Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 159)
8. I Timothée, III, 2, 8, 1 : " Il faut que l'évêque soit irrépréhensible, qu'il n'ait été marié qu'une fois ; qu'il soit sobre, etc. - Que les diacres de même soient chastes ; qu'ils ne soient point doubles dans leurs paroles, ni adonnés au vin, ni avides d'un gain sordide. - Que les femmes de même soient chastes ; qu'elles ne soient point médisantes, qu'elles soient sobres, fidèles en toutes choses. "
9. II Timothée, IV, 5: " Pour vous, veillez continuellement. Souffrez constamment tous les travaux ; remplissez les devoirs d'un prédicateur de l'Evangile ; satisfaites à toutes les charges de votre ministère. Soyez sobres. "
10. Tite, I, 7-8 : " Il faut que l'évêque soit irréprochable, comme étant l'économe de Dieu ; qu'il ne soit ni altier, ni colère, ni adonné au vin, etc. - Mais qu'il exerce l'hospitalité, qu'il soit doux, sobre, juste, saint et tempérant. "
11. Id., II, 1-6 : " Mais, pour vous, n'enseignez rien qui ne soit digne de la saine doctrine. - Recommandez aux vieillards d'être sobres, chastes, prudents ; de se conserver purs dans la foi, dans la charité, dans la patience. - Apprenez de même aux femmes avancées en âge à faire voir dans tout leur extérieur une sainte modestie, et à n’être point médisantes ni sujettes au vin ; mais à donner de bonnes instructions, - de manière à inspirer la sagesse aux femmes plus jeunes qu'elles, leur apprenant à aimer leurs maris et leurs enfants ; - à être bien réglées, chastes et sobres, etc. - Engagez de même les jeunes gens à être sobres. "
12. Lévitique, X, 8-11 : " Le Seigneur dit aussi à Aaron : - p.232 fin p.233 début Vous ne boirez, toi et tes enfants, ni vin, ni rien qui puisse enivrer, quand vous entrerez dans le tabernacle du témoignage, de peur que vous ne soyez punts de mort ; car c'est une ordonnance établie pour toute votre postérité ; - afin que vous sachiez discerner ce qui est saint ou profane, ce qui est pur ou impur, - et que vous appreniez aux enfants d'Israël toutes les lois et les ordonnances que je leur ai prescrites par le ministère de Moïse. "
44. Ecclésiastique, XXXI, 12-13, 16-17,
19-22, 30-42 : " Etes-vous assis à une grande table, ne vous jetez point le premier sur les mets. - Ne dites pas : Qu'ils sont nombreux les mets servis sur cette table ! - N'y portez point le premier la main, de peur que l'envie ne vous déshonore et ne vous fasse rougir. - Ne vous empressez point étant au festin. - Usez comme un homme tempérant de ce qui vous est servi, de peur que vous ne vous exposiez au mépris en mangeant beaucoup. - Cessez le premier par modestie, et ne vous abandonnez à aucun excès, de peur de tomber dans le péché.
- Si vous êtes assis au milieu d'un grand nombre de personnes, ne portez point le premier la main sur la table et ne demandez pas le premier à boire. - Un peu de vin n'est-il pas plus que suffisant à un homme réglé ? Vous n'éprouverez point ainsi d'agitations pendant votre sommeil, et vous ne sentirez point de douleur. - N'excitez point à boire ceux qui aiment le vin ; car le vin en a perdu plusieurs. - Le feu éprouve la dureté du fer, et le vin bu avec excès fait découvrir ce qu'il y a dans le cœur des orgueilleux. - Le vin bu avec sobriété est une seconde vie. Si vous en prenez modérément, vous serez calme. - Quelle est la vie d'un homme qui se laisse affaiblir par le vin ? - Qu'est-ce qui nous prive de la vie ? C'est la mort. - Le vin a été créé dès le commencement pour être la joie de l'homme, et non pour l'enivrer. - Le vin pris modérément est la joie de l'âme et du cœur. - La tempérance dans le boire est la santé de l'âme et du corps. - Le vin bu avec excès produit la colère et l'emportement, et attire de grandes ruines. - Le vin bu avec excès est l'amertume de l'âme. - L'ivresse inspire l'audace ; elle fait tomber l'insensé, elle ôte la force et cause des blessures à plusieurs. - Ne reprenez point votre prochain lorsqu'il boit à un festin, et ne le méprisez pas lorsqu'il s'abandonne à la gaieté. - Ne lui faites point de reproches, et ne le pressez point en lui redemandant ce qu'il vous doit. "
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15. Id., XIX, 1-2 : " L'ouvrier adonné au vin ne s’enrichira jamais ; celui qui néglige les petites choses se perdra peu à peu. - Le vin et les femmes font tomber les sages mêmes, et jettent dans l'opprobre les hommes sensés. "
17. Ecclésiaste, X, 16-17 : " Malheur à toi, terre, dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin. - Heureuse est la terre dont le roi n'a que des habitudes nobles, et dont les princes ne mangent qu'au temps marqué, pour se nourrir, et non pour le plaisir du festin. "
18. Ecclésiastique, XXXVII, 32-34 : " Ne soyez jamais avide dans un festin, et ne vous jetez point sur tous les mets qui s'y trouvent : - car l'excès des viandes cause des maladies, et le trop manger donne la colique. - L'intempérance en a tué plusieurs ; l'homme sobre, au contraire, prolonge ses jours. "
19. MATTHIEU, III, 4 : " Or, Jean portait un vêtement fait de poils de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; sa nourriture consistait en des sauterelles et du miel sauvage. "
20. Id., XI, 8, 18-19 : " Mais qu'êtes-vous allé voir ? Un homme vêtu mollement ? Ceux qui sont ainsi vêtus habitent les palais des rois. - Jean s'est montré ne mangeant ni ne buvant, et ils disent de lui qu'il est possédé du démon - Le Fils de l'homme a paru mangeant et buvant, et ils disent : C'est un homme de bonne chère adonné au vin, ami des publicains et des pécheurs. Et la sagesse a été justifiée par ses enfants. "
21. MARC, I, 6 : " Jean portait un vêtement fait de poils de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins : sa nourriture consistait en des sauterelles et du miel sauvage. "
22. LUC, I, 15-17, 80 : " Il sera grand devant le Seigneur
; il ne boira ni vin, ni rien qui puisse enivrer, et il sera rempli du Saint-Esprit des le sein de sa mère - Il convertira plusieurs des enfants d'Israël au Seigneur leur Dieu. - Et il ira devant lui dans l'esprit et la vertu d'Elie, pour réconcilier les pères avec leurs enfants, pour rappeler les incrédules à la prudence des justes, et pour préparer au Seigneur un peuple parfait. - Cependant l'enfant croissait, et se fortifiait en esprit ; et il demeurait dans le désert, jusqu'au jour où il devait paraître devant le peuple d'Israël. "
23. Id., VII, 25, 33-34 : " Mais qu'êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu mollement ? Vous savez que c'est dans les palais des rois que se trouvent ceux qui s'habillent magnifiquement, et qui p.234 fin p.235 début vivent dans les délices. - Jean s'est montré ne buvant ni ne mangeant, et vous dites qu'il est possédé du démon. - Le Fils de l'homme a paru mangeant et buvant, et vous dites, etc. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. PROSPER, Lib. III de vitâ contemplativâ
(Il est douteux que cet ouvrage soit de saint Prosper. V. NAT. ALEX., Hist. eccl., t. V), c. 19 : " La tempérance rend celui qui la possède enclin à l'abstinence, à l'économie, à la sobriété, à la modération, à la pudicité, à la pratique du silence, aux habitudes sérieuses et modestes. Cette vertu, dans l'âme dont elle est maîtresse, réprime les passions, modère les affections, multiplie les saints désirs, corrige les penchants vicieux, met l'ordre dans toutes les facultés, l'y entretient si déjà il s'y trouve, éloigne les mauvaises pensées, en fait naître de saintes, éteint le feu des voluptés criminelles, dissipe la tiédeur et allume le désir des récompenses à venir, vous met dans une assiette tranquille, et à l'abri des tempête violentes que soulèvent les vices. La tempérance met à l'ordre l'intempérance de nos appétits par rapport au boire et au manger, et fait que nous sommes contents de ce qu'on nous sert, au lieu de demander impudemment ce que peut-être on ne saurait nous trouver, ou du moins ce dont la demande offenserait celui à qui nous l'aurions adressé ; demande qui, en tout cas, aurait pour effet de trahir la gourmandise qui nous dominerait. La tempérance fait de plus que nous nous gardions bien de condamner ceux qui s'abstiennent des mets que nous prenons nous-mêmes aussi bien que de faire de la honte à ceux qui usent, peut-être avec action de grâces des mets dont nous nous abstenons nous-mêmes, bien assurés qu'il serait malheureux pour nous de condamner notre prochain pour la nourriture ou la boisson qu'il juge à propos de prendre, ou de nous croire nous-mêmes saints pour l'abstinence qu'il nous convient de mettre en pratique. C'est encore un des effets de la tempérance, que de révérer les anciens, de prévenir d'honneur ceux de notre âge, de témoigner une affection paternelle à ceux qui sont plus jeunes que nous, de garder le silence devant les anciens quand ils parlent, d'attendre leurs ordres pour parler à notre tour, de ne pas trop élever la voix dans la conversation, de nous interdire les éclats de rire, de ne nous permettre jamais la médisance, non p.235 fin p.236 début plus que de la souffrir dans les autres ; sachant bien que ceux qui médisent ceux qui approuvent la médisance sont également atteints du mal de la vanité. Car s'ils déprécient leur prochain, c'est pour se faire valoir eux-mêmes à ses dépens et pour donner à croire qu'ils sont exempts des défauts qu'ils reprennent dans les autres. Or la tempérance nous guérit de ce mal ; et celui qui en observera les règles, cherchera dans ses frères non quelque objet à critiquer, mais plutôt des sujets de louer Dieu. Et ainsi c'est à la tempérance qu'il appartient, non-seulement de nous rendre modérés dans tous nos actes, mais encore de nous rendre attentifs à tout ce qui pourra nous faire acquérir cette vertu. "
2. S. AMBROISE, Lib. I de Jacob et vitâ beatâ, c. 2 : " A la tête de nos passions sont le plaisir naturel et la douleur, et toutes les autres dérivent de ces deux premières qui les embrassent toutes ; car elles ne sont pas seulement des passions ou des affections corporelles, mais aussi des passions de l'âme. Et puisque, comme nous venons de le dire, toutes les autres passions sont subordonnées à ces deux-ci, disons donc que ce qui précède le plaisir c'est le désir et que ce qui vient à la suite du plaisir c'est le contentement ; et que de même ce qui précède la douleur c'est la crainte, et que ce qui vient à la suite de la douleur c'est la tristesse. Quant à l'émotion que l'âme peut éprouver, c'est une passion qui se rapporte également au plaisir et à la douleur. Je pourrais parcourir de même les autres passions, telles que l'orgueil, l'avarice, l'ambition, l'obstination, l'envie, qui sont autant de passions spirituelles ; et la gourmandise, l'impureté et l'impudicité, qui sont des passions charnelles.
C'est à la tempérance surtout qu'il appartient d'éteindre l'ardeur de toutes ces passions diverses, comme c'est elle particulièrement qui met avant tout le calme dans l'âme et l'ordre dans ses facultés. L'abstinence par rapport aux mets délicats vient ensuite réfréner l'ardeur des sens rebelles. Si la loi interdit la licence des repas, l'abondance superflue des aliments, ce n'est pas seulement pour couper court aux désordres de la luxure ; c'est aussi pour nous indiquer, par cette interdiction même, les moyens de faire mourir en nous, et la gourmandise, et les autres passions corporelles, avec leurs mouvements tumultueux. La tempérance est donc l'avant-courrière de l'amendement des mœurs, la maitresse de la morale. C'est cette vertu qui fit. obtenir à Jacob de son frère lui-même le privilège du droit d'aînesse qu'il n'avait pas p.236 fin p.237 début jusque-là ; et Esaü condamné par sa propre bouche, est un exemple fait pour apprendre aux intempérants de tous les siècles à venir, qu'ils s'avilissent de leur propre aveu. . . "
" Quel meilleur maître pouvons-nous désirer pour apprendre à éteindre ou à modérer nos ressentiments, que le patriarche Jacob, qui reprit ses propres fils Lévi et Siméon de ce qu'ils avaient fait, en leur disant : Vous m'avez rendu odieux aux peuples de ce pays, qui ne croiront plus pouvoir me tolérer (Gen., XXXIV, 30) ? Et pourtant ils avaient vengé l'outrage fait à leur sœur, qui avait été criminellement violée au mépris des mœurs traditionnelles. Jacob, ce grand maître de morale, ce fidèle gardien de la pudeur, ne pouvait pas sans doute approuver un attentat si criminel ; mais il eût mieux aimé faire rentrer les coupables en eux-mêmes, sachant bien que la raison pouvait contenir l'indignation dans de justes bornes. C'est donc la tempérance qui réprime les passions. C'est Dieu même qui enseigna cette vertu aux premiers hommes, lorsqu'il leur dit : Vous ne mangerez point du fruit de l'arbre qui est au milieu du paradis, et vous n'y toucherez point, de crainte que vous ne soyez frappés de mort (Gen., II, 17). Et pour n'avoir pas suivi cet avertissement de leur Dieu, devenus coupables contre cette belle vertu de la tempérance, nos premiers parents ont été bannis du paradis et dépouillés du privilège de l'immortalité. La loi nous l'enseigne de même et elle en grave le sentiment dans le cœur de tous les hommes. "
3. S. JEROME, in caput XLIV Ezechielis, sur ces paroles : Sufficiant vobis omnia scelera vestra, etc. (v.6 et 7) : " Contentez-vous, maison d'Israël, d'avoir commis tant de crimes ; d'avoir introduit dans mon sanctuaire des incirconcis de cœur et de chair, qui souillent et profanent ma maison. Que si les Juifs, et les Ebionites en particulier, consentent aujourd'hui à entendre, par la circoncision des oreilles, ne vouloir prêter l'oreille à rien de honteux ou de déshonnête et par la circoncision des lèvres, ne se permettre aucun propos indécent, disons-leur à notre tour : vous devez suivre la même interprétation par rapport à la circoncision du cœur et à la circoncision de la chair.
Nous circoncisons notre cœur avec le couteau de Dieu, et nous enlevons le prépuce de notre chair, lorsque nous ne laissons sortir de notre cœur aucune pensée honteuse, en sorte qu'on ne puisse pas dire de nous : Le cœur de ce peuple s'est appesanti, et leurs oreilles sont devenues sourdes (Act., XXVIII, 27). De même, p.237 fin p.238 début notre chair sera circoncise, si nous faisons le moins possible de ces actions grossières, que le besoin de soutenir notre corps nous met dans la nécessité de faire, comme de manger, de boire, de dormir, de nous couvrir de vêtement ; nous portons sur tout cela le couteau de la circoncision, lorsque nous remplissons ces fonctions, non par motif de luxure, ou de mollesse, ou de vain amusement, mais à cause du besoin de la nature et pour l'entretien de nos forces. Celui qui boit un peu de vin pour calmer ses maux d'estomac et remédier à ses fréquentes indispositions (I Tim., V, 23), et qui n'en déteste pas moins l'ivresse, celui-là circoncit vraiment sa chair. Celui qui prend la quantité de sommeil que réclame impérieusement la nature, pourra s'appliquer lui-même ces paroles de Salomon : Si vous dormez, vous craindrez point ; vous reposerez, et votre sommeil sera tranquille ; vous ne serez point saisi d'une frayeur soudaine, et vous ne craindrez point que la puissance des impies vienne vous accabler (Prov., III, 24-25). Pareillement, celui qui évite la fornication, et qui use du mariage avec son épouse en faisant attention à sa faiblesse, de peur de se laisser tenter par Satan, celui-là aussi pourra s'appliquer avec le peuple d'Israël les paroles suivantes : Aujourd'hui j’ai enlevé de dessus vous l'opprobre de l'Egypte (Jos., V, 9). Il se servira de même de vêtement pour écarter le froid, et non pour montrer, à travers la finesse de leur tissu, les formes nues de son corps. Celui qui affaiblit sa chair par les jeûnes, qui la circoncit par la continence, aura par-là même détourné de dessus lui l'opprobre des Egyptiens, qui sont des hommes gras et replets, et il pourra répéter comme on le lit dans les Septante : Combien ma chair n'est-elle pas desséchée ! Dans cette terre déserte, sans route et sans eau, je me suis présenté devant vous (ô mon Dieu) comme dans votre sanctuaire (Ps. LXII, 2-3). Si donc nous pensons quelquefois à introduire des étrangers dans le temple de Dieu, commençons par leur circoncire les oreilles, les lèvres, le cœur, le corps entier, la vue, le goût et l'odorat, pour nous conduire en tout avec la raison pour guide et d'après le principe de la crainte de Dieu. "
4. S. BERNARD, Serm. de nativitate S. Joannis Baptistæ
: " Considérez cet homme qui a été promis par l'oracle de l'ange, conçu par miracle, sanctifié dans le sein de sa mère, et admirez la ferveur de pénitence toute nouvelle dans ce nouvel homme. Ayant la nourriture et le vêtement, nous dit l'Apôtre, nous savons nous en contenter (I Th., VI, 8). C'était là la perfection des p.238 fin p.239 début apôtres, mais pour Jean c'était encore trop peu. Ecoutez en effet Notre-Seigneur vous dire dans l’Evangile : Jean-Baptiste est venu mangeant ni ne buvant (MATTH., XI, 18), et même n'étant pas vêtu. Et en effet, de même que les sauterelles ne sont pas une nourriture, si ce n'est peut-être pour quelques animaux sans raison, ainsi le poil de chameau n'est point un vêtement qui convienne à l'homme. Mais d'où vient que le chameau a quitté son poil ? Il vaudrait bien mieux qu'il se fût défait de sa bosse. Et vous, animaux sans raison et reptiles du désert, pourquoi cherchez-vous avec tant de soin des viandes délicates ? Jean, ce saint homme envoyé de Dieu, ou plutôt l'ange de Dieu, comme le déclare le Père éternel ; Jean, le plus grand des enfants des femmes, châtie son corps, tout innocent qu'il est, avec tant de rigueur ; il l'abat, il l'afflige ; et vous, vous ne travaillez qu'à revêtir le vôtre de pourpre et de fin lin, et à faire bonne chère. Hélas ! voilà en quoi consiste tout l'honneur qu'on rend à cette fête, et toute la vénération qu'on a pour le grand Jean-Baptiste. Voila toute la joie qui a été prédite à sa naissance ? Car, ô délicats observateurs de cette fête, de qui est-ce que vous célébrez la mémoire ? De qui solennisez-vous la naissance ? N'est-ce pas de celui qui n'était couvert que de poil de chameau, et qui s’était réduit à la dernière pauvreté ? O enfants de Babylone, qu'êtes-vous venus voir dans le désert ? Quoi ? un roseau battu des vents ? un homme vêtu délicieusement ? nourri de viandes délicates ? Car c'est en cela que vous faites consister toute la solennité de cette fête, à vous faire estimer du monde par la magnificence de vos habits, et par les délices de vos festins. Mais que revient-il à saint Jean de tout cet étalage, puisqu'il n'a rien pratiqué de semblable, et qu'il n'a jamais pris aucun plaisir de cette nature ? "
" Plusieurs, dit l’ange, se réjouiront à sa naissance (LUC, I, 14). Cela est vrai, plusieurs se réjouissent à sa naissance, et nous avons appris que les païens mêmes en font une fête. Mais ils solennisent ce qu'ils ignorent, et les chrétiens devraient le faire autrement. Les chrétiens se réjouissent aussi à la naissance de saint Jean-Baptiste, mais il serait à souhaiter que ce fût de cette nativité sainte, plutôt que de la vanité du siècle (Cf. Sermons de saint Bernard, trad. par le R. P. dom Antoine de Saint-Gabriel, feuillant, p. 150- 152). "
5. S. GREGOIRE, Hom. VI in Evangelia : " Vous n'ignorez pas p.239 fin p.240 début que Jean avait un habit fait de poil de chameau ; et pourquoi Jésus dit-il que ceux qui sont vêtus avec luxe et mollesse sont dans les maisons des rois, sinon pour nous marquer clairement que ceux-là sont au service des rois de la terre, et non à celui du roi du ciel, qui ne veulent pas souffrir les adversités pour l'amour de Dieu, et qui, se donnant tout entiers aux choses extérieures, ne recherchent dans cette vie que les délices et les plaisirs ? " " Que personne donc ne s'imagine qu'il n'y ait point de péché dans le luxe et dans la recherche des habits somptueux et magnifiques, puisque, s'il n'y avait point de mal à cela, le Seigneur n'aurait jamais loué saint Jean de la grossièreté et de la simplicité de ses vêtements. S'il n'y avait point, dis-je, de mal à cela, l'apôtre saint Paul ne se fût pas mis en peine pour retirer les femmes chrétiennes de la passion de s'habiller somptueusement, de leur écrire, de ne point porter de vêtement de trop de prix (I Tim., II, 9). Considérez donc quel mal c'est aux hommes de rechercher une vaine superfluité, que ce grand pasteur de l'Eglise aurait voulu faire disparaître ans les femmes mêmes (Cf. Les quarante homélies ou sermons de saint Grégoire-le-Grand, trad. par le duc de Luynes, p. 52). "
Question VI
Que nous enseigne l’Ecriture touchant la vertu de force ?
L'Ecriture nous exhorte suffisamment à la pratique de cette vertu, par-là même qu'elle s'attache à nous corriger d'une funeste pusillanimité et qu'elle nous recommande la confiance chrétienne, l'ardeur, la constance et la magnanimité. L'impie prend la fuite, dit Salomon, quoique personne ne le poursuive ; le juste au contraire n’éprouvera pas plus de terreur qu'un lion qui se confie dans sa force. Saint Pierre, de son côté nous donne l'avertissement suivant au sujet des ennemis que pourrait rencontrer la foi ou la piété : Ne les craignez point, et ne vous laissez point déconcerter par leurs menaces. Qui est-ce qui pourra vous nuire, si vous ne recherchez que le bien ? Eh ! quand même vous souffririez quelque mal pour la justice, vous seriez encore bienheureux en cela. Saint Paul aussi, cet invincible soldat de Jésus-Christ, exhorte souvent les fidèles à se revêtir de la vraie force, qui est la force chrétienne : Mes chers frères, nous dit-il, soyez fermes et inébranlables, p.240 fin p.241 début sans cesse occupés à l'œuvre du Seigneur, assurés que vous êtes que Dieu ne laissera point votre travail sans récompense. Il disait encore : Mes frères, affermissez-vous en Dieu, et dans la puissance de sa vertu. Revêtez-vous de l'armure que Dieu vous offre, pour pouvoir résister toutes les embûches du démon, demeurer fermes dans les jours mauvais, et accomplir votre devoir en tout point. "
Il n'y a qu'un homme rempli de force qui puisse tenir un langage comme celui que nous allons copier tout-à-l'heure des Livres saints : J’ai mis mon espérance en Dieu ; je ne craindrai point ce que l’homme pourra me faire. - Le Seigneur est le protecteur de ma vie ; qui pourrait me faire trembler ? Quand des armées entières seraient levées contre moi, mon cœur serait sans crainte. Quand je marcherais au milieu des ombres de la mort, je n'aurais point de maux à craindre, parce que vous êtes avec moi. - Qui nous séparera de l'amour de Jésus-Christ ? - Je puis tout en celui qui me fortifie. - Et David, cet intrépide roi, semble emboucher la trompette du combat, lorsqu'il adresse à tous les enfants de Dieu, compagnons de ses armes, les exhortations suivantes : Prenez courage, et que vos cœurs se rassurent, vous tous qui espérez dans le Seigneur. Soutenus par notre Dieu, nous ferons des prodiges, et c'est lui qui foulera nos persécuteurs sous ses pieds.
Enfin, la vie que doit mener un chrétien, c'est celle qui se conforme à toutes les lois de la prudence, de la justice, de la tempérance et de la force. C'est un juste tempérament de ces quatre vertus qui constitue ce sage milieu également à l'abri de tout excès comme de tout défaut. Et c'est ce que nous signifie l’Ecriture, quand elle dit : Ne vous détournez ni à droite, ni à gauche.
p.241 fin p.242 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. MATTHIEU, X, 28 : " Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l'âme, mais craignez plutôt celui qui peut précipiter dans l'enfer le corps et l'âme à la fois. "
2. Id., VIII, 23-26 : à Alors ses disciples s'approchèrent de lui, et le réveillèrent disant : Sauvez-nous, Seigneur, nous périssons. - Jésus leur répondit : Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ? Puis se levant, il commanda aux vents et à la tempête, et aussitôt il se fit un grand calme. "
3. LUC, XII, 4-5 : " Je vous le dis donc à vous, qui êtes mes amis : Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et ne peuvent rien de plus. - Mais je vais vous apprendre qui vous devez craindre : Craignez celui qui, après avoir ôté la vie, a encore le pouvoir de jeter dans l'enfer. "
4. ISAIE, VIII, 11-13 : " Le Seigneur, me tenant de sa main puissante, m'a instruit à ne point marcher dans la voie de ce peuple, et m'a dit : - Ne dites point : Faisons ensemble une conspiration ; car tout ce que dit ce peuple n'est qu'une conspiration. Ne craignez donc point leurs menaces, et ne vous laissez pas vaincre par leur terreur. - Mais rendez gloire à la sainteté du Dieu des armées ; ne craignez, ne redoutez que lui. "
5. Id., XXXV, 3-4 : " Fortifiez les mains languissantes, et affermissez les genoux tremblants. - Dites ceux qui ont le cœur abattu : Prenez courage ; ne craignez point : voici votre Dieu qui vient vous venger, et rendre aux hommes ce qu'ils méritent. Dieu viendra lui-même, et il vous sauvera. "
6. Id., XLI, 8-10, 13-14 : " Mais vous, Israël, mon serviteur ; vous, Jacob, que j'ai élu ; vous, race d'Abraham, qui a été mon ami ; - vous que j'ai tiré des extrémités du monde, que j'ai appelé à moi d'un pays lointain, - vous à qui j'ai dit : Vous êtes mon serviteur, je vous ai choisi pour moi, et je ne vous ai point rejeté. - N'ayez aucune crainte, je suis avec vous ; ne p.242 fin p.243 début vous laissez pas abattre, je suis votre Dieu, votre force ; je vous ai secouru, et le juste que je vous envoie vous soutiendra de sa droite. C'est moi, le Seigneur votre Dieu, qui vous prends par la main, et qui vous dis : Ne craignez point, c'est moi qui suis votre soutien. - Ne craignez point, ô Jacob, quoique devenu comme un ver qu'on écrase ; ni vous, ô Israël quoique réduit jusqu'au néant : c'est moi qui viens vous secourir, dit le Seigneur, moi, le saint d'Israël votre rédempteur. . . "
7. Id., XLIII, 1-2, 4-5 : " Et maintenant voici ce que dit le Seigneur qui vous a créé, ô Jacob, et qui vous a formé, ô Israël : Ne craignez point ; je vous ai racheté, je vous ai appelé par votre nom : vous êtes à moi. - Lorsque vous marcherez à travers les eaux, je serai avec vous, et les fleuves ne vous submergeront point : lorsque vous marcherez dans le feu, vous n'en serez point atteint, et la flamme sera sans ardeur pour vous. - Depuis que vous êtes devenu précieux à mes propres yeux, et que je vous ai élevé en gloire, je vous ai aimé ; je sacrifierais les hommes et les nations pour vous sauver. - Ne craignez point ; je suis avec vous ; je vous amènerai une postérité de l'orient, et je rappellerai vos enfants de l'Occident. "
8. Id., XLIV, 2, 8 : " Voici ce que dit le Seigneur qui vous a créé, qui vous a formé, et qui vous a soutenu dés le sein de votre mère : Ne craignez point, à Jacob, mon serviteur, qui marchez dans la droiture du cœur et que j'ai choisi. - Ne craignez point, ne soyez point ébranlé. "
9. Id, LI, 7-8 : " Ecoutez-moi, vous qui aimez la justice, vous, mon peuple, qui avez ma loi gravé dans vos cœurs ; ne craignez point l'opprobre des hommes ; n'appréhendez point leurs blasphèmes : - car les vers les dévoreront comme un vêtement, la pourriture les consumera comme la laine. Mais le salut que je donnerai sera éternel, et ma justice subsistera dans la suite de tous les siècles. "
10. JEREM., X, 2-3 : " Voici ce que dit la Seigneur :
Ne vous rendez point disciples des erreurs des nations, et ne craignez point les signes du ciel, comme ces nations les craignent ; car les lois des peuples de la terre ne sont que vanité. "
12. Id., XXXIV, 16 : " Celui qui craint le Seigneur ne tremblera point ; il n'aura point peur, parce que Dieu même est son espérance. " p.243 fin p.244 début