Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 171)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

41. Ibidem, c. 78 : " Ecoutez encore Jésus-Christ

: " Ils ne se donnent point à une épouse, ils n'en prennent point, ils sont comme les anges dans le ciel. " Voilà la différence, voilà à quelle hauteur la virginité élève une faible créature ; toutefois il faut que ce soit une véritable virginité. "

42. Ibidem, c. 79 : " Et voyons en quoi différaient des anges les Elie, les Elisée, les Jean-Baptiste, tous ces héros de la virginité. En rien, si ce n'est qu'ils étaient esclaves de la mort. Quant au reste, l'examen le plus minutieux, ne fera rien découvrir dans ces derniers qui doive les mettre au-dessous des anges ; la seule chose en quoi ils n'égalent pas cette noble nature augmente encore leur mérite. Quel courage en effet, quelle force de volonté n'a-t-il pas fallu pour s'élever à ce comble de vertu, malgré les liens terrestres, malgré les entraves d'une nature mortelle ! Or, il est de toute évidence qu'ils n'ont dû leur perfection qu’à la virginité : comment, avec une épouse et des enfants, auraient-ils pu se retirer dans les déserts, n'avoir nul souci de leur demeure, ni de tout ce qui regarde la vie du corps ? Ces chaînes une fois brisées, au contraire, ils vivaient sur la terre comme habitant le ciel, ne demandant ni palais, ni abri, ni couche, ni table, ni rien de ce genre : n'avaient-ils pas pour abri le ciel, pour couche le sol, pour table la vaste solitude ? Et ce qui ferait craindre aux hommes de mourir de faim, la stérilité même du désert, était pour ces saints une abondance intarissable. "

43. Ibidem, c. 83 : " Permettez-moi, du reste, de revenir à p.428 fin p.429 début ce que je vous disais tout-à-l'heure : Dieu exige de nous un degré de vertu bien différent de celui qui faisait le mérite des temps anciens. Personne aujourd'hui ne peut se croire parfait, s'il n'a pas vendu tous ses biens, s'il n'a dit un éternel adieu non-seulement aux richesses, aux palais somptueux, mais aussi à son âme. Il fallait à l'époque d'Abraham moins de sacrifices. Qu'est-ce à dire ? me répondra-t-on ; nous vivons donc plus saintement qu'Abraham ? Il devrait certainement en être ainsi ; Dieu nous l'ordonne, et nous ne le faisons pas (Cf. S. Joannis Chrysostomi opera, tome Ier, p. 275-334, édit. de Montfaucon, p. 335-409, édit. de Gaume. Voyez aussi ce qu'a dit de cet ouvrage de saint Chrysostôme Nicéphore, dans son Histoire ecclésiastique, liv. XIII, c. 9). "

44. S. AMBROISE, epist. LXXXI (al. 42) ad Syricium

Papam ; n. 2 : " Le caractère de ces hommes agrestes est de ne pas honorer la grâce de la virginité, de ne pas conserver son rang à la chasteté, de vouloir tout confondre, de ne pas discerner les divers mérites de chaque état et d'introduire une espèce de pauvreté et d'indigence dans les récompenses célestes, comme si Jésus-Christ n'avait qu'une couronne à donner, et qu'il n'eût pas plusieurs sortes de prix à distribuer. "

Ibidem, n. 3 : " Ils font semblant de respecter le mariage. Mais quelle louange peut-on lui donner, si la virginité est sans aucune gloire ? Nous ne nions pas que le mariage ait été sanctifié par Jésus-Christ lorsqu'il a dit : Ils seront deux dans une seule chair (MATTH., XIX, 8). Mais notre naissance est avant l'état que nous embrassons, et l'ouvrage mystérieux que Dieu opère en nous est infiniment préférable à ce qui sert de remède à la fragilité humaine. On loue avec justice une femme vertueuse ; mais on lui préfère sans hésiter de saintes vierges, selon ce qu'a dit l'Apôtre : Celui qui marie sa fille fait bien ; celui qui ne la marie pas fait encore mieux. Celle-ci pense aux choses de Dieu, celle-là aux choses du monde (I Cor., VII, 38). L'une est gênée par les liens du mariage ; l'autre est dans une pleine liberté. L'une est sous la loi, l'autre sous la grâce. Le mariage est bon : par lui on a trouvé le moyen de se donner des successeurs et de multiplier le genre humain ; mais la virginité est beaucoup meilleure. Par elle on acquiert l'héritage du royaume du ciel, et l'on trouve une riche succession de mérites. La femme mariée a fait passer dans le monde les soins et les inquiétudes, la vierge nous a apporté la paix et le salut. . . "

p.429 fin p.430 début Ibidem, n. 14 : " Sachez donc que, selon le jugement que votre sainteté a prononcé, nous avons condamné Jovinien, Auxence, Germinator, Félix, Plotin, Genial, Martien, Janvier et Ingeniosus que vous avez condamnés. "

45. Le même, epist. LXXXII (al. 65) ad

Vercellensem Ecclesiam, n. 7 : " J'apprends que vous avez dans votre ville, etc.; " comme plus haut, question I de ce chapitre, témoignage 8, pages 325 et suiv. "

47. Le même, Lib. I de virginibus : " L'amour de la pureté nous invite, et vous, ma sœur en Jésus-Christ, vous m'invitez plus encore, par la sainteté de vos mœurs, sans avoir besoin de rien me dire, à vous dire quelques mots de la virginité, pour ne pas paraître passer légèrement sur une vertu qui devrait plutôt être mise à la tête de toutes.

Car si la virginité mérite des éloges, ce n'est pas parce qu'elle se rencontre dans les martyrs, mais c'est parce qu'elle fait elle-même les martyrs. Mais quel langage humain pourrait atteindre à la hauteur d'une vertu que la nature elle-même n'a pu soumettre à ses lois ? Ou quelles expressions tirées des objets de la nature pourraient nous faire comprendre ce qui est en dehors du cours ordinaire de la nature ? C'est dans le ciel que la virginité a été prendre son modèle pour pouvoir le reproduire sur la terre. Et c'est à bon droit, etc.; " comme plus haut, question II, témoignage 20, pages 342 et suiv.

Le saint docteur continue ainsi : " On ne trouve pas non plus qu'Elie ait éprouvé le besoin de ces sortes de jouissances. Et c'est pour cela sans doute qu'il a été enlevé au ciel dans un char de feu, qu'il a apparu à côté du Seigneur dans sa glorieuse transfiguration, et qu'il sera à la fin des siècle le précurseur de son dernier avènement.

. . . . "

" Quoique je n'aie pas entrepris l'éloge, mais seulement le tableau de la virginité, je crois à propos de dire quelle en est la patrie et quel en est l'auteur. Commençons par en chercher la patrie. Si la patrie est là où se trouve le domicile paternel, le ciel est à coup sûr la patrie de la chasteté. Elle n'est donc ici que comme étrangère, citoyenne qu'elle est du ciel. Mais qu'est-ce que la chasteté virginale, sinon une chasteté qui n'a jamais été mêlée d'aucune souillure ? Et quant à son auteur, quel autre pouvons nous lui trouver, que le très-saint Fils de Dieu, dont la chair n'a jamais éprouver la corruption, dont la divinité est étrangère à p.430 fin p.431 début toute souillure ? Voyez donc combien est grande l'excellence de la virginité. Comparons, si vous le voulez, les plus grands de tous les avantages des femmes mariées avec les moindres de ceux des vierges. Qu'une femme vante tant qu'elle voudra sa fécondité, plus elle aura enfanté ou mis au monde d'enfants, plus elle se sera occasionnée de douleurs. Elle fait bien de compter les consolations qui lui reviennent de son mariage, mais qu'elle en compte aussi les chagrins. Elle se couvre du voile nuptial, et elle pleure. De quelle nature est donc cet engagement, qu'elle ne peut prendre sans pleurer ?. . . "

" Parents, vous avez entendu quelles sont les vertus dont vous devez inspirer la pratique à vos filles, quels sont les principes d'éducation que vous devez leur donner, pour que les mérites qu'elles pourront amasser plaident auprès de Dieu le pardon de vos fautes à vous-mêmes. Une vierge est un don du ciel ; elle fait la gloire et la joie de ses parents ; elle exerce dans la maison paternelle le sacerdoce de la chasteté. Une vierge est une victime qui s'immole chaque jour, afin d'apaiser la colère de Dieu par son sacrifice. Je ne cherche point à détourner du mariage ; mais on me permettra d'énumérer les fruits de la virginité chrétienne.

Elle est le privilège du petit nombre ; le mariage est le droit de tous. La virginité même serait impossible, si le mariage ne lui donnait naissance. Je fais la comparaison entre deux biens différents, pour mettre plus à même de voir lequel des deux l'emporte.

Et ce n'est point mon propre sentiment que je vise à faire prévaloir ; mais je répète seulement l'oracle que l'Esprit-Saint a proclamé dans les termes suivants par la bouche du Prophète : La stérilité est préférable avec la vertu (Sag., IV, 1, d'après la version des Septante). Vous avez, vierges saintes, dans la protection des anges un appui tout particulier, vous dont l'inviolable pudeur conserve exempt de souillure le lit du divin époux. Et je ne m'étonne pas si les anges combattent pour vous, puisque leurs vertus sont vos armes. La chasteté virginale mérite bien l'appui de ceux dont elle mérite de partager la condition. Eh ! pourquoi tant m'étendre sur l'éloge de la chasteté ? C'est la chasteté qui a fait les anges. Celui qui a conservé la chasteté est un ange ; celui qui l'a perdue est un démon. Que n'aurais-je pas à dire de l'état de résurrection, dont vous possédez déjà les avantages ? Car, après la résurrection, les hommes n'auront point de femmes, ni les femmes de maris ; mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel (MATTH., XXII, 30).

p.431 fin p.432 début Ce qui nous est promis, vous en jouissez déjà, et l'objet de nos vœux est pour vous une réalité. Quelqu'un dira : Vous ne faites que nous répéter tous les jours les louanges de la virginité. Mais puis-je faire autrement, quoique tout le bien que j'en dis ne persuade à personne de l'embrasser ? Mais ce n'est pas ma faute. Pour tout dire, il nous vient des vierges du pays de Plaisance, de celui de Bologne, de la Mauritanie même pour recevoir ici le voile ; c'est quelque chose qui tient du prodige : je parle ici, et je persuade ailleurs. S'il continue d'en être ainsi, pour réussir à vous persuader, nous irons prêcher chez d'autres peuples. D'où vient ce fait singulier, que ceux qui ne m'entendent pas me suivent, et que ceux qui m'entendent ne me suivent pas ? Je sais que plusieurs jeunes personnes voudraient faire profession de virginité, mais qu'elles en sont empêchées par leurs mères, et ce qui est plus grave, par leurs mères veuves, de ces veuves dont il est question ici. Quoi ! si vos filles s'éprenaient d'amour pour un homme, la loi leur donnerait toute liberté de se marier avec lui, elles seraient libres d'épouse un homme ; et elles ne le seraient pas d'épouser un Dieu (Voir sur ce sujet le concile de Trente, session 25, de regularibus et monialibus, c. 18) ? Considère combien sont doux les fruits de la pudicité : ils ont adouci jusqu'aux peuples barbares. Nous voyons ici des vierges venues des extrémités de la Mauritanie, et de plus loin même comme aussi de plus près s'empresser de se consacrer au Seigneur. Heureuse la vierge dont la pudeur est encouragée par la conformité des vues de ses parents sur elle ! mais plus glorieuse encore celle dont l'ardeur, des sa première jeunesse, n'a pas besoin de cet aliment maternel pour s'embraser du feu le plus pur de la chasteté. Vos parents vous refuseront-ils votre dot ? mais vous avez pour époux celui qui possède toutes les richesses : ses trésors vous suffiront, et vous pouvez renoncer sans vous appauvrir aux avantages de la succession paternelle. Oh ! combien une pauvreté chaste n'est-elle pas préférable à une dot toujours plus ou moins restreinte ! Commencez, et vierge, par remporter une victoire sur l'affection si légitime d'ailleurs que vous portez à votre famille. Victorieuse de ces sentiments naturels, vous aurez vaincu le siècle. Une vierge de notre temps, autrefois illustre dans le siècle, plus illustre encore aujourd'hui devant Dieu, étant pressée de se marier par ses parents et ses proches, se réfugie au pied du saint p.432 fin p.433 début autel : Où pouvait-elle en effet trouver un meilleur asile ; que là où peut s'offrir le sacrifice de la chasteté ? Mais sa hardiesse alla plus loin. La voilà près de l'autel de Dieu, cette sainte victime de la pudeur et de la chasteté : tantôt elle saisit la main du prêtre et se la met elle-même sur la tête en le suppliant de prononcer sur elle la prière usitée ; tantôt, impatiente du délai que requiert la coutume, elle abaisse sa tête sous l'autel. " O ma mère, s'écriait-elle, pourriez-vous mieux me voiler que ne le fait cet autel, qui sanctifie les voiles eux-mêmes ? Quel linge plus convenable pour cet office que celui sur lequel Jésus-Christ, notre chef à tous, est consacré tous les jours ? Que faites-vous, disait-elle encore à toute sa parenté qui la pressait, et pourquoi perdre vos soins à me chercher un parti dans le monde ? Je suis déjà pourvue :

vous m'offrez un époux et j'en ai choisi un autre. Donnez-m'en un aussi riche, aussi puissant et aussi grand que le mien, et alors je verrai quelle réponse j'aurai à vous faire. Mais vous ne me présenter rien de semblable. Car, si celui dont vous me parlez est un homme, et si celui dont j'ai fait choix est un Dieu, vouloir me l'enlever, ou m'enlever à lui, ce n'est pas établir ma fortune, c'est envier mon bonheur. " Comme quelqu'un se fut avancé à lui dire, au milieu du silence que gardaient les autres, que si son père eût vécu, il n'eût jamais consenti à la résolution qu'elle avait formé : " Ah ! répliqua-t-elle, enflammée qu'elle était de l'amour divin, qui l'emportait en elle sur le sentiment de la piété filiale, c'est pour cela peut-être que le Seigneur l'a retiré ; c'est afin qu'il ne pût être un obstacle aux ordres du ciel, et aux desseins de la Providence sur moi. " Cette répons relative à son père devint un véritable oracle par rapport à elle-même et que justifia sa mort, arrivé seulement dans un âge avancé. Tous les autres, craignant chacun le même sort, commencèrent à approuver une résolution à laquelle ils s'étaient opposés jusque-là ; et la sainte victime ne perdit rien de ses biens même temporels, mais elle ne fit encore qu'y gagner sous ce rapport. Voilà, ô vierges à qui je m'adresse, un prix proposé à votre chasteté ; mettez-vous en garde contre des parents qui pourraient être pour vous une pierre d'achoppement. "

48. Le même, Lib. II de virginibus : " Dans le premier livre, nous avons déroulé à vos yeux, plutôt qu'expliqué les avantages de la virginité, pour que la grâce du bienfait divin invite par elle-même celles d'entre vous qui prendront la peine de me lire. p.433 fin p.434 début Il convient maintenant de dire de quelle manière une vierge doit être formée aux vertus de son état et c'est ce qui va faire le sujet de ce deuxième livre. "

49. Le même, Lib. III de virginibus : " Les gentils eux-mêmes, dans leurs temples comme dans leurs foyers, ont en vénération la virginité ; et quelque corrompus qu'ils soient en eux-mêmes, quelque étrangers qu'ils soient à la véritable piété, ils n'ont que des éloges à décerner à cette vertu. Ainsi donc personne n'écartera une vierge des autels profanes, et on oserait interdire à la virginité l'église de Dieu ? Chez les gentils, on impose aux vierges par contrainte un joug dont elles ignorent la douceur ; chez nous, on leur défendrait ce dont nous ne pouvons nous dispenser de leur enseigner les avantages ? Là on leur propose des prix pour qu'elles renoncent au mariage ; ici, on les contraindrait à se marier à force de mauvais traitements ? Là, on leur fait violence pour les enchaîner à une chasteté perpétuelle ; ici, on leur ferait violence pour les empêcher d'en faire profession ? Et des prêtres pourraient-ils consentir à ne pas prendre en main la défense, au prix même de leur vie, s'il le fallait, du sacrifice que la virginité vient offrir aux pieds des autels ? On nous accuse, et si je ne me trompe, nos accusateurs se trouvent la plupart dans vos rangs. J'aime mieux reprendre leur manière d'agir que de vous dénoncer leurs personnes.

Le sujet de cette accusation est donc que je vous engage à garder la chasteté. Celui qui en témoigne de l'humeur se dénonce lui-même. Vous enseignez la virginité, me reproche-t-on, et vous persuadez à un grand nombre de l'embrasser. Plût à Dieu qu'on réussit à me convaincre de ce dont on m'accuse ; plût à Dieu qu'on nous fit voir les résultats d'un tel crime ! Si je pouvais être assuré de ces effets de mon enseignement, je ne n'effraierais point de la haine qu'ils m'auraient attirée. Plût à Dieu que vous pussiez me confondre en ce point par des exemples, plutôt que de me maltraiter par vos discours ! Mais je crains bien de passer pour m'être donné à moi-même de prétendus accusateurs, dont les délations simulée ne soient autre chose qu'un éloge déguisé, mais non mérité, de ma conduite. Vous empêchez de se marier, me dit-on, des vierges initiées aux saints mystères, et déjà consacrées pour garder la chasteté toute leur vie. Eh ! que n'eussé-je pu les rappeler au pied des autels, si elles avaient eu la pensée de se marier ! Plût à Dieu que je pusse alors changer pour elles le poêle nuptial dans le voile sacré de la pudeur virginale ! Est-ce p.434 fin p.435 début qu'on peut trouver mauvais que nous n'enlevions pas aux saints autels pour les marier des vierges consacrées à Dieu ? Quoi ! on veut bien leur permettre de prendre un époux mortel, et on ne leur permettra pas de préférer Dieu à cet époux ? Pour moi donc tout seul la nature des choses sera changée, et on me fera un sujet d'opprobre de ce qui a toujours été pour des prêtres un sujet de gloire, savoir, de jeter dans les âmes les semences de la pureté d'encourager la jeunesse à la pratique de la virginité ! Car, je le demande, à quel titre m'en fait-on un reproche ? Est-ce comme d'une chose mauvaise, ou comme de quelque chose de nouveau, ou comme d'une chose inutile ? Si c'est comme d'une chose mauvaise, il faudra donc regarder comme mauvais ce qui devrait être plutôt l'objet de tous les vœux ce qui fait la vie des anges, ce qui fait l'honneur de notre résurrection future. Car les hommes qui ne prendront pas de femmes, et les femmes qui ne prendront pas de maris, seront comme des anges dans le ciel (MATTH., XXII, 30). Blâmer cela, c'est donc condamner le vœu de la résurrection. Concluons qu'on ne peut pas considérer comme mauvais ce qui est proposé aux hommes pour récompense, ni se faire de la peine de voir représenté en figure ce dont la réalité doit être l'objet de nos vœux comme le fruit de nos travaux. Mais si ce n'est pas quelque chose de mauvais, n'est-ce pas du moins quelque chose de nouveau et d'étrange. Car nos principes à nous sont de condamner toute nouveauté qui n'a pas Jésus-Christ pour auteur, parce que Jésus-Christ est la voie que doivent suivre tous les fidèles. Si donc on peut nous prouver que Jésus-Christ n'a pas enseigné ce que nous enseignons, nous serons les premiers à détester notre enseignement. Examinons en conséquence si Jésus-Christ a enseigné aux hommes la chasteté ou s'il l'a répudiée par sa doctrine. Voici ses paroles : Et il y a des eunuques qui se sont faits eunuques eux-mêmes pour gagner le royaume des cieux. C'est assurément une belle milice que celle qui combat pour obtenir le royaume des cieux. Il est donc vrai que dès-lors Notre-Seigneur a enseigné que la profession de la chasteté n'avait rien que de digne d'éloges. C'est aussi ce qui a fait dire aux apôtres, qui virent bien la prédilection que Notre-Seigneur avait pour cette vertu : Si la condition de l'homme est telle avec sa femme, il est avantageux de ne pas se marier. Ces paroles montrent bien, et la pensée qu'eurent aussitôt les apôtres des incommodités du mariage, et la préférence qu'ils donnèrent sur lui à la pratique exacte de la chasteté. Mais Notre-Seigneur, p.435 fin p.436 début qui savait que si la chasteté devait être prêchée à tous, elle ne pouvait être le partage que de quelques-uns, répliqua à ses apôtres : Tous ne sont pas capables de cette résolution mais ceux-là seulement à qui il a été donné. Ce qui veut dire : La chasteté n'est pas chose vulgaire ni commune ; ce n'est pas une concession faite à la faiblesse de la nature, mais un privilège attribué à la vertu. Enfin, après avoir dit, Et il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes tels en vue du royaume des cieux, pour montrer que cela supposait une vertu non médiocre, il ajoute : Que celui-là comprenne, qui a le don de comprendre. C'est pour cela aussi qu'aussitôt après cette parole, on lui présenta à bénir des enfants qui, grâce à la faiblesse de leur âge, conservaient encore toute leur innocence. Car le royaume des deux est pour ceux qui leur ressemblent, ou qui remontent pour ainsi dire à la pureté de leur première enfance, dont l'innocence est comme l'attribut, par l'ignorance où ils savent se maintenir de tout ce qui pourrait les corrompre. La virginité a donc aussi l'approbation du ciel ; sa pratique nous est recommande par le divin Maitre. . . . . "

" Si l'on pensait que la consécration des vierges pourrait faire brèche à la multiplication du genre humain, qu'on veuille bien considérer que si dans certains pays il y a moins de vierges, c'est que la population y est aussi moins forte, et que là au contraire où la virginité est le plus en honneur, la population y est aussi plus considérable. Informez-vous, par exemple, du nombre de vierges que les Eglises d'Alexandrie, de tout l'Orient et de l'Afrique envoient tous les ans au pied des autels ; vous compterez ici moins d'habitants que là de vierges qui prennent le voile. Beaucoup disent aussi qu'on ne doit donner le voile aux vierges que lorsqu'elles sont parvenues à un âge avancé. J'avouerai sans peine que les évêques doivent veiller à ce qu'une vierge ne soit pas admise à prendre le voile sans une épreuve suffisante. Oui, que l'évêque fasse attention à l'âge, mais à l’âge qu'une vierge peut avoir de sagesse et de piété. Qu'il fasse attention à la maturité de sa foi ; qu'il observe bien ses habitudes de modestie, ses mœurs séniles, sa pudeur circonspecte, sa chasteté éprouvée. Si avec cela une vierge présente pour plus de garantie la vigilance que sa mère a exercée autour d'elle, les modèles de vertu qu'elle puisait tous les jours dans les exemples de ses compagnes, cette vierge, n'en doutez pas, a toute la vieillesse qu'il faut pour recevoir le voile. S'il lui manque ces garanties, qu'elle soit remise à un autre temps comme trop jeune, non pas d'années, mais de p.436 fin p.437 début conduite. Nous ne saurions donc refuser de prime abord une vierge à cause de sa jeunesse ; mais nous examinons avant tout ses dispositions. Et certes, ce ne fut pas la vieillesse, mais bien la vertu qui fit de Thècle une vierge suffisamment éprouvée.

Qu'ai-je besoin de rien dire de plus, puisque tout âge est appelé à posséder Dieu, tout âge est mûr pour Jésus-Christ ? En un mot, ce n'est pas la vertu qui doit être l'accessoire de l’âge, mais c'est l'âge qui n'est à nos yeux que l'accessoire de la vertu (Sur l'âge requis pour faire vœu de chasteté, voyez le concile de Trente, session XXV, de Regularibus et Monialibus, c. 17). Et qu'on ne s'étonne pas de voir de jeunes personnes se consacrer à Jésus-Christ, puisqu'on a vu jusqu’à des enfants souffrir pour lui le martyre, etc. "

50. Le même, Exhortat. ad virgines, après avoir cité saint Paul dans ce que cet apôtre dit de la virginité (I Cor., VII), Isaïe (LVI, 3), saint Matthieu (XIX) : " Mes filles, continue-t-il, vous venez d'entendre quels avantages sont promis à la chasteté. Elle vous procurera un royaume, et le royaume céleste ; elle vous fera vivre de la vie des anges. La chose que je vous conseille, c'est le parti le plus beau qu'on puisse vous proposer, d'être parmi les hommes comme des anges, qui n'ont point à pratiquer entre eux la société conjugale. Car les femmes qui ne prennent point de maris, et les hommes qui ne prennent point d'épouses sont comme des anges sur terre, n'ayant point à éprouver les tribulations de la chair, ne sachant ce que c'est que l'esclavage domestique, purs de toute pensé mondaine, continuellement occupés des choses divines, élevant jusqu’à Dieu toutes leurs pensées, comme s'ils n'étaient plus retenus par des liens terrestres. Qui pourrait mieux vous servir de conseiller que Paul, ce vase d'élection ? Recueillez donc avec soin ce qu'il dit : Je voudrais que tous les hommes fussent dans l'état où je suis. Il dit encore des personnes non mariées et des veuves : Il leur est avantageux de demeurer dans cet état comme j'y suis moi-même. Je voudrais donc vous voir les imitatrices de ce grand apôtre ; je voudrais vous voir imiter celui qui a repoussé les liens du mariage, pour mieux s'engager dans ceux de Jésus-Christ. Il n'aurait pas pu atteindre cet éminent degré de vertus apostoliques, s'il s'était vu enchaîné par la foi qu'il aurait jurée à une femme. Que si cet incomparable docteur, cet apôtre privilégié de Jésus-Christ a jugé si important de s'abstenir du mariage et p.437 fin p.438 début de rester dans le célibat, pour être tout à son ministère, attendu que celui à qui son mariage fait une nécessité de chercher i plaire à son épouse, ne saurait ni toujours vaquer à la prière, ni toujours s'occuper des instructions du Seigneur ; de quel état devez-vous donc faire choix, vous à qui la virginité peut seule procurer la liberté de vos personnes ? Car une femme mariée est une femme vendue à la servitude avec l'argent de sa propre dot. "

6 : " L'Ecriture nous enseigne que Dieu ne fait aucun à état plus de grâces qu'à celui de virginité. Car voici comment le Seigneur s'en est expliqué par la bouche d'Isaïe : Que l'eunuque ne dise point : Je ne suis qu’un tronc desséché, etc. (ISAIE, LVI, 3 et suiv.). "

52. Ibidem, c. 15 : " Les lis de Jésus-Christ, ce sont particulièrement les vierges qui lui sont consacrées, et qui ont su conserver toute la pureté et tout l'éclat de leur virginité. "

53. Ibidem, c. 17 : " Les vierges consacrées à Dieu nous représentent sur la terre la vie des anges, cette vie dont nous avons, dès les premiers temps, perdu le bonheur dans le paradis. . . Ici une de vos servantes (Ambrosia, petite-fille d'Eusèbe de Bologne, à qui saint Ambroise adressait cet opuscule), invitée à partager aussi cette grâce, est aux pieds de vos autels, vous offrant ses blonds cheveux, parée non du voile nuptial, mais dans l’état où Marie, cette femme si hautement célébrée dans l’Evangile, présenta les siens pour essuyer les pieds de Jésus-Christ (LUC, VII, 38 ; JEAN, XII, 3), en remplissant toute la maison de l'odeur des parfums qui s'en exhalaient ; elle vous les offre, ces cheveux, pour être consacré par le voile saint qui doit les couvrir. "

54. S. JEAN DAMASE, Lib. IV orthodoxæ dei, c. 25 : " Les hommes charnels en veulent à la virginité, et les voluptueux sont bien aises de faire valoir ce témoignage de nos livres saints : Maudit quiconque ne se suscite pas des enfants dans Israël (Deut., XXV, 5, traduction libre). Pour nous, comptant sur le secours comme sur la protection du Verbe de Dieu incarné dans le sein d'une vierge, nous ne craignons point de dire que la virginité a été dès les temps anciens et même dés le commencement, implantée dans la nature de l'homme. Car l'homme a été formé d'une terre vierge. Eve, à son tour, a été tirée du corps du seul Adam. La virginité était de même l'état de vie de nos premiers parents dans le paradis. Noé, quand il reçut l'ordre d'entrer dans l'arche, et tout à la fois la commission d'y mettre en réserve les p.438 fin p.439 début

semences du monde à venir, recueillit ces paroles qui lui étaient adressées : Entrez, vous et vos fils, et votre femme, et les femmes de vos fils (Gen., VII, 2). Par-là même Dieu leur défendait la pluralité des femmes, voulant que ce fût la chasteté qui les fît échapper aux abîmes de la mer et au naufrage de l'univers entier. Puis, quand le déluge fut fini, Dieu dit Noé : Sortez, vous et votre femme, et votre fils, et les femmes de vos fils. Voilà de quelle manière le mariage fut de nouveau permis pour la propagation du genre humain. Puis est venu Elie, cet écuyer du ciel, où il a été enlevé dans un char de feu, symbole de l'ardeur de son zèle ; eh bien, n'a-t-il pas embrassé le célibat et sa vertu n'a-t-elle pas été suffisamment justifiée par le miracle de son enlèvement (II Rois, II, 14) ? Qui a eu le pouvoir de fermer le ciel, de ressusciter des morts, d'ouvrir les eaux du Jourdain ? N'est-ce pas Elie le célibataire ? Et que dirai-je de son disciple Elisée ? N'a-t-il pas, en donnant l'exemple de la même vertu, obtenu, sur la demande qu'il en fît, le double esprit de son maître ? Que dirai-je des trois jeunes hommes ? Pour avoir, eux aussi, pratiqué la virginité, n'ont-ils pas subjugué l'impétuosité des flammes, et n'est-ce pas leur virginité qui rendît leurs corps ainsi impénétrables aux ardeurs du feu ? Et que dirai-je de Daniel, dont le corps avait acquis une telle force par les saints exercices de la virginité, qu'il pouvait l'exposer sans crainte aux dents des bêtes féroces ? Quoi de plus encore ? Lorsque Dieu voulut apparaître aux yeux des Israélites, ne commença-t-il pas par leur prescrire de se conserver purs de tout commerce avec les femmes (Exod., XIX, 15) ? Les prêtres ne devaient-ils pas aussi s'abstenir de toute fréquentation de ce genre, quand ils étaient pour entrer dans l'intérieur du temple, et y offrir des victimes ? Enfin la loi même de Moïse n'a-t-elle pas appelée la chasteté le plus grand de tous les vœux ? C'est que la virginité est l'état des anges, le caractère particulier des êtres spirituels. Nous ne disons pas cela dans la vue de déprécier le mariage, à Dieu ne plaise ; car nous n'ignorons pas que Dieu a sanctifié les noces par sa présence, et qu'un de ses disciples a prononcé cette sentence : Que le mariage soit traité de tous avec honnêteté, et que le lit nuptial soit sans tache (Hébr., XIII, 4)

; mais c'est que nous savons aussi que, malgré la bonté intrinsèque du mariage, la virginité l'emporte encore sur lui. Car nous devons reconnaître différents degrés dans les vertus comme dans. les vices. Nous savons bien que tout ce qu'il y a jamais eu d'hommes sur la terre, p.439 fin p.440 début sont provenus du mariage, et qu'on ne peut en excepter que nos deux seuls premiers parents. Car pour ceux-ci, ils n'ont pas été le fruit du mariage, mais celui de la virginité. Au reste, le célibat imite, comme nous l'avons dit, la vie des anges. De là vient qu'autant l'ange est élevé au-dessus de l'homme, autant la virginité l'est au-dessus de l'état de mariage. "

55. S. ATHANASE, De virginitate sive de meditatione

: " Si ceux qui servent le monde quittent leur père et leur mère pour s'attacher à des créatures mortelles comme eux, à combien plus forte raison une vierge chaste ne doit-elle pas quitter tous les soins de la terre pour s'attacher à Dieu seul ? Du moment où vous avez consacré à Dieu votre chasteté, votre corps est devenu le temple et comme le sanctuaire de Dieu. . . "

" La vie spirituelle est pénible, je l'avoue, la continence est difficile ; mais rien de plus doux que l'époux céleste Pour quelques peines que nous aurons eu à essuyer ici-bas, nous savourerons là-haut tout le bonheur d'une éternelle vie.

. . C'est une grande vertu que la continence ; c'est un grand sujet de gloire que de garder la pureté ; c'est une chose bien digne de louanges que de conserver sa virginité. O virginité, trésor ineffable ! O virginité, couronne que rien ne flétrit ! O virginité, temple de Dieu et sanctuaire de l'Esprit-Saint ! O virginité, perle des plus précieuses, dont bien des gens ignorent le prix, et que peu de personnes savent trouver ! O continence, chérie de Dieu, exaltée par les saints ! O continence, que le grand nombre déteste, mais que les saints apprécient ! O continence, qui ne crains ni la mort, ni l'enfer, et qui es le partage des immortels ! O continence, joie des prophètes, gloire des apôtres ! O continence, vie des anges et couronne des saints ! Heureux celui qui te possède ; heureux celui qui persévèrera dans ta pratique, puisque, après de légères peines, il trouvera en toi des joies dont rien ne tarira la source (Cf. S. Athanasii opera, t. II, p. 111, 123-124). "

56. S. BASILE, Lib. de verâ virginitate, n. 2 : " La virginité est vraiment une grande chose, puisque, pour tout dire en un mot, elle nous fait participer à l'incorruptibilité de Dieu. Ce n'est pas du corps qu'elle se communique à l'âme ; mais étant plutôt une qualité de l'âme, dont la nature est d'être incorporelle, elle conserve le corps exempt de corruption, en lui communiquant la pureté de l’âme elle-même (Cf. S. Basilii opera, t. III, p. 589, édit. des Bénédictins). . . . . "

p.440 fin p.441 début " Les vierges préludent par leur vertu au nouvel état de choses que Dieu établira entre ses élus après la résurrection. Car, dès maintenant, semblables aux anges, elles ne connaissent ni épouses ni époux ; et leurs âmes par leur vertu, et leurs corps par leur inviolable pureté, les élève au rang des esprits célestes (Cf. S. Basilii opera, t. III, p. 638, édit. des Bénédictins). . . . . "

" Le souverain maître de la nature n'a imposé la virginité aux hommes par un précepte rigoureux, ni sous la loi, ni sous l’Evangile. . . "

" Car il a voulu que de pareils actes d'héroïques fussent l'effet, non de la loi qui commande et qui menace, mais de la vertu qui s'exalte et qui se porte d'elle-même, par son propre choix, à ce qui est au-dessus des prescriptions de la loi et des forces mêmes de la nature. Car la nature sollicite au mariage, et la loi règle ses prescriptions sur les besoins de la nature. Mais la virginité se portant au-delà du cercle tracé par la nature à tous les hommes, s'affranchit par-là même des prescriptions de la loi, et fait hommage à son auteur, auteur tout à la fois de la loi elle-même, et de la supériorité que sa vertu lui a donnée sur la loi (Cf. Ibid.). . . "

" Puis donc que la virginité est un si grand bien, et qu'elle doit procurer à ceux qui la pratiquent une si glorieuse récompense, laissons-nous gagner par les exhortations du Sauveur, que ce discours tout entier a eu pour but de faire pénétrer dans les esprits, et que notre vie entière, réglée d'après d'aussi parfaites maximes, devienne dès ici-bas un sabbat perpétuel, sans qu'aucune tache vienne souiller en nous ou ternir la beauté de l'image divine (Cf. Ibid., p639). . . "

" Au lieu d'un nom parmi les hommes, nous a dit Dieu lui-même par son prophète (ISAIE, LVI, 4), je leur donnerai (aux eunuques spirituels), parmi les anges immortels, un nom que rien ne pourra éteindre ; et ils auront pour habitation les cieux, et dans les cieux même la place la plus brillante. Et dans cette place la plus brillante du ciel, c'est-à-dire dans ma propre demeure, dans mon propre sanctuaire qui les recevra, ils n'auront pas seulement la même dignité que les anges, en ce qu'ils ne seront plus sujets à la tentation de se chercher des descendants (car, pour tous successeurs, ils se suffiront à eux-mêmes dans l'éternelle vie) ; mais ils auront une place des plus distinguées p.441 fin p442 début même entre les anges, et un nom immortel que leur aura acquis l'héroïsme de leur vertu (Cf. S. Basilii opera, t. III, p. 644, édit. des Bénédictins). "

57. S. GREGOIRE de Nazianze, poème sur la virginité

: " Salut, virginité, don divin, mère de la pureté, source de dons célestes, partage de Jésus-Christ et qui associes les hommes aux anges, affranchis qu'ils sont comme eux de toute société conjugale ; car Dieu tout le premier n'a point besoin d'une société semblable, et le chœur des anges ne fait en cela que suivre l'exemple de l'Eternel. " " La virginité a jeté en tous lieux un vif éclat, s'élevant au-dessus des besoins de l’humanité et affranchissant l'humanité elle-même de ses besoins, surpassant en excellence l’état du mariage et les plus doux liens de la vie, autant que l'âme est supérieure au corps, le ciel à la terre, l'immuable félicité des saints à l'inconstance de la vie présente, et Dieu lui-même à notre mortalité. "

58. S. AUGUSTIN, Lib. de sanctâ virginitate, c. 2 : " Puisque l'église elle-même considérée dans son ensemble, est une vierge fiancée à un époux qui est Jésus-Christ, comme le dit l'Apôtre (II Cor., XI, 2) ; quel honneur ne méritent pas ceux de ses membres qui gardent la virginité même dans leur chair, comme l'Eglise tout entière la garde dans sa foi, en imitant la mère de son divin époux et maître ? Puis donc que l’Eglise est sainte d'esprit et de corps, quoiqu'elle ne soit pas tout entière vierge de corps, mais seulement d'esprit ; à combien plus forte raison ne doit-elle pas être sainte dans ceux de ses membres en qui elle est vierge tout à la fois de corps et d'esprit ? "

Ibidem, c. 4 : " Comment, dit Marie, cela pourra-t-il se faire, puisque je ne connais point d'homme (LUC, I, 34) ? Elle ne parlerait pas ainsi, si elle n'avait pas auparavant vouée à Dieu sa virginité. Et elle la lui a vouée lorsqu'elle ne savait pas encore quel serait le fruit qu'elle concevrait un jour, afin que l'exemple qu'elle donnait d'une vie toute céleste dans un corps terrestre et mortel lui fût inspiré par le pur vœu de son âme, et non par un précepte qui lui en fit une obligation, par l'amour qui la décidât pour l'objet de sa prédilection, et non par la nécessité d'obéir qui lui eût été imposée. Ainsi Jésus-Christ, en naissant d'une vierge, qui avait résolu de garder sa virginité avant qu'elle pût savoir quel fruit elle porterait un jour dans son sein, a mieux aimé p.442 fin p.443 début montrer le cas qu'il fait de la virginité, que de l'exiger par un commandement formel. Et c'est ainsi qu'il a voulu que la virginité fût toute spontanée dans la femme même, dans le sein de laquelle il a pris la forme d'un esclave. " Ibidem, c. 8 : " Les avantages de la fécondité même la plus heureuse, ne sauraient être comparés à ceux de la virginité même corporelle. Car ce qui rend la virginité honorable, c'est bien moins d'être ce qu'elle est en elle-même que d’être vouée à Dieu, en sorte que, quoique ce soit le corps qui la garde, l'esprit néanmoins doit la garder aussi par l'ardeur de ses sentiments. Par conséquent, la virginité même corporelle est spirituelle aussi, entretenue qu'elle est par les saintes précautions de la piété. "

Ibidem, c. 11. : " Ce qui fait dans les vierges le sujet de nos éloges, ce n'est pas le simple mérite qu'elles ont d'être vierges, mais celui d'être consacrées à Dieu par les habitudes de leur vie de retraite. "

Ibidem, c. 13 : " La pureté virginale et l'éloignement de tout commerce charnel par l'observation d'une exacte continence est le partage des anges, et dans une chair corruptible la méditation pratique de la vie future. Que la fécondité même la plus heureuse, que la chasteté même conjugale lui cède la palme ; car celle-ci, à la différence de celle-là, n'est ni libre, ni immortelle. La fécondité charnelle ne dépend point de la volonté ; la chasteté conjugale est inconnue dans le ciel. Sans doute une gloire particulière sera réservée dans l'autre vie, entre tous les autres bienheureux, à ceux qui dans celle-ci auront pratiqué une vertu qui tient moins de la terre que du ciel. C'est donc s'abuser étrangement que de penser que les avantages de cette continence absolue soient moins pour la vie future que pour le siècle présent, en ce que le mariage engendre bien des embarras et des soins journaliers dont sont exemptes les personnes qui vivent dans l'état de virginité ou de continence ; comme s'il n'était plus avantageux de ne pas se marier, que parce qu'on s'exempte par-là des peines de la vie présente, et non pas plutôt parce que c'est ménager les intérêts de la vie future. Pour qu'on ne les accuse pas d'avoir pris une aussi vaine opinion dans la vanité de leurs pensées, ses partisans invoquent en sa faveur le témoignage de l'Apôtre, etc. "

Saint Augustin prend à tâche de réfuter cette opinion dans le chapitre 22 et les suivants, où il lui oppose ces paroles de l'Apôtre, Quomod placeat Deo (que celui qui n'est point marié s'occupe de ce qu'il doit faire pour plaire à Dieu), et celles-ci de p.443 fin p.444 début Jésus-Christ, qu'il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes tels en vue d'obtenir le royaume des cieux. Puis il ajoute, c. 21 : " Conformément au témoignage de nos livres saints et à la doctrine orthodoxe, nous disons d'un caté que le mariage n'est point une chose mauvaise, et de l'autre que les avantages en sont cependant inférieurs à ceux, non-seulement de la virginité, mais même de la continence gardée dans le veuvage, et que les nécessités de la vie présente, si nombreuses pour les personnes mariées, les empêchent, non pas il est vrai d'obtenir la vie éternelle, mais d'atteindre à ce haut degré de gloire qui est réservé à la continence constamment gardée ; que le mariage n'est à conseiller qu’à ceux qui sans cela tomberaient dans l'incontinence ; enfin que, quant aux peines sensibles qui sont inséparables des affections charnelles dans des époux portés à l'incontinence, l’Apôtre n'a voulu ni les passer sous silence à cause de son amour pour la vérité, ni les expliquer trop en détail par égard pour la faiblesse humaine. "

Ibidem, c. 24 : " Quelqu'un peut-il avoir perdu le sens commun au point de croire que ceux que les hommes ont faits eunuques sont plus élevés dans le ciel que les personnes mariées, et que cependant celles-ci égalent en mérite ceux qui pratiquent la continence par motif de piété, qui mortifient leur corps jusqu'au point de renoncer au mariage, qui opèrent un retranchement non dans leur chair, mais dans la racine même de la concupiscence, qui mènent enfin dans un corps mortel une vie angélique et toute céleste ? "

Ibidem, c. 36 : " Voyez, Seigneur, ces troupes de vierges, d'enfants des deux sexes élevés dans la sainteté : c'est votre Eglise qui les a formés tous ; c'est dans son sein qu'ils ont grandi après avoir quitté les bras maternels ;

c'est votre nom qui a délié leurs langues ; votre nom a été comme le lait qu'ils ont sucé dans leur enfance. Aucun de ceux-là ne peut dire : J’ai été auparavant un blasphémateur, un persécuteur, un outrageux ennemi de son église ; et néanmoins j'ai obtenu miséricorde parce que j’ai fait tous ces maux dans l'ignorance, n'ayant point la foi ; mais ils diront plutôt : " Nous avons fait ce que vous vous des abstenu de nous commander, et que vous vous êtes contenté de proposer à notre bonne volonté en disant : Que celui qui peut le comprendre, le comprenne. Ils l'ont compris, ils ont fait vœu de l'exécuter, et ils se sont faits eux-mêmes eunuques en vue du royaume du ciel ; non pour céder à vos menaces, mais pour se conformer vos exhortations. "

p.444 fin p.445 début Ibidem, c. 44 : " Qui ne sait qu'on doive préférer une femme qui obéit à une vierge qui n'obéit pas ?

Mais en supposant au contraire que toutes deux obéissent aux commandements de Dieu, craindra-t-on de mettre une sainte vierge au-dessus d'une chaste épouse, la continence au-dessus du mariage, cent pour un au-dessus de trente pour un ? Non, non, qu'on ne craigne pas d'établir cette préférence. Toutefois, que telle ou telle vierge en particulier, quelque remplie qu'elle soit de l'esprit d'obéissance et de la crainte de Dieu, se garde bien de se préférer elle-même à telle ou telle femme qu'elle voit pénétrée des mêmes sentiments ; car ce serait manquer d'humilité, et Dieu résiste aux orgueilleux (JAC., IV, 6). "

Ibidem, c. 56, ou conclusion de l'ouvrage : " Nous nous sommes suffisamment étendus, autant du moins qu'il nous a été donné de le faire, et sur la sainteté qui fait qu'on vous donne (ô vierges) le nom de sanctimoniales, et sur l'humilité qui conserve en vous ce qui fait votre grandeur. "

III ad Probam : " Cependant, après avoir calculé avec toute l'exactitude possible ce que l'un et l'autre de ces états présente d'avantages et d'inconvénients, nous disons qu'une sainte vierge l'emporte autant sur une sainte femme engagée dans le mariage, état où entrent ceux qui ne peuvent autrement pratiquer la continence, que ce qui est meilleur l'emporte sur ce qui est bon, ce qui est élevé sur ce qui rampe à terre, les choses célestes sur les terrestres, un plus haut degré de béatitude, de pureté ou de sainteté, sur un degré inférieur de béatitude, de pureté et de sainteté, un mariage divin sur un mariage humain, l'esprit sur la chair, la force sur la faiblesse, des fruits toujours durables sur des fruits corruptibles, la prospérité sur l'affliction, la tranquillité sur l'agitation, un mieux qu'accompagnent des ravissements éternels de joie, sur un bien momentané et entremêle de chagrins. "

60. Ibidem, c. 10 : " Nous ne craignons pas de dire que l'état d'époux chrétiens, quoique permis de Dieu, est autant au-dessous de la virginité qu'accompagne la sainteté tant du corps que de l'esprit, que l'état d'animaux sans raison est au-dessous de celui des anges. "

61. S. CYPRIEN, Lib. de disciplinâ et bono pudicitæ

(Il n'est pas sûr, dit Noël- Alexandre que cet ouvrage soit de saint Cyprien. Noël-Alexandre reconnaît cependant que cet ouvrage n'est pas indigne de lui, et Pamelius, évêque de Saint-Omer, ce savant éditeur des œuvres du saint martyr, ne doutait pas de son authenticité. Ici comme ailleurs, Noël-Alexandre n'aurait-il pas accordé trop d’autorité aux jugements contraires d’Erasme ? V. Hist. eccles., t. IV, p. 52) : " La p.445 fin p.446 début pudicité est l'honneur du corps de l'homme, l'ornement de ses autres vertus, la sanctification de chacun des deux sexes, la sauvegarde de la pudeur, la source de la chasteté, la tranquillité des familles, le principe de la concorde. Elle nous rend agréable à Dieu, nous unit à Jésus-Christ, fait cesser les combats que soulèvent dans nos membres les désirs illicites, pacifie nos sens ; heureuse elle-même, elle rend heureux tous ceux en qui elle daigne habiter. Or, elle fait son séjour de prédilection dans les vierges ; après les vierges, dans ceux qui, sans l'être savent garder la continence ; après ces derniers, dans les personnes mariées. . . . "

" La virginité rivalise avec les anges, ou même, si nous emmenons la chose avec attention, elle les surpasse, puisque, ayant à lutter contre la chair, elle triomphe de la nature, ce qui n'est pas donné aux anges. Qu'est-ce que la virginité, sinon l'apprentissage glorieux de la vie à venir ? La virginité n'a point de sexe ; c'est l'innocence du premier âge continuée toute la vie ; c'est un continuel triomphe remporté sur les voluptés.

La virginité n'a point d'enfants à sa charge ; mais ce qui vaut beaucoup mieux, elle s'élève au-dessus de ce soin ;

elle n'a pas en partage la fécondité mais aussi n'a-t-elle pas les chagrins du veuvage. . . . . "

" Rien ne réjouit une âme fidèle comme le témoignage qu'elle se rend d'avoir conservé intacte sa pudeur. Avoir vaincu la volupté, c'est la plus douce de toutes les voluptés, et il n'y a pas de victoire plus grande que celle qu'on remporte sur ses passions. Quand on a vaincu un ennemi, on en devient plus fort ; mais quand cet ennemi qu'on a terrassé n'est autre que ses propres passions, on devient alors plus fort que soi-même. Vaincre un ennemi ordinaire, c'est remporter la victoire au dehors ; vaincre sa passion, c'est se défaire d'un ennemi domestique. Le mal le plus difficile à guérir, c'est la volupté parce qu'il nous séduit par ses charmes, tandis que les autres maux ne nous inspirent que de l'horreur. "

62. S. JEROME, à Eustochium, sur la virginité, lettre XXII, c. 8 : " Quelqu'un dira : Quoi ! vous osez calomnier le mariage qui a été béni de Dieu ? - Ce n'est pas mal parler du mariage que de lui préférer la virginité. On n'établit point de comparaison entre ce qui est mal et ce qui est bien. Les femmes mariées peuvent se faire honneur de l'être, mais en cédant toutefois le p.446 fin p.447 début pas aux vierges. Dieu a dit (Gen., III, 16) : Croissez et multipliez, et peuplez la terre. Que ceux-là donc croissent et multiplient, qui doivent peupler la terre. Les personnes qui, comme vous, ont embrassé le parti de la virginité appartiennent au ciel . . . . . "

" Je loue les noces, je loue le mariage ; mais c'est parce qu'il produit des vierges, comme un buisson épineux porte des roses, comme une terre métallique produit l'or, comme dans la nacre se forment les perles. Quant aux vierges, dit l'apôtre saint Paul, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur. Pourquoi ? parce que ce n'était point par un commandement formel du Seigneur, mais par son propre choix que cet apôtre avait embrassé la virginité. On a prétendu que saint Paul avait été marié ; cette opinion est démentie par son propre témoignage : Je voudrais, dit-il (I Cor., VII, 25), que tous les hommes fussent en l’état où je suis. Et plus bas (I Cor., VIII, 7-8) : Quant aux personnes qui ne sont point mariées ou qui sont veuves, je vous déclare qu'il leur est avantageux de demeurer en cet état comme j'y demeure moi-même. Et ailleurs (I Cor., IX, 5) : N'avons-nous pas le pouvoir de mener partout avec nous des femmes, comme font les autres apôtres ? Et pourquoi donc n'a-t-il pas reçu de commandement du Seigneur par rapport à la virginité. Parce qu'il y a plus de mérite à faire librement ce à quoi on n'est pas obligé. Faire de la virginité un commandement précis et rigoureux, c'eût été attenter au mariage, aller contre le vœu de la nature, vouloir que les hommes fussent des anges sur la terre, et condamner en quelque sorte l'ouvrage du Créateur. "

Ibidem, c. 9 : " Autre fut la béatitude sous l'ancienne loi : Heureux, disait-on, celui qui a des enfants dans Sion et une famille dans Jérusalem et : Maudite soit la femme stérile qui n'enfante point ; et (Ps. CXXVII, 4) : Vos enfants, comme de jeunes oliviers, environneront votre table. . . . . Aujourd'hui, on dit aux eunuques (ISAIE, LVI, 3) : N'allez pas croire que vous soyez un tronc desséché ; car, au lieu de fils et de filles, vous avez dans les cieux une place pour l'éternité. . . .

"

" Elie et Elisée ont vécu vierges ainsi que plusieurs autres prophètes. . . . . Le Fils de Dieu, venu dans le monde, a voulu s'y faire une famille nouvelle, et se donner des anges pour le servir sur la terre, comme il y en a qui l'adorent dans le ciel (Cf. Biblioth. des PP. de l'Eglise, par N.S. Guillon, t. XXI, p. 203-208 ; Œuvres choisies de saint Jérôme, trad. par Collombet, t. Ier, p. 172-183)

p.447 fin p.448 début

63. Le même, contre Vigilance, liv. 1, c. 1 : "

Quant à nous, qui ne suivons pas les dogmes de Marcion, pas plus que ceux de Manichée, nous ne rabaissons point le mariage ; nous n'allons pas non plus, séduits par les sophismes de Tatien, chef des encratites, qui réprouve et condamne non-seulement le mariage, mais encore les mets que Dieu a créés pour qu'on en use, regarder comme impur tout commerce charnel. Nous savons que, dans une grande maison, il y a non-seulement des vases d'or et d'argent, mais aussi des vases de bois et de terre (II Tim., II, 20), et que sur les fondements du Christ, fondements que l'architecte Paul a posés, les uns édifient de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, les autres, au contraire, du foin, du bois, de la paille (I Cor., III, 11-12). Nous n'ignorons pas que le mariage est honorable, et que la couche nuptiale est exempte de tache (Hébr., XIII, 4). Nous savons quelle a été la première sentence que Dieu a porté (Gen., I, 28)

: Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre ; mais, en reconnaissant le mariage pour ce qu'il est, nous savons lui préférer la virginité qui en est le fruit. Est-ce que l'argent n'est plus de l'argent, pour être moins précieux que l'or ? Ou bien, est-ce une injure pour l'arbre et pour le blé si, à la racine et aux feuilles, au chaume et à la paille, on préfère les fruits et le froment ? De même que les fruits viennent de l'arbre, et le froment de la tige, de même la virginité est le fruit du mariage. Le centième, le soixantième, le trentième fruit, quoique sortis d'une même terre et d'une même semence, diffèrent cependant beaucoup par rapport au nombre (MATTH., X, 3). Le nombre XXX se rapporte au mariage, car la conjonction même des doigts qui s'embrassent et s'allient comme en un doux baiser, représente le mari et l'épouse (Les anciens représentaient le nombre trente en faisant se toucher l'un l'autre l'ongle du pouce et celui de l'index. MARIANUS VICTORIANUS, Schol. 7 in lib. I adv. Jovinianum). Le nombre LX se rapporte aux veuves, en ce qu'elles sont placées dans l'angoisse et la tribulation. De là vient qu'elles sont représentées par le pouce que presse le doigt supérieur (Les anciens représentaient le nombre soixante en abaissant l'index sur le pouce, courbé lui-même sur la paume de la main de manière à former la lettre ?. Ibid.), et que plus est grande la difficulté qu'il y a à s'abstenir des charmes d'un plaisir autrefois éprouvés, plus grande aussi est la récompense. Or (et je vous prie, lecteur, d'y faire bien attention), le nombre p.448 fin p.449 début cent (C) passe de la gauche à la droite (Les anciens représentaient le nombre cent en posant l’extrémité de l'index droit sur le milieu du pouce de la même main. Ibid.), et de là avec les mêmes doigts qui sur la gauche désignent les femmes mariées et les veuves, mais non pas avec la même main, il fait un cercle qui exprime la couronne de la virginité (Cf. Œuvres choisies de saint Jérôme, traduites par Collombet, tome VIII, p. 6-11). "

64. Le même, à Pammachius, Apologie de ses livres contre Jovinien (Cf. Ibidem, t. III, p. 38-45, et p. 108-115) : " Quelques-uns me blâment d'avoir, dans les livres contre Jovinien, trop élevé la virginité et trop rabaissé le mariage. Ils disent que c'est condamner le mariage en quelque façon que de louer la chasteté de manière à mettre une si énorme distance entre une vierge et une femme mariée. S'il m'en souvient bien, le sujet de mes débats avec Jovinien consistait en ce que, tandis qu'il égalait le mariage à la virginité, je mettais la virginité au-dessus du mariage ; et qu'au lieu qu'il trouvait peu de différence ou même qu'il n'en trouvait aucune entre ces deux états, j'en trouvais, moi, une très-grande.

Enfin, et c'est de quoi nous vous sommes redevable, à vous après le Seigneur, il n'a été condamné que pour avoir osé égaler le mariage à la virginité perpétuelle.

. . "

" Nous avons comparé la virginité à l'or, le mariage à l'argent. Nous avons dit que les grains, dont les uns rendent cent pour un, les autres soixante, et les autres trente, sont produits de la même terre et de la même semence, bien qu'ils diffèrent beaucoup par le nombre. Eh ! quel lecteur sera donc assez peu équitable pour me condamner, non point d'après mes paroles, mais d'après sa propre pensée ? Assurément nous avons été, à l'égard du mariage, beaucoup plus indulgents que la plupart des docteurs grecs et latins, qui appliquent aux martyrs le nombre cent, aux vierges le nombre soixante, aux veuves le nombre trente, et qui, par-là, excluent le mariage de la bonne terre et du champ que le père de famille a ensemencé. . . . "

" Je finis donc en protestant que je n'ai pas condamné le mariage, pas plus que je ne le condamne aujourd'hui, mais que j'ai voulu répondre à un adversaire de la saine doctrine, sans m'inquiéter des embûches que pourraient me tendre mes ennemis personnels. . . . . . . Lorsque vous trouvez dans mon ouvrage, quelque chose de trop sévère, prenez-vous-en, non point à mes p.449 fin p.450 début paroles, mais à l’Ecriture d'où elles sont tirées. Le Christ est vierge ; la mère de ce Dieu vierge, vierge et mère tout à la fois, est toujours restée vierge (virgo perpetua, mater et virgo). . . . . Le Christ vierge, et Marie vierge, ont ainsi consacré la virginité dans l'un et l'autre sexe. Les apôtres furent vierges, ou gardèrent la continence dans le mariage. Les évêques, les prêtres, les diacres, doivent être, lors de leur élection, ou vierges ou veufs ; du moins faut-il qu'après leur ordination ils se vouent à une perpétuelle chasteté. "

65. S. IGNACE, Epist. ad Philadelph. (Le passage cité ici de la lettre de saint Ignace aux Philadelphiens se trouve pas dans la lettre authentique, telle qu'elle nous est rapportée et traduite par Sacy. Bible, t. IV, in-fol., p. 234 et suiv) : " Vierges, n'ayez que Jésus-Christ devant les yeux, etc. Ah ! puissè-je jouir du bonheur de vous voir pratiquer la sainteté comme Elie, comme Jésus fils de Navé, comme Melchisédech, comme Elisée, comme Jérémie, comme Jean-Baptiste, comme le disciple bien-aimé, comme Timothée, Tite, Evode et Clément, qui ont tous conservé leur chasteté jusqu’à la fin de leur vie. "

66. S. ISIDORE de Séville, Lib. II de summo bono, c, 40 : " C'est Dieu qui donne la continence ; mais il a dit : Demandez, et vous recevrez. Il donne donc, quand on frappe par les gémissements du cœur à la porte de ses grâces.

La virginité a été mise au-dessus du mariage ; car si le mariage est un bien, la virginité en est un autre meilleur que le premier. Le mariage est une permission accordée à l'homme ; la virginité leur a été recommandée mais non prescrite. Elle n'a été que recommandée, parce qu'elle exige trop de vertu. Elle renferme un double avantage : l'avantage, pour ce monde, de nous délivrer des inquiétudes du siècle, et celui, pour la vie à venir, de nous valoir la récompense de la chasteté. Les vierges sont plus heureuses que les autres dans le ciel, et c'est ce que nous atteste en ces termes le prophète Isaïe : Voici ce que le Seigneur dit aux eunuques : Je leur donnerai dans ma maison et dans l'enceinte de mes murailles une place avantageuse et un nom qui leur sera meilleur que des fils et des filles ; je leur donnerai un nom éternel qui ne périra jamais (ISAIE, LVI, 4-5).

Et il n'est pas douteux que ceux qui conservent leur chasteté ou qui persévèrent dans l'état de virginité, deviennent égaux aux anges. Aimons la chasteté, cette belle vertu :

nous goûterons à la pratiquer plus de douceur que dans p.450 fin p.451 début tous les plaisirs de la chair. Car la chasteté est un fruit plein de suavité, et sa beauté est impérissable. La chasteté donne à l'âme la sécurité, au corps la santé ; aussi lisons-nous que même chez les gentils, certains athlètes pratiquaient constamment la continence, pour ne pas s'affaiblir par les voluptés. En effet, une vie voluptueuse a bientôt énervé le corps, et amené une vieillesse prématurée. Tout péché trouve son remède dans la pénitence ; mais la virginité une fois perdue, sa perte est irréparable. On peut bien, par la pénitence, obtenir le pardon de la faute qui nous l'a fait perdre ; mais on ne peut plus recouvrer cette intégrité de la chair dont on jouissait auparavant. "

67. S. BASILE- LE-GRAND, Ascétiques, préface

: " Soyez libre en sachant vous dégager de toutes les inquiétudes de ce monde. Ne vous embarrassez point du soin d'avoir une femme ou des enfants ; car cela est impossible dans cette discipline toute divine que vous avez embrassée, saint Paul nous ayant dit : Les armes de notre milice ne sont point charnelles, mais puissantes en Dieu (II Cor., X, 4). " " Votre corps ne vous vaincra point par lui-même, et il ne vous fera aucune violence : il ne vous rend point captif, de libre que vous étiez auparavant. Votre ambition n'est pas de laisser après vous des enfants sur la terre, mais d'en faire monter au ciel ; ni de vous engager dans un mariage physique, mais de contracter avec les âmes une union toute pure, de vous en faire le chef et le conducteur, et d'engendrer des enfants spirituels. Imitez l'époux céleste ; mettez en fuite les ennemis invisibles qui s'élèvent contre vous ; combattez contre les puissances et les principautés de l'enfer ; bannissez-les premièrement de votre âme, et ensuite de l'âme de ceux qui ont recours à vous, et qui vous choisissent pour conducteur et pour protecteur dans cette guerre spirituelle (Cf. Ascétiques de saint Basile, p. 3-4). "

1 ou préface : " Quiconque veut se dégager des liens du monde et conserver sa liberté, doit éviter le mariage comme il ferait des entraves et des fers ; et après qu'il y a eu renoncé, consacrer à Dieu sa vie entière en faisant une profession publique de la chasteté, afin que, n'étant plus libre de s'établir dans le mariage, il soutienne, pour la conservation de sa pureté, les plus rudes combats que la nature est capable de lui livrer, et qu'il réprime la violence de p.451 fin p.452 début ses mouvements les plus impétueux. Car un homme qui s'est proposé d'aimer Dieu d'un amour pur ; qui tache d'imiter, autant qu'il lui est possible selon sa faiblesse, son parfait éloignement de toute passion et de tout mouvement déréglé ; qui aspire et goûte la sainteté spirituelle, le calme, la tranquillité et la douceur d'esprit, ainsi que la consolation et la joie qui en est la suite, s'applique avec ardeur à détourner ses pensées de toutes les passions grossières et charnelles qui peuvent troubler son âme, pour pouvoir contempler les choses de Dieu d'un œil serein, et qui ne soit couvert d'aucun nuage. Après s'être ainsi longtemps exercé à acquérir cette habitude et cette perfection, il entre dans une sainte familiarité avec Dieu, dont il prend la ressemblance autant qu'en est capable un homme mortel, et lui devient de plus en plus cher, comme ayant remporté la victoire dans un combat aussi laborieux ; heureux de pouvoir converser avec Dieu après avoir préservé son esprit de toute contagion des sens, et s'être établi dans une parfaite pureté en dégageant ses pensées de toutes les passions grossières et corporelles. Il n'est donc ni juste ni raisonnable qu'un homme qui est une fois parvenu à une si haute perfection par les exercices dont je viens de parler, se laisse engager de nouveau dans les même passions par les attraits séducteurs de la chair, et qu'il laisse d'obscures vapeurs s'élever dans son corps et former comme des nuages épais capables d'aveugler l'œil de son âme, et de le priver de cette contemplation spirituelle et toute divine, en offusquant par des passions basses et grossières la vue intérieure dont il jouissait (Cf. Ascétiques de saint Basile, p. 477-478). "

69. CASSIEN, Conférence XII ou de l'abbé

Chérémon, c. 4 : " Nous devons être très-persuadé que, quand même nous pratiquerions l'abstinence la plus sévère ; que nous souffririons la faim, la soif, les veilles, le travail continuel ; que nous serions toujours dans les méditations et dans les lectures, tous ces exercices ne pourraient par eux seuls nous établir dans une pureté constante, si, dans la pratique de ces choses si laborieuses et si pénibles, nous n'étions convaincus par notre propre expérience, qu'il n'y a que la grâce de Dieu qui puisse nous donner cette chasteté incorruptible et inaltérable. Il faut que chacun reconnaisse qu'il doit persévérer dans ces exercices avec une patience infatigable, sans en attendre autre chose, sinon que Dieu, ayant p.452 fin p.453 début pitié de son affliction, le délivrera par sa grâce et sa miséricorde des révoltes de la chair et de la tyrannie des vices, bien loin de s'imaginer qu'il puisse acquérir par ces seuls moyens cette parfaite chasteté de corps, après laquelle il soupire, avec tant d'ardeur. " " Animons-nous à la recherche et à la pratique de cette vertu, et ayons pour elle la même passion que les plus avares ont pour les richesses, que les plus ambitieux ont pour les honneurs, que les plus voluptueux ont pour les objets de leurs désirs (Cf. Conférences de Cassien, p. 470-471). "

70. Ibidem, c. 7 : " Le premier degré de la chasteté consiste en ce qu'un solitaire ne succombe pas pendant le jour aux mouvements de la concupiscence. Le second, c'est que son esprit lui-même ne s'arrête point à des pensées déshonnêtes. Le troisième, c'est que la vue d'une femme ne lui fasse pas la moindre impression. Le quatrième, c'est que durant le jour il ne sente pas même les moindres mouvements de la chair. Le cinquième, c'est que, si la nécessité l'oblige d'entendre lire ou de dire lui-même des choses qui aient trait au mariage et à la génération des enfants, la pureté de son cœur bannisse tellement de son esprit toutes les pensées qui pourraient lui causer du tourment, qu'il n'en soit pas plus touché que de choses ordinaires et indifférentes. Le sixième degré de la chasteté, c'est que la nuit même, il ne soit point sujet à ces fantômes et à ces illusions, dont nous prions Dieu qu'il nous délivre (Cf. Ibidem, p.480). "

XLIV : " Que les personnes qui ont voué à Dieu leur virginité recueillent bien ces paroles, que les vierges seront amenées devant le roi (Ps. XLIV, 15), mais les vierges sans doute qui sont attachées à l’Eglise, qui suivent ses instructions, qui observent en tout sa discipline. Ce sont là les vierges qui seront présentées avec des transports de joie, et conduites jusque dans le temple du roi. Mais il en sera tout autrement de celles qui n'auront fait que malgré elles le vœu de virginité, ou qui n'auront embrassé ce saint état que par chagrin ou pour subvenir aux nécessités de la vie. Quant à celles qui remplissent avec joie les obligations de leur état, elles seront présentées au roi, et conduites non dans une demeure vulgaire, mais dans le temple même du roi. Car c'est dans le saint des saints que doivent être placés les vases employés au sacrifice et p.453 fin p.454 début étrangers aux usages profanes ; c'est dans le sanctuaire qu'ils peuvent être admis, là où rien de souillé ne doit avoir accès. "

Question V

En quels termes nous est proposé le conseil évangélique de l’obéissance ?

C'est avant tout par les exemples de sa vie, comme nous l'avons déjà fait entendre, et ensuite par ses instructions que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a proposé et recommandé en même temps la pratique exacte de cette vertu d'obéissance. Car il est venu en ce monde non pour faire sa propre volonté, mais pour accomplir celle de son Père et même la volonté de ceux à qui l'Evangile nous fait voir qu'il a été soumis ; il est venu pour servir, et non pour être servi, tellement qu'il s'est humilié lui-même, en se rendant obéissant jusqu'a la mort, et jusqu'à la mort de la croix.

En second lieu, il nous a engagé par ses paroles à l'imiter en particulier sur ce point, quand il a dit : Si quelqu’un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive. Ces paroles sans doute peuvent très-bien se prendre dans un sens général et comme adressée à tout le monde ; mais elles regardent cependant d'une manière plus spéciale et plus parfaite ceux qui, autant que le leur permet leur faiblesse, se conforment tellement à Jésus-Christ qu'ils ne veulent être en rien les maîtres de leurs actions, et qu'ils aiment mieux se diriger d'après autrui que d'après eux-mêmes, en se conformant volontiers aux ordres et à la volonté de celui qu'ils ont choisi pour leur tenir la place de Jésus-Christ. Car, comme l’enseigne saint Basile, " le supérieur de ceux qui lui ont fait vœu d'obéissance représente à leur égard la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, faisant l'office de médiateur entre Dieu et les hommes, et offrant a Dieu en sacrifice les volontés de ceux qui font profession de lui obéir. Comme donc les brebis obéissent à leur pasteur, et marchent dans le chemin par lequel il les conduit, ainsi est-il juste que ceux qui font une profession particulière de piété obéissent à leurs supérieurs sans rechercher avec trop d'empressement les motifs des commandements qu'ils en reçoivent lorsqu'il n'y a point de péché à les exécuter ; et c'est ce qu'ils doivent faire avec beaucoup d'ardeur et de zèle. " Saint Bernard vient après saint Basile nous enseigner p.454 fin p.455 début aussi la même doctrine, quand il dit que " nous devons écouter comme Dieu même celui qui tient sa place parmi nous, dans toutes les choses qui ne sont pas manifestement contraires aux ordonnances divines. "

L'Eglise, comme le prouvent ses annales les plus anciennes, a toujours eu de ces fidèles et excellents imitateurs de Jésus-Christ, qui prennent un soin sérieux d'observer les trois genres de conseils que nous venons de dire. Elle se glorifie en particulier de ces hommes d'élite réunis dans des congrégations religieuses et approuvés par elle, qui, après avoir renoncé à tous leurs biens comme à tous les plaisirs de la chair, avec un courage au-dessus des forces du vulgaire, font une profession toute particulière de la sainte obéissance, en se proposant pour but de se conformer en tout aux exemples d'obéissance que nous a laissé notre divin Maître, ainsi qu'aux règles de perfection que nous trace l’Evangile, par le sacrifice complet de leur propre volonté. Saint Basile, saint Augustin, saint Jérôme, saint Benoît, saint Grégoire, Cassien, saint Bernard, et tant d'autres excellents maîtres de la perfection évangélique, tant d'autres illustres défenseurs en même temps que rigides observateurs des institutions religieuses, nous fournissent la preuve incontestable de cette vérité.

p.455 fin p.456 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

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