Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 147)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

7. Le même, c. 11 : " Ce n'est donc qu’à nous-mêmes que ces paroles sont nécessaires dans la prière pour nous rendre présent à l'esprit ce que nous avons à demander, et non pour fléchir Dieu, ou pour lui apprendre ce que nous désirons. Ainsi, lorsque nous lui disons, Que votre nom soit sanctifié, c’est pour nous avertir nous-mêmes que nous devons désirer que le nom de Dieu, qui ne peut jamais cesser d'être saint, soit regardé comme saint parmi les hommes, c'est-à-dire, qu'il y soit toujours respecté (ce qui ne tourne qu’à notre avantage, et non au sien) ; et quand nous disons, Que votre règne arrive, ce règne qui viendra infailliblement, quels que soient nos désirs à cet égard, c'est pour nous exciter à le désirer, afin qu'il vienne pour nous, et que nous y régnions avec Dieu. Quand nous lui disons, Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, nous lui demandons qu'il nous fasse obéir à sa sainte volonté afin qu'elle s'accomplisse par nous sur la terre, comme les saints anges l'accomplissent dans le ciel. Quand nous lui disons, Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour, nous lui demandons pendant le cours de cette vie, signifié par ce mot aujourd’hui, p.511 fin p.512 début ce qui est nécessaire pour notre subsistance, désigne par le pain, qui est le principal de tous nos aliments, et nous lui demandons encore le sacrement des fidèles qui nous est nécessaire en cette vie pour acquérir, non une félicité temporelle, mais celle de l'éternité. Quand nous lui disons, Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, nous nous remettons à nous-mêmes devant les yeux ce que nous devons demander, et ce que nous avons à faire pour l'obtenir. Quand nous lui disons, Ne nous abandonnez point à la tentation, nous nous excitons nous-même à lui demander que sa grâce ne nous abandonne pas, et qu'ainsi nous ne soyons jamais ni séduits par la surprise, ni emportés par la violence d'aucune tentation. Enfin, quand nous lui disons, Délivrez-nous du mal, c'est pour nous faire souvenir que nous ne sommes pas encore dans cet heureux état où nous n'aurons aucun mal à souffrir. Ces dernières paroles de l’oraison dominicale sont d'une si grande étendue, qu'elles comprennent tout ce que peut demander un chrétien en quelque affliction qu'il puisse se trouver, et tout ce qui peut être le sujet de ses larmes et de ses prières : c'est par-là qu'il faut qu'il les commence, qu'il les continue et qu'il les achève. Nous avions donc besoin des paroles que renferme cette prière, comme d'un mémorial des choses que nous avons à demander. "

8. Le même, c. 12 : " Car, de quelques autres paroles que nous puissions nous servir en priant, soit que le mouvement du cœur nous les inspire pour s'épancher au-dehors par leur moyen, soit qu'elles aient pour objet de seconder ce mouvement lui-même, nous ne disons autre chose, si nous prions comme il faut, que ce qui est compris dans l'oraison dominicale. Et lorsque nous disons autre chose, ou que nous faisons des demandes qui ne peuvent se rapporter à celles-là, notre prière si elle n'est mauvaise et vicieuse, est au moins terrestre et charnelle ; et dès-lors je ne sais même comment on peut s'empêche de dire qu'elle est mauvaise, puisque ceux qui ont été régénérés par l'esprit ne doivent prier que d'une manière toute spirituelle. "

" Aussi voyons-nous que toutes les prières des saints dans l'Ancien-Testament se rapportent à l'oraison dominicale. Car celui qui dit dans un endroit, Soyez glorifié dans toutes les nations, comme vous l’êtes parmi nous (Ecclé., XXXVI, 4) et ailleurs : Que vos prophéties soient reconnus fidèles et véridiques (ibid., 18), que dit-il autre chose, sinon : Que votre nom soit sanctifié ? Celui qui dit : Dieu des vertus, tournez-vous vers nous, faites luire sur p.512 fin p.513 début nous la lumière de votre visage, et nous serons sauvés (Ps. LXXIX, 4), que dit-il autre chose, sinon : Que votre règne arrive ? Celui qui dit : Dressez mes pas dans la voie de vos préceptes afin que nulle iniquité ne me surmonte (Ps. CXVIII, 133), que dit-il autre chose, sinon : Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel ? Celui qui dit : Ne me donnez point de richesses, mais ne me laissez pas non plus tomber dans la pauvreté (Prov., XXX, 8), que dit-il autre chose, sinon : Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour ? Celui qui dit dans un endroit : Seigneur, souvenez-vous de David et de son extrême douceur (Ps. CXXXI, 1), et ailleurs : Si j’ai rendu le mal pour le mal à ceux qui m'en ont fait, que je succombe devant mes ennemis (Ps. VII, 8), que dit-il autre chose, sinon : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ? Celui qui dit : Délivrez-moi de la concupiscence de la chair, et faites qu'aucun désir d'impureté ne s'empare de moi (Ecclé., XXIII, 6), que dit-il autre chose, sinon : Ne nous laissez pas succomber à la tentation ? Enfin celui qui dit : Retirez-moi, ô mon Dieu, des mains de mes ennemis, et délivrez-moi de ceux qui s'élèvent contre moi (Ps. LVIII, 1), que dit-il autre chose, sinon : Délivrez-nous du mal ? Parcourez ainsi toutes les prières qui se trouvent dans l’Ecriture sainte, et vous n'y trouverez rien qui ne soit compris dans l'oraison dominicale. On peut donc, il est vrai, prier en d'autres termes ; mais on ne peut rien demander au-delà des choses comprises dans cette divine prière. "

" C'est là ce que nous devons demander sans hésiter, et pour nous-mêmes, et pour nos proches, et nos amis, et pour les étrangers, et pour nos ennemis mêmes, quoique, selon les diverses liaisons et les divers degrés d'amitié on puisse, ou être disposé de longue main, ou se sentir tout d'un coup porté à prier avec plus d'ardeur pour les uns que pour les autres. Quant à ceux qui disent à Dieu dans leurs prières : Seigneur, augmentez mes richesses, ou : Donnez-moi autant de biens que vous en avez donné à celui-ci ou celui-lit, ou : Faites-moi croître en honneurs et en dignités, ou : Rendez-moi puissant, et donnez-moi de la considération dans le monde, ou autres choses semblables, et qui les demandent par un mouvement de cupidité et non en vue de s'en servir selon Dieu pour le bien du prochain ; je ne crois pas qu'ils trouvent rien dans l'oraison dominicale, à quoi ils puissent rapporter de telles demandes. Si donc ils n'ont pas honte de désirer de pareilles choses, qu'ils en aient au moins de les demander ; et si, quoiqu'ils aient honte même de les désirer p.513 fin p.514 début leur cupidité les emporte et les leur fait demander, que ne demandent-ils plutôt à celui à qui nous disons : Délivrez-nous du mal, qu'il les délivre du mal de cette cupidité même ? . . . "

9. Le même, c. 14 : " L'impatience de quelques-uns a fait que Dieu par un effet de sa colère leur a accordé ce qu'ils demandaient ; comme au contraire ç’a été par un effet de sa miséricorde qu’il a refusé à saint Paul ce que lui demandait cet apôtre. C'est ainsi qu'il exauça dans le désert la prière des Israélites (Nom., XI, 33) ; mais leur avidité ne fut pas plutôt rassasiée, que leur impatience fut très-sévèrement punie. C'est ainsi qu'il leur accorda un roi selon leur cœur, comme dit l'Ecriture, et non pas selon le sien : c’est ainsi qu'il accorda au démon même ce qu'il désirait en lui permettant de tenter le saint homme Job, dont Dieu voulait faire éclater la patience et la vertu (JOB, I,

12 ; II, 6). C'est ainsi enfin que Jésus-Christ permit à une légion de démons de se jeter dans un troupeau de pourceaux (LUC, VIII, 32). "

" Si donc l'Ecriture a eu soin de nous conserver ces exemples, c'est pour nous apprendre à ne pas nous faire un mérite de nous trouver exaucés, lorsque c'est notre impatience qui nous a fait demander à Dieu des choses qu'il nous aurait été plus avantageux de ne pas obtenir ; et à ne pas nous abattre, comme si la miséricorde de Dieu était fermée pour nous, lorsqu'il ne nous exauce pas sur des articles qui n'iraient qu’à nous causer de nouvelles douleurs bien plus cuisantes que celles dont nous voudrions être délivrés ou nous mettre dans un état de prospérité capable de nous corrompre et de nous perdre.

Convenons donc que, dans ces sortes de choses, nous ne savons si ce que nous demandons est ce qu'il faut demander, et quand le contraire de ce que nous demandons arrive, supportons-le avec patience, et rendons grâces à Dieu de tout, ne doutant point que ce que Dieu a voulu ne soit ce qui nous convient, plutôt que ce que nous voutions. C'est sur quoi notre divin Médiateur nous a montré l'exemple, lorsqu'après avoir dit à son Père par un mouvement emprunté de la volonté de ceux dont il avait bien voulu prendre la nature : Mon Père s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi (MATTH., XXVI, 39), il ajouta aussitôt : Néanmoins que votre volonté s'accomplisse, et non pas la mienne ; et c'est ainsi qu'il est vrai de dire que l'obéissance d’un seul a été la source de la justification de plusieurs (Cf. Lettres de saint Augustin, t. III, pag. 317-331, 335-337). "

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10. Le même, Serm. V de verbis Domini : "

Si vous voulez acquérir la justice, mendiez-la auprès de Dieu, qui vous avertissait tout-à-l'heure dans son évangile de demander, de chercher, de frapper à sa porte. Il savait quel mendiant avait besoin de lui, et voilà ce père de famille, ce grand riche, j'entends en richesses spirituelles et éternelles, qui vous adresse cette exhortation : Demandez, cherchez, frappez. Celui qui demande reçoit ; qui cherche trouve, et on ouvrira à celui qui frappe. Il vous exhorte à demander ; si vous lui demandez effectivement, vous payera-t-il d'un refus ? Rappelez-vous cette exhortation tirée de la comparaison d'un riche avare : Il y avait, dit Notre-Seigneur, un juge dans une certaine ville, qui ne craignait point Dieu, et ne se souciait point des hommes ; et il y avait aussi dans la même ville une veuve qui venait souvent le trouver, en lui disant : Faites-moi justice de ma partie : Et il fut longtemps sans vouloir le faire (LUC, XVIII, 2-5) ; mais elle insistait toujours, si bien qu'il accorda à l'importunité ce qu'il refusait d'accorder au besoin. Jésus-Christ a employé encore cette autre comparaison, pour nous engager à lui adresser nos demandes : Quelqu'un à qui un hôte venait d'arriver alla trouver son ami, et lui dit, en frappant à sa porte : Quelqu'un m'est arrivé qui demande à loger chez moi ; prêtez-moi trois pains ; l'autre lui répond : Je suis au lit, et mes serviteurs sont également couchés. Mais son ami ne se désiste pas pour cela de sa demande ; il insiste, il frappe, et il mendie comme un ami peut le faire auprès de son ami. Qu'est-ce que Notre-Seigneur ajoute ? Je vous dis que, quand même il ne se lèverait pas pour lui donner ce qu'il lui demande à cause qu'il est son ami, il se lèverait néanmoins à cause de son importunité, et lui donnerait autant de pains qu'il en voudrait (LUC, XI, 5-8). Ce n'est pas à cause de son amitié qu'il lui donne, dit Notre-Seigneur, mais à cause de son importunité. Que signifient ces paroles, à cause de son importunité ? Elles signifient que cet homme, malgré le refus qu'il venait d'essuyer, ne cessait pas de frapper pour cela, et ne se désistait point de sa demande. A combien plus forte raison Dieu ne nous accordera-t-il pas ce que nous lui demanderons, lui qui est la bonté même, qui nous exhorte le premier à lui demander, qui s'indigne si nous ne lui demandons pas, et qui, lorsqu'il diffère d'accorder ce que nous lui demandons, n'agit pas ainsi en vue de nous refuser, mais pour nous rendre ses dons plus recommandables ? Car ce qu'on désire depuis plus longtemps, fait un plaisir plus doux lorsqu'on l'obtient ; tandis qu'au contraire ce qui est accordé p.515 fin p.516 début à la première demande : perd par-là même de son prix. Demandez, cherchez, redoublez d'instances. En demandant et en cherchant, vous acquerrez de nouveaux titres pour obtenir. Dieu vous tient en réserve ce qu'il refuse de vous donner tout de suite, pour vous apprendre à désirer ardemment d'aussi grands biens que ceux qu'il vous offre. Il faut donc toujours demander, et ne jamais nous lasser de le faire. Car nous sommes les mendiants de Dieu, en même temps que d'autres mendiants nous demandent à nous-mêmes.

Si nous voulons qu'il nous reconnaisse pour ses mendiants, reconnaissons aussi les nôtres. "

11. S. CYPRIEN, de Oratione dominicâ (Nous avons déjà observé que ce traité n'est pas de saint Cyprien, mais de Rufin d'Aquilée) : " Puisque nous avons un avocat qui intercède auprès du Père pour nos péchés, pécheurs que nous sommes, lorsque nous demandons qu'ils nous soient pardonnés, n’employons pas d'autres paroles que celles de notre intercesseur. S'il est vrai qu'il a dit : " Tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, vous l'obtiendrez, " à plus forte raison sommes-nous assurés d'obtenir ce que nous demanderons au nom de Jésus-Christ en le demandant par ses propres paroles. "

" Lorsque nous prions, que ce soit avec le calme de l'esprit et une crainte respectueuse. Rappelons-nous que nous sommes en la présence de Dieu, et que nous devons chercher à lui plaire aussi bien par l'attitude du corps que par le son de la voix. . . Qu'ils sont nombreux, qu'ils sont féconds, qu'ils sont sublimes, frères bien-aimés, les mystères renfermés dans l'Oraison dominicale ! Resserrés dans des formules courtes, il est vrai, mais abondantes en vertu, ils présentent un tableau abrégé de la doctrine évangélique et embrassent, dans leur énergique brièveté tous les besoins de l'homme. "

" Le Seigneur ne se contenta point de nous apprendre à prier ; il nous prouva la nécessité de la prière par l'autorité de ses exemples. Lui-même priait fréquemment.

L'Evangile nous le montre, tantôt s'enfonçant dans la solitude, tantôt se retirant sur la montagne pour s'entretenir avec son Père, et passant les nuits entières dans l'oraison. "

" L'innocence priait ! que doivent faire les criminels ? Les nuits du juste par excellence s'écoulaient dans l'oraison ! quelle obligation impérieuse pour des pécheurs de consacrer aux veilles p.516 fin p.517 début et à l'oraison les heures du sommeil ! Et pourquoi priait-il ? Ce n'était pas pour lui, sans doute. L'innocence n'avait rien à demander. Il priait pour nos fautes, ainsi qu'il le déclare lui-même (LUC, XXII, 31-32) : " Satan a demandé à vous cribler comme le froment. Quant à moi, j'ai prié pour que votre foi ne vienne pas à défaillir. " Puis, quelques moments après, il s'adresse à son Père ;

mais alors ce n'est plus pour un seul qu'il l'invoque, c'est pour tous sans exception : " Je ne prie pas seulement pour eux, mais pour tous ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous ensemble ils soient un, comme vous, mon Père vous êtes en moi, et moi en vous, et qu'ils soient de même un en nous (JEAN, XVII, 20-21). " Prodige d'amour et de miséricorde ! Pouvait-il pousser plus loin la sollicitude pour notre salut ? Non content de nous avoir rachetés, il joint encore l'intercession à l'effusion de son sang. Mais comprenons bien la nature de ses désirs : il veut qu'à l'exemple du Père et du Fils, qui ne sont qu'une seule et même chose, nous demeurions tous retenus dans les mêmes liens. Jugez par-là quel est le crime du téméraire qui brise les nœuds de cette précieuse unité, que Jésus-Christ appelle de ses vœux, parce que son peuple, il le sait bien, ne peut se sauver que par la paix, et que jamais la discorde n'entrera dans le royaume de Dieu. " " Quand nous vaquons à la prière, notre cœur doit s'y appliquer exclusivement, bannir toutes les réminiscences de la terre, et n'entretenir d'autre pensée que celle de Dieu. C'est dans ce but que le prêtre à l'autel, avant de commencer l'oraison, prépare au recueillement l'esprit des fidèles par cette invitation : " Elevez vos cœurs ! " et que l'assistance répond : " Nous les tenons élevés vers le Seigneur. " Fermons donc à l'ennemi toutes les avenues de notre âme, pour n'y laisser entrer que Dieu. Trop souvent le démon se glisse dans les abords de notre cœur, il s'y embusque furtivement, et là il surprend au passage nos prières puis les détourne du Seigneur, afin que nos lèvres et nos pensées soient en désaccord. Cependant, qui l'ignore ? C'est bien moins la bouche que la volonté, qui doit prier avec une religieuse attention. Quelle étrange indolence que de se laisser entraîner à d'oiseuses et profanes préoccupations comme si la pensée de Dieu ne devait pas alors absorber toutes les autres ! Vous voulez que le Seigneur vous entende, et vous ne vous entendez pas vous-même ! Vous voulez qu'il se souvienne de vous, et vous vous souvenez à peine de lui ! Est-ce la faire bonne garde contre p.517 fin p.518 début l'ennemi ? Non, sans doute ; c'est outrager par une coupable négligence le Dieu que l'on implore ; c'est veiller des yeux, il est vrai, mais dormir du cœur, tandis que le chrétien doit veiller incessamment du cœur lors même que ses yeux s'assoupissent, semblable à l'épouse qui s'écrie au nom de L’Eglise : " Je dors, mais mon cœur veille. " - " Persévérez et veillez dans la prière, " nous crie encore l'Apôtre, afin de nous rappeler que les veilles et la prière ont seules le secret de fléchir le Seigneur. "

" Mais ne vous présentez pas à la prière les mains vides. Une oraison que les œuvres de charité n'accompagnent pas est inefficace, stérile. " Tout arbre qui ne produit pas de fruits est coupé et jeté au feu. " De même les suffrages célestes ne sont pas pour une demande qui arrive là-haut sans le cortège des bonnes œuvres. " La prière est bonne, dit encore l'Ecriture (Tob., XII, 8), quand elle a pour cortège le jeûne et l'aumône. " Car le même Dieu qui doit venir, au jour du jugement, récompense les aumônes et la charité, se montre, dès ce monde, prêt à écouter les demandes de celui qui joint la miséricorde à la prière.

C'est ainsi que le centurion Corneille mérita d'être exaucé, parce que sa vie n'était qu'un long enchaînement d'oraisons et d'aumônes. Un ange lui apparut vers la neuvième heure :

Corneille, lui dit-il, ta prière et tes aumônes sont montées en présence de Dieu, et il s'est souvenu de toi. Vous le voyez ! les prières montent plus facilement vers le trône de Dieu, soutenues et portées par les bonnes œuvres. L'archange Raphaël rend un semblable témoignage à Tobie, cet homme d'oraison et de miséricorde : Il est honorable de révéler et de confesser les œuvres de Dieu. Quand tu priais avec Sara, je présentais ta prière devant le trône et les splendeurs de Dieu ; et parce que tu ensevelissais les morts, que tu laissais sans retard ton repas, et que tu cachais durant le jour les morts en ta maison, et que tu les ensevelissais la nuit, il a été nécessaire que la tentation t'éprouvât. Et maintenant le Seigneur m'a envoyé pour te guérir, toi et Sara, la femme de ton fils ; car je suis l'ange Raphaël, l'un des sept qui assistent devant les splendeurs du Très-Haut (Cf. Les Pères de l'Eglise, t. V, trad. par M. de Genoude). "

12. S. AMBROISE, Lib. III de Virginibus : " Tâchons par des prières fréquentes de nous rendre Dieu favorable ; car si le Prophète a dit à Dieu : J'ai chanté vos louanges sept fois le jour (Ps. CXVIII, 164), lui qui était engagé dans les embarras de la royauté, que ne devons-nous pas faire nous-mêmes, nous à qui p.518 fin p.519 début a été intimé ce précepte :

Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation (MATTH., XXVI, 41) ? Au moins faisons les prières d'usage accompagnées d’actions de grâces, lorsque nous quittons le lit, lorsque nous sortons, lorsque nous sommes pour prendre notre repas, lorsque nous venons de le prendre, l'heure de l'encens, et enfin lorsque nous sommes au moment de nous coucher. Mais même pendant que vous êtes au lit, je voudrais que vous répétassiez en vous-même des psaumes avec l'oraison dominicale, soit dans vos intervalles de sommeil, soit avant de pouvoir vous endormir, afin que, libre de toute affaire séculière, dès le moment de votre entrée au lit, vous vous trouviez occupée de saintes pensées au moment d'être emportée par le sommeil. Enfin, celui-là même (Pythagore) qui adonné à la philosophie le nom qu'elle a encore aujourd'hui, prescrivait tous les jours à un joueur de flûte de lui jouer quelque air tendre au moment où il allait se mettre au lit, pour reposer son âme fatiguée des occupations de la journée. Mais ce philosophe, semblable en cela à celui qui laverait une brique, cherchait vainement à se délivrer des pensées du siècle au moyen d'une autre chose du siècle et en demandant à la volupté un remède à son mal, il ne faisait que s'enfoncer de plus en plus dans la fange. Nous autres au contraire, purifions nos âmes de tous les vices dont le corps est l'instrument, en nous détachant de plus en plus de toute affection terrestre. Nous devons aussi réciter tous les matins en particulier le symbole de notre foi, après l'avoir gravé comme un sceau dans notre cœur. Revenons-y encore toutes les fois que nous nous trouvons en quelque péril. Car un guerrier dans sa tente ou sur un champ de bataille peut-il se dépouiller de ses insignes militaires ? "

15. Le même, Serm. XCIII (al. 92) in natali sanctorum martyrum Nazarii et Celsi : " La prière quand on y joint des œuvres de mortification, de justice et de charité, nous élève au-dessus de ce monde qui passe, pénètre jusque dans le ciel, et est porté par l'ange jusqu'au trône de Dieu même, conformément à ce que l'ange Raphaël a dit quelque part : Lorsque vous priiez, j'offrais votre prière au Très-Haut (Tob., XII, 12). Heureuse l'âme, mes frères, dont les désirs, dont les vœux, dont les prières exemptes de toute infidélité, pures de toute affection grossière et charnelle, étrangère à tout sentiment de haine ou d'animosité mais animée d'une foi vive, fortes du témoignage de la conscience, respirant l'odeur de la pureté, répandant autour d'elles p.519 fin p.520 début le parfum de la charité et de la concorde, s'élèvent jusqu’à Dieu comme un agréable encens, comme la fumée d’un holocauste, présentées à son trône par les messagers célestes. "

14. S. CHRYSOSTOME, Lib. I de Precatione : " Comme le soleil illumine les corps, ainsi la prière éclaire nos esprits. Si donc c'est un malheur pour un aveugle d'être privé de la vue du soleil, quel malheur n'est-ce pas pour un chrétien de ne pas prier sans cesse, et de ne pas introduire par la prière la lumière de Jésus-Christ dans son cœur. Qui n'admirerait cependant cette bonté de Dieu, et cet honneur qu'il nous fait, de nous admettre à le prier et à nous entretenir avec lui ?

Car c'est à Dieu même que nous parlons dans le temps de la prière par laquelle nous pouvons nous associer aux anges, et mettre une distance incommensurable entre nous et les êtres privés de raison. Car la prière est le propre office des anges ; elle est même d’une dignité supérieure à la leur, s'il est vrai que converser avec Dieu, ce soit s'élever au-dessus des anges. Or, ils nous font voir eux-mêmes que c'est quelque chose de plus élevé, puisque ce n'est qu'en tremblant qu'ils présentent nos prières, nous apprenant par leur exemple à nous acquitter de ce même devoir avec joie et crainte tout à la fois : avec crainte, parce que nous devons craindre en effet d'être indignes de paraître devant Dieu ; avec joie, il cause de l'honneur accordé à notre nature mortelle d'entrer ainsi en intimité avec Dieu même, et de passer par ce moyen de notre état de mortalité à l'état d'une vie immortelle. . . Car si ceux qui conversent habituellement avec un roi, et qui sont honorés de ses faveurs, ne sauraient être pauvres, il est, encore bien plus impossible que ceux que Dieu admet à converser avec lui aient à craindre la mort ; au moins quant à leurs âmes : car la mort de l'âme, c'est une vie criminelle. Il suit de là que la vie de l’âme consiste à servir Dieu, et à faire ce que ce service exige de sa part ; or, c'est la prière qui procure à l'âme cette vie sainte et conforme à ce que le service de Dieu demande d'elle, c'est elle qui lui amasse ce riche trésor. . . Car il n'est pas possible, non, il ne l'est pas, que, demandant à Dieu la tempérance, la justice, la douceur, la bonté, nous n'obtenions pas l'effet de notre prière. Demandez, a dit le Sauveur, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et il vous sera ouvert ; car quiconque demande, reçoit ; qui cherche trouve, et on ouvrira à celui qui frappe (MATTH., VII, 7 ; LUC, XI, 9-10). Et ailleurs : Qui est celui d'entre vous qui donnerait à son fils une pierre, si celui-ci demandait p.520 fin p.521 début du pain ; ou un serpent, s'il lui demandait un poison ; ou un scorpion, s'il lui demandait un œuf ? Si donc vous, quoique vous soyez méchants, vous savez néanmoins donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le ciel donnera-t-il le bon esprit à ceux qui le lui demandent (Luc, XI, 41-45) ? En nous adressant de telles paroles, en nous faisant de telles promesses, le Maître de l'univers nous invite sans doute à le prier ; nous devons donc, pour obéir à Dieu, composer, pour ainsi dire, notre vie entière du chant des hymnes et de la prière, plus occupés du soin de lui rendre le culte qui lui est dû que de celui de nos intérêts les plus chers. Ce sera là le moyen de vivre toujours comme il convient à la dignité de notre nature. Celui qui ne prie pas Dieu, et qui ne cherche pas continuellement à s'entretenir avec lui, est véritablement mort ; il est sans âme, ou il a perdu le sens. Car, quelle plus forte preuve quelqu'un peut-il donner de sa folie, que d'ignorer sa propre grandeur, en se tenant dans l'indifférence par rapport à la prière et en refusant de croire que l'oubli de Dieu est la mort de l’âme ? . . . "

" Que de ne faire aucune prière ce soit pour nous un mal plus grand que la mort même, c'est ce que nous enseigne bien éloquemment Daniel, ce grand prophète, lorsqu'il préfère s’exposer à la mort, plutôt que de rester trois jours seulement sans prier. Car le roi des Perses ne commandait à Daniel aucune action impie ; tout ce qu'il exigeait de lui, c'était de rester trois jours sans adresser de prières (à aucun autre dieu ou à aucun autre homme qu’à lui. Mais le prophète ne peut consentir à rester sans prier même ce court espace de temps) (Les deux lignes renfermées ici entre parenthèses ne se trouvent pas dans l'édition de Gaume), attendu que sans Dieu nous ne sommes capables d'aucun bien ; la grâce de Dieu au contraire nous vient en aide dans nos travaux, et s'empresse de nous les alléger, si elle nous trouve appliqué à la prière, continuellement en posture de suppliants devant lui, et n'attendant que de sa bonté tous les biens désirables. Quand donc je vois quelqu'un indifférence pour la prière, et sans ardeur ni amour pour ce saint exercice, il m'est évident dès-lors qu'il n'est animé d'aucun sentiment généreux. Lorsqu'au contraire j'en vois un autre ne pouvoir se rassasier de rendre à Dieu ses devoirs, et regarder comme le plus grand de tous les malheurs celui de ne pas prier sans cesse, je prononce de lui sans crainte que p.521 fin p.522 début son âme est un temple vivant de Dieu et le sanctuaire de toutes les vertus. Car si, comme le dit le roi Salomon (Ceci ne paraît pas tout-à-fait exact, l'Ecclésiastique étant l'ouvrage de Jésus, fils de Sirach, et non du roi Salomon, comme le dit ici l'auteur de cet opuscule, qui d'ailleurs n'est peut-être pas saint Chrysostôme ; car D. Montfaucon a rangé les deux livres De precatione, dont il est question ici, parmi les ouvrages dont il est douteux qu'ils soient de ce Père), le vêtement du corps, le rire des dents, la démarche de l'homme font connaître quel il est (Ecclé., XIX, 27), la prière et les autres actes de religion sont bien mieux encore le signe de la sainteté ; c’est comme un vêtement spirituel et divin qui donne de la grâce et une véritable beauté à notre âme ; qui met l'harmonie dans toute notre conduite ; qui nous empêche de nous porter quoi que ce soit de répréhensible ou d'inconvenant ; qui nous inspire la crainte de Dieu, et l'estime de l'honneur qu'il nous fait de converser avec lui ; qui nous apprend à déjouer toutes les ruses de l'esprit infernal ; qui écarte de notre esprit les mauvaises pensées et nous porte à dédaigner les voluptés sensuelles. Car c'est là le seul orgueil permis aux disciples de Jésus-Christ, de ne vouloir servir aucune passion mauvaise et de conserver son âme dans une sainte liberté. "

" Je crois démontré pour tout le monde qu'il est impossible d'être vertueux, ou de persévérer à l’être, sans la prière. Et comment l'être en effet si l'on ne recourt continuellement à celui qui donne et soutient la vertu ? Comment quelqu'un pourrait-il aspirer à la pratique exacte de la tempérance t de la justice, sans mettre son bonheur à s'entretenir avec celui qui nous en a imposé le devoir ? Mais je veux vous faire voir en outre que, quand même nous entrerions en prière couverts de crimes, nous en sortirions bientôt purifiés. En effet, quoi de plus grand et même de plus divin que la prière qui peut servir d'antidote à toute les maladies de nos âmes ? . . . "

" Or, que la prière purifie sans peine une âme de ses péchés, c’est ce que nous enseigne l'exemple du publicain, qui n'eut pas plus tôt demandé à Dieu son pardon, qu'il l'obtint ; c'est ce que nous enseigne aussi celui du lépreux, qui fut guéri en même temps qu'il se jeta aux pieds du Sauveur (LUC, XVIII, 13, 35 et suiv.). Car si Dieu n'a pas fait attendre la guérison que ce lépreux lui demandait d'un vice corporel, il sera encore bien plus porté à guérir une âme de ses maux ; puisque, plus l'âme est au-dessus du corps, plus il est raisonnable que Dieu témoigne p.522 fin p.523 début la sollicitude qu'il a pour eux. Nous pourrions rapporter de même mille autres exemples tant anciens que nouveaux, si nous voulions énumérer tous ceux qui ont dû leur salut à la prière. Mais peut-être quelqu'un de ceux à qui une prière fervente et continuelle paraît une charge accablante ou trop pénible nous objectera-t-il ces paroles de Jésus-Christ : Tous ceux qui disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux, mais ceux-là seulement qui font lu volonté de mon Père qui est dans le ciel (MATTH., VII, 24). Si ma pensée était que la prière toute seule suffise pour le salut, on aurait peut-être raison de m'objecter ces paroles ; mais on a tort de me les opposer, lorsque je me borne à dire que la prière est pour nous le principe de tous les biens, le fondement et la racine d'une vie vertueuse. Car ni la tempérance ne peut nous sauver toute seule sans les autres vertus, ni la pratique seule de l'aumône ne peut nous sauver non plus, ni la douceur toute seule, ni toute autre vertu, si les autres ne l'accompagnent ; mais il faut que toutes ensemble elles concourent au salut de notre âme : or, le fondement et la racine de toutes les vertus, c'est la piété. Et de même qu'un navire ou tout autre bâtiment emprunte sa solidité des bases qu'on lui donne, ainsi l’édifice entier de la vertu n'a pas d'autre fondement que la prière : sans elle point de vertus pour nous, point de salut par conséquent. C’est pour cela que saint Paul insiste tant sur ce précepte, lorsqu'il dit dans ses épitres : Persévérez et veillez dans la prière, en l’accompagnant d'action de grâces (Col ., IV, 2) ; Priez sans relâche, rendez grâces de toutes choses, car telle est la volonté de Dieu (I Thess., V, 17-18) ; invoquez Dieu en esprit et en tout temps, par toute sorte de supplications et de prières (Ephés., VI, 18). Ainsi ce prince (Cette expression est loin d’être exacte, au point de vue hiérarchique du moins ; mais il est douteux, ayons-nous déjà dit, que cet opuscule soit de saint Chrysostôme)

des apôtres ne cesse-t-il dans son langage vraiment divin de nous exhorter à la prière. Instruits donc que nous sommes par ce grand maître, faisons de la prière l'occupation de toute notre vie, et n'en passons aucun moment sans donner ce rafraichissement à notre âme : car la prière n'est pas moins indispensable au salut, de l'homme, que l'eau ne l'est à la vie des plantes. Et de même que celles-ci ne peuvent fructifier, si elles ne sont continuellement arrosées ou rafraîchies dans leurs racines, ainsi nous ne p.523 fin p.524 début porterons nous-mêmes aucun fruit de vertu, si la prière ne renouvelle chaque instant les forces de notre âme. Nous devons en conséquence devancer le lever du soleil tous les matins en quittant nos lits pour nous mettre en prières, prier de même avant nos repas, prier de même avant le reps de la nuit ; ou pour mieux dire, prier également à toute heure du jour, sans interrompre jamais cet exercice ; y employer de même la plus grande partie des nuits de l’hiver, et les genoux habituellement en terre, faire nos délices de rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû. Dites-moi, comment pouvez-vous voir le soleil, sans vous prosterner devant celui qui envoie à vos yeux cette douce lumière ?

Comment vous mettre à table, sans adorer celui qui vous procure tant de biens ? Que n'aurez-vous pas craindre à l'entrée de la nuit ? à quels songes devrez-vous vous attendre pour le sommeil, si vous ne cherchez votre défense dans la prière et si vous vous livrez ainsi sans précaution au sommeil ? Vous deviendrez sans peine le jouet et la victime de tous les malins esprits qui ne cessent de rôder autour de nous, et qui feront de nous leur proie, du moment où ils s'apercevront que nous ne serons pas armés de la prière. S'ils nous voient protégés par ce rempart, ils prennent aussitôt la fuite, comme des voleurs qui verraient suspendue sur leurs têtes l’épée d'un soldat. Mais si au contraire ils rencontrent quelqu'un qui ne soit pas armé de la prière, ils se saisissent de lui, et le poussent à toute espèce de crimes et de désordres. Pour vous mettre à couvert de ces malheurs, cherchez votre soutien dans le chant des hymnes et dans la prière, afin que Dieu, ayant pitié de nous, daigne nous admettre tous ensemble dans son royaume, par les mérites de son Fils unique Jésus-Christ (Cf. Sancti Chrysostomi opera, t. II, p. 779-783, édition de Montfaucon ; p. 931-937, édit. de Gaume). "

15. Le même, Lib. II de Precatione ; après avoir résumé en peu de mots ce qu'il a dit dans le premier livre, le saint docteur continue ainsi : " Si l'on disait que la prière est le nerf de l'âme, on ne dirait rien de trop inexact. Car de même que ce sont les nerfs qui donnent au corps la force, soit de courir, soit de se tenir debout, soit de remplir ses diverses fonctions, et que si l'on vient les couper, son organisme n'a plus de lien qui en unisse les parties ; ainsi c'est la prière qui met l'accord dans les opérations de l'âme, qui fait sa force, et qui lui donne l'agilité dont elle a besoin pour s'avancer dans les voies de la vertu. Vous ôter p.524 fin p.525 début vous-même la ressource de la prière, c'est comme si vous retiriez un poisson de l'eau : car si le poisson trouve sa vie dans l'eau, votre âme doit trouver la sienne dans la prière. Au moyen de la prière, vous pouvez vous élever jusqu'aux cieux, et vous approcher de Dieu de plus en plus. Ce que je viens de dire doit suffire pour vous convaincre de la vertu de la prière ; mais il vaut peut-être mieux recourir aux divines Ecritures, et apprendre de la bouche de Jésus-Christ quel trésor de richesses la prière renferme pour ceux qui veulent en faire l'occupation de leur vie entière. " Il leur disait, ainsi le rapporte l'Evangéliste, la parabole suivante, pour faire voir qu'il faut toujours prier " (Luc, XVIII, 4 et suiv.). Ici saint Chrysostôme rapporte en entier la parabole du juge et de la veuve, puis il ajoute un peu plus loin : " Si celui qui de sa vie n'avait fait acte de clémence se trouva tout-à-coup changé et prit en pitié la pauvre veuve, quels effets de la miséricorde divine la prière ne devra-t-elle pas nous attirer ? On pourra concevoir quelle est la force et la vertu de la prière pour peu qu'on porte son attention sur les avantages qu'elle procure tous les jours et à toute heure à ceux qui y sont assidus. Car qui peut ignorer que Dieu, par une suite de cet amour infini qu'il a pour nous, dispense également à tous les hommes, justes ou injustes, la lumière du soleil, de la lune et des étoiles, toutes les diverses espèce d'aliments, les richesses, les moyens de subsistance et mille autres biens ? Or, si, sans être prié, sans qu'on lui fasse de demandes, il se montre tous les jours si prodigue de bienfaits, quels biens n'obtiendront pas de lui ceux dont la vie entière est une prière continuelle ? Disons maintenant combien il est souvent arrivé que des justes aient obtenu pas leurs prières le salut de tout un peuple, de toute une ville, de l'univers entier. "

" La prière a tantôt arrêté la violence du feu, et tantôt apprivoisé les lions. N'est-ce pas ainsi qu'elle a protégé d'un côté les trois jeunes hommes, de l’autre Daniel ? Cela seul, je pense, doit suffire pour prouver à tout le monde qu'elle est assez puissante pour sauver de tous les dangers tous ceux qui ont secours à elle. La prière est le principe du salut, le germe de l'immortalité, le rempart inexpugnable de l'Eglise, une forteresse imprenable, la terreur des démons et le refuge des fidèles (Cf. Sancti Joannis Chrysostomi opera, t. II, p. 785-789, édit. de Montfaucon ; p. 939-943, édit.

Gaume)

16. Le même, Hom. V de incomprehensibili Dei naturâ contra p.525 fin p.526 début anomæos : " La prière est une arme puissante, un trésor inépuisable, une richesse impérissable, un port inaccessible aux tempêtes, un principe de tranquillité et de bonheur, la source et la mère de mille biens, et sa puissance surpasse celle des rois (Cf. Ibidem, t. I, p. 488, édit. de Montfaucon ; p. 597, édit. Gaume). "

" La prière a eu la force de suspendre et d'arrêter la violence des flammes, de contenir la fureur des lions, de faire cesser les guerres, de séparer les combattants, de calmer les tempêtes, de chasser les démons, d'ouvrir les portes du ciel, de rompre les liens de la mort, de mettre les maladies en fuite, d'éloigner les calamités, de raffermir les villes ébranlées, d'apaiser la justice de Dieu et de déjouer la malice des hommes. Mais quand je parle de prières, je ne veux pas dire celles qui ne sont que sur les lèvres, mais celles qui s'échappent du fond le plus intime de l'âme. Car de même que les arbres qui poussent dans la terre des racines profondes et fortement entrelacées n'ont point à craindre d'être brisés ou arrachés par la violence des vents, ainsi les prières qui ont leurs racines dans les abîmes du cœur s'élèvent hardiment vers le ciel, sans pouvoir être détournées de leur direction par le tumulte des pensées profanes. C'est ce qui faisait dire au Prophète : Du fond de l'abîme, Seigneur, j'ai crié vers vous (Ps. CXXIX, 4) (Cf. Ibid., p. 490-491, édit. de Montfaucon ; p. 600-601, édit. de Gaume). "

" Rien ne pourra nous abattre, pourvu que nous n'apportions ni tiédeur ni négligence dans nos prières ; car, quels que soient les maux qui nous assaillent, nous les repousserons sans aucune peine. Eh ! qu'y a-t-il d'étonnant à ce que la prière ait la vertu de dissiper les chagrins, puisqu'elle à même la force de détruire et d'effacer le péché (Cf. Ibid., p. 491, édit. de Montfaucon ; p. 601, édit. Gaume) ? "

17. Le même, Hom. LXXI ad populum Antiochenum

: " Mais si la foi nous est nécessaire, qu'est-il besoin que nous jeûnions en outre ? C'est que le jeûne joint avec la foi, nous donne une force bien plus grande ; c'est qu'il contribue puissamment à régler nos mœurs ; qu'il nous rend semblables aux anges ; qu'il nous rend forts contre les puissances infernales ; mais il ne suffit point encore par lui-même ; car la prière est aussi nécessaire, et même la prière l'est avant tout le reste. Voyez, en effet, combien d'avantages nous procurent ces deux vertus réunies. Celui qui prie, et qui p.526 fin p.527 début jeûne en même temps comme il le doit, n'a pas besoin de beaucoup de choses ; celui qui n'a pas besoin de beaucoup de choses ne sera jamais avare, et n'en sera que plus disposé à faire l’aumône. Celui qui jeûne n'a rien qui l’embarrasse ; il prie sans distraction, et il éteint en lui les passions mauvaises ; il se rend Dieu propice, et il réprime les mouvements impétueux de son âme. Aussi les apôtres jeûnaient-il presque continuellement. Celui qui prie et jeûne en même temps a comme deux ailes qui le rendent en quelque sorte plus léger que les vents ; il n'est point accablé par le sommeil ; il n'est point comme tant d'autres, languissant dans la prière ; mais il est plus ardent que le feu ; il s'élève sans peine au-dessus de la terre et n'en devient que plus redoutable aux démons. Rien de fort comme l'homme qui prie dans ces dispositions ; car si une pauvre femme a pu vaincre la dureté d’un juge qui ne craignait ni Dieu ni les hommes, à plus forte raison Dieu se laissera-t-il gagner par celui qui lui adresse des prières continuelles, qui commande à ses appétits grossiers et ne se laisse point énerver par les délices. "

18. Le même, Hom. LXXIX ad populum Antiochenum:

" Si David, quoiqu’il fût roi et embarrassé de tant de soins, priait sept fois le jour, malgré les distractions qui lui survenaient de tous côtés, quelle excuse pourrons-nous alléguer, nous qui avons tant de temps de reste, et qui ne prions pas continuellement, malgré tous les profits que nous retirerions de nos prières ? Car un homme qui prie avec ferveur et qui met de la continuité dans ses prières se trouve, j'ose le dire, dans l'impuissance de pécher. "

Plus loin, le saint docteur dit, en parlant de la mère de Samuel : " Dieu ne pouvait-il pas accomplir son désir sans attendre qu'elle lui en fît la prière ? ne savait-il pas d'avance ce qu'elle désirait ? Mais s'il le lui eût accordé avant qu'elle ne lui en eût fait la demande, il n'aurait point donné occasion à sa ferveur de se déployer, à sa vertu de se produire au grand jour, et elle n'eût pas ensuite à en recevoir la récompense. Il est donc nécessaire que nous rendions grâces à Dieu et au commencement et à la fin de nos repas (car celui qui se met à table avec cette précaution ne tombera point dans l'ivresse, ne donnera point dans l'excès du vin, ne se trouvera point incommodé par le trop de nourriture dont il aurait chargé son ventre ; mais l’idée de la prière sera comme un frein qui contiendra ses désirs ; il ne prendra d'aliments que dans la mesure convenable, et il attirera mille bénédictions sur toute sa personne. Un repas qui commence et finit par la prière est comme p.527 fin p.528 début une source abondante d'où découle sur nous une infinité de biens. Gardons-nous donc bien de négliger cet avantage : car il serait contradictoire que, tandis que nos domestiques, à nous, se font un devoir de nous remercier et de nous combler de leurs louanges, lorsqu'ils reçoivent quelque chose de nous, nous manquassions nous-mêmes à louer Dieu, qui nous procure la jouissance de tant de biens) (Tout ce passage rapporté entre parenthèses se retrouve dans le Sermon II de Annâ, du saint docteur. Nous n'avons pu trouver le reste, l'édition bénédictine de ses œuvres ne portant que 21 homélies au peuple d'Antioche). Si tant de contretemps nous arrivent, tant dans nos affaires privées que dans celles qui intéressent le salut de la société, cela vient de ce que nous ne mettons pas le soin des choses spirituelles avant celui que nous devons prendre aussi des temporelles. Et qu'on ne me dise pas qu'un séculier occupé journellement à un tribunal ne peut pas jeûner des jours entiers et se rendre à l'église avec les autres fidèles : car il le peut au contraire, et même très-facilement. En effet, s'il ne peut se transporter sans inconvénient à l'église, il peut du moins, sans quitter son tribunal, prier tourné vers l'église placée comme elle l'est vis-à-vis de la place où il se trouve ;

car pourvu que votre âme soit libre de toute pensée impure, vous pouvez toujours prier Dieu et obtenir de lui l'effet de vos prières, n'importe que vous soyez sur une place publique, ou dans un chemin y ou sur mer, ou dans un atelier. "

" Vous pouvez, je l'avoue, prier dans votre maison ; mais votre prière n'aura pas le même effet que si vous étiez à l'église, où prêtres et fidèles font monter de concert leurs cris jusqu'à Dieu. Dieu sera moins fortement invité à vous exaucer si vous priez seul, que si vous priez avec vos frères car il y a alors unanimité et concert de prière ; il y a de plus pour les recommander le lien de la charité et le concours des prières des prêtres ; car les prêtres sont institués précisément pour joindre leurs prières à celles des laïques moins puissantes par elles-mêmes que les leurs : et faire monter ensemble les unes et les autres jusqu'au tribunal de Dieu. Et si les prières de l'Eglise ont été à Pierre, qui en était pourtant le soutien, d'un si grand secours qu'elles lui ont obtenu d'être délivré de la prison où on l’avait renfermé (Act., XII, 5), comment pourrez-vous nier la puissance de la prière faite en public ? " " De même que la charité ne peut être brisée par l'intervalle des lieux, ainsi la distance des lieux n'empêche point l’efficacité p.528 fin p.529 début de ta prière ; mais la prière rapproche au contraire les distances, comme le fait aussi la charité, et établit une réciprocité de secours entre ceux mêmes que sépare une vaste étendue de terres ou de mers. . . . . "

" Il est donc très-avantageux d'être aidé par les prières des saints, mais pourvu qu'on y apporte en même temps son propre concours ; car l'absence de cette condition nous rendrait inutiles les prières des autres et ne nous empêcherait pas de périr. Qu'a-t-il servi en effet aux Juifs d'avoir Jérémie pour intercesseur ? Ce prophète n'a-t-il pas prié Dieu par trois fois pour ce peuple, et à chaque fois n'en a-t-il pas recueilli cette réponse : N'entreprenez point d'intercéder pour ce peuple, ni de me conjurer et de me prier pour eux, parce que je ne vous exaucerai pas (JER., VII, 16) ? Quel profit Saül a-t-il retiré de ce que Samuel a prié et pleuré pour lui jusqu’à la fin de sa vie ? Quel profit en ont retiré les Juifs ? Ne disait-il pas : A Dieu ne plaise que je commette le péché de cesser jamais de prier pour vous (I Sam., XII, 23) ? S'en sont-ils moins perdus ? Car écoutez ce que Dieu dit dans la suite par son prophète : Quand même ces trois hommes, Noé Daniel et Job, se trouveraient au milieu de ce pays, je jure par moi-même, dit le Seigneur Dieu, qu'ils ne délivreraient ni leurs fils ni leurs filles (EZECHX., IV, 20). Quoi donc ? les prières sont-elles inutiles ? Elles sont utiles, au contraire, et même beaucoup, mais pourvu que nous y apportions notre concours. Et si vous voulez savoir combien elles ont été utiles, rappelez-vous les histoires du centenier Corneille et de la veuve Tabithe ; écoutez Dieu lui-même vous dire : Je protégerai cette ville et je la sauverai, à cause de moi et de mon serviteur David (II Rois, XIX, 34). Mais dans quel temps ? Au temps du règne du juste Ezéchias. Autrement, si les prières des méchants pouvaient sauver, pourquoi Dieu ne l'a-t-il pas dit au roi Nabuchodonosor, et lui a-t-il au contraire laissé prendre la ville ? C'est que le péché avait prévalu.

Samuel pria une autre fois pour les Israélites et fut exaucé pour eux ; mais dans quel temps ? Dans un temps ou ce peuple était agréable à Dieu, et c'est pour cela qu'il put mettre en fuite ses ennemis (I Sam., VII, 9). Eh ! qu'ai-je besoin, dira quelqu'un, que d'autres prient pour moi, si je suis moi-même agréable à Dieu ? - Que dites-vous, ô homme ? Saint Paul n'a pas dit : Je n'ai point besoin des prières de mes frères, quoique ceux-ci fussent au fond moins dignes que lui ; et vous, vous dites : Qu'ai-je besoin que d'autres prient pour moi ? Saint Pierre n'a pas dit : Qu'ai-je besoin de prières ? car nous lisons p.529 fin p.530 début dans les livres saints : l’Eglise faisait sans cesse des prières à Dieu pour lui (Act., XII, 5), et Dieu le délivra aussitôt de ses liens ; et vous, vous dites : Qu'ai-je besoin de prières ? Vous en avez besoin, par-là même que vous dites qu'elles vous sont inutiles. Car si Dieu fait attention à notre tiédeur et à notre négligence ; s'il considère que, lorsque nous sommes en sa présence et au moment de la prière, nous lui portons moins de respect qu'un serviteur n'en porte à son maître, un soldat à son général, un ami à son ami, puisque, lorsque vous parlez à votre ami, vous pensez à ce que vous lui dites, et qu'au contraire, quand vous vous présentez à Dieu pour obtenir de lui le pardon de vos péchés et de vos crimes, qui sont peut-être bien nombreux, vous êtes sans énergie, et quoique agenouillé à terre, vous laissez votre esprit s'occuper de choses toutes différentes et s'égarer sur la place publique, se promener de rues en rues, de maisons en maisons, tandis que votre bouche prononce quelques mots auxquels vous n'attachez pas de sens, et cela non pas une fois ou deux, mais habituellement et presque toujours ; si Dieu veut vous tenir compte de tout cela, quelle excuse pourrez-vous lui alléguer, quel pardon pourrez-vous obtenir ? "

19. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Hom. XXVII in Evangelia

: " Si Dieu nous accorde tout ce que nous lui demandons au nom de son Fils (JEAN, XVI, 23), pourquoi donc saint Paul a-t-il prié par trois fois le Seigneur, sans pouvoir obtenir d'être exaucé et a-t-il reçu de lui cette réponse : Ma grâce vous suffit, la vertu se perfectionne dans la faiblesse (II Cor., XII, 9) ? Est-ce que cet excellent prédicateur de la foi n'adressait pas à Dieu ses demandes au nom de son Fils ? Et pourquoi n'a-t-il pas obtenu ce qu'il lui demandait ? Comment peut-il donc être vrai que tout ce que nous demandons au Père au nom du Fils, le Père nous le donnera, si l’Apôtre a demandé au nom du Fils d'être délivré de l'ange de Satan sans pouvoir en obtenir sa délivrance ? Mais c'est là que le nom du Fils est Jésus, que Jésus veut dire sauveur, et que celui-là seul demande au nom du Sauveur, qui demande ce qui peut contribuer à son salut ; car du moment où ce qu'on demande ne peut pas y servir, ce n'est plus au nom de Jésus qu'on fait cette demande au Père. De là vient que Notre-Seigneur dit à ses apôtres encore faibles dans la foi : Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom (JEAN, XVI, 24). C'était comme s'il eût dit : Vous n'avez pas demandé au nom du Sauveur, puisque vous ne savez pas ce que c'est que de chercher votre salut éternel. C'est p.530 fin p.531 début pour cela aussi que saint Paul ne fût pas exaucé, puisque, s'il eut été délivré de la tentation, cela ne lui eût pas profité pour son salut. Nous avons vu de nos yeux, mes frères, votre empressement à vous rendre à la fête du martyr, la ferveur avec laquelle vous vous prosternez en terre, vous vous frappez la poitrine, vous vous répandez en prières et en cantiques de louanges, vous trempez vos visages dans vos larmes : mais examinez bien la qualité de vos prières ; voyez si vous les faites au nom de Jésus, si c'est votre salut éternel que vous sollicitez. Quoique vous soyez dans le temple de Jésus, ce n'est pas Jésus que vous cherchez, si, tout prosterné que vous êtes ici sur le seuil de l'éternité, vous vous arrêtez à demander des biens temporels. Celui-ci, dans la prière qu'il fait, demande une épouse ; celui-là une villa ; un autre un vêtement ; un autre des aliments. Je conviens que si vous avez besoin de ces choses, c'est à Dieu qu'il faut les demander ; mais nous devons nous rappeler sans cesse cette instruction que nous avons reçu du Sauveur : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroit (MATTH., VI, 33). On peut donc, sans commettre de fautes, demander à Jésus ces sortes de choses, pourvu qu'on ne le fasse pas avec trop d'attache. Mais ce qui est plus grave, c'est qu'il y a des gens qui demandent la mort d'un ennemi, et qui poursuivent ainsi par leurs imprécations ceux qu'ils ne peuvent atteindre de leurs épées. C'est là se rendre coupable de la mort de son ennemi du vivant de son ennemi même. Dieu nous ordonne d'aimer nos ennemis, et malgré cet ordre qu'il nous fait, nous le prions de nous en défaire. Quiconque prie de la sorte, s'attaque dans ses prières même à l'auteur de toutes choses. De là ce qui est dit par allusion au crime de Judas : Que sa prière même lui tourne à péché (Ps. CVIII, 7). La prière tourne à péché à celui qui demande la chose même que défend celui à qui il adresse sa prière. C'est pour cela que la Vérité incarnée nous a fait ce commandement : Lorsque vous vous présenterez pour prier si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez-lui (MARC, XI, 27). Cette nécessité du pardon des injures sera mise encore dans un plus grand jour, si je puis vous rapporter à l'appui quelque témoignage de l'Ancien-Testament. Les Juifs ayant offensé leur Dieu par une révolte qui méritait une répression sévère, le Seigneur défendit à son prophète de le prier pour ce peuple rebelle : N'intercédez point pour ce peuple, lui dit-il (JEREM., XI, 14) ; ne me conjurez point et ne me priez point pour eux, parce que quand p.531 fin p.532 début Moïse et Samuel se présenteraient devant moi, mon cœur ne serait point pour ce peuple (ibidem, XV, 1). Pourquoi Dieu, sans parler des autres patriarches, ne nomme-t-il ici que Moïse et Samuel, dont il recommande d'autant mieux la puissance d'intercession, qu'il déclare en ce cas leur intercession même impuissante ? C'est comme s'il disait : Je n'écouterai pas ceux-là même que j'ai coutume d'écouter le plus favorablement. Mais pourquoi Moïse et Samuel ont-ils plus de crédit pour cet effet que les autres patriarches, si ce n'est parce que ce sont les seuls de l'Ancien-Testament dont il soit rapporté qu'ils aient prié pour leurs ennemis ? L'un est poursuivi par son peuple à coups de pierre, et il n'en prie pas moins le Seigneur pour ceux mêmes qui le lapident (Exod., VIII, 8-12). L'autre est démis de sa charge et, sollicité de prier pour le peuple qui lui a fait cette injure, il s’écrie : Dieu me garde de me rendre coupable envers lui du péché que je commettrais en cessant de prier pour vous (I Sam., XII, 23). - Quand Moïse et Samuel se présenteraient devant moi, mon cœur n'en serait pas plus pour ce peuple. C'est comme s'il disait ouvertement : Je n'écouterais pas les prières qu'ils me feraient pour leurs amis, quoique je les sache portés à prier pour leurs ennemis mêmes. Le grand mérite de la prière est donc surtout dans l'héroïsme de la charité ; et on est plus sûr d'obtenir ce qu'on demande, quand la prière que l'on fait n'est pas restreinte par la haine que l'on garderait à son ennemi. "

20. Le même, in Psalmum sextum pænitentialem

: " Dieu aime à être prié, à se voir contraint, à se laisser vaincre par nos importunités. C'est pour cela qu'il vous dit : Le royaume de Dieu souffre violence, et ce sont les violents qui l'emportent (MATTH., XI, 12). Soyez donc persévérant dans vos prières ; montrez-vous importun de cette manière ; ne vous lassez jamais de prier. Si celui que vous priez fait semblant de ne pas vous entendre, faites-vous ravisseur du royaume des cieux : usez de violence ; oui, faites violence au ciel lui-même. Quelle rapine pourrait vous enrichir plus que celle-là? Quoi de plus glorieux qu'un pareil acte de violence ? Sainte violence, dont Dieu ne s'offense pas, mais qu'il récompense au contraire ; qui, bien loin de nuire au prochain, sert particulièrement ses intérêts, qui n'augmente pas le nombre des péchés, mais le diminue au contraire. Sainte violence, je ne crains pas de le répéter, par laquelle on ne cherche pas à obtenir un bien périssable mais on entre en possession d'un royaume qui n'aura point de fin. " p.532 fin p.533 début

Question III

Quels exemples peuvent servir à démontrer l’efficacité et les heureux effets de la prière ?

L'apôtre saint Jacques nous démontre par l'exemple suivant la vertu de la prière : Elie était un homme sujet comme nous à toutes les misères de la vie ; et cependant, ayant prié Dieu avec une grande ferveur pour qu'il ne plut point, il obtint qu'il cessât de pleuvoir sur la terre l'espace de trois ans et demi. Il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit (JAC., V, 17-18). Saint Augustin allègue plusieurs autres exemples pour prouver cette même vérité : " A la prière de Moïse et de Samuel, le peuple juif remporte la victoire sur les Amalécites et sur les Philistins. Jérémie en prison puise de nouvelles forces dans la prière. La prière de Daniel lui fait goûter la paix parmi les lions. Celle des trois jeunes hommes les fait tressaillir de joie au milieu des flammes. Le larron prie attaché en croix, et gagne sur-le-champ le paradis. Suzanne, par sa prière triomphe de l'injuste accusation que lui avaient intentée d'infâmes vieillards. La prière d'Etienne lui ouvre le ciel et fait la conquête de Saul, rangé parmi ceux qui le lapident. "

Ces exemples ne montrent pas seulement les heureux effets qui résultent de la prière, mais nous font voir aussi la ferveur et la constance d'application avec laquelle nous devons nous y adonner. De là ces exhortations que nous adressent les apôtres dans leurs écrits : Priez sans relâche ; rendez grâces à Dieu en toutes choses. . . Priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés, ca r la prière persévérante du juste a beaucoup de pouvoir. . . Ce qui nous donne de la confiance envers Dieu, c'est qu'il nous exauce en tout ce que nous lui demandons de conforme à sa volonté. . . Si quelqu’un voit son frère commettre un péché qui n'aille point à la mort, qu'il prie, et Dieu donnera la vie à ce pécheur.

p.533 fin p.534 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. JACQUES, V, 16-17 : " Priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés ; car la prière assidue de l'homme juste peut beaucoup. - Elie était un homme semblable à nous, sujet à toutes les misères de la vie. . . " Et le reste comme dans le corps de la réponse.

2. I Rois, XVII, 1, 22 : " En ce temps-là,

Elie de Thesbé, qui était un habitant de Galaad, dit à Achab : Vive le Seigneur, le Dieu d'Israël, devant qui je suis ! Il ne tombera pendant ces années ni rosée ni pluie, que selon la parole qui sortira de ma bouche. . . " " Et le Seigneur exauça la voix d’Elie, et l'âme de l'enfant rentra en lui, et il recouvra la vie. "

3. Ibid., XVIII, 36, 38, U-45 : " Le prophète

Elie s'approcha et dit : Seigneur Dieu d'Abraham, etc. - En même temps le feu du Seigneur tomba et dévora l’holocauste. - Et Elie dit à Achab : Va, mange et bois ; cas j'entends le bruit d'une grande pluie. - Achab s'en alla pour manger et boire. Et Elie monta sur le haut du Carmel, où, se penchant vers la terre, il mit son visage entre ses genoux, - et dit il son serviteur : Va, et regarde du côté de la mer. Ce serviteur étant allé regarda, et revint dire : Il n'y a rien. Elie lui dit encore : Retournes-y par sept fois. - Et la septième fois, il parut un petit nuage qui s'élevait de la mer, grand comme le pied d'un homme. Elie dit à son serviteur : Va, et dis à Achab : Mets les chevaux à ton char, et descends, de peur que 1a pluie ne te surprenne. - Et tandis qu'il se tournait de côté et d'autre, voilà que tout-à-coup le ciel se couvrit de ténèbres, en même temps que de nuées que poussait le vent, et il tomba une grande pluie. "

4. LUC, IV, 25-26 : " Je vous le dis en vérité

: il y avait plusieurs veuves en Israël au temps d'Elie, quand le ciel fut fermé durant trois ans et demi, et qu'il y eut une grande famine sur p.534 fin p.535 début toute la terre : - et néanmoins Elie ne fut envoyé à aucune d'entre elles, mais à une veuve de Sarepta, au pays des Sidoniens. "

5. Ecclésiastique, XLVIII, 1-4 : " Le prophète

Elie s'éleva comme un feu, et ses paroles brûlaient comme un flambeau ardent. - Il frappa le peuple du fléau de la famine, et ceux qui l'irritèrent par leur envie furent réduits à un petit nombre ; car ils ne pouvaient supporter les préceptes du Seigneur. - En parlant au nom du Seigneur, il ferma le ciel, et il en fit tomber le feu par trois fois. - Quelle gloire, ô Elie, vous vous êtes acquise par vos miracles ! et qui peut se glorifier comme vous ? "

6. Exode, XVII, 8-14 : " Cependant Amalec vint à Raphidim pour combattre contre Israël. - Alors Moïse dit à Josué : Choisis des guerriers et va combattre contre Amalec ; je me tiendrai demain sur le haut de la colline, ayant en main la verge de Dieu. - Josué fit ce que Moïse lui avait dit, et alla combattre contre Amalec. Or Moïse, Aaron et Hur montèrent sur le haut de la colline. - Et lorsque Moïse tenait ses mains élevées, Israël était victorieux ; mais lorsqu’il les abaissait tant soit peu, Amalec avait l'avantage. - Cependant les mains de Moïse s'étaient lassées et appesanties ; c'est pourquoi ils prirent une pierre et la mirent sous lui ; il s'y assit, et Aaron et Hur lui soutenaient les mains des deux côtés. Ainsi ses mains ne se lassèrent plus jusqu’au coucher du soleil. - Et Josué mit en fuite Amalec, et fit passer son peuple au fil de l’épée. - Alors le Seigneur dit à Moise : Ecris ceci dans un livre, pour que cela serve de monument, et fais-le entendre à Josué, car j'effacerai la mémoire d’Amalec de dessous le ciel. "

7. Judith, IV, 11-17 : " Alors Eliacim, grand-prêtre du Seigneur, alla dans tout le pays d'Israël et parla au peuple, - en ces termes : Sachez que le Seigneur vous exaucera, si vous persévérez toujours dans les jeûne et les prières devant le Seigneur. - Souvenez-vous de Moïse, serviteur de Dieu, qui, en combattant non avec le fer, mais par de saintes prières, vainquit Amalec, qui se confiait en son courage, en sa puissance, en son armée, en ses boucliers, en ses chars et en ses cavaliers. - C'est ainsi que seront traités tous les ennemis d'Israël, si vous persévérez dans l'œuvre que vous avez commencée. - Emu par ces paroles, le peuple pria et persévéra en la présence du Seigneur ; - et ceux mêmes qui présentaient des holocaustes au Seigneur étaient couverts de cilices en lui offrant leurs sacrifices, et la cendre était p.535 fin p.536 début sur leurs têtes. - Et ils priaient Dieu de tout leur cœur qu'il lui plût de visiter son peuple d'Israël. "

8. I Sam., VII, 5-13 : " Samuel leur dit : Assemblez tout Israël à Masphath, afin que je prie le Seigneur pour vous. - Et ils s'assemblèrent à Masphat, ils y puisèrent de l'eau qu'ils répandirent devant le Seigneur, jeûnèrent ce jour-là et dirent : Nous avons péché devant le Seigneur. Or, Samuel jugea les enfants d'Israël à Masphath. - Les Philistins ayant appris que les enfants d'Israël s'étaient assemblés à Masphat, leurs princes marchèrent contre Israël. A cette nouvelle, les enfants d'Israël eurent peur des Philistins, - et dirent à Samuel : Ne cessez point de crier pour nous vers le Seigneur notre Dieu, afin qu'il nous sauve de la main des Philistins. - Samuel prit un agneau qui était encore à la mamelle ; il l'offrit tout entier en holocauste au Seigneur, et cria vers le Seigneur pour Israël ; et le Seigneur l’exauça. - Au moment où Samuel offrait son holocauste, les Philistins commencèrent le combat contre Israël ; mais en même temps le Seigneur tonna avec un bruit épouvantable sur les Philistins, et les frappa de terreur ; et ils tombèrent devant Israël. - Les Israélites étant sortis de Masphat, poursuivirent les Philistins en les taillant en pièces jusqu’au lieu qui est au-dessous de Bethchar. Et Samuel prit une pierre qu'il mit entre Masphath et Sen, et il appela ce lieu la pierre du secours, en disant : Le Seigneur est venu jusqu'ici à notre secours. - Les Philistins furent alors humiliés et n'osèrent plus venir sur les terres d'Israël ; car la main du Seigneur pesa sur les Philistins tant que Samuel gouverna le peuple. "

9. JEREMIE, XXXII, 2-3, 16-17, 26-27-28, 36-38 : " Alors l'armée du roi de Babylone assiégeait Jérusalem, et le prophète Jérémie était enfermé dans le vestibule de la prison qui était dans la maison du roi de Juda. - Car Sédécias, roi de Juda, l'avait fait mettre en prison, en disant : Pourquoi nous dites-vous dans vos prophéties : Voici ce que dit le Seigneur : Je livrerai cette ville entre les mains du roi de Babylone, et il la prendra ?. . . - Et après avoir donné le contrat d'acquisition à Baruch, fils de Néri, je priai le Seigneur en disant : Hélas ! hélas ! hélas ! Seigneur Dieu, qui avez fait le ciel et la terre par votre grande puissance et la force invincible de votre bras, rien ne peut vous être difficile, etc. - Alors le Seigneur parla à Jérémie et lui dit : Je suis le Seigneur, le Dieu de toute chair. Y a-t-il rien qui me soit difficile ? - C'est pourquoi voici ce que dit, le Seigneur, etc. p.536 fin p.537 début - Après cela néanmoins, voici ce que dit le Seigneur, le Dieu d'Israël, à cette ville dont vous dites qu'elle sera livrée entre les mains du roi de Babylone, et abandonnée à la famine et à la peste. - Je rassemblerai ses habitants de tous les pays où je les aurai dispersés dans le transport de ma fureur, de ma colère et de mon indignation ; je les ramènerai en ce lieu, et les y ferai habiter en assurance. - Ils seront mon peuple, etc. "

10. DANEL, VI, 10-11, 21-23 : " Daniel ayant appris que cette loi avait été portée, entra dans sa maison, et ouvrant les fenêtres de sa chambre du côté de Jérusalem, il fléchissait les genoux chaque jour à trois heures différent ; et il adorait son Dieu, et lui rendait ses actions de grâces comme il avait coutume de faire auparavant. - Ces hommes donc épiaient avec grand soin, etc. - Daniel répondit au roi : O roi ! vivez éternellement. - Mon Dieu à envoyé son ange, qui a fermé la gueule des lions et ils ne m'ont fait aucun mal, parce que j’ai été trouvé juste devant lui, et que je n'ai rien fait devant vous, ô roi, qui puisse me rendre coupable. - Alors le roi, transporté de joie, ordonna que Daniel fût tiré de la fosse aux lions ; et Daniel fut tiré de la fosse, et on ne trouva sur son corps aucune plaie, parce qu'il avait cru en son Dieu. "

11. Id., III, 23-26, 49-54 : " Cependant ces trois hommes, Sidrach, Misach et Abdénago, tombèrent tout liés au milieu des flammes de la fournaise. - Et ils marchaient au milieu de la flamme, louant Dieu et bénissant le Seigneur. - Cependant Azarias, se tenant debout, fit cette prière et ouvrant la bouche au milieu du feu, il dit : Soyez béni, Seigneur Dieu de nos pères et que votre nom soit loué et glorifié dans tous les siècles, etc. - Or, l'ange du Seigneur était descendu vers Azarias et ses compagnons, dans la fournaise, et écartant la flamme, - il avait formé au milieu de la fournaise un vent frais et une douce rosée, et le feu ne les toucha nullement, ne les incommoda point et ne les gêna en rien. - Alors ces trois hommes, etc. "

12. LUC, XXIII, 42-43 : " Il disait à Jésus

: Seigneur, souvenez-vous de moi, lorsque vous serez parvenu dans votre royaume. - Jésus lui dit : En vérité, je vous le dis, vous serez aujourd'hui avec moi dans le paradis. "

13. DANIEL, XIII, 41-44 : " Toute l’assemblée les crut, en considération de leur qualité d'anciens et de juges du peuple, et ils condamnèrent Suzanne à mort. - Alors Suzanne jeta un grand cri, et dit : Dieu éternel, qui pénétrez ce qu'il y a de plus caché et qui connaissez toutes choses avant mêmes qu’elles soient faites, p.537 fin p.538 début - vous savez qu'ils ont porté contre moi un faux témoignage ; et voilà que je meurs sans avoir rien fait de tout ce qu'ils ont inventé si malicieusement contre moi. - Le Seigneur exauça sa Prière, etc. "

14. Actes, VII, 55,58-59 : " Mais Etienne étant rempli du Saint-Esprit, et levant les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus qui était debout à la droite de Dieu. - Ils lapidaient Etienne qui priait, et qui disait : Seigneur Jésus recevez mon esprit. - Puis s'étant mis à genoux, il jeta un grand cri, disant : Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. Et quand il eut dit ces mots, il s’endormit dans le Seigneur. "

15. Genèse, XXV, 21 : " Isaac pria le Seigneur pour son épouse, parce qu'elle était stérile ; le Seigneur l’exauça et fit concevoir Rébecca. "

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