Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 163)
4. I Corinthiens, XIII, 1-3 : " Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges mêmes, si je n'ai point la charité je ne suis que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. - Et quand j'aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères, et que j'aurais une parfaite science de toutes choses ; et quand j'aurais toute la foi possible, jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai point la charité, je ne suis rien. - Et quand je distribuerais toutes mes richesses pour nourrir les pauvres, et que je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai point la charité, tout cela ne me servira de rien. "
6. LUC, II, 14 : " Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (suivant le grec bon accord parmi les hommes). " p.286 fin p.287 début
10. JACQUES, I, 2-4 : " Mes frères, regardez comme le sujet d'une extrême joie les diverses afflictions qui vous arrivent, - sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience. - Or, la patience doit être parfaite dans ses œuvres, afin que vous soyez parfaits et accomplis en toute manière et qu'il ne vous manque rien. "
11. HABACUC, II, 2-4 : " Alors le Seigneur me répondit et me dit : Ecris ce que tu vois, et marque-le distinctement sur des tablettes, afin qu'on puisse le lire couramment. - Car ce qui t'a été révélé paraîtra en son jour, et ne trompera point ton espérance ; s'il tarde à paraître, attends-le, car il arrivera très-certainement, et il ne sera pas différé à jamais. - Celui qui est incrédule n'a point l'âme droite ; mais le juste vivra de la foi. "
12. II Corinthiens, VII, 4-6 : " Mais nous nous montrons en toutes choses tels que doivent être des ministres de Dieu, par une grande patience dans les maux, dans les nécessités, dans les afflictions, - sous les coups, dans les prisons, dans les séditions, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes ; - par la pureté par la science, par une douceur persévérante, par la bonté par les fruits du Saint-Esprit, par une charité sincère. "
14. Ephésiens, V, 8-10 : " Vous n'étiez autrefois que ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière en Notre-Seigneur ; marchez donc comme des enfants de lumière. - Or, le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté de justice et de vérité. - Recherchez avec soin ce qui est agréable à Dieu. "
15. Colossiens, III, 12 : " Revêtez-vous donc, comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de modestie, de patience. "
17. Ibid., XI, 29 : " Prenez mon joug sur vous, et apprenez p.287 fin p.288 début de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes. "
19. I Timothée, III, 11 : " Que les femmes, de même, soient chastes ; qu'elles ne soient pas médisantes ; qu'elles soient sobres, fidèles en toutes choses. "
20. Proverbes, XII, 22 : " Les lèvres menteuses sont en abomination au Seigneur ; mais ceux qui agissent sincèrement lui sont agréables. "
23. Tobie, I, 9-10 : " Lorsque Tobie fut devenu homme, il épousa une femme de sa tribu, nommée Anne, et il en eut un fils auquel il donna son nom. - Et il lui apprit, dès son enfance, à craindre Dieu et à s'abstenir de tout péché. "
25. Sagesse, IV, 1-2 : " Combien est belle la race chaste, lorsqu'elle est jointe avec l'éclat de la vertu (suivant les Septante, il vaut mieux être sans enfants et avoir de la vertu) ! Sa mémoire est immortelle ; elle est en honneur devant Dieu et devant les hommes. - Lorsqu'on l'a sous les yeux, on se porte à l'imiter. "
26. I Corinthiens, VII, 34 : " Une femme qui n'est pas mariée et une vierge s'occupent du soin des choses du Seigneur, afin d'être saillies de corps et d'esprit. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AUGUSTIN, Tract. LXXXVII in Evangelium Joannis
: " C'est Jésus-Christ qui nous a établis afin que nous portions du fruit (JEAN, XV, 2), c'est-à-dire, afin que nous nous aimions les uns les autres. Ce que nous ne pouvions pas plus faire sans lui, qu'une branche de sarment ne peut porter de fruit, si elle ne tient au cep. Notre fruit n'est donc autre que la charité, que l’Apôtre définit (I Tim., I, 5) un amour qui vient d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère. C'est par elle que nous nous aimons les uns les autres. C'est aussi par elle que nous aidons Dieu. Car nous ne nous aimerions pas véritable- p.288 fin p.289 début ment les uns les autres, si nous n'aimions Dieu, puisque, pour aimer le prochain comme soi-même, il faut commencer par s'aimer soi-même. Or, on ne s'aime pas véritablement soi-même, à moins que l'on n'aime Dieu. Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux préceptes de la charité (MATTH., XXII, 40). Voilà quel doit être notre fruit. C'est celui que le Seigneur nous ordonne de porter, quand il dit (JEAN., XV, 17) : Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres. Et quand l'Apôtre veut nous faire voir combien les fruits de l'esprit sont désirables par opposition aux œuvres de la chair, c'est par-là qu'il commence. Les fruits de l'esprit, dit-il, c'est la charité (Gal., V, 22). Et il rapporte ensuite les autres vertus, dont la charité est comme la source, et qui s'y rattachent, savoir, la joie, la paix, la longanimité, la bénignité, la bonté, la foi, la douceur, la continence. Or, qui est-ce qui peut avoir une joie raisonnable, s'il n'aime le bien dont la possession lui cause de la joie ? Qui peut avoir une véritable paix avec un homme qu'il n'aime pas véritablement ? Qui a la longanimité nécessaire pour persévérer dans le bien, s'il ne l'aime avec ferveur ? Qui a de la bénignité s'il n'a de l'affection pour celui qu'il assiste ? Qui peut être bon, s'il ne le devient en aimant le bien ? Qui a une foi qui serve à le sauver, si elle n'est pas animé et agissante par la charité ? Qui est doux utilement pour soi-même, si la charité n'est le principe de sa douceur ? Et qui peut s'abstenir par la continence de ce qui le déshonore s'il n'aime ce qui le rend digne d'être honoré ? C'est donc avec raison que notre bon maître nous recommande si souvent la charité comme la seule vertu qu'il soit besoin de commander, puisque sans elle les autres avantages ne peuvent servir de rien, et qu'on ne peut l'avoir sans avoir en même temps les autres avantages qui rendent l'homme véritablement bon (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'évangile de saint Jean, tome III, p. 426-428). "
2. S. JEROME, in V caput ad Galatas : " Quelle est la vertu qui doit tenir la première place parmi les fruits de l'esprit, si ce n'est la charité, sans laquelle les autres vertus ne comptent pas pour de vraies vertus, et qui est la source de tous les biens ? Aussi est-elle mise en tête de tout le reste dans la loi comme dans l'Evangile : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces, et votre prochain comme vous-même. " p.289 fin p.290 début
3. S. AUGUSTIN, Tract. V in epistolam I Joannis
: " C'est en cela que l'on connaît ceux qui sont enfants de Dieu, et ceux qui sont enfants du diable. Tout homme qui ne fait pas les œuvres de justice, n'est point de Dieu, non plus que celui qui n'aime pas son frère (I JEAN, III, 10). La chose s'éclaircit extrêmement par ces dernières paroles : Celui qui n'aime point son frère. C'est donc l'amour du prochain qui est le seul caractère auquel on puisse sûrement reconnaître les enfants de Dieu, et les distinguer de ceux du diable. Ils ont beau se marquer les uns comme les autres du signe de la croix, répondre Amen aux prières qui se font dans l'église, chanter Alleluia également, avoir tous reçu le même baptême se trouver pêle-mêle dans toutes les églises, en faire même bâtir à leurs propres frais ; la charité est l'unique caractère qui distingue les enfants de Dieu des enfants du diable. Ceux qui l'ont sont nés de Dieu, et ceux qui ne l'ont pas ne sont pas nés de lui. C'est là la grande règle, et la seule qui soit sûr pour en juger. Qu'on ait tout ce qu'on voudra, si la charité manque, le reste ne sert rien. Et quand on manquerait de tout le reste, pourvu qu'on ait la charité, on a accompli la loi (Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'évangile de saint Jean et son épître aux Parthes, t. IV, p. 157-158). "
Question III
Quel profit devons-nous tirer de la doctrine qui concerne les dons et les fruits de l’Esprit Saint ?
Cette doctrine nous sera profitable, si nous reconnaissons avec gratitude la source d'où ces dons nous viennent, si, par le bon usage que nous pouvons en faire, nous savons nous en approprier la vertu, l'exprimer en nous et l'entretenir fidèlement Or, ces dons nous viennent sans aucun doute du Père des lumières, qui est la source de toutes grâces, et qui par leur moyen nous rend sensible sa bonté et sa charité infinie, en répandant en nous avec tant d'abondance son Esprit-Saint en vertu des mérites de Jésus-Christ. Car l'amour de Dieu, comme nous le déclare l’Apôtre, a été répandu dans nos cœurs par le Saint- Esprit qui nous a été donné, sans doute au moyen de ces sept dons desquels nous sommes redevables aux mérites de Jésus-Christ. Si quelqu'un croit en moi, nous a assuré ce divin Sauveur, il sortira de son cœur des fleuves d'eau vive, comme dit l’Ecriture. Ce qu'il entendait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui, ainsi p.290 fin p.291 début que l'explique l’Evangéliste lui-même. Autrement, comme le dit saint Jérôme sans Jésus-Christ personne ne peut être sage, personne ne peut être intelligent, ni avoir en partage le conseil, la force, la science, la piété ou la crainte de Dieu.
Quant aux effets que doivent produire en nous ces dons spirituels, ils consistent à nous rendre possible et facile en même temps la pratique des vertus théologales, comme aussi celle des, vertus cardinales dont nous avons parlé. Ces dons ont encore pour effet de nous porter à suivre sans peine et même avec plaisir tous les mouvements de l'Esprit-Saint, et à marcher sans relâche, avec un tel secours et un tel soutien, dans la voie des commandements de Dieu, de nous rendre enfin vraiment spirituels, en notre qualité d'enfants adoptifs de Dieu. Car, comme dit l’Apôtre, tous ceux qui sont mus par l'Esprit de Dieu sont enfants de Dieu.
Il serait trop long de parler en détail de chacun de ces dons en particulier. Qu'il suffise de savoir que c'est d'eux que dé coulent ces fruits délicieux de l'Esprit-Saint, qui prouveront à tout le monde que nous sommes des arbres fertiles dans le champ de l’Eglise, pourvu toutefois que nous les produisions en nous, conformément à ces paroles de Notre-Seigneur : Tout arbre qui est bon produit de bons fruits ; un mauvais arbre au contraire produit de mauvais fruits : vous les reconnaîtrez donc à leurs fruits. Ces fruits de l'Esprit-Saint ont de plus cet autre avantage, de couvrir le chrétien comme d'une armure spirituelle, qui le protège contre les œuvres de la chair, et le rend invincible à ses attaques. Car l'assurance que nous donne à ce sujet l’apôtre saint Paul ne sera jamais démentie : Conduisez-vous selon l'Esprit, et vous n'accomplirez point les œuvres de la chair. Pas plus que ce qu'il a dit ailleurs : Si vous faites mourir par l'Esprit les œuvres de la chair, vous vivrez. p.291 fin p.292 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. JACQUES, I, 17 : " Toute grâce excellente et tout don parfait vient d'en-haut, et descend du Père de toute lumière, en qui il n'y a ni changement ni obscurcissement que puisse causer aucune vicissitude. "
2. Tite, III, 5-7 : " Il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous prétendrions avoir faites, mais à cause de sa miséricorde, en nous faisant renaître par le baptême, et en nous renouvelant par le Saint-Esprit, - qu'il a répandu sur nous avec une riche effusion par Jésus-Christ notre Sauveur ; - afin qu'étant justifié par sa grâce, nous devinssions héritiers de la vie éternelle selon l'espérance que nous en avons. "
5. Id., L, 12-14 : " Créez en moi un cœur pur, ô mon Dieu, et renouvelez en moi l'esprit de droiture. - Ne me rejetez pas de devant votre face, et ne relirez pas de moi votre Esprit-Saint. Rendez-moi la joie qu'inspire votre assistance, et fortifiez-moi en m'animant d'un esprit porté aux grands sacrifices. "
6. Sagesse, I, 4-8 : " La sagesse n'entre point dans l'âme qui se porte au mal, et elle n'habite point dans un corps assujetti au péché. - L'Esprit-Saint, qui enseigne toute science, fuit le déguisement ; il s'éloigne des pensées qui sont sans intelligence, et il se retire devant l'iniquité. - L'Esprit de sagesse est plein de bénignité, et il ne permettra pas que les lèvres du médisant p.292 fin p.293 début restent impunies, parce que Dieu sonde ses reins, scrute son cœur et entend ses paroles. - Car l'Esprit du Seigneur remplit l'univers ; et comme il contient tout, il entend tout. - C'est pourquoi l'homme qui profère des paroles d'iniquité ne peut se cacher, et il n'échappera point au jugement qui le menace. "
9. Psaume LI, 9 : " Pour moi, tel qu'un olivier verdoyant, je fleurirai dans la maison du Seigneur, et je me confierai à jamais dans sa miséricorde. "
2. Le même, in caput V epistolæ ad Galatas
: " Ce qu'a dit le Sauveur, qu'un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits : ni un mauvais arbre en porter de bons, doit s'entendre à mon avis, non des hommes précisément, mais des œuvres tant de la chair que de l'esprit : car ni l'esprit ne peut tomber dans les vices appelée communément œuvres de la chair, ni la chair ne peut produire les fruits qui ont l'esprit pour principe. Mais il peut arriver, par suite de notre négligence, que l'esprit qui est en nous ne produise point les fruits qui lui sont propres, comme il peut arriver, dans le sens inverse, que la chair cesse de pécher ; ce qui a lieu en effet, lorsqu'on a soin de mortifier ou de faire mourir en soi les œuvres de la chair. Mais jamais il n'arrivera, quelle que soit notre négligence, que l'esprit lui-même fasse les œuvres de la chair, pas plus qu'il n'arrivera jamais, quelle que, soit notre application sur ce point, que la chair produise les fruits propres de l'esprit. "
Question IV
Quelles sont les œuvres de la chair ? Ce sont les œuvres que saint Paul énumère de la manière suivante : Il est aisé de connaître les œuvres de la chair, qui sont la fornication, l'impureté, l'impudicité, la dissolution, l'idolâtrie, les p.293 fin p.294 début empoisonnements, les inimitiés les dissensions, les jalousies, les animosités, les querelles, les divisions, les hérésies, les haines, les meurtres, les excès de l'ivrognerie et de l'intempérance et autres énormités semblables, au sujet desquelles je vous déclare, comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui les commettent n'entreront point en possession du royaume de Dieu. L'Apôtre a soin d'ajouter : Mais ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses désirs déréglés, et dit ailleurs : Ceux qui vivent selon la chair, c'est-à-dire en suivant les désirs de la chair, ne sauraient être agréables à Dieu. Le même apôtre nous donne en conséquence cet avis : Ne vous abusez pas ; on ne se moque point de Dieu. L'homme ne recueillera que ce qu'il aura semé : car celui qui sème dans sa chair, recueillera de la chair la corruption et la mort ; et celui qui sème dans l'esprit, recueillera de l'esprit la vie éternelle.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. S. AUGUSTIN, Lib. IV de Civitate Dei, c. 2 :
" L'Ecriture attache donc à ce mot de chair plusieurs acceptions qu'il serait trop long d'étudier et de recueillir ; mais qu'entend-elle par vivre selon la chair (ce qui certainement est un mal, quoique la chair elle-même, par sa nature, ne soit pas un mal) ? Pour résoudre cette question, méditons ce passage de l'épître de saint Paul aux Galates : Les œuvres de la chair sont aisées à connaître, comme l'adultère, la fornication, l'iniquité, l’impudicité, l'ido- p.294 fin p.295 début lâtrie, les empoisonnements, les inimitiés, les contentions, les jalousies, les animosités, les dissensions, les hérésies, les haines, les excès de l'ivrognerie et de l'intempérance et autres énormités semblables au sujet desquelles je vous ai dit et vous redis encore, que ceux qui les commettent ne posséderont point le royaume de Dieu. Ce passage de l’Apôtre, étudié autant que mon sujet l'exige, pourra résoudre ce problème : Qu'est-ce que vivre selon la chair ? Car, parmi ces œuvres de la chair qu'il dit être aisées à connaître et qu'il condamne, nous ne trouvons pas seulement celles qui se rattachent à la volupté sensuelle, comme la fornication, l'impureté, l'impudicité, l'ivrognerie, la gourmandise, mais d'autres encore qui appartiennent à des vices étrangers à cette volupté. Qui ne voit, en effet, que l’idolâtrie, les empoisonnements, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les dissensions, les hérésies, les haines, sont des vices de l'âme plutôt que du corps ? Il peut se faire qu'on s'abstienne des plaisirs du corps pour se livrer à l'idolâtrie, ou pour suivre quelque hérésie, et cependant l’idolâtre et l'hérétique sont condamnés par l'Apôtre comme vivant selon la chair, et par conséquent comme faisant les œuvres damnables de la chair, en cela même qu'ils s'abstiennent de ses voluptés. Les inimitiés ne sont-elles pas dans l'âme ? Et qui s'aviserait de dire à son ennemi, ou à celui qu'il prendrait pour tel : Vous avez contre moi une mauvaise chair, pour dire qu'il aurait contre lui une mauvaise volonté ? Pourquoi le Docteur des gentils appelle-t-il donc tout cela œuvres de la chair, sinon parce qu'il use ici de cette façon de parler qui consiste à dire la partie pour le tout ; la chair, par exemple, pour l'homme lui-même. "
2. Ibid., c. 3 : " Saint Paul impute à la chair des vices (tels que l'envie et l'orgueil) qu'on trouve aussi dans le démon, et même d'une manière en quelque sorte dominante, quoique certainement le démon n'ait point de chair. Car il dit que les inimitiés, les querelles, les rivalités, les animosités et les haines sont les œuvres de la chair ; or, c'est l'orgueil qui est la source de tous ces vices, et l’orgueil domine dans le démon, sans que la chair puisse y être pour rien. En effet, qui est plus ennemi des saints que le démon ? Qui a plus d'animosité contre eux ? Qui est plus jaloux de leur gloire ? Puisqu'il a tous ces vices et qu'il est privé de chair, comment ces vices sont-ils donc les œuvres de la chair, sinon parce que ce sont les œuvres de l'homme, que saint Paul, comme je l'ai dit, comprend tout entier sous le nom p.295 fin p.296 début de chair ? Ce n'est pas, au fond, parce que la chair est dans sa nature, puisqu'elle n'est pas dans celle du démon mais c'est parce qu'il a voulu vivre selon lui-même, c'est-à-dire selon l'homme, que l'homme est devenu semblable au démon. Le démon aussi a voulu vivre selon lui-même quand il n'est pas demeuré dans la vérité ; et quand il mentait, cela ne venait pas de Dieu, mais de lui-même, de lui qui n'est pas seulement menteur, mais aussi le père du mensonge ; de lui qui a menti le premier, et qui n'est l'auteur du péché que parce qu'il est l'auteur du mensonge. "
3. Le même, Serm. VI de verbis apostoli, c. 9 : " Qu'est-ce que se conduire selon la chair ? C'est donner son consentement aux désirs charnels. Qu'est-ce que se conduire selon l'esprit ? C'est se mettre sous la protection de l'Esprit-Saint, et résister aux passions charnelles. Car c'est de cette manière que s'accomplit en nous la loi, que s'accomplit en nous la justice de Dieu. En attendant, du moins, on se conforme ainsi à cette maxime du Sage : Ne vous laissez point aller à vos désirs (Ecclés., XIX, 30). Par ces désirs auxquels vous êtes avertis de ne pas vous laisser aller, il faut entendre les désirs illicites. Or, c'est par notre propre volonté, mais par notre volonté aidé de la grâce, que nous devons nous porter à résister à ces sortes de désirs. Car tous les péchés que la concupiscence nous a fait commettre, soit d’actions, soit de paroles, soit de pensées, ont été effacés par le baptême ; un même pardon a été accordé d'un seul coup à toutes nos fautes. Il n'y a donc plus pour vous qu’à soutenir le combat contre la chair, puisque, quoique la faute ait été effacée, il vous reste toujours une certaine infirmité. C'est un désir criminel qui vous tente ; résistez à ce désir, combattez-le vaillamment, n'y consentez en rien, et vous aurez accompli la maxime : Ne vous laissez pas aller à vos désirs.
Et quand même ces désirs s'insinueraient dans votre âme, et s'empareraient de vos yeux, de vos oreilles, de votre langue, de vos pensées volages, vous ne devriez pas pour cela désespérer de votre salut. "
4. Ibidem, c. 11 : " Ceux qui sont dans la chair, c'est-à-dire ceux qui se confient dans la chair, qui suivent leurs mauvais désirs, qui en font leur occupation habituelle, qui recherchent le plaisir que ces désirs leur procurent, qui placent leur bonheur dans de semblables voluptés, ceux-là sont dans la chair, et ne sauraient plaire à Dieu. Car ces paroles : Ceux qui sont dans la p.296 fin p.297 début chair ne sauraient plaire à Dieu, ne signifient pas que tous ceux qui sont dans cette vie ne sauraient plaire à Dieu. Est-ce donc que les saints patriarches ne lui ont pas été agréables ? Et les saints prophètes et les saints apôtres, et les saints martyrs, qui, en confessant Jésus-Christ et dévouant leur corps aux souffrances, non-seulement foulaient aux pieds la volupté, mais encore enduraient les supplices avec joie ; est-ce que tous ces saints n'ont pas plu à Dieu ? Sans doute ils lui ont plu ; mais ils n'étaient pas dans la chair. Ils portaient bien leur chair, mais ils ne se laissaient pas emporter par elle. Car dès-lors il avait été dit au paralytique : Emportez votre grabat (JEAN., V, 8). Ceux donc qui sont dans la chair, de la manière que je l'ai dit et expliqué, non pas précisément parce qu'ils vivent dans ce monde, mais parce qu'ils s'abandonnent à leurs désirs charnels, ceux-là, dis-je, ne sauraient plaire à Dieu. "
CHAPITRE IV. DES HUIT BEATITUDES.
Question I
Quelles sont les béatitudes que nous promet la loi évangélique ? C'est ce que saint Ambroise appelle indifféremment béatitude ou bénédiction du Seigneur, et dont l'évangéliste saint Matthieu a fait l’énumération au nombre de huit, et dans l'ordre suivant :
8. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
1. MATTHIEU, V, 1-3 : " Jésus voyant la foule monta sur une montagne, et quand il fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui ; - et ouvrant la bouche, il les enseignait en disant : - Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume du ciel est eux, etc. " Comme dans le corps de la réponse.
2. LUC, VI, 20 : " Alors Jésus levant les yeux vers ses disciples, leur dit : Vous êtes bienheureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous. "
3. ISAIE, LXVI, 2 : " C'est ma main qui a créé toutes ces choses, et elles sont toutes parce que je les ai faites, dit le Seigneur. Sur qui jetterai-je les yeux, sinon sur le pauvre qui a le cœur brisé et qui écoute mes paroles avec tremblement ? "