Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 162)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

87. Id., III, 5, 11-12, 21 : " Celui qui sera victorieux sera ainsi vêtu de blanc ; et je n'effacerai point son nom du livre de vie, et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges. - Je viendrai bientôt ; conserve ce que tu as, de peur que quelque autre ne remporte ta couronne. - Quiconque sera victorieux, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu ; il n'en sortira plus, et je graverai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel, venant de mon Dieu, et je graverai sur lui mon nom nouveau. - Celui qui sera victorieux, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi, qui ai vaincu, je me suis assis moi-même avec mon Père sur son trône. "

88. Proverbes, IV, 27 (comme dans le corps de la réponse).

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION. l. S. BERNARD, epist. CXXIX ad Januenses : " Que nous reste-t-il maintenant à faire, mes bien-aimés, que de vous exhorter à la persévérance, qui seule mérite aux hommes la vraie gloire, et la couronne à leurs vertus ? Car sans la persévérance, celui qui combat ne peut être vainqueur, et le vainqueur lui-même ne reçoit point le prix de la victoire. Elle entretient les forces, elle p.257 fin p.258 début perfectionne les vertus, elle nourrit le mérite, elle obtient la récompense ; elle est la sœur de la constance, la fille de la patience, l'amie de la paix, le nœud des amitiés, l'union des cœurs, le rempart de la sainteté. Otez la persévérance, les services ne méritent plus de salaire, ni les bienfaits de reconnaissance, ni la valeur de louanges. En un mot, ce ne sera pas celui qui aura commencé mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin qui sera sauvé. Tant que Saül est petit à ses propres yeux, il règne sur Israël ; mais aussitôt qu'il se désiste de son humilité, il perd le royaume et la vie. Si la prudence de Samson et la piété de Salomon eussent été accompagnées de persévérance, l'un n'aurait pas perdu ses forces, ni l'autre sa sagesse. Je vous recommande et vous conjure de conserver inviolablement ce témoignage de l'honneur véritable, ce dépositaire unique et fidèle de toute la probité (Cf. Les Lettres de saint Bernard, traduites par Villefore, t. Ier, pag. 459-460). "

2. S. PROSPER, lib III de Vitâ contemplativâ, c. 20 : " On doit entendre par la force d'âme dont nous parlons, celle non-seulement qui demeure inébranlable au milieu de toutes les traverses, mais encore qui résiste à tous les attraits des voluptés. Car autrement, si après avoir conjuré tous les orages, bravé toutes les tempêtes, surmonté tous les écueils face à tous les malheurs, supporté toutes les injures, triomphé de toutes les haines, résisté à toutes les persécutions, elle s'attribue à elle-même le mérite de sa constance, au lieu d'en rapporter à Dieu la gloire ; si elle prend un vain plaisir à se voir applaudie du peuple ; si elle se réjouie plutôt des éloges qu'elle reçoit que de ce qui les lui a mérités, et qu'ainsi elle préfère la louange des hommes aux dons de Dieu lui-même, qui peut douter qu'une telle disposition d'esprit ne mérite pas le nom de vertu ? Car si c'en était une véritable, elle résisterait fortement aussi a de telles séductions et après être sortie heureusement, avec la grâce de Dieu, des épreuves les plus pénibles, elle ne se laisserait pas vaincre par de perfides louanges. Il est des hommes, en effet, que leur cupidité même rend invincibles à toutes les disgrâces, et dont la patience mérite moins notre éloge que leur ténacité notre étonnement. Mais ceux au contraire que l'amour de Dieu rend forts contre les souffrances, ne se laissent corrompre ni par les attraits de la chair, ni par les séductions de l'esprit : car si le mérite de p.258 fin p.259 début la patience consiste bien moins dans ce que l'on souffre que dans le motif pour lequel on le fait, la patience n'est véritable que dans ceux qui, non contents de souffrir sans se laisser abattre, le font avec courage par amour pour la justice. Enfin Notre-Seigneur n'a pas dit simplement, Bienheureux ceux qui souffrent, mais il a dit : Bienheureux ceux qui souffrent pour la justice, pour nous faire voir à tous que ce qui constitue la vertu de patience, ce n'est pas ce qu'on souffre mais le sujet pour lequel on souffre ; et c'est pour cela que la béatitude est promise, non pas précisément à ceux qui endurent la persécution mais à ceux qui l'endurent pour la justice. S'il en est ainsi, la résistance à l'adversité n'est patience, à proprement parler, que lorsqu'elle est juste ; et la patience n'est juste que dans ceux dont la constance invincible triomphe également des chagrins et des douceurs de la vie. Mais cette force d'âme ne peut nous venir que de celui à qui nous disons avec le Prophète : Le Seigneur est ma force et ma gloire, et il est devenu mon salut (ISAIE, XII, 2). Il est notre force, parce qu'il nous rend invincibles à tous les vices, en sorte que nous ne nous laissions ni corrompre par la prospérité, ni abattre par l'adversité et il est notre gloire, si nous désirons qu'il soit glorifié au sujet des dons que nous recevons de lui, au lieu de nous servir de ses dons pour nous faire valoir nous-mêmes. Enfin, si nous reconnaissons que le Seigneur est notre salut, ce n'est pas à notre vertu que nous pourrons en attribuer le mérite. Que celui donc qui met sa force dans le Seigneur ne se laisse vaincre ni par les désirs charnels, ni par les voluptés, et qu'il se montre supérieur à l'ambition et à la gloire humaine.

Qu'il ne se fasse pas l'esclave de la passion de l'argent, qu'il ne se laisse pas abattre par les pertes et les souffrances. Que Dieu soit toute sa gloire, toute sa joie, toute son espérance, toute sa sécurité, toute sa ressource, toute sa force en un mot ; qu'au contraire tout lui déplaise en ce monde de ce qui flatte les âmes charnelles ; que tout lui paraisse vil de ce que le monde estime comme de prix ; que les choses de ce monde les plus éclatantes ne lui paraissent que boue en comparaison des biens à venir, et que les obstacles dont il a déjà triomphe avec la grâce de Dieu ne finissent pas par triompher de lui à leur tour : car il serait trop honteux d'être vaincu soi-même à la fin par des vices qu'on aurait vaincus dès on début dans la carrière, et il ne nous servirait de rien d'avoir remporté la victoire d'un côté, si par suite de notre négligence nous nous laissions vaincre d'un autre. Pour être p.259 fin p.260 début vraiment fort en effet, il ne suffit pas d'avoir fait briller son courage dans les périls et les dangers, d'avoir réprimé et dompté les voluptés ; mais pour mériter ce nom dans toute son étendue, pour être vraiment grand en ce point, il faut avoir su résister à tous les vices, ne s'être laissé dominer par aucun, et ne pas succomber à des tentations de lâcheté qui nous représenteraient comme impossible ce dont nous pourrions cependant venir à bout ; ne pas succomber non plus à une vaine présomption qui nous porterait à nous attribuer à nous-mêmes ce que nous ne pouvons qu'avec la grâce de Dieu ; parce que, soit que nous désespérions de la grâce de Dieu qui nous rendrait capables, soit que nous présumions de nous-mêmes et de notre pouvoir, dans un cas comme dans l'autre nous ne pourrons être forts contre le vice. Et assurément, la force d'âme exclut aussi bien le découragement de la lâcheté que la jactance de la présomption. "

3. S. AMBROISE, Lib. 1 officiorum, c. 33 : " Nous parlerons maintenant de la force, qui, plus noble que toutes les autres vertus, se rapporte ou à la vie militaire ou à la vie domestique. Mais l'étude de la vie militaire semble sortir de notre sujet, parce que nous nous occupons moins des fonctions du corps que de celles de l'esprit ; notre travail a pour but la paix plutôt que la guerre. Nos pères, comme Josué, Jérobaal, Samson, David, ont cependant cueilli des lauriers sur les champs de bataille. Ainsi la force est la plus noble des vertus ; mais jamais cette vertu ne marche seule. . . . . Le courage militaire n'est pas le seul qui mérite nos éloges ; nous devons aussi honorer le courage de ceux qui, animés de la foi, surent, par leur grande âme, fermer la gueule des lions, arrêter la violence du feu, échapper au tranchant du glaive, et sortir plus forts de l'état d’infirmité (Hébr., XI, 34) ; qui ne se faisaient pas entourer de légions ni ne remportaient de ces victoires dont la gloire se partage entre le général et ses soldats, mais qui, seuls avec leur vertu, ont triomphé de l'infidélité. Quelle gloire peut égaler celle de Daniel, qui, entouré de lions rugissants, ne pâlit même pas ? Les bêtes féroces frémissaient ; et lui, il mangeait sans se troubler. "

4. Ibidem, c. 36 : " Ainsi le courage tire tout son mérite moins de la force et de la vigueur corporelles que de la vertu, qui nous fait une loi, non de faire le mal, mais de le réprimer. En effet, celui qui, pouvant écarter un mal de son prochain, néglige de le faire, est aussi criminel que celui qui le lui fait endurer. . . "

" C'est avec raison qu'on donne le nom de courage ou de p.260 fin p.261 début force à la vertu par laquelle l'homme se vainc lui-même, maîtrise sa colère, ne se laisse émouvoir et séduire par aucun attrait, ne se laisse point abattre par l'adversité, ni enfler par la prospérité, ni entraîner par le courant des vicissitudes humaines. Qu'y a-t-il de plus grand, comme de plus noble, que de cultiver son esprit, de dompter et de maîtriser son corps, de le forcer d'obéir aux ordres, et de céder aux conseils de l'âme qui le gouverne, en sorte que, dans les travaux qu'il exécute, il ne fasse que remplir les desseins que celle-ci s'est proposés ? - C'est donc là le premier emploi de la vertu de force ; car la force d'âme peut se montrer en deux espèces de choses différente : 1 dans le mépris qu'on fait des biens extérieurs et corporels, les regardant comme superflus et comme plus dignes de dédain que d'ambition ; 2 dans la constance avec laquelle on recherche tout ce qui est vraiment grand, tout ce qui porte un caractère d'honnêteté et de convenance (??????). Est-il rien d'aussi beau que d'habituer notre cœur à n'estimer plus qu'il ne faut ni les richesses, ni les plaisirs, ni les honneurs, et à ne jamais nous y attacher exclusivement ? Quand votre cœur sera ainsi disposé, vous regarderez nécessairement le devoir et la vertu comme préférables à tout le reste ; vous vous y appliquerez assez fortement pour que tous les événements qui pourraient briser votre courage, comme la perte de votre patrimoine, une disgrâce de la fortune, ou les calomnies des infidèles, ne puissent vous affecter d'ma manière sensible. Ensuite, les dangers même auxquels serait exposée votre vie, ne vous feront point reculer devant l'accomplissement d'un devoir. Telle est la force d'âme d'un véritable athlète de Jésus-Christ qui ne recevra de couronnes qu'autant qu'il aura légitimement combattu (II Tim., II, 5). "

5. Ibidem, c. 37 : " Comme dans toutes nos entreprises nous devons chercher non-seulement ce qui est bien, mais aussi ce qui est praticable, pour ne pas nous exposer à entreprendre des choses que nous ne pourrions accomplir ; ainsi, dans le temps des persécutions, Dieu veut que nous nous retirions de ville en ville, et, pour dire le mot, que nous prenions la fuite ; il n'approuve pas que, par un désir même louable de la gloire du martyre, on s'expose témérairement à des dangers, auxquels la faiblesse de la chair ou la pusillanimité de l'esprit nous mettrait hors d'état de résister. "

6. Ibidem, c. 38 : " D'un autre côté, il ne faut pas que la p.261 fin p.262 début lâcheté porte personne à quitter son poste et à violer ses engagements par la crainte des maux dont on peut être menacé. Mais on doit s'armer de force, et opposer à tous les dangers une constance invincible, en sorte que l'âme ne puisse être ni troublée par aucune crainte, ni brisée par aucune infortune, ni vaincue par aucune souffrance. C'est là, je l'avoue, une perfection difficile à atteindre ; mais comme on consent à affronter tous les supplices pour éloigner le danger d'autres supplices encore plus grands, vous pourrez vous former à cette longanimité si c'est pour vous un plan arrêté de toujours écouter la voix de la raison, et de ne jamais vous écarter de votre devoir, en rappelant à votre esprit le jugement de Dieu et les supplices éternels que sa justice réserve aux réprouvés. "

7. Ibidem, c. 39 : " La force d'âme n'est donc pas une vertu médiocre ou tellement distincte des autres, qu'elle leur fasse la guerre ; mais c'est elle seule, au contraire, qui protège et défend les autres vertus, qui soutient les causes justes, qui lutte à outrance contre tous les vices, sans se laisser vaincre par la fatigue, ni effrayer par le danger, ni corrompre par le plaisir, ni séduire par la flatterie, a laquelle, bien loin d'y prêter l'oreille, elle ne daigne pas même attirer son attention ; n'ayant que du mépris pour l'argent, et fuyant l'avarice comme une peste mortelle à la vertu ; car rien n'est plus opposé à la force d'âme, que de se laisser vaincre par l'amour du gain. . . La force d'âme doit donc écarter et détruire ce détestable vice, et se montrer inaccessible à la cupidité comme à la crainte ; car le devoir de la vertu est de poursuivre avec force et courage la destruction de tous les vices qui pourraient l'empoisonner. Elle doit aussi, avec les armes qui lui sont propres, réprimer la colère qui nous ferait perdre la réflexion, et s'en garder comme d'une maladie. Elle doit également se mettre en garde contre l'amour de la gloire, qui souvent est funeste quand on la désire avec trop d'aideur, et l'est même toujours quand elle est usurpée. - Laquelle est-ce de ces vertus qui ait manqué au saint homme Job, ou lequel est-ce de ces vices qui ait souillé son cœur ? Avec quelle patience ne supporta-t-il pas les épreuves de la maladie, du froid et de la faim ? Quel mépris n'avait-il pas de la vie ? Etait-ce par rapine qu'il avait amassé ces richesses dont il aimait à secourir les indigents ? A-t-il jamais nourri dans son cœur l'avarice, l'amour du plaisir, ou toute autre passion ? Les injustes reproches que lui firent les trois rois, les insultes de ses propres serviteurs le p.262 fin p.263 début firent-ils entrer en colère ? Se laissait-il emporter par la vaine gloire, comme une bulle de savon que le vent emporte, lui qui appelait sur lui toute sorte de maux (Job, XXXI, 53), si jamais il avait caché ses fautes même involontaires, ou si jamais le respect humain l'avait empêché d'en faire la confession devant tout le monde ? Car les vertus n'ont point de sympathie avec les vices ; mais elles se soutiennent mutuellement elles-mêmes. Qui donc eut jamais autant de force d'âme que le saint homme Job ? Trouvera-t-on quelqu'un qui l'ait surpassé, tandis qu'il serait si difficile de trouver même son égal ? "

8. Ibidem, c. 40 et 41. Saint Ambroise rapporte ici plusieurs exemples, tiré des Livres saints, de la force à déployer, soit dans les combats, soit dans les adversités.

9. S. BERNARD, De consideratione, l. II, c. 40

: " Tenez-vous au milieu, si vous ne voulez pas sortir de la modération. Le milieu est en tout le plus sûr parti. C'est le siège de la modération ; et la modération, c'est la vertu même.

Tout ce qui sort des bornes de la modération est étranger au sage ; aussi ce dernier ne veut-il ni aller plus loin que la modération ne le lui commande, ni s'écarter à droite ou à gauche de ce qu'elle exige de lui, ni s'élever plus haut, ni s'arrêter plus bas qu'elle ne lui prescrit ; car aller plus loin, c'est de l'excès se tenir côté, c'est travers ; s'élever au-dessus, c'est orgueil ; rester en-dessous, c'est pusillanimité. Je m'explique ainsi, pour que vous n'ayez pas à m'opposer l'exhortation que nous fait l'Apôtre (Ephés., III, 18), d'essayer de comprendre avec tous les saints une tout autre espèce de longueur, de largeur, de hauteur et de profondeur, que celle dont je parle ici ; quant à cette autre espèce, je me réserve d'en parler ailleurs. Mais en ce moment, et pour la chose dont je parle, j'appelle excès de longueur, relativement au juste milieu ou se tient le sage, l'imprudence qu'on commettrait, par exemple, en se promettant une longue vie ; largeur, les soins superflus auxquels l'esprit pourrait se livrer ; hauteur, la sotte vanité qu'on aurait de présumer de soi-même ;

et profondeur, le découragement auquel on s'abandonne quelquefois. Celui-là donc qui se promet une longue vie n'excède-t-il pas-dans sa route, en poussant ses soins inquiets au-delà du terme que comporte son existence ? De là vient que, s'oubliant soi-même et s'exilant, pour ainsi dire, du présent, on se donne des soins inutiles pour un avenir qui ne viendra jamais, et dont, par conséquent, on ne pourra jamais disposer. De même celui p.263 fin p.264 début qui s'occupe de trop de choses à la fois, s'engage immanquablement dans mille sujets d'inquiétude ; ce trop d'occupations l'épuise et cet épuisement qu'il éprouve lui cause un déchirement intérieur. Quant à la présomption, que de ruines n'amène-t-elle pas à sa suite ! Vous avez lu sans doute cette sentence du Sage (Prov., XVI, 16), que l'orgueil précède la ruine de l'âme, et que l'esprit s'élève avant la chute. Que, d'un autre côté, on se laisse abattre par le découragement, cette pusillanimité ne jette-t-elle, pas bientôt dans l'abîme du désespoir ? "

" Une âme forte saura éviter ce dernier défaut. L'homme prudent ne se laissera point séduire par l'espoir incertain d'une longue vie. L'homme tempérant restreindra ses occupations, et s'abstiendra de tous soins superflus, ce qui ne l'empêchera pas de déployer son zèle toutes les fois qu'il sera à propos. L'homme juste enfin ne présumera point de lui-même, mais il dira avec ce juste des anciens temps (Job, X, 15) : Si je suis juste, je ne lèverai point la tête.

"

" Il faut donc vous conduire avec précaution dans cette considération de vous-même, tenir en tout la balance égale, ne vous rien attribuer de ce qui ne vous appartient pas, ne rien abandonner de ce doit vous appartenir. "

CHAPITRE III. DES DONS ET DES FRUITS DE L’ESPRIT-SAINT.

Question I

Combien y a-t-il de dons du Saint-Esprit ? Nous en trouvons sept nommés dans le prophète Isaïe et dans les Pères de l'Eglise, savoir : l'esprit de sagesse, l'esprit d'intelligence, l'esprit de conseil, l'esprit de force, l'esprit de science, l'esprit de piété, et enfin l'esprit de la crainte du Seigneur. Ces sept dons ou ces sept esprits, si l'on peut ainsi parler, ont paru en Notre-Seigneur Jésus-Christ plus parfaitement qu'en aucune créature. Car c'est lui véritablement qui est plein de grâce et de vérité ; en lui réside substantiellement la divinité dans sa plénitude. C'est de sa plénitude que nous avons reçu, tous tant que nous p.264 fin p.265 début sommes, et c'est lui qui nous a donné part aux dons à l'Esprit-Saint. Enfin, comme nous le dit l’Apôtre, si quelqu'un n’a pas l’esprit de Jésus-Christ, il n'est point du nombre des siens.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. ISAIE, XI, 1-3 : " Il naîtra un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur sortira de sa racine. - L'Esprit du Seigneur se reposera sur lui, Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de science et de piété ; - et il sera rempli de l'Esprit de la crainte du Seigneur. "

2. JEAN, I, 14 : " Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous ; et nous avons vu sa gloire, sa gloire, dis-je, telle qu'elle convient au Fils unique du Père plein de grâce et de Vérité. "

3. Colossiens, II, 8-9 : " Prenez garde que personne ne vous ravisse votre foi par la philosophie et par des raisonnements vains et trompeurs, qui ne sont fondés que sur les traditions des hommes, et sur les principes d'une science mondaine, et non sur la doctrine de Jésus-Christ. - Car c'est en lui que la plénitude de la divinité habite corporellement. "

4. JEAN, I, 16-17 : " Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce. - Car la loi a été donnée par Moïse mais la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ. "

5. I JEAN, IV, 43 : " Ce qui nous fait connaître que nous demeurons en lui, et lui en nous, c'est qu'il nous a rendus participants de son esprit. "

1. S. JEROME, in caput XI Isaiæ prophetæ

: " C'est sur cette fleur (Jésus-Christ) sortie tout-à-coup du tronc et de la racine de Jessé par la vierge Marie, que l'esprit du Seigneur reposera, parce qu'il a plu au Père que toute la plénitude de la divinité p.265 fin p.266 début résidât substantiellement en lui, non partiellement, comme dans les autres saints, mais, comme le porte l’Evangile hébreu suivi par les Nazaréens. Toute la plénitude de l’Esprit-Saint (" Omnis fons Spiritus Sancti. " Il ne nous a pas été possible de rendre plus littéralement ces mots de la traduction de saint Jérôme, à moins qu'on n'aime mieux traduire de cette autre manière : Toute l'eau spirituelle dont l'Esprit-Saint est la source ; ce qui nous servirait à expliquer le témoignage de saint Ambroise, qui va être rapporte plus bas, à la suite de celui-ci) descendra sur lui. Or cet esprit, c'est le Seigneur ; et là où est l'esprit du Seigneur, là est aussi la liberté.

Nous lisons dans le même Evangile de saint Matthieu, à la suite de ces première paroles : Voici mon serviteur que j'ai élu, mon bien-aimé dans lequel j'ai mis toute mon affection : je ferai reposer mon esprit sur lui, et il annoncera la justice aux nations (MATTH., XII, 18) ; nous lisons, dis-je, ces paroles appliquées au Sauveur, à celui sur qui l'esprit du Seigneur s'est reposé, c'est-à-dire, en qui il a fixé sa demeure pour toujours ;

non pour s'envoler et puis redescendre, mais pour demeurer perpétuellement, suivant le témoignage de Jean-Baptiste, qui a dit : J’ai vu le Saint- Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Pour moi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : Celui sur qui vous verrez descendre et demeurer le Saint- Esprit, est celui qui baptise dans le Saint-Esprit (JEAN, I, 32-34). Or, dans l’Evangile déjà cité, nous trouvons ces mots : " Il arriva qu'après que Jésus fut sorti de l'eau, toute la plénitude de l'Esprit-Saint descendit et se reposa sur lui, et lui dit : Mon fils, j'attendais dans tous les prophètes que tu vinsses, pour que je reposasse sur toi. Car tu es mon repos ; tu es mon fils premier-né qui règne éternellement. "

Le même qui est appelé l'Esprit du Seigneur est appelé aussi l'Esprit de sagesse : car toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. Nous lisons aussi dans les Psaumes : Que vos œuvres sont grandes et excellentes, Seigneur ! Vous avez fait toutes choses avec une souveraine sagesse (Ps. CIII, 24). L'Apôtre de son côté appelle Jésus-Christ la vertu et la sagesse de Dieu (I Cor., I, 50). Et on lit dans les Proverbes : Le Seigneur a fondé la terre par sa sagesse, il a établi les cieux par son intelligence (Prov., III, 19). Et de même que c'est un même Verbe de Dieu qui est appelé lumière, vie et résurrection, ainsi c'est un même Esprit qui est appelé esprit de sagesse, d'intelligence, de conseil, de force, de science, de piété et de crainte de Dieu : non p.266 fin p.267 début que ce soient autant d'esprits différents qu'il y a ici de noms énumérés, mais c'est que le même Esprit est la source et le principe de toutes les vertus. Sans Jésus-Christ par conséquent, personne ne peut être ni sage, ni intelligent, ni habile à donner conseil, ni doué de force ou de science, ni pieux, ni craignant Dieu. Observons aussi que tous ces noms énumérés forme le nombre sept ; ce qui rappelle les sept yeux gravés sur la pierre que voyait Zacharie (ZACH., III, 9) ; et que ces sept yeux ou ces sept dons reposent sur le rejeton et sur la fleur sortie de la tige de Jessé la même que celle de David ; ensuite, que c'est particulièrement l'esprit de la crainte du Seigneur qui a dû remplir ce rejeton ou cette fleur, à cause de ceux qui, étant encore enfants, ont besoin d'être conduits par la crainte ; mais plus tard, cette crainte sera chassé par la charité parfaite. Car la crainte est accompagnée de peine, et celui qui craint n'est point parfait dans la charité (I JEAN, IV, 48). De là vient que l'Apôtre dit aux fidèles : vous n'avez point reçu l'esprit de servitude pour vous conduire encore par la crainte, mais vous avez reçu l'esprit d'adoption par lequel nous crions : Mon père, mon père (Rom., VIII, 15). Et nous lisons dans Malachie : Si je suis votre père, où est l'honneur que vous me rendez ? et si je suis votre Seigneur, où est la crainte respectueuse que vous me devez (MALACH., I, 6) ? C'est encore de cette crainte qu'il est dit dans un psaume : Venez, mes enfants, écoutez-moi je vous enseignerai la crainte du Seigneur (Ps. XXXIII, 12). "

2. S. AMBROISE, lib. I de Spiritu sancto, c. 20

: " Qu'on sache que l'Esprit-Saint est appelé du nom d'eau, et même de celui de fleuve, selon ce qui est écrit : Des fleuves d'eau vive sortiront de son cœur. Or, il disait cela de l'Esprit-Saint que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui (JEAN, VII, 38). Donc l'Esprit-Saint est un fleuve, et un très-grand fleuve qui, comme le dit l’Evangile des Hébreux, a coulé de Jésus sur la terre, ainsi qu'il est d'ailleurs annoncé dans plusieurs endroits des prophéties d'Isaïe : fleuve immense qui coule toujours et ne tarit jamais. Et ce n'est pas seulement un fleuve, mais c'est de plus toute une mer débordée selon ce qu'a dit David, qu'un fleuve réjouit la cité de Dieu par l'abondance de ses eaux rapides (Ps. XLV, 5). Car cette cité de Dieu ou cette Jérusalem dont parle le Prophète n'a pas pour l'arroser un fleuve de la nature de ceux que nous connaissons ; mais elle a pour désaltérer ses habitants l'Esprit-Saint, cette source de vie, qui coule par ses sept canaux, ou par ses sept p.267 fin p.268 début dons, parmi les chœurs des esprits célestes, des trônes, des dominations, des puissances, des anges et des archanges, et dont ici-bas quelques faibles ruisseaux suffisent pour étancher notre soif spirituelle. Car si un fleuve déborde quand ses eaux s'élèvent plus haut que ses rives, à combien plus forte raison l'Esprit-Saint, qui surpasse toute créature, doit-il, je ne dis pas seulement se répandre avec abondance dans nos âmes comme un fleuve qui couvre son lit de ses eaux, mais encore s'élever au-dessus de toutes les créatures même célestes et les réjouir par l'abondance de ses eaux. Et qu'on ne se fasse pas une difficulté de ce que l’Ecriture semble parier ici de plusieurs fleuves, flumina, comme ailleurs de sept esprits ; car ce sont là des expressions mystérieuses pour signifier la plénitude des sept vertus spirituelles, qui sont, comme le dit Isaïe, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété et l'esprit de la crainte de Dieu.

Ce n'est donc qu'un même fleuve, mais qui coule par plusieurs canaux dont chacun répand son espèce particulière de dons spirituels. "

3. S. AUGUSTIN, Serm. CCIX de tempore, c. 4 (Ce prétendu sermon de saint Augustin (CCIX de tempore) n'est pas de lui, puisqu'il est dirigé contre l'hérésie d'Eutychès, qui n'a paru que depuis la mort du saint docteur. V. NAT. ALEX., Hist. eccl. sæc V, pag. 111, édit. de Venise)

: Dans la circonstance rapportée par saint Jean (JEAN, VI, 9), il y avait cinq pains, ce qui nous signifie les cinq livres de Moïse dans celle que rapporte ici saint Matthieu (MATTH., XV, 34), il se trouve sept pains, qui nous représenter les dons de l'esprit septiforme, que nous a fait connaître le saint prophète Isaïe (ISAIE, XI, 2) : L'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, et l’esprit de la crainte du Seigneur le remplira. Là étaient douze corbeilles remplies, comme les apôtres l'ont été de l'Esprit-Saint ; ici je vois les sept Eglises, ou les sept chandeliers d'or. Là deux poissons, qui sont les deux Testaments, ou bien encore, si l'on veut, le livre renfermant tous les prophètes d'une part, et la prédication de saint Jean de l'autre : ici le nombre des poissons reste indéfini, pour marquer mieux les dons spirituels dont parle l'Apôtre en ces termes : L'un reçoit du Saint-Esprit le don de parler dans une haute sagesse ; un autre reçoit du même Esprit le don de parler avec science ; un autre reçoit la foi par le même Esprit ; un autre reçoit du même Esprit la grâce de guérir les maladies ; un autre le don p.268 fin p.269 début de faire des miracles ; un autre le don de prophétie, un autre le discernement des esprits ; un autre le don de parler diverses langues ; un autre l’interprétation des langues : or, c'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses (I Cor., VIII, 11). La c'est sur l'herbe que le peuple s'étend ; ici c'est sur la terre. Des deux côtés même conduite, même grâce, même vertu, même divinité. Là on s'assied sur l'herbe, c'est-à-dire qu'on mortifie les œuvres de la chair : car toute chair n'est que de l'herbe, comme dit le prophète (ISAIE, XL, 6). Ici on s'assied à terre, c'est-à-dire qu'on foule aux pieds toutes les choses de la terre. Là se trouvent nourries cinq mille personnes, nombre qui représente le peuple juif. Car, après l'ascension du Sauveur, comme saint Pierre parlait encore, cinq mille Juifs ont été baptisés (Act., IV, 4). Ici quatre mille, qui représentent tous les peuples de la terre qui, des quatre points du ciel, ont été remplis des sept dons de l'Esprit-Saint. C'est pourquoi, mes chers frères, nous qui croyons, non par le bienfait de la loi, mais par celui de la foi, en Notre-Seigneur Jésus-Christ ; nous qui avons été rachetés, non à cause de nos œuvres, mais par l'effet de la grâce ;

nous qui avons été rassasiés, non avec cinq pains ou par la lecture des livres de Moïse, mais avec les sept dons du Saint-Esprit annoncés en ces termes par Isaïe : L'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété et l'esprit de la crainte du Seigneur le remplira : demeurons fidèles à la grâce de cet esprit multiforme, à laquelle nous avons été appelés, remplis que nous avons été de l'Esprit-Saint. "

4. Le même, Serm. XVII de Sanctis, qui est printus de Annuntiatione dominicâ, c. 2 : " Le prophète Isaïe nous recommandant les sept dons de l'Esprit-Saint que connaissent tous les fidèles, a commencé par celui de sagesse pour finir par celui de la crainte de Dieu, en descendant pour ainsi dire du plus haut des cieux jusqu’à nous, pour nous apprendre à nous-mêmes à nous élever au plus haut des cieux. Car il a commencé par ce qui doit être le terme de nos vœux, et il a fini par ou nous devons commencer. L'Esprit de Dieu, nous dit-il, reposera sur lui : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété, esprit de la crainte du Seigneur (ISAIE, XI, 2). De même donc que ce n'est pas par défaillance, mais pour notre enseignement qu'il est descendu du degré de perfection le plus élevé, qui est la sagesse, jusqu'au moins élevé de tous, qui est la crainte ; ainsi ce n'est point par orgueil, mais par un véritable progrès p.269 fin p.270 début que nous devons nous élever de la crainte à la sagesse. Car la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse (Ecclé., I, 46). C'est là en effet cette vallée de larmes dont le Psalmiste a dit : Heureux l’homme qui, dans cette vallée de larmes, a résolu dans son cœur de monter et de s’élever toujours jusqu'au lieu que le Seigneur a établi (Ps. LXXXIII, 6-7). Cette vallée signifie l'humilité ; or, qui est humble, sinon celui qui craint Dieu, et qui pénètre son cœur de cette crainte en y mêlant les larmes de la confession et de la pénitence. Car Dieu ne rejette point un cœur contrit et humilié. Après avoir donc nommé la sagesse la première la sagesse, dis-je, qui est la lumière inextinguible de nos esprits, il a nommé ensuite l'intelligence, comme pour répondre à ceux qui demanderaient le chemin pour arriver à la sagesse, que ce chemin est l'intelligence ; à ceux qui demanderaient ensuite le chemin pour arriver à l'intelligence, que ce chemin c'est le conseil ; et pour arriver au conseil, la force ; et pour arriver à la force, la science ; et pour arriver à la science, la piété et pour arriver à la piété, la crainte de Dieu. Donc, pour arriver à la sagesse, le chemin c'est avant, tout la crainte, puisque le commencement de la sagesse c'est la crainte du Seigneur. "

5. Le même, lib. I de sermone Domini in monte, c. 3, faisant la comparaison des béatitudes avec les dons du Saint- Esprit : " De ces huit béatitudes, sept nous font avancer dans la perfection ; car pour la huitième elle nous glorifie, pour parler plus juste, en faisant voir que nous avons atteint la perfection, à laquelle les autres, à commencer par la première sont comme autant de degrés pour parvenir. . . . . "

Ibidem, c. 4 : " Il me semble que les sept vertus de l'Esprit-Saint dont parle le prophète Isaïe se rapportent aussi à ces degrés. Mais il est curieux d'examiner dans quel ordre. Dans le Prophète, l’énumération commence par ce qu'il y a de plus élevé dans l’Evangile, c'est tout le contraire. En effet, le Prophète commence par nommer la sagesse, et finit par la crainte de Dieu ; mais la crainte du Seigneur n'est que le commencement de la sagesse. Si donc nous comptons en remontant de degrés en degrés, nous trouvons pour premier degré la crainte de Dieu, pour deuxième la piété, pour troisième la science, pour quatrième la force, pour cinquième le conseil, pour sixième l'intelligence, et pour septième la sagesse.

Or, la crainte de Dieu convient aux humbles, de qui il est dit ici : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux, les pauvres d'esprit, p.270 fin p.271 début c’est-à-dire ceux qui ne s'enflent point d'orgueil, ce qui a fait dire à l’Apôtre : Prenez garde de vous élever et tenez-vous dans la crainte (Rom., XI, 20). La piété convient à ceux qui sont doux. Car celui qui cherche (Dieu) avec piété révère la sainte Ecriture, et se garde bien de critiquer ce qu'il ne saurait comprendre ; en conséquence, il ne résiste point, et c'est là le propre de ceux qui sont doux. C'est pour cela qu'il est dit ici : Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre en héritage.

La science convient à ceux qui pleurent, parce que l’Ecriture leur fait connaître combien est misérable et funeste ce que dans leur ignorance ils avaient désiré comme bon et utile, et c'est d'eux qu'il est dit ainsi : Bienheureux ceux qui pleurent présentement. La force convient à ceux qui ont faim et soif. Car leurs désirs les portent à travailler pour acquérir les vrais biens, et à faire leurs efforts pour détacher leurs cœurs des choses terrestres comme de toutes les choses visibles. C'est donc de ces derniers qu'il est dit ici : Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice. Le conseil convient aux miséricordieux ; car l'unique remède pour échapper à de si grands maux, c'est de pardonner, comme nous voulons qu'il nous soit pardonné, et d'aider les autres en ce que nous pouvons, comme nous désirons que les autres nous aident en ce que nous ne pouvons pas nous-mêmes. Et c'est d'eux qu'il est dit ici : Bienheureux les miséricordieux parce que Dieu leur fera miséricorde, et le reste. L'intelligence convient à ceux qui ont le cœur pur, et par-là même la vue de l'esprit assez nette pour discerner ce que les yeux du corps ne sauraient voir, ce que les oreilles de l'homme n'ont point entendu, et ce que le cœur de l'homme n'a point compris ; et c'est d'eux qu'il est dit ici : Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, et le reste. La sagesse convient aux pacifiques, en qui tout est dans l'ordre, sans un seul mouvement de révolte contre la raison, mais en qui tout obéit à l'esprit, comme l'esprit lui-même de l'homme obéit à Dieu ; et c'est d'eux qu'il est dit ici : Bienheureux les pacifiques. Mais pour tous ces différents genres de vertus il n'y a qu'une même récompense, qui est le royaume des cieux, assigné de même à chacun de ces degrés. Il est nommé ainsi qu'il devait l'être dès le premier degré ; car il doit être le partage de ceux qui auront atteint le plus haut degré ou la perfection de la sagesse. Ainsi, dire que bienheureux sont les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux, c'est rappeler que le commencement de la sagesse c'est la crainte du Seigneur. " p.271 fin p.272 début

6. Le même, De doctrinâ christianâ, lib. II, c. 7 : " Il faut d'abord que la crainte de Dieu nous tourne entièrement vers lui, pour nous mettre en état de connaître sa volonté, ou ce qu'il nous commande de chercher ou de fuir. Il est nécessaire que cette crainte imprime fortement dans notre âme la pensée de notre condition mortelle et de notre mort prochaine, et que, réprimant les désirs de la chair, elle cloue, pour ainsi dire, à la croix toutes les saillies de l'orgueil. Il faut ensuite que le don de piété nous rende dociles et disposés à ne point nous révolter contre l’Ecriture, soit quand nous l'entendons et que nous remarquons qu'elle attaque quelqu'un de nos défauts, ou quand nous ne l'entendons pas, comme si nous pouvions mieux juger et mieux ordonner qu'elle-même : mais nous devons plutôt croire à nous bien convaincre que ce qui est écrit dans ces endroits est plus juste et plus vrai, tout obscur qu'il soit, que tout ce que nous pouvons discerner par nous-mêmes. Après ces deux degrés de la crainte et de la piété, on vient au troisième qui est la science, et c’est de celui-là particulièrement que je me suis propose de parler. C'est à ce degré que tâchent d'arriver tous ceux qui se plaisent à étudier les divines Ecritures, ou ils savent bien qu'ils ne trouveront autre chose, sinon qu'il faut aimer Dieu pour l'amour de lui-même, et le prochain pour l'amour de Dieu ; aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, et le prochain comme soi-même ; c'est-à-dire, que tout l'amour que nous avons pour le prochain et pour nous-mêmes, doit se rapporter à Dieu. . . Il faut donc d'abord que chacun, en ouvrant les Ecritures, se reconnaisse enveloppé dans l'amour du siècle et de toutes les choses de la terre, et très-éloigné de cet amour de Dieu et du prochain que l’Ecriture lui prescrit. Alors la crainte qui rappelle en lui le jugement de Dieu, et la piété qui le soumet avec une pleine conviction à l'autorité des livres saints, le contraignent de verser des larmes sur sa misère. Car cette science qui produit dans l'homme l'espérance de la béatitude, ne lui apprend pas à présumer, mais à gémir.

C'est par ces gémissements et par des prières ferventes, qu'il obtient la consolation du secours divin qui l’empêche de tomber dans le découragement et de là il arrive au quatrième degré, qui est la force, où il commence à être affamé et altéré de la justice. Ce sentiment le détache de la funeste joie qu'il trouvait dans les choses passagères, et, par ce détachement, lui tourne entièrement le cœur vers les biens p.272 fin p.273 début éternels, c'est-à-dire vers l'unité de la Trinité immuable. Du plus loin qu'il la voit briller, ébloui d'une si grande lumière, dont il ne peut soutenir les rayons, il s'élève au cinquième degré, qui est le conseil.

Là, il considère combien il doit purifier, au moyen des œuvres de miséricorde, son âme agitée et irritée contre elle-même de toutes les souillures qu'elle a contractée dans l'amour des biens périssables. C'est alors qu'il s'exerce avec ardeur et se perfectionne dans l'amour du prochain, et que rempli d'espérance et de force quand une fois il est parvenu jusqu'é l'amour de ses ennemis, il monte au sixième degré, où il se purifie l'œil dont Dieu peut être vu, autant qu'il peut l'être par ceux dont tous les efforts et tous les soins ne tendent qu'à mourir au monde. Car plus on meurt aux créatures, plus on voit Dieu ; et plus on vit pour elles, plus Dieu se cache. Ainsi, quoique cette lumière infinie commence à paraître non-seulement plus aisée à soutenir et plus certaine, mais encore plus agréable à la vue de notre esprit, l’Apôtre dit néanmoins qu'on ne la voit qu'en énigme et dans un miroir (I Cor., XIII, 12), parce que, tant que nous sommes voyageurs ici-bas, quoique par nos désirs nous habitions déjà dans le ciel, nous marchons vers Dieu par la foi, plutôt que nous n'en jouissons par une claire vue (II Cor., V, 7). Ce sixième degré purifie tellement l'œil du cœur que celui qui y est élevé n'établit plus d'injustes comparaisons entre lui-même ou son prochain, et la vérité souveraine. Ce juste aura donc le cœur si simple et si purifié, que ni l'envie de plaire aux hommes, ni l'attention à éviter tout ce qui s'oppose à sa joie et à ses commodités dans cette vie, ne pourront lui arracher l'amour de la vérité. C'est ainsi que cet enfant de Dieu s'élève jusqu'à la sagesse, qui est le septième degré où il se repose dans une paix parfaite. Le commencement de la sagesse est la crainte (Ps. CX), et c'est de cette crainte, qu'en passant par les autres degrés on tend à la sagesse et qu'on y arrive (Cf. Les livres de la doctrine chrétienne de saint Augustin, pag. 78-80). "

7. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Hom. XIX sur Ezéchiel

: " On monte à la porte par sept degrés (ISAIE, XI, 1-2), parce que c'est au moyen des sept dons du Saint-Esprit que peut s'ouvrir pour nous le royaume des cieux. C'est de ces sept dons, et comme se trouvant réunis dans notre divin chef, ou dans nous-mêmes qui sommes son corps, qu'Isaïe fait l'énumération lorsqu'il dit : Sur p.273 fin p.274 début lui reposera l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété et il sera rempli de l'esprit de la crainte de Dieu.

Pour compter ces degrés, le Prophète s'est pour ainsi dire placé dans le ciel, et il les a comptés en descendant de là, plutôt qu'en remontant, comme il eût pu le faire, savoir, dans l'ordre que voici : la sagesse, l'intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte. Et puisqu'il est écrit que le commencement de la sagesse c'est la crainte du Seigneur (Prov., IX, 10), il s'ensuit évidemment que c'est en partant de la crainte qu'on peut s'élever à la sagesse ; mais, la sagesse atteinte une fois, on ne retourne pas à la crainte, parce que la sagesse renferme la perfection de la charité et qu'il est écrit : La charité parfaite chasse la crainte (I JEAN, IV, 18). Le Prophète donc, nous parlant comme d'en haut, commence de préférence par la sagesse, et descend par degré jusqu’à la crainte. Mais nous, qui tendons de la terre au ciel, nous comptons ces mêmes degrés en remontant, et de manière que, partant pour ainsi dire de la crainte, nous puissions parvenir jusqu’à la charité. Et en effet, dans cette échelle spirituelle que nous nous formons, le premier degré d'ascension, c'est la crainte du Seigneur ; le second, c'est la piété ; le troisième c'est la science ; le quatrième c'est la force ; le cinquième, c'est le conseil ; le sixième, c'est l'intelligence, et le septième, c'est la sagesse. Je veux que la crainte du Seigneur soit en nous ; mais à quoi nous servira-t-elle, si elle n'est escortée de la piété ? Car si quelqu'un ne sait pas avoir pitié (On voit ici que le saint docteur entend par la piété comptée pour le sixième des dons du Saint-Esprit, non la piété envers Dieu, mais la piété, c'est-à-dire la tendresse à l'égard du prochain, dans le même sens qu'il est d'usage de dire la piété filiale) de son prochain et compatir à ses tribulations, la crainte de Dieu qu'il peut avoir n'est rien aux yeux de Dieu lui-même, parce qu'elle ne s'élève pas jusqu’à la piété. Mais souvent la piété s'égare par une compassion mal réglée, en ménageant par exemple, des désordres qui ne doivent pas être ménagés.

Car on doit reprendre avec sévérité les péchés qui pourraient attirer à ceux qui s'en rendent coupables les feux éternels de l'enfer. Au lieu qu'une piété mal réglée, en épargnant une correction temporelle, ménage pour l'avenir des supplices éternels. Pour que la piété soit réglée pour que ce soit une véritable piété, elle doit donc s'élever jusqu’à la science, c'est-à-dire qu'il faut qu'elle sache ce qu'elle p.274 fin p.275 début doit punir avec une rigueur miséricordieuse, ou ce qu'elle doit pardonner avec indulgence. Mais à quoi servirait-il de savoir ce qu'on doit faire, si l'on n'a pas la force de le faire ? Notre science doit donc s'élever jusqu'à la force, pour qu'en même temps qu'elle voit ce qui est à faire, elle ait la force de l'exécuter sans être ébranlé par la crainte, sans se laisser dérouter par la peur, et qu'elle puisse s'assurer les biens dont elle apprécie l'excellence. Mais souvent la force, si elle est imprévoyante ou trop peu sur ses gardes, s'engage imprudemment dans le vice. Qu'elle s'élève donc jusqu'au conseil, pour se prémunir contre les excès dans ce qu'elle se porte à entreprendre. Mais le conseil sans l'intelligence, que serait-il ? Comment s'assurer un appui pour faire le bien qu'on a en vue, si l'on n'a pas en même temps l'intelligence du mal à éviter ? Du conseil donc, élevons-nous jusqu’à l’intelligence. Mais encore, quel bien en résultera-t-il si, doué d'une intelligence à laquelle rien n'échappe nous ne savons sagement nous modérer ? De l'intelligence donc, élevons nous jusqu'à la sagesse, et qu'en nous la sagesse dispose avec maturité ce que l'intelligence a trouvé à l'aide de son regard pénétrant.

Puis donc que nous nous élevons à la piété par la crainte, à la science par la piété, à la force par la science, au conseil par la force, à l'intelligence par le conseil, à la sagesse enfin par l'intelligence, c'est par sept degrés que nous montons jusqu’à la porte qu'il nous reste à ouvrir pour entrer dans la vie de l'esprit. "

8. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Moralium in Job, lib. I, c. 28, (al. 11) : " Il eut sept fils et trois filles (Job, I, 12). Nous avons sept fils, lorsque notre cœur concevant de bonnes pensées, enfante, pour ainsi parler, les sept vertus du Saint- Esprit. Le dénombrement de ces productions intérieures dont la fécondité de l'Esprit de Dieu remplit notre âme, nous est marquée par ces paroles d'un prophète : L'Esprit du Seigneur se reposera sur lui, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété et l'esprit de la crainte du Seigneur le remplira (ISAIE, II, 2). Lors donc que, par la venue du Saint-Esprit dans notre cœur, s'engendrent en nous la sagesse, l'intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte du Seigneur, c'est comme une postérité durable qui naît dans notre âme, et qui y perpétue la noblesse de notre divine extraction, pour la faire vivre d'autant plus longtemps, qu'elle la joint et la lie à l'amour de l'éternité. " p.275 fin p.276 début " Or, ces sept fils ont trois sœurs en nous, parce que ces vertus joignent à la foi, à l'espérance à la charité, tout ce qu'elles produisent de mâle et de généreux. Car ces sept fils ne peuvent parvenir à la perfection du nombre de dix, si tout le bien qu'ils font n'est uni à ces trois filles du ciel, la foi, l'espérance et la charité (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. Ier, p. 80). "

9. Ibidem, lib. XXXV, c. 7 (al. 8) : " L'Eglise universelle nous est désignée par ce nombre mystérieux de sept. De là vient que saint Jean écrit dans son Apocalypse aux sept Eglises, sous le nom desquelles il entend sans doute l'Eglise universelle. C'est aussi pour signifier que cette même Eglise universelle est pleine de la grâce des sept dons du Saint- Esprit, qu'Elisée souffla sept fois sur l'enfant qu'il ressuscita. Car le Seigneur, venant en ce monde, souffle, pour ainsi parler, sept fois sur les hommes morts, lorsqu'il répand sur eux, par sa miséricorde, les sept dons de la grâce de l'Esprit-Saint. " " Puis donc que l’Eglise universelle est souvent figurée par le nombre de sept, il faut que les amis de Job viennent à lui, et qu'ils offrent par son entremise le sacrifice que Dieu leur a ordonné ; mais il faut aussi qu'ils aient bien soin d'observer tous les mystères du nombre de sept, c'est-à-dire, que ceux qui sont hors de l’Eglise universelle s'y réunissent et rentrent dans son sein, pour y trouver le pardon de leur révolte. Ils doivent offrir sept sacrifices pour l'expiation de leur péché, parce qu'ils n'en peuvent obtenir la rémission s'ils ne sont réincorporés, par l'effusion en eux des sept dons de la grâce de l'Esprit-Saint, à l'unité catholique dont ils se sont séparés (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. IV, p. 767-768). "

10. S. BERNARD, Serm. seu Tract. de donis Spiritûs sancti, c. 1 : " La première grâce que donne l'Esprit-Saint, c'est la crainte du Seigneur. Celui qui la possède n'a que de l'aversion pour l'iniquité, quelle qu'en soit l'espèce, suivant ce mot du Psalmiste : J'ai haï l'iniquité, et je l'ai eue en abomination ; et autre encore : J'ai haï toute voie injuste (Ps. CXVIII,

128 et 163). Car il est écrit : La crainte du Seigneur a pour compagne la haine du mal (Prov., VIII, 13). On lit de plus : Craignez Dieu, et éloignez-vous du mal (Prov., III, 7). Et il est dit du Job, qu'il craignait Dieu, et fuyait le mal (Job, I, 1). Sans cette grâce, la première de toutes et le commencement de toute piété, aucune p.276 fin p.277 début vertu ne peut naître ou se développer. Car, de même que la fausse sécurité ou la paresse est la cause et la mère de tous les désordres, ainsi la crainte du Seigneur est la racine et la gardienne de toutes les vertus. De là vient qu'il est écrit : Si vous ne vous tenez fortement attaché à la crante du Seigneur, votre maison en sera bientôt renversée (Ecclé., XXVII, 4). Car tout l’édifice des vertus penche à sa ruine, du moment où il cesse d'avoir cet appui. C'est ce qui a fait dire à Salomon : Demeurez ferme dans la crainte du Seigneur pendant tout le jour ; car vous aurez ainsi de la confiance en votre dernière heure, et ce que vous attendez ne vous sera point ravi (Prov., XXIII, 17-18) ; et à l'Apôtre : Opérez votre salut avec crainte et tremblement (Philip., II, 12). Que dirai-je de plus ? La crainte et la piété sont tellement unies ensemble, que l'une ne saurait subsister sans l'autre. Aussi l'éloge que les livres saints nous font de Corneille et de Siméon, c'est qu'ils étaient, l'un un homme religieux et craignant Dieu (Act., X, 2), l'autre également un homme juste et craignant Dieu (LUC, II, 25). De là cette sentence de Salomon : Craignez Dieu, et gardez ses commandements (Ecclé., XII, 13).

Si nous devons tous avoir cette crainte, voyez aussi comme Job en était pénétré ! Toujours il craignait Dieu comme des flots suspendus au-dessus de lui (Job, XXXI, 23). Grâce à cette crainte de Dieu, nous faisons le sacrifice de tout, nous renonçons au monde, et, comme nous l'a recommandé Notre-Seigneur, nous renonçons à nous-mêmes. Si quelqu'un veut me suivre, nous a-t-il dit, qu'il renonce à soi-même (MATTH., XVI, 24 ; LUC, IX, 23). Cette crainte de Dieu, qui fait embrasser la pauvreté celui qui s'en pénètre fortement, qui met une barrière infranchissable entre lui et le mal, est la première dans l'ordre des grâces, comme la pauvreté est la première dans l'ordre des béatitudes ; la pauvreté, dont Notre-Seigneur a dit, en la posant pour fondement de toutes les autres vertus : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux (MATTH., V, 5). "

Ibidem, c. 2 : " La deuxième grâce est l'esprit de piété, qui répond à la seconde béatitude marquée dans l’Evangile par ces paroles : Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre (MATTH., V, 4). C'est de ces derniers que le Seigneur dit dans Isaïe : L'esprit du Seigneur s'est reposé sur moi. . . . .; il a envoyé annoncer sa parole à ceux qui sont doux (ISAIE, LXI, 1) : Moïse était aussi le plus doux de tous les hommes qui vivaient sur la terre (Nom., XII, 5). C'est d'eux que Job a dit : Dieu p.277 fin p.278 début élève ceux qui étaient abaissés ; il console et guérit ceux qui étaient dans les larmes (Job., V, 11). De là aussi ces paroles du Psalmiste : Dieu sauvera les humbles d'esprit (Ps. XXXIII, 19). Il est dit au contraire des orgueilleux : Dieu résiste aux orgueilleux (JAC., IV, 6) ; lorsque l'esprit s'élève, c'est qu'il est à la veille de sa chute (Prov., XVI, 18). L'orgueil précipite de l'élévation la plus haute dans l'abjection la plus profonde ; l'humilité au contraire élève du degré le plus bas au degré le plus éminent. L'ange, pour s'être enorgueilli, est tombé du ciel dans les enfers ; l'homme, en s'humiliant ici-bas, s'élève jusqu'aux cieux. Or, chacun doit être d'autant plus humble, qu'il est plus élevé. De là ces autres paroles de l’Ecriture : Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toutes choses, et vous trouverez grand devant Dieu (Ecclé., III, 20). De là aussi ces paroles que Notre-Seigneur adressait à ses disciples : Que celui d'entre vous qui voudra être le premier se fasse le serviteur des autres (MATTH., XX, 27). Et encore : Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles (LUC, XVII, 10). Il a dit de plus : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (MATTH., XI, 29). Sans cette vertu d'humilité, toutes les autres ne pourraient servir de rien. C'est ce qui a fait dire à saint Grégoire (Hom. VII in Evangelia) : " Celui qui sans la vertu d'humilité veut avoir les autres, est semblable à un homme qui porte de la poussière au vent. Car comme le vent emporte et disperse la poussière ainsi toutes les vertus qui ne sont pas fondées sur l'humilité sont dissipées par le vent de la vaine gloire. Il vaut même beaucoup mieux être pécheur mais humble, que d'être juste mais orgueilleux. C'est ce que Notre-Seigneur a clairement montré dans la parabole du pharisien et du publicain, et c'est à quoi revient aussi cette parole d'un sage : Vaut mieux un humble aveu des fautes qu'on a commises, qu'une orgueilleuse ostentation qu'on ferait de ses bonnes œuvres. "

Ibidem, c. 3 : " Le troisième don est l'esprit de science, au sujet duquel Salomon a dit : Plus on a de science, plus on a de peine (Ecclé., I, 18). Car la vraie science consiste à bien nous convaincre que nous sommes mortels, d'une existence caduque et fragile, et que nous n'avons qu'à gémir et à pleurer dans ce lieu d'exil, de pèlerinage et de captivité, et pour tout dire, dans cette vallée de larmes. De là ces paroles de la troisième béatitude, qui correspond à ce troisième don : Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés (MATTH., V, 5) ; et ces autres p.278 fin p.279 début au contraire : Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous pleurerez (LUC, VI, 25). De là aussi ce qu'a dit Salomon : Le rire sera mêlé de douleur, et la tristesse vient à la fin prendre la place de la joie (Prov., XIV, 13). "

Ibidem, c. 4 : " La quatrième grâce est l'esprit de force, qui répond à cette quatrième béatitude exprimée dans l'Evangile : Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés (MATTH., V, 6).Car celui qui a faim et soif de la justice se montre fort, invincible et imperturbable à toutes les adversités. De là ces paroles de Salomon : Le juste est hardi comme un lion et ne craint rien (Prov., XXVIII, 1). Comme ces autres aussi : Le juste, quoi qu'il lui arrive, ne s'attristera point (Prov., XII, 21). C'est de cet esprit qu'étaient remplis tous ceux dont l'Apôtre a fait l'éloge en ces termes : Ils ont souffert les moqueries et les fouets, les chaînes et les prisons ; ils ont été lapidés ; ils ont été sciés ; ils ont été éprouvés en toute manière ; ils sont morts par le tranchant de l'épée, ils ont mené une vie errante, couverts de peaux de brebis et de chèvres abandonnés, affligés, persécutés, eux dont le monde n'était pas digne, et ils ont passé leur vie errant dans les déserts et sur les montagnes, et cherchant une retraite dans les antres et les cavernes de la terre (Hébr., XI, 36-38). C'est ce même apôtre qui disait encore : Qui nous séparera de l'amour de Jésus-Christ ? sera-ce l'affliction, etc. (Rom., VIII, 35) ? Cet esprit de force a pour effet de nous rendre invincibles à toute la malice d'autrui, et de nous faire déjouer tous les pièges que nos ennemis peuvent nous tendre. De là cet éloge que l'époux fait de l'épouse dans le Cantique des cantiques : Vous êtes belle, ô mon, amie, et pleine de douceur ; vous êtes belle comme Jérusalem et terrible comme une armée rangée en bataille (Cant., VI, 3). "

Ibidem, c. 5 : " Le cinquième don est l'esprit de conseil, qui fait que l'on compatit et que l'on porte secours aux autres, et il répond par conséquent à cette cinquième béatitude : Bienheureux ceux qui sont miséricordieux parce qu'ils obtiendront miséricorde (MATTH., V, 7). De là ces paroles de Salomon : Celui qui est porté à faire miséricorde sera béni (Prov., XXII, 9). Nous pouvons exercer la miséricorde en trois principales manières, savoir : ou en faisant quelqu'une de ces six œuvres exprimées dans l'Evangile (MATTH., XXV, 35-36), ou en corrigeant et ramenant au bien ceux qui s'en écartent, ou en pardonnant volontiers les injures reçues. La seconde de ces trois manières d'exercer la miséricorde qui n'est autre que l'esprit de conseil, est ce qui a p.279 fin p.280 début inspiré à notre Dieu de s'anéantir lui-même et de prendre la forme d'esclave, puisqu'il ne l'a fait que pour remettre dans le droit chemin la brebis égarée et la ramener à son bercail. De là ces paroles de l'Apôtre : Il s'est livré lui-même pour nos péchés et pour nous retirer de la corruption du siècle présent (Gal., I, 4). On doit mettre en œuvre cet esprit de conseil de la manière que l’Apôtre nous a indiquée lorsqu'il a dit.

: Pressez à temps et à contretemps (II Tim., IV, 2). Il est une autre manière de le faire valoir, qui est de savoir discerner les véritables vertus de ce qui n'en a que les apparences, et de reconnaître dans ces dernières l’œuvre du démon, auteur de l'hypocrisie. Car Satan lui-même, comme le dit l’Apôtre, se transforme en ange de lumière (II Cor., XI, 14) ;

et suivant ce que dit aussi saint Cyprien, il suborne des ministres d'injustice, qui affirment impudemment de la nuit que c'est le jour, et de la mort que c'est la vie (Lib. de unitate Ecclesiæ). Cette vertu de discernement est la reine et la régulatrice des autres vertus ; elle les tempère et les gouverne, et empêche sagement qu'elles ne s'écartent de la ligne à suivre, ou qu'elles ne restent en deçà du but, ou qu'elles ne le dépassent. De là ce mot de Boëce : Les vertus tiennent le milieu entre les extrêmes. On s'écarte de la vertu, du moment où l'on se trouve soit en-deçà, soit au-delà du juste point. "

Ibidem, c. 6: " La sixième grâce, c’est l'esprit d'intelligence, qui répond à la sixième béatitude : Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu (MATTH., V, 8). Car à moins que l'œil de notre entendement ne soit purifié avec soin, il ne pourra rien apercevoir de distinct et de net dans les choses mystiques ou divines. Voici en effet ce que dit l'Ecriture : L'Esprit-Saint, qui est le maître de la science, fuit le déguisement, il se retire des pensées qui sont sans intelligence (Sag., I, 5). De là ces paroles de Salomon : Les pensées mauvaises sont en abomination au Seigneur (Prov., XV, 20). Les pensées perverses séparent de Dieu (Sag., I, 3). Que celui donc qui veut avoir une vue nette des vérités spirituelles, mette son étude à écarter de son esprit les nuages qu'y formeraient les pensées mauvaises ou frivoles, et à en garder son cœur avec toute l'exactitude qui dépendra de lui. De la ces paroles de Salomon : Appliquez-vous avec tout le soin possible à garder votre cœur, parce qu'il est la source de la vie (Prov., IV, 23).

Ibidem, c. 7 : " Le septième don est l'esprit de sagesse, qui est un certain goût intérieur et rempli de suavité. De là ce que p.280 fin p.281 début dit le Psalmiste : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux (Ps. XXXIII, 9). Et encore : Soyez dans un saint repos, et considérez (Ps. XLV, 11). Et encore : Approchez-vous de lui, afin que vous soyez éclairés (Ps. XXXIII, 6). Ce goût intérieur de la divine sagesse est comme l'avant-goût des choses du ciel, en ce qu'il nous invite à considérer quel bonheur ce sera pour nous d'être admis à la société des anges, où il ne se trouvera rien qui puisse nous déplaire, où il ne manquera rien qui puisse nous plaire. Cette septième grâce répond à la septième béatitude exprimée en ces termes : Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu (MATTH., V, 9). Car ceux dont l'âme est câline et sereine goûtent avec plus de douceur les choses du ciel, et en pénètrent mieux la nature. Plus en effet on est patient, plus on est sage. De là cette maxime de Salomon : La science d'un homme se connaît par sa patience (Prov., XIX, 11). C'est d'eux qu'il est dit ailleurs : Ceux qui aiment votre loi jouissent d'une paix profonde, et ils ne trouvent rien qui puisse les faire tomber (Ps. CXVIII, 165). "

" Ces sept grâces ou dons sont les sept femmes que le Prophète nous représente s'attachant à un même homme (ISAIE, IV, 1), les sept esprits qui reposent sur la fleur (ISAIE, XI, 2), les sept lampes allumées sur un même chandelier (Exod., XXXVII, 25), les sept yeux gravés sur une même pierre (Apoc., V, 6), les sept anges placés devant le trône de Dieu (Apoc., I, 4). "

11. ORIGENE, Serm. III in Isaiam : " Sept femmes se voient dans l'opprobre, et cherchent de tous côtés un homme qui puisse les en tirer. Ces sept femmes n'en font qu'une : car elles sont l'Esprit de Dieu. Et cette unique femme est comme si elle en faisait sept : car l'Esprit de Dieu est en même temps esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété, et esprit de crainte de Dieu. Cette sagesse souffre l'opprobre de la part de plusieurs prétendues sagesses qui s'élèvent contre elle. Cette intelligence, la seule véritable, souffre l'opprobre de la part de bien des fausses intelligences. Ce conseil d'un prix inestimable est de même jeté dans l'opprobre par une foule de conseils pervers. Cette force est dépréciée par je ne sais quel manque de vertu, qui se donne pour être de la force, mais qui n'est rien moins que cela. Cette science est réduite à l'opprobre par une prétendue science qui usurpe son nom. Cette piété est tournée en dérision par ce qui prend le nom de piété mais qui n'est qu'impiété au fond, et qui ne peut former que des impies. Cette crainte souffre l'opprobre de la part de ce qui n'est qu'une p.281 fin p.282 début crainte prétendue. Car il en est beaucoup qui se flattent d'avoir la crainte de Dieu, mais dont la crainte n'est pas selon la science. Il sortira un rejeton de la tige de Jessé et une fleur naîtra de sa racine, et sur cette fleur reposeront les sept femmes, qui sont l'esprit du Seigneur, l'esprit de sagesse et d'intelligence reposera sur elle. Car l'esprit de sagesse ne s'est pas reposé sur Moïse ; l'esprit de sagesse ne s'est pas reposé sur Jésus fils de Navé ; l'esprit de sagesse ne s'est pas reposé sur qui que ce soit des prophètes ni sur Isaïe ni sur Jérémie.

Et n'allez pas me lapider comme un blasphémateur, si je m'attache à glorifier mon Seigneur Jésus ; mais ayez la patience de peser toutes mes paroles, et vous verrez que l'esprit divin ne s'est reposé sur aucun de ces illustres personnages : non qu'il ne soit venu en eux ; mais ce que je soutiens, c'est qu'il n'y a pas fixé sa demeure. Il est venu sur Moïse ; mais Moïse a manqué de foi au moment où cet esprit de sagesse était descendu sur lui. Rappelez-vous en effet les paroles que Moïse laissa échapper en cette circonstance : Ecoutez, rebelles et incrédules : Pourrons-nous vous faire sortir de l'eau de cette pierre (Nom., XX, 10) ? Il est venu sur tous les justes ; il est venu sur Isaïe ; mais que dit ce prophète ? Mes lèvres sont impures, et j’habite au milieu d'un peuple qui a aussi les lèvres souillées (ISAIE, VI, 8). L'esprit de sagesse est venu sous ces pincettes et sous ce charbon de feu, il est venu à celui qui avait les lèvres souillées, mais il ne s'est pas reposé sur lui. Il s'est servi de son ministère, mais il ne l'a pas choisi pour sa demeure. Il souffre tribulation, quel que soit l'homme à qui il vienne. Car tout homme est pécheur (Job, XV, 14), et il n’y a personne sur la terre qui fasse le bien sans mélange de mal (Ecclé., VII, 21). Personne n'est exempt de souillures, quand même sa vie ne serait que d'un jour, et ses mois sont comptés (Job, XIV, 4-5, d'après la version des Septante). Il n'y a donc pas un seul homme sur qui l'esprit de sagesse se repose. Nous pouvons prouver également par l'Evangile, que l'Esprit de sagesse est venu sur plusieurs, et ne s'est reposé sur aucun. On vous a lu, il n'y a pas longtemps, ces paroles : Mon esprit ne demeurera pas pour toujours avec ces hommes (Gen., VI, 3).

Dieu ne dit pas : Mon esprit ne se trouvera pas, mais : Mon esprit ne demeurera pas. Il n'y a que Jean qui ait vu celui sur qui l'Esprit du Seigneur est demeuré, et ce fut même le signe qui lui fut donné pour le connaître : Celui sur qui vous verrez descendre et demeurer le Saint- Esprit, c'est celui-là qui est le Fils de Dieu (JEAN., I, 55). "

p.282 fin p.283 début " Jésus a véritablement enlevé l'opprobre de dessus les sept femmes. Hâtons-nous donc de prier Dieu, qui a envoyé cet homme pour que l'esprit des sept femmes reposât sur lui ; que cet homme nous permette d'entrer aussi en communication avec ces mêmes femmes, afin que leur commerce nous rende sages, intelligents par rapport à toutes les choses divines et humaines, ornés enfin de toutes les vertus qui découlent de Jésus comme de leur source. "

12. Le même, Hom. VI in librum Numerorum

: " N'attachez pas à ces paroles de Dieu, qu'il prendra de l'esprit de Moïse pour en donner aux soixante-dix anciens, un sens matériel comme si cet esprit était un corps qu'il aurait partagé en soixante-dix petites portions, pour en donner une à chacun de ces vieillards. Ce serait une impiété que de se former une pareille idée de la nature de l'Esprit-Saint. Mais vous devez entendre ce langage figuré en ce sens, que Moïse ou l'esprit qui était en lui, était comme une lampe éclatante de lumière à laquelle il a plu à Dieu d'en allumer soixante-dix autres, de façon que la lumière de la première se soit communiquée à ces soixante-dix, sans rien perdre de l'éclat qui lui était propre. C'est en ce sens pieux qu'il est permis d'entendre ces paroles : Le Seigneur prit de l'esprit qui était en Moise, et en donna à ces soixante-dix hommes (Nom., XI, 25). Mais voyons ce que peuvent signifier les paroles qui suivent : L'esprit s'étant donc reposé sur eux, ils se mirent tous à prophétiser.

Nous ne lisons nulle part que l'esprit de Dieu repose sur d'autres que sur les saints et les bienheureux. Car l'esprit de Dieu repose sur ceux qui ont le cœur pur, ou qui purifient leurs âmes de tout péché ; tandis qu'il n'habite point en ceux qui sont esclaves du péché, quand même il aurait habité auparavant en eux. Car l'Esprit-Saint ne peut pas avoir de commerce ou de société avec l'esprit malin ; et il est certain d'ailleurs que lorsqu'un homme pèche, l'esprit malin entre et prend possession dans son cœur. Or, quand une fois nous avons donné entrée à ce méchant esprit, et que nous l'avons accueilli en nous par notre consentement donné à des pensées criminelles ou à des désirs abominables, l'Esprit-Saint qui pouvait être en nous jusque-là prend la fuite accablé de tristesse, et désolé de ne plus pouvoir trouver place dans notre cœur. L'Apôtre savait bien que les choses se passaient ainsi, lorsqu'il disait : N'attristez point l'Esprit de Dieu, dont vous avez été marqués comme d'un sceau pour le jour de la rédemption (Ephés., IV, 30).

Ainsi donc, quand nous péchons, nous attris- p.283 fin p.284 début tons l'Esprit-Saint ; et au contraire, lorsque nous nous conduisons selon les règles de la justice et de la sainteté, nous l'invitons à reposer sur nous. Ce que dit donc ici l'Ecriture, que l'Esprit reposa sur ces soixante-dix anciens, n'est autre chose qu'un éloge qu'elle fait de la sagesse de leur vie, et des vertus dont ils étaient ornés. Enfin, puisque l'Esprit-Saint reposait sur eux, et par la pureté qu'il mettait dans leurs cœurs et par la sincérité de sentiments qu'il inspirait à leurs âmes, et par les lumières dont il éclairait leur intelligence, il ne pouvait faire autrement que d'agir en eux : car il ne saurait demeurer oisif, des qu'il trouve la matière préparée pour y exercer son action. Et c'est là ce que dit l’Ecriture : L'esprit se reposa sur eux, et ils prophétisèrent. Ainsi donc l'Esprit-Saint s'est reposé sur tous ceux qui ont prophétisé ; mais cependant il ne s'est reposé sur aucun comme il l'a fait sur le Sauveur. Et c'est pour cela qu'il a été écrit de lui, qu'un rejeton sortira de la racine de Jessé, et qu'une fleur s'élèvera de sa racine, et que sur lui reposera l’Esprit de Dieu, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété et que l'esprit de crainte du Seigneur le remplira. Mais quelqu'un dira peut-être : Vous ne nous avez pas montre que l'Ecriture dise rien de plus de Jésus-Christ que des autres hommes. Car de même qu'il est dit des autres, que l'Esprit de Dieu s'est reposé sur eux, de même il est dit du Sauveur qu'il s'est également reposé sur lui. Mais considérez que l’Ecriture n'a dit d'aucun autre ce qu'elle dit ici avec tant de pompe de ce rejeton sorti de la tige de Jessé sur qui l'Esprit de Dieu s'est reposé avec ces sept vertus, voulant signifier par ces expressions la nature divine elle-même, qu'elle ne pouvait nous définir d'un seul mot, et qu'elle a dû pour cela nous décrire par toute cette accumulation d'épithètes. Je puis d’ailleurs produire un autre témoignage qui prouvera que l'Esprit-Saint s'est reposé sur le Sauveur d'une manière tout autrement excellente que sur les autres. Car voici ce que Jean-Baptiste a dit de lui : Celui qui m'a envoyé baptiser dans l’eau m'a dit : Celui sur qui vous verrez descendre et demeurer le Saint- Esprit, c'est celui-là (JEAN, I, 33). . . S'il avait dit : Sur qui vous verrez descendre, sans ajouter : Et demeurer, il n'aurait rien dit de lui de plus particulier que des autres. Mais il a ajouté ces mots : Et demeurer sur lui, comme signe distinctif du Sauveur, et qui ne pouvait se rencontrer qu'en lui. Car il n'est écrit d'aucun prophète, que l'Esprit-Saint soit demeuré en lui. Et que personne p.284 fin p.285 début ne m'accuse de déprécier en cela les prophètes ; ils savent bien eux-mêmes que je ne les déprécie en aucune manière en leur préférant mon Seigneur Jésus.

Car ces saints prophètes n'ont pas de peine à se rappeler leurs propres paroles, et ils savent qu'il n'est dit d'aucun autre que de Jésus-Christ qu'il n'a point commis de péché, et que le mensonge n'a point été trouvé dans sa bouche (I PIERRE, II, 22 ; Is., LIII, 9). "

" Mais c'est trop nous étendre pour prouver que l'Esprit de Dieu est toujours demeuré sur Jésus mon Seigneur et mon Sauveur, et qu'il n'est demeuré de cette même manière sur aucun autre ; que sur ces derniers, tels que les soixante-dix anciens, qui nous ont donné occasion d'entrer dans ce détail, il s'est reposé seulement pour agir en eux suivant le besoin du moment, soit pour leur propre bien, soit pour le bien de ceux dont la direction était confiée à leurs soins. "

Question II

Combien distingue-t-on de fruits de l’Esprit-Saint ?

L'apôtre saint Paul en compte douze, dont le premier est la charité, le fruit généreux qui est en même temps la racine de tous les biens ; la charité, sans laquelle tous les autres biens seraient inutiles, et qu'on ne peut posséder sans posséder-là même les autres biens dont l'effet est de rendre l'homme bon, comme le dit saint Augustin. Le second fruit de l'Esprit-Saint, c'est la joie, qui fait que l'homme spirituel sert Dieu avec empressement et de bon cœur. Le troisième, c'est la paix, qui procure le calme de l'âme au milieu de toutes les tempêtes de la vie. Le quatrième, c'est la patience, qui donne la force de supporter les épreuves les plus pénibles. Le cinquième, c'est la longanimité, qui soutient et élève l'âme par l'espérance des biens futurs. Le sixième, c'est la bonté, qui ne se permet contre personne rien de nuisible, mais qui veut au contraire le bien de tous. Le septième, c'est la bénignité qui se montre affable, douce, complaisante. Le huitième, c'est la mansuétude, qui calme et réprime tous les mouvements de colère. Le neuvième, c'est la fidélité envers le prochain, a l'égard duquel elle nous rend exacts observateurs de nos conventions et de nos promesses. Le dixième, c'est la modestie, qui exclut tout faste et tout air d'arrogance. Le onzième, c'est la retenue, observé par rapport non-seulement aux aliments, mais encore à toutes les choses illicites. Le douzième, p.285 fin p.286 début enfin, c'est la chasteté qui maintient à la fois le corps et l'âme dans la pureté.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Galates, V, 22- 23 : " Les fruits de l'esprit, au contraire, sont la charité, la joie, la paix, la patience, la longanimité, la bonté la bénignité, la mansuétude, la fidélité, la modestie, la retenue, la chasteté. Il n'y a point de loi contre ceux qui vivent dans la pratique de ces vertus. "

3. I JEAN, IV, 16 : " Et nous avons connu et embrassé par la foi l'amour que Dieu a pour nous. Dieu est amour, et quiconque demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. "

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