Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 192)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

6. Ibidem, c. 16 : " Vous êtes bien dans l'erreur en prétendant que si la concupiscence était un mal, on devrait en être délivré par le baptême Car, sans être un péché, elle est toujours un mal. Ou, pour m’exprimer plus clairement, c'est un mal dont on cesse d'être coupable, quoiqu'elle soit toujours un mal pour celui qui y reste sujet. Car, quoique baptisé, son corps ne reste-t-il pas sujet à la corruption ? Et n'est-ce pas un mal, que ce qui appesantit l'âme ? Il se serait donc trompé, celui qui a dit : Le corps qui se corrompt appesantit l’âme (Sag ., IX, 15) ? " p.283 fin p.284 début

39 : " La grâce du saint baptême qu'on reçoit maintenant dans l’Eglise de Jésus-Christ nous fera parvenir un jour à la perfection des saints. Car la même renaissance spirituelle qui fait que tous nos péchés nous sont remis, aura éternellement pour effet de nous régénérer même corporellement, en détruisant en nous tout foyer de concupiscence, en même temps que le corps revivra désormais incorruptible. Mais cette parfaite guérison de tous nos maux n'est encore que l'objet de notre espérance et non un avantage dont nous puissions dès maintenant jouir ; ce n'est pas pour nous un bien présent que nous nous flattions de posséder déjà, mais un bien futur que nous pouvons nous promettre, et que la patience nous fait un devoir d'attendre. "

8. Ibidem, c. 40 : " Ainsi nous sommes purifiés par l'eau du baptême, non-seulement de tous les péchés dont nous y obtenons la rémission, et dont nous nous rendons coupables en commettant le mal ou en cédant à de mauvais désirs ; mais encore de ces désirs mauvais, dont nous ne sommes pas coupables, tant que nous leur refusons notre consentement, et dont nous ne pouvons pas nous flatter de nous voir délivrés dès cette vie, mais seulement dans la vie à venir. Les enfants des fidèles même baptisés, tant qu'ils ne sont pas baptisés eux-mêmes, restent donc objets de la haine de Dieu pour ce désordre dont je viens de parler. " Voir d'autres témoignages semblables rapportés plus haut, question III du Baptême, témoignage de la tradition, tome II, page 209-226.

9. Le même, Lib. II de peccatorum meritiis et remissione, c. 28 : " Cette loi du péché que l’Apôtre appelle même péché lorsqu'il dit : Que le péché donc ne règne point dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses désirs déréglés (Rom., VI, 12), ne subsiste pas tellement dans les membres de ceux qui ont été régénérés par l'eau et par l'Esprit-Saint, qu'ils n'en aient pas obtenu la rémission, puisque la rémission des péchés est obtenue alors pleine et entière, toute inimitié qui les séparait de Dieu étant détruit en eux ; mais elle subsiste néanmoins toujours dans les débris que nous conservons du vieil homme, comme un ennemi vaincu et frappé de mort, mais qui reprendrait une nouvelle vie si nous lui donnions un consentement coupable, et qui remonterait alors comme sur son trône en nous remettant sous le joug de son ancienne domination. Ces débris du vieil homme dans lesquels a son siège cette loi du péché ou ce péché déjà p.284 fin p.285 début pardonné, sont tellement étrangers à la vie de cet esprit nouveau dans lequel la grâce de Dieu nous régénère par le baptême, que l'Apôtre ne s'est pas contenté de dire que ceux qui sont baptisés ne sont plus dans le péché, mais qu'il a ajouté qu'ils ne sont plus dans la chair (Rom., VIII, 9), et cela, avant même d'être sortis de cette vie mortelle. Ceux donc qui vivent dans la chair, écrivait-il aux Romains, ne sauraient plaire à Dieu : mais pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l'esprit, si toutefois l’Esprit de Dieu habite en vous. Cependant, de même que notre chair, quelque sujette qu'elle soit à la corruption, devient pour nous une occasion de mérites lorsque nous nous servons de nos membres pour faire de bonnes œuvres, mais alors nous ne vivons pas dans la chair en quelque sorte, c'est-à-dire que nos affections et nos sentiments ne sont pas alors charnels ; de même encore que la mort même qui est la peine du péché de nos premiers parents, est une occasion de mérites pour ceux qui l'endurent avec patience et courage pour leurs frères, pour la foi, ou pour quelque autre cause juste et sainte ; ainsi la loi du péché qui, quoique pardonnée, subsiste toujours dans les débris de notre vieil homme, est une occasion de mérite pour des époux fidèles qui ne se laissent point dominer par la concupiscence, en tant qu'ils vivent de la nouvelle vie dont Jésus-Christ est le principe ; mais d'un autre côté, en tant qu'il leur reste encore quelque chose du vieil Adam, ils engendrent à l'état de mortalité des enfants qui plus tard seront régénérés pour une vie immortelle, en leur transmettant le péché dont eux-mêmes, une fois régénérés, ne seront plus coupables, et dont leurs enfants cesseront de l’être quand ils seront régénérés à leur tour. . . "

" N'allez pas vous récrier sur ce que j'ai dit, que la loi du péché subsistant toujours par la concupiscence, la grâce du sacrement en ôte néanmoins toute la culpabilité.

Car si, après que le péché, soit de pensée, soit de parole ou d'action, a cessé d’être en nous quant à l'acte même de le commettre, nous en restons cependant coupables, jusqu’à ce que nous en ayons obtenu la rémission ; nous devons dire aussi, quoique dans un sens contraire, que quoique la loi de la concupiscence subsiste toujours en nous, nous ne. cessons pas moins d'en être coupables, du moment où nous recevons dans le baptême la pleine rémission de nos péchés. Enfin, si nous sortons de ce monde aussitôt après voir reçu le baptême, nous n'aurons rien en nous qui puisse p.285 fin p.286 début retarder notre admission dans notre céleste patrie, le baptême ayant brisé tous les liens qui nous tenaient asservis au péché. De même donc qu'on ne doit pas s'étonner que quelqu'un reste coupable de ses péchés de pensées, de paroles ou d'actions antérieurement commis, tant qu'il n'en a pas obtenu la rémission, ainsi ne devons-nous pas être étonnés non plus que, du moment où l'on a obtenu la rémission de ses péchés, on cesse d'être coupable de la concupiscence qui reste toujours. "

10. Le même, Lib. II contra Julianum, c. 9 : " Saint

Ambroise fait consister (lib. de fugâ seculi, c. 1) la pratique de la justice pour la vie présente dans une certaine guerre et dans des combats qu'il nous faut livrer non-seulement aux puissances ennemies répandues dans l'air, mais encore à nos propres convoitises, à l'aide desquelles nos ennemis extérieurs cherchent à nous perdre ou à se rendre maître de nous. Il dit (in cap.

XII Lucæ) que dans cette guerre notre propre chair est pour nom un ennemi des plus redoutables, quoiqu'elle ait été créée primitivement dans un tel état, qu’il y aurait eu toujours une parfaite harmonie entre elle et l'esprit, si elle n'avait été viciée par la prévarication du premier homme, et ne nous était devenue un obstacle par l'infirmité qu'elle en a contractée. Pour que cette guerre nous réussisse ce saint personnage nous recommande (de fug. sec., c. 1) de fuir le siècle et il s'applique nous faire voir combien cette fuite nous présente de difficultés, et même d'impossibilités si nous ne sommes aidés par la grâce de Dieu. Il dit (Lib. de sacr. regener.) que nos vices sont morts à la vérité par la rémission de tous nos péchés reçue dans le baptême, mais qu'il nous reste à en faire en quelque sorte la sépulture. Dans ce même ouvrage, il fait voir que nous avons un tel combat à livrer à nos vices même morts, qu'ils nous empêchent de faire ce que nous voulons, et qu'ils nous portent à faire ce que nous ne voulons pas ; que le péché opère souvent dans nos membres malgré toutes nos résistances ; que souvent aussi des passions que nous croyions mortes se réveillent ; qu'il nous faut lutter contre la chair, comme faisait saint Paul lorsqu'il disait : Je sens dans les membres de mon corps une autre loi qui combat contre la loi de mon esprit (Rom., VII, 23). Il nous recommande de nous défier de notre propre chair et de ne point croire ce qu'elle nous suggère, puisque l'Apôtre nous dit au sujet de lui-même : Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair, parce que je trouve en moi la volonté de faire le bien, p.286 fin p.287 début mais je ne trouve point le moyen de l'accomplir (Rom., VII, 18). Voilà comment ce généreux soldat de Jésus-Christ, ce fidèle docteur de l'Eglise, Ambroise, pour tout dire, nous dénonce le combat violent que nous avons à soutenir contre nos péchés, même lorsqu'ils sont morts en nous. Et comment pouvons-nous dire que le péché soit mort en nous, lorsqu'il opère en nous et malgré nous tant de tristes effets ? Quels effets, sinon ces désirs inutiles et pernicieux, qui précipitent les hommes dans l’abîme de la perdition et de la damnation (I Tim., VI, 9) ? Désirs qui nous fournissent à coup sûr l'occasion d'un combat et d'une guerre continuelle, si nous avons la constance de les endurer sans y consentir. Et ce combat à livrer, entre quels adversaires ? Entre le bien et le mal et non pas sans doute entre notre nature et notre nature, mais plutôt entre notre nature et le vice qui, quoique mort, nous reste à ensevelir, c'est-à-dire dont il nous reste à nous guérir complètement. Comment donc pouvons-nous dire que ce péché est mort dans le baptême comme le dit aussi cet illustre personnage, et comment pouvons-nous avouer en même temps qu'il réside toujours dans nos membres, et qu'il accomplit en nous beaucoup de mauvais désirs auxquels nous résistons sans même jamais leur donner notre consentement, sinon parce qu'il est mort quant à la culpabilité qui en résultait auparavant pour nous, et que, tout mort qu'il est maintenant, il nous fait éprouver ses révoltes jusqu’à ce qu'il soit complètement enseveli ? D'ailleurs, si on l'appelle encore péché, ce n'est pas en ce sens qu'il continue à nous rendre coupables ; mais en ce sens qu'il est l'effet du crime de notre premier père, et qu'il cherche par ses révoltes à nous rendre criminels nous-mêmes, comme il y réussirait certainement, si nous n'étions aidés par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ à empêcher ses révoltes de le faire revivre en nous, et reprendre un empire que le baptême lui avait fait perdre. "

11. Ibidem, c. 10 : " Dans cette guerre où nous avons à combattre tant que nous sommes dans cette vie, qui est pour l'homme une tentation continuelle, nous ne sommes pas coupables de péché par cela seul que ce que l'Apôtre appelle péché de cette manière produit ses effets dans nos membres, en combattant contre la loi de l'esprit, et sans que de notre côté nous lui donnions notre consentement. Car pour ce qui nous regarde nous-mêmes, nous resterions toujours exempts de péchés, sans même attendre que nous soyons tout-à-fait guéris de ce mal, si nous lui refusions toujours notre consentement pour le péché auquel il p.287 fin p.288 début nous sollicite. Mais comme souvent nous nous laissons vaincre par l'importunité de ses révoltes, sinon d'une manière mortellement coupable, au moins véniellement et par simple fragilité, ce sont ces fautes si faciles à contracter qui nous obligent de dire tous les jours, Pardonnez-nous nos offenses. "

12. Le même, Lib. I de peccatorum meritiis et remissione, c. ultimo ; c'est le passage rapporté plus haut, question III du sacrement de baptême, témoignage 34, t. II, page 224, avec plusieurs autres qu'on trouvera à la suite.

13. Le même, Lib. I de Civitate Dei, c. 25 : " Loin de l'âme chrétienne qui a sa confiance, son espoir, sa force en son Dieu ; loin de cette âme l'ombre d'un consentement impur à la volupté des sens ! que si cette concupiscence indisciplinée qui habite en nos membres de mort, s’émeut comme par sa loi propre contre la loi de l'esprit, n'est-elle pas exempte de péché quand elle se fait sentir ainsi en nous, malgré nous, dans l'état de veille, à bien plus forte raison encore qu'elle n'en est exempte quand elle nous agite dans le sommeil (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Moreau, t. Ier, p. 48) ? "

14. Le même, Lib. V contra Julianum Pelagianum, c. 3

: " Quel mal leur en serait-il arrivé de plus, je vous le demande, ou pourquoi l’Apôtre dirait-il, Dieu les a livrés aux désirs de leurs cœurs (Rom., I, 24), s'ils étaient d’avance possédés en quelque façon par ces mauvais désirs ? De ce que quelqu'un a de mauvais désirs, est-ce une conséquence nécessaire qu'il y consente ? Autre chose est donc d'avoir de mauvais désirs, autre chose de leur être livré ; et pourquoi leur être livré, sinon pour être mis sous leur tyrannie par le consentement qu'on y donne ? Et c'est ce qui arrive, lorsqu'on est livré à ses désirs par un juste jugement de Dieu.

Autrement, ce serait vainement qu'il aurait été dit : Ne vous laissez point aller à vos mauvais désirs (Ecclé., XVIII, 50), si l'on était coupable par cela seul qu'on sentirait en soi les mauvais désirs s'élever et pousser au mal, quand même on leur refuserait son consentement, et qu'on leur livrerait de glorieux combats en se maintenant en état de grâce. Que vous en semble en effet ? Celui qui met à profit cet avis du Sage : Si vous conteniez votre âme dans ses désirs (déréglés sans doute), elle vous rendra la joie de vos ennemis (Ecclé., XVIII, 31), est-il coupable par cela seul qu'il éprouve de tels désirs dont il se refuse à lui-même de jouir, pour ne pas devenir la joie du diable et de ses p.288 fin p.289 début anges, qui sont nos vrais ennemis et nos envieux les plus à craindre ? Lors donc que l'Ecriture dit d'un homme qu'il est livré aux désirs de son cœur ; ce qui fait le crime de cet homme, c'est qu'étant abandonné de Dieu, il cède à ses désirs, qu'il leur donne son consentement, et s'en laisse vaincre, posséder, maîtriser. Car quiconque est vaincu est esclave de celui qui l’a vaincu (II PIERRE, II, 19). "

15. Le même, Lib. VI contra Julianum, c. 23 : " Quand vous m'accusez d'entendre ces paroles de l'Apôtre, Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair, et le reste jusqu’à ces mots, Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort (Rom., VII, 18-24) ? quand vous m'accusez, dis-je, d'entendre tout ce chapitre autrement qu'il ne doit être entendu, vous m'attribuez sans le savoir beaucoup plus que je ne mérite. Car je ne suis ni le seul, ni le premier qui aie entendu ce passage, qui réfute si bien votre hérésie, de la manière qu'il doit être entendu ; au contraire, je l'avais d'abord pris dans un autre sens, ou pour mieux dire, je ne l'avais pas compris, comme l'attestent plusieurs de mes écrits qui me restent de ce temps-là. Il ne me semblait pas en effet que l'Apôtre eût pu dire de lui-même : Je suis charnel, tandis que sa vie était si parfaitement spirituelle ; je ne pouvais pas concevoir non plus qu'il fût captif sous la loi du péché, ni qu'une pareille loi fût dans les membres de son corps. Je me persuadais à moi-même que cela ne pouvait se dire que de ceux qui étaient tellement dominés par la concupiscence de la chair, qu'ils faisaient tout ce qu'elle demande à ses esclaves, ce qu'on ne pourrait croire sans folie d'un si grand apôtre, tandis qu'une multitude innombrable de saints, même des plus vulgaires, opposent les désirs de l'esprit à ceux de la chair, tant ils sont éloignés de vouloir satisfaire ces derniers. Mais plus tard, je me suis rendu à l'avis de plus sages et de plus intelligents que moi, ou plutôt à l’évidence de la vérité même, et j'ai compris que ces paroles de l’Apôtre n'exprimaient autre chose que le gémissement de tous les saints, dont la vie entière est un continuel combat contre les désirs de la chair. Quoique spirituels par les dispositions intimes de leur âme, ils sont cependant toujours charnels quant à ce corps corruptible qui les appesantit (Sag., IX, 15), et ils ne seront spirituels, même quant au corps, que lorsque ce corps, après avoir été mis en terre comme un corps animal, ressuscitera comme un corps spirituel (I Cor., XV, 44). On conçoit fort bien encore que ces même saints sont tenus captifs sous la loi du p.289 fin p.290 début péché, par cette partie de leur cire qui ressent les mouvements de ces désirs auxquels ils résistent. C'est au moyen de ces réflexions que je suis parvenu à entendre ce passage comme l'avaient entendu avant moi les Hilaire, les Ambroise, les Grégoire, et tant d'autres saints et savants docteurs de l’Eglise, qui ont pensé que l'Apôtre lui-même avait eu combattre fortement contre des désirs charnels qu'il éprouvait malgré lui, et que ces paroles avaient pour objet d'exprimer les combats de ce genre qu'il avait à livrer contre lui-même. Vous-même vous avez avoué que les saints livrent de ces glorieux combats pour dompter ces révoltes de la chair qui sans cela les domineraient, et pour pouvoir parvenir insensiblement par ce moyen à les étouffer et à les éteindre. Tâchons donc d'entrer ensemble dans le sens des paroles de ces généreux combattants, si nous sommes nous-mêmes de leur nombre. Car ce ne sera véritablement plus nous qui vivrons, mais ce sera Jésus-Christ qui vivra en nous, si pour ce combat à livrer à outrance à nos désirs charnels, et pour la victoire à obtenir jusqu’à extermination sur ces mêmes ennemis, nous mettons notre confiance en lui, et non en nous. C'est lui, en effet, qui nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption (I Cor., I, 30-31), afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. Il n'y a donc point de contradiction, quoi que vous pensiez, à ce que le même qui a dit, Ce n’est pas moi qui vis, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi (Gal., II, 20), dise aussi, Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair (Rom., VII, 18). Car autant que Jésus-Christ vit en lui, autant demeure-t-il victorieux du mal qui habite dans sa chair, puisque personne ne combattrait comme il faut les désirs de la chair par ceux de l'esprit, si l'esprit de Jésus-Christ n'habitait en lui. Nous sommes donc bien éloignés de dire, comme vous nous en accusez, que l’Apôtre a voulu faire entendre par ces paroles que la volupté l'entraînait quelquefois malgré lui des actions impures, puisque l'Apôtre dit au contraire, Ce n'est plus moi qui fais ce mal que je ne veux pas, montrant par-là que les désirs charnels qu'il ressentait pouvaient bien l'agiter de leurs mouvements, mais non aller jusqu’à le faire consentir au péché. "

16. Le même, Serm. VI de verbis Apostoli, c. 1 : " Et ainsi je suis moi-même soumis à la loi de Dieu selon l’esprit, et à la loi du péché selon la chair (Rom., VII, 25). Par cette conclusion qu'il tire, l'Apôtre fait voir que ce qu'il a dit plus haut, Ce n'est plus p.290 fin p.291 début moi qui fais ce mal, mais c'est le péché qui habite en moi (ibid., 20), signifiait simplement qu'il ne donnait aucun consentement dans son esprit aux mouvements de concupiscence qu'il pouvait éprouver dans sa chair. Car il donne ici le nom de péché à la concupiscence charnelle, parce qu'elle est la source de tous les péchés. Tous les péchés en effet qu'on peut commettre par pensées, par paroles ou par actions, n'ont pour principe que les mauvais désirs et les plaisirs illicites. Si nous résistons à leur attrait, si nous leur refusons notre consentement, si nous ne leur prêtons pas nos membres pour leur servir d'instruments, le péché ne régnera point dans notre corps mortel. "

CHAPITRE V. DE L’IMPUISSANCE DE LA NATURE ET DE LA LOI A OPERER LA JUSTIFICATION DE L’HOMME.

" Pour entendre sainement et dans toute sa pureté la doctrine de la justification, chacun doit reconnaître et confesser avant tout, que tous les hommes ayant perdu l'innocence par le fait de la prévarication d’Adam, étaient devenus impurs, enfants de colère par le fait même de leur naissance, comme dit l’Apôtre, et tellement esclaves du péché et asservis à la puissance du démon et de la mort, que non-seulement les gentils ne pouvaient s'en affranchir ou s'en relever par les forces de la nature ; mais que les Juifs eux-mêmes ne le pouvaient non plus par la lettre de la loi, quoique le libre arbitre ne fût point éteint en eux, quelque affaibli qu'il fût et si enclin qu'on le suppose vers le mal. " Concile de Trente, session VI, c. 1.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. I Corinthiens, XV, 21-22 : " Car comme la mort est venue par un seul homme, la résurrection des morts doit venir aussi par un seul homme. - Et comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi en Jésus-Christ. "

2. Romains, V, 12-19 : " Car comme le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort est passée dans tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché : (car le péché a toujours été dans le monde jusqu’à la loi ; néanmoins la loi n'étant point encore, le péché n'était pas imputé ; - cependant la mort a exercé son règne depuis Adam jusqu'à Moïse, même à l'égard de ceux qui p.291 fin p.292 début n'ont pas péché par une transgression semblable à celle d'Adam, - qui est la figure de celui qui devait venir : - mais) il n'en est pas de la grâce comme du péché ; car si par le péché d’un seul plusieurs sont morts, la miséricorde et le don de Dieu s'est répandu beaucoup plus abondamment sur plusieurs par la grâce d'un seul homme, qui est Jésus-Christ. - Et il n'en est pas de ce don comme du péché ; car nous avons été condamnés par le jugement de Dieu pour un seul péché, au lieu que nous sommes justifiés par la grâce après plusieurs péchés. - Si donc, à cause du péché d'un seul, la mort a régné par un seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice régneront dans la vie par un seul, qui est Jésus-Christ. - Comme donc c'est par le péché d’un seul que tous les hommes sont tombés dans la damnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification de la vie. - Car, comme plusieurs sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, ainsi plusieurs seront rendus justes par l'obéissance d’un seul. "

3. Ephésiens, II, 3 : " Nous étions, par la corruption de notre nature, des enfants de colère, aussi bien que les autres hommes. "

4. Romains, VI, 14-18, 20 : " Car le péché ne vous dominera plus, parce que vous n'êtes plus sous la loi, mais sous la grâce. - Quoi donc ? Pécherons-nous parce que nous ne sommes plus sous la loi, mais sous la grâce ? Dieu nous en garde ! - Eh ! ne savez-vous pas que de qui que ce soit que vous vous soyez rendus esclaves pour lui obéir, vous demeurez esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché pour y trouver la mort, soit de l'obéissance pour y trouver la justice ? - Mais Dieu soit loué de ce qu'ayant été auparavant esclaves du péché, vous avez obéi du fond du cœur à la doctrine de l’Evangile, sur le modèle de laquelle vous avez été formés, - et qu'ayant été affranchis du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice. - Car lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez dans l'état d’une fausse liberté à l’égard de la justice. "

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. S. CELESTIN I, Epist. I ad episcopos Galliæ, c. 4

(al. 3) : " Par l’effet de la désobéissance d'Adam, tous les hommes ont perdu (Possibilitatem naturalem. M . Rohrbacher traduit ces mots par possibilité ou puissance naturelle (originelle), Fleury par ces mots : pouvoir naturel) p.292 fin p.293 début avec leur innocence leur pouvoir originel de faire le bien, et personne ne peut plus à l'aide de son libre arbitre sortir de l'abîme de cette chute, si la grâce de Dieu ne le relève miséricordieusement, selon ce qu'a défini le pape Innocent d'heureuse mémoire dans sa lettre au concile de Cartilage (epist. 25, vel inter Augustin, 91, al. 181) : " Adam a éprouvé de quoi le libre arbitre est capable, lorsqu'abusant de ses facultés naturelles, il tomba dans l'abîme de la prévarication. La nature humaine n'aurait trouvé aucun moyen de se relever de cette chute, sans la grâce de l'avènement de Jésus-Christ, qui par le renouvellement que produit en nous la régénération que nous recevons au baptême, efface tous les péchés passés et nous donne des forces pour nous établir et nous faire marcher dans la voie du bien. "

2. S. PROSPER, contra Collatorem, c. 22 : " Si ces paroles

(Cùm enim gentes quæ legem non habent, etc., Rom., II, 14 et s.) ont été dites de ceux qui, étant étrangers à la grâce apportée aux hommes par Jésus-Christ (alieni à gratiâ christianâ), faisaient par leur propre sagesse des règlements et des lois sur le type des prescriptions légales (ad similitudinem legalium mandatorum proprio judicio sanciebant), parce qu'ils sentaient que les villes et les peuples ne pouvaient subsister dans l'ordre et la bonne intelligence sans récompenses décernées aux bons et sans châtiments infligés aux méchants, qui peut douter que cette sagesse ne soit comme un débris de l'état primitif de l'homme, tel que Dieu l'avait créé (Et de la première révélation par conséquent. Voici les paroles mêmes de saint Prosper : " Quis ambigat hunc sapientiam humano generi ad temporalis vitæ utilitatem ex naturæ à Deo conditæ superesse reliquiis ? " Peut-on croire que Dieu ait laissé aux hommes de ces débris de la sagesse primitive pour l'utilité de la vie temporelle, sans leur en laisser en même temps pour la félicité de l'autre vie ? Et quelle étude peut être plus utile après celle des livres saints et de l’histoire ecclésiastique que la recherche de ces précieux monuments dans l'antiquité même profane et chez les peuples même les plus sauvages ? Honneur donc aux Annales de philosophie chrétienne, qui ont pour principal objet de recueillir ces précieux débris !), laissé au genre humain pour l'utilité de la vie présente ? Car si la raison humaine ne pouvait pas même s’élever à cette prudence terrestre, notre nature (intelligente) ne serait pas simplement viciée, elle serait anéantie. Mais quelque enrichie qu'on la suppose des connaissances et des vertus morales auxquelles il est donné à l'homme d'atteindre, notre raison ne saurait se suffire à elle-même pour se sanctifier ou pour se procurer p.293 fin p.294 début le salut (justificari ex se non potest), parce qu'abandonnée à elle-même, elle ne sait qu'abuser des biens qu'elle a reçus et qui dès-lors deviennent contre elle des titres de conviction de son impiété et de son immoralité, par l'abandon qu'elle aura fait du culte du vrai Dieu, de sorte qu'elle trouve son accusatrice dans cette sagesse même qu'elle serait tentée d'invoquer pour sa défense (quia bonis suis malè utitur, in quibus sine cultu veri Dei impietatis immunditiæque convincitur, et unde se defendi existimat, accusatur). Puis donc que saint Paul déclare qu'aucun homme n'est justifié par les œuvres de la loi (Rom., III, 20), et qu'en Jésus-Christ ni la circoncision, ni l'incirconcision ne sert de rien, mais seulement l'être nouveau que Dieu créé en nous (Gal, VI, 15), pourquoi cet auteur (Cassien, auteur des Conférences combattues dans cet ouvrage par saint Prosper comme entachées de semi-pélagianisme) veut-il justifier par ses principes la raison de l'infidèle abandonnée à sa liberté, et supposer à l'impiété des vertus morales qu'elle a perverties (quid iste impiam infidelium libertatem naturalibus instruit bonis, et propriis vult justificare principiis) ? Pourquoi prétend-il suffisante pour s'initier à une vie nouvelle une science infidèle à sa propre mission, et dépouillée par elle-même de ce qui faisait son ornement (quid ad renovationem miseræ vetustatis idoneam definit prævaricatris scientiæ nuditatem ?) Comme si cette science empruntée, soit aux débris de la sagesse primitive (ex naturæ opibus residua), soit aux préceptes de la loi, pouvait faire par elle-même que celui qui la possède embrasse volontiers et mette en pratique les devoirs qu'elle lui présente comme obligatoires, ou comme s'il y avait d'autres mouvements possibles de bonne volonté (Qui puissent être utiles pour le salut), que ceux que forme en nous l'inspiration de la charité répandue dans nos cœur par l'Esprit-Saint. "

3. S. AUGUSTIN et les autres évêques du concile d'Afrique,

Epist. XCV (al. 177) ad Innocentium papam : " Comme donc cette grâce, si connue de tous ceux qu'on peut appeler chrétiens, fidèles et catholiques, est celle dont il s'agissait quand on a reproché à Pélage qu'il était ennemi de la grâce, et qu'on lui dénonçait qu’il eût à cesser de la combattre ; pourquoi, après s'être fait à lui-même cette objection dans son livre, ne répond-il autre chose pour se laver d'un tel reproche, sinon que la nature avec laquelle l'homme a été créé porte en elle-même la grâce p.294 fin p.295 début du Créateur et que ce qu'il entend quand il dit que nous pouvons, avec le secours de la grâce de Dieu, accomplir par notre libre arbitre les devoirs de la justice chrétienne et nous conserver purs de tout péché, c’est que Dieu nous l'a rendu possible par les facultés naturelles qu'il nous a données. Ne sommes-nous pas en droit de lui répliquer : Le scandale de la croix est donc anéanti ? c'est donc en vain que Jésus-Christ est mort (Gal, V, 11) ? Car, quand même Jésus-Christ ne serait ni mort pour nos péchés, ni ressuscité pour notre justification (Gal., II, 21), ni monté au ciel ; quand même il n'aurait point mené la captivité captive (Ephés., IV, 8), et que du haut du ciel il ne distribuerait point ses dons aux hommes (ibid.), ce pouvoir et ces forces de la nature, que Pelage fait tant valoir, n'en seraient pas moins dans chacun de nous. "

" Dira-t-il que les hommes n'avaient pas encore la loi de Dieu, et que c'est pour la leur procurer que Jésus-Christ est mort ? Mais ne l'avait-on pas déjà, cette loi bonne, juste et sainte ? N'avait-il pas déjà été dit : Vous ne vous arrêterez point à de mauvais désirs (Exod., XX, 17) ? N'avait-il pas déjà été dit :

Vous aimerez votre prochain comme vous-même (Lévit., XIX, 18) ? Ce qui comprend toute la loi, selon saint Paul (Rom, XIII, 9-10) ; en sorte qu'en accomplissant ce seul précepte on l'accomplit tout entière ? Car celui de nous aimer nous-mêmes est compris dans celui qui nous ordonne d'aimer Dieu, puisque ce n'est qu'en aimant Dieu que nous nous aimons nous-même : et c'est ce qui fait que Jésus-Christ nous a dit que ces deux préceptes renfermaient la loi et les prophètes (MATTH., XXII, 40). Or, ces deux préceptes avaient déjà été donnés aux hommes.

Pélage dira-t-il que la récompense éternelle de la justice ne leur avait point été promise ? Il ne saurait le dire non plus, puisqu'il enseigne lui-même dans ses livres, que le royaume du ciel est promis dans l'Ancien-Testament aussi bien que dans le Nouveau. Si donc les hommes avaient déjà, dans les forces de leur nature et dans la faculté de leur libre arbitre, tout ce qui est nécessaire pour accomplir les devoirs de la justice et de la sainteté même la plus parfaite ; s’ils avaient déjà une loi bonne, juste et sainte ; si les récompense éternelles leur avaient déjà été promises, c'est en vain que Jésus-Christ est mort. "

" (Or, Jésus-Christ n'est pas mort en vain), et par conséquent la justice qui nous sanctifie ne vient ni de la loi, ni des forces de la nature, mais de la foi et du don de Dieu accordé en vertu p.295 fin p.296 début des mérites de Jésus-Christ Notre-Seigneur, unique médiateur entre Dieu et les hommes ; en sorte que, si, dans la plénitude des temps, il n'était mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification, la foi des anciens, aussi bien que la nôtre, se trouverait vaine et illusoire. Or, dès qu'il n'y a plus de foi, il n'y a plus de justice, puisque le juste vit de la foi (HABAC., II, 4). Car, depuis que le péché est entré dans le monde, et que par le péché la mort a passé dans tous les hommes par celui en qui tous ont péché, il est certain que personne n'est, ni n'a jamais été délivré du corps de cette mort, où habite une loi qui combat celle de notre esprit, que par la grâce de Dieu et par la foi en cet unique médiateur entre Dieu et les hommes, qui est Jésus-Christ homme, et qui, s'étant fait homme sans cesser d'être Dieu, a refait et réparé ce qu'il avait fait, et non pas par les prétendues forces d'une nature, qui, devenue esclave et malade par le péché, ne saurait se passer de rédempteur et de médecin. . . . . "

" Si donc, dès le temps de la loi et avant la loi même c'était la grâce qui justifiait par la foi les anciens patriarches, et non pas les forces prétendues d'une nature malade, indigente, corrompue et vendue au péché, comme c'est elle aussi qui nous justifie nous-même, maintenant qu'elle est manifestée et produite au grand jour, il faut que Pélage anathématise ses livres où il l'a combattue (Cf. Lettres de saint Augustin, p. 51-54-59). "

16 : " Personne ne peut être guéri de ce péché que nous fait contracter des le principe notre naissance charnelle ; personne, dis-je, ne peut en être guéri, ni par ses moyens naturels, ni par la lettre de la loi, mais on le peut uniquement par la foi en Jésus-Christ Fils de Dieu, qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Il est mort pour les impies, en s'offrant lui-même pour nous, ainsi que le dit l'Apôtre, comme une oblation et une victime d'agréable odeur (Ephés., V, 2). Dans la personne de ce médiateur établi entre Dieu et les hommes, a été restaurée la nature humaine, comme c'est dans sa personne aussi qu'a été remplie la fin de la loi. Car, premièrement, notre faiblesse naturelle ne pouvait se suffire à elle-même pour la pratique de la vertu, puisque, plongée dans les ténèbres et dénuée de toutes forces, depuis que nos jours s'étaient évanouis (Ps. LXXXIX, 9), p.296 fin p.297 début et que la colère de Dieu nous avait consumés, nous étions sans loi, et nous péchions tellement à l'aveugle, que nous ne savions pas même que nous péchions.

C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : Je n'aurais point connu la concupiscence, si la loi n'avait dit : Vous n'aurez point de mauvais désirs (Rom., VII, 8). En second lieu, la connaissance de la loi non-seulement n'arracha personne à la puissance des ténèbres, mais ne fit qu'aggraver la misère des pécheurs et que multiplier le nombre des péchés. Car, sans la grâce de la foi, la connaissance de la loi nous rend plus condamnables que ne le ferait l'ignorance ou l'on vivrait par rapport à elle, puisque, plus on est instruit des prescriptions de la loi, plus on se rend coupable en les violant. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : La loi produit la colère et le châtiment, puisque, lorsqu'il n’y a point de loi, il n'y a point de violement de la loi (Rom., IV, 15). Le même apôtre dit encore : La loi a été établie pour faire reconnaître les crimes que l'on commettait en la violant (Gal., III, 19,22) ; et : Dieu a comme renfermé tous les hommes sous le joug du péché, afin que ce que Dieu avait promis fût donné par la foi en Jésus-Christ à ceux qui croiraient en lui. Comment donc pourrait-on se promettre même un simple commencement de bien ou de bonne volonté en ne s'appuyant que sur les forces de son libre arbitre, si l'on n'est pas prévenu de la grâce de Dieu, qui refait en nous la bonne volonté et préserve de ses écarts une nature d'autant plus sujette à l'orgueil, qu'elle est plus asservie au péché et à la mort, tandis que même avant qu'il eût été blessé par le péché, notre libre arbitre n'avait pas pu se maintenir fidèle à l'ordre divin, et que depuis qu'il a été blessé, il n'a pas su trouver sa guérison dans le remède que lui présentait la loi, mais qu'au contraire il avait pris occasion de la loi elle-même pour aggraver son crime ? Car la loi est survenue pour donner lieu à l'abondance du péché (Rom., V, 20), dont personne ne peut être délivré que par l'agneau de Dieu qui efface les péchés du monde.

En effet, ni le libre arbitre de l'homme, ni les prescriptions de la loi, quelque saintes, quelque justes, quelque excellentes qu'elles soient en elles-mêmes ne peuvent délivrer l'homme de ce corps de mort ; mais il n'y a à pouvoir le faire que la grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur (Rom., VII, 25). Car c'est la loi de t'esprit de vie qui est en Jésus-Christ qui nous a délivré de la loi de péché et de mort (Rom., VIII, 2).

"

5. S. AUGUSTIN, Lib. I contra duas epistolas pelagianorum, c, 2 : " Ces manichéens, dit Julien, avec qui nous ne sommes p.297 fin p.298 début plus en communion, c'est-à-dire tous ceux dont nous sommes séparés, disent que par le péché du premier homme ou d'Adam, le libre arbitre a été détruit, et que personne n'est plus le maître de vivre comme il faut, mais que tous sont entraînés dans le péché par la nécessité que leur chair leur impose. Il appelle manichéens les catholiques, à l’exemple de ce Jovinien qui, il y a quelques années, se faisait hérésiarque en attaquant la virginité de Marie, et égalait les mariages chrétiens à la virginité qui se consacre à Dieu. . . . . Mais qui de nous dira que le libre arbitre ait été détruit dans tout le genre humain par le péché du premier homme ? Sans doute le péché nous a fait perdre quelque chose de notre liberté, savoir, la liberté telle que nous la possédions dans le paradis, la liberté de ne point subir la mort et de persévérer dans l’état de parfaite justice ; et c'est pour cela que la nature humaine a besoin de la grâce divine, selon ce que dit le Sauveur : Si le Fils vous délivre vous serez vraiment libres (JEAN, VIII, 36), c'est-à-dire disposé pour vivre saintement et justement. Car tant s'en faut que le libre arbitre soit anéanti dans le pécheur, que c'est par lui-même que nous péchons, et que pèchent surtout ceux qui se complaisent dans le péché, puisque s'ils s'y complaisent et s'ils le commettent, c'est par l'effet de leur libre arbitre. De là ce mot de l’Apôtre : Lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l'égard de la justice (Rom., VI, 20). Ce qui fait voir qu'on ne peut se faire esclave du péché que par l'abus qu'on fait de sa liberté, et par conséquent qu'on est toujours libre. "

6. Ibidem, lib. II, c. 5 : " Nous ne disons pas que le libre arbitre ait été détruit en nous par le péché d'Adam ; mais nous disons qu'étant soumis à la puissance du diable, la force de notre libre arbitre se porte vers le péché, de sorte que toute force lui manque pour vivre selon les lois de la piété et de la justice, si notre volonté elle-même n'est rendue à sa liberté par la grâce de Dieu, et si elle n'est aidée pour toute bonne action, comme pour toute bonne parole et pour toute bonne pensée. "

II : Augustin. " Je dis qu'il n'y a point de péché, s’il n'est pas le produit de la propre volonté, et qu'il n'y a non plus de récompense que pour le bien que notre propre volonté nous fait faire. Ou bien, si l'on peut mériter un châtiment en péchant malgré soi, on doit donc aussi mériter une récompense quand on fait le bien malgré soi. Mais qui ne sait qu'il n'est accordé de récompenses qu'à p.298 fin p.299 début ceux qui font preuve de bonne volonté en faisant le bien ? Comprenons donc aussi qu'il ne doit y avoir de châtiments que pour ceux qui font le mal par une volonté criminelle. "

8. Le même, Lib. III de libero arbitrio, c. 1 : " Vous vous souvenez, à ce que je crois, qu'il a été suffisamment reconnu dans notre première conférence qu'il n'y a que la volonté propre qui rende l'esprit esclave de la cupidité, et qu'elle ne peut être contrainte à cette honteuse servitude ni par aucune puissance supérieure, ni par aucune puissance égale, parce que l'une ou l'autre deviendrait injuste, et par conséquent moindre, ni par aucune créature d’une puissance inférieure à la sienne, puisque par-là même elle n'en a pas le pouvoir. Il faut donc que ce soit par son propre mouvement que la volonté se détourne du Créateur, et se tourne vers la créature pour en jouir ; et si ce mouvement est coupable, si celui qui en douterait mériterait selon vous qu'on se moquât de lui, il n'est donc pas naturel, mais volontaire. Il ressemble au mouvement par lequel une pierre se porte en bas, en ce qu'il est propre à l'âme comme le mouvement de la pierre est propre à la pierre ; mais il en diffère en ce que la pierre n'a pas le pouvoir d'arrêter ce mouvement, qui l’emporte, au lieu que l'âme peut, quand elle veut, neutraliser ce mouvement par lequel elle se porte à préférer des biens infimes aux biens célestes ; et par conséquent le mouvement de la pierre lui est naturel, au lieu que celui de l'âme est volontaire. Aussi celui qui dirait qu'une pierre pèche en se précipitant de haut en bas, non-seulement serait regardé comme plus stupide que les pierres mêmes, mais on dirait de lui qu'il aurait perdu tout-à-fait l'esprit. Au lieu que nous disons d'une âme qu'elle est coupable, lorsque renonçant aux biens du ciel, elle leur préfère ceux de la terre. Par conséquent qu'est-il besoin de chercher quel est le principe de ce mouvement par lequel la volonté se détache du bien suprême et immuable pour s'attacher à des biens frivoles, puisque nous reconnaissons que ce principe c'est notre volonté même, volonté coupable dés-lors, et que toute l'instruction à donner à ce sujet doit avoir pour objet de condamner et de réprimer ce mouvement, et de détourner notre volonté de tous ces biens caduques pour la faire aspirer à la jouissance du bien éternel et infini. "

Evode. " Je vois, ou pour mieux dire, je touche du doigt la vérité de ce que vous dites ici. Car il n'y a rien que je sente plus fortement et plus intimement que l’existence de ma volonté, p.299 fin p.300 début comme le mouvement par lequel elle se porte à poursuivre ce qu'elle désire ; et je ne vois pas ce qui pourrait m'appartenir, si la volonté par laquelle je veux ou ne veux pas ne m'appartenait point. Par conséquent, si je fais par elle quelque chose de mal, à qui dois-je l'imputer qu'à moi-même ? Car comme c'est un Dieu bon qui m'a fait, et que je ne puis faire quelque bien que par ma volonté, il est assez évident que c'est dans un semblable but que ce Dieu bon me l'a donnée d'un autre côté, si ce mouvement par lequel notre volonté se porte en des sens si divers n'était pas volontaire et ne dépendait pas de nous, il ne mériterait ni éloge lorsqu'il se porte vers les biens éternels, ni blâme lorsqu'il se détourne vers les biens sensibles, et il n'y aurait point à nous recommander de dédaigner ceux-ci, de rechercher ceux-là, de cesser de vivre mal et de nous mettre en devoir de vivre bien. Mais celui qui penserait que l'homme n'a pas besoin de recevoir ces sortes d'instructions mériterait d’être retranché du nombre des hommes (Cf. Les Traités du libre arbitre, p. 177-180). "

9. Ibidem, c. 5 : " Nous ne saurions nier que nous ne sommes privés de pouvoir, qu'alors que ce que nous voulons nous manque ; mais si la volonté même nous manquait quand nous voulons, il ne serait plus vrai dès-lors que nous voudrions. Si donc il ne peut se faire que nous ne voulions pas dans l'instant même ou nous voulons, il suit de là que si quelqu'un veut, c'est que la volonté ne lui manque pas ; et d'un autre côté, rien n'est en notre puissance, que ce qui est à notre disposition quand nous voulons. Notre volonté ne serait donc plus la nôtre si elle n’était en notre puissance Mais si elle est en notre puissance, elle nous est libre : car ce qui n'est pas en notre puissance, ou ce qui peut ne pas y être, ne nous est pas libre. Ainsi nous ne nions pas que Dieu ne voie dans sa prescience les choses futures, quoiqu'il soit toujours vrai que nous voulons ce que nous voulons ; car puisqu'il voit dans sa prescience notre volonté même, il faut donc aussi qu'il y ait volonté de notre part. Or, il n'y aurait pas volonté de notre part, si notre volonté n'était pas en notre pouvoir. Il voit donc aussi ce pouvoir dans sa prescience. Ce pouvoir m'appartiendra même d'autant plus certainement, que celui dont la prescience est infaillible a prévu qu'il m'appartiendrait (Cf. Ibidem, p. 189-190). " p.300 fin p.301 début

10. Le même, ibidem, c. 2 : " Une des vérités que Dieu nous a révélées par les saintes Ecritures, c'est qu'il y a dans l'homme un libre arbitre. Mais comment nous l'a-t-il révélé ? C'est ce que je vais vous montrer, non par des raisonnements humains, mais par la parole même de Dieu. Premièrement, à quoi serviraient à l'homme les préceptes divins, s'il n'avait pas le libre choix de sa volonté, par lequel il puisse, en les observant, arriver aux récompenses promises ? Car ces préceptes ont été donnés afin que l'homme ne pût s’excuser sur son ignorance, selon ce que Jésus-Christ dit des Juifs dans l’Evangile : Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils n’ont pas d'excuse dans leur péché (JEAN, XV, 22).

Le péché dont parle ici le Sauveur, n'est autre que le crime énorme dont il prévoyait que ces malheureux Juifs se rendraient coupables en le faisant mourir. Car il ne faut pas s'imaginer qu'ils aient été sans péché, avant que Jésus-Christ fût venu dans la chair. L’apôtre saint Paul dit aussi : L'Evangile nous découvre la colère de Dieu, qui éclate du ciel contre toute l'impiété et l'injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité de Dieu captive. En effet, ils ont connu ce qui peut se découvrir de Dieu, Dieu même le leur ayant fait connaître. Car les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité sont devenues comme visibles depuis la création du monde, par la connaissance que ses créatures nous en donnent, de sorte que ces hommes sont inexcusables (Rom., I, 11 et suiv.). En quel sens l'Apôtre dit-il que ces personnes sont inexcusables ? Sinon en ce qu'elles ne peuvent alléguer cette sorte d'excuse que l'orgueil humain a coutume d'employer, en disant : Si j'avais connu cette obligation, je l’aurais remplie ; je n'y ai manqué que parce que je ne la connaissais pas ; ou bien : Si je savais ce qu'il faut faire, je le ferais ; c'est parce que je l'ignore, que je ne le fais pas. Cette vaine excuse est enlevée à l'homme, quand on lui donne des préceptes ou qu'on lui apprend ce qu'il doit faire pour ne pas pécher. "

" Mais il y a d'autres personnes qui s'excusent d'une manière encore plus criminelle, en rejetant sur Dieu le mal qu'elles font ; ce sont ceux à qui l'apôtre saint Jacques adresse ces paroles : Que personne, quand il est tenté, ne dise que c'est Dieu qui le tente ; car Dieu est incapable de porter au mal, et il ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre concupiscence ; c'est elle qui le détourne du bien, et qui l'attire au mal. Ensuite, quand la concupi- p.301 fin p.302 début cence a conçu, elle enfante le péché et le péché étant consommé, engendre la mort (JAC., I, 13). C'est aussi à ceux qui veulent rejeter leurs péchés sur Dieu, que le livre des Proverbes répond : La folie de l'homme corrompt ses voies, et il s'en prend à Dieu, dans son cœur (Prov., XIX, 3). Nous lisons encore dans le livre de l’Ecclésiastique : Ne dites pas : Dieu est cause que je me suis éloigné de lui ; car c'est à vous à ne pas faire ce qu'il déteste.

Ne dites pas : C'est lui qui m'a jeté dans l’égarement ;

car Dieu n'a pas besoin de l'homme pécheur. Le Seigneur hait toute abomination et tout dérèglement, et ceux qui le craignent n'aiment point ces choses. Dieu dès le commencement a créé l'homme, et l’a laissé entre les mains de son propre conseil. Si vous le voulez, vous observerez ses commandements, et vous garderez avec fidélité ce qui est agréable à Dieu. Il mettra devant vous l’eau et le feu : Portez la main du côté que vous voudrez. La vie et la mort sont devant l'homme ; ce qu'il aura choisi lui sera donné (Ecclé., XV, 11 et suiv.). Dans ces textes de nos livres sacrés, le libre arbitre de l'homme se voit exprimé dans les termes les plus clairs. "

" Que dirai-je de quantité d'autres, où Dieu ordonne de garder ou de pratiquer tous ses commandements ? Comment pourrait-il faire une telle ordonnance, si l'homme n'avait pas de libre arbitre ? Que dirons-nous encore de cette manière de parler de David : Heureux l’homme dont la volonté est attachée à la loi de Dieu (Ps. I, 2) ? Cette expression ne marque-t-elle pas clairement que c'est par sa volonté que l'homme demeure ferme dans la loi de son Dieu ? Combien d'ailleurs n'y a-t-il pas de préceptes qui s'adressent en quelque façon directement à la volonté même ! Par exemple : Ne vous laissez pas vaincre par le mal (Rom., XII, 21) : Ne devenez pas semblables au cheval et au mulet qui sont sans intelligence (Ps. XXXI, 19) : Ne rejetez pas le conseil de votre mère (Prov., I, 8) : Ne soyez pas sage à vos propres yeux (Prov., III, 7) : Ne vous découragez point lorsque Dieu vous châtie (ibid., 11) : Ne négligez point la loi (ibid., 22) : Ne vous dispensez pas de faire du bien au pauvre (ibid., 27) : Ne cherchez point à faire du mal à votre ami (ibid., 29) : Ne vous arrêtez pas à regarder une femme artificieuse (ibid., V, 2) :

Il (l'homme) n'a pas voulu apprendre à bien faire (Ps.

XXXV, 4) : Ils n’ont pas voulu, recevoir l'instruction (Prov., I, 29). Que montrent ces textes, et une infinité d'autres semblables dont sont remplis les livres saints de l’Ancien-Testament, sinon le libre arbitre de la volonté humaine ? Il en est de même des livres du Nouveau.

p.302 fin p.303 début Que signifient entre autres ces paroles de l’Evangile : Ne vous amassez pas de trésors sur la terre (MATTH., VI, 19) : Ne craignez pas ceux qui ne tuent que le corps (ibid., X, 28) :

Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce lui-même (ibid., XVI, 24) : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (LUC, II, 24) ? Et celles-ci de l'apôtre saint Paul : Qu'un homme fasse ce qu'il voudra ; il ne pèche pas s'il marie sa fille. Mais celui qui n'étant engagé par aucune nécessité et se trouvant dans une pleine liberté de faire ce qu'il voudra, prend la résolution dans son cœur de conserver sa fille vierge, fait une bonne œuvre (I Cor., VII, 36-37).

Et encore : Si c'est de bonne volonté que je fais le bien, j'en aurai la récompense (I Cor., IX, 17). Et dans un autre endroit : Tenez-vous dans la tempérance et dans la justice, et gardez-vous du péché (I Cor., XV, 34). Et ailleurs : Comme votre volonté a été prompte à former la résolution d’assister vos frères, qu'elle ne le soit pas moins pour l'effectuer (II Cor., VIII, 11). Et dans les épîtres à Timothée : Les jeunes veuves, après avoir vécu avec mollesse dans le service de Jésus-Christ veulent se remarier (I Tim., V, 11). Et ailleurs : Tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus- Christ souffriront persécution (II Th., III, 12). Parlant à Timothée lui-même : Ne négligez pas, lui dit-il, la grâce qui est en vous (I Tim., IV, 44). Et dans la lettre à Philémon : J'ai voulu que le bien que je vous propose n’eût rien de forcé, mais qu'il fut entièrement volontaire (Phil., 14). L'Apôtre avertit aussi les serviteurs de servir leurs maîtres de bon cœur et avec une pleine volonté (Eph., VI, 6-7).

Saint Jacques s'exprime de même : Ne vous laissez point aller à l'erreur, mes frères (JAC., I, 16). Et : Ne faites pas acception de personnes, vous qui avez foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ (ibid., II, 1). Et encore : Ne parlez pas en mal les uns des autres (ibid., IV, 11). Enfin, saint Jean dit dans sa première épître : N’aimez pas le monde (I JEAN, II, 15). Il y a beaucoup d'autres textes semblables. Or, n'est-il pas évident que, quand Dieu dit à l'homme : Que ta volonté ne se porte pas à ceci ou à cela ; quand, dans les salutaires avis qu'il nous donne, il exige de notre volonté qu'elle fasse ou ne fasse pas telle et telle chose, il nous montre que nous avons un libre arbitre, dont il veut que nous fassions un bon usage ? Que personne donc ne rejette sur Dieu dans son cœur la cause de ses péchés, mais que chacun se les impute à soi-même. Qu'on ne croie pas non plus, quand on fait quelque bien en vue de Dieu, que ce bien soit étranger à notre propre volonté.

p.303 fin p.304 début Car une action n'est bonne, que quand on la fait volontairement ; et c'est alors qu'on doit en espérer la récompense de celui dont il est dit dans l’Ecriture, qu'il rendra à chacun à selon ses œuvres (MATTH., XVI, 27) (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II, p, 187-193). "

11. Le même, Cité de Dieu, liv. V, c. 10 : "

Les stoïciens se sont ingéniés à distinguer les causes, à affranchir les unes de la nécessité, à y soumettre les autres, et ils ont rangé nos volontés parmi les causes indépendantes ; car si elles étaient nécessités, elles ne seraient plus libres. En effet, s'il faut entendre par nécessité toute cause qui n'est pas en notre pouvoir et qui agit suivant le sien, et même malgré nous, comme par exemple la nécessité de la mort, évidemment nos volontés qui, selon la direction qu'elles prennent, font que nous vivons, les uns bien, les autres mal, n'obéissent pas à une nécessité de cette nature.

Car nous faisons beaucoup de choses qu'assurément nous ne ferions pas, si nous voulions ne pas les faire, et de ce nombre sont nos actes mêmes de vouloir, qui existent, si nous voulons, et qui n'existent pas, si nous ne voulons pas : car si nous ne voulions pas, évidemment nous ne voudrions pas. Mais si nous prenons ce mot de nécessité pour signifier la cause qui nous fait dire : Il est nécessaire que telle chose soit ou arrive ainsi ; nous n'avons, que je sache, aucun lieu de craindre qu'une nécessité de cet autre genre ne dépouille notre volonté de son libre arbitre. Car nous ne plaçons pas sans doute sous l'empire de la fatalité la vie et la prescience de Dieu, lorsque nous disons : Il est nécessaire que Dieu vive toujours, et qu'il connaisse tout par sa prescience ; pas plus que nous ne portons atteinte à sa puissance quand nous disons, qu'il ne peut ni mourir, ni être trompé : car s'il ne le peut pas, c'est que, s'il le pouvait, sa puissance elle-même en serait amoindrie. Et c'est avec raison qu'on l'appelle Tout-Puissant, quoiqu'il ne puisse pas mourir et qu'il ne puisse pas être trompé. Car s'il est tout-puissant, c'est parce qu'il fait ce qu'il veut, et non pas parce qu'il pourrait souffrir ce qu'il ne voudrait pas, puisque s'il souffrait ce qu'il ne voudrait pas souffrir, par-là même il ne serait pas tout-puissant. Ainsi, c'est précisément parce qu'il est tout-puissant, que certaines choses lui sont impossibles. Lors donc que nous disons : " Quand nous voulons, il est nécessaire que cela se fasse par notre libre arbitre, " nous énonçons une p.304 fin p.305 début vérité incontestable, mais nous ne soumettons pas pour cela notre libre arbitre à une nécessité qui nous ôte la liberté. Nos volontés sont donc à nous : elles font tout ce que nous faisons quand nous le voulons, et que nous ne ferions pas si nous ne le voulions pas (Cf. La Cité de Dieu, trad. de Moreau, t. Ier, p. 261-262). "

12. Le même, Exposit. capitis V Epistolæ ad Galatas

: " En ce que l’Apôtre dit ici, que la chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit, et que l'esprit en a de contraires à ceux de la chair, et qu'ils sont opposés l'un a l'autre, de sorte que vous ne faites pas les choses que vous voudriez, on s'imagine que l’Apôtre a l'intention de nier l'existence de notre libre arbitre, et on ne veut pas comprendre que ces paroles s'appliquent à ceux qui refusent d'être fidèles à la grâce de la foi, qui seule peut leur donner la force de se conduire selon l'esprit, et de ne pas accomplir les désirs de la chair. C'est en conséquence de ce refus de fidélité qu’ils sont réduits à l'impuissance de faire le bien même qu'ils voudraient. Car ils voudraient faire les œuvres de justice marquées dans la loi ; mais ils sont vaincus dans ce travail par les désirs de la chair, dont les séductions leur font abandonner la grâce de la foi. "

13. Le même, Lib. octoginta trium quæstionum, q. 24 : " Dieu est incomparablement supérieur en bonté et en justice à tous les hommes, quelque bons et quelque justes qu'ils puissent être. Réglant donc et gouvernant tout avec une souveraine justice, il ne souffre pas que personne soit puni injustement, ou injustement récompensé. Or, c'est le péché qui mérite punition, comme ce sont les bonnes actions qui méritent récompense. Mais d'un autre côté, on ne peut imputer justement aucun péché, pas plus qu'aucune bonne action, à celui qui ne fait rien par le mouvement de sa propre volonté. Le péché, comme la bonne action, doit donc être laissé au libre arbitre de l'homme. "

14. Le même, Lib. III Hypognosticon, c. 10, après avoir dit, c. 9 : " L'apôtre saint Paul a dit (Rom., VIII, 26) : L’Esprit de Dieu nous aide dans notre faiblesse : car nous ne savons ce que nous devons demander à Dieu dans nos prières pour le prier comme il faut ; mais le Saint-Esprit lui-même prie pour nous, c'est-à-dire nous bit prier par des gémissements ineffables, saint Augustin ajoute : Il y a donc en nous un libre arbitre, dont on ne saurait nier l’existence sans cesser d'être catholique ; et en même temps, p.305 fin p.306 début c'est être catholique, que de dire qu'on ne peut ni commencer, ni achever sans le secours de Dieu aucune bonne action, j'entends, aucune action qui puisse entrer dans le plan de ses desseins pour notre salut éternel. A quels autres, en effet, qu'à des hommes doués de libre arbitre, est-il dit dans les Psaumes : Venez, mes enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur (Ps. XXXIII, 12), et dans l’Evangile par ces paroles de Notre-Seigneur à ses disciples : Quiconque écoute mes paroles et les met en pratique (MATTH., VII, 24), comme par ces autres : Vous êtes mes amis, si vous faites les choses que je vous commande (JEAN, XV, 14) ; et dans les épitres aux Corinthiens : Cela vous est utile ; et vous n'avez pas seulement commencé les premiers à faire cette charité, mais vous en avez de vous-mêmes formé le dessein dès l'année passée : achevez donc maintenant ce que vous avez commencé dès-lors, afin que comme vous avez une si prompte volonté d'assister vos frères, vous les assistiez aussi effectivement de ce que vous avez (II Cor., VIII, 10-11) ? Il y a bien d'autres passages semblables tant dans l'Ancien que dans le Nouveau-Testament, que je m'abstiens de rapporter pour ne pas fatiguer mes lecteurs. Mais comment serait-il rendu à chacun selon ses œuvres au jour du jugement, s'il n'y avait pas de libre arbitre dans l'homme ? Et c'est pour cela qu'il n'y a pas d'acception de personnes en Dieu. Ainsi tous ceux qui ont péché sans être sous la loi, périront aussi sans être jugés par la loi ;

et tous ceux qui ont péché étant sous la loi, seront jugés par la loi (Rom., II, 6, 12). Donc dans toute œuvre sainte agit d'abord la volonté de Dieu, puis la libre volonté de l'homme, c'est-à-dire que c'est Dieu qui opère, et l'homme qui coopère. "

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