre offrande devant l'autel, et allez vous réconciliez auparavant avec votre frère, et alors venez présenter votre offrande. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium lib. XXXI, c.

31 (al. 20) : " La colère engendre les querelles, l'emportement, les injures, les clameurs, l'indignation, les blasphèmes. "

Tous les livres