Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 146)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

10. Colossiens, IV, 2-4 : " Persévérez et veillez dans la prière, en l'accompagnant d'actions de grâces. - Priez aussi pour nous, afin que Dieu nous ouvre une porte pour prêcher sa parole, et pour annoncer le mystère de Jésus-Christ, pour lequel je suis moi-même dans les chaînes, et que je le découvre aux hommes de la manière que je dois le découvrir. "

12. I Thessaloniciens, V, 17-18 : " Priez sans cesse.

- Rendez grâces à Dieu en toutes choses ; car c'est là ce que Dieu veut que vous fassiez tous en Jésus-Christ. "

13. Ephésiens, VI, 16-19 : " Servez-vous surtout du bouclier de la foi, afin de pouvoir repousser tous les traits enflammés du malin esprit. - Prenez encore le casque du salut, et l'épée spirituelle qui est la parole de Dieu, - invoquant Dieu en esprit et en tout temps par toutes sortes de supplications et de prières, et vous employant avec une vigilance et une persévérance continuelles à prier pour tous les saints, - et pour moi aussi, afin que Dieu m'ouvrant la bouche, me donne des paroles pour annoncer librement le mystère de l'Evangile. "

14. I Timothée, V, 5 : " Que la veuve qui est vraiment veuve et abandonnée espère en Dieu, et persévère jour et nuit dans les prière et dans les oraisons. "

15. Hébreux, IV, 16 : " Allons donc avec confiance au trône p.498 fin p.499 début de la grâce, afin d’y obtenir miséricorde, et d'y recevoir le secours de la grâce dans nos besoins. "

16. JACQUES, I, 5-7 : " Si quelqu'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il la demande Dieu, qui donne à tous libéralement sans reprocher ses dons, et la sagesse lui sera donnée. - Mais qu'il la demande avec foi, sans défiance ; car celui qui est dans la défiance ressemble au flot de la mer, qui est agité et emporté çà et là par la violence du vent. - Il ne faut donc pas que celui-là s'imagine qu'il puisse obtenir quelque chose du Seigneur. "

17. Id., IV, 2-3 : " Vous n'avez pas, parce que vous ne demandez pas à Dieu. - Vous demandez, et vous ne recevez point, parce que vous demandez mal, pour avoir de quoi satisfaire à vos passions. "

18. Id., V, 16-18 : " Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés ; car la prière assidue du juste à beaucoup de pouvoir. - Elie était un homme sujet, comme nous, à toutes les misères de la vie ; et cependant, comme il pria Dieu avec ferveur qu'il ne plût point sur la terre, il cessa de pleuvoir pendant trois ans et demi ; - et après qu'il eut prié de nouveau, le ciel donna de la pluie, et la terre produisit ses fruits. "

19. MARC, XI, 24-26 : " C'est pourquoi je vous le dis

: Quoi que ce soit que vous demandiez dans vos prières, croyez que vous l'obtiendrez, et que cela vous sera accordé. - Mais lorsque vous vous présentez pour prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, afin que votre Père qui est dans le ciel vous pardonne aussi vos offenses. Que si vous ne pardonnez point, votre Père qui est dans le ciel ne vous pardonnera point non plus vos offenses. "

21. Id., XVIII, 19, 32-33 : " Si deux d'entre vous s'unissent ensemble sur la terre, quelque chose qu'ils demandent, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans le ciel. - Méchant serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en aviez prié - ne fallait-il donc pas que vous eussiez aussi pitié, etc. ? "

23. MATTHIEU, VII, 7-14 : " Demandez, et on vous donnera

; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira. - p.499 fin p.500 début Car quiconque demande reçoit et celui qui cherche trouve, et l'on ouvrira à celui qui frappe. - En effet, quel est celui d'entre vous qui donne une pierre à son fils, lorsque celui-ci lui demande du pain ? Ou s'il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un scorpion ? - Si donc vous, tout méchant que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses il ceux qui les lui demandent ! "

24. JEAN, XIV, 13-14 : " Et tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. - Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. "

25. Id., XV, 7 : " Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et il vous sera accordé. "

26. Id., XVI, 23-24 : " En vérité, en vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père, il vous le donnera. - Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit pleine. "

27. I JEAN, III, 21-22 : " Bien-aimés si notre cœur ne nous condamne point, nous avons un juste sujet d'assurance devant Dieu ; - et quoi que ce soit que nous lui demandions, nous le recevrons de lui, parce que c'est alors que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui lui est agréable. "

28. Id., V, 14-15 : " Et ce qui nous donne de la confiance en Dieu, c'est qu'il nous exauce en tout ce que nous lui demandons de conforme à sa volonté. - Et nous savons qu'il nous exaucera en tout ce que nous lui demanderons, parce que nous savons que nous avons déjà reçu l'effet des demandes que nous lui avons faites. "

29. Psaume XLIX, 15-16 : " Offrez à Dieu un sacrifice de louanges, et accomplissez les veux que vous avez faits au Très-Haut. - Invoquez-moi au jour de l'affliction ; je vous délivrerai et vous m'en rendrez gloire. "

30. Id., CXLIV, 19-20 : " Le Seigneur est près de ceux qui l'invoquent ; oui, de tout ceux qui l'invoquent dans la vérité. - Il remplira les désirs de tous ceux qui le craignent ; il exaucera leurs prières, et il les sauvera. "

32. II Chroniques, VII, 11-16 : " Salomon acheva donc p.500 fin p.501 début la maison du Seigneur et le palais du roi, et il réussit dans tout ce qu'il s'était proposé de faire, tant par rapport à la maison du Seigneur que par rapport à son propre palais. - Ensuite le Seigneur lui apparut la nuit, et lui dit : J'ai exaucé ta prière, et j'ai choisi pour moi ce lieu, pour en faire une maison de sacrifice. - Si je ferme le ciel et qu'il ne tombe point de pluie, ou que j'ordonne et commande aux sauterelles de ravager la terre, et que j'envoie la peste parmi mon peuple ; - et que mon peuple, sur qui mon nom a été invoqué, se convertisse et qu'il me prie, qu'il recherche mon visage, et qu'il fasse pénitence de sa mauvaise vie, je l'exaucerai du haut du ciel, et je lui pardonnerai ses péchés et je purifierai la terre qu'il habite. - Mes yeux seront ouverts et mes oreilles attentives à la prière de celui qui m'invoquera en ce lieu ; - parce que j'ai choisi ce lieu, et que je l'ai sanctifié, afin que mon nom y soit à jamais invoqué, et que mes yeux et mon cœur y soient toujours attachés, etc. "

33. Ecclésiastique, I, 11 : " Considérez, mes enfants, tout ce qu'il y a eu d'hommes parmi les nations, et sachez que jamais personne qui à espérer dans le Seigneur n'a été confondu. "

34. Ibid., III, 4 : " Celui qui aime Dieu, obtiendra par ses prières le pardon de ses péchés, il se gardera d'y retomber, et il sera exaucé en ce qu'il demandera chaque jour. "

35. Ibid., XXXVIII, 9 : " Mon fils, ne vous méprisez pas vous-même dans votre infirmité ; mais priez le Seigneur, et lui-même vous guérira. "

36. Lévitique, IV, 26, 31, 35 : " Il fera brûler la graisse sur l'autel, comme on a coutume de le faire aux hosties pacifiques, et le prêtre priera pour lui et pour son péché, et son péché lui sera pardonné. - Il en ôtera aussi toute la graisse, comme on a coutume de l'ôter aux hosties pacifiques, il la fera brûler sur l'autel devant le Seigneur, comme une oblation d'agréable odeur ; il priera pour celui qui a commis la faute, et elle lui sera pardonnée. - Il en ôtera aussi toute la graisse, comme on a coutume de le faire au bélier offert comme hostie pacifique ; il la brûlera sur l'autel, comme un encens offert au Seigneur ; il priera pour celui qui l'offre et pour son péché, et il lui sera pardonné. "

37. Id., V, 10, 16 : " Il brûlera l'autre

(tourterelle ou petit de colombe), et en fera un holocauste selon la coutume, et le prêtre priera pour cet homme et pour son péché, et il lui sera pardonné. - Il restituera le tort qu'il aura fait, en y ajoutant p.501 fin p.502 début en plus la cinquième partie de sa valeur, qu'il donnera au prêtre et celui-ci offrira un bélier et priera pour lui, et son péché lui sera pardonné. "

38. Id., VI, 7 : " Le prêtre priera pour lui devant le Seigneur, et tout le mal qu'il aura fait en péchant lui sera pardonné. "

1. S. ISIDORE, Lib. III de summo bono, c. 7 : "

Voici le remède que doit employer celui qui se voit tourmenté par les tentations : c'est que, toutes les fois qu'il se sent assailli par quelqu'une, il ait recours à la prière dont l'usage fréquent suffit pour réprimer toutes les attaques des démons. On ne doit point se lasser de prier et de frapper pour ainsi dire à la porte, jusqu’à ce qu'on ait triomphé par une volonté forte des suggestions importunes des désirs charnels, qui s'insinuent dans l'âme presque à son insu ; on doit redoubler de vigilance et d'ardeur, jusqu’à ce qu'on ait remporté sur ce point une pleine victoire. Car les prières faites avec indifférence ont coutume de ne rien obtenir, pas même auprès des hommes. Celui qui prie attire en soi l'Esprit-Saint ; et dès que les démons qui font naître les tentations dans l'âme, sentent l'approche de cet Esprit divin, ils prennent l'épouvante et s'abandonnent à la fuite. La prière est le produit du cœur et non celui des lèvres. Car Dieu fait attention, non aux paroles de celui qui le prie, mais aux dispositions de son cœur. Si le cœur prie en silence, tandis que la bouche se tait, les affections du cœur peuvent alors rester inconnues aux hommes, mais elles sont connues de Dieu, pour qui la conscience n'a point de secrets. Il vaut donc mieux prier de cœur sans même prononcer une parole, que de prier de bouche sans aucune affection du cœur. La prière doit toujours être mêlée de gémissements : car le souvenir des péchés produit le regret de les avoir commis. Et lorsque nous prions, nous rappelons nos fautes à notre souvenir, et c'est alors surtout que nous nous reconnaissons coupables. C'est pourquoi, lorsque nous nous trouvons en présence de Dieu, nous devons gémir et pleurer, en nous remettant devant les yeux la grièveté de nos crimes, et la rigueur des peines de l'enfer, que nous avons à craindre. Que l'âme tâche ensuite de se conserver dans les dispositions où l'aura fait entrer p.502 fin p.503 début la prière. Car la prière ne sert de rien, si l'on retombe tout aussitôt dans les mêmes fautes, pour en demander de nouveau le pardon. Celui-là au contraire obtient sans aucun doute l'effet de ses prières qui se garde bien de contracter de nouveau les taches dont il demande d'être purifié. Notre âme est céleste de sa nature, et elle prie Dieu et le contemple véritablement quand elle sait s'affranchir de tous les soins terrestres. Elle est propre à toutes sortes de biens, quand elle se contient dans les bornes de sa nature même ; elle tombe au contraire dans le désordre, quand elle sort de ces limites pour suivre les mouvements d'une nature étrangère à la sienne. La prière pour être pure, doit être dégagée des soins du siècle ; une âme est loin de Dieu, quand dans la prière même elle s'occupe de choses mondaines. Ainsi donc, pour prier véritablement il faut être tout entier à la prière. Mais il en est bien peu qui soient dans cette disposition d'esprit, on qui y soient toujours, quand même ils s'y trouveraient quelquefois. L'âme qui, avant de se mettre à la prière, était loin de Dieu et toute occupée de pensées criminelles, se représentera au milieu même de ses prières les images des choses qui faisaient tout-à-l’heure l'objet de sa pensée et ce seront autant d’obstacles qui l'empêcheront de s'élever au désir des biens célestes.

L'âme a donc besoin avant tout de se purger de toute affection aux choses temporelles, pour pouvoir aller à Dieu avec franchise et simplicité. Car soyons persuadés que Dieu ne nous gratifiera de ses dons, qu'autant que nous les lui demanderons avec simplicité d'intention. Bien des causes peuvent contribuer à nous faire perdre cette simplicité d’intention, en réveillant dans notre esprit, quand nous ne sommes pas sur nos gardes, l'idée des vanités du monde. D'un autre côté, le démon ne voit pas plus tôt quelqu'un se mettre en prières qu'il est excité par-là même à le tourmenter davantage par mille pensées vaines qu'il lui suggère. Deux choses (La même pensée se retrouve dans les Morales de saint Grégoire-le-Grand, liv. X, chap. 17 et 18) particulièrement font obstacle à l'impétration de ce qu'on demande à Dieu dans la prière : la première ce sont les péchés auxquels on n'aurait pas renoncé ; la seconde, c'est le refus qu'on ferait de pardonner à son prochain. Celui qui saura se dégager de ce double obstacle, pourra s'adonner avec confiance à l'exercice de la prière et s'occuper sans embarras de ce qui fait l'objet de ses vœux. Que p.503 fin p.504 début celui donc qui se sent offensé ne cesse de prier pour ceux qui lui ont fait tort ; car c'est la doctrine de notre divin maître que celui-là pèche, qui ne prie pas pour ses ennemis. De même que tous les médicaments ne sauraient guérir une plaie, tant que le fer qui l'a faite y reste enfoncé, ainsi la prière ne sert de rien à celui qui garde, soit l'affection au péché, soit la haine du prochain dans son cœur. Celui qui prie doit être tellement disposé envers Dieu, qu'il ne désespère point d'obtenir l'effet de sa prière. Mais notre prière sera vaine, si elle n'est pas accompagnée de confiance. Que chacun demande donc avec foi et sans aucun doute dans l'esprit, comme le dit un apôtre (JAC., I, 6) ; car celui qui doute est semblable au flot de la mer, qui est agité et emporté çà et là par la violence du vent. La défiance d’obtenir ce qu'on demande est inévitable si l'on se sent avoir encore de l'affection pour le péché. Car il est impossible qu'on ait confiance dans ses propres prières, lorsqu'on ne fait rien pour se mettre en devoir d'obéir à Dieu, et qu'on se réjoui à la pensée des péchés mêmes qu'on a commis. Celui qui fait mépris des commandements de Dieu, ne mérite pas d'obtenir de lui ce qu'il lui demande, et le crime de sa désobéissance lui attire justement le refus des grâces qu'il implore. Si au contraire nous exécutons ce que Dieu nous a ordonné, nous obtiendrons sans difficulté ce que nous lui demanderons. Car, ainsi qu'il est écrit, si quelqu’un détourne l'oreille pour ne point écouter la loi, sa prière même sera exécrable (Prov., XXVIII, 9). La prière et l'observation des commandements sont deux choses qui se prêtent un mutuel appui, et qui plaident l'une pour l'autre au tribunal de Dieu (On trouve encore cette même pensé exprimée par saint Grégoire dans ses Morales, liv. XVIII, chap. 5, et par saint Jérôme dans son commentaire sur le chap. 5 des Lamentations de Jérémie). C'est aussi ce qui a fait dire à Jérémie : Elevons au ciel nos cœurs avec nos mains vers le Seigneur (Lam., III, 41). Car celui-là élève son cœur avec ses mains, qui donne ses œuvres pour soutien à sa prière. Et quiconque prie sans œuvres qui soutiennent sa prière, élève bien son cœur, mais sans élever ses mains. Celui au contraire qui fait de bonnes œuvres, mais sans faire de prières élève bien ses mains, mais sans élever son cœur. Comme donc et la prière et les œuvres sont indispensables, ce n'est pas sans motif que le Prophète a dit : Elevons nos cœurs avec nos mains vers le Seigneur, dans la crainte que la négligence des commandements ne nous fasse encourir la damnation, en cherchant notre salut, ou dans la prière sans les œuvres ou dans p.504 fin p.505 début les œuvres sans la prière. Lorsque nous faisons une bonne œuvre, ayons soin en même temps de prier avec larmes, pour que le mérite de notre action soit relevé par l'humilité de notre prière. Celui-là élève sans mérite ses mains vers Dieu, qui dans sa prière même relève avec jactance les bonnes actions qu'il peut avoir faites, comme ce pharisien qui se vantait, tout en priant dans le temple, en s'attribuant à lui-même plutôt que de la rapporter à Dieu, la gloire de ses bonnes œuvres. Il y en a dont les prières sont autant de péchés de plus, comme l'Ecriture le marque expressément de Judas l'Apostat (Ps. CVIII, 7). Car ceux qui prient avec jactance, en recherchant la louange des hommes, non-seulement n'obtiennent pas par leurs prières le pardon de leurs péchés, mais se rendent coupables d'un nouveau péché par la prière même qu'ils font dans ces dispositions. Ainsi les juifs et les hérétiques, quoiqu'ils paraissent jeûner et prier, n'obtiennent point le pardon de leurs péchés par leurs prières, et leurs prières, bien loin de les en purifier, deviennent au contraire de nouveaux péchés. Il arrive assez souvent que Dieu diffère d'exaucer les justes ou de leur accorder la délivrance de leurs maux, pour mettre dans tout son jour la perversité des méchants. Lorsque les justes au contraire sont exaucés, pour les biens temporels qu'ils demandent, ceux qui les affligent sont les premiers à en profiter pour leur propre salut ; car en voyant les justes réussir malgré l'oppression qu'ils voudraient faire peser sur eux, ils sont engagés par-là à ouvrir les yeux sur leurs véritables intérêts et par conséquent à se convertir. Ainsi le rafraîchissement que les trois jeunes hommes trouvèrent au milieu des flammes a eu pour effet de procurer à Nabuchodonosor la connaissance du vrai Dieu. C'est aussi ce quia fait dire au Psalmiste : Délivrez-moi à cause de mes ennemis (Ps. LXVIII, 19). Disons aussi que si quelques-uns tardent à obtenir l'effet de leurs prières, c'est afin que, fortifiés par cette attente, ils obtiennent une plus grande récompense comme le retard causé par les frimas à la croissance des productions de la terre ne fait qu'augmenter leur fécondité. Lorsque nous tardons à être exaucés dans nos prières, rappelons à notre mémoire le passé de notre vie, et nous trouverons dans la justice divine, et dans nos péchés à la fois, la cause de ce délai dont nous serions tentés de nous plaindre. D'autres fois, si nous ne sommes pas tout de suite exaucés c'est pour notre avantage, plutôt que pour notre malheur : car souvent, si Dieu ne nous accorde pas la chose que p.505 fin p.506 début nous lui demandons, c'est pour pourvoir à notre salut mieux que nous ne pourrions le faire nous-mêmes. Bien des personnes ne sont pas exaucées dans leurs prières, parce que Dieu, par une providence attentive, leur réserve d'autres biens plus avantageux que ceux qu'elles lui demandent, comme il arrive à ces enfants qui prient Dieu pour que leur pédagogue ne les batte pas, et qui n'en obtiennent point l'effet de leur demande, parce que cela serait contraire à leurs progrès. Ainsi en est-il de certains dus. Ils prient Dieu pour obtenir de lui certains biens ou pour être délivrés de certains maux ; mais la Providence divine ne s'arrête point à leurs désirs, dont l'accomplissement ne leur procurerait que des avantages temporels, tandis qu'elle se propose de leur en assurer d'éternels. La prière doit se faire de préférence dans des lieux retirés, et on est plus sûr d'obtenir, quand on n'a que Dieu pour témoin des prières qu'on lui adresse. C'est le propre des hypocrites de se mettre en montre pour prier, et il résulte de là qu'ils déplaisent à Dieu, tout en s'attirant la louange des hommes. Ce n'est pas par un flux de paroles qu'on obtiendra d'être exaucé de Dieu, comme si c'étaient des paroles qu'il demanderait de nous pour nous être favorable. Ce qui touche son cœur, ce ne sont pas les discours éloquents, mais bien la pureté et la simplicité d'intention de celui qui le prie. Il est bon de prier toujours de cœur ; il est bon aussi d'élever la voix pour glorifier Dieu dans des hymnes spirituels. C'est chose vaine, que de prier des lèvres sans que le cœur y soit pour rien ; mais il faut, comme dit l'Apôtre (Eph., V, 19), chanter du fond de nos cœurs, c'est-à-dire chanter de tout son cœur, en même temps qu'on le fait de bouche. C'est pour cela que le même apôtre a dit ailleurs : Je chanterai de cœur des cantiques, mais je les chanterai aussi avec intelligence (I Cor., XIV, 15). Si la prière pourvoit à nos intérêts spirituels, le chant des cantiques nous procure en même temps une joie sainte. Il bannit de nos cœurs la tristesse, les ouvre à la reconnaissance, dissipe notre ennui, gourmande notre lâcheté, et, si nous sommes pécheurs, nous invite au repentir. Quelques durs que soient les cœurs des hommes charnels, ils se laissent amollir et tourner vers la piété par le chant des psaumes. Encore bien qu'un chrétien doive se laisser émouvoir bien moins par la douceur des accents, que par la parole divine que ces accents même font entrer dans son oreille, je ne sais comment il se fait que la componction est excitée par la mélodie de la voix plus encore que par le reste. Car combien n'en voit-on pas que p.506 fin p.507 début l'harmonie des chants décide toute seule à pleurer leurs fautes, et qui se sentent touchés jusqu'aux larmes du moment où le cantique sacré a retenti à leurs oreilles ! La prière n'est de mise que dans la vie présente, où elle peut nous obtenir la rémission des péchés au lieu que le chant des psaumes se perpétuera dans la vie future pour la gloire éternelle de Dieu, comme il est écrit dans les Psaumes : Heureux ceux qui habitent dans votre maison, Seigneur ; ils vous loueront dans les siècles des siècles (Ps. LXIII, 5). Celui qui remplit un tel ministère avec fidélité et ferveur, entre pour ainsi dire en société avec les anges. "

2. S. AUGUSTIN, Serm. 226 de tempore (Ce sermon n'est pas de saint Augustin, mais se compose en partie des paroles de saint Ambroise, comme l'ont observé les docteurs de Louvain. Voy. NOEL-ALEXANDRE, Hist. eccles., sæc. V) : " La prière du juste est la clef du ciel. La prière monte vers Dieu, et fait descendre sur nous sa miséricorde. Quelque éloignée que soit la terre, quelque élevé que soit le ciel, Dieu entend toujours l'homme qui l'invoque, pourvu qu'il ait sa conscience pure. "

4. Le même, Epist. CXXI (al. 150) ad Probam, c. 8 : " C'est donc cette bienheureuse vie que nous devons demander ; et c'est afin que nous sussions la demander, que celui qui est la vie par essence nous a enseigné à prier, et à prier en peu de paroles. Car ce n'est pas à force de parler que nous sommes exaucés, puisque, comme dit Jésus-Christ lui-même, celui à qui nos prières s'adressent sait ce qu'il nous faut, avant même que nous lui ayons rien demandé (MATTH., VI, 7-8). Et il y a lieu de s'étonner à cette occasion, que ce même Dieu qui sait tout ce qu'il nous faut, sans que nous ayons seulement ouvert la bouche pour lui faire nos demandes, et qui va jusqu’à nous défendre de parler beaucoup dans nos prières nous ait dit qu'il faut toujours prier, et ne s'en lasser jamais (Luc, XVIII, 4), et qu'il nous porte à le faire par l'exemple de cette veuve qui voulant avoir raison du tort que sa partie lui avait fait, à force de presser un juge inique, sur qui ni la justice ni la compassion n'avaient de pouvoir, en obtint enfin par ses importunités ce qu'elle lui demandait. Mais il a voulu nous faire entendre par-là combien nous devons nous tenir plus assurés d’être exaucés d’un Dieu plein de justice et de miséricorde, si nous ne nous lassons pas de le prier, puisque ce juge, quelque dur et quelque injuste qu'il fût ne put résister à la p.507 fin p.508 début persévérance cette veuve ; et combien nous devons espérer de trouver Dieu propice et disposé à satisfaire nos bons désirs, quand nous remettons pour l'amour de lui les injures qu'on nous a faites, puisque cette veuve ne laissa pas d'obtenir ce qu'elle demandait, quoiqu'elle ne voulût autre chose qu'avoir raison du tort qui lui avait été fait. "

" C'est à quoi tend encore l'exemple de celui qui, ayant reçu chez lui un de ses amis, et n'ayant rien à lui présenter, alla chez son voisin déjà couché et endormi avec toute sa famille, pour lui emprunter trois pains (symbole sous lequel Jésus-Christ a peut-être voulu nous désigner la trinité des personnes dans l'unité d'une même substance), et qui le pressa tant, que, pour se délivrer de ses importunités, plutôt que par amitié, l’autre lui accorda tout ce qu'il voulait : ce qui doit nous faire comprendre que, si un homme troublé dans son sommeil par une demande importune, ne put s'empêcher d'accorder ce qu'on lui demandait, Dieu nous accordera avec infiniment plus de bonté l'effet des demandes que nous lui ferons, puisque, bien loin que nos prières le trouvent jamais endormi, c'est lui qui dissipe notre sommeil spirituel pour nous exciter à le prier. "

" C'est encore dans les mêmes vues que Jésus-Christ nous dit : Demandez, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; frappez à la porte, et on vous ouvrira ; car qui demande reçoit, qui cherche trouve, et on ouvrira à celui qui frappe. Qui est celui d'entre vous qui donne une pierre à son fils qui lui demande du pain, ou un serpent quand il lui demande un poisson, ou un scorpion quand il lui demande un œuf ? Si donc, tout méchant que vous êtes, vous savez discerner ce qui est bon pour le donner à vos enfants, à combien plus forte raison votre père céleste, donnera-t-il ce qui est véritablement bon à ceux qui le lui demandent (LUC, XI, 11 et suiv.) ! Il semble que ces trois choses répondent aux trois excellents dons que l'Apôtre relève entre tous les autres. Car le poisson est un symbole très-naturel de la foi, soit cause que les poissons vivent dans l'eau, et que l'eau du baptême est ce qui nous rend fidèles, soit parce que les tempêtes de ce siècle ne peuvent rien contre une foi véritable, pas plus que celles de la mer ne portent atteinte à la vie des poissons. L'opposition du serpent au poisson est aussi très-naturelle, puisque ce fut le serpent qui, par ses pernicieux artifices, détourna nos premiers parents de croire à la parole de Dieu (Gen., III, 4). L'œuf est de même un symbole très-juste de l'espérance, puisque la vie du poussin qui doit se p.508 fin p.509 début former de l'œuf n'est encore qu'en espérance, ou qu'elle ne se voit pas encore : Car quand on voit ce qu'on a espéré, ce n'est plus un objet d’espérance (Rom., VIII, 24) ;

et rien ne pouvait mieux être opposé à l'espérance qu'un scorpion, puisque, au lieu que le propre de l'espérance est d'oublier tout ce qu'on a laissé par derrière et de ne regarder que devant soi, c'est à la queue du scorpion qu'il faut prendre garde au contraire, puisque c'est là qu'est l'aiguillon et le venin. Enfin la charité ne peut être mieux représenté que par le pain, qui tient le premier rang entre les aliments, comme la charité entre les vertus ; et Jésus-Christ ne pouvait rien opposer de plus juste à ce symbole de la charité qu'une pierre, puisque la dureté de la pierre est ce qui marque le mieux celle des cœurs fermés à la charité. "

" Peut-être qu'on pourrait donner à ces paroles quelque autre sens qui leur conviendrait mieux ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que celui qui sait donner les vrais biens à ses enfants veut nous inviter par-là à demander, à chercher et à frapper à la porte, c'est-à-dire, à prier avec assiduité.

"

" Et pourquoi le veut-il, lui qui sait ce qui nous est nécessaire sans que nous le lui demandions ? Ce n'est pas qu'il ait besoin de nos prières pour connaître nos désirs, puisque nous ne saurions les lui cacher ; mais c'est afin que nos désirs se réveillent et s'enflamment par l'exercice de la prière, pour nous rendre capables de recevoir ce qu'il nous prépare. Car ce qu'il nous prépare est quelque chose de grand, et notre capacité est très étroite ; et c'est pour cela que saint Paul nous dit : Dilatez-vous, et prenez garde que le joug de l'infidélité ne vous presse et ne vous resserre (II Cor., VI, 13-14). Nous serons donc d'autant plus capables de recevoir, et nous recevrons avec d'autant plus de plénitude ce bien suprême que l'œil n'a point vu, parce que ce n'est rien de coloré que l'oreille n'a point entendu, parce que ce n'est point un son, et qui n'est point venu dans l'esprit de l'homme, parce que l'esprit de l'homme doit plutôt s'élever vers lui ; nous le recevrons, dis-je, avec d'autant plus de plénitude que nous y aurons cru plus fidèlement, que nous l'aurons espéré plus fermement, et que nous l'aurons plus ardemment désiré.

"

5. Le même, c. 9 : " Un désir continuel, formé par la charité et soutenu par la foi et par l'espérance est donc une prière continuelle. Mais nous ne laissons pas outre cela de prier même vocalement à certaines heures réglées afin que les paroles que nous prononçons ne nous rappellent ce que nous devons désirer et p.509 fin p.510 début que, rentrant en nous-mêmes nous puissions connaître si nos désirs s'enflamment de plus en plus, et nous appliquer à les rendre effectivement de plus en plus vifs. Car c'est par l'ardeur du désir que se mesure l'effet de la prière. "

" Lors donc que l’Apôtre nous dit, Priez sans cesse (I Thess., V, 17), c'est comme s'il disait : Désirez sans cesse la vie heureuse, qui n'est autre que la vie éternelle, et demandez-la sans cesse à celui qui seul peut la donner. Il faut donc ne faire que la désirer et la demander sans cesse à Dieu. Mais, comme les soins et les occupations de la vie attiédissent ce saint désir pour le rallumer, nous revenons de temps en temps à la prière, en nous remettant devant les yeux ce qui doit en être l’objet : autrement, perdant sans cesse de son ardeur, il finirait par s'éteindre. "

" De là il suit encore que cette parole de l'Apôtre, Que vos prières se manifestent devant Dieu (Philippe, IV, 6), ne doit pas être entendue en ce sens que nous devions employer nos efforts à faire connaître à Dieu ce que nous désirons, puisqu'il le sait avant que nous lui ayons rien demandé ; mais elle nous indique le soin que nous devons prendre de juger devant Dieu, par notre patience et notre persévérance de la qualité de nos prières plutôt que d'en faire parade devant les hommes. Peut-être même que l’Apôtre souhaite encore par là que nos prières soient connues des anges qui sont devant le trône de Dieu, afin qu'ils les lui présentent, qu'ils consultent sur cela sa sainte volonté, et qu'ils deviennent visiblement ou invisiblement les ministres de l'effet que Dieu voudra donner à nos prières. Et cela revient à cette parole de l'ange Raphaël à Tobie : J'offrais vos prières à Dieu, et je les lui présentai devant le trône de sa gloire (Tob., XII, 12). "

6. Le même, c. 10 : " Ainsi donc il est très-bon et très-utile de prier longtemps, quand les autres bonnes œuvres et les occupations nécessaires de la vie le permettent, quoique dans ces actions mêmes il faille toujours, comme je l'ai dit, prier par le désir du cœur. Car de prier longtemps, ce n'est pas, comme quelques-uns se l'imaginent, ce que l’Evangile appelle affecter de parler beaucoup dans la prière ; et la prière que le mouvement du cœur soutient et fait durer, est bien différent de celle dont la seule multitude des paroles fait la longueur. Aussi voyons-nous dans l’Evangile que Jésus-Christ lui-même passait les nuits à prier, et que dans son agonie au jardin des Olives il redoublait ses prières : en quoi ce divin Sauveur, qui a prié si utilement pour nous dans les jours de sa vie mortelle, et qui maintenant, p.510 fin p.511 début dans les splendeurs éternelles de sa gloire, reçoit et exauce nos prières avec son Père céleste, n’a fait que nous marquer l'exemple que nous avons à suivre. "

" On dit que les prières des solitaires d'Egypte sont fréquentes mais courtes, et faites comme par élans de peur que cette ferveur de l'esprit, qui est si nécessaire dans la prière, ne vînt se relâcher s'ils priaient trop longtemps : et par-là ils nous font assez voir que, comme il ne faut pas, si l'on sent que cette ferveur ne saurait se soutenir par ce moyen, s'exposer à l'affaiblir en prolongeant sa prière, il ne faut pas non plus interrompre celle-ci, si en la continuant on ne fait qu'entretenir sa ferveur. Ainsi, autant on doit être soigneux de bannir la multitude des paroles de ses prières, autant on doit l'être de persévérer dans la prière si l'on persévère en même temps dans la ferveur. Car ce qu'on appelle parler beaucoup en priant, c'est dire des paroles superflues pour remplir cet acte, d'ailleurs si nécessaire en lui-même. Ce qu'on appelle au contraire prier beaucoup, c'est frapper longtemps, et par les élans d’une véritable piété, à la porte du maître que nous prions, la prière étant de ces affaires qui ont coutume de se traiter plutôt par des gémissements et des larmes, que par des paroles et des discours ; et ces larmes et ces gémissements vont jusqu'au trône de celui qui a tout fait par sa parole, et qui n'a pas besoin de nos paroles. "

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