Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 193)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

15. ORIGENE, Philocaliæ, c. 21 : " Rejeter sa faute sur les objets qui nous entourent, et s'en tenir soi-même innocent, c'est s'assimiler aux pierres et aux troncs de bois qui ne reçoivent d'action que de moteurs étrangers c'est parler contrairement à la vérité et à la raison ; mais de plus, c'est vouloir altérer en soi la notion du libre arbitre. Car si nous demandons à ces hommes ce que c'est que le libre arbitre, ils rependront que le libre arbitre existe en nous, s'il ne se trouve point d'obstacle extérieur qui nous pousse à faire le contraire de ce que nous voudrions. Accuser la faiblesse de son organisation corporelle, c'est encore évidemment s'élever contre la raison. Car les caractères les plus portés à l'intempérance ou les plus indomptables se corrigent, s'ils écoutent les conseils de p.306 fin p.307 début la sagesse, et tel est souvent l'heureux changement qui s'opère en eux, que devenus d'une chasteté exemplaire de très-incontinents qu'ils avaient d'abord été, ils ne semblent plus être les mêmes hommes qu'on connaissait auparavant. De même on en verra changer leur caractère brutal en de telles habitudes de douceur, que ceux mêmes dont les mœurs n'auront jamais rien eu de rude, paraîtront de mœurs grossières en comparaison de ces hommes en qui se sera opérée cette métamorphose. Nous en verrons au contraire de très-réglés dans leurs mœurs se laisser corrompre par de mauvaises sociétés et, sortant de cette modération de conduite dont ils avaient donné l'exemple dans leurs premières années, donner dans tous les excès, quoique parvenus déjà à un âge mûr, après s’être si bien soutenus dans leur jeunesse malgré l’instabilité propre à cet âge. Il est donc évident que, si nous ne sommes pas les maîtres des choses qui existent en dehors de nous, notre raison est toujours maîtresse de juger de l'usage bon ou mauvais qu'elle en fera. Or, que ce soit en effet notre affaire, et non celle de Dieu, que nous vivions conformément aux lois de l'honnêteté ; que ce soit là ce que Dieu demande de nous, et que les choses extérieures, ou le destin, comme le pensent quelques-uns, ne nous imposent à cet égard aucune nécessité, c'est ce que nous atteste le prophète Michée par ces paroles : O homme, je vous dirai ce qui vous est utile et ce que Dieu demande de vous : c'est que vous agissiez selon la justice, et que vous aimiez la miséricorde et que vous marchiez en la présence du Seigneur avec une vigilance pleine d'une crainte respectueuse (MICH., VI, 8). Moïse dit de même son peuple : Je vous ai proposé le chemin de la vie et celui de la mort, pour que vous choisissiez le bien et que vous y persévériez (Deut., XXX, 19). Isaïe dit aussi (I, 19-20) : Si vous voulez m'écouter, vous serez rassasiés des biens de la terre. Que si vous ne le voulez pas, et que vous m'irritiez contre vous, l'épée vous dévorera : car c'est le Seigneur qui l'a prononcé de sa bouche. David, à son tour, fait dire à Dieu dans les Psaumes : Si mon peuple m'avait écouté, si Israël avait marché dans mes voies, j'aurais pu humilier facilement ses ennemis, et j'aurais appesanti ma main sur ceux qui les affligeaient (Ps. LXXX, 14-15). Ces paroles font voir que ce peuple était laissé le maître d'écouter Dieu et de marcher dans la voie de ses commandements. Et le Sauveur lui-même quand il dit : Mais moi, je vous dis de ne point résister au méchant ; et : Quiconque se mettra en colère contre son frère méritera d’être condamné par le jugement ; et : Quiconque p.307 fin p.308 début aura regardé une femme avec un mauvais désir pour elle, a déjà commis l'adultère dans son cœur (MATTH., V, 39, 22, 28) ; et lorsqu'il énonce tant d'autres maximes, que fait-il autre chose que de nous marquer qu'il est en notre pouvoir d'observer ce qu'il nous prescrit ? Et c'est pour cela que nous méritons d'être condamnés par le jugement, lorsque nous refusons de nous y soumettre. De là encore ces paroles : Celui qui entend les paroles que je dis et qui les pratique sera comparé à un homme sage qui bâtit sa maison sur la pierre, etc. Mais quiconque entend les paroles que je dis et ne les pratique pas, est semblable a un homme insensé qui bâtit sa maison sur le sable, etc. (MATTH., VII, 24 et s.) Et qu'il dit à ceux qui sont à sa droite :

Venez les bénis de mon père, etc. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; montrent évidemment que s'il leur promet des récompenses, c'est qu'ils ont agi pour s'en rendre dignes ; comme les menaces qu'il fait aux autres de leur dire un jour : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, il les leur fait parce qu'ils auront mérité le blâme. Voyons aussi comment saint Paul fait voir par ce qu'il dit que nous avons la liberté, et que de nous dépend notre salut ou notre damnation : Est-ce que vous méprisez, dit-il, les richesses de la bonté, de la patience et de la longanimité de Dieu ? Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence ? Et cependant par votre dureté et par l'impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun ses œuvres, en donnant la vie éternelle à ceux qui par leur persévérance dans les bonnes œuvres, cherchent la gloire, l'honneur et l'immortalité ; et répandant sa fureur et sa colère sur ceux qui ont l'esprit contentieux, et qui ne se rendent point à la vérité mais qui embrassent l'iniquité. L’affliction et le désespoir accablera l'âme de tout homme qui fait le mal, du Juif premièrement, et puis du gentil (Rom., II, 4-10). Vous trouverez dans les Ecritures mille autres passages qui supposent également le libre arbitre dans l'homme. Mais puisque nos adversaires prétendent trouver, tant dans l'Ancien-Testament que dans le Nouveau, certains passages qui supposent que, même sans libre arbitre, on peut observer les commandements et par-là se sauver, ou les enfreindre et par-là se perdre, nous allons exposer leurs objections et y répondre de manière à ce que les choses que nous allons dire puissent servir à expliquer les autres passages ou la liberté de l'homme semble être également niée, p.308 fin p.309 début Origène rapporte ici jusqu’à six passages de l'Ecriture, et résout les objections qu'on pourrait faire contre l'existence de notre libre arbitre.

16. Le même, Hom. II ex diversis : " Il a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu à tous ceux qui l'ont reçu, c'est-à-dire à ceux qui croient en son nom (JEAN, I, 12). Ici ce ne sont plus seulement les êtres doués de raison qu'on distingue des être inanimés, mais ceux qui reçoivent de bon cœur le Verbe incarné, de ceux qui refusent de le recevoir. Les fidèles croient la venue du Verbe, et reçoivent volontiers leur souverain Maître ; les impies au contraire le renient et le repoussent avec obstination, les Juifs par motif d'envie, et les païens par ignorance. A ceux qui le reçoivent il donne le pouvoir d’être faits enfants de Dieu ; à ceux qui ne le reçoivent pas il accorde le temps de changer leur volonté et de se résoudre enfin à le recevoir. Car personne n'est dans l'impuissance de croire au Fils de Dieu, et de devenir soi-même enfant de Dieu. C'est là une chose qui dépend du choix de l'homme et de sa coopération à la grâce. A qui a-t-il donne le pouvoir d’être faits enfants de Dieu ? A ceux qui le reçoivent et qui croient en son nom. "

17. Le même, sur le chapitre XIII de saint Matthieu : " Le royaume des deux est dit semblable à un filet jeté dans la mer, non pas dans le sens imaginé par quelques-uns qui enseignent que toutes les choses qui existent sont soumises au destin (Il y a dans la version latine verbo, au lieu de fato que je suppose qu'il devrait y avoir. On en verra la raison dans la suite du contexte ; à moins qu'on ne veuille entendre que, dans l'opinion de ces fatalistes, ce serait le Verbe qui aurait fait les uns de l'espèce des bons, les autres de l'espèce des méchants : ce qui revient au sens que je donne aussi à la phrase), et qui voudraient que ces différentes espèces de poissons que ramasse le filet indiquassent les différentes espèces tant de justes que de méchants. Un tel sens est contredit par les Ecritures, qui témoignent partout que l'homme est libre, et par les reproches qu'elles adressent aux pécheurs et par les éloges qu'elles décernent aux justes, puisque ni les premiers ne seraient dignes de blâme, ni les seconds ne mériteraient des louanges, si leurs bonnes ou leurs mauvaises actions venaient de ce qu'ils seraient, les uns de l'espèce des bons, et les autres de l’espèce des méchants. En effet, que les poissons soient les uns bons et les autres mauvais, cela ne vient point des différentes qualités de leurs âmes, p.309 fin p.310 début mais de ce que le Verbe, qui connaît tout, a dit : Que les eaux produisent des animaux vivants qui nagent dans l'eau (Gen., I, 20), et qu'alors Dieu créa les grands poissons, et tous les animaux à nageoires que les eaux produisirent selon leur espèce. En ce moment-là donc les eaux produisirent tous les animaux à nageoire dans leurs diverses espèces, la raison de leurs différences n'étant point en eux-mêmes. Au lieu que c'est nous-mêmes qui sommes cause que nous soyons, les uns bons et les autres mauvais, et que nous méritions les uns d'être élus et les autres d'être réprouvés. Car la cause de notre malice n'est pas dans notre nature, mais dans notre volonté qui, étant libre, se porte d'elle-même à mal faire. De même, la cause de notre justice n'est point dans notre nature, qui, s'il en était autrement, ne serait plus susceptible d'injustice, mais dans le verbe (Au lieu de traduire par verbe le mot latin verbum qui se trouve ici, ne serait-il pas plus conforme au sens d'Origène de traduire ce mot, ou plutôt le mot grec, par raison ? Et ce mot grec, qu'il ne m'est pas possible de vérifier, ne serait-il pas ?????

qui signifie indiff?remment verbe ou raison ? Il en est de même du mot verbum rapporté plus haut, et auquel correspondait peut-être dans le grec un mol signifiant indifféremment destin ou parole) que nous avons reçu, et qui nous rend justes.

D'ailleurs, parmi tous ces poissons qui remplissent les eaux, vous ne les verrez pas passer, les uns d'une mauvaise espèce à une meilleure, les autres d'une bonne espèce à une mauvaise ; au lieu que parmi les hommes vous en verrez toujours passer du mal au bien, comme d'autres abandonner la vertu pour tomber dans le dérèglement. Et dans ces paroles du Prophète : Si le juste se détourne de la voie de la justice qu'il suivait, et qu'il commette l'injustice, etc. (EZECH., XVIII, 24), que nos adversaires nous disent si l'homme injuste qui se détourne de son iniquité pour observer les préceptes du Seigneur, pour pratiquer la justice et la miséricorde, était de la nature des justes lorsqu'il commettait l'injustice ? n'aurait-il pas été plutôt alors de la nature des méchants ? Et de quelle nature devra-t-on dire qu'il sera, lorsqu'il se sera détourné de son iniquité ? Et s'il était d’une nature mauvaise lorsqu'il commettait l'iniquité, comment pourrait-il être ensuite d'une nature bonne ? Vous ne saurez pareillement que dire du juste qui se détourne des voies de la justice pour se livrer à l'iniquité : car assurément il n'était pas d'une nature mauvaise, lorsqu'il était juste et qu'il pratiquait la justice ; et une mauvaise nature ne peut pas plus se porter à ce qui est juste p.310 fin p.311 début qu'un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits. De même, celui qui serait bon de sa nature, comme les natures sont immuables, ne pourrait pas se détourner de la pratique du bien pour passer à celle du mal, ou pour faire toutes les iniquités dont l’énumération est donnée par le Prophète. En conséquence, nous devons penser que cette comparaison du royaume des cieux avec le filet jeté en mer a pour objet de marquer les différentes dispositions qui se trouvent dans les hommes par l'effet de leurs propres volontés, et qui les rendent dignes de blâme ou de louange, selon qu'ils se portent volontairement soit au vice, soit à la vertu. "

18. S. CHRYSOSTOME, Hom. XXX (al. 29) in Matthæum

: " Il faut traiter avec une grande douceur les maladies de nos frères, parce que celui qui ne se retire du vice que par une crainte purement humaine, y retombera bientôt. Ce fut pour cette raison que Jésus-Christ défendit d’arracher l'ivraie de son champ, voulant que, par la patience, on invite les pécheurs à faire pénitence. On a vu quelquefois des pécheurs touchés par ce moyen d'un profond regret, et devenir très-vertueux de corrompus qu'ils étaient. Saint Paul, le publicain, le bon larron, en sont des exemples. Ce n'était d’abord que de l'ivraie ; ils furent changés ensuite en grain excellent. Les semences de la terre ne sont point susceptibles de ce changement ; mais les affections des hommes peuvent être ainsi changées : car la volonté n'est point liée ni assujettie aux lois inviolables de la nature, et Dieu l'a gratifiée du don de liberté. " " Ainsi, lorsque vous voyez quelque ennemi de la vérité, faites tous vos efforts pour le guérit ; ménagez-le, tachez de l'attirer au bien, exhortez-le à la vertu, montrez-lui l'exemple d'une vie pure, parlez-lui d'une manière édifiante, témoignez-lui dans tous ses besoins une charité parfaite ; tentez toutes sortes de voies pour le retirer de son égarement (Cf. Homélies de saint Chrysostome sur saint Matthieu, t. II, p. 15-16 ; S. Joannis Chrysostomi opera, t. VII). "

19. Le même, Hom. IX in Joannem, expliquant ces paroles du chapitre I : Dedit eis potestatem filios Dei fieri : " Partout l’Evangile nous fait voir, comme ici, que nous ne sommes point forcés ou contraints, soit au mal, soit au bien, mais que nous sommes là-dessus tout-à-fait libres. "

20. Ibidem, Homélie XI : " Le corps de l'homme est sans p.311 fin p.312 début doute admirable dans sa structure ; mais l'âme l'est bien davantage à cause de l'excellence de sa nature particulière ; et non pas seulement pour cette raison, mais aussi parce que, tandis que le corps reste invariablement ce que l’a fait le suprême ouvrier, ou n'oppose aucune résistance aux mouvements qu'on veut lui imprimer, l'âme, au contraire, est maîtresse de ses actions, et n'obéi à Dieu lui-même qu'autant qu'elle le veut ; car Dieu ne veut point nous rendre bons et vertueux, malgré nous, puisqu'alors ce ne serait même plus vertu en nous, mais il veut que nous soyons bons par le propre mouvement de notre volonté, et que nous embrassions de nous-même le parti de la vertu. Aussi les soins à donner à l'âme présentent-ils plus de difficultés que ceux que réclame le corps. "

IV : " Sachez bien que l'âme est maîtresse de ses actions, c'est-à-dire douée de liberté ; qu'elle est un des plus beaux ouvrages de Dieu, créée immortelle à l'image de son créateur, qui l'a gratifiée lui-même d'immortalité, avec le pouvoir de faire ce qu'elle veut. Car vous ne péchez pas par une suite nécessaire de ce que vous êtes au monde, et ce ne sont point, comme le prétendent quelques-uns, les mouvements des astres qui vous forcent à commettre l'impiété.

Pourquoi refuser de vous accuser vous-même ? Pourquoi rejeter votre faute sur des astres qui en sont innocents ? . . . "

" Nous péchons par l'effet de notre propre volonté.

N’écoutez point ceux qui vous débitent là-dessus des fables. Vous savez bien dire : Je fais ce que je ne veux pas (Rom., VII, 15) ; mais rappelez-vous aussi ces autres paroles de l’Ecriture : Si vous le voulez et que vous m’écoutiez, vous serez rassasiés des biens de la terre (Isaïe, I, 19) ; et ces autres encore : De même que vous avez fait servir vos membres à l’injustice et à l'iniquité, faites-les servir maintenant à la justice pour votre sanctification (Rom., VI, 19). . . "

" L'âme est douée de libre arbitre : le démon peut bien la solliciter, mais il ne saurait du tout la forcer. Qu'il vous suggère des pensées impures, vous y consentirez si vous le voulez ; vous y résisterez si vous n'en voulez pas. Car si c'était par nécessité que vous vous porteriez au mal, pourquoi Dieu aurait-il fait l'enfer ? Et si vous pratiquiez la justice par nécessité, et non par votre propre volonté, pourquoi Dieu vous promettrait-il des couronnes ? Le mouton est un animal fort doux, et cependant on ne le récompense point pour sa douceur, parce qu'en effet elle lui vient, non de sa volonté, mais de sa nature. "

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22. S. JEROME, contre les Pélagiens, prologue

: " Nous répondons brièvement aux calomniateurs, qui jettent contre nous leurs méchantes paroles, qu'il appartient à des manichéens de condamner la nature de l'homme, et d'ôter le libre arbitre, et de supprimer le secours de Dieu ; que c'est encore une insigne folie de dire que l'homme est ce qu'est Dieu, qu'il faut entrer dans la royale voie, de manière à n'incliner ni à gauche, ni à droite, et qu'il nous faut croire que les mouvements de notre volonté sont toujours gouvernés par le concours de Dieu (Cf. Œuvres choisies de saint Jérôme, trad. par Collombet, t. VIII, p. 278-279). "

23. Le même, Lib. II adversùs Jovinianum, c. 2 : " Dieu nous a faits libres, et nous ne sommes nécessités ni à la vertu ni au vice. Autrement, si nous y étions nécessités, il n'y aurait plus matière ni à châtiments, ni à récompenses. De même que c'est Dieu qui amène nos bonnes œuvres à la perfection (car il ne dépend, ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Rom., I X, 46), que nous puissions les accomplir), ainsi, en fait de désordres et de péchés, c'est nous qui semons le mal en nous, et c'est le démon qui l'achève. "

24. Le deuxième concile d'Orange, canon 13 : "

Le libre arbitre ayant été affaibli dans le premier homme, et rendu comme malade, ne peut être réparé que par la grâce du baptême. "

25. Ibidem, canon 25 (ou plutôt, conclusion des vingt-cinq décrets) : " Nous devons donc enseigner et croire, suivant les passages de l’Ecriture rapportés ci-dessus, et les définitions des anciens Pères que, par le péché du premier homme, le libre arbitre a tellement été abaissé et affaibli, que personne depuis n'a pu aimer Dieu comme il faut, croire en lui, ou faire le bien en vue de lui, s'il n'a été prévenu par la grâce et par la miséricorde divine. "

26. S. AUGUSTIN, et les autres évêques, dans leur lettre synodale au pape Innocent I (Epist. XCV, al. 77, inter Epist. S. Augustini) : " Nous prions Dieu que cet esprit, dont nous avons reçu le gage, vienne au secours de notre faiblesse, afin que nous puissions surmonter les tentations et nous défendre du péché. Aussi est-il clair que, lorsque nous disons à Dieu : Ne nous laissez pas succomber à la tentation, nous ne le prions, ni de nous faire hommes, puisque c'est notre nature même que de l’être, ni de p.313 fin p.314 début nous donner le libre arbitre, puisque nous l'avons reçu dès le premier moment de notre existence, ni même de nous pardonner nos péchés, puisque c'est ce que nous demandons plus haut par ces paroles de la même prière : Pardonnez-nous nos offenses ; ni enfin de nous donner sa loi, puisque succomber à la tentation c’est pécher, et que pécher c'est aller contre la loi, contre une loi, dis-je, déjà existante. Mais ce que nous demandons, c'est de ne point pécher, c'est-à-dire, de ne faire aucun mal, comme l’Apôtre demandait pour les fidèles de Corinthe : Je prie Dieu, leur disait-il, que vous ne fassiez aucun mal (II Cor., XIII, 7). Par-là il est évident, qu'encore bien que nous ayons un libre arbitre, comme personne ne saurait en douter, il ne suffit pas que nous fuyons pour ne point pécher, c’est-à-dire pour ne point faire de mal, si la grâce ne nous aide et ne soutient notre faiblesse. "

" La prière même que nous faisons est donc une preuve des plus claires du besoin que nous avons de la grâce. Que Pélage reconnaisse cette grâce que tous les jours nous demandons à Dieu, et alors nous nous réjouirons de le voir dans des sentiments si orthodoxes, soit qu'il les ait eus d'avance, soit qu'il y revienne après les avoir quittés. "

" Il faut bien distinguer entre la loi et la grâce.

Le propre de la loi, c'est de commander, et celui de la grâce, c'est d'aider et de secourir ; et de même que la loi ne nous ordonnerait rien si nous n'avions pas de volonté à nous, la grâce ne viendrait point à notre aide, si notre volonté se suffisait à elle-même. "

" L'Ecriture nous ordonne de ne point faire le mal, lorsqu'elle dit en propres termes : Evitez le mal (Ps. XXXVI, 27) ; et cependant elle nous enseigne qu'il faut demander à Dieu la grâce de ne point le faire : Nous ne cessons, dit saint Paul, de prier le Seigneur que vous ne fassiez aucun mal (II Cor., XIII, 7). Elle nous ordonne de faire le bien, lorsqu'après avoir dit : Evitez le mal, elle ajoute : Et pratiquez le bien ; et cependant nous prions Dieu qu'il nous accorde la grâce de le pratiquer, puisque c'est ce que faisait saint Paul quand il disait aux Colossiens : Nous ne cessons de prier Dieu pour vous. . . , afin que vous vous conduisiez d'une manière digne de Dieu, cherchant à lui plaire en toutes choses, par toutes sortes de bonnes œuvres et de propos édifiants (Col., I, 10). De même donc que nous reconnaissons le libre arbitre de l'homme dans le devoir qui lui est imposé d'observer tous ces préceptes, que Pélage reconnaisse aussi la néces- p.314 fin p.315 début sité de la grâce dans toutes ces prières faites à Dieu, pour qu'on puisse les observer (Cf. Lettres de saint Augustin, t. V, p. 44-47). "

27. S. PROSPER, Lib. I de Vocatione gentium, c.

8 : " Il n'est pas à propos que l'homme combatte son ennemi sans protecteur, puisqu'ayant déjà perdu la victoire, il ne doit pas s'aventurer à mesurer ses forces avec celles d'un ennemi victorieux, à qui il n'a pas fait résistance lorsqu'il les avait saines et entières, mais il doit attendre le secours, et espérer la victoire de celui qui seul l'a remportée sans se laisser vaincre lui-même par aucun ennemi. Or, s'il la désire, qu'il ne doute point que ce désir ne lui soit donné par avance de la même main qui lui donne la victoire ; et qu'il ne croie pas qu'il ait perdu son libre arbitre, pour s'être laissé conduire par l'esprit de Dieu, puisqu'il ne l'avait pas même perdu quand il s'était assujetti à la tyrannie du démon qui lui avait à la vérité corrompu le jugement, mais qui n'avait pu le lui ôter. Il n'est donc pas croyable que le divin médecin nous ôte, en nous guérissant, ce que notre ennemi n'a pu détruire en nous par toutes les plaies qu'il nous a faites ; croyons plutôt qu'à guérir nos plaies, sans porter atteinte à l'intégrité de notre nature. Mais ce que la nature a perdu, ne saurait être réparé que par son auteur (Cf. Saint Prosper, disciple de saint Augustin, de la Vocation des gentils, p. 13). "

CHAPITRE VI. DE LA CONDUITE DE DIEU DANS LE MYSTERE DE L’AVENEMENT DE JESUS-CHRIST.

" De là il est arrivé que le Père céleste, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui même avant la loi avait promis son Fils Jésus-Christ, et qui ensuite, dans le temps de la loi, s'en était de nouveau expliqué à plusieurs saints patriarches, l'a envoyé aux hommes lorsqu'enfin les temps se sont trouvés heureusement accomplis, et pour qu'il rachetât les Juifs qui étaient sous la loi, et pour que les Gentils, qui ne recherchaient point la justice, parvinssent à en obtenir le bienfait, et qu'ainsi tous les hommes fussent adoptés comme enfants de Dieu. C'est lui que Dieu a proposé pour être par la foi que p.315 fin p.316 début nous aurions dans la vertu de son sang, la victime expiatoire de nos péchés, et non-seulement des nôtres, mais aussi de ceux du monde entier. " Concile de Trente, ses. VI, c. 2.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. II Corinthiens, I, 3-4 : " Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes, et le Dieu de toute consolation, - qui nous console dans tous nos maux. "

2. Galates, IV, 4-7 : " Mais lorsque les temps ont été accomplis. Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme, et assujetti à la loi, - pour racheter ceux qui étaient sous la loi, et pour nous faire recevoir l'adoption des enfants de Dieu. - Et parce que vous êtes des enfants de Dieu, il a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils, qui vous fait crier : Abba (mon Père). - Aucun de vous n'est donc plus serviteur, mais enfant ; s'il est enfant de Dieu, il est aussi son héritier par Jésus-Christ. "

3. Romains, IX, 30 : " Que dirons-nous donc ? Que les gentils qui ne cherchaient point la justice, ont embrassé la justice, cette justice qui vient de la foi. "

5. Romains, III, 23-26 : " Car tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu. - Etant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ, - que Dieu a proposé pour être la victime de propitiation, par la foi qu'on aurait en son sang, pour faire paraître la justice qu'il donne lui-même en pardonnant les péchés passés, - qu'il avait soufferts avec tant de patience ; pour faire, dis-je, paraître en ce temps la justice qui vient de lui ; montrant tout ensemble qu'il est juste, et qu'il justifie celui qui a la foi en Jésus-Christ. "

6. Ibid., V, 8-14 : " Mais Dieu a fait éclater son amour pour nous en ce que, lors même que nous étions encore pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous dans le temps marqué. -Maintenant donc que nous sommes justifiés par son sang, nous serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère de Dieu. - Car si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort, de son Fils, à plus forte raison, étant maintenant réconciliés avec lui, nous serons sauvés par la vie de son même Fils. - Et non-seulement nous avons été réconciliés, mais nous nous glorifions même en Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui nous avons, obtenu maintenant cette réconciliation. " p.316 fin p.317 début

7. I Timothée, II, 8 : " Car il n'y a qu'un Dieu et un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme ; - qui s'est livré lui-même pour la rédemption de tous, en rendant témoignage dans le temps marqué. "

8. I JEAN, II, 1-2 : " Si quelqu'un pèche, nous avons pour avocat envers le Père, Jésus-Christ qui est juste. - C'est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés, et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde. "

CHAPITRE VII. QUELS SONT CEUX QUI SONT JUSTIFIES PAR JESUS-CHRIST.

" Quoique Jésus-Christ soit mort pour tous, tous néanmoins ne profitent pas du bienfait de sa mort ; mais ceux-là seulement en recueillent le fruit, à qui les mérites de sa passion sont appliqués. Car de même que les hommes ne naîtraient pas pécheurs, s'ils ne tiraient leur origine d'Adam, puisque c'est par suite de cette descendance, qu'ils contractent, au moment où ils sont conçus, l'injustice dont il s'est rendu coupable et qui leur devient propre, de même ils ne seraient jamais justifiés, s'ils ne renaissaient en Jésus-Christ, puisque c'est par cette renaissance, qu'en vertu des mérites de la passion du Sauveur, la grâce qui a pour vertu de les justifier leur est conférée. C’est pour ce bienfait que l'Apôtre nous exhorte à rendre de continuelles actions de grâces à Dieu le Père qui, en nous éclairant de sa lumière nous a rendus dignes d’avoir part au sort et a l'héritage des saints ; qui nous a arrachés de la puissance des ténèbres et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par le sang duquel nous avons été rachetés, et avons reçu la rémission de nos péchés. " Concile de Trente, session VI, chapitre 3.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. II Corinthiens, V, 14-15 : " Car l'amour de Jésus-Christ nous presse : considérant que si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts ; - et que Jésus-Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et qui est ressuscité pour eux. "

2. Colossiens, I, 12-14 : " Rendant grâces à

Dieu le Père, qui en nous éclairant de sa lumière, nous a rendus dignes d'avoir part au sort et à l’héritage des saints ; - qui nous a arrachés à p.317 fin p.318 début la puissance des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé, - par le sang duquel nous avons été rachetés, et avons reçu la rémission de nos péchés. "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. PROSPER, in Responsionibus ad capitula objectionum Gallorum, c. 9 : " Le Fils de Dieu donc, après avoir pris notre nature sans en prendre les péchés toutefois, nous a procuré, à nous autres pécheurs en même temps que mortels, cet avantage d'échapper aux liens du péché et de la mort, pourvu que nous recevions en lui une nouvelle naissance. De même donc qu'il ne suffit pas pour notre renouvellement que Jésus-Christ soit venu sur la terre, si nous ne renaissons dans le même Esprit dont il a été conçu lui-même, ainsi il ne suffit pas pour notre rédemption que Jésus-Christ ait été crucifié, si nous ne mourons avec lui et ne sommes ensevelis avec lui par le baptême. Autrement, il n’eût pas été nécessaire, dès là que le Sauveur était né avec une chair semblable à la notre et avait été crucifié pour nous tous, que nous reçussions une nouvelle naissance et que nous fussions entrés en lui par la ressemblance de sa mort ; mais comme personne sans ce sacrement ne peut obtenir la vie éternelle, personne aussi ne peut être sauvé par la croix de Jésus-Christ, s'il n'est crucifié en lui. Or, on ne saurait être crucifié en Jésus-Christ à moins d'être membre de son corps, et de se revêtir de lui par l'eau et l'Esprit-Saint. C'est ainsi qu'il a voulu entrer en part de notre infirmité et de notre mortalité, pour nous faire part à nous-même de sa vertu et de sa résurrection. Quoiqu’il soit donc très-convenable de dire que le Sauveur a été pour la rédemption du monde entier, puisqu'il a pris véritablement notre nature, et que tous les hommes avaient été perdus par la faute du premier homme, devenue la faute de tous, on peut dire cependant aussi qu'il a été crucifié pour ceux-là seulement à qui sa mort a été profitable. Car l'Evangéliste nous dit que Jésus devait mourir pour la nation juive, et non-seulement pour cette nation, mais aussi pour réunir en un seul peuple les enfants de Dieu qui étaient dispersés (JEAN, XI, 51-52). Il est venu dans ses propres foyers, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais il a donné à tous ceux qui l'ont reçu et qui croient en son nom, le pouvoir d'être faits enfants de Dieu, ne recevant alors leur naissance ni du sang, ni des ardeurs de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu lui-même (JEAN, I, 12-14). "

p.318 fin p.319 début

2. S. AUGUSTIN, Epist. LXXXIX (al. 157) ad Hilarium, q. 3 : " Comme donc c'est par le péché d'un seul que tous les hommes ont encouru la condamnation, dont les enfants ont par conséquent autant besoin que les autres d'être délivrés par le baptême, de même c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification et la vie (Rom., V, 18). Si l’Apôtre emploie le mot tous dans ce dernier membre comme dans le premier, ce n'est pas que tous les hommes soient participants de la grâce de la justification, dont Jésus-Christ est l'auteur, puisqu'il y en a tant qui n'y ont aucune part, et qui meurent de la mort éternelle ; mais c'est parce que, de la même manière que de tous ceux qui naissent pour la condamnation, il n'y en a aucun qui naisse autrement que par Adam, ainsi, de tous ceux qui sont régénérés et justifiés, il n'y en a aucun qui le soit autrement que par Jésus-Christ. Voilà ce qui fait que l’Apôtre emploie le mot tous d'un côté comme de l'autre ; et c'est par la même raison qu'un peu plus bas il emploie de part et d'autre celui de plusieurs. Comme plusieurs, dit-il, sont devenus pécheurs par la désobéissance d’un seul, ainsi plusieurs sont rendus justes par l'obéissance d’un seul (Rom., V, 19) ; manière de parler où il est clair que le mot plusieurs est employé à l’égard d'Adam pour celui de tous, comme celui de tous est employé plus haut à l'égard de Jésus-Christ pour celui de plusieurs. "

" Voyez, je vous prie, comme l'Apôtre s'attache à nous faire remarquer un homme de chaque côté, Adam de l'un, et Jésus-Christ de l'autre, et de les mettre en opposition : Adam comme le principe de la condamnation, et Jésus-Christ comme celui de la justification. Car quoiqu'il ne soit venu au monde sous une chair mortelle que si longtemps après Adam, l'Apôtre rapporte toute justification à Jésus-Christ, pour nous foire entendre que même ce qu'il y a eu de justes dans le temps de l'ancienne loi n'ont été délivrés et justifiés que par la même foi par laquelle nous le sommes, c'est-à-dire par la foi en l'incarnation de Jésus-Christ, qui leur était prédite en ce temps-là, comme elle nous est annoncée présentement. "

3. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 20 (al. 28, n. 55) : " La vie éternelle, que Dieu, qui ne saurait tromper, a promise à ses saints ou à tous ceux qui lui seront fidèles, et que nous ne pouvons attendre que de Jésus-Christ, en qui seul tous ceux qui y auront part seront vivifiés, comme c'est en Adam que nous étions tous morts (I Cor., XV, 22). Car de même que ce n'est qu'en Adam, en qui tous ont péché, que p.319 fin p.320 début meurent tous ceux sans exception qui descendent de lui par l'effet de la génération charnelle, ainsi ce n'est qu'en Jésus-Christ, en qui tous sont rendus à l'état de justice, que peuvent être sanctifiés tous ceux sans exception qui reçoivent le bienfait de la régénération spirituelle. De même en effet, comme le dit l'Apôtre (Rom., V, 18), que tous ont été condamné par la faute d'un seul, tous ont désormais à être rétablis dans un état de justice par le bienfait d'un seul (Rom., V, 18). "

4. Le même, De naturâ et gratiâ, c. 41 :

" De même qu'il a été dit : Comme tous ont été condamnés par la faute d'un seul, tous, dis-je, sans exception, de même tous sans exception sont compris dans ce qui est ajouté immédiatement après : Ainsi tous ont désormais à être rétablis dans l’état de justice par le bienfait d'un seul ; non que tous croient en lui, que tous aient part à son baptême, mais parce que personne n'est effectivement rétabli dans l'état de justice, à moins de croire en lui et de recevoir le baptême en son nom. Ce mot tous a donc été mis ici pour indiquer que personne ne peut être sauvé par un autre moyen que par Jésus-Christ. "

5. Le même, contra Julianum, lib. VI, c. 4 : " De même donc que c'est par le péché d'un seul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous reçoivent la grâce de la justification, avec la vie qui en est l'effet (Rom., V, 18). Ainsi d'un côté tous les hommes, et de l'autre côté tous les hommes aussi, parce que comme tous les hommes doivent la mort au premier Adam, tous également ne peuvent devoir la vie qu'au second : Car comme tous sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, tous seront de même rendus justes par l'obéissance d'un seul (ibid., 19). "

6. Ibidem, c. 34 : " Personne n’échappera à cette colère de Dieu, s'il n'est réconcilié à Dieu par la vertu du médiateur. C’est ce qui a fait dire à ce divin médiateur lui-même : Celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui (JEAN, III, 36). Il ne dit pas que la colère de Dieu viendra, mais il dit qu'elle demeure dès maintenant. C'est pourquoi la foi et la confession de la foi est exigée des petits enfants comme des grandes personnes, de ceux-ci par leur propre cœur et par leur propre bouche, et de ceux-là par la bouche des autres, pour qu'ils puissent être réconciliés à Dieu par la mort de son Fils, et pour que la colère de Dieu ne demeure pas sur eux, depuis que le vice de leur origine les a rendus coupables devant lui. . . . . " p.320 fin p.321 début " Lorsqu’après avoir dit : Le péché est passé à tous par un seul, l’Apôtre ajoute que beaucoup ont été rendus pécheurs par la désobéissance d'un seul, il attache à ce mot beaucoup le même sens qu’à ce mot tous. De même lorsqu'après avoir dit : Par la justice d'un seul, tous les hommes ont reçu la grâce de la justification avec la vie qui en est l'effet, il dit de nouveau : Beaucoup seront rendus justes par l'obéissance d'un seul, il ne faut pas entendre ce mot beaucoup comme si l’Apôtre faisait exception de quelques-uns, mais il faut lui donner la même étendue de signification : non que tous les hommes soient justifiés de fait en Jésus-Christ, mais parce que tous ceux qui sont justifiés ne peuvent l'être qu'en lui. De la même manière qu'on peut dire que tout le monde entre dans une maison par une même porte, non que tous les hommes entrent de fait dans cette maison, mais parce que tous ceux qui y entrent ne peuvent le faire que par cette porte. Tous ont donc été précipités dans la mort par Adam, et tous sont rappelés à la vie par Jésus-Christ ;

parce que, de même que tous meurent en Adam, tous aussi seront justifiés en Jésus-Christ (I Cor., XV, 22), c'est-à-dire que depuis qu'il y a des hommes, personne ne meurt que par suite du péché d’Adam, et que personne n'hérite d'Adam autre chose que la mort ; et personne d'un autre côté ne peut revenir à la vie que par Jésus-Christ, et ne peut recevoir de Jésus-Christ autre chose que la vie. Mais vous (pélagiens), qui ne voulez pas que tous, mais que plusieurs seulement aient été, soit condamnés par la faute d'Adam, soit délivrés par la grâce de Jésus-Christ, vous renversez le christianisme par votre monstrueuse doctrine. Car si quelques-uns peuvent être sauvés ou justifiés sans Jésus-Christ, Jésus-Christ est donc mort en pure perte. "

CHAPITRE VIII. EN QUOI CONSISTE LA JUSTIFICATION DE L’IMPIE, ET DE QUELLE MANIERE ELLE S’OPERE SOUS LA LOI DE LA GRACE.

" Ces paroles (de l'Apôtre aux Colossiens, I, 22) font voir que la justification de l'impie n'est autre chose que le passage de l'état où nous naissons enfants du premier Adam, à l'état de grâce qui nous rend enfants adoptifs de Dieu par le second Adam, qui est Jésus-Christ notre Sauveur. Or, depuis que l’Evangile a été promulgué, ce passage d'un état à l'autre ne peut se faire p.321 fin p.322 début sans l'eau de la régénération ou sans le désir d'y être lavé de ses péchés, conformément à ces paroles, que si un homme ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume dans Dieu. " Concile de Trente, session VI, chapitre 4.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

2. Tite, III, 5-7 : " Il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions pu faire, mais à cause de sa miséricorde, par l'eau de la renaissance, et par le renouvellement du Saint-Esprit, - qu'il a répandu sur nous avec une riche effusion, par les mérites de Jésus-Christ notre Sauveur, - afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous devinssions les héritiers de la vie éternelle, selon l’espérance que nous en avons. " 3. JEAN, III, 5 : " Si quelqu'un ne, etc. " (Comme dans le corps de la réponse.) Les témoignages relatifs à la même nécessité du baptême, ont été rapportés plus haut, lorsque nous avons eu à traiter du sacrement de Baptême, question

1 ; quant à ceux où se trouve décrite en particulier la justification du pécheur, on les trouvera rapportés plus bas, chapitre IX.

CHAPITRE IX. DE LA NECESSITE QU’IL Y A POUR LES ADULTES DE SE PREPARER A LA GRACE DE LA JUSTIFICATION, ET D’OU PROCEDE CETTE NECESSITE.

" De plus, la justification, dans les adultes, ne peut avoir d'autre principe que la grâce prévenante de Dieu, méritée aux hommes par Jésus-Christ, c'est-à-dire, la grâce qu'il leur fait de les appeler, sans qu'aucuns mérites aient précédé de leur part. Par cette prévenance ou cet appel que Dieu leur fait, ces pécheurs qui jusque-là vivaient dans l’éloignement de Dieu, se trouvent excités et aidés à revenir à lui, et disposés par-là même à obtenir leur justification, qui ne s'accomplit pas néanmoins sans concours de leur part et sans coopération à la grâce : de sorte que, Dieu faisant pénétrer dans le cœur de l'homme des rayons de lumières de l'Esprit-Saint, ni l'homme n'est purement passif sous l'inspiration divine, puisqu'il peut absolument la rejeter, ni il ne saurait pourtant, sans cette grâce, se porter vers la justice par un mouvement de sa volonté libre, de manière à en être p.322 fin p.323 début justifié devant Dieu. De là ces paroles de l'Ecriture : Convertissez-vous à moi, et je me convertirai à vous, doivent nous rappeler que nous sommes libres ; en même temps que ces autres qu'elle nous met à la bouche à nous-même : Convertissez-nous à vous, Seigneur, et nous serons convertis, doivent nous porter à reconnaître le besoin que nous avons d'être prévenus de la grâce. " Concile de Trente, session VI, chapitre V.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

2. Ibid., XV, 10 : " Mais c'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce n'a pas été stérile en moi ; mais j'ai travaillé plus que tous les autres, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu avec moi. "

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