Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 172)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

2. MATTHIEU, XX, 28 : " Comme le Fils de l'homme n'est venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs. "

3. LUC, XXII, 27 : " Car qui est le plus grand, de celui qui est à table, ou de celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, cependant, je suis parmi vous comme celui qui sert. "

4. Philippiens, II, 8 : " Il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix. "

6. LUC, IX, 23 : " Il disait aussi à tout le monde

: Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix tous les jours et qu'il me suive. "

7. I Samuel, XVI, 22-23 : " Samuel lui répondit

: Sont-ce des holocaustes et des victimes que le Seigneur demande ? Ne demande-t-il pas plutôt qu'on obéisse à sa voix ? L'obéissance est meilleure que les victimes, et il vaut mieux lui obéir que de lui offrir la graisse des béliers. - Car c'est une espèce de magie que de ne vouloir pas se soumettre et de ne se rendre pas à la volonté du Seigneur. C'est le crime de l'idolâtrie. "

8. Ecclésiaste, IV, 47 : " L'obéissance est bien meilleure que les sacrifices des insensés qui ne savent pas le mal qu'ils font. "

9. LUC, X, 16 : " Celui qui vous écoute m'écoute

; celui qui vous méprise me méprise. Et celui qui me méprise méprise celui qui m'a envoyé. "

10. Ephésiens, VI, 5-8 : " Vous, serviteurs, obéissez avec crainte et respect, et dans la simplicité de votre cœur, à ceux qui sont vos maîtres selon la chair, comme à Jésus-Christ même. - Ne les servez pas seulement lorsqu'ils ont l'œil sur vous, comme si vous ne pensiez qu’à plaire aux hommes, mais en vous considérant comme étant en cela serviteurs de Jésus-Christ, et p.456 fin p.457 début faisant de bon cœur la volonté de Dieu. Servez-les avec affection, regardant en eux le Seigneur, et non les hommes. Sachant que chacun recevra du Seigneur la récompense du bien qu'il aura fait, n'importe qu'il soit esclave ou qu'il soit libre. "

11. Colossiens, III, 20-22-24 : " Enfants, obéissez en tout à vos pères et mères ; car cela est agréable au Seigneur. - Serviteurs, obéissent tout à ceux qui sont vos maîtres selon la chair, ne les servant pas seulement lorsqu'ils ont l'œil sur vous, comme si vous ne pensiez qu’à plaire aux hommes, mais avec simplicité de cœur et crainte de Dieu. - Faites de bon cœur ce que vous faites, comme le faisant pour le Seigneur et non pour les hommes, - sachant que vous recevrez du Seigneur l'héritage du ciel pour récompense. C'est le Seigneur Jésus-Christ que vous devez servir. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Cité de Dieu, liv. XIV, c. 42 :

" Dieu, dans le commandement qu'il fit à l'homme, n'avait en vue que son obéissance, vertu qui est, dans une créature douée de raison, la mère et la gardienne de toutes les autres. "

2. S. JEROME, à la vierge Démétriade, sur la virginité, Epist. VIII, c. 10 : " C'est un bien d'obéir aux anciens, de se soumettre aux supérieurs d'apprendre des autres la science des Ecritures et les règles d'une sage conduite, et de ne pas écouter un fort mauvais maître qui est la présomption (Cf. Œuvres choisies de saint Jérôme, trad. par Collombet, t, V, pag. 372-373). "

3. S. GREGOIRE- LE-GRAND, Moralium in Job, lib. XXXV, c. 12 (al. 8) : " L'obéissance est la seule vertu qui donne entrée dans l'âme à toutes les autres, et qui puisse les conserver. . . . . L'obéissance est préférée avec raison à l'immolation des victimes (I Samuel, XV, 22), parce qu'au lieu que dans ces sortes de sacrifices on n'immolait qu'une chair étrangère, c'est sa propre volonté qu'on immole par le sacrifice de l'obéissance (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. IV, p. 778-779). "

4 : " La vraie obéissance n'a la prétention ni de pénétrer l'intention des supérieurs, ni de faire un discernement entre les préceptes qui lui sont imposés : car celui qui abandonne sa conduite entière à celui qui est chargé de la diriger, ne met son contentement qu’à bien p.457 fin p.458 début faire ce qui lui est prescrit. Celui-là s'interdit tout jugement, qui sait parfaitement obéir. "

5. Ibidem, lib. IV, c. 5 : " Les victimes à offrir, ce sont les actes d'obéissance auxquels sont tenus les inférieurs ; car en nous soumettant aux hommes pour l'amour de Dieu, nous immolons l'esprit d'orgueil. Les autres vertus tiennent tête aux démons ; mais l'obéissance est la seule qui en triomphe. Il faut donc obéir pour remporter la victoire : en soumettant parfaitement sa propre volonté à celle des autres, on s'élève au-dessus des anges tombés par l’effet de leur désobéissance. "

6. Ibidem, lib. VI, c. 2 : " Ceux qui, possédés d'un esprit de désobéissance refusent orgueilleusement d'exécuter les ordres de leurs supérieurs en croyant, faire mieux que ce qui leur est commandé, voudraient sans doute offrir à Dieu ce qu'ils font ; mais c'est en lui refusant le sacrifice d'eux-mêmes. Car si par la pratique des autres vertus nous offrons à Dieu ce qui est à nous, par l’obéissance nous lui offrons nos propres personnes. Toutes les autres bonnes œuvres que nous pouvons avoir la pensée de faire doivent être subordonnées à celles qui nous sont commandées. L'obéissance vaut mieux que les sacrifices. Car il y a bien plus de mérite à soumettre sa propre volonté à celle d'autrui, que de mater notre corps par des jeûne rigoureux, ou même que d'offrir à Dieu le sacrifice d'un cœur contrit : car celui qui sait accomplir parfaitement la volonté de son supérieur sera élevé dans le ciel au-dessus de ceux qui auront jeûné comme de ceux qui auront pleuré. "

7. CASSIEN, Lib. IV de institutis cœnobiorum, c.

10, loue de la manière suivante l'obéissance pratiquée parmi les moines de Tabennes dans la Thébaïde : " L'obéissance s’observe pari eux dans une telle perfection, que les jeunes non-seulement n'osent pas sortir du monastère sans la permission du supérieur, mais ne se permettent pas même sans son ordre de satisfaire leurs besoins naturels. Et c'est ainsi qu'ils s'empressent de faire sans raisonner tout ce qui leur est prescrit, comme si c'était Dieu même qui leur en imposerait le devoir, au point que lors même qu'on leur ordonnerait des choses impossibles, comme cela arrive quelquefois, ils ne s'en porteraient pas moins à les entreprendre, et à les pousser jusqu'où elles pourraient aller, avec une ardeur et un dévouement qu'ils mesurent, non sur leurs forces, mais sur le respect qu'ils doivent à leur supérieur. J'omets de parler ici plus en détail de leur obéissance. Plus tard, je le prouverai par les p.458 fin p.459 début exemples mêmes. " Voir ibidem, c. 24 et les suivants de ce 4e livre.

8. Le même, Collat. II quæ est abbatis

Moysis, c. 11 : " Le moyen donc le plus sûr pour acquérir une véritable discrétion est de suivre les traces des anciens, de n'avoir jamais la présomption de rien faire de nouveau par nous-mêmes, ni d'user de notre discernement pour juger d'aucune chose, mais de régler toutes nos actions d'après la tradition qu'ils nous ont laissée et sur l'exemple de leurs vertus. Celui qui sera bien affermi dans cette manière de vie possédera la discrétion en un degré éminent, et sera à couvert de toutes les embûches et de tous les artifices du démon. Car il n'y a point de vice dont le diable se serve si avantageusement pour jeter un solitaire dans le précipice, et pour l'entraîner dans la mort, que lorsqu'il lui persuade de négliger le conseil de plus anciens que lui, et de s'appuyer sur son propre jugement (Cf. Conférences de Cassien, p. 74-75). "

9. Le même, in Collatione IV quæ est Danielis abbatis, c. 20 : " Il est également dangereux de blesser la règle d'un monastère, ou pour trop veiller, ou pour trop dormir. Ce n'est pas un moindre mal de désobéir à son abbé en lisant quand il faudrait se reposer, qu'en donnant lorsqu'il faudrait lire (Cf. Ibidem, p. 155). "

10. S. BERNARD, Serm. de tribus ordinibus Ecclesiæ, ad Patres in capitulo facto : " Quiconque cherche par des moyens ouverts ou cachés à ne se faire enjoindre par son père spirituel que ce qui s'accorde avec ses propres penchants, se séduit lui-même s'il se flatte d'être dans la voie de l'obéissance. Car alors c'est moins lui qui obéit à son supérieur, que son supérieur qui lui obéit à lui-même. "

11. Le même, in Sermone ad milites templi, c. 13 : " Je ne dois pas passer sous silence ni sans observation ce nom de Béthanie, qui signifie maison d'obéissance. Ce bourg de Marthe et de Marie, où fut ressuscité Lazare, et où nous trouvons par conséquent les deux types de la vie active et contemplative, une admirable figure de la clémence de Dieu envers les pécheurs, et un emblème de la vertu d'obéissance qui doit accompagner les œuvres de pénitence. Qu'il suffise de faire remarquer à cette occasion, que hors de Béthanie les bonnes œuvres non plus que le saint repos de la contemplation, ou que les larmes de la pénitence, ne sauraient plaire à celui qui a montré une telle estime p.459 fin p.460 début pour l’obéissance, que plutôt que de la sacrifier, il a mieux aimé sacrifier sa vie, en se rendant obéissant jusqu’à la mort à la volonté de son père. "

12. Le même, Serm. de virtute obedientiæ et ejus gradibus : " Entre ce qui est absolument mauvais et ce qui est absolument bon, il y a certaines choses indifférentes en elles-mêmes, et qui peuvent être tantôt bonnes et tantôt mauvaises, selon qu'elles se rapportent par circonstance à l'une ou à l'autre de ces deux premières catégories. Ces choses indifférentes sont, par exemple, de marcher ou d'être assis, de parler ou de se taire, de manger ou de jeûner, de veiller ou de dormir, et autres actions semblables, qui peuvent mériter même une très-grande récompense si elles se font avec l'agrément du supérieur.

Nous devons donc quant à ces choses indifférentes être soumis et obéissant à ceux qui ont à nous gouverner, et le faire sans raisonner, pour ne pas charger notre conscience, parce que dans ces sortes de choses Dieu n'a rien voulu prescrire, mais a tout abandonné à la volonté des supérieurs. Que ceux-ci soient dépourvus d'instruction, qu'ils usent sans discrétion de leur autorité, cela ne vous regarde pas ; souvenez-vous seulement que tout pouvoir vient de Dieu, et que celui qui résiste au pouvoir, résiste à l'ordre de Dieu (Rom., XIII, 2). C'est en ces points que nous obéissons plus particulièrement aux hommes ; soumis à un homme, c'est à cet homme aussi que nous devons là-dessus l'obéissance. Ce n'est pas que nous n'obéissions en même temps à Dieu, puisque l'obéissance que nous rendons à nos supérieurs se rapporte par-là même à celui qui a dit : Qui vous écoute m'écoute (LUC, X, 16). Marchons donc dans cette voie avec beaucoup de précaution ; car il s'y trouve beaucoup de degrés qui ne s'aperçoivent pas tout d'abord, et dont il suffit de passer un seul, pour rendre infructueuse son obéissance sur le reste. Le premier degré de l'obéissance, c'est d'obéir volontiers. Obéir volontiers, c'est accomplir de son plein gré la volonté du supérieur. Le second degré de l'obéissance, c'est d'obéir avec simplicité.

Celui qui agit avec simplicité, agit avec confiance (Prov., X, 9). Nous en voyons beaucoup qui accablent leur supérieur de questions, quand celui-ci leur commande quelque chose ; pourquoi ? par quel motif ? dans quel but ? ont-ils coutume de demander toujours ; ils se plaignent, ils murmurent ; ils se tourmentent pour savoir à quoi bon cet ordre, quelle en est la cause, qui est-ce qui a pu le conseiller. De là des murmures, des paroles p.460 fin p.461 début d'humeur, et souvent pleines d'amertume. De là mille prétextes d'excuses, des allégations d'impossibilités imaginaires, des intrigues pour en entraîner d’autres dans son parti. Bien différente était l'obéissance d'Abraham. Ecoutez l'éloge que Dieu fait lui-même de son peuple fidèle : Il m'a obéi, dit-il, dès qu'il a entendu ma voix (Ps. XVII, 45), faisant entendre par-là que l'obéissance avait été simultanée avec l'ordre donné. Le troisième degré de l'obéissance est d'obéir avec plaisir. Car Dieu aime celui qui donne avec plaisir (II Cor., IX, 7). N'obéissez pas avec chagrin, vous dit l'Apôtre, ni parce que vous y seriez contraints par la nécessité. Un visage serein, des paroles douces, honorent beaucoup l'obéissance du subordonné Le quatrième degré de l'obéissance, c'est d'obéir promptement. Le vrai obéissant ne sait ce que c'est que de se mettre en retard ; il n'attend point au lendemain ; la lenteur lui est inconnue ; il prévient les ordres qui lui sont donnés ; ses yeux sont alertes, ses oreilles attentives ; sa langue ne fait point attendre ses réponses ; ses mains et ses pieds sont toujours prêts pour ce qu'il doit faire ; il n'a d'autre pensée que d'accomplir la volonté du supérieur. Le cinquième degré, c'est d'obéir avec courage. Agissez avec grand courage et que vos cœurs s'affermissent, vous tous qui espérez dans le Seigneur (Ps. XXX, 28). Le sixième degré, c'est d'obéir avec humilité. Le septième, c'est d'obéir sans relâche.

Ce n'est pas celui qui aura commencé mais bien celui qui aura persévéré qui sera sauvé (MATTH., X, 22 ; XXIV, 13). Beaucoup commencent, mais peu persévèrent. La persévérance est la fille privilégiée du grand roi, le fruit et la consommation des vertus, la sauvegarde de tout le bien qui peut se faire, la vertu sans laquelle personne ne verra Dieu ni ne sera vu de lui. C'est elle seule qui introduit le zèle observateur de l'obéissance jusque dans l'intérieur du palais du roi, pour voir dans toute sa beauté celui dont la vue fait tressaillir les anges. "

13. Le même, Serm. III de Circumcisione Domini

: " Quand un homme se décide à entrer dans une congrégation, est-ce qu'il demande à être maître avant d'avoir été disciple, à enseigner les autres avant d'avoir appris lui-même ? Il choisit plutôt d'être des derniers dans la maison de son Dieu, et de se soumettre à un maître qui lui apprendra à rompre sa volonté et à contenir ses penchants avec le frein de l'obéissance, pour pouvoir chanter avec le Psalmiste : Vous avez mis des hommes sur nos têtes (Ps. LXIII, 12). Le serviteur ne doit pas dédaigner de faire ce p.461 fin p.462 début dont le souverain maître lui a donné à l'exemple : car un serviteur n'est pas plus grand que son maître (JEAN, XIII, 16). Après avoir crû déjà en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes, comme il avait déjà douze ans, après avoir été trouvé à Jérusalem au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant, il ne s'en retourna pas moins avec ses parents, avec la sainte Vierge et avec Joseph dont il passait pour être le fils, et il leur était soumis (LUC, II, 51). Vous donc aussi, soyez soumis pour son amour. Mais une fois entré dans la voie de l'obéissance, peut-être que vous rencontrerez des aspérités, des difficultés à vaincre ; peut-être que vous recevrez des ordres qui, si salutaires qu'ils vous soient, seront loin de vous être agréables. Si vous les supportez à regret, si vous jugez celui qui vous les donne, si vous murmurez en vous-même contre lui, vous aurez beau obéir au-dehors, vous n'aurez pas le mérite de la patience, et votre action ne fera que couvrir votre méchanceté. Il est donc nécessaire d'appeler alors la patience à votre secours, pour qu'elle vous fasse accepter avec résignation tout ce qu'il y aura de rude et de difficile. . . "

" Afin donc que celui qui court ne fasse pas quelque chute, il doit s'éclairer du flambeau de la discrétion, qui est la mère des vertus et le sommet de la perfection. C'est cette vertu qui apprend à éviter tout excès. Mais comme elle est presque aussi difficile à trouver que le phénix sur la terre, ayez soin de vous munir, pour la remplacer au besoin, de la vertu d'obéissance, pour ne faire rien de plus, rien de moins, rien autrement que ce qui vous est commandé. "

14. S. JEROME, ad Rusticum monachum, epist. IV, c. 6 : " Nul art ne s'apprend sans maître. Les animaux mêmes et les troupeaux, ont des chefs qui les conduisent. Les abeilles ont leurs reines, les grues s'attachent à la suite de l'une d'entre elles dans un ordre qui forme une lettre. Il n'y a qu'un empereur dans un empire, qu'un juge dans une province. Rome, aussitôt après sa fondation, ne put souffrir deux frères sur le même trône, et ses commencements furent inaugurés par un parricide. Esaü et Jacob se firent la guerre dans le sein de Rébecca (Gen., XXV, 22). Nous ne voyons dans une église qu'un évêque, qu'un archiprêtre, qu'un archidiacre, et chaque ordre du clergé a son chef spécial. Dans un navire il n'y a qu'un pilote, dans une maison qu'un maître ; dans une armée, si grande qu'elle soit, on ne reçoit d'ordres que d'un seul. "

p.462 fin p.463 début " Je ne veux point vous ennuyer par de plus longs détails ; tout ce que je dis ici tend seulement à vous prouver que vous devez non point rester maître de vos actions, mais vivre dans un monastère sous la discipline d'un père, et dans la compagnie de plusieurs religieux, pour apprendre auprès de l'un l'humilité, auprès des autres la patience ; de l'un, à garder le silence ; des autres, à pratiquer la douceur ; pour apprendre à ne pas faire ce qu’il vous plaira, à ne manger que ce qu'on vous dira de manger, ne porter de vêtements que ceux qu'on vous donnera, à ne faire que le travail qui vous sera prescrit, à vous soumettre à des personnes qui ne vous plairont pas, à ne vous coucher qu'accablé de lassitude, à dormir en marchant, et à vous lever avant d'avoir pris tout votre sommeil. "

Ibidem, c. 7 : " Vous ne chanterez des psaumes qu’à votre rang, et vous chercherez dans cet exercice non point la douceur de la voix, mais l’affection du cœur, suivant ce que dit l'Apôtre (I Cor., XIV, 15) ; Je chanterai de cœur, je chanterai aussi d'esprit ; et encore (Col., III, 16) : Chantez dans vos cœurs les louanges du Seigneur ; car il avait lu ce précepte (Ps. XLVI, 8) : Chantez sagement. Il vous faudra servir vos frères, laver les pieds des bêtes, souffrir en silence une injure, er ; craindre le supérieur du monastère comme votre maître, et l'aimer comme un père ; croire que tout ce qu'il vous ordonnera vous sera avantageux, ne point raisonner sur les ordres des anciens, vous à qui c'est un devoir d'obéir et de faire ce qu'on vous ordonne, selon ce qu'a dit Moïse (Deut., XXVII, 9) : Ecoute, Israël, et tais-toi (Cf. Œuvres choisies de saint Jérôme, trad. par Collombet, t. V. p. 261-267). "

15. S. BASILE, in Oratione de abdicatione rertim, sive renuntiatione sæculi istius et spirituali perfectione, qui aliis est Serm. II exercitamentorum pietatatis : " Si donc Dieu vous fait la grâce de trouver un homme tel que je vous le représente, et qui soit votre maître dans la pratique des bonnes œuvres, comme vous en trouverez quelqu'un assurément si vous voulez bien le chercher, formez en vous-même la résolution de ne rien faire sans lui demander son avis. Car tout ce çà vous feriez à son insu serait une espèce de larcin et de sacrilège, qui vous conduirait à la mort au lieu de vous être utile, quelque bonne que cette action vous puisse paraître à vous-même. " " Le royaume de Dieu se prend par violence, et ce sont les violents p.463 fin p.464 début qui l’emportent (MATTH., XI, 12). Ce sont là des paroles de l’Evangile, qui appelle violence les travaux et les austérités du corps que les disciples de Jésus-Christ embrassent avec ardeur et de leur propre mouvement, en renonçant à leur propre volonté et à tout ce qui peut flatter le corps, et en gardant tous les commandements du divin Sauveur. Si donc vous voulez conquérir le royaume du ciel, employez la force et la violence ; abaissez votre cou sous le joug du Seigneur ; serrez-vous de ses liens ; chargez volontiers vos épaules d'un tel fardeau (Cf. Ascétiques de saint Basile, p. 18, 33-34). "

16. Le même, Serm. de institutione monachorum, qui aliis est Serm. V exercitamentorum pietatis : " Cette véritable et parfaite obéissance que tous les inférieurs doivent à leur supérieur se fait particulièrement remarquer, en ce qu'on s'abstient sur son avis, non-seulement de tout ce qui est injuste et déraisonnable mais encore des actions les meilleures en elles-mêmes et les plus dignes de louange. Car, quoique l'abstinence et les autres mortifications du corps soient d'une grande utilité, cependant, si un solitaire s'attachant à ses inclinations particulières ne fait en cela que ce qui lui plaît au lieu de se soumettre simplement à l'avis et à l'autorité de son supérieur, il y a plus de péché que de mérite dans cette manière d'agir, saint Paul ayant dit que celui qui résiste aux puissances résiste à l'ordre établi de Dieu (Rom., XIII, 2), et la récompense de l'obéissance et de la soumission étant plus grande que celle de l'abstinence et de la sobriété (Cf. Ibidem, p. 56). "

17. Le même, in regulis brevioribus, interrogat.

96 : " L'Apôtre ayant dit : De sorte que vous ne faites pas tout ce que vous voudriez (Gal., V, 17), il n'y a rien de si dangereux en toute sorte de choses que de permettre à chacun de se conduire par soi-même, et d'agir par sa propre volonté. Au contraire, il faut recevoir de bon cœur tout ce que le supérieur ordonnera, quand même ce serait une chose qui choquerait notre inclination (Cf. Ibidem, p. 310). "

23 (al. 22) : " Considérez ce que Jésus-Christ a dit dans les évangiles pour établir l'obéissance qu'on doit à ses supérieurs. Celui, dit-il, qui vous reçoit me reçoit (MATTH., X, 40) ; et dans un autre endroit : Celui qui vous écoute m'écoute celui qui vous méprise me méprise (LUC, X, 16). Et il est aisé de montrer par plusieurs témoignages p.464 fin p.465 début indubitables des divines Ecritures, et par plusieurs très-fortes preuves, que ce qu'il a dit au sujet de ses apôtres, il l'a établi comme une loi qui doit être également observée envers ceux qui devaient après eux être les conducteurs et les supérieurs des autres, de sorte que nous n'avons rien dit qui ne soit conforme aux lois divines, en disant que l'obéissance que les saints ont rendue à Dieu est le modèle de la soumission que nous devons à nos supérieurs. . . . "

" Qu'est-ce que Jésus-Christ dit à ses apôtres, lorsqu'ils ne faisaient encore que de commencer à être du nombre de ses disciples, qu'ils étaient presque dans l'attente de le voir bientôt entrer en possession d'une royauté temporelle, et qu'ils espéraient régner glorieusement avec lui, en participant à sa dignité royale, et au culte et à l'honneur qu'on lui rendrait, sans qu'il leur en coûtât ni travail, ni fatigue, ni péril. . . . . ; que leur dit-il donc dans le temps qu'ils attendaient ainsi de lui des grandeurs humaines ? Voici tout ce qu'il leur promis : Je vous envoie, leur dit-il, comme des brebis au milieu des loups (MATTH., XX, 16). Or, après avoir entendu des choses si contraires à leurs prétention, ses apôtres ne dirent point à Jésus-Christ : " Nous espérions de vous tout autre chose quand nous nous sommes mis à votre suite, et les commandements que vous nous faites sont tout-à-fait contraires à ce que nous attendions de vous. Nous nous promettions le repos, et vous nous engagez dans les périls. Nous espérions des honneurs, et vous ne nous parlez que d'opprobres ou d'affronts. Nous attendions un royaume, et vous nous ordonnez de souffrir des persécutions et d'être les serviteurs de tout le monde. Les apôtres ne dirent rien de tout cela, quoiqu'ils entendissent de la bouche de Jésus-Christ plusieurs autres choses encore plus fâcheuses que celles que nous venons de rapporter, telles entre autres que celles-ci : On vous livrera aux magistrats pour être tourmentés, et on vous fera mourir, et vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom (MATTH., XXIV, 9). Les apôtres, après avoir entendu tout cela de la bouche de Jésus-Christ sans s'y être aucunement attendus, ne laissèrent pas de se soumettre de bon cœur au joug de l'obéissance, et de s'exposer avec joie aux périls, aux tribunaux des magistrats, aux affronts, à la lapidation, à l'infamie, aux croix et à mille morts différentes, et ils témoignèrent à souffrir toutes ces choses tant de zèle et d'ardeur, qu'ils allaient jusqu'à en ressentir une satisfaction indicible, joyeux de voir que Dieu leur avait fait la grâce de participer aux souffrances de p.465 fin p.466 début Jésus-Christ. Car ils sortirent du conseil, dit saint Luc, tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus-Christ (Act., V, 41). "

" Il faut qu'un véritable solitaire rende cette obéissance à son supérieur. Car Jésus-Christ n'a pas eu d'autre but dans le choix de ses disciples, que d'enseigner aux hommes à avoir de l'émulation pour ce genre de vie dont ils étaient les modèles, comme nous l'avons déjà dit. Le supérieur d'un monastère n'est en effet autre chose qu'un homme qui représente la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ faisant l'office de médiateur entre Dieu et les hommes, et offrant à Dieu en sacrifice les volontés de ceux qui font profession de lui obéir. . . . "

" Comme donc les brebis obéissent à leur pasteur, et marchent dans le chemin par lequel il les conduit, ainsi est-il juste que ceux qui font une profession particulière de piété obéissent à leurs supérieurs, sans rechercher avec trop d'empressement les motifs des commandements qu'ils en reçoivent lorsqu'il n'y a point de péché à les exécuter ; et c'est ce qu'ils doivent faire avec beaucoup d'ardeur et de zèle. Car de même qu'un charpentier ou un maçon se sert comme il l'entend des instruments de son métier, dont il n'y a aucun qui ne se ploie à faire les choses que cet artisan lui demande, et qui ne suive tous les mouvements de la main qui le conduit ; ainsi un solitaire, qui est entre les mains de son supérieur comme un instrument utile à un artisan comme celui-ci qui veut donner toute la perfection possible à l'édifice spirituel dont il est chargé, doit lui obéir dans toutes les choses où ce dernier jugera à propos d'employer son ministère, de peur que, s'il s'y refusait, l'ouvrage n'atteignît pas la perfection voulue. Et comme un instrument ne se choisit pas i lui-même ce qu'il doit faire pour l'utilité de l'art auquel il est destiné, de même il n'est nullement à propos qu'un solitaire fasse par lui-même le choix des ouvrages pour lesquels il peut être utile, mais il doit s'abandonner à la sagesse et à la conduite de l'artisan qui l'emploie, pour que ce dernier use de lui comme il lui plaira. (Cf. Ascétiques de saint Basile, p. 562-568). "

19. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium in Job, lib. XXXII, o. 21 (al. 11), dit en parlant des suggestions perfides et des tentations artificieuses du démon : " Un autre aura résolu, non-seulement de ne plus rechercher de nouveaux, biens sur la terre, p.466 fin p.467 début tuais même de renoncer à tous ceux qu'il possède, afin de remplir avec d'autant plus de liberté l'office de disciple du Maître céleste, qu'il se sera affranchi de toute espèce d'obstacles extérieurs, en foulant aux pieds tout ce bagage dont la pesanteur pouvait l'accabler. Alors l'ennemi qui tend sans cesse des embûches au cœur de l'homme lui parle par ses suggestions secrètes à peu près de cette manière : D'où vous vient une si téméraire hardiesse, que de vous figurer pouvoir subsister en ce monde après avoir abandonné toutes choses ? Vous vous mettez en un autre état que celui où le Créateur vous a fait naître ; et il vous aurait fait beaucoup plus fort, s'il avait voulu que vous suivissiez ses traces en vous dévouant à tous les inconvénients de la pauvreté. N'en voyez-vous pas une infinité qui gardent leurs biens temporels, et qui s'en servent pour acquérir par un saint commerce l'héritage de l’éternité en pratiquant les œuvre de la miséricorde ? Voilà ce que le démon lui suggère d'une manière douce et flatteuse, pendant qu'il cache dans ces biens mêmes qu'il lui conseille de retenir des plaisirs empoisonnés pour le tromper, afin d'attirer son cœur par ces voies décevantes, à des divertissements extérieures et lui faire abandonner les projets de perfection qu'il avait formés. De sorte qu'il est vrai de dire que ses os sont comme des flûtes d'airain (Job, XL, 17), puisque ses desseins trompeurs, en portant agréablement aux oreilles du cœur le bruit enchanteur des plaisirs terrestres, lui causent une perte irréparable par rapport aux biens spirituels. "

" Un autre ayant abandonné tous les biens extérieurs qu'il possédait pour s'élever à un plus haut degré de perfection, se propose de détruire aussi en lui-même sa propre volonté, afin que, soumis à celle d'un autre qui soit plus réglée que la sienne, il ne renonce pas seulement à ses désirs dépravés, mais qu'encore, pour arriver au plus haut degré de la perfection, il renonce à soi-même jusque dans ses bonnes œuvres et n'agisse plus en toutes choses que par la volonté d'autrui. Alors, l'ennemi fin et adroit s'adresse à lui d'une manière d'autant plus artificieuse, qu'il cherche à le faire tomber dans un état plus éminent ; et le flattant de ses paroles empoisonnées, il lui dit : O que vous pourriez faire de choses admirables, si vous ne vous assujettissiez pas servilement à la volonté d'autrui ! Pourquoi arrêtez-vous ainsi, sous prétexte d'une plus grande perfection, votre avancement dans la vertu ? Pourquoi ralentissez-vous votre progrès spirituel, en voulant le hâter davantage ? Pourquoi affaiblissez-vous vos p.467 fin p.468 début bons desseins, en vous efforçant de les porter plus loin qu'ils ne doivent aller ? Où est le mal que vous avez fait tandis que vous avez agi par votre volonté propre ? Puis donc que, pour mener une bonne vie, il vous suffit de vous conduire par vous-même, pourquoi vous mettez-vous en peine de vous mettre sous la direction d'un étranger ? Voilà de quelles flatteries l'amuse le démon, pendant qu'il lui tend des pièges dans l'exercice de sa propre volonté pour le faire tomber dans l'orgueil, et en même temps qu'il lui fait goûter la louange que mérite la pureté avec laquelle il vit, il cherche adroitement les moyens d'insinuer dans son cœur le dérèglement de la perversité (Cf. Les Morales de saint Grégoire, t. IV, p. 544-546). "

20. NICEPHORE, Eccles. histor., lib. XI, c. 37

: " Pior était encore tout jeune lorsqu'il embrassa la vie monastique. En quittant la maison paternelle, il promit à Dieu de ne plus reparaître devant qui que ce fût de sa famille. Au bout de cinquante ans, sa sœur ayant appris qu'il était toujours de ce monde, d'après un indice tout extraordinaire qui lui en avait été donné, ne put contenir sa joie et voulut absolument le voir. Elle pria donc l’évêque du lieu, en versant des larmes et en poussant des cris, d'écrire à Scété pour qu'on lui renvoyât son frère. L'évêque, ayant égard l'âge avancé de cette femme, écrivit au supérieur du monastère de lui envoyer Pior. Après qu'il eut reçu cet ordre, le saint religieux, ne pouvant opposer aucune résistance (car les moines de l'Egypte, comme au reste ceux de tous les autres pays, ne sauraient sans crime désobéir à ce qui leur est ordonné), s'en revint dans sa patrie, accompagné d'un autre religieux. Quand il fut près de la porte de la maison paternelle, il fit avertir sa sœur de son arrivée. Et comme il entendit le bruit de ses pieds, ainsi que celui de la porte qui s'ouvrait, il appela sa sœur par son nom, et lui dit en détournant les yeux : Je suis Pior, votre frère, vous avez voulu me voir, voyez-moi à votre aise. Sa sœur le considéra assez longtemps, en rendant grâces à Dieu d'avoir satisfait à son désir ; pour lui, après avoir fait une prière devant la porte, il se retira et reprit le chemin de son monastère. "

21. S. BASILE, Constitutions monastiques, c. 23, passage rapporté déjà dans le corps de la réponse et de plus p. 464, témoignage 18.

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