Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 158)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

18. EZECHIEL, XVIII, 5, 8-10, 13-14, 17 : " Si un homme est juste, s'il agit selon l'équité et la justice, etc.; - s'il ne prête point à usure, et ne reçoit pas plus qu'il n'a donné, s'il détourne sa main de l'iniquité et s'il rend un jugement équitable entre deux hommes qui plaident ensemble ; - s'il marche dans mes préceptes et garde mes ordonnances pour agir selon la vérité, celui-là est juste, et il vivra très-certainement, dit le Seigneur Dieu. - Que si cet homme a un fils qui soit un voleur et qui répande le sang, et qui commette quelqu'une de ces fautes, etc. ; - qui prête à usure, et qui reçoive plus qu'il n'a prêté, vivra-t-il après cela? Non certes, il ne vivra point ; il mourra très-certainement, puisqu'il a fait toutes ces actions détestables et son sang sera sur sa tête. - Que si cet homme a un fils qui, voyant tous les crimes que son père avait commis, en soit saisi de crainte, et se garde bien de l'imiter, etc.; - qui détourne sa main de toute injustice à l'égard du pauvre, qui ne donne point à usure, et ne reçoive rien au-delà de ce qu'i la prêté, qui observe mes ordonnances et marche dans mes préceptes, celui-là ne mourra point à cause de l'iniquité de son père mais il vivra très-certainement. "

19. Id., XXII, 9, 12-15 : " Il y a eu parmi vous des calomniateurs pour répandre le sang ; ils ont mangé sur les montagnes au milieu de vous, ils ont commis l'iniquité au milieu de vous. - Ils ont reçu des présents au milieu de vous, afin de répandre le sang, Vous avez reçu un profit et un intérêt illégitimes ; vous p.211 fin p.212 début avez calomnié vos frères pour satisfaire votre avarice, et vous m'avez mis en oubli, dit le Seigneur Dieu. - C'est pourquoi j'ai frappé des mains en me déclarant contre votre avarice, et contre le sang qui a été répandu au milieu de vous. - Votre cœur soutiendra-t-il ma colère ou vos mains prévaudront-elles contre moi dans le temps des maux que je ferai fondre sur vous ? C'est moi qui suis le Seigneur ; j'ai parlé, et je ferai ce que j'ai dit. - Je vous disperserai parmi les nations, je vous jetterai en divers pays, et je ferai cesser en vous votre impureté. "

20. LUC, VI, 35 : " Cependant aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer ; et alors votre récompense sera très-grande, et vous serez les enfants du Très-Haut car il est bon lui-même envers les ingrats et les méchants. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, de civitate Dei, lib. IV, c. 4

: " Que sont les empires quand la justice en est bannie, sinon de grandes bandes de brigands ? Et une troupe de brigands elle-même qu'est-elle autre chose qu'un petit empire ? Car c'est une réunion d'hommes où un chef commande, où un pacte social est reconnu, et où certaines conventions règlent le partage du butin. Si cette troupe funeste, en se recrutant de malfaiteurs, grossit au point d'occuper un pays, d'établir des postes importants, d'emporter des villes, de subjuguer des peuples ; alors elle s'arroge ouvertement le titre de royaume, titre que lui assure non pas le renoncement à la cupidité, mais l'impunité de la conquête. Ce fut la spirituelle et juste réponse que fit à Alexandre-le-Grand, ce pirate laineux tombé en son pouvoir (V. CICERON, de republ., cité par Nonius Marcellus, de genere vavigiorum). A quoi penses-tu, lui dit le roi, d'infester la mer ? - A quoi penses-tu d'infester la terre ? répond le pirate avec une audacieuse liberté. Mais parce que je n'ai qu'un frêle navire, on m'appelle corsaire ; et parce que tu as une grande flotte, on te nomme, toi, conquérant. "

2. Ibidem, liv. XIX, c. 21 : " C'est donc ici le lieu de m'acquitter avec toute la brièveté et toute la clarté possible de mon ancienne promesse, en démontrant qu'aux termes des définitions que Scipion emploie dans les livres de la République de Cicéron il n'y a jamais eu de république parmi les Romains. Il définit la république la chose du peuple. . ., et il dit que le peuple est une p.212 fin p.213 début multitude de personnes associées pour vivre ensemble sous l'empire du même droit et en communauté d'intérêts.

Or, il explique ensuite ce qu'il entend par ce même droit, lorsqu'il dit qu'une république ne peut être gouvernés ans justice.

Donc, là ou il n'y a point de justice, il n'y a pas de droit. Comme on fait justement ce qu'on a droit de faire, il est impossible qu'on ne soit pas injuste quand on agit sans droit. En effet, il ne faut pas appeler droits (ou lois) les règlements injustes établis par les hommes, puisqu'eux-mêmes ne nomment droit que ce qui vient de la justice comme de sa source, et qu'ils rejettent comme fausse cette opinion qui place le droit dans l'intérêt du plus fort. Ainsi donc, où il n'y a point de vraie justice, il ne peut y avoir d'association d'hommes sous un droit convenu entre eux, et par conséquent il ne peut y avoir de peuple. S'il n'y a point de peuple, il n'y a pas non plus de chose du peuple, mais il y a chose d'une multitude telle qu'elle, qui ne mérite pas le nom de peuple. Si donc la république est la chose du peuple, et qu'il n'y ait pas de peuple sans droit généralement reconnu, si d'ailleurs il n'y a point de droit là où il n'y a point de justice, il s'ensuit nécessairement que là où il n'y a pas de justice, il n'y a pas non plus de république. La justice est une vertu qui rend à chacun ce qui lui appartient. Quelle est donc cette justice de l'homme qui soustrait l'homme lui-même au vrai Dieu, pour l’asservir à d'impurs démons ? Est-ce là rendre à chacun ce qui lui appartient ? Un homme qui ravit un fonds à celui qui l'a acheté, pour le livrer à un autre qui n'y a aucun droit, est injuste ; et l'homme qui se soustrait lui-même à la puissance de son souverain maître pour se faire l'esclave des esprits de malice, sera juste ? "

3. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Lib. VII, epist. 120 (al.

121) ad Theodoricum et Theodebertum reges Franciæ : " Ce qu'on désire plus dans les rois, c'est qu'ils pratiquent la justice et qu'ils sauvegardent les droits de chacun ; qu'ils ne se permettent pas à l'égard de leurs sujets tout ce que leur puissance les met à même de faire, mais qu'ils gardent en tout une stricte équité. "

4. S. BERNARD, Serm. III de adventu Domini : "

Heureux celui en qui la sagesse se bâtit une demeure, en y taillant ses sept colonnes ; heureuse l'âme qui est le siège de la sagesse. Quelle est cette âme ? C'est celle du juste. Eh ! quoi de plus mérité puisque la justice et l’équité sont l’appui du trône de Dieu (Ps. LXXXVIII, 15) ? Qui est celui d'entre vous, mes frères, qui désire préparer dans son âme une demeure à Jésus-Christ ?

p.213 fin p.214 début Voici quelles sont les soieries, les tapis, les coussins, que pour cela il devra se procurer. La justice et l'équité, dit le Psalmiste à notre Dieu, sont l'appui de votre trône. La justice est la vertu qui attribue à chacun ce qui lui appartient. Rendez donc ce que vous devez à chacune de ces trois classes de personnes que je vais vous nommer. Rendez à votre supérieur ce que vous lui devez ; à votre inférieur, ce que vous lui devez ; à votre égal, ce que vous lui devez ; et de cette manière, vous célébrerez dignement la venue de Jésus-Christ, en lui préparant dans la justice le trône qui lui convient. Rendez, vous dis-je, à votre supérieur le respect dans vos sentiments, et l'obéissance dans vos actes. Car ce n'est pas assez de donner des marques extérieures de respect à ceux qui sont plus élevés que nous, si nous ne concevons en même temps au fond de notre cœur une haute estime de leurs personnes. Et quand même l'indignité de leur conduite serait tellement manifeste, qu'elle ne fût susceptible ni de dissimulation ni d'excuse, nous n'en devrions pas moins, à cause de celui de qui vient toute puissance (Rom., XIII, 2), nous former d'eux une haute opinion, en songeant, non à leurs mérite personnels, mais à l'ordre de Dieu, qui veut que nous respections en eux l'autorité dont ils sont revêtus. C'est ainsi que nous devons également à ceux de nos frères avec lesquels nous vivons, en vertu des droits mêmes de la fraternité et de la société humaine, les conseils et les secours que peuvent réclamer leurs besoins. Car ce sont là les devoirs que nous souhaitons qu'ils nous rendent à nous-mêmes : des conseils qui éclairent notre ignorance, et des secours qui soutiennent notre faiblesse. Mais ici quelqu'un de vous m'objectera peut-être en lui-même : Eh ! quel conseil pourrai-je donner à un frère à qui je ne puis pas même parler sans une permission spéciale ? Quel secours puis-je lui offrir, moi qui ne puis rien faire qu'en vertu de l'obéissance ? Je réponds à cela : L'occasion d'exercer la charité fraternelle ne vous manquera pas ; tâchez seulement de ne pas manquer à l'occasion. Je ne vois pas de conseil plus avantageux, que celui qu'on donne par son exemple même, indiquant par ce moyen ce qu'il est à propos de faire, ce qu'il est il propos d'omettre, visant toujours à ce qu'il y a de plus parfait, et conseillant ainsi non de bouche et de paroles, mais par les actes et les effets. Et y a-t-il secours plus utile et plus puissant, que celui que vous prêterez à votre frère en priant pour lui, en relevant ses fautes avec franchise et charité, en ne vous gardant pas seulement de le scandaliser en quoi que ce puisse être, mais p.214 fin p.215 début en vous efforçant de plus, comme un ange de paix, d'enlever les scandales du royaume de Dieu, et d'en écarter tout ce qui pourrait y donner occasion ? Si ce sont là les secours, si ce sont là les conseils que vous donnez à votre frère, vous lui aurez rendu ce que vous lui deviez, et il n'aura point à se plaindre de vous. Enfin, si vous avez quelqu'un sous votre direction, vous devez sans aucun doute exercer à son égard une sollicitude toute particulière. Ses besoins réclament surtout de vous la vigilance et la correction : la vigilance, pour qu'il se garantisse du péché, la correction, pour que vous ne laissiez pas impunie la négligence qui l'aurait empêché de s'en garantir.

Mais quand même il semblerait que vous n'auriez personne sous vous, vous auriez toujours envers qui exercer cette vigilance et cette correction. Car vous avez votre corps, que votre esprit a reçu sans aucun doute la charge de gouverner. Vous lui devez la vigilance, pour que le péché ne règne pas en lui, et que vos membres ne servent pas d'instruments à l'iniquité. Vous lui devez aussi la correction, pour que, rudement châtié et réduit en servitude, il se porte enfin faire de dignes fruits de pénitence. Toutefois, ceux qui auront à rendre compte pour un grand nombre d’âmes, ont à acquitter une dette bien plus forte et plus terrible. . . " " Voulez-vous voir encore plus clairement que la justice même que vous aurez accomplie ne vous dispensera pas du jugement à subir un jour ? Ecoutez ces paroles : Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous aura été ordonné, dites encore :

nous sommes des serviteurs inutiles (LUC, XVII, 10). Telle est certainement la vraie manière pour chacun de nous de préparer un trône au Dieu de majesté : observer exactement les devoirs de justice, et après même qu'on les a observés, se considérer toujours comme un serviteur indigne et inutile. "

5. S. AUGUSTIN, Serm. XIX de verbis Domini (ou saint Ambroise, serm. 7, si ce sermon n'est pas plutôt (C'est le sentiment de Noël-Alexandre. V. Hist. eccles., t. V, p. 103) un de ceux de saint Maxime de Turin) : " Ne pas faire le service militaire, c'est prévarication, mais le faire en vue du butin, c'est encore péché. De même il y a crime non-seulement à ne pas remplir les fonctions publiques dont on est chargé, mais les remplir en vue de grossir son patrimoine, ne me semble une chose nullement innocente. Car si la Providence a voulu qu'il y eût une paye assigné chaque jour aux militaires, c'est pour leur épargner la tentation du pillage, qui viendrait certainement les solliciter, p.215 fin p.216 début s'ils étaient réduits à pourvoir par eux-mêmes à leurs besoins. Mais que signifie le langage qu'ils tiennent, lorsque repris par leurs anciens de quelque faute, comme de s'être enivrés, d'avoir ravagé le bien d'autrui, d'avoir commis un meurtre dans leur emportement, ils répondent aussitôt : Qu'avais-je à faire, moi séculier ou engagé au service militaire ? Est-ce que j'ai embrassé la vie monastique ou l'état ecclésiastique ? Comme si quiconque n'est ni ecclésiastique ni moine pouvait impunément faire ce qui n'est jamais permis. Disons donc que les saintes lettres tracent à toutes les professions la règle qu'elles ont suivre : tout sexe, tout âge, tout rang de dignité est également invité à vivre selon les lois de la justice. Que personne donc ne cherche un motif d'excuse dans les fonctions publiques dont il est chargé ou dans l'état militaire qu'i la embrassé. Tout chrétien doit être avant tout le soldat de la probité et de la vertu. Car, pour justifier ce que nous disons par l'autorité de la parole évangélique, revenons sur la lecture qui vient d'en être faite : l’Evangile nous disait que des publicains vinrent aussi à Jean pour recevoir de lui le baptême et que, comme ils lui eurent dit : Maître, que faut-il que nous fassions ? Il leur répondit : N'exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné (LUC, III, 12-13). Autant était convenable la question adressée par les publicains, autant fut juste la réponse du saint prophète. Les premiers interrogent avec anxiété, craignant ou de pécher par ignorance en exigeant trop, ou de frustrer le trésor public en n'exigeant pas assez. Le second modère tellement la réponse qu'il leur fait, que s'ils savent s'y conformer, ils ne se montreront ni injustes à l'égard des particuliers, ni infidèle à l'égard de l’Etat. Car il ne leur dit pas : N'exigez rien, mais il leur dit : N'exigez rien au-delà. Par où nous voyons que ce que Dieu défend, ce n'est pas précisément d'exiger certaines choses, mais de les exiger sans droit, puisque le Seigneur a dit lui-même : Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César (MATTH., XXII, 24). Donc c'est une obligation pour nous de nous soumettre à ce que César ordonne, et de supporter les exigences du gouvernement ; mais ces exigences deviennent intolérables, si elles dégénèrent en spoliation et en pillage. . . "

" Les soldais aussi lui demandaient : Et nous, que devons-nous faire ? Il leur répondit : N'usez point de violence ni de fraude envers personne, et contentez-vous de votre paye (LUC, III, 14), Qu'ici tout militaire s'examine soi-même. Et l’Ecriture ne dit pas ces paroles seulement de ceux qui combattent à main armée ;

p.216 fin p.217 début mais il n'y a personne de nous qui n'ait sa milice à exercer, son service à faire, et par conséquent ces paroles peuvent s'appliquer non-seulement aux soldats, mais aussi à tous ceux, quels qu'ils soient, qui ont une fonction à remplir. Oui, quiconque reçoit une paye de l’Etat est condamné par Jean comme oppresseur et concussionnaire, s'il demande au-delà de ce qui lui est assigné. Or, cette sentence vraiment divine adressée aux soldats, peut également s'appliquer aux ecclésiastiques ; car, quoique ceux-ci ne soient pas attachés au service du siècle, ils le sont au service de Dieu, suivant ces paroles de l'Apôtre : Celui qui est enrôlé au service de Dieu ne s'embarrasse point dans les affaires séculières (II Th., II, 4). Nous ne ressemblons guère à des militaires, sans doute, avec nos tuniques larges et flottantes ; mais pourtant nous avons notre ceinture militaire, qui serre étroitement nos reins des liens de la chasteté ; ceinture dont Notre-Seigneur a dit à ses apôtres : Ceignez constamment vos reins, et tenez dans vos mains des lampes allumées (LUC, XII, 38). Nous sommes donc les soldats de Jésus-Christ, et nous avons reçu de lui la paye qui nous oblige à son service ; car, comme nous le dit l'Apôtre, il nous a donné le Saint-Esprit pour arrhes et pour gage (II Cor., I, 22), c'est-à-dire qu'il nous a enrichis des dons de l'Esprit-Saint. Si donc quelque chrétien ne se contentait pas d'une telle solde et demandait davantage, il perdrait par-là même ce qu'il aurait déjà reçu.

. . "

" Il n'importe pas, aux yeux de Dieu, que ce soit par ruse ou par violence qu'on s'empare du bien d'autrui, dès-là que c'est le bien d'autrui qu'on a usurpé de quelque manière que ce puisse être. "

6. S. AUGUSTIN, Lib. XXII contra Faustum manichæum, c. 74 : " Qu'y a-t-il de blâmable dans la guerre ? Est-ce la mort qu'elle cause à des hommes destinés à mourir tôt ou tard, ou l'asservissement de peuples qui du moins trouveront la paix dans la servitude ? Blâmer la guerre pour de tels motifs, c'est faiblesse d'esprit, plutôt que piété. Mais ce qu'on blâme à bon droit dans la guerre, c'est l'envie de nuire, l'ardeur de la vengeance, les haines implacables, les révoltes injustes, la passion de dominer, et autres semblables, qu'ont droit de réprimer par la résistance à l'oppression, les bons eux-mêmes, soit que Dieu en personne, soit que quelque autorité légitime leur en fasse un devoir, et pour la répression desquelles ils ont droit, à leur tour, de faire la guerre, s'ils se trouvent dans des circonstances qui les obligent, p.217 fin p.218 début ou d'en prendre l'initiative par sentiment de la justice, ou de s'y engager par devoir d'obéissance. Autrement, lorsque les soldats venaient à Jean pour recevoir le baptême et lui demandaient : Que devons-nous faire ? il aurait dé leur répondre : Jetez vos armes, abandonnez le service militaire, gardez-vous de frapper, de blesser, de mettre à mort qui que ce soit. Mais comme il savait bien qu'en faisant de semblables choses dans la guerre, ils ne se rendaient pas coupables du crime d'homicide, mais ne faisaient qu'obéir à la loi, et qu'ils ne vengeaient pas en cela des injures personnelles, mais se portaient à la défense des intérêts publics, il leur répondit : N'usez de violence ni de fraude envers personne, et contentez-vous de votre paye. Mais puisque les Manichéens ont pour habitude de condamner ouvertement et sans aucune pudeur la conduite de Jean, qu'ils écoutent Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, ordonnant de payer à César cette même solde, que Jean déclare devoir suffire au soldat. Rendez à César dit-il, ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Car les tributs ont pour objet de fournir la solde au moyen de laquelle l'Etat pourra subvenir aux besoins du soldat. Et ce centenier qui disait : Quoique je ne sois qu'un homme soumis à d'autres, ayant néanmoins des soldats, je dis a l'un : Allez là, et il y va ; venez ici, et il vient ; faites ceci, et il le fait (LUC, VII, 8) ; Jésus-Christ a loué sa foi, si digne en effet de louanges, mais il ne lui a point commandé d'abandonner sa profession. Mais il serait trop long, et il n'est nullement nécessaire pour le moment, de discuter la question des guerres justes ou injustes. "

7. Ibidem, c. 75 : " Car il importe de savoir pour quelles causes et d'après quelle impulsion on s'engage dans une guerre. Toutefois l'ordre naturel, dans l'intérêt même de la paix, demande que ce soit le prince qui juge de la nécessité ou de l’à-propos de la guerre qu'il entreprend, et que les soldats, en vue de la tranquillité et du salut de tous, n'aient d'autre office à remplir que celui de l'exécution. Mais il n'est pas permis de douter qu'une guerre soit légitime, du moment où c'est Dieu qui autorise à l'entreprendre, soit pour imprimer la terreur, soit pour écraser ou humilier l'orgueil d'un ennemi superbe, puisque celles mêmes que fomentent les passions humaines, ne peuvent nuire en rien, soit à Dieu, soit à ses saints, mais qu'elles servent plutôt, comme le prouve l'expérience, à exercer la patience, entretenir l'humilité et à corriger les imperfections de ces derniers. Car personne à une puissance quelconque sur p.218 fin p.219 début eux, que ceux à qui elle est donnée d'en haut (JEAN, XIX, 11) ; et il n'est pas de puissance qui ne vienne de Dieu (Rom., XIII, 1), soit qu'il en veuille l’établissement soit qu'il le permette. Puis donc que les justes, s'ils ont à servir un prince même sacrilège, peuvent légitimement combattre sous ses ordres pour le bien de l'union qui doit régner entre les citoyens, lorsqu'ils sont assurés que la guerre pour laquelle ils ont à donner leur concours n'est point entreprise contre la volonté de Dieu, ou que du moins le contraire ne leur est pas évident, de sorte que si, dans ce dernier cas, le roi est coupable de l'avoir ordonné, les soldats peuvent sans reproche lui faire même en cela acte d'obéissance, à combien plus forte raison n'est-il pas permis de prendre une part active à des guerres qu'on n'entreprend que parce que c'est la volonté de Dieu, volonté qui ne saurait jamais être injuste, comme ne l'ignorent pas ceux qui lui obéissent. "

8. THEOPHYLACTE, in caput XIII Epistolæ ad Romanos

: " Les magistrats sont d'une grande utilité pour les Etats ; car c'est à eux qu'est due la conservation de nos vies. Sans eux, tout serait bientôt bouleversé, les plus faibles se trouvant en proie aux plus forts. Que votre conscience donc vous fasse goûte l'obligation de rendre l'honneur qui appartient à ceux de qui vous tenez d'aussi grands avantages. Car c'est pour cela que vous leur payez des tributs. Vous-mêmes, vous dit l'Apôtre, vous êtes la preuve des bienfaits que vous recevez du magistrat, lorsque, en lui payant le tribut, vous lui portez la récompense de la peine qu'il prend de soigner vos intérêts. Car les peuples ne se seraient pas assujettis à de pareilles charges envers les puissances, si dès le principe ils n'avaient reconnu qu'il était de leur avantage et de leur intérêt de s'y soumettre. Et en effet, tandis que nous passons nos jours exempts d'inquiétude, les princes, ministres de Dieu pour le bien, veillent pour nous par le devoir de leur charge, afin que cette tranquillité ne soit pas troublée. C'est donc aussi la volonté de Dieu que nous payions le tribut à ses ministres ; car il veut que la paix soit maintenue dans l'Etat, que la vertu y soit respectée et le vice réprimé. Et les princes secondent en ce point la volonté de Dieu, puisque les peines qu'ils se donnent ont pour fin le maintien de l'ordre et le salut de tous, et que tous leurs efforts tendent à nous procurer la paix et la tranquillité dans la condition qui convient à chacun. Que s'ils abusent quelquefois de leur pouvoir et de leur autorité, l'abus qu'ils en font ne porte aucune atteinte à l'excellence de la chose elle- même. Rendez p.219 fin p.220 début donc a chacun ce qui lui est dû : le tribut, à qui vous devez le tribut ; les impôts, à qui vous devez les impôts ; la crainte, à qui vous devez la crainte ; l'honneur à qui vous devez l'honneur (Rom., XIII, 7). Sans contredit, vous dit l'Apôtre, vous devez au magistrat la gratitude et la bonne volonté. Rendez donc ce que vous devez à chacun selon son droit : le tribut, ou les redevances personnelles, à qui elles sont dues ; l'impôt c'est-à-dire l'impôt foncier, à qui il est dû également. Mais vous ne leur devez pas seulement des contributions pécuniaires ; vous leur devez aussi la crainte, c'est-à-dire le respect, et un honneur ou une vénération toute spéciale. C'est pourquoi l'apôtre a soin d'ajouter : L'honneur à qui l'honneur. Car on peut distinguer deux sortes de craintes : celle qui saisit les coupables, et qui naît de la conscience qu'ils ont de leur culpabilité ; c'est cette sorte de crainte que l’Apôtre a stigmatisée dans les versets précédent ; l'autre est celle qu'on a de déplaire à ceux qu'on affectionne, et qui s'identifie avec l'honneur qu'on leur rend ; telle était celle que célébrait le Psalmiste, lorsqu'il disait : Rien ne manque à ceux qui craignent le Seigneur (Ps. XXXIII, 10) ; et encore : La crainte du Seigneur subsiste dans tous les siècles (Ps. XVIII, 10). Car c'est de la piété ou du respect dû à Dieu qu'il entend parler ici. "

9. S. CHRYSOSTOME, Hom. XV in Matthæum :

" Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice. Quelle est cette justice dont il parle ? C'est, ou cette vertu même en général, ou seulement celle de ses parties qui est particulièrement opposée à l'avarice. Car comme il va recommander l'aumône et la miséricorde, il montre par avance comment on doit la faire, c'est-à-dire, non de ses butins ou de ses rapines, en appelant heureux ceux qui aiment la justice. Mais remarquez comment il exprime cet amour que nous devons en avoir. Car il ne dit pas simplement : Heureux ceux qui gardent la justice ; mais : Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, pour nous apprendre à ne pas l'aimer froidement, mais il l'aimer avec toute l'ardeur dont nous sommes capables. Comme c'est le propre de l'avarice d'être ardente à amasser du bien, et qu'on a d'ordinaire moins de passion pour le boire et le manger que les avares n'en ont pour amasser des richesses, Jésus-Christ veut que nous reportions cette ardeur déréglée à l'amour de la justice. Il nous propose encore ici une récompense sensible : Parce qu'ils seront rassasiés. Comme on croit d'ordinaire que l'avarice enrichit les hommes, il montre au contraire que c'est la justice qui nous enrichit. Ne craignez donc plus de tomber dans p.220 fin p.221 début la pauvreté ou dans le besoin, tant que vous pratiquerez la justice. Ce sont principalement ceux qui ravissent le bien d'autrui qui perdent eux-mêmes ce qu'ils ont, tandis qu'au contraire le bien de celui qui aime la justice est en pleine sûreté. Que si ceux qui s'abstiennent d'usurper le bien d'autrui doivent jouir un jour d'une si grande abondance, quel sera le bonheur de ceux qui renonceront à tout ce qu'ils possèdent sur la terre ? "

10. S. AMBROISE, De officiis, lib. I : " Oh ! qu'il brille d'un pur éclat, l’homme juste qui, se croyant né pour les autres et non pour lui-même, se sacrifie tout entier au bien de la société ! Il s'élève au-dessus de la foule, domine tout par sagesse, soutient les uns, aide les autres, partage les peines et les périls de tous ! Qui pourrait ne pas ambitionner ce haut degré de vertu, si l'avarice n'était là pour affaiblir et énerver nos élans ? Car dès l'instant où nous cherchons à augmenter nos richesses, à entasser de l'or, à agrandir nos terres, à être plus riches que les autres, nous renonçons à la justice, nous cessons de rapporter nos vues au bien général. Peut-il être juste en effet, celui qui ne travaille qu’à dépouiller son voisin de son bien pour se l'approprier à lui-même ? - L'amour du pouvoir énerve encore la force native de la justice. Comment peut-il faire quelque chose pour ses semblables, celui qui ne cherche qu'à les soumettre à sa volonté ? Peut-il protéger le faible contre le puissant, celui qui veut enchaîner la liberté en abusant de sa puissance ? "

11. Le même, ibidem, c. 29 : " Ce qui peut donner une idée de l'excellence de la justice, c'est qu'elle ne fait acception ni de lieux, ni de temps, ni de personnes, puisqu'elle s'exerce même à l’égard d'un ennemi ; au point qu'après avoir fixé avec lui un lieu et un jour pour le combat, c'est être injuste que de changer ou de devancer le rendez-vous. Il y a en effet une grande différence entre succomber dans un combat après une lutte vigoureuse, et ne devoir sa défaite qu’à un avantage de circonstance ou à un cas fortuit. Par suite encore, l'ennemi qui aura été plus acharné contre vous, celui qui vous aura été plus infidèle ou qui vous aura nui davantage, devra s'attendre à une vengeance plus éclatante. Ainsi les Madianites (Nombres, XXXI), qui s'étaient servis des femmes de leur nation pour faire tomber dans le péché une multitude de Juifs, attirèrent la colère de Dieu sur tout le peuple, sans que Moïse dans sa victoire (Il y a dans le texte latin Moyses victor. Victor ne serait-il point ici pour ultor, par suite de l'erreur de quelque copiste ?), fit grâce à un seul p.221 fin p.222 début des coupables. Les Gabaonites (Josué, IX), au contraire, qui n'avaient pas déclaré la guerre au peuple de Dieu, mais l'avaient simplement trompé, ne furent pas aussi sévèrement punis par Josué mais seulement soumis à la honte de l'esclavage. Il en fut de même pour les Syriens, qui, occupés au siège d'une ville, avaient été frappés d'aveuglement par Elisée, et ne sachant plus où ils allaient, étaient tombés au pouvoir du roi d'Israël ; celui-ci voulait les mettre tous à mort, mais le prophète s'y opposa en disant (II Rois, VI, 22) : Vous ne frapperez point de mort ceux que vous n'avez pas vaincus par la lance ou par l'épée. Donnez-leur du pain et de l'eau, qu'ils mangent et boivent, qu'ils soient remis en liberté et qu'ils retournent vers leur maître. C'était par un acte d'humanité les amener à la reconnaissance. Dès ce jour aussi, les Syriens ne vinrent plus par troupes piller les terres d'Israël. - Si tel est l'empire de la justice pendant la guerre, à combien plus forte raison ne doit-on pas la pratiquer durant la paix! " " Concluons qu'il faut pratiquer la justice même dans la guerre, et que cette vertu ne peut avoir de mérite qu'autant qu'elle est unie à la bonne foi. "

12. Le même, in Psalmum 118, Serm. XVI

: " Voici donc le sens de ces mots, Feci judicium et justitiam (mot à mot, J'ai fait le jugement et la justice) : Dans mes jugements, je n'ai point méprisé le pauvre, je n'ai point opprimé la veuve, je n'ai point fait acception de la personne du riche ; dans toutes mes œuvres, enfin, j'ai observé la justice. Le but qu'on doit se proposer dans les jugements qu'on porte, c'est de rendre justice à chacun. L'un a pour objet le maintien de la vérité, l'autre l'observation d'une exacte équité : toutefois l'une de ces vertus, pas plus que l'autre, n'est une vertu privée, mais ce sont deux vertus publiques. Car, quant aux autres vertus, telles que l'est pour une vierge celle de conserver son corps intact en le mettant à l'abri de tout commerce impur, et de remporter ainsi la palme de la chasteté dans un corps de boue en menant une vie semblable à celle des anges ; de telles vertus, quoique dignes des hommages publics, ont spécialement une utilité privée. De même être modeste et frugal, et garder la mesure d'une sobre économie, c'est mériter les éloges de tous, mais ce n'est encore se rendre utile qu'à soi-même. La force brille dans les combats, mais elle est comme éteinte au sein de la paix : nécessaire à l'occasion, l'objet des vœux de tous c'est qu'elle ne le soit jamais. Car on aime mieux en général n'être pas réduit à la nécessité de combattre, que de remporter p.222 fin p.223 début l'avantage de vaincre. Il n'y a que la justice qui, dans tous les temps, paraisse née pour les autres plutôt que pour elle-même, et dont l'objet journalier soit l'utilité publique et non son utilité privée, puisqu'elle sert les intérêts d'autrui aux dépens des siens propres, inutile à elle-même, objet des louanges de tous. "

13. Le même, Lib. de Paradiso, c. 3 : " Le quatrième fleuve est celui de l'Euphrate, mot qu'on pourrait rendre en langue d'origine latine par fécondité et abondance de fruits : caractère distinctif de la vertu de justice, qui, plus que toute autre, alimente la vie de l'âme. Car aucune vertu ne produit, à ce qu'il semble, de fruits plus abondants que l'équité ou la justice, qui, utile aux autres plus qu’à elle-même, néglige ses intérêts privés et les sacrifie à l'utilité commune. Plusieurs font venir ce nom d'Euphrate du verbe grec ???????????, qui veut dire se réjouir, parce qu'aucune vertu ne fait plus que la justice ou l'équité la joie de la société humaine.

Quant à la raison pour laquelle, tandis que l'écrivain sacré fait la description des pays que traversent les autres fleuves, il omet de décrier ceux que traverse l'Euphrate ; nous pensons que cela vient de ce que l'eau de ce dernier est, dit-on, une eau vivifiante, ou dont la propriété est d'entretenir et d'augmenter les forces vitales, ce qui fait que les sages hébreux et assyriens ont appelé ce fleuve Auxen. Or, l'eau des autres fleuves a, dit-on encore, une qualité toute différente. Une autre raison, c'est que, tandis que la prudence a pour compagne inséparable une certaine malice, la force la passion de la colère, et que la tempérance ne saurait guère se passer de l'intempérance (Saint Ambroise veut dire sans doute que quelque tempérance et quelque sobre qu'on soit, il faut bien pourtant manger et boire pour qu’on puisse vivre) même ou de quelque autre imperfection, la justice est la vertu qui établit la concorde entre toutes les autres ; et c'est pour cela qu'on ne nomme pas les lieux particuliers que traverse le fleuve qui la représente, parce qu'elle embrasse tous les lieux à la fois, c'est-à-dire toutes les vertus, dont elle est la mère plutôt que la sœur, et qu'elle enfante plus encore qu'elle ne s'adjoint à elles. "

14. S. AUGUSTIN, De doctrinâ christianâ, lib. IV, c. 18 : " Dans ce que nous avons à traiter et à dire au peuple, surtout quand nous le disons du haut de la tribune sacrée, comme nous devons le rapporter non à la vie du temps, mais il celle de l'éternité, ainsi qu'aux moyens d'éviter la mort éternelle, il n'y a rien qui ne soit important et grave. Il n'y a pas jusqu'aux questions p.223 fin p.224 début relatives l’acquisition ou à la perte de biens temporels, considérables ou non, qui n'aient leur importance et leur gravité dans la bouche de l'orateur ecclésiastique.

Car dans l'administration des biens les plus modiques, il y a une justice à observer qui n'est pas de peu de prix, suivant ce qu'a dit le Sauveur : Celui qui est fidèle dans les petites choses le sera aussi dans les grandes (LUC, XVI, 10). Ainsi ce qui est petit est toujours petit ; mais être fidèle dans les petites choses, c'est quelque chose de grand. La rondeur, qui consiste en ce que toutes les lignes qui vont du centre à la circonférence soient égales, est toujours la même dans un petit cercle comme dans un grand ; de même la justice dans ses moindres œuvres ne perd rien de sa grandeur. " " Voici comme l'Apôtre parle des jugements séculiers qui ne regardaient assurément que les biens et les richesses du siècle : Comment se trouve-t-il quelqu'un parmi vous qui, ayant un différent avec son frère ose l'appeler en jugement devant les méchants et les infidèles, et non pas devant les saints ? Ne savez-vous pas que les saints doivent un jour juger le monde, etc. (I Cor., VI, 1, 9) ? Pourquoi l’Apôtre est-il donc tant indigné ? Pourquoi tant de réprimandes, tant de reproches, tant de véhémence, tant de menaces ? Pourquoi montre-t-il par le ton impétueux et brusque de son langage les mouvements dont son cœur est transporté ? Pourquoi enfin parle-t-il d'aussi petites choses en des termes si sévères ? Est-ce donc que les affaires séculières l'intéressent si fort ? A Dieu ne plaise ; mais il en use ainsi pour les intérêts de la justice, de la charité, de la piété, qui, aux yeux d'une raison éclairée, ne perdent rien de leur importance et de leur grandeur dans les affaires les plus petites et les plus frivoles (Cf. Les livres de la doctrine chrétienne de saint Augustin, pag. 295-296).

"

15. S. LEON-LE-GRAND, Serm. VI de jejunio decimi mensis

: " C'est une avarice injuste et outrée de tromper sous prétexte de faire plaisir ; mais il y a de l'imprudence à se confier plus à la parole d'un homme qui ne promet qu'en tremblant, qu'aux promesses de Dieu qui ne peut jamais tromper. Un homme qui croit les biens présents plus solides et plus assurés que ceux de l'avenir, en voulant faire des gains injustes, fait souvent des pertes qu'il n'a que trop méritées. "

p.224 fin p.225 début " De quelque manière donc que les choses tournent, un usurier a toujours tort : soit que son fonds croisse, soit qu'il diminue, il ne peut être exempt de péché ; ou il devient malheureux en perdant ce qu'il a prêté ou il est coupable en recevant ce qu'il n'a pas donné. Il faut se précautionner avec soin contre l'iniquité de l'usure, et ne pas chercher à faire des profits qui blessent l'humanité. C'est augmenter son bien par des voies injustes et funestes ; mais l'âme en souffre et dépérit : une usure criminelle est la mort de l'âme (Il y a dans le texte : Fœnus pecuniæ funus est animæ ; jeu de mot impossible à imiter dans notre langue). Le Prophète nous fait connaître quels sont les sentiments de Dieu à l'égard de ces personnes. Après avoir interrogé le Seigneur en ces termes : Qui est-ce qui sera assez heureux pour demeurer dans votre tabernacle, ou pour se reposer sur votre sainte montagne (Ps. XIV, 1) ? Il entendit cette réponse de la bouche de la vérité éternelle : C'est celui qui ne prête point à usure. Au contraire, celui qui fait des gains injustes, et qui exige des usures excessives pour l'argent qu'il a prêté, sera exclu du tabernacle de Dieu et n'approchera point de la sainte montagne : s'il veut s'enrichir aux dépens d'autrui et par l'appauvrissement des autres, il mérite d'être condamné à une indigence éternelle (Cf. Sermons de saint Léon, p. 71-72). "

16. S. BERNARD, Epist. CCCXXII ad episcopum, clerum et populum Spirensem : " Nous gémissons de voir en certains pays, à défaut de juifs, des chrétiens judaïser, et d'une manière plus criminelle encore que les juifs, par les usures qu'ils exercent, et qui font d'eux bien moins des chrétiens que des juifs baptisés. "

17. S. AMBROISE, lib de Tobiâ, c. 14 : "

Ce n'est pas un mal nouveau, ni un mal passager, que celui que défend ici l'ancienne loi de Dieu. Le peuple qui avait dépouillé l'Egypte, qui avait traversé toute une mer à pied sec, est averti d'éviter les naufrages que lui ferait essuyer la pratique de l'usure. Et tandis qu'il est prémuni contre les autres péchés par un simple avertissement, ou seulement par quelques-uns, le grand législateur s'applique à lui inculquer à plusieurs reprises l'interdiction de l'usure. Voici ce que nous lisons dans l'Exode (Saint Ambroise s'est servi d'une version latine qui sans aucun doute différait beaucoup ici de la Vulgate. Voici le texte qu'il rapporte, et qu'on pourra confronter avec celui que tout le monde a entre les mains : Qu d si pecuniam fæneraveris pupille, orphano, pauperi apud te non suffocabis eum, non impones ei usuram) : " Si vous prêtez de l'argent au p.225 fin p.226 début

pupille, à l’orphelin, au, pauvre qui est chez vous, vous ne l’étranglerez pas, et vous ne lui imposerez point d'usures à vous payer (Exod., XXII, 22,25). L'écrivain sacré explique aussitôt ce qu'il faut entendre ici par étrangler : c'est imposer des usures, dit-il. Car un usurier étrangle son débiteur (Je rends par débiteur le mot creditoris que je lis ici. C'est que le sens le veut, à moins que saint Ambroise n'appelle à dessein celui qui paie l'intérêt de créancier de celui qui l'a exigé de lui, et qui l'ayant fait sans droit de le faire, est devenu dès-lors le débiteur de son débiteur même), ou, ce qu'il y a de pire, son âme. Terme expressif, qui marque bien, et la violence dont use le créancier, et la triste façon dont il fait mourir sa victime. Si votre prochain vous a donné son habit pour gage, poursuit le texte sacré, vous le lui rendrez avant que le soleil soit couché. Car c'est le seul habit qu'il ait pour se vêtir, c'est celui dont il se sert pour couvrir son corps ; il n'en a point d'autre pour mettre sur lui quand il dort : s'il crie vers moi, je l'exaucerai, parce que je suis bon et compatissant (Exod., XXII, 26-27). Usuriers, avez-vous entendu ce que dit la loi, cette loi dont Notre-Seigneur a déclaré qu'il n’était pas venu la détruire, mais l'accomplir (MATTH., V, 17) ? Et cette loi que Noire-Seigneur n'a pas voulu détruire c'est vous qui la détruisez. Demander l'usure de ce qu'on a prêté, c'est, vous dit cette loi, étrangler son débiteur. Cette vérité a été reconnue, quoique tard, par quelques sages de la gentilité même. " Qu'est-ce que prêter à usure, a dit l'un d'eux ? C'est donner la mort à son semblable. " Mais à coup sûr Caton n'est pas plus ancien que Moïse qui a écrit la loi : au contraire, il lui est postérieur de bien des siècles. Nous lisons aussi dans le Deutéronome : Vous n'exigerez de votre frère ni intérêt d'argent, ni intérêt d'aliments, ou de quelque autre chose que ce soit. Si vous prêtez à un étranger, vous exigerez de lui qu'il vous en paie l'usure, mais vous ne l'exigerez point de votre frère (Deut., XXIII, 19-20, traduit d'après la version italique ou celle dont se servait saint Ambroise). Voyez, pesez attentivement toute la force de ces paroles. N'exigez point d'usure de votre frère, vous dit le texte sacré, c'est-à-dire, de celui avec qui tout doit vous être commun ; et c'est de celui-là même que vous retirez des usures ? Votre frère, c'est quiconque a la même nature que vous et est héritier de la même grâce (de la rédemption) que vous. N'exigez pas plus que le remboursement du capital de celui qui c'est déjà une dureté que de redemander le capital même, à moins qu'il n'ait de quoi vous l'acquitter. "

" Plusieurs, éludant les prescriptions de la loi, quand ils prêtent p.226 fin p.227 début de l’argent à des commerçants en exigent non de l'argent pour intérêt, mais des marchandises qui leur en tiennent lieu. Que ceux-là fassent donc bien attention à cette clause de la loi : Vous ne recevrez d'intérêt ni d’aliments, ni de quelque autre chose que ce soit que vous ayez prêté à votre frère. C'est là frauder la loi, ou la circonvenir, mais non l'observer. Et vous croyez faire une bonne action, parce que c'est d'un commerçant que vous recevez cette usure comme à titre de prêt ? Mais quoi ? Vous l'obligez à surfaire le prix de ses marchandises, pour qu'il puisse vous acquitter cette usure. C'est donc vous qui êtes l'auteur de cette fraude ; vous en devenez le complice ; vous faites votre profit de ce qu'il a extorqué par fraude. C'est une usure que d'exiger plus que ce qu'on a prêté, n'importe que ce surplus consiste dans des aliments ou dans des vêtements. Quelque nom que vous lui donniez, c'est une usure. Si la chose est permise, que ne lui donnez-vous son nom ? Si elle est défendue, pourquoi cherchez-vous un prétexte ? Pourquoi demandez-vous à retirer un profit qui vous est interdit par la loi ? "

18. Ibidem, c. 15 : " Vous direz peut-être qu'il est écrit aussi : Vous prêterez à usure aux étrangers ; et vous ne considérez pas ce que dit l'Evangile, qui doit servir à compléter la loi ancienne. Mais pour le moment, faisons abstraction de l’Evangile. Examinez les termes même de la loi : Vous ne prêterez point, dit-elle, à usure à votre frère, mais vous l'exigerez de l’étranger. Quels étaient ces étrangers à l'égard du peuple de Dieu, sinon l’Amalécite, l’Amorrhéen et d'autres ennemis semblables ? Par rapport à ceux-là, dit la loi, exigez l'usure. Celui à qui vous avez raison de vouloir nuire, à qui vous déclarez justement la guerre, c'est à son égard que l'usure est permise ; c'est à son égard qu'elle devient légitime. Vous pouvez exiger l'usure de celui que vous pourriez même tuer sans crime. Là où l'on a droit de porter la guerre, on a droit aussi d'exercer l'usure. Mais ceux que vous devez comprendre sous le nom de frères sont premièrement tous ceux qui vous sont unis par la foi, et ensuite tous ceux qui sont membres du même Etat que vous. Je ferai connaître votre nom à mes frères, je publierai vos louanges au milieu de l’assemblée (Ps. XXI, 23). Enfin, dans le Lévitique, la loi défend aussi de rien exiger de son frère à titre d'usure. Car en voici le texte : Votre frère vivra avec vous ; vous ne lui donnerez point votre argent à usure ; vous ne lui donnerez pas non plus de vos aliments pour en recevoir davantage (Lévit., XXV, 35-36, suivant la version parti p.227 fin p.228 début culière que suivait saint Ambroise). Cette loi de Dieu exclut donc généralement tout surplus ajouté au capital. De là vient que David appelle béni de Dieu, et digne de la demeure céleste, celui qui ne donne point son argent à usure. Pourquoi donc à une telle bénédiction préférez-vous la malédiction de Dieu ? Car il ne dépend que de vous d'être béni de Dieu, comme il ne dépend que de vous d'être justes. L'homme juste, selon le prophète Ezéchiel, c'est celui qui rend à son débiteur le gage que celui-ci lui avait donné qui ne prend rien par violence du bien d'autrui ; qui ne prête point à usure, et ne reçoit rien de plus que ce qu'i la donné ; qui détourne sa main de l'iniquité (EZECH., XVIII, 7 et suiv.), etc. : Celui-là est juste, continue le Prophète, et il vivra très-certainement dit le Seigneur. Mais celui qui ne rend pas le gage qu'on lui a donné, qui lève ses yeux vers les idoles ; qui commet l'iniquité, qui donne à usure et reçoit plus qu'il n'a prêté, celui-là ne vivra pas, mais il mourra pour toutes les iniquités qu'il aura commises, et son sang demeurera sur sa tête. " " Voyez comment il associe l'usurier avec l'idolâtre, comme s'il voulait égaler le crime de l'un à celui de l'autre. "

19. S. JEREMIE, in caput XVIII Ezechielis : " Le

Prophète compte pour la douzième des vertus d'un père (qui ne seront imputés au fils qu'autant qu'il s'en fera l'imitateur) celle de ne pas prêter à usure : Et qui n'aura point prêté à usure ; ou, comme les Septante ont traduit ce passage, Qui n'aura point donné son argent à usure. Dans l'hébreux se trouve ainsi toute espèce d'usure ; et dans les Septante, l'usure de l'argent seulement. C'est de la même manière que nous lisons au psaume XIV : Qui n'a point donné son argent à usure.

Eh ! comment est-il dit dans la loi : Vous ne prêterez point à usure à votre frère mais vous le ferez aux étrangers ? Mais remarquez ici le progrès de la loi divine. Dans le principe de la loi donnée, l'usure est interdite seulement entre frères ; plus tard, dans les écrits du prophète elle l'est à l'égard de tous : Celui, dit Ezéchiel, qui n'a point prêté son argent à usure. Dans l'Evangile enfin, Notre-Seigneur nous explique ce même devoir dans toute sa perfection, lorsqu'il dit : Prêtez à ceux de qui vous n'espérer rien recevoir (LUC, VI, 38). "

" Le Prophète compte ensuite pour treizième vertu celle de ne rien recevoir au-delà du capital : Et qui n’aura pas reçu plus qu'il n'aura prêté. Quelques-uns s'imaginent qu'il n'y a usure que dans l'argent qu'on reçoit. Pour les guérir de cette erreur, la sainte Ecriture interdit généralement tout ce qui dépasse le ca- p.228 fin p.229 début pital, obligeant à ne recevoir rien de plus que ce qu'on a donné. Il est assez commun parmi les gens de campagne d'exiger l'intérêt du froment, du mil, du vin et de l'huile, ou de tout autre fruit de la terre qu'ils ont prêté, et c'est cet intérêt que l’Ecriture appelle du nom de surabondance, superabundantiam. Par exemple, on prêtera en hiver dix mesures de grain, et au temps de la moisson on en recevra quinze, c'est-à-dire la moitié de plus. Ceux qui se croient les plus raisonnables se contentent d'un quart en sus, et voici comment ils raisonnent : J'ai donné une mesure qui, ayant été semée en a rapporté dix. N'est-il pas juste que je reçoive une demi-mesure en plus de ce que j'ai donné puisque, grâce au service que je lui ai rendu, il lui restera encore neuf fois et demie autant que ce qu'il avait reçu de moi ? Ne vous abusez pas, vous crie l’Apôtre, on ne se moque pas de Dieu (Gal., VI, 7). Car, que ce miséricordieux prêteur veuille bien nous répondre, et nous dire s'il a prêté à celui qui avait, ou s'il l'a fait à celui qui n'avait pas. Si c'est à celui qui avait déjà, il ne le devait pas faire certainement ; s'il lui a prêté c'est donc qu'il l'a considéré comme n'ayant pas. Pourquoi donc exige-t-il de lui davantage, comme de celui qui aurait eu d'avance ? D'autres, en retour de ce qu'ils ont prêté ont coutume de recevoir divers cadeaux, et ils ne veulent pas comprendre qu'il y a intérêt usuraire, quelle que soit la chose qu'ils reçoivent au-delà de ce qu'ils ont prêté. "

20. Le concile de Latran (troisième œcuménique de ce nom) tenu (l'an 1179) sous Alexandre III, part. I, c. 25 : " Comme le crime de l'usure s'est tellement répandu presque partout, que bien des gens, abandonnant tout autre commerce, se croient permis d'exercer l'usure, sans faire attention à la condamnation qui en est faite dans les deux Testaments, nous ordonnons en conséquence que les usuriers notoires ne seront admis ni à la communion de leur vivant, ni à la sépulture chrétienne après leur mort, s'ils meurent dans cet état de péché. On ne devra pas non plus accepter leurs oblations. Celui qui en aura reçu ou qui leur aura donné la sépulture chrétienne, sera condamné à rendre ce qu'il aura reçu et de plus sera suspendu des fonctions de sa charge, jusqu’à ce qu'il ait satisfait au gré de son évêque (On peut voir d'autres condamnations portées contre l'usure dans le Sexte et dans les Clémentines). " p.329 fin p.330 début

Question V

En quels termes l’Eglise nous recommande-t-elle la tempérance ?

L'Eglise, pour nous fournir les moyens d'éviter l'intempérance, nous prescrit de ne point chercher à contenter notre sensualité en satisfaisant à ses désirs et de ne point laisser nos cœurs s'appesantir par l'excès des viandes et du vin. Elle nous exhorte d'ailleurs à la pratique de la tempérance, lorsqu'elle demande de nous que nous soyons sobres et vigilants, c'est-à-dire que nous nous adonnions aux veilles et à la prière pour ne point donner entrée à Satan dans nos cœurs. L'Ecclésiastique nous donne en conséquence cet avis : Usez comme un homme tempérant de ce qui vous est servi, de peur que vous ne vous rendiez odieux en mangeant beaucoup. Le même écrivain n'omet pas non plus de nous détourner de l'ivresse : Le vin bu avec excès, dit-il, produit la colère et l'emportement, et attire de grandes ruines. Bien plus, comme il le dit encore : Le vin et les femmes font tomber les sages mêmes. C'est pourquoi il nous recommande aussi en ces termes la modération dans l'usage du vin : Le vin pris modérément est la joie de l'âme et du cœur. La tempérance dans le boire est la santé de l'âme et du corps. C'est pour cela encore que nous lisons ailleurs : Heureuse la terre dont les princes ne mangent qu'à l'heure qu'il faut, en vue de se nourrir, et non pour satisfaire la sensualité. L'homme sobre prolonge ses jours. "

Mais cette vertu de tempérance s'étend à d'autres choses encore qu’à l'usage modéré du boire et du manger. Saint Jean-Baptiste, entre tous les autres saints, s'est montré sous tous rapports un modèle de tempérance, d'abstinence et de continence enfin, en prenant ces mots dans leur sens le plus général, lorsqu'il s'est retranché toute superfluité dans la nourriture et le vêtement, se condamnant lui-même à passer sa vie dans les déserts et donnant l'exemple de la frugalité la plus rigoureuse.

p.230 fin p.231 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Romains, XIII, 13-14 : " Conduisons-nous avec bienséance et honnêteté en faisant toutes nos actions comme au grand jour. Ne vous permettez ni excès de viandes, ni excès de vin, ni impudicité, ni dissolutions, ni querelles, ni envieuses rivalités ; - Mais revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ et ne cherchez point à contenter les désirs déréglés de la chair. "

2. I PIERRE, II, 11 : " Je vous exhorte, mes bien-aimés, à vous abstenir, comme étant étrangers et voyageurs en ce monde, des désirs charnels qui combattent contre l'esprit. "

3. Galates, V, 16-17 : " Or, je vous dis : Conduisez-vous selon l'esprit de Dieu, et vous n'accomplirez point les désirs de la chair : - Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit, et l'esprit en a de contraires à ceux de la chair ; ils sont opposés l'un à l'autre, de sorte que vous ne faites pas toujours les choses que vous voudriez. "

4. I Corinthiens, IX, 25-27 : " Or, tous les athlètes gardent en toutes choses une exacte tempérance : et cependant ce n'est que pour gagner une couronne corruptible, au lieu que nous en attendons une incorruptible. - Moi donc, je cours, et je ne cours pas au hasard ; je combats, et les coups que je porte, je ne les porte pas en l'air ; mais je traite rudement mon corps, et le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même. "

5. LUC, XXI, 34-36 : " Prenez donc garde à vous, de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès des viandes et du vin, et par les soins trop occupants de cette vie, et que ce jour ne vienne tout d'un coup vous surprendre ; - car il enveloppera, comme un filet, tous ceux qui habitent sur la face de la terre. - Veillez donc, et priez en tout temps, afin que vous soyez trouvés dignes d'éviter tous ces maux qui doivent arriver, et de paraître avec confiance devant le Fils de l'homme. " p.231 fin p.232 début

6. I PIERRE, V, 8-9 : " Soyez sobres et veillez, parce que le démon votre ennemi tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant quelqu'un qu'il puisse dévorer. Résistez-lui donc, en demeurant fermes dans la foi. "

7. I Thessaloniciens, V, 5-8 : " Vous êtes tous des enfants de lumière et des enfants du jour ; nous ne sommes point enfants de la nuit ni des ténèbres. - Ne nous laissons donc point aller au sommeil comme les autres, mais veillons et gardons-nous de tout excès. - Car ceux qui dorment, c'est durant la nuit qu'ils dorment ; et ceux qui s'enivrent, c'est durant la nuit qu'ils s'enivrent. - Mais nous qui sommes enfants du jour, gardons nous de cet assoupissement et de cette ivresse, et armons-nous en prenant pour cuirasse la foi et la charité et pour casque l'espérance du salut. "

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