Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 29)
1. S. AUGUSTIN, de Civitate Dei, lib. X, c. 1 :
" Nous disons que ce qui s'appelle en grec latrie, et en latin servitude, mais servitude par laquelle nous honorons Dieu (qua colimus Deum), ou ce qui s'appelle en grec ????????, et en latin Religio, mais religion que nous rendons à Dieu ; ou que ce qui s'appelle en grec ?????????, et que nous ne pouvons exprimer en un seul mot, mais que nous pouvons appeler le culte de Dieu ; nous disons, je le répète que tout cela n'est dû qu’à Dieu, au seul vrai Dieu qui divinise ceux qui le servent fidèlement. Quels que soient donc p.280 fin p.281 début ces immortels et bienheureux habitants des demeures célestes, s'ils sont sans amour pour nous, sans désir de notre béatitude, ils ne méritent pas nos hommages. S'ils nous aiment, s'ils veulent notre bonheur, ils veulent sans doute que nous puisions à la même source. Le principe de leur félicité n’est-il pas celui de la nôtre ? "
2. Le même, ad Deo gratias, Epist. XLIX, quæst.
3 : " Tout ce que peuvent faire les impies pour excuser leurs sacrifices sacrilèges, leur culte rendu à des idoles, c'est d'attacher à chacune de leurs pratiques une signification ingénieuse.
Vains subterfuges que tout cela ; car ces pratiques ont toujours pour objet la créature au lieu de se rapporter au Créateur à qui seul est dû ce culte religieux, appelé en grec ???????, latrie. Et nous ne disons pas que la terre, la mer, le ciel, le soleil, la lune, les étoiles et les autres corps célestes qui peuvent échapper à notre vue, soient des démons ; mais comme les créatures sont les unes corporelles, les autres incorporelles, ou spirituelles comme nous avons coutume de les appeler, il est évident que tous nos actes religieux ont pour principe notre volonté, qui est un principe spirituel et supérieur à toute substance corporelle. D'où il suit évidemment qu'il est déraisonnable de sacrifier ou de rendre un culte à une créature corporelle quelconque. Ce culte ne pourrait donc s'adresser qu'à une créature spirituelle. Mais cette créature spirituelle elle-même, ou a la crainte de Dieu, ou n'a pas cette crainte : celles qui ont la crainte de Dieu, ce sont les hommes et les anges soumis aux lois de Dieu ; celles qui n'ont pas cette crainte, ce sont les hommes méchants et les mauvais anges, appelés aussi les démons. Par là il est assez clair qu'on ne doit sacrifier à aucune créature même spirituelle. Car plus une créature a la crainte de Dieu, moins elle se croit digne d'un honneur qu'elle sait n'être dû qu’à Dieu. A plus forte raison serait-ce un crime de sacrifier aux créatures qui n'ont pas la crainte de Dieu, ou aux démons.
"
3. Le même, de Civit. Dei, lib. X, c. 1 :
" Il faut voir maintenant et expliquer, autant que Dieu nous en donnera le pouvoir, ce qu'il faut croire de ces esprits que les platoniciens appellent dieux ou bons démons ou anges avec nous ; immortels et bienheureux esprits, qui habitent le ciel, dominations, principautés, puissances : quels hommages, quelle piété nous demandent-ils ? en termes plus clairs, veulent-ils entrer en partage avec Dieu, ou bien veulent-ils que nous réservions à Dieu seul ces offrandes solennelles, ce religieux sacrifice de nous-mêmes ? - Tel est en effet le culte que l'on doit à la Divinité, ou, pour le p.281 fin p.282 début dire d'une façon plus expresse et plus énergique, à la Déité : culte que je ne puis exprimer en latin par un seul mot qui en rende suffisamment l'idée ; ce qui m'obligera à me servir pour l'exprimer d'un terme emprunté à la langue grecque. Partout où les saintes Ecritures emploient le mot ???????, nous traduisons par service (servitium). Mais ce service dû aux hommes et dont parle l’Apôtre quand il recommande aux serviteurs la soumission envers leurs maîtres, se rend en grec par un autre terme. Celui de ???????, dans la langue des écrivains sacrés, signifie toujours, ou du moins presque toujours, cette servitude qui regarde le culte de Dieu. Or, ce mot de cultus n’exprime pas exclusivement l'hommage dû à Dieu seul ; il désigne aussi ce tribut que nous payons l'homme par l'hommage de notre présence ou de nos souvenirs. Et il ne se dit pas seulement des choses qui obtiennent de nous l'humble aveu de notre dépendance ; mais il s'étend même à celles qui dépendent de nous. De ce mot dérivent agricolæ, coloni, incolæ, noms qui signifient, laboureur, colons, habitants ; et les dieux eux-mêmes, on les appelle cælicolæ, non pas pour dire qu'ils révèrent le ciel, mais pour dire qu'ils l'habitent ; célestes colons, expression différente de celle de colons vulgaires, dont la condition est attachée au sol natal dont ils doivent la culture à leurs maîtres, mais synonyme de cette expression de l'un des oracles de la langue latine :
Urbs antiqua fuit, Tyrii tenuêre coloni
" Ville antique, des colons tyriens l'ont habitée. " Il les appelle colons ab incolendo et non ab agriculturâ ; et c'est en ce sens que ces ruches nouvelles, peuplées par les essaims envoyés des grandes villes, se nomment colonies. Ainsi, quoiqu'il soit très-vrai que ce mot, dans un sens propre et intime, signifie le culte dû à Dieu seul, comme il reçoit encore d’autres acceptions, il suit que la langue latine ne peut rendre d'un seul mot le culte que nous devons à Dieu. " " Car, bien que l'expression même de religion semble plus particulièrement désigner le culte de Dieu, et c'est pourquoi les latins l'emploient comme synonyme du mot grec ???????? ; cependant, le langage habituel mettant dans la bouche de l'ignorant comme du savant qu'il faut garder la religion du prince, la religion du serment, etc. (Il nous a été impossible de traduire ici littéralement saint Augustin, à cause de la différence du génie des deux langues), ce mot ne sauve pas l'équivoque, et sa signi- p.282 fin p.283 début cation n'est pas si rigoureusement restreinte au culte de la Divinité, que le respect des liens formé parmi les hommes n'ose l'usurper à son profit. C'est encore proprement du culte de Dieu que s'entend la piété en grec ????????. Et cependant elle se prend encore pour l'accomplissement des devoirs envers les parents ; et le peuple même en étend la signification aux œuvres de miséricorde, usage venu sans doute de ce que Dieu les recommande particulièrement, et témoigne qu'elles lui plaisent autant et plus que tous les sacrifices. Cette locution a fait attribuer à Dieu même l'expression de pieux. Les Grecs toutefois ne se servent pas en ce sens du mot ????????, quoique celui de ???????? reçoive une acception populaire de miséricorde. Aussi remarquons-nous dans certains passages de l’Ecriture, au lieu de ???????? (culte légitime), ??o?????? (culte de Dieu), employé de préférence pour rendre la distinction plus précise. Or, il nous serait impossible d'énoncer en un seul mot l'une ou l'autre de ces propositions. Donc, ce que la langue grecque désigné par ???????, et que la langue latine traduit par servitus (servitude), mais servitude uniquement vouée au culte de Dieu. . . . " Et le reste comme plus haut, p. 280, n. 1.
4. Le même, ibidem, c. 3 et 4 : " C'est à lui (au seul vrai Dieu) que nous devons cet hommage de servitude ou de latrie, soit par le culte extérieur, soit au fond de nous-mêmes. Car tous ensemble, et chacun en particulier, nous sommes son temple ; la société des fidèles ou le cœur d'un seul fidèle est également sa demeure, et il ne saurait être plus grand en tous qu'en chacun, puisque sa nature ignore les modifications de l'étendue ou de la division. Quand nous élevons nos pensées vers ce grand Dieu, notre cœur est son autel ; son Fils unique, le prêtre par qui nous le fléchissons : nous lui immolons des victimes sanglantes, quand nous combattons jusqu'au sang pour sa vérité ; nous brûlons devant lui le plus doux encens, lorsqu'une pieuse et sainte flamme nous consume en sa présence ; nous lui faisons en nous, de ces dons et de nous-mêmes, une offrande pacifique ; dans certaines fêtes solennelles, à certains jours marqués, consacrés à la mémoire de ses bienfaits, de peur que le cours du temps n'en amène peu à peu un ingrat oubli, nous lui sacrifions sur l'autel de nos cœurs au foyer d'une ardente charité, une victime d'humilité et de louanges. Afin de le voir autant que cela peut nous être donné et de nous mettre en état de nous unir à lui, nous nous purifions de toute souillure de péché ou de convoitise impure, et c'est la vertu de son p.283 fin p.284 début nom qui nous sanctifie. Lui-même est la source de notre félicité et la fin de tous nos désirs. Nous attachant donc, ou plutôt nous rattachant (car nous l'avions perdu en nous détachant de lui), nous reliant à lui pour ainsi dire (d'où vient encore, dit-on, ce mot de religion), l'amour nous attire vers lui pour nous faire trouver en lui notre repos ; fin suprême, dont la perfection seule fait notre béatitude. Car ce bien final, sur lequel les philosophes ont tant disputé, consiste à être uni à ce Dieu immortel, dont les chastes embrassements rendent l’âme féconde en vraies vertus. C'est la le bien qu'il nous est prescrit d'aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces ; c'est vers ce bien que nous devons être conduits par ceux qui nous aiment, et conduire nous-mêmes ceux que nous aimons : et ainsi s'accomplissent les deux préceptes auxquels se réduisent la loi et les prophètes : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit, et votre prochain comme vous-même. Car il faut que l'homme apprenne à s'aimer soi-même et il lui est propose une fin à laquelle il doit rapporter toutes ses actions pour être heureux : s'aimer en effet, c'est vouloir son propre bonheur, et cette fin, c'est de s'unir à Dieu. Lors donc qu'on recommande à celui qui sait déjà s'aimer comme il doit, d'aimer son prochain comme soi-même, que lui recommande-t-on, sinon d'exhorter son frère autant que possible à l'amour de Dieu ? Voilà le culte de Dieu, et la vraie religion, et la solide piété, et le service dû à Dieu seul. Quelles que soient donc ces puissances immortelles, quelle que soit l'excellence de leurs vertus, si elles nous aiment comme elles s'aiment, elles veulent que, dans l'intérêt de notre félicité, nous demeurions soumis à celui qui récompense leur soumission par la béatitude dont elles jouissent. Si donc elles ne rendent pas hommage à Dieu, elles sont malheureuses, car Dieu leur manque. Si elles rendent hommage à Dieu, elles ne veulent pas sans doute se laisser adorer à la place de Dieu. Que dis-je ? elles applaudissent, et, de toutes les forces de leur amour, adhèrent à ce divin oracle : Quiconque servira à d'autres dieux qu'au Seigneur, sera exterminé (Exod., XXII, 20). "
" Car, sans parler ici des autres devoirs religieux qui composent le culte divin, quel homme oserait prétendre que le sacrifice soit dû à un autre qu’à Dieu ? Enfin, soit bassesse profonde, soit flatterie pernicieuse, l'homme a empiété beaucoup sur le culte de Dieu pour honorer l'homme ; sans qu'on cesse pourtant de tenir pour mortels ceux à qui l'on défère, qui l'honneur, qui l a véné- p.284 fin p.285 début ration, qui même quelquefois l'adoration. Mais qui jamais a sacrifié à d'autres qu’à celui qu'il sait, ou qu'il croit, ou qu'il suppose Dieu ? Or, l'antiquité du sacrifice est évident par ceux qu'offrirent les deux frères Caïn et Abel. Dieu, dit l'Ecriture, rejeta celui de l'aîné et regarda avec faveur celui du plus jeune. "
5. Le même, contra Faustum, lib. XV, c. 9
: " Ce mot Adonaï est un mot hébreu qui signifie Seigneur, ou pour mieux dire, souverain Seigneur, de la manière que Dieu seul mérite d'être appelé comme le mot latrie, qui est d'origine grecque et signifie servitude ou sujétion, ne signifie pas indifféremment toute espèce de sujétion mais celle-là seulement qui n'est due qu'a Dieu. "
6. Le même, ibidem, lib. XX, c. 21 : " Le peuple chrétien célèbre la mémoire des martyrs par de religieuses solennités, tant pour s'exciter à imiter leurs vertus, que pour s'associer à leurs mérites et s'aider de leurs prières : cependant ce n'est pas aux martyrs eux-mêmes, mais à Dieu seul, qui a fait les martyrs tout ce qu'ils sont, que nous offrons nos sacrifices, quoique ce soit sur leurs tombeaux que nous élevons nos autels. Car quel est le prêtre qui, célébrant les saints mystères sur ces tombeaux, ait jamais dit : C'est à vous, Pierre, ou Paul, ou Cyprien, que nous offrons ce sacrifice ? Mais ce que nous offrons, nous l'offrons à Dieu qui a couronné les martyrs, tout en l'offrant sur les tombeaux de ceux que ce Dieu a couronnés, afin que la circonstance même du lieu réveille notre dévotion et ranime notre amour, tant pour ceux qu'il nous est donné d'imiter, que pour celui dont la grâce nous donne le pouvoir de le faire. Nous honorons donc les martyrs de ce même culte de piété en quelque sorte fraternelle (eo cultu dilectionis et societatis), dont nous honorons dès cette vie les âmes saintes, que nous savons disposées à endurer les mêmes tourments pour la vérité de l’Evangile. Mais ce culte que nous rendons aux martyrs est d'autant plus accompagné de confiance, que rien ne peut plus leur faire perdre le fruit de la victoire qu'ils ont remportée et que nous sommes pleinement assurés de leur triomphe dans une autre vie plus heureuse, ce que nous ne pouvons pas dire également de ceux qui combattent encore dans celle-ci. Mais pour le culte appelé par les grecs ??????? (latrie), comme il n'est dû qu'à la divinité, nous ne le rendons non plus et ne croyons pouvoir le rendre à d'autres qu’à Dieu.
Et comme c'est à cette sorte de culte que se rattache la pratique des sacrifices (car c'est pour cela qu'on p.285 fin p.286 début appelle idolâtrie le sacrifice offert à des idoles), nous n'offrons ni ne permettons d'offrir aucun sacrifice à des martyrs, non plus qu’à d'autres saints, ou à des anges, quelle que soit leur excellence ; et si quelqu'un tombait dans cette erreur, l'Eglise ne manquerait pas de l'en reprendre, soit pour l'en corriger lui-même, soit pour en préserver les autres. De leur côté, les saints eux-mêmes, soit de la même nature que nous, soit de la nature angélique, s'opposent à ce qu'on leur offre ce qu'ils savent devoir n'être offert qu'à Dieu. C'est ce qui paraît clairement par l'exemple de Paul et de Barnabé (Act, XIV, 7-17), qui, voyant les Lycaoniens, ravis qu'ils étaient des miracles que ces deux apôtres venaient d'opérer à leurs yeux, tout prêts à leur sacrifier comme des dieux, déchirèrent leurs vêtements, et déclarant à ce peuple qu'ils n'étaient rien moins que des divinités, l'empêchèrent par là de leur rendre un honneur qu'ils savaient ne convenir à aucune créature. C'est ce qui paraît encore par cet autre exemple que nous fournit l'Apocalypse (XIX, 10 et XXII, 8, 9) d'un ange qui défendit à saint Jean de l'adorer, et qui lui dit pour le détourne de le faire : Je suis un serviteur de Dieu comme vous et vos frères.
Quant aux esprits superbes, tels que le diable et ses anges, ne nous étonnons pas qu'ils demandent pour eux des adorations et des sacrifices, comme cela se pratique dans les temples des Gentils. . . A nos yeux, c'est un moindre crime de revenir des tombeaux des martyrs dans un état d'ivresse, que d'être à jeun et de sacrifier aux martyrs. J'ai dit, sacrifier aux martyrs ; mais non, sacrifier à Dieu sur les tombeaux des martyrs : car, rien n’est au contraire plus ordinaire parmi nous, que d'offrir à Dieu un sacrifice sur ces tombeaux, mais ce sacrifice seulement qu'il nous a prescrit en cimentant avec nous sa nouvelle alliance : sacrifice qui appartient au culte de latrie, et qu'il n'est. permis d’offrir qu’à Dieu. "
Question VIII
Comment, après Dieu, nous honorons et invoquons les saints ?
Il n'est pas question ici de tous les saints en général, c'est-à-dire de tous ceux qui ont été sanctifiés et régénérée en Jésus-Christ, comme on voit saint Paul les appeler de ce nom en plusieurs endroits de ses épîtres ; mais nous entendons seulement parler de ceux qui ont obtenu dans le ciel la récompense de leur sainteté. C’est de ces derniers que le même apôtre a déclaré, que par la foi ils ont conquis les royaumes, accompli les devoirs de la justice, et reçu reflet des promesses.
p.286 fin p.287 début Ces saints vraiment, saints, c'est-à-dire sans tache et sans ride, sont les membres les plus beaux du corps de l'Eglise, les organes privilégiés de l'Esprit-Saint, et sur lesquels le péché ou le mal ne peut plus avoir de prise. Ils doivent se chercher, tant dans la nature angélique que dans la famille humaine : créature vraiment prédestinée, placée au plus haut degré du bonheur et de la gloire, à qui il est donné de jouir éternellement dans le ciel de l'abondance de tous les biens, et de vivre inséparablement unis à Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Aussi peuvent-ils par sa grâce avoir connaissance de ce qui se passe ici-bas parmi nous ; et comme ils sont embrasés d’amour pour leurs frères même absents, ils s'intéressent à notre salut, nous aident continuellement de leurs suffrages et de leurs vœux et prennent d'autant plus à cœur le succès de notre cause, qu'ils n'ont plus à s'inquiéter au sujet de la leur, et que tous leurs instants sont des actes parfaits de charité comme de toute autre vertu compatible avec leur état de béatitude. Nous avons donc bien sujet de vénérer ces lumières éclatantes, ces flambeaux, ces colonnes de l'Eglise, et qui sont après Dieu son plus magnifique ornement ; nous avons bien sujet d'estimer, de louer, d'imiter et d'aimer ces saints, plus que toute autre créature, quelle qu'en soit d'ailleurs l’excellence ; nous avons bien sujet de les honorer autant que nous le permet notre bassesse, ces âmes, ces esprits élevés à ce haut point de dignité ; nous avons bien sujet enfin de les implorer ou de les invoquer dans la mesure de la piété chrétienne, non sans doute pour qu'ils nous accordent par eux-mêmes, mais pour qu'ils demandent de concert avec nous à l'auteur de tous les biens les choses dont nous avons besoin, et qu'ils nous aident, malgré notre indignité, de leur puissante intercession.
Cette manière d'honorer et d'invoquer les saints, si elle se fait dans l'ordre, c'est-à-dire, si elle laisse en son intégrité le culte et l'honneur dû à Dieu seul, et que nous avons déjà appelé latrie, ne présente assurément aucun inconvénient, et n'est point en contradiction avec l'Ecriture ; mais il est justifié par les témoignages les plus irrécusables qui aient autorité dans l'Eglise, et est de nature à nous procurer les plus grands avantages.
Ce culte rendu aux saints, ces invocations que nous leur adressons avec l'Eglise, bien loin d'obscurcir la gloire de Jésus-Christ notre Seigneur et notre Sauveur, lui donnent un plus bel éclat et ne font que l'augmenter et l'étendre. Car la vertu et la p.287 fin p.288 début gloire de ce divin rédempteur brille particulièrement en ce qu'il se montre puissant, glorieux, admirable non-seulement en lui-même, mais encore dans tous ses saints ; que non content de les honorer le premier, il veut qu'ils reçoivent un surcroît d'honneur et dans le ciel et sur la terre ; et que par leur entremise et en leur considération, il nous accorde beaucoup de biens et nous pardonne beaucoup de péchés, quelque indignes que nous puissions être par nous-mêmes de ces faveurs. Et ce sont des textes de l'Ecriture assez connus, que ceux qui nous insinuent qu'Abraham, Isaac, Jacob, David, Jérémie, quoique morts déjà, ont utilement intercédé pour des vivants.
C'est ce qui fait que les Pères, en parlant des saints, les appellent fréquemment nos protecteurs, nos patrons, nos intercesseurs. Et c'est à bon droit sans doute qu'ils le font, puisque l'expérience nous atteste que les suffrages des saints, implorés avec humilité et confiance au nom de Jésus-Christ, procurent souvent à ceux qui les implorent une grande abondance de grâces.
C'est pourquoi l'Eglise a condamné de tout temps ceux qui, comme Vigilance, refusent aux saints et à leurs sacrées reliques les honneurs que leur défère l'Eglise catholique.
Et il ne faut pas écouter les calomniateurs de ce culte, qui voudraient faire entendre que par là nous rendons aux saints des honneurs divins, que nous les adorons comme des dieux, que nous mettons de simples créatures au même rang que le créateur. L'injustice de cette accusation est rendue évidente par quantité de preuves que nous pourrions alléguer, mais en particulier par la forme de ces supplications antiques et solennelles, connues sous le nom de litanies, et dans lesquelles on commence par honorer et invoquer Dieu et les personnes divines, tout autrement que les saints et que tous les ordres de saints.
De là est venu aussi l'usage de ces fêtes en l’honneur des saints, que saint Augustin justifiait contre Fauste le Manichéen, en ces termes : " Le peuple chrétien célèbre la mémoire des martyrs par de religieuses solennités, tant pour s'exciter à les imiter, que pour s'associer à leurs mérites et s'aider de leurs prières. " (Voir question précédente, témoignage 6, p. 285).
p.288 fin p.289 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
2. II Corinthiens, I, 1 : " Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, et Timothée son frère, à l'Eglise de Dieu qui est Corinthe, et à tous les saints qui sont dans toute l'Achaïe à p.289 fin p.290 début
4. Colossiens, I, 1-2, 4 : " Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, et Timothée son frère. - A nos saints et fidèles frères en Jésus-Christ qui sont à Colosse. - Depuis que nous avons appris quelle est votre foi en Jésus-Christ et votre charité envers tous les saints. . . . "
5. A Philémon, 7 : " Votre charité, mon frère, nous a comblé de joie et de consolation, à la nouvelle que les saints ont reçu tant de soulagement de votre bonté. "
6. Apocalypse VII, 9-17 : " Je vis ensuite une grande multitude que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue : ils étaient debout devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, et tenant des palmes en leurs mains. - Ils chantaient à haute voix : Gloire à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l'Agneau qui nous a sauvés. - Et tous les anges se tenaient debout autour du trône, et des vieillards, et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent devant le trône, et ils adorèrent Dieu, - en disant : Amen : bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu, dans les siècles des siècles : Amen. - Alors un des vieillards prenant la parole, me dit : Qui sont ceux-ci qui paraissent revêtus de robes blanches ? et d’où sont-ils venus ? - Je lui répondis : Seigneur, vous le savez. Et il me dit : Ce sont là ceux qui ont passé par la grande tribulation, et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. - C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et ils le servent jour et nuit dans son temple : et celui qui est assis sur le trône étendra sur eux son pavillon de gloire : - Ils n'auront plus ni faim ni soif, et le soleil ni toute autre chaleur ne les incommodera plus ; - Parce que l'Agneau qui est au milieu du trône sera leur pasteur ; il les conduira aux fontaines d'eaux vives : et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux. "
7. Hébreux XI, 33 : " Par leur foi, les saints ont conquis les royaumes, ont accompli les devoirs de la justice, ont reçu l'effet des promesses. "
8. Ephésiens, V, 27 : " Pour faire paraître devant lui l'Eglise pleine de gloire, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais toute sainte et irrépréhensible. "
9. Apocalypse, V, 8-12 : " Les quatre animaux et les vingt- p.290 fin p.291 début quatre vieillards se prosternèrent devant l'Agneau, ayant chacun des harpes et des coupes d'or pleines de ces parfums, qui sont les prières des saints : - Et ils chantaient un cantique nouveau en disant : Vous êtes digne, Seigneur, de prendre le livre, et d'en lever les sceaux, parce que vous avez été mis à mort, et que par votre sang vous nous avez rachetés pour notre Dieu, nous de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation : - Et vous nous avez faits rois et prêtres pour notre Dieu, et nous règnerons sur la terre. - Je regardai encore, et j'entendis autour du trône, et des animaux, et des vieillards, la voix de plusieurs anges ; et il y en avait des milliers de milliers, qui disaient haute voix : Digne est l'Agneau qui a été mis à mort, de recevoir puissance, divinité, sagesse, force, honneur, gloire et bénédiction. "
11. Ibidem, XXI, 2-4, 23-27 : " Et moi Jean, je vis descendre du ciel la sainte cité, la nouvelle Jérusalem qui venait de Dieu, parée comme une épouse qui se pare pour son époux. -Et j'entendis une grande voix qui sortait du trône, et qui disait : Voici le tabernacle de Dieu qui vient habiter avec les hommes, et il demeurera avec eux, et ils seront son peuple ; et Dieu demeurant lui-même au milieu d'eux, sera leur Dieu. - Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; non, il n'y aura plus là ni pleurs, ni cris, ni afflictions, parce que le premier état sera passé. - Et cette ville n'a pas besoin du soleil ni de la lune pour l'éclairer parce que c'est Dieu lui-même qui l'éclairera de sa gloire, et l'Agneau est son flambeau. - Les nations marcheront à sa lumière et les rois de la terre lui apporteront toute leur gloire et toute leur pompe. - Ses portes n'auront point besoin d'être fermées parce que là il n'y aura point de nuit. - Les nations déposeront en elle tout leur honneur et toute leur gloire. - Il n'y entrera rien de souillé, ni aucun de ceux qui commettent l'abomination et le mensonge ; mais ceux-là seulement qui sont écrits dans le livre de vie de l'Agneau. "
12. Ibidem, XXII, 3-5 : " Là il n'y aura plus de malédiction ; mais le trône de Dieu et de l'Agneau s'y montrera, et ses serviteurs lui rendront leur culte. Ils verront sa face, et ils porteront son nom gravé sur le front. - Là il n'y aura plus de nuit, et ils n'auront plus besoin de lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les éclairera lui-même, et ils régneront dans les siècles des siècles. " p.291 fin p.292 début
13. Ephésiens, IV, 30 : " Ne contristez point l'Esprit de Dieu, cet Esprit-Saint qui vous a marqué comme de son empreinte pour le jour de votre pleine rédemption. "
14. I Corinthiens, VI, 19 : " Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit, qui réside en vous et qui vous a été donné de Dieu, et qu'ainsi vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes ? "
15. Philippiens, I, 21-24 : " Jésus-Christ est ma vie, et la mort m'est un gain. - Mais si je demeure plus longtemps dans ce corps mortel, j'aurai cela de plus pour me rendre utile ; ainsi je ne sais trop que choisir, - pressé que je suis des deux côtés ; désirant d’une part, être dégagé des liens du corps et réuni à Jésus-Christ, ce qui vaudrait beaucoup mieux pour moi ; et trouvant, de l'autre, plus avantageux pour vous que je demeure encore en cette vie. "
16. II Corinthiens, V, 1, 6-8 : " Nous savons que si cette maison de terre où nous habitons vient à se dissoudre, Dieu nous donnera dans le ciel une autre maison, une maison qui ne sera point faite par la main des hommes, et qui durera éternellement. - Nous sommes donc toujours pleins de confiance ; et, comme nous savons que tant que nous habitons dans ce corps, nous sommes éloignés du Seigneur et hors de notre patrie, - (car ce n'est que par la foi que nous nous avançons vers lui sans jouir encore de lui par une claire vue) ; - dans cette confiance, nous aimons mieux sortir de ce corps, pour aller habiter avec le Seigneur. "
17. II Rois, V, 25-26 : " Elisée lui dit
: D'où venez-vous, Giési ? Giési lui répondit : Votre serviteur n'a été nulle part. - Mais Elisée lui répondit : Mon esprit n'était-il pas présent à ce que vous faisiez, lorsque cet homme est descendu de son chariot pour aller au devant de vous ? "
18. Ibidem, VI, 8-12 : " Le roi de Syrie combattait un jour contre Israël : et tenant conseil avec ses officiers, il leur dit : Il faut que nous dressions une embuscade en tel et tel endroit. - L'homme de Dieu envoya donc dire au roi d'Israël : Prenez garde de passer par-là, parce que les Syriens doivent y dresser une embuscade. - Le roi d'Israël envoya au lieu que lui avait indiqué l'homme de Dieu, et il l'occupa le premier, et pourvut ainsi à sa sûreté plus d'une fois et même plus de deux. - Le cœur du roi de Syrie fut troublé de ce fait extraordinaire, et ayant assemblé ses serviteurs, il leur dit : Pourquoi ne me dé p.292 fin p.293 début noncez-vous pas celui qui me trahit auprès du roi d’Israël ? - L'un des officiers lui répondit : Ce n’est pas qu’on vous trahisse, ô Roi mon seigneur ; mais il y a en Israël le prophète Elisée qui découvre au roi d'Israël tout ce que vous dites en secret dans votre conseil. "
19. I Corinthiens, XIV, 21-23 : " Mais si tous prophétisent et qu'un infidèle ou quelqu'un qui ne sait que sa langue entre dans votre assemblée, tous vous le convainquez, tous vous le jugez, - le secret de son cœur est découvert et se prosternant le visage contre terre, il adorera Dieu, et confessera que Dieu est véritablement parmi vous. "
20. DANIEL, X, 5, 12, 14, 20, 21 : " Un homme qui était vêtu de lin, etc. - Et il me dit : Daniel, ne craignez point ; car dès le premier jour où vous affligeant en présence de votre Dieu, vous avez appliqué votre cœur à chercher l'intelligence, vos paroles ont été exaucées et vos prières m'ont attiré près de vous.- Le prince du royaume des Perses m'a résisté vingt et un jours ; mais Michel, le premier d'entre les premiers princes, est venu à mon secours, et je suis demeuré la près du roi des Perses. - Je suis venu pour vous apprendre ce qui doit arriver à votre peuple aux derniers jours ; car cette vision ne s'accomplira que dans des temps éloignés, etc. -Savez-vous pourquoi je suis venu à vous ? Je retourne maintenant pour combattre contre le prince des Perses. Lorsque je sortais, le prince des Grecs est venu paraître. - Mais je vous annoncerai présentement ce qui est marqué dans le livre de vérité. Personne ne m'aide en tout cela, sinon Michel, votre prince. "
21. MATTHIEU, XVIII, 10 : " Prenez bien garde de mépriser un de ces tout petits ; car je vous déclare que dans le ciel leurs anges voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux. "
22. Hébreux, I, 14 : " Tous les anges ne sont-ils pas des esprits qui servent le Seigneur, étant envoyés de lui pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut. "
23. TOBIE, XII, 12-13 : " Tandis que vous priiez avec larmes, et que vous ensevelissiez les morts, que vous quittiez pour cela votre dîner, et que vous cachiez les morts dans votre maison durant le jour, pour les ensevelir pendant la nuit, je présentais vos prière au Seigneur. - Et comme vous étiez agréable à Dieu, il a été nécessaire que la tentation vous éprouvât. - Maintenant donc le Seigneur m'a envoyé pour vous guérir et p.293 fin p.294 début pour délivrer du démon Sara, la femme de votre fils. - Car je suis l'ange Raphaël, l'un des sept qui sont toujours présents devant le Seigneur. "
24. LUC, XV, 7 : " Je vous dis qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence ; que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. "
25. Actes, V, 19-20 : " Mais un ange du Seigneur ouvrit pendant la nuit les portes de la prison, et les ayant fait sortir, il leur dit : - Allez dans le temple, et prêchez-y hardiment au peuple toutes les paroles de cette doctrine de vie. "
26. Ibid., XII, 7 : " Voilà que l'ange du
Seigneur apparut, et tout ce lieu fut rempli de lumière et l'ange poussant Pierre par le côté, etc. "
28. Ibidem, VIII, 3-4 : " Il vint un autre ange qui se tint devant l'autel, tenant en main un encensoir d'or ; et on lui donna une grande quantité de parfums, afin qu'il offrît les prières de tous les saints sur l'autel d'or qui est devant le trône de Dieu. - Et la fumée des parfums, qui représentent les prières des saints, s'élevant de la main de l'ange, monta devant Dieu. "