Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 132)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1. JOB, XXIV, 12 : " Ils (les hommes dont il est parlé dans les versets qui précèdent) font gémir les hommes dans les villes, et ceux qu'ils ont maltraités poussent leurs cris vers le ciel, et Dieu ne laissera point ces désordres impunis. "

1. S. AUGUSTIN, Epist. CVIII (al. 265) ad Seleucianam

: " Il y a encore la pénitence journalière de ceux-là même des fidèles qui vivent dans la piété et l'humilité. C'est celle qui nous fait p.268 fin p.269 début dire tous les jours en frappant notre poitrine : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés (MATTH., VI, 42). Car le pardon que nous demandons par-là n'est pas le pardon des péchés commis avant le baptême, puisque nous ne doutons point que Dieu ne nous les ait remis quand nous avons reçu ce sacrement ; c'est le pardon de ces péchés légers, à la vérité, mais fréquents, où la fragilité humaine nous fait tomber, et que nous devons avoir soin d'expier sans cesse, de peur que leur multitude ne nous accable, comme pourrait le faire quelque grand péché. Car qu'un vaisseau soit enfoncé ou par ces montagnes d'eau que forment les tempêtes, ou par ce qui y pénètre peu à peu au travers des fentes, et qu'on aura négligé de vider, c'est également faire naufrage. Voilà ce qui fait que nous devons recourir sans cesse aux remèdes que nous présentent le jeûne, l’aumône et la prière ; et lorsque dans ces saints exercices nous disons, Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons, nous faisons voir qu'il y a toujours quelque chose en nous qui a besoin de pardon ; nous humilions nos âmes par cet aveu de nos péchés et nous faisons en quelque manière une pénitence perpétuelle (Cf. Lettres de saint Augustin, t. VI, p. 590-591)

2. Le même, Enchirid. ad Laurentium, c. 71

(al. 24,19) : " A l'égard des fautes légères et de surprise, dont la vie d'ici-bas n'est jamais entièrement exempte, la prière journalière des fidèles en est le remède et l'expiation. J’appelle prière des fidèles l'oraison dominicale, parce qu'il n'appartient qu’à ceux qui, régénérés par l'eau et par l'esprit, sont devenus les enfants de Dieu, de s'adresser à lui en cette qualité et de lui dire : Notre Père qui êtes aux cieux. Je dis donc que cette prière, qui nous a été enseignée par Jésus-Christ, a la vertu d'effacer les fautes légères et journalières. Elle contribue même à effacer dans les fidèles les péchés les plus considérables, pourvu qu'ils y aient renoncés par une véritable pénitence et un sincère changement de vie. Mais pour que l'oraison dominicale ait un si précieux effet, il faut que, comme c'est avec vérité que nous disons : Pardonnez-nous nos offenses, parce qu'il y a toujours en nous des péchés à pardonner, ce soit aussi avec vérité que nous ajoutions : Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; c'est-à-dire, qu'il faut que nous fassions effectivement ce que nous disons, et que nous accordions du fond du cœur à ceux qui nous ont offensés p.269 fin p.270 début le pardon qu'ils nous demandent, et qui est une sorte d'aumône (Cf. Le Manuel de saint Augustin, dans l'ouvrage cité, tome II, pag. 401-402). "

3. Ibidem, c. 72 : " Il y a plusieurs sortes d'aumônes dont la pratique nous aide à obtenir la rémission de nos péchés (Cf. Ibidem, p. 404). "

5. Le même, Serm. XLI de Sanctis, comme plus haut, chapitre du sacrement de Pénitence, question IX, témoignage 16, tome III, page 144.

7. Le même, Lib. L homiliarum, hom. 50, c.

8, et Lib. de pænitentiæ medicina, c. 2 : " Je n'en finirais pas, si je voulais faire l’énumération de toutes les fautes que chacun aperçoit et reprend en soi-même, s'il se regarde avec quelque attention dans le miroir des divines Ecritures. Bien que chacune de ces fautes ne porte pas un coup mortel à l'âme comme le feraient l'homicide, l'adultère et d'autres crimes énormes, toutes ensemble cependant, quand elles sont trop multipliées, sonnent la mort de l'âme, ou ternissent tellement sa beauté, qu'elle n'est plus digne des chastes embrassements du divin époux de cet époux que le Psalmiste contemplait en esprit comme le plus beau d'entre les enfants des hommes (Ps. XLIV, 3), si l'on ne prend soin de s'en purifier par une pénitence journalière. Si ce que je dis ici est faux, pourquoi nous frappons-nous tous les jours la poitrine ? Nous-mêmes, tout pontifes que nous sommes, lorsque nous officions à l'autel, nous nous frappons la poitrine comme les autres ; et de là vient aussi que nous y disons la prière qui nous est prescrite de même pour tous les jours de la vie : Remettez-nous nos dettes comme nous faisons à l’égard de ceux qui nous doivent. Car nous ne demandons pas à Dieu par ces paroles qu'il nous remette les péchés qui nous ont déjà été remis par le baptême, et que nous devons croire être effacés, si nous ne voulons pas remettre notre foi même en question ; mais ces paroles s'appliquent à nos fautes journalières pour lesquelles chaque fidèle ne cesse d'offrir en sacrifice, autant qu'il en a la faculté, ses aumônes, ses jeûnes et ses prières mêmes. "

p.270 fin p.271 début

8. Le quatrième concile de Tolède, c. 9

: " Voici ce qu'a dit saint augustin : A l'égard des fautes légères, etc. " C'est le passage cité plus haut, témoignage 2, page 268.

210 : " Les péchés, soit petits, soit grands, ne peuvent rester impunis : car ils sont punis nécessairement ou par la pénitence que l'homme peut accomplir, ou par le jugement que Dieu prononcera tôt ou tard. Mais la colère de Dieu s'arrête si elle est prévenue par la conversion de l'homme. Car Dieu aime à pardonner ceux qui mettent leur confiance en lui, et à ne pas juger ceux qui se jugent eux-mêmes. "

10. S. AUGUSTIN, in Ps. LVIII ; voir plus haut, article des péchés contre l'Esprit-Saint, question VII, témoignage 2, page 183.

Question IV

Suffit-il de s’abstenir du péché ? La justice chrétienne qui fait actuellement l'objet de notre étude, présente deux parties, qu'elle nous recommande toutes deux comme également nécessaires par ces paroles : Evitez le mal, et faites le bien ; ou comme dit saint Paul : Ayez le mal en horreur et attachez-vous fortement au bien. Ce n'est donc pas assez, comme l'enseigne saint Augustin, de s'abstenir du mal, si l'on ne fait en outre ce qui est bien, et ce serait faire trop peu que de ne nuire à personne, si l'on ne s'appliquait de plus à se rendre utile. C'est pourquoi, maintenant que nous avons terminé selon nos forces cette première partie de la justice, qui consiste à interdire le mal, il est à propos qu'avec l'aide de Dieu, nous traitions de même la seconde, qui a pour objet de nous guider dans la pratique du bien. p.271 fin p.272 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

3. MATTHIEU, III, 10 : " La coignée est déjà placée à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne porte pas de bons fruits, sera coupé et jeté au feu. "

1. S. BERNARD, Serm. XXXIV ex parvis sermonibus

: " La perfection de la vie morale de l'homme se réduit tout entière à ces deux choses, s'éloigner du vice et s'adonner à la pratique de la vertu ; car il ne suffit pas de s'abstenir du mal, si en outre on ne fait le bien. De là ce que dit le Psalmiste : Evitez le mal, et faites le bien. Fuyons donc le vice, et embrassons avec ardeur le parti de la vertu. "

2. S. CHRYSOSTOME, in Psalmum IV, et hom. XVI in epistolam ad Ephesios ; S. AUGUSTIN, Serm. LIX de tempore. Voir ces passages rapportés plus haut, article des péchés, question I, témoignages 1, 2 et 3, pages 353 et 354.

3. S. AUGUSTIN, in Ps. XXXVI, Conc. III, sur ce verset, Declina à malo et fac bonum : " N'allez pas croire qu'il vous suffise de ne pas dépouiller un homme de l'habit qu'il porte. En ne lui ôtant pas son habit, vous accomplissez ce qui est dit : Détournez-vous du mal ; mais ne vous en tenez pas là, comme un arbre stérile ou desséché dans sa racine. Abstenez-vous d'enlever les vêtements à ceux qui les possèdent à la bonne heure ; mais donnez-en aussi à ceux qui en sont dépourvus. C’est là ce qui s'appelle éviter le mal et faire le bien. Mais quelle en sera ma récompense ? direz-vous. Celui à qui vous prêtez avec usure vous l’a déjà dit. Il vous donnera la vie éternelle, donnez-lui avec assurance. Ecoutez ce qui suit : Détournez-vous du mal, et faites le bien, et vous habiterez la terre dans toute la suite des siècles (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. II, p. 186). "

4. Le même, In Ps. XXXIII, sur ce verset,

Diverte à malo et p.272 fin p.273 début fac bonum : " C'est peu que vous ne nuisiez à personne, que vous ne donniez la mort à personne, que vous ne dérobiez point, que vous ne commettiez point d'adultères, que vous ne fassiez point de fraudes, que vous ne portiez point de faux témoignages : Détournez-vous du mal. Lorsque vous vous en êtes détourné, vous dites : Je suis en assurance ; j'ai fait tout ce qui était à faire ; je posséderai la vie ; je verrai mes jours heureux. Mais le Prophète ne dit pas seulement : Détournez-vous du mal ; il dit de plus : Faites le bien. Ce n'est pas assez pour vous de ne dépouiller personne ; revêtez encore celui qui est nu. En ne dépouillant personne, vous vous détournez du mal ; mais vous ne faites point le bien, si vous ne recevez aussi chez vous les étrangers restés sans asile. Abstenez-vous donc du mal de telle sorte, qu'en même temps vous fassiez le bien. "

6. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. XIX, c. 44 : " L'ordre à garder dans la concorde qu'on doit entretenir avec les autres hommes consiste premièrement à ne nuire a personne, ensuite à se rendre utile à qui on peut l'être à. "

SECTION II. DU BIEN QU’IL S’AGIT DE FAIRE.

CHAPITRE I. DES TROIS PRINCIPALE ESPECES DE BONNES ŒUVRES. Article I. - DES BONNES ŒUVRES EN GENERAL.

Question I

Quels biens sont l’objet de la justice chrétienne ?

Telle est l’étendue de la justice chrétienne qu'elle comprend dans sa notion tout ce qui se fait conformément aux lois de l'honnêteté de la justice et de la piété dont elle nous inspire l'amour et la pratique. De là ces instructions que donnait l'Apôtre aux fidèles à qui il écrivait : Conduisez-vous d'une manière digne de Dieu, tâchant de lui plaire en toutes choses, portant les fruits de p.273 fin p.274 début toutes sortes de bonnes œuvres : Ayez soin de faire le bien, non-seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes. Car tels sont les salutaires effets de notre vocation à la foi ; tels sont les heureux fruits que produit en nous la justice chrétienne, quand une fois elle nous a été acquise par les mérites de Jésus-Christ, comme l'atteste saint Pierre par ces paroles : Afin qu’étant morts au péché, nous vivions dans la justice. C'est-à-dire, et cette explication est de saint Paul : Afin que renonçant à l'impiété et aux désirs du siècle, nous vivions dans le monde présent avec tempérance, justice et piété. C'est aussi le sens de ces paroles de l’Evangile : Afin qu'étant délivrés des mains de nos ennemis, nous le servions sans crainte dans la sainteté et dans la justice, nous tenant en sa présence tous les jours de notre vie. Jésus-Christ, en effet, nous a rachetés de toute iniquité, et nous en a purifiés, pour se faire un peuple particulièrement consacré à son service, et fervent dans les bonnes œuvres. Car nous sommes son ouvrage, ayant reçu un nouvel être en Jésus-Christ pour croître dans la pratique des bonnes œuvres que Dieu a d'avance marquées à chacun de nous.

Telle est la doctrine constante de saint Paul ; tels sont les avis qu'il adresse à tous par rapport à l'observation et à la pratique de la justice chrétienne. Saint Jean n'est pas moins formel dans ces sages avertissements qu'il donnait aux fidèles de son temps : Mes petits enfants, que personne ne vous séduise : celui qui fait les œuvres de justice, c'est celui-là qui est juste, comme Jésus-Christ est juste. Celui qui commet le péché est enfant du diable. Ce sont aussi les enseignements de saint Jacques : L'homme est justifié par les œuvres, et non pas seulement par la foi. Car comme le corps est mort lorsqu'il est sans âme, ainsi la foi est morte lorsqu'elle est sans œuvres. Le même apôtre a dit encore : Celui qui considère exactement la loi parfaite, qui est celle de la liberté, et qui s'y rend attentif, celui-là, n'écoutant pas seulement pour oublier aussitôt, mais mettant en pratique ce qu'il écoute, trouvera son bonheur dans ce qu'il aura fait. Et certes, la pensée de saint Paul n'était pas différente, quand il écrivait : Ce ne sont pas ceux qui écoulent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui gardent la loi qui seront justes.

p.274 fin p.275 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Colossiens, I, 9-12 : " C'est pourquoi, depuis le jour où nous avons su ces choses, nous ne cessons de prier pour vous, et de demander à Dieu qu'il vous remplisse de la connaissance de sa volonté en vous donnant toute sagesse et toute intelligence spirituelle ; - afin que vous vous conduisiez d'une manière digne de Dieu, tâchant de lui plaire en toutes choses, portant des fruits de toutes sortes de bonnes œuvres et croissant dans la connaissance de Dieu ; - que vous soyez remplis de force par sa puissance à laquelle toute gloire appartient, et que vous ayez en toutes rencontres une patience et une douceur inaltérables, accompagnées de joie, - rendant grâces à Dieu le Père. "

3. II Corinthiens, VIII, 21 : " Car nous tâchons de faire le bien avec tant de circonspection, qu'il soit approuvé non-seulement de Dieu, mais aussi des hommes. "

4. MATTHIEU, V, 16 : " Qu'ainsi luise votre lumière devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans le ciel "

5. I PIERRE, II, 12, 15, 19-24 : " Conduisez-vous parmi les gentils d'une manière pure et sainte, afin qu'au lieu qu'ils médisent de vous comme si vous étiez des méchants, les bonnes œuvres qu'ils vous verront faire les portent à rendre gloire à Dieu, au jour où il daignera les visiter. Car la volonté de Dieu est que par votre bonne vie vous fermiez la bouche aux hommes p.275 fin p.276 début ignorants et insensés. Car ce qui est agréable à Dieu, c'est qu'en vue de lui plaire, nous endurions les peines qu'on nous fait souffrir avec injustice. - Aussi quel sujet de gloire aurez-vous, si c'est pour vos fautes que vous enduriez les soufflets ? Mais si, en faisant du bien, vous souffrez avec patience, c'est là ce qui est agréable à Dieu. Car c'est à quoi vous avez été appelé, puisque Jésus-Christ même a souffert pour nous, vous laissant son exemple, afin que vous marchiez sur ses pas ; - lui, qui n'avait commis aucun péché et de la bouche duquel nulle parole trompeuse n'est jamais sortie. - Quand on l'a chargé d'injures, il n'a point répondu par des injures : quand on l'a maltraité, il n'a point fait de menaces ; mais il s'est livré entre les mains de celui qui le jugeait injustement. C'est lui qui a porté nos péchés en son corps sur la croix, afin qu'étant morts au péché nous vivions pour la justice : c'est par ses meurtrissures que vous avez été guéris. "

6. Tite, II, 11-14 : " Car la grâce de Dieu notre Sauveur s'est manifestée à tous les hommes, et elle nous a appris à renoncer à l'impiété et aux désirs du siècle, et vivre dans le monde présent avec tempérance, justice et piété. Etant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espérons, et de l'avènement glorieux du grand Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ, - qui s'est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et de nous purifier, pour se faire de nous tous un peuple particulièrement consacré à son service, et fervent dans les bonnes œuvres. "

7. LUC, I, 70-75 : " Selon qu'il avait promis par la bouche de ses saints prophètes, qui ont été dans les siècles passés - de nous délivrer de nos ennemis, et des mains de tous ceux qui nous haïssent - pour accomplir ses desseins de miséricorde envers nos pères, et montrer qu'il se souvient de son alliance sainte ; - de ce serment par lequel il a juré à Abraham notre père de nous accorder cette grâce, - qu'étant délivrés des mains de nos ennemis, nous le servirions sans crainte - dans la sainteté et la justice, marchant en sa présence tous les jours de notre vie. "

9. I JEAN, III ; JACQUES I et II, et Romains, II

(comme dans le corps de la réponse). p.276 fin p.277 début TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

2. Le même, in Psalmum XIV: " La justice suppose la réunion d'un grand nombre de vertus, et une seule de ces vertus ne peut pas plus constituer la justice, qu'une seule planche ne peut faire un navire, et une seule pierre une maison. "

3. Le même, Hom. XXIII in Genesim, sur ces paroles : Noe homo justus : " Voici un autre titre d'éloge encore plus relevé que tous les autres : Noé était juste. Sous ce nom de juste, l'écrivain sacré comprend l'assemblage de toutes les vertus. Car nous avons coutume de qualifier ainsi ceux à qui il ne manque aucune des qualités qui font l'homme vertueux. "

4. S. BERNARD, Serm. II de Resurrectione Domini

: " Vivons avec sobriété, dit l’Apôtre, avec justice et avec piété. Ces trois points sont indispensables à une bonne conduite. Nous devons le premier à nous-mêmes, nous devons le second au prochain, et le troisième à Dieu. Celui qui se rend coupable de fornication pèche en effet contre son propre corps, le dépouille de sa gloire et le couvre de honte et d'infamie ; il dégrade un membre de Jésus-Christ et en fait un suppôt de prostitution. Encore n'est-ce pas seulement ce vice que je vous dis d'éviter ; il inspire assez d'horreur par lui-même mais je vous recommande de vous abstenir de tout plaisir de la chair. Cherchez donc avant tout cette continence que vous vous devez à vous-même car personne ne vous touche de plus près que vous ; ajoutez-y la miséricorde que vous devez au prochain, parce que vous devez être sauvé avec lui ; enfin la persévérance que vous devez à Dieu, puisque c'est par lui seul que vous pouvez être sauvés. " Tous ceux, dit saint Paul, qui veulent vivre saintement en Jésus-Christ souffriront la persécution. " Et ailleurs : C'est à travers des tribulations sans nombre qu'il nous faut arriver au royaume des cieux. Craignez donc de périr par l'impatience, ne reculez devant aucune souffrance, pour l'amour de celui qui le premier a enduré d'indicibles tourments à cause de vous, et qui vous tiendra compte de votre patience, comme l'assure le Prophète en disant : La patience des affligés ne sera pas frustrée pour toujours. "

5. S. AUGUSTIN, Præfat. in Ps. XXXI : " Que dit l’Ecriture ? C'est-à-dire, pour quelle cause l'Ecriture dit-elle qu'Abraham a p.277 fin p.278 début été justifié ? Abraham crut en Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice. C'est donc à cause de sa foi qu’Abraham a été justifié.

"

" Mais que celui qui entend ici que ce n'est pas pour ses œuvres qu'Abraham a été justifié, et qu'il ne l'a été qu'à cause de sa foi, se garde bien de tomber dans un autre abîme. Vous voyez, dira quelqu'un, que c'est par sa foi, et non par ses œuvres qu'Abraham a été justifié.

Je n'ai donc qu'à vivre comme il me plaira, puisque, quand même je ne ferais aucune bonne œuvre, il me suffit que je croie en Dieu, et que ma foi toute seule me sera imputée à justice. Si un homme a formé cette pensée et qu'il ait résolu de s'y tenir, il est tombé, il est plongé dans l'abîme. Que s'il ne fait encore que de commencer à l’avoir, et qu'il soit dans l'irrésolution sans être déterminé à la suivre, il est dans un grand péril. Mais la sainte Ecriture et sa véritable intelligence non-seulement préserve celui qui est dans ce danger de tomber dans le précipice, mais peut encore en retirer celui qui y serait déjà tombé. Je réponds donc, comme pour contrebalancer ce que dit l'Apôtre, et je soutiens d’Abraham lui-même ce que nous trouvons aussi écrit dans l'épître d'un autre apôtre, dans le dessein qu'a eu ce dernier de corriger l'erreur de quelques personnes qui entendaient mal ces paroles de notre apôtre. "

" Saint Jacques, en effet, parlant dans son épître contre ceux qui s'exemptaient eux-mêmes de faire aucunes bonnes œuvre en s'appuyant uniquement sur le mérite de leur foi, relève les œuvres d'Abraham comme saint Paul avait relevé sa foi, sans que pour cela ces deux apôtres soient contraires l'un à l'autre. Saint Jacques rapporte de cet illustre patriarche une action qui est connue de tout le monde : Abraham, dit-il, offrit son fils à Dieu en sacrifice. C'était une action admirable ; mais aussi avait-elle la foi pour principe. J'admire l'œuvre qui est comme un édifice superbe ; mais j'aperçois la foi, qui en est le fondement. J'admire ce fruit d'une si grande beauté, qui est la bonne action ; mais je ne puis pas méconnaître la foi, qui en est la racine. Si Abraham en se portant à cet acte n'avait pas eu une foi droite et sincère, quelque excellente qu'elle pût être en elle-même son action, elle ne lui aurait servi de rien. Si au contraire Abraham, content d'avoir la foi, avait dit en lui-même après l'ordre que Dieu lui avait donné d'immoler son fils : Je n'en ferai rien, et je n'en croirai pas moins que Dieu me sauvera malgré ce peu de compte que je tiens de ses Ordres, sa foi alors sans œuvres qui l'accom- p.278 fin p.279 début pagnassent eut été une foi morte, et elle serait demeurée aride et stérile comme une racine sans fruit. "

" Que dirons-nous donc ? Qu'il faut que la foi précède toutes nos actions, c'est-à-dire qu'avant la foi on n'est capable d'aucune bonne œuvre (qui puisse être méritoire). Car tout ce que l'on fait même de bien avant d'avoir la foi, quelque louable que cela puisse être aux yeux des hommes, est sans mérite (devant Dieu). C'est, à mon sens, comme les mouvements qu'on se donnerait, comme une course rapide qu'on ferait hors de la voie qui seule pourrait conduire au but. Que personne donc ne compte pour quelque chose les bonnes œuvres qu'il aurait faites avant d'avoir la foi : la foi y manquait ; ce n'étaient donc pas de bonnes œuvres. Car c'est l'intention qui fait la bonté de l'œuvre, et c'est la foi qui rend l'intention droite (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. Ier, p. 469-471). "

6. Le même, Lib. de fide et operibus, c.

44 (comme plus haut, article des péchés contre le Saint-Esprit), question III, témoignage 6, page 141.

7. S. CHRYSOSTOME, Hom. II in Genesim : " Appliquez-vous avec le plus grand soin à faire concorder la régularité de votre vie avec la pureté de votre croyance. . . Car la foi sans les œuvres est une foi morte, comme les œuvres sans la foi sont des œuvres mortes. Nous aurons beau professer une doctrine saine : si notre vie elle-même est désordonnée, la doctrine que nous professerons ne nous servira de rien ; et d'un autre côté, quand même notre vie serait régulière, si notre foi était défectueuse, la régularité de notre vie ne serait pas non plus pour nous une recommandation suffisante (Cf. S. Joannis Chrysost. opera, t. IV, p. 15, édit. de Montfaucon ; page 17, édit. de Gaume).

Question II

Quels sont les fruits que produisent les œuvres de la justice chrétienne ?

Les œuvres de la justice chrétienne produisent quantité de fruits admirables, tant pour la vie présente que pour la vie future. Car ici revient cette maxime de saint Paul : La piété est utile à tout, et c'est d’elle qu'ont été promis, et les biens de la vie présente, et ceux de la vie future. Nous lisons de même ailleurs : Le fruit des actes vertueux est plein de gloire.

p.279 fin p.280 début Car premièrement ces œuvres, lorsqu'elles ont pour principe une foi vive, c'est-à-dire, une foi animée par la charité, ne sont pas seulement des signes de notre vocation chrétienne, mais nous confirment de plus dans cette vocation, ou nous la rendent certaine. C'est ce qui a fait dire à l'apôtre saint Pierre, dont toutes les paroles d'ailleurs sont une continuelle exhortation aux bonnes œuvres : Efforcez-vous de plus en plus, mes frères, d’affermir votre vocation et votre élection par la pratique des bonnes œuvres ; car en agissant de cette sorte, vous ne pècherez jamais.

En second lieu, comme l'enseigne aussi le grand apôtre, ces œuvre augmentent la grâce en ceux qui ont déjà la foi, et achèvent leur sanctification : et saint Jacques de son côté ne craint pas d'affirmer que la foi, en même temps qu'elle relève le mérite des œuvres, est à son tour amenée à sa perfection par ces œuvre mêmes.

Troisièmement, elles produisent la sécurité de la bonne conscience, et encouragent à prier Dieu avec la juste confiance de tout obtenir de lui. Car il est écrit : L'aumône sera le sujet d'une grande confiance devant le Dieu suprême pour tous ceux qui l'auront faite. Il est encore écrit : Mes bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne point, nous pouvons approcher de Dieu avec confiance. Et quoi que ce soit que nous lui demandions, nous le recevrons de lui, parce qu’alors nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui lui est agréable. Nous en voyons un exemple dans le roi Ezéchias, qui, fort de sa bonne conscience, fit la prière suivante, qui fut accueillie et obtint l'assentiment de Dieu lui-même : Souvenez-vous, je vous prie, Seigneur, que j’ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur parfait, et que j'ai toujours fait ce qui était bon et agréable à vos yeux.

Enfin, ces œuvres ont pour résultat de nous faire obtenir à la fin de nos jours, pour avoir travaillé à la vigne du Seigneur, le denier promis par le père de famille, ou la vie éternelle et la couronne de justice, que nous sommes assurés de recevoir en récompense, grâce à Jésus-Christ, si nous gardons ses commandements dans l'unité de son Eglise. Car voici les paroles que nous lisons dans l’Evangile : Appelez les ouvriers, et payez à chacun son salaire. David avait dit d'avance : Votre serviteur les garde (les commandements de Dieu) avec soin, et on trouve en les gardant une grande récompense. Il disait encore : J'ai porté mon cœur à accomplir éternellement vos ordonnances pleines de justice, à cause de la récompense que vous me faites espérer. Saint Paul p.280 fin p.281 début disait de même : J’ai bien combattu, j’ai achevé ma course, j'ai gardé la foi : il ne me reste qu’à attendre la couronne de justice qui m’est réservée, que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce grand jour, et non-seulement à ,moi, mais encore à tous ceux qui aiment son avènement.

Enfin, voici les paroles de Jésus-Christ lui-même : Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. . . Ceux qui auront fait le bien sortiront des tombeaux pour ressusciter à la vie ; mais ceux qui auront fait le mal en sortiront pour ressusciter à leur condamnation. . . Celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans le ciel, c’est celui-là qui entrera dans le royaume céleste. "

Tout cela fait bien voir combien il nous importe à tous, si nous désirons la vie éternelle, de nous rendre dociles à ces divins oracles : Que celui qui est juste, se justifie encore ; et que celui qui est saint, se sanctifie encore. Je m'en vais venir bientôt, et j'ai ma récompense avec moi pour rendre à chacun selon ses œuvres. . . Ne nous lassons donc point de faire le bien, puisque, si nous ne perdons point courage, nous en recueillerons le fruit en son temps. p.281 fin p.282 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

2. Proverbes, XI, 17-18 : " L'homme miséricordieux fait du bien à son âme ; mais celui qui est sans entrailles trouble l’économie de son corps même. - L’œuvre du méchant trompera ses espérances : la récompense est assurée, au contraire, à celui qui sème les œuvres de justice. "

3. II Chroniques, XV, 1-2, 7 : " Alors Azarias, fils d'Obed fut rempli de l'esprit de Dieu. - Il alla au-devant d'Asa, et lui dit : Ecoutez-moi Asa, et vous tous, Juda et Benjamin : le Seigneur vous a assistés, parce que vous vous êtes tenus attachés à lui. - Si vous le cherchez, vous le trouverez ; mais si vous le quittez, il vous abandonnera. Prenez donc courage ; que vos mains ne s’affaiblissent point, et votre persévérance sera récompensée. "

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