Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 149)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1. Tobie, XII, 8 : " La prière accompagné du jeûne et de l'aumône vaut mieux que tous les trésors et tout l'or qu'on peut amasser. "

2. OSEE, VI, 6 : " C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice, et j'aime mieux la connaissance de Dieu que les holocaustes. "

3. MATTHIEU, IX, 12-13 : " Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecins, mais ceux qui sont malades. - Allez donc, et sachez ce que signifient ces mots : Je veux la miséricorde, et non le sacrifice. "

4. Id., XII, 7 : " Si vous saviez bien ce que veulent dire ces paroles : Je veux la miséricorde et non le sacrifice, vous n'auriez jamais condamné les innocents. "

6. Philippiens, IV, 18 : " Maintenant j'ai tout et en abondance : je suis comblé de biens, depuis que j'ai reçu d'Epaphrodite ce que vous m'avez envoyé comme une oblation d'agréable odeur, comme une hostie que Dieu accepte volontiers, et qui lui est agréable. "

7. Hébreux, XIII, 16 : " Souvenez-vous d'exercer la charité et de faire part de vos biens aux autres ; car c'est par de tels sacrifices qu'on se rend Dieu favorable. "

8. LUC, VI, 27-38 : " Mais je vous dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis ; faites du bien ceux qui vous haïssent. - Bénissez ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous p.2 fin p.3 début calomnient. - Et si quelqu'un vous frappe à une joue, présentez-lui encore l'autre ; et si quelqu'un vous enlève votre manteau, laissez-lui emporter aussi votre tunique. - Donnez à tous ceux qui vous demandent, et ne redemandez point votre bien à celui qui vous le ravit. - Et ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux. -Que si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on, puisque les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment ? - Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on, puisque les pécheurs font la même chose ? Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on, puisque les pécheurs eux-mêmes prêtent aux pécheurs afin d'en recevoir autant à leur tour ? - Mais aimez vos ennemis, faites-leur du bien, et prêtez sans rien espérer ; et votre récompense sera très-grande, et vous serez les enfants du Très-Haut ; car il est bienfaisant même à l'égard des ingrats et des méchants. - Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. - Ne jugez point, et vous ne serez point jugé ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamné, remettez, et on vous remettra ; - donnez, et on vous donnera ; on versera dans votre sein une mesure pleine et pressée, et qui débordera car on se servira pour vous de la même mesure dont vous vous serez servis pour les autres. "

11. Id., CXLIV, 8-9, 15-17 : " Le Seigneur est plein de tendresse et de bonté ; il est patient et riche en miséricorde. - Le Seigneur est bon envers toutes ses créatures, et sa miséricorde s'étend sur tous ses ouvrages. - Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, et il relève tous ceux qui sont renversés. - Toutes les créatures ont les yeux tournés vers vous, Seigneur, et vous leur donnez leur nourriture au temps convenable. -Vous ouvrez votre main, et vous rassasiez de vos bienfaits tout ce qui respire. "

13. Actes, X, 37-38 : " Pierre leur dit : Vous savez ce qui est arrivé dans la Judée, à commencer par la Galilée, après le baptême que Jean a prêché ; - comment Dieu a oint de l'Esprit-Saint et de force Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu faisant p.3 fin p.4 début le bien et guérissant tous ceux qui étaient sous la puissance du démon, parce que Dieu était avec lui. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. CHRYSOSTOME, Hom. XIII in Epistolam II ad Corinthios

: " L’aumône consiste non pas simplement à donner aux pauvres, mais à leur donner avec commisération pour eux. "

2. S. AUGUSTIN, Serm. XXX de verbis Domini : "

Que signifient ces paroles, Faites l’aumône ? Elles signifient : Faites miséricorde. Que veut-on dire maintenant par ces paroles, Faites miséricorde ? Si vous en avez l'intelligence, commencez par vous la faire à vous-même. Comment en effet, si vous étiez cruel pour vous-même, pourriez-vous être miséricordieux pour les autres ? Faites l'aumône, et toutes choses seront pures pour vous. Mais que ce soit une véritable aumône. Qu'est-ce que l'aumône ? C'est un acte de miséricorde. "

3. S. CYPRIEN, de opere et eleemosynis : " L'ange

Raphaël, dans Tobie, confirme aussi la même chose ; il exhorte à faire l’aumône gaiement et libéralement. Il dit : La prière est bonne avec le jeûne, et l'aumône vaut mieux que d'amasser des trésors parce que l’aumône délivre de la mort et que c'est elle qui lave les péchés. Il témoigne par-là que nos oraisons sont moins puissantes, lorsqu'elles ne sont pas secondées par des aumônes. Il nous apprend que ce sont les aumônes qui rendent nos prières efficaces, qui nous garantissent des dangers, qui délivrent nos âmes de la mort (Cf. Les Pères de l’Eglise, trad. Genoude, t. V). "

5. S. LEON-LE-GRAND, Serm. III de jejunio Pentecostes

: " L'abstinence est un remède salutaire pour les maux de l'âme, lorsque celui qui jeûne pourvoit aux besoins de ceux qui ont faim. Nous ne pouvons ignorer que l'aumône soit d'un plus grand mérite que le jeûne devant Dieu, après que le Sauveur a dit : Donnez l’aumône de ce que vous avez, et toutes choses seront pures pour vous (LUC, XI, 41). Si nous voulons effacer les taches que nos péchés ont imprimées à nos âmes, ne refusons pas l'aumône aux pauvres, afin que nos bonnes œuvres nous aident à méritent la miséricorde de Dieu au jour du jugement par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Cf. Sermons de saint Léon, p. 525-526). "

6. S. AMBROISE, des Devoirs des ministres sacrés, liv. I, c. 11 :

p.4 fin p.5 début " La miséricorde engendre, elle aussi, la perfection, puisqu'elle nous fait ressembler à notre Père céleste qui est la perfection même et qu’il n'y a point de vertus qui rehaussent d’avantage l’âme d'un chrétien. La compassion envers les pauvres est surtout ce qu'il doit commencer par exercer ; c'est imiter la nature, qui donne libéralement ses fruits à tout le monde. Eh! que pouvez-vous faire de mieux que de secourir les pauvres par vos largesses, que de prendre en pitié vos semblables et de leur prêter assistance ? Dans votre argent, ils reçoivent la vie ; pour vous, ce n'est qu'une pièce de monnaie qui sort de vos mains ; eux, ils l'apprécient comme leur subsistance ; le denier de vos aumônes est toute leur fortune. "

" Vous recevrez en retour plus que vous ne leur aurez donné, puisque vous leur serez redevable de votre salut. En donnant un habit à un misérable réduit à l'état de nudité, vous vous revêtez de la justice ; si vous recevez un pèlerin sous votre toit, vous vous attirez la faveur des saints, et vous méritez une place dans les tabernacles éternels.

Ce n'est certes pas une grâce de peu de prix, puisqu'en semant des biens périssables, vous en recueillez d'immortels. Vous ne pouvez comprendre les secrets jugements de Dieu dans la conduite qu’il tint à l’égard de Job ? Admirez seulement la vertu de ce saint homme, qui pouvait dire avec raison (XXIX, 15-16) : J’étais l'œil des aveugles et le pied des boiteux ; j’étais le père des affligés et leurs épaules ont été réchauffées par la toison de mes agneaux ; les voyageurs ont toujours eu un asile dans ma maison ; ma porte est restée ouverte à tout venant.

Bienheureux est celui qui n'a jamais repoussé le pauvre, et qui ne l’a jamais laissé sortir de sa demeure sans le charger de bienfaits ! Nul ne peut être plus heureux que celui qui a su comprendre les nécessités du pauvre, les infirmités du malade et les douleurs de la misère. Au jour du jugement, tel qui aura fait miséricorde au nom de Dieu, aura fait son débiteur de Dieu lui-même et recevra de lui le salut éternel pour récompense (Cf. Chefs-d'œuvre des Pères de l’Eglise, etc., t. VI, p.

140-143). "

7. S. CHRYSOSTOME, Serm. XXXVI ad populum Antiochenum

(al. Hom. VI in Epist. II ad Timotheum cap. 2) : " Jésus-Christ n'a pas dit : Si vous jeûnez vous serez semblable à votre Père : Il n'a pas dit : Vous serez semblable à votre Père, si vous gardez la virginité. Il n'a pas dit : Vous lui serez semblable, si vous priez. Aucune de ces choses ne peut convenir à Dieu, et ces p.5 fin p.6 début sorte de pratiques n'ont rien de commun avec sa nature. Mais qu'est-ce qu'il a dit ? Soyez miséricordieux comme l'est lui-même votre Père céleste (LUC, VI, 36). Voilà l'office de Dieu. Si vous ne lui ressemblez pas en cela, en quoi lui ressemblez-vous donc ? Je veux, nous a-t-il dit, la miséricorde et non le sacrifice (OSEE, VI, 6). Dieu a fait le ciel, la terre, la mer : tous ces ouvrages sont grands, et portent le cachet de sa sagesse ; néanmoins aucun de ces ouvrages ne lui a gagné le cœur de l'homme, comme la miséricorde et l'humanité qu'il a déployée envers nous. C'est là aussi une œuvre de sagesse, de puissance et de bonté ; mais c'est bien plus encore, qu'il se soit fait notre esclave. Cela ne doit-il pas exciter bien davantage notre admiration ? Cela ne doit-il pas bien davantage nous jeter dans le ravissement ? Rien n'attire Dieu comme la miséricorde. Tous les prophètes sont pleins de semblables témoignages (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, tom. XI, pag. 696, édit de Montfaucon ; pag. 751, édit. de Gaume). "

8. S. AUGUSTIN, Serm. LXXVI (Ce sermon ne parait pas être de saint Augustin. Voy. NOEL- ALEX., Hist. eccl., t. V, p. 106, édit. de Mansi) : " Celui qui subvient aux nécessités des pauvres obtiendra facilement la guérison des plaies que lui auront faites ses péchés, et il sera fait miséricorde à celui qui ne refuse pas à son prochain les services qu'il peut lui rendre. Enfin, que celui à qui il est commandé de donner se réjouisse de n'être pas dans une condition où il ait lui-même besoin de recourir à la libéralité des autres. C'est un assez grand sujet de gloire pour celui qui donne, que de trouver dans la misère d'autrui l’occasion de s'enrichir par ses libéralités même envers les pauvres, de faire de Dieu lui-même son débiteur par la miséricorde qu'il exerce à leur égard de nourrir Jésus-Christ dans leur personne, et de mettre à profit leur indigence pour obtenir le pardon de ses propres péchés. C'est Dieu même qui nous invite à consulter en cela nos propres intérêts par ces paroles incisives : Si vous n'avez pas été fidèle dans l'emploi des richesses injustes, qui voudra vous confier les véritables ? Et si vous n'avez pas été fidèle dans l'administration d'un bien étranger, qui vous en donnera pour vous appartenir en propre (LUC, XVI, 11-12) ? Chacun doit en effet se montrer tel pour les pauvres, qu'il voudrait qu'on se montrât pour lui s'il était pauvre lui-même. Vous seriez d’ailleurs bien ennemi de vos propres intérêts si vous refusiez de vous concilier Dieu lui-même en faisant de ses dons l'usage qu'il demande de p.6 fin p.7 début vous, et de lui obéir en distribuant à vos semblables des biens qu'il ne vous a confiés que dans ce but. Car Dieu, en vous chargeant de leur dispensation, ne s'en est pas pour cela dessaisi ; ce n'est que de ses propres biens qu'il vous commande de faire des dons aux pauvres. Pourquoi faites-vous si peu de cas des ordres de votre bienfaiteur ? Pourquoi ne remplissez-vous pas les conditions du pacte qu'il a fait avec vous ? Pourquoi fermez-vous l'oreille au commandement qu'il vous fait d'être charitable ? On s'expose à perdre l'argent qu'on a reçu quand on met de la négligence à en tirer profit. Soyez miséricordieux, comme votre Père céleste est miséricordieux lui-même envers vous. Montrez par vos actes votre ressemblance avec votre père. Montrez l'affinité de votre race par celle de vos œuvres. Que votre conduite soit la justification du nom que vous portez, et que le nom que vous portez soit l'expression abrégée de votre conduite. Que le fils conserve fidèlement les dons qu'il a reçus de son père pour que le père remette un jour à son fils la récompense qu'il lui a promise. Le patrimoine mis en votre possession vous appartient, si vous le faites valoir ; il cesse d'être à vous, si vous le laissez inactif. L'argent gardé dans les coffres est exposé à tous les hasards ; celui que la miséricorde met à profit procure les biens éternels. Que craignez-vous de confier à Jésus-Christ ce que vous aurez tant de peine à soustraire aux voleurs ? Celui qui donne aux pauvres, nous dit le Sage, n'aura besoin de rien (Prov., XXVIII, 27). Vous partagez votre patrimoine entre vos héritiers ; et Jésus-Christ est-il donc indigne d'avoir part à votre bien, et de vous aider à l’emporter avec vous dans l'éternité ? Pourquoi garder pour un héritier ce dont vous ne savez pas si cela devra lui servir ? Pourquoi entasser des biens que vous laisserez peut-être à des ingrats ? Qui sait si ce que vous détacherez pour faire quelque aumône, de la part que cet héritier attend de vous, ne tournera pas à son propre avantage ? Commencez donc par faire ce que Dieu vous ordonne, pour recevoir plus tard ce qu'il vous a promis. Celui qui ne veut pas prête à intérêt à Dieu même ne peut pas recevoir d'intérêts qui lui profitent. Celui qui a pitié du pauvre prête au Seigneur à intérêt, nous dit l'auteur des Proverbes (Prov., XIX, 17). Eh ! comment pourrait prétendre à recevoir l'effet des divines promesses, celui qui refuserait d'observer les préceptes divins ? "

9. Le même, in Libro L homiliarum, hom. XXXIX

(Cette homélie semble à Noël- Alexandre n'être pas de saint Augustin. V. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. V, p. 103, édit. de Mansi), ayant p.7 fin p.8 début à expliquer ces mots du psaume XL, Beatus qui intelligit super egenum et pauperem, dit ces paroles : " Heureux celui qui fait l'aumône avec largesse, parce que son argent lui sert à gagner le ciel, et qu'en nourrissant ceux qui ont faim, il éteint l'incendie qu'allumeraient ses péchés. C'est le témoignage que lui rend le Prophète, et il éprouvera les effets de la protection de l'Esprit-Saint. Ses bonnes œuvres lui procurent la paix pour le temps de cette vie, et la sécurité pour le moment de sa mort ; son patrimoine le suivra dans le ciel et entrera dans les greniers éternels ; en nourrissant le pauvre, il aura rendu Dieu lui-même son débiteur. En se contentant de peu pour la vie présente, il s'assure les biens de la vie future, et un riche héritage pour le jour du jugement. Il n'aura à redouter aucune perte, du moment où ses aumônes lui auront assuré le trésor de la piété. . . "

" La miséricorde dont vous userez, mes frères, envers le pauvre, sera parfaite, si vous n'attendez pas pour lui donner le nécessaire qu'il vous en ait fait la demande. Car c'est une aumône bien défectueuse que celle que les supplications extorquent en quelque façon. Quand même un mendiant garderait le silence, la pâleur répandue sur son visage, son air exténué, défait, ne parle-t-il pas assez haut ? Hâtez-vous de venir à son secours, pour ne pas l'entendre vous prier de ne pas garder pour vous ce que vous devez au Seigneur. Imitez votre Dieu, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et pleuvoir sur les justes et sur les injustes. La pluie vient arroser vos terres avant même que vous la demandiez ; elle répand la fertilité sur votre terrain tandis que, reposant dans votre lit, vous êtes plongé dans le sommeil ; Dieu commande de même au jour de vous illuminer de ses clartés, aux éléments de se mettre à votre service, à la terre de vous prodiguer ses fruits même à votre insu. Le ciel féconde la terre qui enfante pour nous tous ces biens, que nous recevons ensuite comme ils nous viennent et sans les avoir demandés. Et vous, ô homme, vous vous montrerez chiche d'un morceau de pain, ou bien vous ne vous en dessaisissez qu'autant qu'on vous l'achète ? Les quatre mille personnes qui suivirent Jésus dans le désert ne lui demandèrent pas les sept pains et les quelques petits poissons qui suffirent pour nourrir abondamment une si grande multitude ; rien que l'intérêt que Jésus aurait pu en tirer aurait dépassé le capital lui-même Recueillez les restes, de peur qu'ils ne se perdent, dit-il après avoir nourri tout ce peuple (MATTH., XV,

56 et suiv.), parce que toute cette provision avait p.8 fin p.9 début été sanctifiée ; qu'on remplisse de ces restes sept corbeilles : tous ces milliers de personnes ont été rassasié : ce peu a suffi pour tout le monde. A mesure qu'ils mangeaient, la nourriture se multipliait sous leurs mains : ainsi en sera-t-il de l'aumône mes frères, et en cela l'homme participera à la puissance de Dieu, qui a laissé à dessein des pauvres sur la terre, lui qui nourrit de rien le ciel entier, pour nous donner l'occasion de faire l’aumône. Mais si tous étaient dans l’abondance, c'en serait fait de l'aumône ; Dieu nous a donc offert comme un second baptême en nous offrant le moyen de pratiquer cette vertu. Car qui est-ce qui est sans péché ? Or, de même que l'eau éteint le feu, ainsi l'aumône éteint-elle les péchés.

Que l'abondance de nos provisions nous serve, par la part que nous en ferons aux pauvres, à éteindre les flammes que nos péchés auraient allumées : la miséricorde que nous aurons exercée nous fermera les portes de l'enfer, et empêchera que nous ne soyons jetés dans ses abîmes. Dieu fera miséricorde à celui qui aura lui-même fait miséricorde ; il sera sans pitié pour celui qui aura été sans pitié. Donnez de votre pain, tandis que vous avez le moyen de le faire : c'est une chose dont on n'a pas besoin dans l'autre vie ; après la mort, vous n'aurez plus de froment à récolter ou à distribuer ; personne ne vous demandera plus l'aumône ; ce ne sera plus le temps de faire miséricorde. Les bons et les méchants seront à jamais séparés les uns des autres d'après la différence et l'opposition de leurs actes ; Jésus-Christ, notre roi et notre juge, fera ce discernement entre les agneaux et les boucs, qu'il placera, les uns à sa droite, et les autres à sa gauche ; il dira que c'est lui-même qui a eu faim, qui a eu soif, qui a enduré toutes les autres sortes de privations et de souffrances dans la personne de ses serviteurs. Donnez donc, mes chers frères, à tous ceux que vous voyez dans le besoin, mais principalement à ceux qu'une même foi a rendus comme vous enfants de Dieu ; donnez à tous, de peur que celui à qui vous n'auriez pas donné ne soit Jésus-Christ lui-même ; ou plutôt, croyez-moi, c'est à Jésus-Christ lui-même que vous serez assuré de donner. "

10. S. LEON-LE-GRAND, Serm. V de Quadragesimâ

: " Les personnes qui ont de la douceur et de la clémence sont naturellement libérales ; rien n'est plus digne de l'homme que d'imiter son créateur et de mesurer les largesses que l'on doit faire sur l'étendue de ses moyens ; car lorsqu'on donne à manger à ceux qui ont faim, qu'on a soin de vêtir ceux qui sont nus, qu'on soulage les p.9 fin p.10 début infirmes, n'est-ce pas en quelque manière tenir la place de Dieu ? La bonté du serviteur n'est-elle pas un effet de la bonté du maître ? Quoiqu'il n'ait pas besoin de secours pour répandre sur nous les dons de sa miséricorde, il a tellement tempérés sa toute-puissance, qu'il subvient aux nécessités des hommes par le ministère des hommes mêmes, et c'est avec justice qu'on le remercie des œuvres de charité qu'il exerce par les mains de ses créatures. Voilà pourquoi le Sauveur du monde disait à ses disciples : Que votre lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père, qui est dans le ciel (MATTHIEU, V, 16), et qui vit et règne avec le Verbe et le Saint-Esprit (Cf. Sermons de saint Léon-le-Grand, p. 299-300). "

10. Ibidem, Serm. X de Quadragesimâ : " Il faut aussi, pendant le carême, avoir plus de zèle que jamais pour soulager les misères des pauvres et toutes les autres espèces d'infirmités, afin que plus de gens puissent rendre à Dieu des actions de grâces, et que le pain que nous donnons aux pauvres relève le mérite de notre jeûne. Les secours que les fidèles rendent aux pauvres honorent Dieu plus que tout autre acte de vertu ; et dans le zèle que nous apportons à exercer la miséricorde, il se plait à reconnaître l'image de la sienne. Que la crainte de manquer de ressources n'empêche jamais de faire de tels sacrifices : car une âme bienfaisante et libérale est toute seule une grande richesse. Puisque Jésus-Christ est l'objet et le principe de nos charités, pouvons-nous jamais manquer de moyens pour faire des largesses ? Cette main qui, en rompant le pain et en le distribuant le multiplie, préside aux bonnes œuvres ; que celui donc qui donne l'aumône la fasse avec joie et sans inquiétude. Moins il se réservera pour soi-même, plus seront grands les avantages qu'il retirera de ses aumônes, puisque saint Paul a dit en termes exprès : Dieu, qui donne la semence à celui qui sème, vous donnera le pain dont vous avez besoin pour vivre, et il multipliera la semence de vos charités, et il fera croître de plus en plus les fruits de votre justice (II Cor., IX, 10) ; par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles (Cf. Ibidem, p. 265-266).

12. S. GREGOIRE de Nysse, Lib. de beatitudinibus, explique de la manière suivante ces paroles de Notre-Seigneur, Beati misericordes (MATTH., V, 7) : " Je sais qu'en beaucoup d'endroits des divines Ecritures, les écrivains inspirés appellent du nom de miséricordieux la Divinité elle-même ; ainsi David dans ses psaumes ;

p.10 fin p.11 début ainsi Jonas dans ses prophéties ainsi le grand Moïse dans une multitude de passages. Si donc ce nom de miséricordieux convient à Dieu lui-même, que fait Jésus-Christ en vous exhortant à la miséricorde, autre chose que de vous exhorter à devenir des dieux en quelque sorte, en revêtant ce qui fait le propre caractère de la Divinité. Car si Dieu est appelé miséricordieux par les écrivains sacrés ; si d’ailleurs, c'est Dieu qui possède la vraie béatitude, il est évident, par une conséquence logique et rigoureuse, que qui que ce soit, fût-il un simple mortel, qui pratique la miséricorde, participe par-là même à la suprême béatitude, puisqu’il possède l'attribut qui donne son nom à la Divinité. Le Seigneur est miséricordieux et juste, et notre Dieu est compatissant (Ps. CXIV, 5). Comment donc ne serait-il pas heureux, l'homme qui est appelé, et qui est effectivement, ce qui fait la propre dénomination de Dieu, comme le fond de sa nature même ? . . . . "

" Le genre humain semble partagé tout entier en deux classes opposées, celle des maîtres et celle des esclaves, celle des riches et celle des pauvres, celle de la noblesse et celle de la roture, celle des faibles et celle des forts, et cette antinomie se retrouve partout. Afin donc que celui qui a plus et celui qui a moins soient remis au même niveau, et que ce qui manque aux uns soit suppléé par ce qui abonde chez les autres, le divin Maître nous recommande à tous la miséricorde à l'égard de ceux qui souffrent ; car on ne peut être porté à soulager le prochain dans son malheur, qu'autant que la miséricorde en inspire le sentiment, puisque la miséricorde se conçoit comme l'opposé de l'inhumanité. De même donc qu'un caractère inhumain se montre inaccessible à ceux qui voudraient l'aborder, de même l'homme compatissant et miséricordieux s'identifie pour ainsi dire avec celui qu'il voit dans le besoin, et s'accommode à tout ce que demande de lui cette âme plongée dans l'amertume. "

Question II

En quels termes la sainte Ecriture nous recommande-t-elle l’aumône ?

L'Ecriture nous recommande l'aumône par une foule d'instructions, d'exhortations et d'exemples. Saint Cyprien va jusqu’à dire qu'aucun précepte ne nous est plus fréquemment intimé dans l’Evangile que celui de faire l’aumône, et de placer notre trésor dans le ciel, au lieu de mettre notre dernière fin dans les biens p.11 fin p.12 début de la terre. De là ces maximes de Jésus-Christ : Donnez l’aumône de ce que vous avez, et toutes choses seront pures pour vous. - Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumônes. - Faites-vous des bourses qui ne s'usent point avec le temps, amassez-vous dans le ciel un trésor qui ne puisse jamais se perdre. . . . . Employez les richesses injustes à vous faire des amis, afin que, lorsque vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. En deux mots : Donnez, et on vous donnera.

C'est pourquoi le prophète Daniel donne le conseil suivant à un roi impie : Rachetez vos péchés par des aumônes et vos iniquités par les œuvres de miséricorde pratiquées envers les pauvres. Ailleurs nous lisons : L'eau éteint le feu même le plus ardent, et l'aumône résiste aux péchés.

Ces autres paroles que nous allons citer ne sont pas d'un homme, mais d'un ange : L'aumône délivre de la mort ; c'est elle qui efface les péchés et qui fait trouver la miséricorde et la vie éternelle. Voici enfin les paroles de Jésus-Christ lui-même : Quiconque aura donné seulement à boire un verre d'eau froide à l'un de ces plus petits, en considération de ce qu'il est un de mes disciples, je vous dis en vérité qu'il ne perdra point sa récompense. - Heureux donc les miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde. - Par la raison contraire, et ce sont les paroles de l’apôtre saint Jacques, celui qui n'aura pas fait miséricorde sera jugé sans miséricorde.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Deutéronome, XV, 7, 8, 11 : " Si, dans le pays que le Seigneur doit vous donner, un de vos frères de la même ville p.12 fin p.13 début que vous tombe dans la pauvreté, vous n'endurcirez point votre cœur et vous ne fermerez point votre main ; - mais vous l'ouvrirez au pauvre, et vous lui prêterez ce dont vous verrez qu'il aura besoin. - Il y aura toujours des pauvres dans le pays où vous habiterez. C'est pourquoi je vous ordonne d'ouvrir votre main à votre frère pauvre et sans secours, et qui demeurera avec vous dans le même pays. "

2. NEHEMIE, VIII, 8-10 : " Et ils lurent distinctement et intelligiblement dans le livre de la loi de Dieu, et le peuple entendit ce qu'on lui lisait. - Or, Néhémie, qui avait la dignité d’Athersatha, Esdras, prêtre et docteur de la loi, et les lévites qui interprétaient la loi à tout le peuple, leur dirent : Ce jour est un jour saint et consacré au Seigneur notre Dieu : ne vous attristez point et ne pleurez point. Car tout le peuple, entendant les paroles de la loi, fondait en pleurs. - Et il leur dit : Allez, et mangez des viandes succulentes, et buvez du vin mêlé de miel ; et faites-en part à ceux qui n'ont rien apprêté pour manger, parce que ce jour est le jour saint du Seigneur. Et ne vous attristez point ; car la joie du Seigneur est notre force. "

3. Tobie, IV, 7-12 : " Fais l'aumône de ton bien, et ne détourne ton visage d'aucun pauvre : car en ce cas le Seigneur ne détournera pas non plus son visage de toi. - Sois charitable autant que tu le pourras. Si tu as beaucoup, donne beaucoup; et si tu as peu, aie soin de donner de ce peu même de bon cœur. - Car tu amasseras ainsi un grand trésor et une grande récompense pour le jour de la nécessité. - L'aumône, en effet, délivre de tout péché et de la mort, et elle ne laissera point l'âme tomber dans les ténèbres. - L'aumône sera le sujet d'une grande confiance devant le Dieu suprême pour tous ceux qui l'auront faite. "

4. Psaume XL, 1-3 : " Heureux l'homme attentif et sensible aux souffrances du pauvre et de l'indigent : le Seigneur le délivrera au jour de l'affliction. - Le Seigneur veillera sur lui et conservera ses jours ; il le fera prospérer sur la terre, et ne l'abandonnera point à la merci de ses ennemis. - Le Seigneur l'assistera sur son lit de douleur ; sa main retournera sa couche pour le soulager dans ses maux. "

5. Proverbes, XI, 17, 18, 24, 26 : " L'homme charitable fait du bien à son âme ; l'homme dur rejette ses proches même (ou, suivant les Septante, laisse dépérir son propre corps). - L'ouvrage du méchant ne sera point stable ; mais la moisson est assurée à celui qui sème la justice. - Les uns donnent ce qui p.13 fin p.14 début est à eux, et sont toujours riches ; les autres ravissent le bien d'autrui, et sont toujours pauvres. - Celui qui cache le blé sera maudit des peuples, et la bénédiction viendra sur la tête de ceux qui le vendent. "

6. Ibid., XIV, 21,31 : " Celui qui méprise son prochain pèche, mais celui qui est miséricordieux envers le pauvre sera heureux ; celui qui croit au Seigneur aime la miséricorde. - Celui qui opprime le pauvre, fait injure à celui qui l'a créé ; celui, au contraire, qui en a compassion, honore son créateur. "

9. Ibid., XXV, 21, 22 : " Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire ; - car tu amasseras ainsi sur sa tête des charbons de feu, et le Seigneur te le rendra. "

10. Ibid., XXVIII, 27 : " Celui qui donne au pauvre ne manquera de rien ; mais celui qui méprise la prière du malheureux tombera lui-même dans la pauvreté. "

11. Ecclésiastique, IV, 1-11, 36 : " Mon fils, ne prive point le pauvre de son aumône, et ne détourne point les yeux de lui. - Ne méprise point celui qui a faim, et n'aigris pas le pauvre dans son indigence. - N'attriste point le cœur du pauvre, et ne diffère point de donner à celui qui souffre. - Ne rejette point la prière de l'affligé - et ne détourne point tes regards du pauvre. - Ne détourne point tes yeux du pauvre, de peur qu'il ne s'irrite contre toi, et ne donne point sujet à ceux qui t'implorent de te maudire par derrière. - Car l'imprécation de celui qui te maudira dans l'amertume de son âme sera exaucée ; il sera exaucé par celui qui l'a créé. - Rends-toi propice à l'assemblée des pauvres ; humilie ton âme devant les anciens, et baisse la tête devant les grands. - Prête sans peine l'oreille au pauvre, acquitte-toi envers lui de ce que tu lui dois, et réponds-lui favorablement et avec douceur. - Délivre de la main du superbe celui qui souffre quelque injure, et ne garde pas d'amertume dans ton cœur. - Dans tes jugements, sois miséricordieux pour l'orphelin, comme si tu en étais le père, et sois comme un époux pour sa mère. - Et tu seras pour le Très-Haut comme, un fils obéissant et il aura compassion de toi plus qu'une mère n'en a de son fils. - Que ta main ne soit point ouverte pour recevoir, et fermée pour donner. "

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