Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 150)
12. Ibid., VII, 10, 36-39 : " Ne néglige point de prier et de p.14 fin p.15 début faire l'aumône. - Ouvre ta main au pauvre, afin que ton sacrifice d'expiation et ton offrande soient accomplis. - La libéralité est agréable à tous ceux qui vivent ; ne la refuse pas même aux morts. - Ne manque pas de consoler ceux qui sont dans la tristesse, et de pleurer avec ceux qui pleurent. - Ne sois point paresseux à visiter les malades ; car c'est ainsi que tu t'affermiras dans la charité. "
13. Ibid., XII, 4-6 : " Si tu fais du bien, sache à qui tu le fais, et le bien que tu feras plaira beaucoup. - Fais du bien au juste, et tu recevras une grande récompense, sinon de lui, au moins du Seigneur. - Car il n'y a point de bien à espérer pour celui qui est habitué à commettre le mal, et qui ne fait point l'aumône, parce que le Très-Haut a les pécheurs en haine, et qu'il fait miséricorde à ceux qui se repentent. - Donne à celui qui est pieux, et refuse ta protection au pécheur, car Dieu rendra aux méchants et aux pécheurs ce qu'ils méritent, et il les réserve pour le jour de sa vengeance. - Donne à celui qui est bon, et n'assiste point le pécheur. - Fais du bien à celui qui est humble, et ne donne point au méchant. Empêche qu'on ne lui donne du pain, de peur qu'il ne devienne ainsi plus puissant que toi. "
14. Ibid., XVII, 18-19 : " L'aumône de l'homme est devant Dieu comme un sceau, et il gardera le souvenir du bienfait de l'homme comme la prunelle de son œil. - Dieu s'élèvera enfin, et il rendra à chacun son salaire ; chacun répondra devant lui de ce qu'il aura fait, et il précipitera les pervers au fond de l'abîme. "
15. Ibid., XXIX, 15-17 : " Renferme l'aumône dans le sein du pauvre, et elle t'obtiendra d'être délivré de tout mal. - L'aumône de l'homme est comme un trésor qui l'accompagne toujours, et elle lui conservera la faveur de Dieu comme la prunelle de l'œil. - Elle revivra dans la suite, et Dieu rendra à chacun la récompense qu'il aura méritée (Les versets 16 et 17, rapportés ici, manquent dans notre Vulgate. En voici le texte latin, tel qu'on le trouve dans quelques vieux exemplaires : Eleemosyna viri quasi sacculus cum ipso, et gratiam hominis quasi pupillam conservabit : et posteà resurget, et retribuet illis retributionem unicuique in caput illorum. Ces deux versets manquent également dans le texte des Septante, à moins qu'on n'aime mieux dire que c'est ici un double emploi de versets semblables du chapitre XVII tout-à-l'heure cité, témoignage 14). "
16. EZECHIEL, XVIII, 5, 7, 9, 14, 16-17 : " Si un homme est p.15 fin p.16 début juste ; s'il agit selon l'équité et la justice, etc. ; - s'il ne contriste personne ; s'il rend à son débiteur le gage qu'il a reçu de lui ; s'il ne prend rien du bien d'autrui par violence ; s'il donne de son pain à celui qui a faim ; s'il couvre de vêtements ceux qui étaient nus ; - s'il marche dans mes préceptes et garde mes ordonnances pour agir selon la vérité : celui-là est juste, et il vivra très-certainement, dit le Seigneur Dieu. . . . . - Que si cet homme a un fils qui, voyant tous les crimes que son père avait commis, en soit saisi de crainte, et se garde bien de l'imiter, etc. ; - qui ne contriste personne ; qui ne retienne point à son débiteur le gage reçu de lui ; qui ne prenne point par violence le bien d'autrui ; qui donne de son pain au pauvre ; qui habille celui qui était nu ; - qui détourne sa main de toute injustice à l'égard du pauvre ; qui ne donne point à usure, et ne reçoive rien au-delà de ce qu'il a prêté ; qui observe mes ordonnances et marche dans la voie de mes préceptes : celui-là ne mourra point, quelle qu'ait été l'iniquité de son père, mais il vivra très-certainement. "
17. MATTHIEU, XXV, 34-46 : " Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. - J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais en pays étranger et vous m'avez recueilli ; - j'étais nu, et vous m'avez revêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi. - Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim, et que nous vous avons donné à manger, ou avoir soif, et que nous vous avons donné à boire ? - Quand est-ce que nous vous avons vu comme étranger, et que nous vous avons recueilli ; ou sans habits, et que nous vous avons revêtu ? - Et quand est-ce que nous vous avons vu malade ou en prison, et que nous sommes allés vous visiter ? - Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, autant de fois que vous avez fait ces choses au moindre de mes frère que voici, c'est à moi-même que vous les avez faites. - Il dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Allez loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. - Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donne à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire. - J'étais en pays étranger et vous ne m'avez pas recueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas revêtu ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez point visité. - Alors ils lui répondront aussi : Seigneur, quand est-ce p.16 fin p.17 début que nous avons vu avoir faim ou avoir soif, ou être comme étranger ou sans habits, ou malade, ou en prison, et que nous avons omis de vous assister ? - Mais il leur répondra : Je vous le dis en vérité, autant de fois que vous avez omis de faire quelqu'une de ces choses à un de ces plus petits, c'est à moi que vous avez omis de la faire. - Et ceux-ci iront au supplice éternel et les justes à la vie éternelle. "
18. LUC, XIV, 12-14 : " Il dit aussi à celui qui l’avait invité : Lorsque vous faites un dîner ou un souper, n'y invitez pas vos amis, ni vos frères ni vos proches, ni ceux de vos voisins qui sont riches, de peur qu'ils ne vous invitent ensuite à leur tour, et qu'ainsi ils ne vous rendent ce qu'ils auraient reçu de vous. - Mais lorsque vous faites un festin, invitez-y les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles ; - et vous serez heureux de ce qu'ils n'auront pas le moyen de vous le rendre : car cela vous sera rétribué au jour de la résurrection des justes. "
19. Id., XI, 39-41 : " Vous autres pharisiens, vous avez grand soin de nettoyer le dehors de la coupe et du plat ; mais au dedans vous êtes pleins de rapines et d'iniquités. - Insensés que vous êtes, celui qui a fait le dehors n'a-t-il pas fait aussi le dedans ? - Au surplus, donnez l'aumône de ce que vous avez, et tout sera pur pour vous. "
20. Id., XII, 33-34 : " Vendez ce que vous avez, et donnez-le en aumônes ; faites-vous des bourses qui ne s'usent point par le temps ; amassez dans le ciel un trésor qui ne s'épuise jamais, d'où les voleurs ne puissent approcher, et que les vers ne puissent gâter. - Car où est votre trésor, là est-aussi votre cœur0 "
21. Id., III, 10-11 : " Et la multitude interrogeait
Jean en ces termes : Que devons-nous faire ? - Que celui qui a deux habits en donne un à celui qui n'en a point, et que celui qui a une double portion de nourriture fasse de même. "
22. MATTHIEU, VI, 1-4, 19-21 : " Prenez garde de faire vos bonnes œuvre devant les hommes pour en être remarqués ; autrement vous n'en aurez point de récompense de votre Père qui est dans les cieux. - Lorsque vous faites l'aumône, ne faites point sonner la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et les places publiques, pour être honorés des hommes ; je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense - Mais lorsque vous faites l'aumône que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite, afin que votre p.17 fin p.18 début aumône se fasse en secret, et votre Père, qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense. - Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la rouille et les vers les consument, et où les voleurs les déterrent et les dérobent. - Mais faites-vous des trésors dans le ciel, où ni la rouille ni les vers ne les consument, et où il n'y a point de voleurs qui les déterrent et les dérobent. - Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. "
23. Id., XIX, 21 -25 : " Si vous voulez être parfait, vendez ce que vous possédez et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; puis venez, et suivez-moi. - Quiconque abandonnera pour moi sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou son épouse, ou ses enfants, ou ses terres, recevra le centuple et possédera la vie éternelle. "
24. MARC, X, 21, 29-30 : " Jésus l'ayant regardé
(un jeune homme qui lui avait demandé la permission de se mettre à sa suite) se prit d'affection pour lui et lui dit : Une seule chose vous manque : allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres, et vous posséderez un trésor dans le ciel ; puis venez, et suivez-moi. . . - Jésus répondant, dit : Je vous le dis en vérité, personne ne quittera pour moi et pour 1'Evangile sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou ses enfants, ou ses terres, - que présentement, dans ce siècle même, il n'en reçoive cent fois autant, des maisons, des frères des sœurs, des mères, des enfants, des terres, au milieu même des persécutions et dans le siècle à venir, la vie éternelle. "
25. I Timothée, VI, 17-19 : " Ordonnez aux riches de ce monde de n'être point orgueilleux, de ne point mettre leur confiance dans des richesses incertaines, mais dans le Dieu vivant qui nous donne avec abondance tout ce qui est nécessaire à la vie ; - d'être bienfaisants, de se rendre riches en bonnes œuvres, de donner l'aumône de bon cœur, de faire part de leurs biens, - de s'acquérir un trésor et un fonds solide pour l'avenir, afin d'arriver à la véritable vie. "
26. LUC, XVI, 9-12 : " Employez les richesses d'iniquité à vous faire des amis, afin que, lorsque vous viendrez à défaillir, ils vous reçoivent dans les demeures éternelles. - Celui qui est fidèle dans les petites choses, sera fidèle aussi dans les grandes ; et celui qui est injuste dans les petites choses, sera aussi injuste dans les grandes. - Si donc vous n'avez pas été fidèle dans les richesses injustes, qui voudra vous confier les biens véritables ? p.18 fin p.19 début - Et si vous n'avez pas été fidèles dans un bien étranger, qui vous donnera le votre propre ? "
27. Id., VI., 38 : " Donnez, et on vous donnera
; on versera dans votre sein une mesure pleine et pressé, et qui débordera ; car on se servira pour vous de la même mesure dont vous vous serez servis pour les autres. "
28. II Corinthiens, VIII, 10-14 : " C'est donc ici un conseil que je vous donne, parce qu'en effet il vous est utile, à vous qui non-seulement avez commencé les premiers à faire cette charité, mais en avez de vous-même formé le dessein dès l'année passée. - Achevez donc maintenant ce que vous avez commencé dès-lors, afin que, comme vous avez une volonté résolu d'assister vos frères, vous les assistiez aussi effectivement de ce que vous avez. - Car lorsqu'un homme a une ferme volonté de donner, Dieu l'accepte de sa part, en ne demandant de lui que ce qu'il peut, et non ce qu'il ne peut pas. - Et ainsi, je n'entends pas que les autres soient soulagés de manière à ce que vous soyez vous-même surchargés ; mais que, pour ôter l'inégalité, - votre abondance suppléé maintenant à leur pauvreté, afin que votre pauvreté à vous-mêmes, le cas échéant, soit soulagée réciproquement par leur abondance, et qu'ainsi tout soit réduit à l'égalité. "
29. Ibid., IX, 5-12 : " J'ai jugé nécessaire de prier mes frères, de prévenir mon arrivée près de vous ; afin qu'ils aient soin que l'aumône que vous avez promis de faire soit prête, mais de telle sorte que ce soit un don offert par la charité, et non arraché à l'avarice. - Or, je vous avertis que celui qui sème peu, moissonnera peu ; et que celui qui sème avec abondance, moissonnera aussi avec abondance. - Que chacun donne ce qu'il aura résolu en lui-même de donner, non avec tristesse, ni comme par force ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. - Et Dieu est assez puissant pour vous combler de toutes sortes de grâces, afin qu'ayant en tous temps et en toutes choses tout ce qui suffit pour votre subsistance, vous ayez abondamment de quoi vous employer à toutes les bonnes œuvres - selon qu'il est écrit : Il a distribué ses aumônes, il a donné aux pauvres, sa justice demeure éternellement. - Dieu donc, qui donne la semence à celui qui sème vous donnera le pain dont vous avez besoin pour vivre, et il multipliera ce que vous avez semé et fera croître de plus en plus les fruits de votre justice, afin qu'étant riches en tout, vous vous prêtiez avec simplicité à tout p.19 fin p.20 début ce que la charité demande de vous : ce qui nous donnera sujet de rendre à Dieu de nombreuses actions de grâces. - Car cette oblation, dont nous sommes les ministres, ne supplée pas seulement aux besoins des saints, mais elle est abondante envers Dieu, par le grand nombre d'actions de grâces qu'elle lui fait rendre. "
30. I Timothée, IV, 7-8 : " Fuyez les fables impertinentes et puériles et exercez-vous à la piété. - Car les exercices corporels servent à peu de chose ; mais la piété est utile à tout, et c'est à elle que sont promis les biens de la vie présente et ceux de la vie future. "
31. Romains, XII, 13-20 : " Soyez charitables pour soulager les nécessités des saints ; prompts à exercer l'hospitalité. - Si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger ; s'il a soif, donnez-lui à boire ; car c'est en agissant ainsi que vous amasserez des charbons de feu sur sa tête. "
32. JACQUES, I, 27 : " La religion, la piété pure et sans tache aux yeux de Dieu notre Père consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver de la corruption du siècle présent. "
33. DANIEL, IV, 24 : " C'est pourquoi, suivez, ô roi, le conseil que je vous donne, rachetez vos péchés par les aumônes, et vos iniquités par les œuvres de miséricorde envers les pauvres. Peut-être que le Seigneur vous pardonnera vos offenses. "
35. Ecclésiastique, III, 33-34 : " L'eau éteint le feu le plus ardent, et l'aumône résiste au péché. - Et Dieu qui doit récompenser les bonnes œuvres la considère, et il s'en souvient dans la suite ; et celui qui l'a faite trouvera un appui au jour de sa chute. "
38. ISAIE, I, 16-18 : " Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées ; cessez de faire le mal ; - apprenez à faire le bien, examinez tout avant de juger, assistez l'opprimé, faites justice à l'orphelin, défendez la veuve ; - et après cela, soutenez votre cause contre moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige ; et quand ils seraient rouges comme du vermillon, ils deviendront comme la neige la plus blanche. " p.20 fin p.21 début
39. Proverbes, XV, 27-28 : " Celui qui cherche à satisfaire son avarice jette le trouble dans sa maison ; mais celui qui déteste les présents vivra. - Les pécheurs se purifient par la miséricorde et par la foi ; et tout homme évitera les maux par la crainte qu'il aura du Seigneur. "
40. Ibid., XVI, 6 : " L'iniquité se rachète par la miséricorde et la vérité ; mais on évite le mal par la crainte du Seigneur. "
42. I PIERRE, IV, 8 : " Avant tout ayez une charité persévérante les uns pour les autres ; car la charité couvre beaucoup de péchés. "
43. JACQUES, V, 19-20 : " Mes frères, si quelqu'un d'entre vous vient à s'égarer de la voie de la vérité et que quelqu'un l'y fasse rentrer ; - il doit savoir que celui qui convertira un pécheur et le retirera de son égarement sauvera son âme de la mort, et couvrira la multitude de ses péchés. "
46. Proverbes, XXI, 13 : " Celui qui endurcit son oreille aux cris du pauvre, criera lui-même et ne sera pas exaucé. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. CYPRIEN, de opere et eleemosynis : " Lorsque
Notre-Seigneur venant en ce monde eut guéri les blessures causées par le péché d'Adam et dissipé le venin de l'antique dragon, il donna une loi à l'homme, rétabli de cette manière en son premier état, lui recommandant de ne plus pécher, de peur qu'il ne lui arrivât quelque chose de plus funeste. Nous imposer ainsi l'obligation de l'innocence, c'était nous tracer un cercle étroit de vie. Plus de ressources pour la fragilité humaine, du moment où elle aurait succombée de nouveau, si la divine miséricorde, lui venant une seconde fois en aide, ne nous avait montré dans les œuvres de justice et de miséricorde un moyen de plus d'assurer notre salut, et comme un autre baptême propre à purifier nos âmes de toutes leurs souillures. C'est ce que le Saint-Esprit témoigne dans l’Ecriture, en disant (Prov., XV, 28) : Les péchés sont expiés par la foi et par les aumônes. Sans doute que cela ne doit pas s'entendre des péchés contractés avant le baptême ; car, quant à ceux-ci, ils ont été effacés par le sang de Jésus-Christ. L'Ecriture dit encore (Ecclé., III, 33) : L'eau p.21 fin p.22 début éteint le feu le plus ardent, et l’aumône résiste au péché, c'est-à-dire que, comme l'eau du baptême éteint le feu de l'enfer, les aumônes et les bonnes œuvre arrêtent l'incendie de nos crimes ; et que, comme nous en avons une fois obtenu le pardon par le baptême, la pratique continuelle des œuvre de miséricorde renouvelle en quelque sorte la vertu de ce sacrement, et nous fait encore obtenir la même grâce. C'est ce que Notre-Seigneur nous enseigne dans l’Evangile. En effet, comme on reprochait à ses disciples de manger sans laver auparavant leurs mains, il répondit (LUC, XI, 40) : Insensés, celui qui a fait le dedans du vase n'en a-t-il pas fait aussi le dehors ? Donnez l’aumône de ce que vous devez, et tout sera pur pour vous. C'est ainsi qu'il fait voir que ce ne sont pas les mains qu'il faut purifier, mais le cœur et qu'on doit avoir bien plus de soin d'effacer les souillures du dedans que celles du dehors, parce qu'avec la pureté de l'âme s'obtient naturellement la pureté du corps. Mais d'où nous viendra ce merveilleux secours ? Je vous le répète avec le Rédempteur : Faites l'aumône. L'auteur de la miséricorde nous enseigne à pratiquer la miséricorde, et comme il est jaloux de conserver ceux qu'il a rachetés à un si grand prix, aux pécheurs qui ont souillés la robe blanche du baptême, il montre un moyen facile de se purifier de nouveau. Reconnaissons donc, mes frères, la grandeur de ce bienfait, et puisque, par une fragilité trop réelle, notre âme ne peut se soutenir sans recevoir quelques blessures, recourons du moins au remède spirituel qui les guérit. Mais ici n'allons pas, flatteurs de nous-mêmes, nous rassurer sur notre innocence, pour nous dispenser de ce remède sous prétexte qu'il n'y a pas en nous de plaies à guérir. Il est écrit (Prov., XX, 9) : Qui peut dire : Mon cœur est pur, je suis exempt de péché ? Saint Jean tient le même langage dans son épître (S. JEAN, I, 8) : Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous. Mais si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les remettre, et pour nous purifier de toute iniquité. Si donc personne n'est exempt de péché ; s'il y a tout la fois orgueil et démence à prétendre le contraire, qu'elle est sage, qu'elle est bienfaisante cette miséricorde, qui trop certaine que le malade, rendu à la santé essuiera quelques rechutes, lui met d'avance sous la main de salutaires remèdes ! Dieu n'a jamais cessé, dans les saintes Ecritures, tant de l'Ancien que du Nouveau-Testament, d'exciter son peuple aux œuvre de miséricorde ; partout l'Esprit-Saint recommande l’aumône à ceux qui p.22 fin p.23 début aspirent au royaume du ciel. C'est ainsi qu'il dit à Isaïe (ISAIE, LVIII, 1) : Crie avec force, ne te lasse point, fais retentir ta voix comme les éclats bruyants de la trompette, annonce à mon peuple ses crimes, à la maison de Jacob ses prévarications. Et après leur avoir reproché leurs péchés et leurs abominations, après avoir déclaré qu'ils avaient beau prier, jeûner, se coucher sur la cendre et sous le cilice, qu'aucun de ces moyens. n'apaiserait la colère de Dieu, il leur fait entendre cependant à la fin qu'ils pourraient le fléchir par leurs aumônes. Il ajoute (ibid., 7-9) : Partagez votre pain avec celui qui a faim, et recevez sous votre toit ceux qui n'ont point d'asile ; lorsque vous voyez un homme nu, couvrez-le, et ne méprisez point la chair dont vous êtes formé. Alors votre lumière brillera comme l'aurore, je vous rendrai la santé, votre justice marchera devant vous, vous serez environné de la gloire du Seigneur. Alors vous invoquerez le Seigneur, et il vous exaucera ; à votre premier cri, le Seigneur répondra : Me voici ! C'est donc Dieu lui-même qui, enseignant aux coupables le secret de l'apaiser, place le remède et tout à la fois l'expiation du péché dans les œuvres de miséricorde. C'est ce qui a fait dire à Salomon (Ecclé., XXIX, 15) : Mets ton aumône en dépôt dans le cœur du pauvre, et elle éloignera le mal de toi. Et encore (Prov., XXI, 13) : Celui qui ferme l'oreille au cri du pauvre criera lui-même et ne sera point écouté. Car celui-là se rend indigne de la miséricorde divine, qui ne fait pas lui-même miséricorde ; et on se ferme tout accès aux dons de Dieu, quand on reste insensible aux prières des indigents. Le Saint- Esprit témoigne encore la même vérité dans les Psaumes par ces paroles (Ps. XL, 1) : Heureux celui qui veille sur le pauvre ! Au jour mauvais le Seigneur le délivrera. "
" Daniel se souvenait de ces préceptes lorsque, pressé par le roi Nabuchodonosor, que troublait un songe sinistre, de détourner de dessus lui les calamités qui le menaçaient et de l'aider à obtenir son pardon, il lui suggère le remède suivant (DAN., IV, 24) : O roi, que mon conseil te soit agréable, rachète tes péchés par l'aumône et tes iniquités par la miséricorde envers les pauvres ; peut-être Dieu te pardonnera-t-il tes péchés. Le monarque indocile résista.
L'aumône pouvait le sauver ; en répudiant le préservatif, il courut au-devant des calamités que la vision lui avait annoncées et auxquelles il aurait échappé sans doute, s'il avait racheté ses péchés par des aumônes. - L'ange Raphaël nous confirme la même vérité lorsqu'il exhorte à faire l'aumône de bon cœur p.23 fin p.24 début et sans parcimonie par ces paroles (Tob., XII, 8-9) : La prière est bonne, jointe avec le jeûne, et l'aumône vaut mieux que des trésors qu'on amasse, parce que l'aumône délivre de la mort, et que c'est elle qui efface les péchés. Il témoigne par-là que nos prières ainsi que nos jeûnes sont moins puissantes, lorsqu'elles ne sont pas secondées par des aumônes. Il nous apprend que ce sont les aumônes qui rendent nos supplications efficaces, qui nous garantissent des dangers, qui délivrent nos âmes de la mort. Ce que vous ne devez pas considérer, mes frères, comme une explication que je donne de moi-même des paroles de l'ange, puisque les Actes des Apôtres rapportent (IX, 36-41) un fait qui prouve à lui seul que l’aumône délivre non-seulement de la seconde mort de l'âme, mais aussi de la première. Car une femme nommée Tabithe, qui faisait beaucoup d'aumônes avec d'autres bonnes œuvres étant venue à mourir, on alla chercher saint Pierre, qui, rempli d'une charité apostolique, se rendit sans différer. Les veuves l’environnèrent en pleurant ; elles lui montrèrent les robes et les habits que la défunte leur avait donnés, en sorte que ses actions priaient plus encore pour elle que leurs paroles. L'apôtre sentit qu'une demande de cette nature pouvait être exaucée, et que Jésus-Christ ne refuserait pas de consoler des veuves dans la personne desquelles lui-même avait été vêtu. S'étant donc mis à genoux, ce puissant intercesseur offrit au Seigneur les prières des veuves et des pauvres ; puis se tournant vers le cadavre, qu'on venait de laver et d'étendre sur son lit funèbre : Au nom de Jésus-Christ, dit-il, Tabithe, levez-vous. Celui qui avait dit dans l’Evangile qu'on obtiendrait tout ce qui serait demandé à Dieu en son nom, ne trompa pas en cette occasion l'espoir de saint Pierre, et l'exauça sur-le-champ. Ainsi la mort fut repoussée et la vie rentra dans ce corps glacé, au grand étonnement de tout le monde, tant les œuvres de charité sont puissantes ! Et celle qui avait fait vivre ces pauvres veuves par ses libéralités recouvra la vie par le moyen de leurs prières. Aussi voyons-nous que Notre-Seigneur, qui vivifie ceux qui croient en lui, et qui, les ayant vivifiés, leur ménage les moyens de vivre éternellement, ne nous recommande rien tant dans l'Evangile que de faire l’aumône, et de nous amasser plutôt des trésors dans le ciel, que d'étendre nos possessions sur la terre. Il dit (LUC, XII, 53) : Vendez ce que vous avez, et faites-en l'aumône. Et ailleurs (MATTH., VI, 19) : N'amassez pas de trésors sur la terre, où la rouille et les vers dévorent, et où les voleurs fouillent et dérobent, mais amassez des trésors dans le ciel, où ni la p.24 fin p.25 début rouille ni les vers ne dévorent et où les voleurs ne fouillent ni ne dérobent ; car où est votre trésor, là est aussi votre cœur. Et voulant montrer quelle perfection on peut acquérir encore après qu'on a accompli tous les préceptes de la loi, il dit (MATTH., XIX, 21) : Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous posséder et donnez-le aux pauvres ; et vous aurez un trésor dans le ciel ; venez, suivez-moi. Il dit encore en un autre endroit (MATTH., XIII, 45-46), que celui qui veut acquérir la grâce et le salut doit acheter de tout son bien la vie éternelle, cette pierre précieuse que son sang nous prouve être d'un si haut prix. Voici ses expressions : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui cherche de belles perles : or, ayant trouvé une perle de grand prix, il s'en va, et il vend tout ce qu'il a, et il l'achète. Enfin il appelle enfants d’Abraham ceux qui s'emploient à aider et à nourrir les pauvres. Car, comme Zachée lui eut dit : Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres ; et si j’ai fait tort a quelqu'un en quoi que ce soit, je lui rends quatre fois autant ; Jésus lui répondit : Cette maison a reçu aujourd'hui le salut, parce que celui-ci aussi est enfant d'Abraham (LUC, XIX, 8-9). En effet, si la foi d'Abraham lui a été imputé à justice, celui qui fait l'aumône pour accomplir le commandement de Dieu prouve aussi qu'il croit à Dieu, comme c'est Dieu qu'il craint et qu'il a en vue dans l'assistance qu'il donne aux pauvres. Car il ne les assiste que parce qu'il croit, parce qu'il sait que l'Ecriture sainte ne peut mentir lorsqu'elle dit (MATTH., III, 10) que les arbres stériles, c'est-à-dire les hommes qui ne font point de bonnes œuvres, seront jetés au feu, et (ibid., XXV, 34) que les personnes charitables au contraire seront mises en possession du royaume céleste. Aussi Notre-Seigneur, qui appelle fidèles ceux qui font de bonnes œuvres taxe en même temps d'infidélité ceux qui n'en font point : Si vous n'avez pas été fidèles dans les richesses injustes, dit-il (LUC, XVI, 11), qui vous confiera les véritables ? et si vous n'avez pas été fidèles dans ce qui n'est point à vous, qui vous donnera des biens en propre ? Mais vous craignez peut-être qu'en assistant ainsi les pauvres, votre bien ne s'épuise, et que vous ne tombiez vous-même ensuite dans la pauvreté.
N'ayez point cette crainte, et mettez-vous en repos de ce côté. Les richesses ne s'épuisent point lorsqu'on s'en sert pour Jésus-Christ, lorsqu'on les emploie pour le ciel. Et ce n'est pas moi qui vous le promets et vous en assure ; c'est 1'Ecriture sainte, c'est Dieu même. Le Saint- Esprit dit, par la bouche de Salomon (Prov., XXVIII, 27) : " Celui qui donne au p.25 fin p.26 début pauvre ne connaîtra pas l'indigence ; celui qui méprise la prière du malheureux sera réduit à une extrême pauvreté. " C'est dans le même sens que le bienheureux apôtre Paul, plein de la grâce du Saint- Esprit, a dit à son tour : Dieu, qui donne la semence à celui qui sème, vous donnera le pain dont vous avez besoin pour vivre ; il multipliera ce que vous aurez semé, et fera croître de plus en plus les fruits de votre justice, afin que vous soyez riches en tout (II Cor., IX, 10-12). Et encore : Ces aumônes n'aident pas seulement aux besoins des saints, mais encore elles contribuent beaucoup à la gloire du Seigneur, par le grand nombre d’actions de grâces qu'elles lui font rendre. Car les actions de grâces que les pauvres lui rendent pour les aumônes que nous leur faisons attirent sa bénédiction sur nos biens, et les font croître de plus en plus. C'est pour ces sortes de personnes que Notre-Seigneur, condamnant d'avance leur défiance et leur incrédulité a dit dans l’Evangile (MATTH., VI, 31) : Ne vous inquiétez donc point, en disant : Que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous vêtirons-nous ? car les gentils aussi s'occupent de toutes ces choses ; mais votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. Il dit que toutes ces choses seront données par surcroît à ceux qui cherchent le royaume et la justice de Dieu ; car ce royaume même est assuré pour le jour du jugement, comme il le dit ailleurs (MATTH., XXV, 34), à ceux qui se seront occupés de bonnes œuvres dans son Eglise. Vous craignez que votre revenu ne vienne à manquer, si vous en assistez libéralement les pauvres ; et vous ne savez pas, misérable que vous êtes, qu'au lieu de votre bien dont vous redoutez la perte, c'est la vie et le salut qui s'éloigne de vous. Vous prenez bien garde que vos richesses ne diminuent, et vous ne considérez pas que vous vous appauvrissez vous-même, puisque vous sacrifiez votre âme à votre argent. Vous avez peur de perdre votre patrimoine, et vous vous perdez vous-même sous prétexte de le sauver.
C'est donc avec raison que l'apôtre saint Paul a dit (I Tim, VI, 7-10) : Nous n'avons rien apporté en ce monde, et il est certain que nous ne pouvons non plus rien en emporter. Ayant donc de quoi nous nourrir et de quoi nous vêtir, nous devons être contents. Mais ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans le piège du diable, et en plusieurs désirs inutiles et pernicieux qui précipitent les hommes dans l'abîme de la perdition et de la damnation. Car le désir des richesses est la racine p.26 fin p.27 début de tous les maux ; et quelques-uns en étant possédés, se sont égarés hors des sentiers de la foi et se sont embarrassés en une infinité d'afflictions et de peines. Vous craignez que votre bien ne vous manque, si vous en faites beaucoup d'aumônes ; mais quand est-ce qu'un homme de bien a jamais manqué de quoi vivre, puisqu'il est écrit (Prov., X, 3) : Le Seigneur ne laissera point le juste mourir de faim ? Elie est nourri par les corbeaux dans le désert et Daniel, enfermé par l'ordre du roi dans la fosse aux lions, y subsiste miraculeusement ; et vous craignez, en faisant de bonnes œuvres, en vous rendant Dieu favorable, de manquer du nécessaire ! Notre-Seigneur ne condamne-t-il pas, par ces autres paroles de l’Evangile, ces soucis injurieux d'une foi douteuse et vacillante ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ni n'amassent dans les greniers, et votre Père céleste les nourrit ; n'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux (MATTH., VI, 26) ? Dieu nourrit les oiseaux ; il donne aux passereaux leur picorée de chaque jour ; ces êtres qui n'ont aucun sentiment de la Divinité ne manquent de rien ; et vous qui êtes chrétien, serviteur de Dieu, qui êtes voué aux bonnes œuvres, qui êtes cher à Notre-Seigneur, vous avez peur de manquer de quelque chose ! Croyez-vous que Jésus-Christ ne nourrisse pas ceux qui le nourrissent, ou que les choses de la terre puissent manquer à ceux à qui sont promises celles même du ciel ? N'est-ce pas là une pensée infidèle un pareil sentiment n'est-il pas impie et sacrilège ? Que fait un cœur incrédule dans la maison de la foi ? Pourquoi vous appelle-t-on chrétiens, si vous n'avez aucune confiance en Jésus-Christ ? Le nom de pharisien vous conviendrait mieux. En effet, lorsque Notre-Seigneur, parlant dans l'Evangile du précepte de l'aumône, nous donnait le sage conseil de nous faire avec les biens d'ici-bas des amis qui puissent un jour nous recevoir dans les demeures éternelles, l'Evangéliste ajoute : Les pharisiens, qui étaient avares, écoutaient tout cela et se moquaient de lui (LUC, XVI, 14).
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" Pourquoi veillez-vous auprès de votre bien sans vous donner aucun repos ? Pourquoi, en l'augmentant, augmentez-vous vos peines ? Pourquoi voulez-vous devenir si riche pour n'en être que plus pauvre devant Dieu ? Partagez votre revenu avec Notre-Seigneur. Associez Jésus-Christ à vos biens, afin qu'il vous associe à son royaume. . . "
" Un peu plus loin, le saint docteur, parlant de la veuve qui avait nourri le prophète Elie, dit ces paroles : " Elle ne connais- p.27 fin p.28 début sait point encore Jésus-Christ, ni elle n'avait entendu parler de ses préceptes. Elle n'avait point été rachetée par sa croix et par sa passion, pour lui donner, en reconnaissance de ce qu'il aurait souffert pour elle, à boire et à manger.
Combien donc n'est pas coupable un chrétien qui, se préférant lui-même et ses enfants à Jésus-Christ, garde pour lui-même ses richesses, et refuse d'en faire part à ceux qui languissent dans la pauvreté ? - Mais vous avez, dites-vous, plusieurs enfants, et c'est là ce qui ralentit votre zèle et arrête vos aumônes. - Au contraire, c'est ce qui doit vous rendre plus miséricordieux ; car plus vous avez d'enfants, plus il y a de personnes pour qui vous devez prier Dieu, dont vous devez racheter les péchés, dont il vous faut sauver les âmes. Et comme à mesure que leur nombre augmente, vous êtes obligé de travailler davantage pour les nourrir selon le corps, vous des obligé de même de faire plus de bonnes œuvres à proportion pour leur conserver la vie de l'âme. C'est ainsi que Job, ayant beaucoup d'enfants, offrait pour eux à Dieu beaucoup de sacrifices ; et il immolait tous les jours une victime pour chacun d'eux. Et parce qu'il est impossible à la faiblesse humaine de ne pas pécher tous les jours devant le Seigneur, tous les jours aussi un sang expiatoire coulait pour effacer les souillures journalières. "
" Mais vous qui avez plus de soin d'acquérir les biens de la terre que ceux du ciel, et qui donnez vos enfants plutôt au démon qu'à Jésus-Christ vous commettez en cela un double crime, puisque en même temps que vous les frustrez de la protection de Dieu, vous leur apprenez à aimer moins Jésus-Christ que les biens de la terre. Ah ! soyez plutôt père à la manière de Tobie. . . "
" Qu'est-ce que Jésus-Christ pouvait nous dire de plus fort, comment pouvait-il mieux nous exciter aux œuvres de miséricorde, qu'en déclarant (MATTH., XXV, 40) que tout ce qu'on donne aux pauvres, c'est à lui-même qu'on le donne, et que c'est l'offenser lui-même que de ne pas les secourir, afin que si nous ne sommes pas touchés de compassion pour nos frères, nous le soyons au moins pour lui ; et que si nous méprisons notre semblable dans l'état de misère où nous le voyons réduit, nous respections au moins la majesté d'un Dieu qui souffre en cet homme même qui nous parait si méprisable ?. . . "
" Celui donc qui partage ses revenus avec ses frères imite Dieu en quelque sorte. . . "
" Quelle sera la gloire et la joie des personnes charitables, p.28 fin p.29 début lorsque Notre-Seigneur, faisant le dénombrement de son peuple, et récompensant selon ses promesses les mérites et les bonnes œuvres de chacun, leur donnera des biens célestes pour ces biens terrestres, des richesses éternelles pour ces richesses passagères, d'immenses avantages pour d'aussi léger sacrifices ; lorsqu'il les présentera à son Père, après les avoir sanctifiés et rendues dignes de lui ; lorsqu'il leur communiquera l'immortalité qu'il nous a acquise par son sang ; lorsqu'il les fera rentrer dans le paradis et leur ouvrira le royaume des cieux ? Imprimons fortement ces vérités dans nos âmes ; que la foi nous en donne l’intelligence, et que la charité nous les fasse aimer ; achetons la réalisation de ces promesses par la générosité de nos œuvres. "
" L'aumône, mes frères, est quelque chose d'excellent et de divin ; c'est la consolation des fidèles, le gage de notre salut, le fondement de notre espérance, le bouclier de notre foi, le remède qui nous guérira de nos péchés c'est une chose grande et aisée tout ensemble ; c'est une couronne qu'on remporte au sein de la paix, et qui n'est point exposée aux périls de la persécution ; c'est un des plus grands dons de Dieu, nécessaire aux faibles, glorieux aux forts, et utile à tous les chrétiens pour obtenir les grâces du ciel, pour se rendre Jésus-Christ favorable au jour du jugement, et pour constituer débiteur à notre égard Dieu lui-même. "