Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 140)
60. Le même, Serm. 65 de tempore : " Nous voici donc, mes frères, arrivés à ce saint temps de carême, temps si favorable au salut de nos âmes, et où nous pourrons, au moyen du jeûne, nous guérir des plaies qui nous ont été faites par le péché. Montrons par quelques exemples combien sont précieux les avantages du jeûne. Moïse fut le premier qui jeûna quarante jours et quarante nuits, et par-là il mérita de recevoir des mains de Dieu les tables de la loi, et de devenir le législateur de son peuple. Ainsi les jeûnes d'un seul homme purent-ils obtenir ce que l'intempérance de tout un peuple avait fait perdre. Admirons ici la différence qui se trouve établie entre le jeûne et l'excès du manger, entre un estomac épuisé par la diète et des poumons refoulés par la nourriture. Moïse, pour avoir jeûné, fut admis à voir Dieu ; le peuple, pour avoir bu et mangé, fut entraîné dans le crime d'idolâtrie. Mais pourquoi m'arrêter à Moïse et aux Israélites ? Le chef du genre humain, Adam, tant qu'il jeûna et garda la défense qui lui avait été faite : demeura dans le paradis. A peine eut-il mangé, qu'il s'en vit expulsé. Tant qu'il avait été dans le paradis, il était resté vierge ; il en est banni, et bientôt après il perd sa virginité. Car toujours l'incontinence vient se joindre à l'intempérance. Les organes de ces deux passions sont voisins l'un de l'autre dans le corps humain, et la coordination des membres indique ici celle des vices. Si donc c'est le manger qui nous a fait perdre le paradis, que la diète et le jeûne nous le fassent recouvrer. Nous avons vu ce que le jeûne a valu à Moïse ; passons maintenant à d'autres exemples. Elie jeûne et les éléments lui obéissent. Il parle, et le ciel reste fermé pendant trois ans et six mois ; il parle, et le feu du ciel descend sur son sacrifice. Et comme la reine Jézabel voulait le faire mettre à mort, et qu'endormi de lassitude, il s'était couché sous un arbre touffu, un ange est envoyé du ciel pour lui dire : Prenez un peu de pain et d'eau (I Rois, XIX, 3-6). Voyez combien Dieu est bon pour ceux qui jeûnent : ce n’était pas assez que le Seigneur lui eût envoyé un ange pour lui ordonner de prendre de la nourriture ; il fallut de plus qu'il en reçut l'ordre de fuir devant la princesse qui le persécutait. L'ange lui dit donc : Prenez un peu de pain et d’eau, parce qu'il allait avoir quarante jours à passer sans rien prendre dans le désert, avant d'arriver au mont Sinaï. Mais quoi ! Dieu qui a fait le ciel et la terre, et à qui toutes les créatures appartiennent, ne pouvait-il pas lui envoyer dans le désert par son ange de quoi dîner, comme il fit à Daniel dans p.422 fin p.423 début la fosse aux lions en se servant du ministère d'Habacuc (DAN., XIV, 3S) ? Mais c'est que Dieu savait que son prophète ne pourrait surmonter les tentations du démon qu'autant qu'il aurait été formé par le jeûne à repousser les assauts de cet ennemi perfide. Daniel aussi, cet homme instruit des secrets de l'avenir, qui voyait et prédisait tant de siècles à l'avance la venue du Sauveur et la destruction de Jérusalem, à mérité le surnom d'homme de désirs, parce que, plus désireux de Jésus- Christ que des festins, il se priva du boire et du manger, objets des désirs des autres hommes. Jean, précurseur de Jésus-Christ, se nourrit dans le désert de sauterelles et de miel sauvage, et non de la chair des animaux, pas même des oiseaux qu'il aurait pu y trouver ; habitant près du Jourdain, il aurait pu vivre également de poisson ; mais comme il venait prêcher la pénitence, il devait enseigner par ses exemples ou ses actions, encore plus que par ses paroles, la pratique d'un jeûne rigoureux. Nous lisons encore dans l’Evangile, qu'un homme possédé du démon ayant été présenté à Jésus-Christ, les apôtres demandèrent à leur divin maître pourquoi ils n'avaient pu eux-mêmes guérir cet homme, et qu'ils en obtinrent pour réponse que ces sortes de démons ne pouvaient être chassées que par la prière et par le jeûne.
Voyez donc, mes frères, combien est grande la vertu du jeûne puisqu'il peut opérer des effets dont les apôtres eux-mêmes n’étaient pas capables. Je passe le reste sous silence ; mais que cela suffise pour vous faire voir combien d'avantages le jeûne à sur l'intempérance, la mortification sur la vie immortifiée, l'austérité sur la mollesse, la sobriété sur la crapule, la liberté d’esprit que procure le jeûne sur la stupidité que produit l'excès des viandes. Je ne vous dis pas de jeûner des semaines entières mais au moins tâchons de passer chaque jour sans manquer aux lois de la tempérance et de la sobriété. Suspendons l'usage des bains, du vin et de la viande, non que nous ne réprouvions aucun de ces ouvrages de Dieu, mais pour vivre au moins quelques jours tout entiers au Seigneur, après ne nous être occupés que de nous-mêmes tout le reste de l'année. Mais pour que nos jeûnes soient pleins et parfaits, assaisonnons-les avec l'huile de la miséricorde ; donnons aux pauvres le pain que nous nous retranchons à nous-mêmes. Car ne pensez pas que les jeûnes puissent seuls suffire pour nous guérir des plaies de nos péchés : l'aumône en est avec le jeûne l'indispensable remède. Que vos jeûnes en affligeant votre corps à vous-même, répandent la joie dans l'âme de votre p.423 fin p.424 début prochain ; qu'il trouve dans vos charitables épargnes le principe de son aisance. Donnez-vous la satisfaction, en jeûnant vous-mêmes de faire dîner les autres. Dieu aime celui qui donne avec joie (II Cor., IX, 7). En nourrissant le pauvre de vos propres biens, c'est comme si vous nourrissiez Jésus-Christ lui-même, qui nous déclare que c'est lui qui a faim dans la personne des pauvres. "
61. Ibidem, Serm. LXIX de tempore : " Nous devons accepter de tout cœur ces saints jours de carême et ne pas nous plaindre du trop de durée de ce temps de pénitence, parce que, plus il y a de jours consacré au jeûne, plus sera assurée la guérison de nos maux spirituels. Plus notre abstinence se prolongera, plus les fruits de salut que nous en espérons seront abondants. Plus le remède sera actif, plus la guérison sera prompte et facile. Dieu, qui est le médecin de nos âmes, a tellement réglé la durée du jeûne, que cette duré suffit pour les besoins des justes comme des pécheurs ; des justes, qui ont à demander à Dieu la fin de leur exil, et des pécheurs qui ont à implorer leur pardon. Cette durée de quarante jours est assez longue pour donner le temps d'exposer à Dieu ses besoins, et assez courte en même temps pour ne pas trop faire attendre la récompense. Quarante jours de jeûne suffisent pour expier un crime quelque grand qu'il soit, et pour apaiser Dieu quelque irrité qu'il soit contre nous. Que celui-là trouve le temps long, qui n'a ni pardon à demander, ni grâce à espérer. Car le désespoir n’inspire pas plus la pensée de confesser son crime, que d'espérer l'indulgence de son juge. C'est donc un temps bien salutaire que celui de carême puisqu'il donne occasion au pécheur d’apaiser Dieu par la pénitence et au juste de s'assurer son bonheur éternel. C'est en ces jours que la miséricorde est plus abondante, que le pécheur se pénètre d'une componction plus vive, et que le juste amasse plus de mérites. En ces jours le ciel est ouvert à l'indulgence, comme le cœur du pécheur l’est au repentir, et comme sa bouche l'est à la prière. Ce nombre de quarante est salutaire, je le répète, et mystérieux tout à la fois. Lorsque l'iniquité débordait sur le monde des premiers temps, c'est ce même nombre de jours que Dieu fit fondre les eaux du ciel comme un torrent, qui ne tarda pas à inonder toute la terre. Vous voyez donc que dès cette époque la figure préludait à l'accomplissement du mystère.
Car de même qu'alors la pluie tomba quarante jours pour purifier le monde des crimes qui le souillaient, ainsi présentement encore, quarante jours sont donnés pour purifier le pécheur. Ces quarante jours p.424 fin p.425 début sont le crible qui sert à séparer les méchants des bons, le voluptueux de l'homme chaste, l’intempérant de l'homme austère, le païen du chrétien, le catholique de l'hérétique. "
62. Ibidem, Serm. LXXI de tempore ; c'est le même passage que nous avons reproduit plus haut sous le titre de sermon XXXVII de saint Ambroise, témoignage 53, page 416.
63. S. LEON-LE-GRAND a écrit douze sermons sur le carême. Voir les passages dont il s'agit ici rapportés plus haut, question précédente, témoignage 27 et suiv., pages 560 et suiv.
64. S. BERNARD nous a laissé sept sermons sur le carême. Il dit dans le premier : " Nous entrons aujourd'hui, mes frères, dans le saint temps de carême qui est proprement le temps de la milice chrétienne. Car cette observance est particulière aux chrétiens et elle est gardée également par tous ceux qui sont unis ensemble par la profession de la même foi. Et comment le jeûne de Jésus-Christ ne serait-il pas commun à tous les chrétiens ? Comment les membres ne s'attacheraient-ils pas à suivre leur chef ? Si les biens que nous avons reçus sont dus à l'influence de ce divin chef, pourquoi n'en recevrions-nous pas aussi les maux ? Voulons-nous avoir part à sa joie sans avoir part à ses douleurs ? S'il en est ainsi, nous faisons bien voir que nous sommes indignes d'appartenir à un tel chef. Car tout ce qu'il a souffert, il l'a souffert pour nous. Si nous ne voulons pas apporter notre concours à ce qu'il a souffert pour notre salut, en quoi voulons-nous donc le lui accorder ? Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que celui-là jeûne avec Jésus-Christ, qui doit s'asseoir avec lui à la table du Père céleste ? Qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'un membre qui sera un jour glorifié avec son chef, souffre aussi avec lui. . .? Le jeûne gardé par les membres est ce qui pénètre le chef de joie ; la diète que le corps s'impose est un baume pour le cœur. Comment n'appellerais-je pas baume ce qui guérit les blessures, ce qui apaise le tourment de la conscience coupable ? "
68. Le même, Serm. III de Quadragesimâ
: " Appliquez-vous avec ardeur, je vous prie, à bien observer ce jeûne quadragésimal, que vous rend recommandable non-seulement la vertu d'abstinence qui en fait le fond, mais encore le mystère qui s'y trouve renfermé. Et si jusqu’à présent, nous avons jeûné avec ferveur, cette ferveur doit augmenter surtout dans ce saint temps où nous sommes. Car si d'une part l'abstinence est rendue plus rigoureuse, ne serait-il pas de l'autre indigne de nous de trouver trop pénible un fardeau que consent également à porter l’Eglise p.425 fin p.426 début entière ? Jusqu'ici nous étions les seuls qui jeûnions, mais nous ne le faisions que jusqu’à la neuvième heure du jour ; maintenant nous jeûnerons jusqu'au soir, mais nous aurons pour compagnons de nos jeûnes les princes et les rois, le peuple et le clergé, les nobles et les roturiers, le riche et le pauvre. Mais pourquoi parler de ceux qui ont à jeûner en même temps que nous, puisque nous avons un bien plus puissant motif d'encouragement dans ceux qui ont embrassé avant nous cette carrière ou pour mieux dire, qui l'ont consacrée ? Avec quelle ardeur ne devons-nous pas suivre une pratique qui nous vient de Moïse comme par héritage, de ce Moïse qui a eu le privilège entre tous les prophètes de converser avec Dieu face à face, comme un ami avec son ami ? Avec quelle ferveur ne devons-nous pas nous soumettre à ce qui a fait mériter à Elie d'être enlevé au ciel dans un char de feu ? Combien de millions d'êtres humains n'ont pas subi la mort depuis cette époque ! Et lui-même reste toujours vivant, conservé miraculeusement par le Seigneur. Mais quelques grands qu'aient été Moïse et Elie qui nous recommandent déjà si fortement le jeûne par leur exemple, ils n'étaient après tout que les serviteurs de Dieu, aussi bien que nous-mêmes ; mais que dirons-nous de l'exemple de Jésus- Christ, qui a jeûné aussi ce même nombre de jours ? Quel est, je ne dis pas le moine, mais le chrétien qui répugne à pratiquer un jeûne qu'a pratiqué Jésus-Christ lui-même ? Nous devons nous porter à l'imiter avec d'autant plus de zèle, que nous savons que, s'il a jeûné, c'est pour nous qu'il l'a fait, et non pour lui-même. . . "
" Puisqu'en ce temps Dieu est particulièrement incliné à la miséricorde, cherchez-le, mes chers amis, tandis que vous pouvez le trouver ; invoquez-le tandis qu'il est proche (Is., LV, 6). C'est dans ce temps de carême que nous devons surtout le chercher avec ardeur, à cause du mystère en particulier que renferme ce nombre de jours, qui ne représente pas seulement une partie, mais toute la durée de la vie présente. Si donc votre ferveur s'était ralentie dans les autres temps de l'année, c'est maintenant plus que jamais qu'il convient de la ranimer. Si tous vos péchés se bornent à des excès de bouche, que la bouche jeûne seule, j'y consens. Mais si vos autres membres ont également péché, pourquoi ne jeûneraient-il pas aussi ? Faisons donc jeûner nos yeux, qui ont porté le ravage dans notre âme ; faisons jeûner nos oreilles ; faisons jeûner notre langue, nos mains, notre âme elle-même.
Que nos yeux jeûnent par rapport aux regards curieux et imprudents ;
p.426 fin p.427 début humilions notre vue, mettons-la en pénitence, pour les fautes qu'elle nous a fait commettre en se donnant trop de liberté. Que nos oreilles si empressées à écouter sans motif, jeûnent maintenant par rapport aux discours inutiles, aux nouvelles du temps, à tout ce qui n'intéresse en rien notre salut. Que la langue jeûne par rapport aux médisances, aux murmures, aux paroles oiseuses ou bouffonnes, et même quelquefois par rapport aux paroles qu'il pourrait sembler nécessaire de dire, si la règle du silence le demande. Que les mains jeûnent par rapport aux signes qu'on peut se dispenser de faire, par rapport à toutes les œuvres qui ne sont pas d'ailleurs commandées. Mais surtout que l'âme elle-même jeûne par rapport aux vices et au dérèglement de sa propre volonté. Car sans ce jeûne-là, tous les autres que nous pourrions faire seraient réprouvés selon ce qui est écrit : Votre propre volonté se trouve au jour de votre jeûne (Is., LVIII, 3). "
66. Le même, Serm. IV de Quadragesimâ
: " Nous voici à l’époque du jeûne quadragésimal, que je vous engage observer avec zèle, en considérant les fruits que vous en retirerez, et que je vais vous exposer, ainsi que la manière dont vous avez à remplir ce devoir. Premièrement, mes frères, en récompense de ce que vous vous serez abstenus de choses d'ailleurs permises, Dieu vous pardonnera les choses défendues dont vous pouvez vous trouver coupables. Or, n'est-ce pas là racheter par un jeûne très-court un jeûne de toute l’éternité ? Car ce que nous avons mérité, c’est l'enfer, où toute nourriture, comme toute consolation, sera refusée, où le riche demandera une goutte d'eau et ne pourra jamais l'obtenir. Qu'il est donc bon et salutaire, ce jeûne qui nous rachète de l'éternel supplice, en nous obtenant le pardon de nos péchés. En même temps que le jeûne est l'expiation des péchés commis, il est l'extirpation des vices. Non-seulement il nous mérite le pardon, mais il nous met de plus en grâce avec Dieu ; non-seulement il efface les péchés passés, mais il prévient de plus les péchés à venir. Ce qu'il me reste à vous en dire, vous le comprendrez aisément en ayant, comme je n'en doute pas, fait plus d'une fois l'expérience. Le jeûne donne à la prière la ferveur et la confiance. Admirez comment le jeûne et la prière se prêtent un mutuel secours, conformément à cette parole (Il y a dans le passage cité : Frater adjuvans fratrem, ambo consolabuntur. Nous n'avons pu trouver ces derniers mots dans l’Ecriture) : Le frère qui est aidé par son frère est comme une ville forte p.427 fin p.428 début (Prov., XVIII, 19). La prière obtient la vertu du jeûne, et le jeûne donne du crédit à la prière. Le jeûne appuie la prière, la prière sanctifie le jeûne et le présente au tribunal de Dieu. Car à quoi nous servirait le jeûne s'il ne s'élevait pas de la terre au ciel ? A Dieu ne plaise qu'il en soit ainsi : que nos jeûnes s'élèvent vers le ciel sur l'aile de la prière. Mais de crainte que la prière ne suffise pas, donnons encore au jeûne un autre appui. La prière du juste pénètre le ciel, dit l’Ecriture (Ecclé., XXXV, 21). Qu'ainsi donc nos jeûnes, pour pénétrer jusque dans le ciel, soient portés sur ces deux ailes, la prière et la justice. Mais en quoi consiste la justice, sinon à rendre à chacun ce qui lui appartient ?
Il ne faut, donc pas même vous borner à vous considérer par rapport à Dieu ; car vous êtes de plus débiteur envers vos supérieurs, envers vos égaux et vos inférieurs mêmes, et Dieu ne veut pas que vous méprisiez ceux qu'il ne méprise pas lui-même. "
67. ORIGENE, Lib. X in Leviticum : " S'abstenir de l'usage des viandes que Dieu à créées pour que les fidèles les prennent avec action de grâces, et le faire en communion avec ceux qui ont crucifié Jésus-Christ, c'est ce qui ne saurait être agréable à Dieu. Autrefois les pharisiens s'indignaient aussi contre Notre-Seigneur de ce qu'ils ne voyaient pas ses disciples jeûner comme eux ; mais Notre-Seigneur leur répondit : Les fils de l'époux ne peuvent pas jeûner, tandis que l'époux est avec eux (MATTH., IX, 18). Que ceux-là donc jeûnent à qui l'époux a été enlevé ; pour nous, qui avons l'époux avec nous, la chose nous est impossible. Toutefois, si nous parlons ainsi, ce n'est pas pour répudier le mérité de l'abstinence chrétienne car nous avons les jours du carême consacrés au jeûne, nous avons le quatrième et le sixième jour de chaque semaine, où nous sommes dans l'usage de jeûner. Et assurément un chrétien est libre de jeûner en tout temps, pourvu qu'il ne le fasse pas dans des vues superstitieuses, mais par esprit de mortification. Car comment pourrions-nous garder une chasteté parfaite, si nous n'appelions à notre aide les rigueurs de la pénitence ? Comment pourrions-nous vaquer à l'étude des livres saints, et faire des progrès dans la carrière des sciences les plus utiles au salut de l'homme, sans la répression continuelle des appétits grossiers ? Comment se rendre eunuque en vue du royaume du ciel, si l'on ne se retranche à soi-même l'abondance des mets, si l'on n'a recours aux saintes industries de l'abstinence ? Tel doit donc être le jeûne qui convient aux chrétiens. "
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68. S. ISIDORE de Séville, Lib. I de officiis ecclesiasticis, c. 36 ; comme plus haut, question précédente, témoignage 9, page 319.
69. S. AUGUSTIN, Epist. CXIX (al. 55) ad Januarium, c. 15 : " Quant au jeûne de quarante jours que nous appelons le carême, il est autorisé et par l'Ancien-Testament, où nous trouvons que Moïse et Elie ont jeûné quarante jours, et par l'Evangile, qui nous apprend que Jésus-Christ en a jeûné tout autant : par où il nous à fait voir la conformité de 1'Evangile avec la Loi figurée par Moïse et avec les Prophètes figurée par Elie. Aussi parut-il entre l'un et l'autre à sa transfiguration, afin de marquer plus authentiquement ce que l’Apôtre dit de lui, que la Loi et les Prophètes lui rendent témoignage. " " Or, quel temps plus convenable pouvait-on prendre dans l'année pour le jeûne du carême que celui qui aboutit à la passion de Jésus-Christ, puisqu'elle nous représente la vie laborieuse que nous menons ici-bas, et qui doit être accompagnée d'une tempérance qui nous sèvre des fausses douceurs que ce monde nous étale de toutes parts, et des caresses trompeuses par lesquelles il ne cesse de s'efforcer de nous attirer (Cf. Les Lettres de saint Augustin, t. Ier, p. 549) ? "
70. S. AUGUSTIN, in Ps. CX : " Comme ces jours solennels, ces jours de joie succèdent aux quarante jours de carême qui marquent les afflictions de cette vie avant la résurrection du corps du Seigneur ; ainsi ce jour unique qui sera donné après la résurrection au corps entier de Jésus-Christ, c'est-à-dire à sa sainte Eglise, succédera à toutes les misères et à toutes les douleurs de cette vie, pour nous rendre éternellement heureux. "
" Cette vie présente demande donc de nous que nous la passions dans la pénitence. Elle demande que nous poussions des gémissements vers Dieu, dans le rude combat que nous avons à soutenir. Elle demande que, soupirant après le bonheur d'être revêtu de la gloire céleste, nous nous abstenions des plaisirs du siècle : ce qui nous est marqué par le nombre de quarante jours qu'ont jeûné Moïse, Elie et Jésus-Christ même. "
" Ainsi la Loi, les Prophète et l’Evangile, auquel la Loi et les Prophètes rendent témoignage, comme Jésus-Christ se fit voir sur le Thabor au milieu de Moïse et d'Elie, nous commandent de mettre un frein à notre avidité par le jeûne de la tempérance, si j'ose l'appeler ainsi, afin de renoncer à tous les attraits du monde, qui tiennent les hommes dans une captivité misérable p.429 fin p.430 début et leur font oublier Dieu. Ils nous obligent à ce renoncement, pendant qu'on annonce et qu'on prêche dans les quatre parties du monde la perfection du Décalogue, ces dix commandements symbolisés par les dix cordes du psaltérion, et qui, multipliés par ce nombre de quatre, forment en effet le nombre parfait de quarante. "
" Pour ce qui est du nombre des cinquante jours de la résurrection du Seigneur, pendant lesquels nous chantons Alleluia, il ne nous marque ni la fin, ni le passage d'aucun temps, mais une éternité bienheureuse ; parce que le denier, c'est-à-dire le nombre de dix étant ajouté à quarante, représente la récompense accordée aux vrais fidèles qui travaillent en cette vie, et que le père de famille réserve également à ceux qui sont venus les premiers, et à ceux qui sont venus les derniers (Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VI, p. 46). "
71. Les Canons des Apôtres, can. 68 : " Si un évêque ou un prêtre, ou un diacre, ou un lecteur, ou un chantre, ne jeûne pas pendant la sainte quarantaine qui précède la Pâque, ou les jours de quatrième ou de sixième férie, sans avoir pour excuse une trop grande faiblesse de tempérament, qu'il soit déposé ; si c'est un laïque, qu'il soit excommunié. "
72. Le concile de Laodicée, canon 50 : " Il ne faut pas rompre le jeûne la cinquième férie de la dernière semaine de carême, et perdre ainsi le mérite du carême entier ; mais il faut jeûner tous ces jours-là sans exception, et ne s'y permettre que les aliments qui conviennent à ce temps d'abstinence, et qui doivent consister en légumes secs. "
73. Le concile dit deuxième de Brague, canon 9
: " Le concile a ordonné qu’après que tout aura été réglé dans chacun des conciles à venir, le métropolitain marquera à chaque évêque le jour du mois ou de la lune où la Pâque devra se célébrer l'année suivante. Les évêques et les autres ministres de l'Eglise prendront note de ce jour, et l'annonceront au peuple, chacun dans sa propre église, le jour de la Nativité de Jésus- Christ après la lecture de l’Evangile. A l'entrée de ce saint temps, les Eglises voisines se réuniront à la principale, et chanteront les litanies ou les prières publiques accompagnées de psaumes, trois jours de suite, en faisant la visite des basiliques des saints. Le troisième jour, après que la messe aura été célébré à la neuvième ou à la dixième heure, et au moment de congédier le peuple, on lui p.430 fin p.431 début recommandera d'observer le jeûne du carême, et de présenter, au milieu du carême ou après les vingt premiers jours, les enfants à baptiser, pour qu'on fasse sur eux les exorcismes. "
74. Le quatrième concile de Carthage, can. 63:
" Tout clerc qui, dans les temps marqués pour le jeûne aura rompu le jeûne sans une grande nécessité, sera réduit à un rang inférieur. "
75. Le concile de Tribur, canon 33 : " Nous ordonnons dans ce saint concile, conformément aux statuts des saints Pères, qu'aucun comte, ou séculier quel qu'il soit, ne tienne des cours de justice les dimanches, les fêtes, les jours de carême ou de jeûne ou prétende obliger le peuple à s'y rendre. Car Dieu serait irrité si, au lieu de vaquer à son service, le peuple fréquentait ces jours-là les lieux de contestations et de procès. Les jours de carême et les autres où l'on est obligé de jeûner, on s'acquittera avec zèle de cette obligation ; on fera en même temps des prières ferventes, et chacun répandra des aumônes selon ses facultés, en prenant soin de s'interdire les contestations et les procès. "
76. Le concile de Gangres, canon 49 : " Si quelqu'un de ceux qui font profession de piété se dispense sans besoin des pratiques de pénitence usitées parmi les autres fidèles, et que, jouissant de toute sa raison, il viole les jeûne observés de tradition par l’Eglise entière qu'il soit anathème. "
55 : " Si quelqu'un méprise insolemment les jeûnes indiqués et refuse de les observer avec les autres chrétiens, le concile de Gangres ordonne de le frapper d'anathème, s'il ne s'empresse de se corriger. "
78. Le huitième concile de Tolède, canon
9 : " Une surveillance attentive nous a fait découvrir des actes tout récents de mépris de la loi religieuse, qu'a fait commettre à quelques-uns leur intempérance effrénée, selon ce qui est écrit : Celui qui méprise les petites choses tombera peu à peu (Ecclé., XIX, 1). Ces hommes sont devenus tellement esclaves de leur ventre, qu'on les dirait déterminés à faire mépris des choses même les plus vénérables et les plus sacrées. Et comme le carême est censé avec raison être la dime de l'année entière, que l'on consacre au Seigneur par le jeûne dont on lui fait l'offrande, et qu'il a très-utilement institué pour expier les crimes de tout le genre humain ; qu'en conséquence, les fidèles des quatre parties du monde sont tenus également de l'observer ; que d'ailleurs la nature humaine se p.431 fin p.432 début compose des quatre éléments, et qu'ainsi il convenait qu'une pénitence de quatre fois dix jours lui fût imposée pour ses transgressions contre les dix commandements : nous donnons à ceux qui osent mépriser cette loi sainte, qui refusent de réprimer leurs appétits voraces, et profanent par un crime plus horrible encore les fêtes de Pâques en se permettant des aliments défendus, cet avertissement sévère, que quiconque sans une évidente nécessité ou à moins de maladie ou d'infirmité, aura mangé de la viande en carême, non-seulement sera tenu pour profanateur de la résurrection de Notre-Seigneur, mais encore sera exclu de la communion ce jour-là ; enfin que l'usage des viandes lui sera interdit toute cette année, en punition de ce qu'il aura violé la loi de l'abstinence dans les jours qui y étaient consacrés. Pour ceux qui sont courbés sous le poids de rage, ou affaiblis par la maladie, ou forcés par la nécessité, ils ne s'accorderont point à eux-mêmes l'usage de la viande, qu'ils n'en aient auparavant obtenu la permission du supérieur ecclésiastique. "
79. S. TELESPHORE, pape et martyr, Epist. ad omnes universaliter (C’est une pièce supposée), c. 1 : " Sachez que nous et tous les évêques rassemblés dans cette ville sainte et apostolique avons arrêté que dès sept semaines avant Pâques, tous les clercs appelés à prendre part à l'héritage du Seigneur, s'abstiendront de manger de la viande, parce que comme leur sainteté doit être plus éminente que celle des autres fidèles, leurs jeûnes doivent être aussi plus rigoureux (Nous supprimons ici une phrase qui est évidemment d’un siècle postérieur et qui d'ailleurs ne va pas à la question actuelle). . . . . Et de même qu'ils s'emploient plus particulièrement au culte divin, et qu'ils composent la famille pour ainsi dire du Sauveur, ainsi doivent-ils se distinguer des autres fidèles par la sainteté de leur vie et de leurs mœurs. En conséquence les clercs s'interdiront pendant ces sept semaines entières l'usage de la viande et des mets délicats et s'appliqueront nuit et jour à se rendre Dieu favorable par le chant des hymnes, les veilles et les prières. "
82. NICEPHORE- CALLISTE, Hist. eccl., lib. XVII, c. 32 : " Comme la famine avait augmenté à Byzance, l'empereur Justinien, ne p.432 fin p.433 début trouvant pas d'autre remède à la disette des vivres, publia dés la deuxième semaine du jeûne l'ordre d'étaler de la viande sur le marché. Il eut besoin pour cela de recourir à la contrainte. Mais le peuple, résolu à rester fidèle à ses habitudes de piété, n'en achetait pas plus qu'il ne consentait à manger de cette viande, et se montrait prêt à mourir plutôt que de rien changer aux usages qu'il avait hérités de ses pères. "
83. S. CHRYSOSTOME, Hom. VI ad populum Antiochenum
: " Quelle est la chose la plus aisée, ou de s'abstenir de jurer, ou de s'abstenir de manger pendant toute une journée et de s'amaigrir en ne buvant que de l'eau et en se contentant d'aliments peu substantiels pour toute nourriture ? Nul doute que ce ne soit la première des deux que je viens de dire ; et cependant l'habitude nous a rendu la seconde tellement supportable et tellement facile, que lorsque les jours de jeûne sont arrivés, quelqu'un aurait beau vouloir nous engager, soit par les exhortations, soit par les menaces et toute sorte de violences, à goûter au vin ou à tout autre aliment dont l'usage est défendu dans les jours de jeûne, vous aimeriez mieux souffrir tous les maux que de toucher ces aliments que vous sauriez vous être interdits (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, t. II, p. 83, édit de Montfaucon ; pag.97, édit de Gaume). "
84. Le même, Hom. I et II in Genesim ; ces passages ont été rapportés à la question précédente, témoignage 15 et 16, pages 333 et 335.
89. S. MAXIME de Turin, Hom. in litaniis et jejuniis
Ninivitarum ; c'est la même que le sermon 40 publié sous le nom de saint Ambroise, et rapporté plus haut, témoignage 55, page 418.
90. S. JEROME, Lettre LIV à Marcella contre les montanistes : " Nous ne jeûnons, avec tout l'univers chrétien, qu'un seul carême suivant la tradition des apôtres ; les montanistes font trois carême par an, comme si trois sauveurs avaient souffert. Ce n'est pas qu'il ne soit permis de jeûner pendant toute l'année p.433 fin p.434 début excepté les jours de la Pentecôte (C'est-à-dire les cinquante jours qui s'écoulent de Pâques à la Pentecôte); mais autre chose est d’offrir un présent par nécessité, autre chose de l'offrir de son propre mouvement (Cf. Œuvres choisies de saint Jérôme, trad. par Collombet, t. II, pag. 18-19). "
91. Le Concile de Trente, session XXV, Décret sur le choix des aliments, sur les jeûnes et sur les fêtes : " Le saint concile exhorte de plus et conjure tous les pasteurs, par le très-saint avènement de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, au service duquel ils se sont engagés, de recommander sans relâche à tous les fidèles toutes les choses qu'ordonne la sainte Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises, et tout ce qui a été ordonné, tant dans le présent concile, que dans les conciles antérieurs ; et d'apporter toute sorte de soins et de diligence pour obliger les peuples à s'y conformer en tout, mais particulièrement en ce qui a pour objet de mortifier la chair, comme sont les jeûnes et les abstinences de viande, ou en ce qui peut contribuer à accroître la piété, comme est la célébration pieuse et convenable des jours de fêtes en leur réitérant fréquemment l'avertissement d'obéir à leurs supérieurs ecclésiastiques, puisque ceux qui les écoutent s'attireront par-là les récompenses de Dieu lui-même, et que ceux qui les méprisent éprouveront un jour la rigueur de sa justice. "
92. S. AUGUSTIN, Tract. LXXIII in Evangelium Joannis
: " Ce n'est pas une chose mauvaise par elle-même que de manger de la chair, puisque l'Apôtre dit sur ce sujet, que tout ce que Dieu a créé est bon, et qu'on ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec action de grâces (I Tom., IV, 4) ; mais c'est une chose mauvaise que d'en manger, lorsque cela peut scandaliser quelqu'un, comme dit ailleurs ce même apôtre (Rom., XIV, 20) ; et à plus forte raison lorsque Dieu s'en tient offensé, comme il est arrivé dans le cas des Israélites, qui, rejetant la nourriture que Dieu leur fournissait dans le désert par sa sagesse, en demandèrent une autre que leur appétit déréglé leur faisait désirer avec ardeur, ou du moins murmurèrent de ce qu'ils en manquaient. Mais Dieu, pour nous faire connaître que ce n'est pas l'usage que l'homme peut faire de ses créatures, mais sa désobéissance au Créateur et son attachement à ses appétits déréglés qui le rendent criminel, a permis qu'Adam le soit p.434 fin p.435 début devenu et se soit donné la mort lui-même, pour avoir mangé, non pas même de ces mets réputés impurs, tels que de la chair de porc, mais un simple fruit, et qu'Esaü ait de même vendu son droit d'aînesse pour des lentilles (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, t. III, p. 510-511). "
94. S. CHRYSOSTOME, Hom. XII in Epist. I ad Timotheum, écrivant sur ces paroles du chap. IV, v. 4, Omnis creatura Dei bona est, etc. : " L'Apôtre établi ici deux vérités : la première, qu'aucun ouvrage de Dieu n'est impur en lui-même, la seconde, que quand il le serait, nous aurions toujours un remède, qui est le signe de la croix, l'action de grâces, la gloire que nous devons en rendre à Dieu, pour qu'aussitôt toute impureté semblable disparaisse. Mais, direz-vous, si cette viande à été immolée à quelque idole, est-ce que nous pouvons la purifier de même ? Oui, dois-je vous répondre, si vous ignorez qu'elle ait été effectivement immolée aux idoles ; mais si vous avez été instruit, et que vous en mangiez cependant, vous deviendrez impur, non parce que cette viande aura été immolée aux idoles, mais parce que par-là vous avez communiqué avec les démons, malgré la défense qui vous en est faite. De sorte que si cette viande est impure, ce n'est pas qu'elle le soit en elle-même ; mais elle le devient par la disposition de votre propre volonté ou par l'effet de votre désobéissance à la loi. Quoi donc ? est-ce que la chair de porc n'est pas impure ? Nullement, du moment où vous la prenez avec action de grâces, et en faisant dessus le signe de la croix ; et je vous dirai la même chose de toute autre viande. La seule chose impure en cela, c'est la volonté de l'homme qui ne rend pas à Dieu des actions de grâces (Cf. S. Joannis Chrysost. opera, t. XI, p. 611, édit. de Montfaucon ; pag. 669 bis, édit. de Gaume). "
95. R ABAN MAUR, Lib. II de institutione clericorum, c. 25 ; ce passage a été rapporté plus haut, question précédente, témoignage 10, page 322.
Question III
Que nous enseigne l’Ecriture au sujet du jeûne ?
C'est Dieu même qui crie aux pécheurs par la bouche de Joël : Convertissez-vous à moi de tout votre cœur dans le jeûne, dans les p.435 fin p.436 début larmes et les gémissements. . . faites retentir la trompette en Sion, ordonnez un jeûne saint, publiez une assemblée solennelle, faites venir tout le peuple. D'autres lisent ainsi ce dernier endroit : sanctifiez le jeûne, publiez une guérison solennelle, ou un remède général pour le peuple, afin que nous apprenions de là que le jeûne est sanctifié par les autres bonnes œuvres et qu'ainsi sanctifié, il sert à la guérison des pécheurs ; et cette interprétation est celle de saint Jérôme. Car, comme ce savant Père le prouve par les livres saints, Daniel, cet homme de désirs, obtint par ses jeûnes le don de connaître l'avenir ; les Ninivites apaisèrent par leurs jeûnes la colère de Dieu ; Elie et Moïse par leurs jeûnes de quarante jours, obtinrent la faveur d'être admis à sa familiarité, et Jésus-Christ lui-même a jeûné dans le désert ce même nombre de jours, pour nous recommander à notre tour cette pratique solennelle ; il nous à enseigné de plus que les démons les plus à redouter ne peuvent être vaincus que par la prière et par le jeûne. Saint Paul nous déclare de son côté qu'il a jeûné souvent, et le Psalmiste pénitent avait dit avant cet apôtre : Je mangeais la cendre comme le pain, et je mêlais mes larmes avec ce que je buvais. Et encore : Lorsqu'ils m'accablaient, je me revêtais d'un cilice ; j’humiliais mon âme par le jeûne. Enfin, quoi de plus propre à nous convaincre de la nécessité du jeûne que cette parole de Notre-Seigneur à ses disciples, que lorsque l'époux c'est-à-dire lui-même, objet de leur tendre attachement, leur aura été enlevé, alors ils jeûneront, et cela, même après que le Saint-Esprit leur aura été envoyé. C'est pourquoi saint Paul exhorte tous les fidèles en ces termes : Agissant en toutes choses comme des ministres de Dieu, rendons-nous recommandables par une grande patience dans les maux, dans les nécessités présentes, dans les extrêmes afflictions, dans les plaies, dans les prisons, dans les séditions, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes, etc. Et ailleurs le même apôtre dit encore : Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés.
p.436 fin p.437 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. Juges, XX, 24-28 : " Le lendemain, les enfants d'Israël s'étant présentés encore pour combattre les enfants de Benjamin, - ceux de Benjamin sortirent avec impétuosité des portes de Gabaa, et les ayant rencontrés ils en firent un si grand carnage, qu'ils tuèrent sur la place dix-huit mille hommes de guerre. - Après cela, tous les enfants d'Israël vinrent en la maison de Dieu, et, assis, ils pleuraient devant le Seigneur. Ils jeûnèrent ce jour-là jusqu'au soir, et offrirent au Seigneur des holocaustes et des hosties pacifiques ; - et ils le consultèrent touchant l'état où ils se trouvaient. En ce temps-la, l'arche de l'alliance du Seigneur était en ce lieu ; - et Phinées, fils d'Eléazar, fils d'Aaron, tenait le premier rang dans la maison du Seigneur. Ils consultèrent donc le Seigneur, et lui dirent : Devons-nous donc encore combattre nos frères les enfants de Benjamin, ou demeurer en paix ? Le Seigneur leur dit : Marchez contre eux, car demain je les livrerai entre vos mains. "