Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 13)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

39. Nombres, XII, 11, 13 : " Le Seigneur répondit à Moïse : Qu'elle soit donc séparée hors du camp pendant sept jours, et après cela on la fera revenir. - Marie fut donc chassée hors du camp pendant sept jours, et le peuple ne sortit point de ce lieu, jusqu'à ce que Marie fût rappelée. "

40. MATTHIEU, XVIII, 15-18 : " Si votre frère a péché contre vous, allez lui représenter sa faute en particulier entre vous et lui ; s'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère. - Mais s'il ne vous écoute pas, prenez encore avec vous une ou deux personnes, afin que tout soit confirmé par l'autorité de deux ou trois témoins. - S'il ne les écoute pas, dites-le à l’Eglise, et s'il n'écoute pas l’Eglise même, qu'il soit à votre égard comme un païen et un publicain. - En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. "

41. II JEAN, 10, 11 : " Si quelqu'un vient à vous, et ne fait p.93 fin p.94 début pas profession de cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne le saluez point ; - car celui qui le salue participe à ses mauvaises actions. "

42. II Thessaloniciens, III, 6, 14 : " Nous vous commandons, nos frères, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de vous retirer de tous ceux d'entre vos frères qui se conduisent d'une manière déréglée, et non selon la tradition qu'ils ont reçue de nous. - Si quelqu'un n'obéit pas à ce que nous ordonnons par notre lettre, notez-le, et ne communiquez pas avec lui, afin qu'il en ait de la confusion ; ne le considérez pas néanmoins comme votre ennemi, mais avertissez-le comme votre frère. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Tract. I in Epist. Joannis : "

N'est-il pas vrai que cette pierre (dont il est parlé dans Daniel, c. II, 45), de petite qu'elle était dans ses commencements, a crû de manière à devenir une grande montagne, qui a rempli l'univers ? Avons-nous montré cette montagne comme on montre aux hommes la lune dans son dernier quartier ? Quand les hommes veulent voir, par exemple, la lune nouvelle, on leur dit : Voyez-la, c'est de ce côté qu'elle est ; et s'il s'en trouve qui ne puissent l'apercevoir, et qui demandent : où est-elle ? on cherche alors à la leur montrer par la direction qu'on donne son doigt. Quelquefois ils rougissent de ne pas voir, et pour n'être pas traités d'aveugles, ils répondent qu'ils ont vu quoiqu'ils n'aient rien vu. Est-ce de cette manière, mes frères, que nous vous montrons l'Eglise ? N'est-elle pas visible à tous, et même aux plus aveugles ? N'est-elle pas répandue dans le monde entier ? Ne voyons-nous pas l’accomplissement de la promesse faite à Abraham tant de siècles à l'avance, que toutes les nations seraient bénies dans sa race ? La promesse a été faite à un seul fidèle et elle trouve son accomplissement dans des millions de fidèles. La voilà, cette montagne qui remplit toute la terre ; la voilà, cette ville dont il a été dit : Une ville bâtie sur une montagne ne saurait être cachée (MATTH., V, 14). Mais nos adversaires vont heurter contre cette montagne, et lorsqu'on leur dit : " Montez : " "Ce n'est pas une montagne, " répondent-ils ; et ils aiment mieux s'y heurter la tête, que d'y chercher un asile. "

" Dans les derniers temps, dit Isaïe (II, 2), la montagne sur laquelle se bâtira la maison du Seigneur, sera fondée sur le haut des monts. Qu'y a-t-il de plus visible qu'une montagne ? Mais il y a des montagnes ignorées, parce qu'elles se trouvent situées dans d'autres p.94 fin p.95 début contrée que celle où nous nous trouvons.

Qui de vous, par exemple, connait le mont Olympe ? Et ceux qui habitent le mont Olympe, ne connaissent pas davantage notre Giddaba. Ces montagnes n'occupent que de très-petites parties de la terre. Mais il n'en est pas ainsi de celle-ci : elle remplit la terre entière et c'est d'elle qu'il est dit qu'elle est fondée sur le haut des monts, et que toutes les nations y accourront en foule. Qui est-ce qui s'égare tant qu'il se tient sur cette montagne ? qui est-ce qui heurte du pied contre elle faute de la voir ? qui peut ne pas connaître cette ville bâtie sur la montagne ? Mais ne soyez point étonnés si elle est ignorée de ceux qui haïssent leurs frères : ils marchent dans les ténèbres et ils ne savent où ils vont, parce que les ténèbres les ont aveuglés.

"

2. Le même, in lib. de unit. Eccl. contra Epist.

Petiliani donatistæ, c. 16 : " L'Eglise n'est point cachée : elle n'est pas sous le boisseau, mais sur le chandelier, pour éclairer tous ceux qui sont dans la maison. Et c'est d'elle qu'il a écrit, qu'une ville ne peut pas être cachée quand elle est bâtie sur une montagne. Mais elle est comme couverte pour les donatistes, puisque, malgré les témoignages si éclatants et si publics de l'univers entier, qui les invite à suivre son exemple, ils aiment mieux aller les yeux fermés se heurter contre une montagne, que d'y monter eux-mêmes : contre cette montagne, dis-je, qui n'était d'abord qu'une petite pierre détachée de la montagne sans main d'homme (DAN., II, 45), et qui, grossissant peu à peu, en est venue à couvrir de sa masse la terre entière. "

3. Le même, in Ps. trigesim. conc. II, super illum versum, Qui videbant me foras fugerunt à me : " Ce qui est plus déplorable et qu'on ne saurait supporter, c'est que beaucoup de personnes, connaissant tous les titres qui recommandent l’Eglise, l'aient quittée cependant, et aient élevé contre elle des schismes et des hérésies. Ceux qui me voyaient, dit le Psalmiste, c'est-à-dire ceux qui connaissaient ce qu'est l’Eglise, qui la voyaient dépeinte dans les Ecritures, ont fui loin de moi. Les prophètes se sont exprimés moins clairement sur Jésus-Christ que sur l’Eglise ; sans doute parce qu'ils voyaient en esprit que les hommes formeraient des partis contre l’Eglise, et qu'ils se soulèveraient contre elle plus encore que contre Jésus-Christ. Cela donc qui devait occasionner plus de contestations a été prédit avec plus d'insistance et de clarté, afin que l'évidence de ces prophéties fût un témoignage contre ceux qui en verraient l'accomplissement et qui néanmoins p.95 fin p.96 début se sépareraient de l’Eglise. . . . Presque partout le Christ n'est annoncé par les prophéties que sous certains emblèmes mystérieux, tandis que l’Eglise est désignée par ces mêmes prophètes ouvertement et sans voile, afin qu'elle soit reconnue pour ce qu'elle est, même de ceux qui s'élèvent contre elle, et qu'ainsi il y ait de leur part cette malice consommée, dont elle se plaint par la bouche du Psalmiste : Ils me voyaient, et ils se sont enfuis loin de moi. C'est d'eux aussi que l'apôtre Jean (JEAN, II, 19) a dit ces paroles : Ils sont sortis d'avec nous, mais ils n'étaient pas d'avec nous. "

4. S. CHRYSOSTOME, Hom. IV de verbis Isaiæ Vidi

Dominum : " L'Eglise a ses racines plantées dans le ciel plutôt qu'elles ne le sont en terre. Peut-être que certain païen va là-dessus me taxer d'arrogance ; mais qu'il attende les preuves que j'ai à lui en fournir, et que la force de la vérité l'oblige à confesser que le soleil s'éteindrait plutôt, que l'Eglise ne vînt à s'obscurcir. "

5. S. CYPRIEN, De unit. Eccl. : " Le Saint- Esprit, parlant au nom du Seigneur dans le Cantique des cantiques, préludait ainsi à ce mystère : " Une seule est ma colombe et ma parfaite amie ; elle est unique pour sa mère, choisie de préférence entre toutes par celle qui lui a donné le jour. " Quoi donc ! celui qui ne garde pas l'unité de l'Eglise croit-il garder encore la foi ? Celui qui résiste à l'Eglise, qui se révolte contre elle, qui abandonne la chaire de Pierre, sur laquelle est fondée l'Eglise, s'imagine-t-il encore être dans l'Eglise, surtout après que le bienheureux apôtre Paul nous a appris en ces termes quelle est la nature du mystère de l'unité : " Vous n'êtes qu'un corps et qu'un esprit, comme vous avez été tous appelés à une même espérance. Il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême, qu'un Dieu. " Nous devons donc maintenir et garder invariablement cette unité, nous surtout évêques, qui sommes placés à la tête de l'Eglise, afin de constater que l’Episcopat est également un et indivisible. Que personne ne trompe ses frères par le mensonge ; que personne ne corrompe la vérité de la foi par une prévarication perfide. Il n'y a qu'un Episcopat, un seul, dont chaque évêque possède une partie solidairement ; il n'y a de même qu'une Eglise, quoique, par les accroissements de sa glorieuse fécondité, elle s'étende à une infinité de membres. Regardez : le soleil envoie beaucoup de rayons, mais il n'y a qu'un foyer de lumière ; l'arbre se divise en beaucoup de rameaux, mais il n'y a qu'un tronc, appuyé sur une racine vigoureuse ; la source distribue au loin ses eaux ; mais, quelle p.96 fin p.97 début qu'en soit l'abondance, chacun de ces ruisseaux part d'une source commune. Séparer le rayon de soleil du foyer qui l'envoie, en détruisant son unité vous détruisez sa lumière ; détachez le rameau de l'arbre qui le nourrit, le fruit ne pourra plus germer ; retranchez un ruisseau de la source qui l'alimente, il tarit aussitôt. Il en va de même de l’Eglise du Seigneur. Soleil universel, elle épanche ses rayons jusqu'aux extrémités du monde ; mais c'est toujours une seule lumière qu'elle envoie, sans que l'unité du corps soit divisée. Arbre majestueux, elle étend l'immensité de ses rameaux sur toute la terre ; vaste fleuve, elle arrose toutes les contrées par la richesse de ses eaux. Mais partout un même principe, partout une même origine, partout une même mère riche des trésors de sa fécondité. C’est son sein qui nous a portés, c’est son lait qui nous a nourris, c'est son esprit qui nous anime. L'épouse du Christ repousse toute alliance adultère, sa pudeur est incorruptible ; elle ne connaît qu’une maison ; elle garde avec un soin religieux la sainteté de la couche nuptiale ; elle nous conserve à Dieu, et destine au trône les enfants qu'elle a engendrés. "

6. S. IRENEE, adv. hær., l. 1, c. 10 : "

Tous les membres (J'ai suivi ici en grande partie la traduction de M. de Genoude. Il serait peut-être plus conforme au sens du texte de dire tous les pasteurs, au lieu de tous les membres. Voici le texte latin : Hanc prædicationem cùm acceperit et hanc fidem. . . .

. Ecclesia, et quidem in universum mundum disseminata, diligenter custodit. . . ., et consonanter hæc prædicat et docet, etc.) de cette Eglise, quoique disséminée sur la terre, sont unis par une même foi, comme si réellement ils vivaient tous ensemble, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme, et s'attachent à conserver le dépôt de ces même doctrines ; les prêchant, les enseignant, en continuant partout la tradition, comme s'ils n'avaient tous qu'une même bouche ; car la différence des langues n'altère en rien la force et l'unité de ces traditions : les Eglises de la Germanie ont la même croyance que les autres Eglises ; les Eglises de l’Ibérie, de la Gaule celtique, de l'Egypte, de la Libye, celles qui sont aux extrémités comme celles qui sont au centre du monde, n'ont qu'une même foi. De même que le soleil, œuvre de Dieu, verse sans cesse sur le monde une lumière toujours la même, ainsi les enseignements de la vérité illuminent des mêmes rayons tous les hommes qui veulent la connaître. Ne croyez pas que le fidèle moins instruit ait une autre doctrine que le pontife éloquent ; tous sont subordonnés au même maître et l'homme p.97 fin p.98 début qui sait le moins bien parler en sait toujours assez pour transmettre la tradition sans l'altérer ; la foi étant, comme nous l'avons dit, une et invariable, celui qui peut longuement s'étendre à son sujet n'y ajoute point ; celui qui est inhabile à la développer ne l'amoindrit point. "

7. S. JEROME, ad Ageruchima sive Gerontiam de Monogamiâ,

Epist. XI, c. A : " Ils seront deux dans une même chair, et non dans deux ou dans trois. C'est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sou épouse (MATTH., XIX), et non certes à ses épouses. Saint Paul, en reproduisant ce témoignage le rapporte à Jésus-Christ et à l'Eglise, de manière toutefois à représenter le Christ pratiquant avec l’Eglise son épouse une sorte de monogamie spirituelle, comme Adam doit avoir pratiqué une monogamie charnelle. Qu'il n'y ait qu'une Eve en tout, mère de tous les vivants ; et qu'il n'y ait en tout qu'une Eglise, mère de tous les chrétiens. Mais de même que Lamech, cet homme maudit de Dieu, se partagea entre deux femmes, et divisa ainsi, pour ainsi dire, la femme elle-même ; les hérétiques, à son exemple, divisent l’Eglise en plusieurs Eglises différentes, qu'on pourrait, avec saint Jean dans son Apocalypse, appeler à meilleur droit synagogues de Satan, que rassemblements de chrétiens. "

8. S. CHRYSOSTOME, Hom. I in priorem Epistolam ad Corinthios

: " L'apôtre appelle l'Eglise (formée à Corinthe) l’Eglise de Dieu, pour montrer qu'elle ne doit faire qu'une même Eglise avec les autres. Car si elle est l’Eglise de Dieu, elle n'est donc pas simplement l’Eglise de Corinthe, mais l'Eglise du monde entier. Le nom d'Eglise en effet ne signifie pas séparation, mais plutôt union et accord. "

9. S. CYPRIEN, Tract. de simplicit. Prælatorum sive de unit. Ecclesiæ : " Terrassé à l'avènement du Rédempteur, alors que la lumière du salut éclaira les nations et vint réchauffer la terre ; furieux de voir les sourds ouvrir l'oreille à la voix de la grâce, les aveugles tourner vers Dieu des regards dessillés, les infirmes se renouveler dans une immortelle vigueur, le boiteux courir à l’Eglise, le muet trouver une langue pour prier ; le père du mensonge, seul dans ses temples déserts et parmi ses idoles abandonnées, parce que le nombre des chrétiens s'accroissait de jour en jour, imagina de nouvelles ruses. Il se déguisa sous le nom chrétien lui-même, pour mieux tromper. Il inventa les schismes et les hérésies, afin de renverser la foi, d’altérer la vérité, et de déchirer l'unité. Il circonvient et conduit à travers des illusions p.98 fin p.99 début nouvelles ceux qu'il n'a pu retenir dans l'aveuglement de leur antique ignorance. C'est au sein de l'Eglise même qu'il choisit ses victimes. Les infortunés ! il s se croyaient échappés à la nuit du siècle, et près d'atteindre à la lumière ; mais l'ennemi épaissit autour d'eux d'autres ténèbres sans qu'ils le sachent, si bien que, tout en rompant avec Jésus-Christ, tout en divorçant avec l’Evangile, ils continuent de s'appeler Chrétiens, et qu'en marchant dans les ténèbres, ils s'imaginent avoir la lumière. Ce n'est pas tout : Fange de ténèbres se transforme encore, suivant l'apôtre, en ange de lumière. Il dispose ses ministres comme autant de ministres de la justice. Puis, les voilà donnant à la nuit le nom de jour, à la mort le nom de la vie, au désespoir le nom de l’espérance, à la perfidie le nom de la foi, à l’Antechrist le nom de Jésus-Christ, afin de mieux ruiner la vérité par des inventions qui en ont l'apparence. "

" Quelle est la cause de ce mal, mes frères bien-aimés ? C’est qu'on ne remonte point à la source de la vérité ; c’est que l'on se détache du chef ; c'est que l'on ne garde point la doctrine du divin législateur. Si l'on veut s'arrêter à ces principes, il ne faut ni une longue discussion, ni beaucoup de preuves. Il est facile de reconnaître où est la foi ; il suffit d'interroger brièvement la vérité. "

" Le Seigneur dit à Pierre : " Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clés du royaume des cieux. Ce que tu lieras sur la terre sera lié au ciel, ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. " - " Pais mes brebis, dit-il encore au même apôtre âpres sa résurrection. " C'est sur un seul qu'il bâtit son Eglise ; à un seul qu'il confie le soin de paître ses brebis. Il est bien vrai qu'après sa résurrection il confère à tous ses apôtres une pareille puissance, et qu'il leur dit à tous ensemble : " Comme mon Père m'a envoyé, moi, je vous envoie ; recevez le Saint- Esprit, ceux à qui vous remettrez les péchés ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. " Toutefois, pour nous manifester le mystère de l'unité, il voulut, par son autorité divine, que cette unité eût son principe dans un seul. Sans doute les autres apôtres étaient ce qu'était Pierre, élevés à un honneur et à une puissance semblables ; mais l'unité est le point de départ, et la primauté est donnée à Pierre, pour montrer qu'il n'y a qu'une Eglise de Jésus-Christ, et qu'il ne doit y avoir qu'une chaire dans cette Eglise. Tous sont pasteurs, mais il n'y a qu'un seul et même p.99 fin p.100 début troupeau, que tous les apôtres ensemble doivent gouverner d'un accord unanime. Pour attester encore que l’Eglise de Jésus-Christ est une, le Saint-Esprit, parlant au nom du Seigneur, dans le Cantique des cantiques (Cant., VI, 8), préludait ainsi à ce mystère : Une seule est ma colombe, etc. Et le reste comme ci-dessus. "

10. Le même, ad Corn. Epist. 55 : " Le schisme et l'hérésie n'ont pas de cause plus ordinaire que le refus d'obéir à l’évêque, institué de Dieu, et l'oubli trop fréquent de cette vérité qu'il n'y a dans l’Eglise qu'un pasteur, vicaire de Jésus-Christ, investi pour le temps présent du sacerdoce et de la judicature. Si, docile aux enseignements divins, la grande famille lui était soumise, dès lors plus de rébellion contre le collège épiscopal.

Une fois que la sentence divine aurait prononcé, que le peuple aurait donné son suffrage et les chefs leur assentiment, on ne verrait pas l'audace se constituer le juge non plus seulement de l’évêque, mais de Dieu lui-même, l'unité de l'Eglise mise en lambeaux, et d'orgueilleux sectaires, pleins de complaisance dans leurs pensées, fonder hors de l'enceinte sacrée des hérésies nouvelles.

. . . L'ennemi du Christ ne s'acharne obstinément contre le pilote, que pour mieux consommer le naufrage de l'Eglise, quand la main qui dirige ne tiendra plus le gouvernail. " Saint Cyprien dit encore un peu plus loin : " Pierre, sur qui le Seigneur avait bâti son Eglise, Pierre répond pour tous et au nom de l’Eglise universelle : " A qui irions-nous, Seigneur ? vous avez les paroles de la vie éternelle. Nous croyons et nous savons que vous des le Christ, fils du Dieu vivant. " Il témoignait par-là que s'éloigner de Jésus-Christ, c'est périr par sa faute ; que l'Eglise qui croit en Jésus-Christ, et garde invariablement la foi qu'elle a embrassée, ne se détache jamais du Seigneur, et qu'enfin ceux-là forment l'Eglise, qui se maintiennent constamment dans la maison sainte. " Plus loin encore, saint Cyprien ajoute : " L'hérésie consommée, ils lui donnent un prétendu chef ; puis les voilà qui traversent les mers, afin d'aller porter les lettres des schismatiques et des profanes au siège de Pierre, l'Eglise principale, d'où émane l'unité sacerdotale, sans songer qu'ils s'adressent à ces mêmes Romains à la foi desquels l'apôtre a rendu un glorieux témoignage, et auprès de qui le parjure n'a point d'accès. "

11. Le même, ad Florentium sive Puppianum, Epist.

69 : " Loin de moi la vaine gloire et la jactance ! Je ne parle qu'à regret, parce que vous vous constituez le juge de Dieu et de son Christ, qui a dit aux apôtres, et dans leurs personnes aux successeurs p.100 fin p.101 début des apôtres : " Qui vous écoute m’écoute, et celui qui m'écoute écoute celui qui m'a envoyé.

Qui vous repousse, me repousse, et repousse en même temps celui qui m'a envoyé. " Telle est la source la plus commune du schisme et de l'hérésie. Une présomption orgueilleuse commence par faire mépriser l'évêque, le seul qui ait le droit de gouverner l'Eglise, et quand Dieu a prononcé hautement sur la dignité du pontife, les hommes le déclarent indigne ! Notre-Seigneur lui-même, à la vue de quelques disciples qui l'abandonnaient pendant qu'il parlait, se tourne vers les douze apôtres et leur dit : " Et vous, songez-vous à me quitter aussi ? " - " Seigneur, lui répondit Pierre, à qui irons-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru, et nous avons reconnu, que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. " C'est Pierre qui répond, cette pierre sur laquelle avait été bâtie l’Eglise.

Il nous a enseigné par là, au nom de l’Eglise, qu'au milieu de la désertion de quelques rebelles qu'entraîne l’esprit d'orgueil, jamais l'Eglise ne se sépare de Jésus-Christ, et que l’Eglise, c'est le peuple uni à son évêque, le troupeau attaché aux pas de son pasteur. Sachez donc que l'évêque est dans l’Eglise, l’Eglise dans l’évêque ; n’être pas avec l'évêque, c'est être hors de l'Eglise. Oui, c'est une vaine illusion que de se croire en communion avec l’Eglise parce que, tout en ne gardant pas la paix avec les évêques, on entretient secrètement et dans l'ombre une certaine communion avec quelques-uns. L'Eglise catholique est une ; chez elle point de rupture, ni de scission. Tous les membres se tiennent indivisiblement, et les évêques, unis ensemble, sont le lien de cette magnifique unité. "

12. S. IRENEE, adv. hæres. lib. III, c. 3

: " C'est à cette Eglise de Rome, à cause de sa primauté prédominant (propter potentiorem principalitatem), que doivent se rattacher toutes les autres Eglises et tous les fidèles répandus sur toute la terre, la consacrant comme la dépositaire fidèle et indéfectible de la tradition transmise par les apôtres : In quâ semper ab his qui sunt undique, conservata est ea quæ est ab apostolis traditio. "

13. S. JEROME, ad Damasum, Epist. 57 : " Sans reconnaître rien au-dessus de Jésus-Christ, je suis uni de communion à votre béatitude, et par elle à la chaire de Pierre : c'est sur cette pierre que je sais que l'Eglise a été bâtie. Quiconque mange l'Agneau hors de cette maison, est un profane ; quiconque ne sera pas dans l'arche de Noé, périra dans les eaux du déluge. . . Quiconque ne moissonne point avec vous, dissipe son grain ; c'est-à-dire, que p.101 fin p.102 début quiconque n’est pas du côté de Jésus-Christ est de celui de l’Antechrist. "

14. Le même au même, Epist. 58 : "

En attendant, je ne me lasse pas de crier : Si quelqu’un est uni avec la chaire de Pierre, il peut me regarder comme à lui. "

15. S. LEON-LE-GRAND, ad Episcopos per Viennensem provinciam constitutos, Epist. 89 : " Tel est le plan sur lequel Notre Seigneur Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, a établi sa religion qui, par un effet de la grâce divine, doit éclairer toutes les nations et tous les peuples, que la vérité, qui ne se trouvait autrefois que dans les livres de la loi et des prophètes, est maintenant publiée par la trompette apostolique pour le salut de tout le genre humain, selon ce qui est écrit dans les Psaumes (Ps. XVIII, 5) : Leur bruit s’est répandu par toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde.

Mais, tout en confiant à chacun des apôtres cette sainte et sublime fonction, Notre Seigneur a principalement établi saint Pierre, le premier de tous, pour que ses dons se répandissent de cet apôtre dans toutes les parties de son Eglise, comme du chef dans tout le corps, et aussi pour que personne n’eût la prétention d’appartenir à la religion qu’il avait fondée, si l’on ne s’appuyait en même temps sur la foi de Pierre (hujus muneris sacramentum ità Dominus ad omnium apostolorum officium pertinere voluit, ut in beatissimo Petro apostolorum omnium summo, principaliter collocaret, ut ab ipso, quasi quodam capite, dona sus velut in corpus omne diffunderet, ut exortem se mysterii intelligerat esse divini, qui ausus fuisset à Petri soliditate recedere). Car se personnifiant, pour ainsi dire, dans ce disciple privilégié, il lui donnait un nom qui lui appartenait plutôt à lui-même, lorsqu’il lui a dit : Tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise (hunc enim in consortium individuæ unitatis assumptum, id quod ipse crat, voluit nominari, dicendo : Tu es Petrus, etc.) ; afin que cet édifice destiné à durer toujours, reposât tout entier sur Pierre comme sur un solide fondement, par un effet admirable de la grâce divine (ut æterni ædificatio templi, mirabili munere gratias Dei, in Petri soliditate consisteret) : ne donnant point à son Eglise d’autre moyen de solidité que celui-là, pour qu’elle n’eût rien à craindre ni des attentats de la témérité humaine, ni de tous les efforts des puissances de l’enfer (hâc Ecclesiam suam firmitate coroborans, ut illam nec humana temeritas posset appetere, nec portæ contra illam inferi prævalerent). Et quoique le pouvoir de lier et de délier ait été déjà confié à Pierre plus qu’à tous les p.102 fin p.103 début autres apôtres, c'est encore plus spécialement lui qu'a été remis le soin de paître les brebis de son troupeau (Cui Petro, cùm præ cateris solvendi et ligandi tradita sit potestas, pascendarum tamen ocium cura specialiùs mandata est). Lui refuser donc la primauté ce ne serait pas là certes être assez puissant pour le dépouiller de son privilège divin, mais ce serait bien plutôt être assez aveuglé par l’esprit d'orgueil pour se précipiter soi-même dans l'enfer (Cui quisquis principatum æstimat denegandum, illius quidem nullo modo potest minuere dignitatem, sed inflatus spiritu superbiæ suæ, semetipsum in infema demergit). "

16. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 56

: " L'ordre naturel de notre confession (de foi) demandait qu'aux articles qui concernent la Trinité on joignît immédiatement celui qui concerne l’Eglise, comme, après avoir parlé de Dieu, il est naturel de parler de son temple ; d'une maison, après celui qui l'habite : d'une ville enfin, à celui qui l'a fondée. "

17. Le même, in Ps. 85, Super ea verba,

Custodi animam meam quoniam sanctus sum : " Que le corps qui appartient au Christ ne craigne pas, que chacun des mêmes membres de ce corps ait la hardiesse de crier des extrémités de la terre à son chef et sous l'influence de son chef : Sanctus sum, je suis saint. Car cet individu a reçu la grâce de la sainteté en recevant le baptême et la rémission de ses péchés. Que chaque fidele dise de même : Sanctus sum, je suis saint. Ce n'est point là une note d'orgueil, c'est un témoignage de reconnaissance. Dites à votre Dieu : Je suis saint ; mais en ajoutant : Et c'est vous qui m'avez sanctifié. Car si tous les chrétiens, ou tous les fidèles baptisés en Jésus-Christ, sont revêtus de lui, selon ce qu'a dit l'apôtre aux Galates (III, 27) : Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus-Christ ; s'ils sont devenus membres de son corps et qu'ils disent cependant qu'ils ne sont pas saints, ils font injure à ce chef lui-même, dont tous les membres doivent être saints (capiti ipsi faciunt injuriam, cujus membra sancta sunt). "

18. S. BERNARD, Serm. 3, in vigil. Nativ. Domini

: " Vous saurez aujourd'hui que le Seigneur viendra (paroles de l'introït). Ces paroles, imitées de l’Ecriture (Exod., XVI, 6), ont été dites, il est vrai, dans d'autres circonstances de temps et. de lieu ; mais ce n'est pas sans propos que notre mère la sainte Eglise les a accommodés à la vigile de la Nativité de Notre-Seigneur : l’Eglise, disons-nous, qui est toujours assisté des conseils comme de l'Esprit de son époux et de son Dieu, qui se plaît à prendre son p.103 fin p.104 début repos dans son sein devenu ainsi le tronc principal où se dilate son cœur. Car c'est cette Eglise qui, comme l'épouse des Cantiques, a véritablement blessé le cœur du divin époux ; c'est à elle qu'il a été donné de plonger son regard amoureux dans l'abîme le plus profond des secrets de Dieu, en sorte que le cœur de celui-ci est devenu son asile à elle-même, comme son propre cœur est à toujours l’asile de son divin époux. "

19. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium, lib. 35, c.

6 : " L'Eglise catholique est la seule des mains de laquelle le Seigneur accepte volontiers nos sacrifices, la seule qui intercède avec confiance pour le salut des pécheurs. Du là vient que Dieu avait donné cet ordre, même par rapport a l'agneau pascal, de le manger dans une même maison et de ne transporter dehors rien de sa chair (Exod., XII, 46). L'agneau est mangé en effet dans une même maison ; car c'est dans l'Eglise catholique, et non ailleurs, qu'est immolée la vraie victime qui efface nos péchés. Or, la loi divine défend de porter dehors quoi que ce soit de sa chair ; car elle interdit de donner les choses saintes aux chiens (MATT., VII, 6). Elle est la seule dans laquelle les bonnes œuvres se fassent avec fruit, de même que dans la parabole des vignerons il n'y eut que ceux qui avaient travaillé dans la vigne du père de famille qui reçurent leur denier pour récompense. Elle est la seule qui, comme une arche fortement liée, assure le salut à tous ceux qui cherchent en elle leur refuge et qui s'y mettent sous la sauvegarde de la charité, ce lien de toute perfection (Col., III, 14). Ainsi l'arche de Noé s'élevait-elle vers le ciel à l'aide des eaux mêmes du déluge, tandis que ceux qui étaient hors de l'arche n'y trouvaient que la mort. Elle est la seule qui offre à notre piété la fidele image des mystères célestes, selon ce que Dieu dit à Moïse (Exod., XXXIII, 21) : Il y a un lieu où je suis, où vous vous tiendrez sur la pierre ; et deux lignes plus loin (Ibid., 23) : J’ôterai ma main et vous me verrez par-derrière. Car il n'y a que l'Eglise catholique de laquelle, comme d'un roc élevé, on puisse découvrir la vérité ; et c'est pour cela que Dieu ajoute qu'il y a un lieu où il est et d'où l'on peut le voir. "

20. S. IRENEE, adv. hæres., lib. III, c.

25 : " Dieu, comme dit saint Paul, a établi dans son Eglise, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, " et tout le reste de cette hiérarchie que le Saint-Esprit dirige et dont sont exclus nécessairement tous ceux qui ne marchent pas avec l'Eglise, et qui, par leur conduite, criminelle, prononcent leur propre con- p.104 fin p.105 début damnation et s'excluent eux-mêmes de la vie éternelle. Car, là ou est l’Eglise, là est l'Esprit de Dieu ; et là où est l'Esprit de Dieu, là est l'Eglise et la source de toute grâce : et enfin là est l’esprit de l’Eglise, c'est-à-dire la vérité même. Aussi ceux qui ne reçoivent pas les émanations de cet esprit, ne seront pas admis à boire du lait de vie aux mamelles de cette mère commune, qui est l’Eglise, ni goûter, en se nourrissant du corps du Christ, des eaux de la fontaine ineffable de l'immortalité ; mais, pour parler le langage du prophète ils se creusent des citernes et ne boivent que des eaux fétides et corrompues ; ils redoutent la foi de l'Eglise qui serait leur condamnation, et ils rejettent l'Esprit qui confondrait leur ignorance. Ceux donc qui se sont ainsi séparés sont condamnés à flotter à tout vent de doctrine. "

21. S. AUGUSTIN, ad Severin. consanguineum suum, Epist.

52 (édit. S. Maur) : " Vous voyez combien c'est une chose déplorable que nous, qui sommes frères selon la chair, nous ne soyons pas de société dans le corps de Jésus-Christ, tandis surtout qu'il vous est si facile d'observer et de voir cette cité bâtie sur la montagne, et de laquelle le Seigneur dit dans l’Evangile qu'elle ne saurait être cachée (MATT., V, 15). Cette cité, en effet, c'est l’Eglise catholique, appelé de ce nom grec K??????? parce qu'elle est répandue par tout l'univers. Il n'est permis à personne d'ignorer l'existence de cette Eglise, et voilà ce qui a fait dire à notre Seigneur qu'elle ne saurait être cachée. "

22. Le même, ad donatistas, Epist. 105 (édit.

S. Maur) : " Les Ecritures nous ont fait connaître Jésus-Christ, les Ecritures nous ont fait connaître aussi l'Eglise. Ces Ecritures, nous les possédons en commun ; pourquoi n'y gardons-nous pas de même en commun Jésus-Christ et son Eglise ? Si nous reconnaissons Jésus-Christ dans ces paroles de l'apôtre (Gal, III, 16) : Les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à sa race ; l'Ecriture ne dit pas à ceux de sa race, comme s'il eût voulu marquer plusieurs ; mais à sa race, c'est-à-dire à l'un de sa race, qui est Jésus-Christ ; nous reconnaissons aussi l’Eglise dans ces paroles de Dieu à Abraham : Toutes les nations seront bénies dans votre race. Si nous reconnaissons Jésus-Christ dans ces paroles que David lui met à la bouche : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd'hui (Ps. II, 7); nous reconnaissons aussi l'Eglise dans celles qui suivent : Faites-m'en la demande, et je vous donnerai les nations pour votre héritage et j’étendrai vos possessions jusqu’aux extrémités de la terre. Si nous reconnaissons Jésus-Christ dans ce passage d'un autre psaume : Il est là-même comme p.105 fin p.106 début un époux qui sort de sa chambre nuptiale, il sort plein d'ardeur pour courir comme un géant dans sa carrière (Ps. XVIII, 6 et 7) ; nous reconnaissons aussi l’Eglise dans ce que nous lisons immédiatement après (Ibid., 5 et 6)

: Leur bruit s'est répandu par toute la terre, et leurs paroles jusqu'aux extrémités du monde : il a établi sa tente dans le soleil. C'est l’Eglise elle-même qui est établi dans le soleil, puisqu'elle est visible pour tous d'une extrémité du monde à l'autre. " S. Augustin continue à rapporter plusieurs autres témoignages de l’Ecriture, tels que ces paroles du psaume XXI, 28 : La terre dans toute son étendue se convertira au Seigneur ; ces autres du psaume LVI, 12 : O Dieu, élevez-vous au-dessus des cieux, et que votre gloire éclate sur toute la terre ; celles-ci du psaume LXXI, 8 : Et il règnera depuis une mer jusqu’à une autre mer ; ces autres des prophéties de Daniel, II, 55, que la pierre aperçue en vision grossit et devint une grande montagne qui remplit toute la terre ; ces autres d'Habacuc, III, 2 : La terre est pleine de ses louanges, ces autres d'Isaïe LIV, 1 : Réjouissez-vous, stérile, qui n’enfantiez point ; celles-ci du psaume XLIX, 1 et 2 : Et il a appelé la terre depuis le levant jusqu'au, couchant ; ces autres enfin de Sophonie, II, 11 : Il sera adoré par chaque homme dans chaque pays et par toutes les îles où habitent les nations. "

23. Le même, contra epist. manichei quam vacant fundamenti, c. 4 : " Pour ne rien dire de cette sagesse sans défauts que vous refusez de voir dans l’Eglise catholique, il y a bien d'autres motifs encore qui me retiennent dans son sein. Ce qui m'attache à elle, c'est le consentement des peuples et des nations ; c'est son autorité inauguré par les miracles, nourrie par l’espérance, accrue par la charité, fortifié par la durée des âges. Ce qui me tient attaché à elle, c'est la succession de ses évêques, depuis l'apôtre Pierre, à qui le Seigneur, après sa résurrection, a recommandé le soin de son troupeau, jusqu’à celui qui occupe aujourd’hui le même siège ; ce qui m'attache à elle enfin, c'est son nom même de catholique, qu'elle seule, entre tant de sectes qui se sont élevées, elle a toujours conservé à juste titre, au point que, malgré la prétention qu'ont tous les hérétiques de se faire passer pour catholiques, aucun d'eux cependant n'ose montrer sa maison ou sa basilique, comme on voudra l'appeler, à tel étranger qui lui demandera quel est l'endroit où se rassemble la communauté catholique. "

24. Le même, Lib. de vera religione, c. 7

: " Nous devons nous tenir attachés à la religion chrétienne et à la communion de cette p.106 fin p.107 début Eglise qui est catholique, et qui est appelée catholique, non-seulement par ses enfants, mais par la bouche même de tous ses ennemis : les hérétiques et les schismatiques étant forcés, malgré qu'ils en aient, de l'appeler catholique, lorsqu'ils ne parlent pas avec ceux de leur secte, mais avec les étrangers, parce qu'ils ne peuvent pas se faire entendre, en parlant d'elle, autrement qu'en la distinguant des autres par le nom que lui donne toute la terre. "

25. S. PACIEN, évêque de Barcelone, Epit.

I, ad Sympronianum novatian de catholico nomine, s'adresse en ces termes à ce novatien : " Du temps des apôtres, dites-vous, personne ne s'appelait catholique. Je veux bien qu'il en ait été ainsi ; mais lorsqu'après les apôtres les hérésies ont commencé à s'étendre, et que, sous des noms divers, chacune d'elles a porté atteinte à la pureté de cette colombe, à l'honneur de cette reine que nous appelons l'Eglise de Dieu, le peuple héritier de la foi des apôtres ne devait-il pas recevoir un surnom qui le fît reconnaître et servît à le maintenir dans son unité, de peur que la foi de quelques-uns ne vint à être surprise par les ruses cachées des novateurs ? Ne convenait-il pas de désigner par un titre spécial la société à laquelle appartenait le premier rang ? Si j'étais pour entrer dans une ville considérable et que j'apprisse qu'il y aurait dans cette ville des marcionites, des apollinaristes, des cataphrygiens, des novatiens et d'autres encore de cette espèce qui se disent chrétiens, par quel surnom aurais-je à distinguer le peuple qui partagerait ma foi, sinon par celui de catholique ? Mais qui est-ce, je vous prie, qui a donné aux autres communautés les noms qui les distinguent ? Celui qui me demande d'où me vient le nom de catholique serait bien embarrassé de me répondre, si je lui demandais la cause du nom qu'il porte lui-même. Il avouera du moins qu'il n'est pas emprunté des hommes, ce nom qui dure déjà depuis tant de siècles. Reconnaissons-le, ce nom de catholique ne sent ni son Marcion, ni son Apelles, ni son Montan, ni tout autre hérétique qu'il aurait pour auteur. Rappelons ensuite que bien des choses nous ont été enseignées par l'Esprit-Saint, que Dieu a envoyé du ciel aux apôtres pour être leur consolateur et leur maître en même temps. Ce que je sais, c'est que chrétien est mon nom, et catholique mon surnom. Voilà ce qui me distingue, voila ce qui me montre au doigt, voilà ce qui me fait connaître pour ce que je suis. Enfin, si l'on veut à tout prix que je donne la raison de mon surnom de catholique, ou que je rende par un mot latin p107 fin p.108 début ce mot d'origine grecque, je dirai que ce mot signifie ce qui est partout le même, ou suivant l'interprétation d’autres plus instruits, l'obéissance à tout, c'est-à-dire à tous les commandements de Dieu. Donc, qui dit catholique, dit celui qui obéit : celui qui obéit, c'est le chrétien ; et ainsi le vrai chrétien, c'est le catholique. Ce nom sort donc on ne peut mieux à distinguer nos fidèles de tous ceux à qui revient un nom d'hérétique quel qu'il soit. "

26. VINCENT de Lérins, dans son Commonitorium adversùs profanas omnium hæreseon novationes : " Il n'y a de vraiment catholique que celui qui aime la vérité de Dieu, qui aime l’Eglise, qui aime le corps mystique de Jésus-Christ, qui met avant tout la religion et la foi catholique, qui ne lui préfère ni l’autorité, ni l'affection, ni le génie, ni l'éloquence, ni la science, d'un homme quel qu'il soit ; mais qui, méprisant tout cela, et demeurant ferme et inébranlable dans la foi, ne veut admettre et croire que ce qu'il sait avoir toujours été admis par l’Eglise universelle ; qui n'accepte point pour la vraie doctrine, mais regarde au contraire comme une tentation pour les fidèles toute nouveauté qu'un seul isolément ou contre le sentiment de tous ose enseigner dans l’Eglise. " Au commencement de cet ouvrage, l'auteur avait dit : " Dans l'Eglise catholique elle-même, on doit avoir grand soin de s'en tenir à ce qui a été cru dans tous les lieux, dans tous les temps et par tous les fidèles : Magnopere curandum est, ut id teneamus, quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est. Car voilà ce qui est vraiment et proprement catholique, comme le déclare la signification du mot lui-même, qui exprime l'idée de généralité. Et c'est ce que nous obtiendrons, si nous nous attachons tout à la fois à l'antiquité, à l'universalité et au consentement unanime. Nous suivrons l'universalité, si nous reconnaissons pour la seule vraie foi celle que toute l’Eglise confesse dans tout l'univers ; l'antiquité si nous ne nous écartons en rien des sentiments que nous savons avoir été ceux de nos pères dans la foi ; le consentement, enfin, si entre les croyances, même les plus anciennes, nous nous attachons de préférence à celles qu'ont adoptées et définies tous, ou du moins, presque tous les évêques et les docteurs de toutes les Eglises. Mais que doit faire un chrétien lorsqu'une faible partie de l'Eglise se sépare de la communion du reste des fidèles ? Ce qu'il doit faire ? Préférer le corps entier et resté sain, à un membre isolé et corrompu. Que s'il arrive qu'une nouvelle erreur menace d'infecter toute l’Eglise, il doit s'attacher à l'an- p.108 fin p.109 début tiquité, dont il n'y a point à craindre qu'elle se laisse séduire par les artifices trompeurs de la nouveauté. "

" Mais que fera-t-il, si dans l'antiquité même il trouve que deux ou trois personnes, ou des villes mêmes et des provinces se sont écartées du sentiment des autres ? Alors il saura préférer à la témérité ou à l'ignorance du petit nombre, la doctrine la plus générale et la plus ancienne, surtout si elle se trouve établie par les décrets de quelque concile universel. Que si enfin on se trouve dans une conjoncture plus embarrassée où le vrai soit plus difficile à démêler du faux, alors il faut consulter les docteurs approuvés qui ont vécu en divers lieux et en divers temps dans la communion de l'Eglise, et tenir pour certain ce que tous ont enseigné clairement, unanimement et sans varier. "

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