Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 144)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

51. I Rois, VIII, 54 : " Salomon ayant achevé d'offrir au Seigneur cette oraison et cette prière, se leva de devant l'autel du Seigneur ; car il avait mis les deux genoux en terre, tenant ses mains étendues vers le ciel. "

52. DANIEL, VI, 10 : " Daniel ayant appris que cette loi avait été portée, entra dans sa maison, et ouvrant les fenêtres de sa chambre du côté de Jérusalem, il fléchissait les genoux chaque jour à trois heures différentes, et il adorait son Dieu, et lui rendait comme auparavant ses actions de grâces. "

53. ESDRAS, IX, 5 : " Et lorsqu'on offrait le sacrifice du soir, je me relevai de mon affliction, et ayant mon manteau et ma tunique déchirée, je me mis à genoux, et j'étendis mes mains vers le Seigneur mon Dieu. "

54. MATTHIEU, II, 11 : " Etant entrés dans la maison, ils trouvèrent l'enfant avec Marie sa mère et s'étant prosternés, ils l'adorèrent. "

55. Actes, VII, 58-59 : " Et ils lapidaient Etienne qui priait et disait : Seigneur Jésus, recevez mon esprit. - Puis s'étant mis à genoux, il jeta un grand cri, en disant : Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. " p.461 fin p.462 début

56. Ibid., IX, 40 : " Pierre ayant fait sortir tout le monde, se mit à genoux et pria ; puis s'étant tourné vers le corps, il dit : Tabithe, levez-vous. Celle-ci ouvrit les yeux, puis ayant vu Pierre, elle se mit sur son séant. "

58. Ibid., XXI, 5 : " Au bout de ces jours, nous partîmes, et ils vinrent tous, avec leurs femmes et leurs enfants, nous conduire jusque hors de la ville ; nous étant mis à genoux sur le rivage, nous priâmes. "

59. Ephésiens, III, 13-14 : " C'est pourquoi je vous prie de ne point perdre courage en me voyant souffrir tant de maux pour vous, puisque c'est là votre gloire. - Et c'est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ. "

60. I Corinthiens, XI, 4-5, 13,16 : " Et tout homme qui prie ou qui prophétise ayant la tête couverte, déshonore sa tête. - Mais toute femme qui prie ou qui prophétise n'ayant point la tête couverte d'un voile, déshonore sa tête : car c'est comme si elle était rasée. - Jugez-en vous-même : convient-il à une femme de prier sans avoir la tête voilée. - Si quelqu'un aime à contester, pour nous ce n'est point là notre coutume, ni celle de l'Eglise de Dieu. "

61. Psaume CXVIII, 55, 62, 164 : " Je me suis rappelé votre nom pendant la nuit, et j'ai gardé votre loi. - Je me levais au milieu de la nuit pour vous bénir, et pour rendre hommage aux arrêts de votre justice. - Sept fois le jour, je redis vos louanges, je rends hommage et l'équité de vos jugements. "

62. Id., V, 5-4 : " C'est à vous, Seigneur, que s'adresse mon humble prière ; - dès le matin, ma voix s'élève vers votre trône. - Des le matin, je parais avec respect en votre présence et vous contemple. - Je le vois, Seigneur, vous n'êtes point un Dieu ami de l'iniquité. "

66. Ibid., X, 9 : " Le lendemain, lorsqu'ils étaient en chemin, et qu'ils approchaient de la ville, Pierre monta au haut de la maison vers la sixième heure pour prier. "

67. Ibid., XVI, 23 : " Au milieu de la nuit, Paul et Silas p.462 fin p.463 début s’étant mis en prières, chantaient des hymnes en l'honneur de Dieu ; et les prisonniers les entendaient. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION. 1er. - Natures et avantages de la prière.

1. S. JEAN DAMASCENE, Lib. III orthodoxe fidei, c. 24 : " La prière est une élévation de l'âme vers Dieu, ou la demande faite à Dieu de choses qu'il convient de lui demander. "

2. S. AUGUSTIN, Lib. II de sermone Domini in monte, c. 7 : " Nous répondons premièrement que ce qui nous fera obtenir de Dieu ce que nous désirons, ce ne sont pas nos paroles, mais les dispositions de notre cœur telles que notre amour pour lui, la pureté et la simplicité de notre intention. Mais ces dispositions mêmes, Jésus-Christ nous a appris à les lui exprimer par des paroles qui, confiées à notre mémoire, puissent nous revenir à la pensée au moment de la prière. . . " " Dans la prière donc, notre cœur se tourne vers celui qui est toujours prêt à nous donner ce que nous lui demandons, si nous sommes nous-mêmes aptes à le recevoir. "

3. Le même, Serm. CCXXX de tempore (Ce sermon n'est pas de saint Augustin. V. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. V, p. 110, édit de Venise) : " La prière est ce qui, dans le jeûne en particulier, répare les forces de l'âme, en attirant en nous les grâces de l'Esprit-Saint. La prière amollit la dureté du cœur, tempère l'austérité, adoucit le jeûne.

Car, de même qu'un repas est défectueux lorsqu'on n'y trouve pas de quoi étancher sa soif, ainsi le jeûne sans la prière ne peut nourrir l'âme suffisamment. Mais qu'est-ce que la prière, que l'acte par lequel l'âme s'élève des choses de la terre à celles du ciel, que la demande qu'elle fait du secours d'en haut, que le désir qu'elle forme des biens invisibles ? Loin de l'âme qui prie l'embarras des choses de ce monde, dont le soin trop assidu étoufferait en elle ces sentiments élevés.

La prière nous unit à l'Esprit-Saint, pourvu toutefois qu'elle soit fervente, ainsi que le Prophète dit à Dieu : Mon âme brûle d'une soif ardente pour vous ; et en combien de manières ma chair se sent-elle aussi pressée de cette ardeur (Ps.

LXII, 2) ! Mais de quelle soif notre âme doit-elle brûler ? C'est ce que le même Prophète se hâte d'expliquer en ces termes : " Ut viderem viritutem tuam, pour contempler votre puissance. " Croyez-moi : Si l'âme brûle véritablement de la soif de con- p.463 fin p.464 début templer pleinement la puissance de Dieu, et qu'elle ne se ralentisse pas dans son ardeur, elle sera remplie et comme rassasiée et engraissée des consolations que Dieu lui enverra ; et brûlant du désir de recevoir cette visite de Dieu, elle s'écriera avec foi : Mon âme s'est attachée à vous suivre, et votre droite m'a soutenu (Ps. LXII, 7). Le jeûne rend l'âme alerte, et lève les obstacles que la chair oppose à son essor. Mais de plus, la prière, quand elle est persévérante, nous unit à Dieu, et nous procure l'honneur d'entrer dans sa familiarité. Mon âme, en s'attachant au Seigneur, recouvre peu à peu la sécurité et vient de plus en plus libre, au lieu d'être comme auparavant dominée par la crainte. Quand l'âme est une fois sous le patronage du Tout-Puissant, quelle puissance aurait-elle à craindre ? Ce que l'Evangile nous promet, que personne ne ravira les brebis d'entre les mains du bon pasteur (JEAN, X, 28), c'est ce que nous procurent conjointement le jeûne et la prière. "

4. S. BASILE-LE-GRAND, Hom. in martyrem Julittam, quæ est quinta inter homilias variorum argumentorum : " La Price est une demande que les fidèles font à Dieu pour obtenir de lui quelque bien. Cette demande n'est nullement attachée à des paroles particulières, car nous n'avons point besoin du secours de la voix pour nous faire entendre à Dieu ; il connaît assez les choses dont nous avons besoin, sans que nous les lui demandions. Les paroles ne font donc point l'essence de la prière : elle consiste plutôt dans les opérations de l'âme qui prie, et dans les bonnes œuvres qui se font durant toute la vie par des motifs de vertu, selon cette maxime de saint Paul : Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu (I Cor., X, 31). "

" Priez lorsque vous vous mettez à table : rendez grâces à celui qui vous donne le pain dont vous vous nourrissez ; en buvant du vin pour reprendre de nouvelles forces, souvenez-vous de votre bienfaiteur qui vous a donné un si bon remède contre la tristesse et contre les infirmités. Quand vous êtes rassasié, n'oubliez pas celui qui vous a donné de quoi apaiser votre faim. En vous habillant, remerciez Dieu qui vous donne des habits ; en prenant votre manger, excitez-vous à aimer toujours davantage un Dieu qui vous donne si libéralement toutes les choses nécessaires à la conservation de votre vie dans toutes les saisons de l'année. A la fin du jour, remerciez Dieu de la bonté qu'il a eue de taire luire son soleil pour vous éclairer dans toutes vos p.464 fin p.465 début actions, sans que vous l'ayez mérité, et de vous donner le feu pour vous éclairer pendant la nuit, et pour une infinité d’autres usages. La nuit pourra aussi vous fournir plusieurs motifs de prières : quand vous jetterez les yeux sur cette multitude infinie d'étoiles qui brillent dans le ciel, prosternez-vous devant Dieu qui est l'auteur de tous ces ouvrages si admirables ; adorez celui qui a fait ces merveilles avec tant de sagesse. "

" Quand vous verrez tous les animaux ensevelis dans le sommeil, remerciez Dieu qui nous soulage sans que nous y pensions, qui nous fait prendre de nouvelles forces dans le sein du repos, où nous nous délassons de tous nos travaux. Il ne faut pas employer toute la nuit à dormir, si vous ne voulez perdre la moitié de votre vie, en vous abandonnant au sommeil qui nous rend comme stupides et insensibles. Il faut que le sommeil et la prière partagent la nuit, et que vous tiriez du sommeil même des sujets de méditation. Les soins et les occupations qui nous ont agités pendant le jour, réveillent notre imagination pendant la nuit, et nous font naître des pensées ; nous croyons quelquefois entendre un petit bruit ou des sons agréables, les songes ont beaucoup de rapport avec les affaires qui nous ont occupé pendant le jour. "

" Il n'est pas nécessaire de proférer des paroles pour prier toujours ; pourvu que vous conformiez votre vie à la volonté de Dieu, toute votre vie sera une prière continuelle (Cf. S. Basilii opera, t. II, p. 35-36, édit de D. Garnier ; Sermons de saint Basile, p. 187-189, Paris, 1701). "

5. S. CHRYSOSTOME, Hom. XXX in Genesim : " La prière est une arme puissante, une source abondante de sécurité, un riche trésor, un port et un asile assuré, pourvu que nous nous présentions à Dieu avec un cœur pur, un esprit recueilli, et sans donner aucune prise sur nous à l'ennemi de notre âme. . . " " La prière est un grand bien pour notre âme. Car s'il y a déjà tant d'avantages à converser avec un homme vertueux, combien ne devra-t-il pas y en avoir à pouvoir le faire avec Dieu ? car la prière est un entretien avec lui. Et pour vous en convaincre, écoute ces paroles du Prophète : Que mes paroles soient agréables à Dieu (Ps. CIII, 34), c'est-à-dire : que mon entretien avec Dieu puisse lui plaire. Ne pourrait-il pas nous donner ce qui nous convient avant que nous ne lui en fissions la demande ? Sans doute ; mais il préfère attendre, pour que nous p.465 fin p.466 début puissions le mettre à même de nous honorer de ses attentions toutes spéciales. Soit que nous soyons exaucés soit que nous ne le soyons pas, persévérons dans la prière, et rendons grâces à Dieu, non-seulement lorsqu'il nous accorde nos demandes, mais encore lorsqu'il nous les refuse. Car l'un peut aussi bien que l'autre nous fournir la preuve de sa bonté pour nous, puisqu'il sait infiniment mieux que nous ce qui peut nous être avantageux (Cf . S. Joannis Chrysostomi opera, tome IV, pag. 301-302, édition de Montfaucon ; pag. 350-351, édition de Gaume). "

6. S. GREGOIRE de Nysse, Lib. de oratione : " A quoi bon entrer dans le détail des diverses manières et des moyens si multipliés par lesquels le péché se mêle à la vie humaine ? péchés qui n'ont pas d'autre cause que l'oubli que commettent les hommes de recourir au secours de Dieu, pour faire réussir les affaires dont ils ont à s'occuper, et auxquelles ils se livrent avec tant d'ardeur. Mais si la prière précède nos actions, le péché ne trouverait aucun accès dans notre âme. Car la pensée de Dieu, toujours bien présent à l'esprit, déjouerait toutes les manœuvres des puissances ennemies, la justice s'interposant en notre faveur dans les luttes que nous aurions à soutenir contre elles. La prière préserverait de même le laboureur occupé à cultiver son champ ;

elle multiplierait ses récoltes, mais dans une juste mesure, de peur qu'un excès de prospérité ne fît entrer le péché dans son mur avec le désir d’avoir toujours davantage. Ainsi en serait-il du voyageur ; ainsi de celui qui songe à quelque entreprise ou à quelque établissement ; ainsi de tous ceux qui ont l'esprit occupé de quelque affaire : s'ils ne faisaient rien sans s'aider de la prière, ils verraient leurs affaires réussir parfaitement sans qu'il s'y entremêlât de péché de leur part, aucun de leurs ennemis n'osant plus se présenter pour les entraîner dans le vice. Mais, si l'on abandonne Dieu pour se livrer tout entier à l'affaire dont on poursuit le succès, il est inévitable qu'ainsi éloigné de Dieu, on se trouve bientôt en présence de son ennemi. Or, tous ceux-là s'éloignent de Dieu, qui ne s'unissent pas à lui par la prière. Donc la prière vous apprendra avant tout, qu'il faut que vous priiez sans vous lasser jamais. Car la prière fait que l'on est avec Dieu ; or, quand on est avec Dieu, on tient son ennemi loin de soi. La prière est le rempart et le soutien de la pudeur, le frein de la colère, le remède de l'orgueil, l'infaillible moyen d'oublier p.466 fin p.467 début les injures ; elle surmonte l'envie, fait cesser l'injustice, corrige l’impiété. La prière répare les forces du corps, répand l’abondance dans les maisons, fonde les lois équitables et salutaires, soutient les empires, remporte les victoires, assure le bienfait de la paix, réconcilie entre elles les personnes divisées, entretient les rapports de bienveillance entre celles qui sont unies. La prière est le sceau de la virginité, le lien de la foi conjugale, le bouclier des voyageurs, l'ange gardien de ceux qui se livrent au sommeil, le gage de sécurité offert à ceux qui veillent, la rosée qui fertilise les champs du laboureur, le salut assuré des navigateurs. La prière est l'avocate des accusés, la libératrice des captifs, la consolation des affligés, le charme qui remplit l'âme de ceux qui sont dans la joie, la ressource des personnes désolées, la couronne des époux, le bouquet de fête des anniversaires de naissance, la pompe funèbre des mourants. La prière est l'entretien de l'homme avec Dieu, la contemplation des choses invisibles, la foi exempte de doute à ces biens incompréhensible auxquels on aspire, l'élévation de l'état de l'homme à l'état des anges, le progrès des bons dans la voie de la perfection, l'effroi des méchants, l'amendement des pécheurs, la mise à profit du présent, l'avant-goût des biens venir. La prière a fait du ventre d'une baleine l'asile du prophète Jonas, a ramené la vie Ezéchias déjà aux portes de la mort, a changé pour les trois jeunes hommes des flammes ardentes en un vent rafraîchissant ; elle a élevé pour les Israélites combattant contre Amalec, le trophée de la victoire ; elle a atteint d'un glaive invisible, en une seule nuit, cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens. Nous pourrions citer mille autres exemples semblables empruntés à l'histoire, ce qui fait voir que de tout ce qui peut être ici-bas l'objet de nos vœux comme de notre estime, la chose la plus avantageuse pour nous c'est la prière. . . "

" La prière, dite en grec ????????, est la demande faite à Dieu avec humilité des biens qu'il peut nous être avantageux d'obtenir. "

7. S. AUGUSTIN, Epist. LIX (al. 149), ad Paulinum, q. 5 : " Ce qui est bien difficile à distinguer, c'est ce que l'Apôtre annonce dans ce passage de la première épître à Timothée : Je me conjure donc, avant toutes choses, que l'on fasse des supplications, des prières, des demandes et des actions de grâces. Il faut avoir recours au grec pour en bien faire la différence : car nos interprètes latins ne se sont pas donnés la peine de rendre ces mots-là exactement et selon leur propre et véritable signification. . . "

p.467 fin p.468 début " L'interprétation qui me plaît le plus consiste à entendre tous ces termes par rapport à ce que presque toute l’Eglise pratique dans la célébration des mystères ; en sorte que par le mot de supplications nous entendions ce qui se fait avant la bénédiction de ce qui se met sur la table du Seigneur ; par celui de prières ce qui se fait dans le temps qu'on bénit ces oblations, qu'on les sanctifie, et qu'on les partage pour les distribuer aux fiables ; ce qui se termine, selon la pratique de presque toutes les Eglises, par l'oraison dominicale. L'origine du terme grec favorise même cette pensée ; car rarement trouvera-t-on dans l'Ecriture que le mot grec ????

se prenne pour ce qu'on appelle en latin oratio. C'est pour ce que les latins appellent votum qu'il se prend le plus ordinairement ; et le terme qui répond particulièrement dans le grec à ce que nous appelons prière, et les latins oratio, est ???????? ; mais comme ???? se prend quelquefois pour oratio, ils ont cru que ????????

devait signifier adoration. Si donc le mot grec ????

se prend le plus ordinairement dans l'Ecriture pour ce que nous appelons votum, quoiqu'il puisse se rendre par le terme général de prière, on doit le prendre particulièrement pour la prière qui se fait ???? ?????, c’est-à-dire ad votum, pour vouer et consacrer quelque chose à Dieu, et surtout pour celle par laquelle on lui consacre l'oblation du saint autel, qui exprime ce grand vœu et cette consécration solennelle, par où nous nous sommes voués et consacrés à Jésus-Christ pour demeurer à jamais en lui, c'est-à-dire dans l'unité de son corps, selon laquelle nous ne sommes tous qu'un même corps et un même pain, par cette unité mystique dont le sacrement du saint autel est le symbole. "

" Ce sont donc particulièrement les prières qui servent de préparation à la sanctification des oblations, que je crois qu'entend l’Apôtre, et qu'il ordonne que l'on fasse, par le mot de ????????? que nous rendons par celui de prières, et que quelques-uns qui n'y ont pas assez pris garde, rendent par celui d'adorations, puisque le mot ???? se prenant le plus souvent dans l’Ecriture pour vœu et consécration celui de ???????? doit se prendre, comme je viens de le dire, pour la prière qui se fait pour vouer et consacrer quelque chose à Dieu. "

" Quant à ce que l’Apôtre appelle interpellations, et que vos exemplaires expriment par le mot de demandes, je crois que c'est ce qui se fait quand on bénit le peuple, et que les évêques qui en sont comme les avocats, étendant les mains sur lui, l'offrent à la miséricorde et à la toute-puissance de Dieu.

Ensuite vient p.468 fin p.469 début l’action de grâces, qui se fait après qu'on a participé à ce grand sacrement, et qui est comme la conclusion de tout le reste. Aussi est-ce là ce que l'Apôtre ordonne en dernier lieu dans ce passage que nous expliquons (Cf. Les Lettres de saint Augustin, t. IV, p. 212-219). "

8. Le même, Tract. LXXIII in Joannem : "

Le Seigneur promet de grandes choses à ceux qui espèrent en lui, lorsqu'il dit : Parce que je vais à mon Père ;

et quoi que vous demandiez à mon Père en mon nom, je le ferai (JEAN, XIV, 12-13). Lors donc que Jésus est allé à son Père, ce n'a pas été pour abandonner ceux qui avaient besoin de lui ; ç’a été plutôt pour leur accorder encore plus efficacement ce qu'ils lui demandaient. Mais comment concilier la promesse qu'il fait ici d'accorder tout ce qu'on demandera à son Père en son nom, avec le refus qu'il fait souvent à ses plus fidèles serviteurs de ce qu'ils lui demandent ? Ne serait-ce point parce qu'ils le lui demandent mal, comme le reprochait l’apôtre saint Jacques à ceux à qui il disait : Vous demandez, et vous ne recevez point, parce que vous demandez mal (JAC., IV, 3), pour avoir de quoi satisfaire à vos passions et à vos plaisirs ? C'est donc par un effet de sa miséricorde que Dieu refuse les choses qu'on lui demande, à ceux qui en abuseraient. Ainsi, lorsque nous demandons à Dieu des choses qui nous nuiraient s'il nous les accordait, il est à craindre qu'il ne nous accorde dans sa colère ce qu'il nous refuserait sans aucun doute, s'il voulait nous faire miséricorde. Ne voyons-nous pas que les Israélites obtinrent de lui, pour leur malheur, ce qu'ils lui avaient demandé suivant le dérèglement de leur cœur (Nom., XI, 32)

? Car au lieu de se contenter de la manne que Dieu leur envoyait du ciel avec tant de bonté, ils s'en dégoûtèrent, et lui demandèrent avec impudence qu'il leur donna à manger de la chair ; comme s'il n'eût pas été plus utile pour eux, et moins injurieux à Dieu, de lui demander qu'il les guérir de leur dégoût et de s'en tenir à la nourriture qu'il leur avait donnée que de murmurer pour en avoir d'autre. Car quand nous sommes assez malheureux pour n'avoir de goût que pour les choses mauvaises, comme du dégoût que pour les bonnes, il vaut bien mieux demander à Dieu qu'il nous rende le goût des bonnes, que de lui en demander de mauvaises. . . "

" Ouvrons donc là-dessus les yeux, mes frères et observons avec soin que Jésus-Christ ne dit pas ici seulement : Tout ce que p.469 fin p.470 début vous demanderez, comme s'il suffisait de demander de quelque manière que ce fût, mais qu'il ajoute : en mon nom. Or, quel est le nom de celui qui à promis une chose si avantageuse ? Il s'appelle Jésus-Christ. Christ signifie roi (Christ signifie directement marqué d'une onction, et indirectement marqué de l'onction royale), et Jésus Sauveur. Car il ne lui suffisait pas d'être roi pour nous sauver : il n'appartient à pas toutes sortes de rois de le faire : il fallait pour cela qu'il fût roi et sauveur tout à la fois. Et ainsi, tout ce que nous demandons à Dieu de contraire à notre salut, nous ne le demandons pas au nom du Sauveur. Cependant, il est toujours notre Sauveur, soit qu'il nous accorde ce que nous lui demandons, soit qu'il nous le refuse. Il marque même plus fortement qu'il l'est, lorsqu'il nous refuse les choses qu'il voit qui nuiraient à notre salut, s'il nous les accordait. Il est comme un médecin qui, connaissant mieux que son malade ce qui lui est bon et ce qui lui est contraire, ne lui accorde pas ce qu'il demande, lorsqu'il le croit nuisible à sa santé, dans le dessein qu'il à de le guérir. De sorte que, si nous voulons être exaucé de Dieu dans tout ce que nous lui demandons, il ne faut rien lui demander qu'au nom du Sauveur, c'est-à-dire, rien qui puisse être contraire à notre salut. Car autrement, en nous accordant ce que nous demandons, il n'agirait pas en Sauveur. C'est cependant le nom véritable de Jésus-Christ pour les fidèles, je dis, pour les fidèles qu'il sauve. Car pour les impies, il les condamne au lieu de les sauver, Jésus- Christ fait donc tout ce que demande celui qui croit en lui, pourvu qu'il le demande au nom qu'il porte pour ceux qui croient en lui, parce qu'en ce cas il le fait comme Sauveur. Mais si celui qui croit en Jésus-Christ lui demande sans le savoir une chose qui, lui étant accordée nuirait à son salut, il ne la demande point au nom du Sauveur, puisque ce ne serait point être son Sauveur que de lui accorder une chose qui l'empêcherait de faire son salut. De sorte qu'il est plus expédient dans ces occasions pour celui qui demande quelque chose, que le Seigneur ne fasse rien à sa prière de contraire au nom de Sauveur qu'il porte pour lui, que s'il lui accordait ce qu'il lui demande. C'est pour cela que Jésus, qui est notre maître aussi bien que notre Sauveur, pour pouvoir nous accorder toujours tout ce que nous lui demandons, a bien voulu nous composer lui-même et nous laisser une prière, qui nous apprend tout ce que nous p.470 fin p.471 début devons demander. Cette prière sert aussi à nous faire penser que tous ne demandons pas au nom du maître, quand nous demandons au-delà de ce qui est contenu dans la règle qu'il nous a laissée. "

" Ce n'est pas qu'il n'y ait des choses que nous demandons en son nom, c'est-à-dire qui n'ont rien de contraire, ni à sa qualité de sauveur, ni à sa qualité de maître, quoiqu'il ne nous les accorde pas sur-le-champ ; mais alors, c'est qu'il juge expédient de ne nous les accorder que plus tard. Car lorsque, par exemple, nous lui demandons tous les jours que son règne arrive, ce n'est pas à dire qu'il n'exauce pas notre prière, de ce qu'il ne nous admet pas dès ce moment à régner dans l'éternité avec lui. Il ne rejette pas notre demande ; il diffère seulement pour quelque temps à l'exaucer. Mais ne nous lassons pas plus de prier, que le laboureur ne se lasse de semer, pour que nous puissions faire notre récolte quand le temps de la moisson sera venu. Et afin que notre prière soit telle qu'elle doit être, il faut aussi demander à Dieu qu'il ne nous accorde jamais rien de ce qu'il voit que nous lui demandons mal à propos. C'est cette grâce que nous lui demandons, quand nous le prions de ne pas nous laisser succomber à la tentation. Car ce n'est pas une tentation peu dangereuse, que celle qui nous porte à lui demander ce qui peut nous nuire (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome III, pas. 319-326). "

9. S. BASILE-LE-GRAND, Constitution. monastic., c. 2 (al. 1) : " Il y a deux manière de prier Dieu, dont la première consiste à le glorifier avec une humilité profonde, et la seconde à lui faire des demandes. Lors donc que vous vous présentez à lui dans la prière, ne commencez pas par lui faire des demandes ; car ce serait le moyen de faire voir que votre volonté n'agirait que par un principe d'intérêt, que la nécessité seule vous porterait à vous adresser à lui. C'est pourquoi, au commencement de la prière, oubliez-vous vous-même, oubliez votre femme, oubliez vos enfants, laissez-là la terre, élevez-vous au-dessus de tous les cieux ; éloignez-vous de toutes les créatures visibles et invisibles ; commencez par rendre gloire à celui qui a créé toutes choses, et en le louant, prenez garde que votre esprit ne s'égare de tous côtés et que vous ne contiez des fables comme font les païens ; mais recueillant des saintes Ecritures ce que vous avez à lui dire, parlez-lui ainsi : " Je vous rends p.471 fin p.472 début grâces, à mon Dieu, de la douceur et de la patience extrême avec laquelle vous me souffrez tous les jours, quoique je ne cesse de vous offenser, et de la bonté qui vous porte à nous recevoir tous à pénitence. Car c'est pour cela que vous vous taisez, Seigneur ; et si vous voulez bien nous souffrir, c'est afin que nous vous rendions de très-humbles actions de grâces pour le soin que vous prenez de notre salut, tantôt en nous ramenant par la crainte, tantôt en nous animant par vos exhortations, en nous visitant d'abord par le moyen des prophète que vous nous avez envoyés, et ensuite par la présence même de Jésus-Christ. Car c'est vous qui nous avez formés et nous ne nous sommes point faits nous-mêmes. Vous êtes notre Dieu. "

" Après que vous l'aurez ainsi glorifié, autant qu'il vous aura été possible, et que vous aurez emprunté les paroles de l’Ecriture pour le louer, commencez ensuite avec humilité et dites-lui : J'avoue, Seigneur, que je suis indigne de parler en votre présence, étant comme je le suis un si grand pécheur.

C'est ainsi que vous devez parler, quand même vous ne remarqueriez en vous aucune méchante action. Car quoique nous commettions tous un très-grand nombre de péchés (JAC., V, 2), la plus grande partie nous en échappe et c'est ce qui faisait dire l'Apôtre : Quoique ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas juste pour cela (I Cor., IV, 3). C'était comme s'il eût dit : Il y a bien des péchés que je puis avoir commis sans que je les connaisse. C'est aussi ce qui faisait dire au Prophète : Qui est-ce qui connaît le nombre de ses fautes (Ps. XVIII, 1 3) ? Vous ne mentirez donc point, si vous dites que vous êtes pécheur. Car si vous ne reconnaissez que vous l'êtes en effet, vous péchez en cela même que vous dites que vous n'êtes pas pécheur.

Dites donc plutôt : " Seigneur, je suis le plus grand de tous les pécheurs, ayant violé comme je l'ai fait votre divin commandement, et n'ayant point pratiqué ce que vous m'avez ordonné dans l'Evangile par ces paroles : Lorsque vous aurez accompli tout ce qui vous est commandé, dites encore : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n'avons fait que ce que nous étions obligés de faire (LUC, XVII, 10). "

" Il faut que vous vous occupiez continuellement de cette pensée ; que vous disiez sans cesse en vous-âme : Je suis un serviteur inutile, et que vous observiez aussi cette recommandation de saint Paul : Que chacun par humilité croie les autres au-dessus de soi (Philip., II, 3). Que la prière que vous adressez à Dieu soit donc accompagnée de crainte et d'humilité.

"

p.472 fin p.473 début " Vous lui direz ensuite, en continuant de lui en donner des marques par vos paroles : Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que vous me souffrez malgré mes péchés et de ce que vous ne m'avez pas encore puni jusqu'ici. Car j'ai mérité, je le confesse, et depuis longtemps, de subir une infinité de supplices, et d’être rejeté de devant votre face ; mais votre douceur ne s'est point lassée de me supporter avec une patience incroyable. Je vous en rends grâce encore une fois, ô mon Dieu, quelque incapable que je sois de vous remercier dignement pour une si grande bonté. "

" Après vous être acquitté de ces deux devoirs de louange et d'humilité, employez le reste de votre prière à demander à Dieu ce qu'il est à propos de lui demander, c'est-à-dire, ne lui demandez ni les richesses, ni la gloire de ce monde, ni la santé du corps. Car, comme c'est lui qui vous a formé, il a soin de votre santé et de votre conservation, et il sait ce qui peut être le plus utile pour chacun, de la santé ou de la maladie. Mais demandez-lui le royaume des cieux, comme il vous l'a commandé et il aura soin de vous donner ce qui vous est nécessaire pour la subsistance et les autres besoins de votre corps. En effet, comme notre roi est on ne peut plus grand, il s'indigne quand on ne lui demande que des choses basses et de vil prix, ou quand on ne lui demande que des choses qui ne sont nullement avantageuses. Ne l'irritez donc point par votre prière et ne lui demandez que des choses qui vaillent la peine de vous être accordées par la libéralité d’un roi et d'un Dieu. Mais soyez persuadé que, pourvu que vous lui demandiez des choses dignes d'un Dieu, vous ne sortirez point de sa présence qu'il ne vous les ait octroyées. Car c'est ce qu'il a voulu vous marquer lui-même quand il a dit dans l'Evangile : Si quelqu'un de vous avait un ami, et qu'il l'allât trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Mon cher ami, prêtez-moi trois pains, parce qu'un de mes amis faisant voyage vient d'arriver chez moi, et je n'ai rien à lui donner ; et que cet homme lui répond du dedans de sa maison : Ne m'importunez point, ma porte est déjà fermée et mes enfants sont couchés aussi bien que moi ; je ne puis me lever pour vous en donner ; n'est-il pas vrai que, quand il ne se lèverait pas pour lui en donner à cause qu'il serait son ami, il se lèverait néanmoins à cause de son importunité, et qu'il lui en donnerait autant qu'il en aurait besoin (LUC, XI, 5-8) ? Jésus-Christ nous propose cet exemple, pour nous inviter à être ardents et importuns dans la prière. Car p.473 fin p.474 début l'exemple dont il se sert pour cet effet, est tiré de la conduite d'un homme à l'égard d'un autre homme, pour nous apprendre à ne point nous rebuter, et à ne point nous retirer de devant Dieu, lorsqu'il ne nous accorde pas ce que nous lui demandons, jusqu’à ce qu'enfin il consente à nous l'octroyer. Mais, comme je l'ai déjà dit, cela ne doit s'entendre qu'autant que nous lui demandons ce qui est conforme à sa volonté.

"

" Et ne dites point : Je suis pécheur, il ne m'exaucera pas : Car, pour vous ôter tout sujet de défiance, il a ajouté : Quand il ne se lèverait pas pour lui en donner à cause qu'il serait son ami, il se lèverait néanmoins à cause de son importunité, et il lui en donnerait autant qu'il en aurait besoin. "

" Au reste, quand il se passerait un mois entier, et même trois et quatre années, et encore davantage sans que vous puissiez obtenir l'effet de votre prière ne vous rebutez pas pour cela, mais continuez à le lui demander avec foi, sans vous dispenser, en attendant, de faire tout le bien dont vous êtes capable. . . Car, si un homme s'abandonne lâchement au dérèglement de ses désirs, et se livre ainsi lui-même à ses ennemis, Dieu ne l'assistera et ne l'exaucera point, parce qu'il s'est lui-même éloigné de Dieu par ses péchés. Et en effet, un homme qui désire sincèrement que Dieu l'assiste, ne s'écarte jamais de son devoir, et comme il ne l'abandonne point, Dieu ne l'abandonne point non plus, et il l'assiste toujours. "

" Il faut donc nous mettre en état de n'être point condamnés en quoi que ce soit par notre propre conscience, et dans cette disposition invoquer le secours de Dieu. Mais il ne faut pas l’invoquer lâchement et avec un esprit qui se dissipe et s'égare de tous côtés, puisque ce serait le moyen de l'irriter davantage, au lieu d'obtenir de lui ce que nous lui demanderions. Et en effet, si ceux qui sont devant des princes et des magistrats, ou qui ont à leur parler, demeurent debout en leur présence avec beaucoup de crainte et de tremblement, et tiennent dans une grande attention les yeux de leur âme et de leur corps, au-dedans comme au-dehors d'eux-mêmes, de peur que la dissipation ne les expose à quelque disgrâce, avec combien plus de frayeur et de tremblement ne devons-nous pas nous tenir en présence de Dieu, et n'avoir tout notre esprit appliqué qu'à lui, sans penser à quelque autre chose que ce puisse être, puisque en effet il ne voit pas seulement comme les hommes ce qui paraît au-dehors, mais qu'il pénètre dans tout ce que nous avons de plus secret et de plus intime. "

p.474 fin p.475 début " Si donc vous vous trouvez dans cette disposition devant Dieu, comme vous y êtes obligé et que vous apportiez de votre part tout ce qui dépend de vous, vous ne sortirez point de la prière que vous n'obteniez l'effet de votre demande. Mais si votre conscience vous reproche d'être lâche et négligent, et si, pouvant empêcher la distraction, vous êtes volontairement dissipé dans la prière, n’ayez point la témérité de vous présenter devant Dieu en cet état, de peur que votre prière ne tourne à péché (Ps. CVIII, 6). Ou si, après vous être déjà affaibli par le péché, vous ne pouvez prier sans dissipation d'esprit, faites tous vos efforts pour user de violence sur vous-même, et persistez en la présence de Dieu, en tenant toujours votre esprit occupé de sa divine majesté et recueilli en lui-même autant qu'il est possible ; et Dieu vous pardonnera cette distraction, parce que ce ne sera point par mépris, mais purement par impuissance que vous ne vous serez pas tenu appliqué à sa présence autant qu'il eût été nécessaire. Si vous usez ainsi de violence sur vous-même pour faire tout le bien dont vous êtes capable, vous ne sortirez point de devant lui que vous n'ayez obtenu ce que vous lui avez demandé. . . "

" Mais vous me direz peut-être : J'ai souvent demandé à Dieu cette grâce, et je ne l'ai point obtenue. C'est sans doute parce que vous la lui avez demandée mal, avec doute ou avec distraction, ou que vous l'avez prié de vous donner des choses qui ne vous étaient nullement utiles ; ou que, si vous lui en avez demandé d'utiles, vous n'avez point persévéré dans la prière Car il est écrit : C'est par la patience que vous posséderez vos âmes (LUC, XXI, 19). Et celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu’à la fin (MATTH., X, 22).

Dieu connaît le cœur de ceux qui le prient. . . "

" Il ne diffère peut-être à vous accorder ce que vous lui demandez, que pour éprouver l'assiduité et la ferveur avec laquelle vous vous adresserez à lui, et pour vous faire connaître que, comme c'est un don gratuit et un pur effet de sa libéralité, vous êtes obligé de conserver avec crainte ce qu'il vous aura donné. Et en effet, on conserve avec beaucoup de soin ce qu'on n'a acquis que par de très-grands travaux, de peur qu'en le perdant on ne perde aussi toutes ses peines, et qu'en négligeant la grâce de Dieu, on ne se rende indigne de posséder la vie éternelle (Cf. Les Ascétiques, ou Traités spirituels de saint Basile-le-Grand, trad. par God. Hermant, p. 482-492). "

10. S. BERNARD, Serm. IV de Quadragesimâ

: " Plus la prière p.475 fin p.476 début est efficace quand elle bien faite, plus notre adversaire emploie de ruses pour nous en détourner. Quelquefois il nous en détournera en nous inspirant une certaine pusillanimité d'esprit ou une crainte excessive et déraisonnable. C'est ce qui arrive, lorsque l'homme pense tellement à sa propre indignité qu'il ne tourne point ses regards vers la bonté divine. Car un abîme appelle un autre abîme, un abime lumineux appelle un abîme ténébreux, un abîme de miséricorde appelle un abîme de misère. Car le cœur de tous les hommes est un abîme impénétrable (JEREM., XVII, 9). Mais si mon iniquité est grande, votre bonté Seigneur, est encore bien plus grande. C'est pourquoi, lorsque mon âme se troublera en moi-même, je me rappellerai la multitude de vos miséricordes, et mon âme s'y dilatera ; et lorsque j'entrerai dans la considération de votre puissance, je me garderai bien de me souvenir seulement de votre justice. Toutefois, s'il y a danger à ce que la prière soit trop timide, le danger n'est pas moindre, et il est même plus grand, à ce qu'elle soit téméraire. Ecoutez ce que le Seigneur dit à son prophète de ceux qui prient dans cette autre disposition : Criez sans cesse, faites retentir votre voix comme une trompette, etc. (Is., LVIII, 1). Comme une trompette, dit-il, parce que c'est avec véhémence qu'il faut reprendre les esprits téméraires, ces esprits qui cherchent Dieu, et qui ne se sont pas encore trouvés eux-mêmes. Je ne dis pas ceci pour ôter aux pécheurs la confiance avec laquelle on doit prier ; ce que je demande de leur part, c'est qu'ils prient comme des gens qui ont mérité le châtiment, et non la récompense. Qu'ils demandent le pardon de leurs péchés avec un cœur contrit et dans un esprit d'humilité, de la même manière que ce publicain qui disait : Mon Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur (Luc, XVIII, 13). Je dis qu'il y a témérité quand celui dont la conscience est encore sous le poids d'un péché ou d'une habitude vicieuse, se porte aux choses grandes et éclatantes qui sont au-dessus de lui (Ps. CXXX, 1), sans s'inquiéter en rien des dangers que court son âme. Un troisième danger à craindre, c'est que la prière ne soit tiède au lieu de procéder d’une piété vive. Une prière timide ne pénètre pas, il est vrai, jusque dans le ciel, parce qu'une crainte immodérée glace l'âme en quelque sorte, et bien loin de lui permettre de s'élever en haut, elle l'empêche même de marcher. Mais une prière tiède rend cette élévation de l'âme languissante, en sorte que les forces lui manquent, et qu'elle retombe à terre. La prière téméraire s'élève à la vérité mais elle est repoussée ; car elle p.476 fin p.477 début trouve de la résistance là où elle s'adresse, et bien loin d'obtenir des faveurs, elle s'attire au contraire des disgrâces. Mais la prière qui, en même temps qu'elle sera faite avec foi, sera humble et fervente, pénètre sans aucun doute dans le ciel, et il est certain qu'elle ne restera pas sans effet. "

11. Le même, Serm. V de Quadragesimâ

: " Je vous prie, mes frères de vous trouver toujours prêt à recourir à la prière dont je me souviens de vous avoir dit quelques mots à la fin de notre dernier entretien. Mais toutes les fois que je vous parle de la prière, il me semble vous entendre prononcer dans votre cœur certaines paroles de l'homme, que j'ai entendu souvent prononcer à d'autres, et que quelquefois aussi je me suis entendu prononcer en moi-même. D'où vient que, bien que nous ne cessions pas de prier, il n'arrive presque jamais que quelqu'un de nous ressente l'effet de ses prières. Nous sortons de la prière à peu près dans le même état que nous y sommes entré : personne ne nous répond, personne ne nous donne ;

nous semblons avoir travaillé en vain. Mais que dit Notre-Seigneur dans l’Evangile ? Ne jugez pas selon l'apparence, mais jugez selon la justice (JEAN, VII, 24). Mais qu'est-ce qu'un jugement juste, sinon un jugement inspiré par la foi ? Car le juste vit de la foi (Rom., I, 47). Jugez donc selon la foi, et non d'après votre expérience personnelle, parce que la foi est infaillible, et que votre expérience au contraire est sujette à erreur. Quel est donc l’enseignement de la foi, sinon cette promesse que le Fils de Dieu lui-même nous fait dans son Evangile ? Tout ce que vous demanderez dans la prière, croyez que vous le recevrez, et il vous sera accordé (MARC, XI, 24). Qu'aucun de vous, mes frères, n'ait une faible estime des prières même qu'il fait : car je vous déclare que celui à qui nous adressons nos prière les a lui-même en grande considération. Avant même que cette prière soit sortie de notre bouche, il l'a déjà fait écrire dans ses registres. Et nous avons alors certainement à espérer de deux choses l'une, ou qu'il nous accordera ce que nous lui demandons, ou qu'il nous donnera à la place ce qu'il sait nous être plus utile. Car nous ne savons nous autres prier comme il faut (Rom., VIII, 26) ; mais il a pitié de notre ignorance, et tout en accueillant favorablement notre prière, il ne nous donne point ce qui ne nous serait pas utile, ou ce qui peut être remis à un autre temps ; car la prière ne saurait être infructueuse. Elle ne le sera pas du moins, si nous suivons l’exhortation que nous fait le Psalmiste de mettre notre joie dans le p.477 fin p.478 début Seigneur : Mettez votre joie dans le Seigneur, nous dit-il, et il vous accordera les désirs de votre cœur (Ps. XXXVI, 4). "

12. Le même, Serm. de quatuor modis orandi

: " Celui qui, après avoir persévéré quelque temps dans les gémissements et la pénitence, commence à éprouver la joie a comme l'assurance du pardon, peut demander désormais avec assurance. Seulement, qu'il prenne garde de demander autre chose que ce qu'il doit demander, ou d'omettre de demander ce qu'il doit demander à Dieu, ou de demander avec tiédeur ce qu'il doit demander sans relâche et de toute son âme. Vous demandez et vous ne recevez pas, dit saint Jacques (IV, 3), parce que vous demandez mal, c'est-à-dire conséquemment à vos désirs déréglés. Ainsi se conduit quiconque recherche les biens de la terre au-delà de ses besoins, quiconque ambitionne la gloire ou les plaisirs du monde. Telle est encore la prière de ces hommes animés de l'esprit du siècle, qui demandent dans leurs prières la mort de leurs ennemis, ou d'autres semblables choses qu'il n'est pas permis de demander. Les choses temporelles cependant qui nous manquent, si elles nous sont nécessaires, il nous est permis de les demander ; mais, comme l'observe saint Grégoire (Hom. XXVII in Evang.), nous ne devons pas le faire avec trop d'ardeur. Nous devons mettre en ce dernier rang les biens même spirituels sans lesquels nous pouvons faire notre salut, tels que le don de parler dans une haute sagesse, la vertu d'opérer des guérisons, toutes les choses enfin dont nous ne savons pas s'il est à propos pour nous de les obtenir, comme serait une tentation dont vous seriez tourmenté, et dont vous devriez sans doute demander la délivrance, mais sans y mettre toutefois trop d'insistance, en ne perdant jamais de vue cette sentence de l'Apôtre : Nous ne savons ce que nous devons demander à Dieu dans nos prières pour le prier comme il faut (Rom., VIII, 26) ; et il vaut mieux nous en remettre à Dieu, que de décider là-dessus témérairement en nous-mêmes.

Mais voici ce qu'il faut que vous demandiez sans relâche et de toute votre âme, ce qui doit être le constant objet de vos désirs, de vos soupirs et de vos prières : d'être en grâce auprès de Dieu, de plaire à ses yeux si pleins de honte pour nous, de vivre et de mourir en union avec lui, de mériter, de contempler sa gloire et de le posséder éternellement C'est de ces choses qu'il est dit : Priez sans relâche (LUC, XVIII, 1). C'est ce que le Prophète demandait à Dieu, lorsqu'il disait : Mon visage vous a cherché ; je chercherai, Seigneur, votre face (Ps.

XXVI, 8). Et p.478 fin p.479 début encore : Je demanderai au Seigneur une seule chose, et je la rechercherai uniquement ; c'est d'habiter dans lu maison du Seigneur tous les jours de ma vie (ibidem, v. 4). . . "

" Quelle doit être la pensée d'un religieux qui entre en prière, sinon celle-ci du Prophète : Je passerai dans le lieu du tabernacle admirable jusqu’à la maison de Dieu (Ps. XLI, 5) ? Car, lorsque nous sommes en prières nous devons nous transporter tout entiers dans le ciel, dans ce palais où le Roi des rois est assis sur un trône tout brillant d’étoiles, entouré de l'armée innombrable des esprits bienheureux (DAN., VII, 40). Ce qui faisait dire à celui qui avait le bonheur d'être favorisé de cette vision, dans l'impuissance ou il était de trouver l'expression d'un nombre plus fort : Un million d'anges le servaient, et mille millions étaient devant lui (ibidem). Avec quel respect, avec quelle crainte, avec quelle humilité, vers de terre que nous sommes, ne devons-nous donc pas approcher de ce Roi des rois ! Comme elle doit être humble en même temps qu'empressée, comme elle doit être ardente la prière d'un misérable mortel, qui ose aborder ce roi de gloire, en présence des anges, au milieu de tous les justes assemblés ! Si donc nous avons besoin d'une grande vigilance dans toutes nos actions, c'est surtout dans la prière que cette vertu nous est nécessaire. Car, comme nous le lisons dans notre règle (Reg. S. Bazilii., c. 49), bien que les yeux du Seigneur soient fixés sur nous en tout temps et en tout lieu, c'est surtout dans le temps de nos prières. Et quoique nous soyons toujours vus de lui, nous nous montrons de plus nous-mêmes à lui dans la prière pour nous entretenir, pour ainsi dire, face à face avec lui. Or, encore bien que Dieu soit partout, nos prières doivent aller le trouver dans le ciel ; c'est là que notre pensée doit être dirigée lorsque nous le prions, en sorte que ni le toit de notre oratoire, ni la vaste étendue de l'air, ni 1'épaisseur des nues n’empêche notre âme de s'envoler jusqu’à lui, pour lui dire, en répétant la formule que nous tenons de Jésus-Christ même : Notre Père qui êtes dans les cieux. En effet, le ciel est appelé la demeure ou le trône de Dieu par excellence, parce qu'en comparaison de la claire vue que les saints anges et les âmes des élus ont de Dieu dans le ciel, ce que nous connaissons de lui ici-bas, nous misérables exilés, mérite à peine un nom. Que celui donc qui prie, le fasse dans la même disposition d'esprit que s'il était transporté dans le ciel, en présence de celui qui est mis sur un trône élevé entre les anges restés toujours fidèles et p.479 fin p.480 début ces pauvres humains qu'il a appelés à lui de cette terre maudite, en les tirant de la poussière où ils étaient confondus avec nous. Qu'il se considère, dis-je, comme présenté au Seigneur de toute majesté, et qu'il dise avec Abraham : Je parlerai à mon Seigneur, quoique je ne sois que poussière et que cendre (Gen., XVIII, 27). Et si j'ose le faire, c'est parce que vous me l'ordonnez, et que vous m'avez appris vous-même à le faire, ô source inépuisable de bonté. "

13. S. JEROME, in caput VII Jeremiæ, sur ces paroles du verset 46, Tu erg noli orare, etc. : " Pour épargner au prophète la honte de paraître n'avoir pas obtenu ce qu'il lui aurait demandé, Dieu lui défend de prier pour ce peuple qui refusait de faire pénitence de ses péchés. Quant à ces paroles qu'il ajoute : Ne vous opposez point à moi (ibidem), elles nous font voir que les prières des saints peuvent faire résistance à la colère de Dieu. C'est pour la même raison que le Seigneur disait à Moïse : Laissez-moi faire, afin que. . . je les extermine, et je vous rendrai le chef d'un grand peuple (Exod. XXXII, 40). Nous lisons encore ces autres paroles dans un psaume : Phinées s'éleva et apaisa le Seigneur. . . . , et ce zèle lui fût imputé à justice (Ps. CV, 30). Aaron aussi, ayant pris son encensoir, s'interposa entre le feu et le peuple que ce feu dévorait et la colère de Dieu se trouva apaisée. "

14. Le même, in caput XXVII Jeremiæ, sur ces paroles du verset 48 : Et si prophetæ sunt, et est verbum Domini in eis, occurrant Dormini exercituum : " Ces paroles, qu'ils s'opposent à moi ou au Seigneur des armées, font voir qu'un vrai prophète peut s'opposer au Seigneur par ses prières, comme nous voyons que Moïse s’opposa au Seigneur pour détourner sa colère de dessus son peuple, au moment où il le frappait (Exod., XXXII, 10). Samuel s'est conduit de la même manière (I Samuel, VIII, 6). Le Seigneur dit à Moise : Laissez-moi faire, afin que je frappe ce peuple. En disant : Laissez-moi faire, il marque bien que les prières des saints peuvent l’arrêter. "

15. Le même, lettre XII, à Gaudentius, de l'éducation de la jeune Pacatula : " Nous lisons que le pontife Aaron alla au devant des flammes dévorantes et que, prenant l'encensoir, il apaisa la colère du Seigneur. Le grand-prêtre se tint debout entre la vie et la mort, et le feu n'osa point aller au-delà de ses pieds. Dieu dit à Moïse : (Exod., XXXII, 10). Laissez-moi faire, et je détruirai ce peuple. Quand il dit : Laissez-moi faire, il p.480 fin p.481 début montre qu'on peut le retenir, et l’empêcher d'accomplir sa menace. Et en effet les prières de son serviteur faisaient obstacle à ce qu'il déployât sa puissance (Cf. Œuvres choisies de saint Jérôme, etc., trad. par Collombet, tome V, pag. 398-399). "

16. TERTULLIEN, Apologétique, c. 30 : "

Les yeux élevés au ciel, les mains étendues, parce qu'elles sont pures, la tête nue, parce que nous n'avons à rougir de rien, sans ministre qui nous enseigne des formules de prières parce que chez nous c'est le cœur qui prie, nous demandons pour les empereurs, quels qu'ils soient, une longue vie, un règne tranquille, la sûreté dans leur palais, la valeur dans les armées, la fidélité dans le sénat, la vertu dans le peuple, la paix dans le monde entier, enfin, tout ce que peut ambitionner un homme, tout ce que peut ambitionner un empereur. Vœux magnifiques ! . . . Je ne puis les adresser qu'à celui qui a le pouvoir de m'exaucer, parce qu'il est l'unique dispensateur des grâces, parce que je suis le seul qui aie le droit de les obtenir, comme son serviteur, comme son adorateur, prêt à être immolé pour sa loi. . . . . Tandis que nous épanchons ainsi notre âme devant Dieu, déchirez-nous, si vous le trouvez bon, avec des ongles de fer ; attachez-nous à des croix ; que vos flammes nous caressent de leurs langues dévorantes que vos poignards se plongent dans nos gorges, que vos bêtes féroces s'élancent sur nous, la seule attitude du chrétien en prière vous témoigne qu'il est prêt à tout souffrir. Courage donc, zélés magistrats, arrachez à cet homme une âme qui invoque son Dieu pour le salut de l'empereur ! . . . La vérité, le dévouement à Dieu, voilà donc nos crimes (Cf. Les Père de l'Eglise, etc., trad. par M. de Genoude, t. VII, p. 60). "

17. S. AUGUSTIN, Lib. de curâ pro mortuis gerendâ, c. 5 : " Ceux qui prient font prendre à leur corps la posture qui convient à des suppliants, en fléchissant les genoux, en étendant les mains, en se prosternant en terre, et autres actions semblables qui témoignent de leurs sentiments, quoique la disposition intime, et par-là même invisible, de leur volonté et de leur cœur soit connue de Dieu, qui n'a pas besoin de ces indices pour découvrir les sentiments de l'homme les plus cachés ; mais c'est l'homme lui-même qui s'excite par le moyen de ces signes à prier et à gémir p.481 fin p.482 début avec plus d'humilité et de ferveur. Je ne sais même comment il se fait que, tandis que ces mouvements corporels ne peuvent avoir lieu qu’à la suite de quelques mouvements de l’âme, ils ajoutent cependant à ceux-ci une nouvelle intensité, en sorte qu’après leur avoir donné naissance, ils en reçoivent eux-mêmes leur aliment. Toutefois, si quelqu'un se trouve empêché, soit par quelque force extérieure, soit autrement, de plier ses membres à ces démonstrations sensibles de sa piété et de sa religion, l'homme intérieur n’en prie pas moins en lui, et Dieu, témoin secret de ses sentiments de componction, le voit prosterné devant ses yeux, alors même qu'une infirmité le retient couché dans son lit. "

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