Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 31)
67. I Samuel, XX, 41 : " David sortit du lieu où il était et qui regardait le midi. Il fit, par trois fois, une profonde révérence, en se baissant jusqu’à terre : et s'étant salué en se baisant, ils (Jonathas et David) pleurèrent tous deux. "
68. Ibidem, XXIV, 23-24 : " Abigaïl ayant aperçu David, descendit de dessus son âne et lui fit une profonde révérence, en se prosternant le visage contre terre, - et elle se jeta à ses pieds. "
69. II Rois, II, 15 : " Les enfants des prophètes qui étaient dans Jéricho vis-à-vis de ce lieu, voyant cela, lui dirent : L'esprit d'Elie s'est reposé sur Elisée. Et venant au-devant de lui, ils se prosternèrent à ses pieds avec un profond respect. "
70. I Chroniques, XXIX, 20 : " Et toute l’assemblée bénit le Seigneur, le Dieu de leurs pères ; et se prosternant, ils adorèrent Dieu, et rendirent ensuite leur hommage au roi (David). "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. GREGORE-LE-GRAND, Moralium lib. IV, c. 32, al. 118 : " Lorsque ceux qui ont édifié l’Eglise par leurs instructions quittent leur corps mortel, leur entrée dans la céleste patrie n'est pas différée comme elle l'était autrefois pour les anciens patriarches. Aussitôt qu'ils se trouvent dégagés des liens de la chair, ils prennent possession du royaume céleste, comme nous l'atteste saint Paul par ces paroles (II Cor., V, 4) : Nous savons que si cette maison de terre que nous habitons vient à se dissoudre, Dieu nous donnera dans le ciel une autre maison, une maison qui ne sera point faite de main d’homme, et qui durera éternellement. Au lieu qu'avant que notre rédempteur eût expié par sa mort la peine que méritait notre nature dépravée, ceux-là même qui, par le sage règlement de leur vie prenaient le chemin du ciel, restaient captifs dans les enfers au sortir de la vie présente, non il est vrai pour y endurer des peines en qualité de pécheurs, mais pour subir les p.300 fin p.301 début suites de la faute primitive dans ces lieux obscurs, en attendant que le médiateur promis vînt intercéder en leur faveur. De là vient que, selon le témoignage du Sauveur lui-même le riche enseveli dans les enfers vit du milieu de ses tourments, Lazare qui reposait dans le sein d'Abraham (LUC, XVI, 23). Car, assurément, si Lazare et Abraham eussent été ailleurs que dans les enfers, le riche n'eût pas pu les apercevoir du fond de l'abîme où il était plongé. De là vient aussi que le divin rédempteur, après avoir payé la dette de nos crimes, pénétra dans les enfers pour en ramener au séjour céleste ceux qui s'étaient attachés à lui par espérance. Mais si l'homme n'avait jamais consenti au péché, il est certain qu'il n'aurait pas eu besoin de la rédemption pour parvenir là-haut, tandis que maintenant il n'y a que la rédemption qui puisse nous y donner entrée. "
2. S. GREGOIRE de Nysse, dans la Vie de S. Ephrem, dont il est l'auteur, invoque ce saint en ces termes : " Pour vous, admis à offrir avec les anges vos sacrifices à la sainte Trinité, principe de toute vie, à l'autel divin du ciel, souvenez-vous de nous tous, et obtenez-nous le pardon de nos péchés afin que nous jouissions éternellement du bonheur que vous goûtez dans le royaume céleste. "
3. S. EPHREM, De compunctione cordis, lib. I, c.
ult., adresse à Dieu la prière suivante : " Votre peuple choisi, la troupe des moines, la multitude des saints qui vous ont été agréables, et qui jouissent maintenant du bonheur du ciel, vous prient pour moi, et vous adressent leurs ferventes supplications, ô vous le véritable ami des hommes, Vous les exaucerez aussi, et vous accorderez mon salut à leurs prières. Je vous rendrai à mon tour honneur et gloire, en reconnaissance de ce que vous aurez été propice à leurs vœux. "
4. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Moralium lib. XII, c.
43 : " De même que ceux qui sont encore vivants sur la terre ignorent où se trouvent les âmes des morts, de même les morts ne savent rien de ce qui se passe parmi les vivants : car la vie de l'esprit est bien différente de la vie de la chair ; en un mot, les substances spirituelles et les substances corporelles diffèrent autant par leur manière d'être ou leurs affections, que par leur nature. Il ne faut pas cependant raisonner de même des âmes des bienheureux : comme elles voient Dieu sans nuage, il n'est nullement croyable qu'elles n'aient pas connaissance de ce qui se passe au dehors. Mais quant aux hommes charnels tout occupés d'engendrer des p.301 fin p.302 début enfants, le saint homme Job prononce à leur sujet (XIV, 21) qu'ils n'ont aucune connaissance après la mort de ce qui les occupait à l'excès pendant la vie ; de sorte qu'ils ne savent si leurs descendants sont dans les honneurs ou dans les opprobres, en punition de ce qu'étant sur la terre ils s'appliquaient avec trop d'ardeur à leur procurer leur élévation. "
5. Le même, Dialogorum lib. IV, c. 53 : "
Comme dans l'éternel héritage tous en commun voient Dieu tel qu'il est, comment, avec la connaissance qu'ils ont de celui qui connaît tout, pourraient-ils encore ignorer quelque chose ? "
6. S. AUGUSTIN, De curâ mortuorum gerendâ, c. 45 : " Il faut donc avouer que les morts ignorent ce qui se passe ici, mais pour le moment même où cela se passe, et qu'ensuite ils peuvent l'apprendre de ceux qui mourant à leur tour s'en vont les rejoindre : non pas toutefois de manière à apprendre d'eux tout ce qui se passe parmi nous, mis simplement les choses qu'il est permis à ceux-ci de leur en rapporter, et qu'il leur importe à eux-mêmes de connaître. Ils peuvent aussi en recevoir quelque connaissance des anges qui sont présents ce qui se fait ici-bas, autant que peut le permettre ou que le juge à propos celui à qui tout est soumis. Car s'il n'y avait pas d'anges qui eussent commerce à la fois avec les vivants et avec les morts, Notre-Seigneur n’aurait pas dit (LUC, XVI, 22) que le pauvre, à sa mort, fut emporté par les anges dans le sein d'Abraham. Et ils peuvent être tantôt ici, tantôt là, puisqu'ils enlevèrent le pauvre d'un endroit pour le placer dans un autre, d’après l'ordre que Dieu leur en avait donné. Les esprits des personnes décédées peuvent encore connaître suivant qu'il plaît à Dieu de les leur révéler non-seulement les choses passées ou présentes, mais même les futures, s'il est bon qu'ils en soient instruits et s'il n'est pas nécessaire qu'ils les ignorent ; de même que, je ne dis pas tous les hommes, mais du moins les prophètes, tandis qu'ils vivaient, pouvaient avoir connaissance de ces mêmes choses ; non, encore une fois, de toutes les choses à venir, mais de celles-là seulement que Dieu jugeait à propos dans sa sagesse de leur faire connaître. L’Ecriture nous atteste pareillement que les âmes des morts sont quelques fois envoyées auprès des vivants, comme saint Paul au contraire a été ravi du milieu des vivants jusqu'au troisième ciel. Car nous y lisons que le prophète Samuel déjà descendu parmi les morts, annonça l'avenir au roi Saül quoique quelques-uns pensent que ce n'est pas Saül qui a pu être évoqué par les moyens magiques mais que ce fut un p.302 fin p.303 début esprit en rapport avec ces criminelles opérations qui emprunta sa ressemblance. Cependant l'Ecclésiastique qu'on dit être l'ouvrage de Jésus, fils de Sirach, et qu'on n'en appelle pas moins un des livres de Salomon à cause d'une certaine ressemblance de style, dans l'éloge qu'il fait des patriarches, raconte de Samuel qu'il prophétisa même après a mort. Mais si les Hébreux refusent d'admettre ce livre, sous prétexte qu'il ne se trouve pas dans leur canon, que dirons-nous de Moïse qui certainement est-mort, comme on le lit dans le Deutéronome, et que l'Evangile nous montre apparaissant au milieu des vivants, de société avec Elie, qui, comme on le sait, n'est jamais mort lui-même ? "
7. Ibidem, c. 46 : " Il faut distinguer entre ce qui n'excède pas les forces de l'homme, et ce que peut la vertu divine ; entre ce qui se fait naturellement, et ce qui ne peut avoir lieu que par miracle : quoique après tout ni la nature ne se conçoive sans son auteur, ni les miracles ne se conçoivent sans une nature créée d'avance. C'est pourquoi il ne faut pas inférer des guérisons ou d'autres grâces obtenues ici-bas par l'intercession des martyrs, que tous les morts sans distinction puissent également s’occuper de ce qui se passe parmi les vivants ; mais il faut plutôt en conclure, que les morts ne pouvant par eux-mêmes rien connaître de ce qui se passe parmi nous, les martyrs ne peuvent avoir cette connaissance, et nous faire sentir les effets de leur intercession, que par un effet de la puissance divine. J'avouerai pourtant qu'il est au-dessus de mes forces d'expliquer la manière dont les martyrs peuvent nous prêter leur assistance, bien que cette assistance de leur part soit certaine, et de dire si c'est par eux-mêmes qu'ils assistent à 1a fois des hommes placés souvent à de si grandes distances les uns des autres, et tantôt dans l'endroit même où sont leurs tombeaux, tantôt dans d’autres lieux bien éloignés ; ou bien si sans quitter la place assignés à leurs mérites et sans avoir de rapports directs avec les mortels, ils se contentent de prier en général pour ceux que le besoin peut porter à implorer leur intercession, comme nous prions nous-mêmes pour des morts avec qui certainement nous n'avons point de communications directes, et dont nous ignorons absolument la situation ; et si Dieu qui est partout présent, et qui n'est ni loin de nous ni circonscrit ici-bas, ne serait pas celui qui, exauçant les prières des martyrs, accorderait par lui-même ou par le ministère des anges que nous savons être répandus en tous lieux, les grâces qu'il juge à propos pour le soulagement des misères humaines, afin de rendre recommanda- p.303 fin p.304 début bles par tous ces admirables effets de sa puissance et de sa bonté les mérites de ses saints, dans le temps qu'il le veut, dans le lieu qu'il lui plaît, le plus souvent cependant près de leurs tombeaux, parce qu'il sait que cela peut contribuer à entretenir la foi en Jésus-Christ, dont la confession a valu aux martyrs la mort glorieuse qu'ils ont subie. "
8. ORIGENE, contre Celse, livre VIII : " Nous n'aspirons à d'autres faveurs qu’à celles du maître de toutes choses ; c'est à Dieu qu'il faut demander de nous être propice, et on mérite sa protection par la piété et toutes les autres vertus. Si Celse croit qu'après la faveur de ce grand Dieu il faut encore nous attacher celle de quelques autres protecteurs, qu'il considère que le corps humain ne pouvant se mouvoir sans que son ombre se meuve également, on ne peut de même avoir la bienveillance de Dieu sans avoir en même temps celle des anges, des esprits et des âmes qui sont ses amis. Car ils savent bien connaître quels sont ceux qui méritent les faveurs célestes. Ils ne se bornent pas à des dispositions favorables pour ceux qui en sont dignes ; ils viennent au secours de ceux qui veulent honorer Dieu, ils leur concilient son affection, ils l’implorent et ils l'invoquent avec eux, de sorte que nous pouvons le dire avec confiance, quand les hommes fermement résolus marcher dans la voie du bien, offrent à Dieu le sacrifice de leurs prières, une armée innombrable de saints anges mêle ses supplications aux leurs, et combat, pour ainsi dire, avec eux. "
9. S. CYPRIEN, Serm. de mortalitate : " Le Ciel est notre Patrie ; volons pour y arriver ! Les patriarches sont nos pères ; courons saluer nos augustes devanciers ! Nous sommes impatiemment attendus ; une troupe nombreuse des pères, des mères, des fils, des frères, rassurés désormais sur leur éternelle destinée, mais encore inquiets sur la nôtre, nous tendent les bras et soupirent après nous. Quelle joie pour eux, quelle joie pour nous y de confondre nos chastes embrassements ! O célestes voluptés, sur lesquelles la mort ne peut plus rien désormais ! ô ineffables béatitudes de l'immortalité ! Là nous retrouverons le chœur glorieux des apôtres, et la vénérable assemblée des patriarches et l'innombrable légion des martyrs, etc. "
10. S. GREGOIRE de Nazianze, Orat. XIX in funere patris, dit en parlant de son père qui venait de mourir : " Je ne doute pas qu'aujourd'hui plus rapproché de Dieu, dégagé des liens du corps, et de cette boue qui ternit parfois la pureté de l’âme, en communication intime avec cet esprit infiniment pur qui commande à p.304 fin p.305 début tous les esprits, entrés en participation du crédit comme de la dignité des anges, il ne soit désormais plus puissant encore par ses prières qu'il ne l'était parmi nous par sa doctrine. "
44. S. JEROME, adv. Vigilantum, c. 2 : " Vous dites que Samuel est mort, et c'est pourquoi vous blasphémez. Lisez l’Evangile : Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob ; il n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. Si donc ils sont vivants, ils ne sont pas renfermés comme vous le pensez, dans une honnête prison. Car voici ce que vous dites : Les âmes des apôtres et des martyrs reposent ou dans le sein d’Abraham, ou dans le lieu de rafraîchissement, ou sous l'autel de Dieu, et ne peuvent par conséquent être près de leurs tombeaux ni partout où ils voudraient. Sans doute que, revêtus de la dignité sénatoriale, ils ne doivent pas être enchaînés dans un même cachot avec les homicides, mais simplement être consignés dans une prison libre et honnête, soit aux îles fortunées, soit aux champs Elysées. Quoi ! Vous prétendez imposer des lois au Seigneur, et emprisonner les apôtres jusqu'au jour du jugement, sans leur permettre d'aller avec leur divin maître ? Ceux dont il est écrit : Ils suivent l'Agneau partout où il va (Apoc., XIV, 4) ! Si l'agneau est partout, ceux qui l'accompagnent sont partout avec lui. Et tandis que le diable et les démons parcourent le monde entier, et se rendent présent en tous lieux par leur extrême agilité, les martyrs, pour prix de ce qu'ils ont versé leur sang, seraient renfermés comme sous clef, sans pouvoir sortir de prison ! " Plus loin, c. 3 : " Vous dites dans votre écrit que, tandis que nous sommes vivants, nous pouvons prier les uns pour les autres ; mais que, lorsque nous serons morts, nos prières pour qui que ce soit n'auront point à être exaucées, d'autant plus que les martyrs eux-mêmes n'ont pu obtenir (Apoc., VI, 10)
que leur sang fut vengé. Si les apôtres et les martyrs pouvaient prier pour les autres dans un temps où ils n'étaient pas encore délivré de leurs corps, ni pleinement rassurés par conséquent pour eux-mêmes, à combien plus forte raison ne doivent-ils pas pouvoir le faire, en possession qu'ils sont de leurs couronnes, à la suite de leurs victoires et de tous leurs triomphes ? Un seul homme, Moïs, obtint faveur auprès de Dieu pour six cent mille combattants ; et Etienne, fidèle imitateur de son maître, premier martyr de Jésus-Christ, demande et obtient grâce pour ses persécuteurs : et depuis qu'ils sont avec Jésus-Christ, ils ne pourront plus rien par leurs prières ? L'apôtre saint Paul déclare (Act., XXVII, 24) que Dieu lui avait accordé salut de deux cent p.305 fin p.306 début soixante-seize personnes qui naviguaient avec lui ; et depuis que, délivré des liens du corps, il s'est réuni avec Jésus-Christ, il est muet ou il ne pourra ouvrir la bouche en faveur de tant de millions d’âmes qui de tous les points de l'univers croient aujourd’hui à son Evangile ? Et le chien vivant qui s'appelle Vigilance vaudra mieux que ce lion mort (Ecclés., IX, 4)?
Encore cette application de l'Ecclésiaste serait-elle juste, si je pouvais avouer que l'âme de Paul n'est plus vivante. Mais les saints ne meurent pas, au témoignage de l’Ecriture ; ils ne peuvent que s'endormir dans le Seigneur ; comme Jésus-Christ l'a déclaré (JEAN, XI, 23) de Lazare, avant même de le ressusciter. L'Apôtre avertit de même les Thessaloniciens (I Thess., IV, 12) de ne pas s'attrister au sujet de ceux qui dorment. "
12. S. BEDE, in Vigiliâ Petri et Pauli apostolorum
: " Il est trois choses que nous devons particulièrement considérer dans les fêtes des saints : les secours que les saints nous procurent, les exemples qu'ils nous donnent, la confusion qui nous revient de ne pas leur ressembler. Le secours qu'ils nous procurent ; car celui qui était déjà puissant sur la terre, doit l'être bien davantage dans le ciel en présence du Seigneur son Dieu. Et si les saints, tandis qu'ils vivaient ici-bas, s'attendrissaient en faveur des pécheurs et priaient pour eux, ils doivent le faire bien davantage maintenant qu'ils connaissent plus parfaitement nos misères, le séjour de la patrie ne devant faire qu'accroître, plutôt qu'altérer leur charité. Car si les saints sont devenus impassibles, ils n'en doivent pas moins compatir à leurs frères (Neque enim quia impassibilis omnin , ide et incompassibilis fatcus est) ; au contraire, ils doivent d'autant plus être pénétrés de sentiments de miséricorde, qu'ils sont placés à la source de la miséricorde. Ils ont de plus un autre motif pour s'intéresser à notre salut : c'est que, comme le dit l’Apôtre (Hébr., XI, 40), Dieu, par une faveur particulière qu'il nous fait, ne veut pas qu'ils reçoivent sans nous la perfection de leur bonheur, comme le dit aussi David : Les justes sont dans l'attente de la justice que vous me rendrez (Ps. CXLI, 8). Nous devons en second lieu considérer les exemples des saints, qui, tandis qu'ils étaient sur 1a terre et vivaient parmi nous, ne se détournaient ni à droite ni à gauche, mais suivaient invariablement la voie royale pour arriver à celui qui a dit de lui-même : Je suis la voie, la vérité et la vie (JEAN, XIV, 6). Mais considérons surtout la confusion qui doit nous revenir de ce que, bien que ces saints aient p.306 fin p.307 début été des hommes semblables à nous, sujets comme nous aux misères de la vie, formés du même limon que nous, nous trouvons difficile, impossible même, de faire ce qu'ils ont fait et de marcher sur leurs traces. Ainsi les fêtes des saints doivent faire naître en nous tout à la fois des sentiments de joie et de confusion : de joie, parce que ce sont pour nous autant-de protecteurs ; de confusion, parce que nous sommes assez lâches pour ne pas les imiter. Quelle puissance surpassait la leur, lorsqu'ils étaient ici-bas ? L'un avait reçu les clefs du royaume des cieux, l'autre avait pour mission d'instruire les Gentils ; l'un d'une parole fit tomber morts à ses pieds Ananie et Saphire, l'autre dispensait les grâces comme l'eût fait Jésus-Christ, et n'était jamais plus fort que lorsqu'il paraissait plus faible (II Cor., II, 10, et XII, 10). Ne doivent-ils pas être encore bien plus puissants dans le ciel, qu'ils ne l'ont été sur la terre ? Et qui jamais nous a laissé de plus beaux exemples, que ceux qui ont eu continuellement à souffrir soit de la faim, soit de la soif, soit du froid, soit de la nudité, ou de tous les autres maux dont saint Paul nous a fait l'énumération (Hébr., XI, 35-38), et qui enfin ont obtenu le royaume du ciel par un glorieux martyre ? Ce sont là des exemples bien propres à nous couvrir de confusion, nous qui, bien loin de les imiter, avons à peine le courage d'arrêter sur eux notre vue. Prions-les donc de nous rendre propice notre juge, dont ils ont gagné l'amitié (Cf. Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, Paris, 1678, 166-167). "
13. Le même, Serm. II in die apostolorum Petri et Pauli : " Si, comme ils étaient encore sur la terre, ils pouvaient déjà tout, non sans doute par eux-mêmes mais par Jésus-Christ, que ne pourront-ils pas aujourd'hui qu'ils jouissent près de lui d'une éternelle félicité ? Mortels encore et sujets à mourir, ils semblaient avoir l'empire de la vie et de la mort, frappant de mort d'une parole, rendant la vie d'une parole ; combien leur empire n'est-il pas encore affermi et augmenté, maintenant qu'ils sont honorés d’une façon si singulière (Cf. Ibidem, p. 185). "
14. Le même, Serm. II de S. Victore : " Enlevé de ce monde, il s'est rapproché de Dieu, pour procurer par son intercession le salut d'un bien plus grand nombre d'âmes. Le Seigneur bon et miséricordieux trouve en lui un homme à qui il puisse accorder le pardon des péchés des hommes. Cet avocat tendre et compatissant trouve de son côté le temps et le lieu où il puisse inter- p.307 fin p.308 début céder, savoir, un lieu paisible et un temps férié.
Il a vécu sur la terre, pour nous servir de modèle ; il est maintenant élevé au ciel, pour nous servir de protecteur.
Ici-bas ses exemples nous prêchent ; là-haut la gloire dont il jouit nous invite à la partager. Après nous avoir appelés au travail, il se fait notre médiateur pour nous obtenir notre récompense. Excellent médiateur, qui n'ayant plus rien à demander pour lui-même, ne souhaite rien tant que de nous faire part de tous ses avantages, et épouse avec amour tous nos intérêts.
Qu'aurait-il à demander pour lui-même, maintenant qu'il est pleinement rassasié ? Le Seigneur le conserve et lui donne la vie ; il le rend heureux sur la terre (Ps. XL, 2) ; il l'a établi dans un lieu abondant en pâturages ; rien ne peut lui manquer (Ps. XXII, 1). Il est entré en part de la puissance du Seigneur (Ps. LXX, 46) ; réjouissons-nous, de ce qu'il est devenu plus puissant pour nous sauver (Is., LXIII, 1). Aujourd'hui Victor déposant sa dépouille corporelle, qui semblait l'unique obstacle à son entrée au séjour de la gloire, a pu facilement, au gré de ses souhaits, pénétrer dans le sanctuaire pour prendre possession d'une gloire semblable à celle des saints (Ecclé., XLV, 2). Son âme demeurera paisiblement dans la jouissance des biens (Ps. XXIV, 45). Voulez-vous savoir en quel lieu ? C'est dans le royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob (MATTH., VIII, 11). Telle est sa demeure, tels sont les compagnons qu'elle y trouve. Placée sur un trône élevé, brillant du plus bel éclat, il se fait en elle une effusion de joie et de louanges (Is., XXXV, 2). Elle se montre ornée de colliers et de bracelets, fortifiée avec des fruits, soutenue avec des fleurs (Cant., II, 5). Elle repose sans inquiétude, toute remplie de délices (Cant., VIII, 5), et consacre à la contemplation de la sagesse tout le loisir qui lui est donné. Autrefois assise, toute inondée de larmes, sur le bord des fleuves de Babylone, elle a fait place maintenant à la source de la vie, etc., entourée de la troupe des anges, tout-à-fait digne de la société de ces célestes esprits dont elle égale l'amour, la pureté, la sainteté. Homme vraiment apostolique, il a sa place parmi les apôtres ; et pourquoi ne l'aurait-il pas aussi parmi les prophètes ? Celui qu'ils ont prophétisé, il lui a rendu gloire et l'a porté dans sa personne (I Cor., VI, 20). Notre Victor peut se mêler sans peine aux chœurs victorieux des martyrs, lui qui, dans un martyre long et cruel, s'est immolé comme une hostie vivante. Comme un vieux soldat qui a achevé ses années de service, il goûte le calme de la retraite qu'il s'est acquise par p.308 fin p.309 début ses travaux. Tranquille pour lui-même, il s'alarme pour nous. Car s'il est délivré de la corruption de la chair, il ne s'est pas dépouillé des entrailles de la miséricorde ; il n'a pas revêtu le vêtement de gloire, pour mettre en oubli notre misère et la bonté de son propre cœur. La terre qu'habite l’âme de Victor n'est point une terre d'oubli : ce n'est pas non plus une terre de travail, où son temps se consume ; en un mot, ce n'est pas la terre, c'est le ciel. Est-ce que le séjour céleste a pour effet d'endurcir les âmes qui en sont en possession, ou bien de leur faim perdre la mémoire, ou bien de les rendre insensibles ? Sachez, mes frères, que bien loin de resserrer les cœurs, le séjour du ciel les dilate ; qu'il ne les ferme pas, mais les épanouit au contraire, et ne fait que donner plus de force aux sentiments naturels. Dans la lumière de Dieu, la mémoire ne s'affaiblit pas, mais elle devient plus forte. Dans la lumière de Dieu, on apprend ce qu'on ne savait pas ; on ne désapprend pas ce qu'on savait. Les esprits célestes, qui habitent les cieux depuis l'origine du monde, dédaignent-ils la terre par cela seul qu'ils habitent le ciel, et n'aiment-ils pas plutôt à la visiter et à la fréquenter ? De ce qu'ils voient sans cesse la face du Père éternel, s'ensuit-il qu'ils négligent d’être utiles aux hommes ? Ils n’en font pas moins les fonctions de ministres (Héb., I, 4), exerçant leur ministère en faveur de ceux qui doivent être héritiers du salut. Quoi donc ! Les anges s'empressent à secourir les hommes ; et des hommes ne s'occuperaient pas de leurs semblables ? Ayant souffert eux-mêmes les premiers, ils n'auraient pas appris à être compatissants ? Ceux qui n'ont jamais connu les douleurs, ressentent les douleurs que nous éprouvons ; et ceux au contraire qui ont passé par une grande tribulation, ne s'attendriraient pas sur nous qu'ils voient exposé à la même épreuve ? Je sais de qui vient cette parole : Les justes sont dans l’attente de la récompense que je recevrai de vous (Ps. CXLI, 8).
Victor est juste aussi ; il est donc dans l'attente de la récompense que nous avons à recevoir. Il n'est pas comme cet échanson de Pharaon (Gen, XL, 23), qui se contenta pour lui-même d’être rentré en grâce, sans se rappeler le compagnon de captivité qui lui avait présagé son bonheur. Il est le ministre de Jésus-Christ, il suit donc son exemple. Jésus-Christ ne mit pas en oubli la promesse qu'il avait faite au compagnon de ses souffrances ; dès le même jour, il le fit entrer avec lui dans son royaume. Le disciple ne se met pas en opposition avec son maitre ; Victor ne peut faire autre chose, que ce qu'il voit son maître faire le premier. Les œuvres p.309 fin p.310 début qu'a accomplies celui-ci, celui-là les accomplit semblablement. Admis au séjour des cieux, qu'il voyait d'avance ouverts pour le recevoir, il contemple maintenant à découvert la gloire de Dieu ; spectacle qui l'absorbe tout entier sans doute, mais sans lui faire mettre en oubli le cri des pauvres. Heureuse vision, qui, le laissant passer de clarté en clarté, le transforme à l'image même de l’Etre souverainement heureux qu’il contemple ! O âme victorieuse de tous les pièges que vous avait dressés le monde, et auxquels vous avez échappé comme le passereau aux filets des chasseurs, jetez un regard de compassion sur de pauvres âmes qui s'y trouvent maintenant engagés, et qui sont en danger de s'y perdre, et sauvez-les par votre protection. O soldat éprouvé, qui avez échangé les rudes travaux de la milice chrétienne avec le tranquille bonheur dont jouissent les anges, jetez un regard sur vos compagnons d’armes faibles et timides qui, au milieu des glaives ennemis et en butte à la malice des esprits répandus dans l'air (Eph., VI, 12), s'encouragent en chantant vos louanges. O illustre Victor, qui avez triomphé si glorieusement et de la terre et du ciel, en dédaignant avec un noble orgueil la gloire de la première, en usant d'une pieuse violence pour obtenir l'empire du second, jetez un regard du haut du ciel sur ces captifs de la terre, qui vous supplient, et mettez le comble à tous vos triomphes en nous faisant vaincre comme vous. Car si votre nom signifie déjà ce que vous êtes, il aura plus de vérité encore si vous nous procurez notre délivrance ; et nous attendons pour l'interpréter de même en notre faveur, que vous nous fassiez conquérir notre liberté nous qui sommes des vôtres. Quelle consolation, quelle douceur, quelles délices pour nous, ô Victor, de vous célébrer, de vous honorer, de vous prier dans ce lieu d'affliction et dans ces corps mortels ! Votre nom comme votre mémoire est un rayon de miel sur nos lèvres ; le miel et le lait sont sous la langue de tous les captifs comme nous que réjouit votre souvenir. Généreux athlète, animal protecteur, avocat fidèle, levez-vous pour nous secourir, afin que nous goûtions ensuite, nous la joie de notre délivrance et vous celle d’une pleine victoire. Père tout-puissant, nous avons péché contre vous comme des enfants ingrats ;
mais nous revenons à vous, encouragés par Victor, qui, vainqueur de lui-même, vaincra aussi votre colère, et, par son crédit, nous fera rentrer en grâce auprès de vous. O Jésus vainqueur, nous vous louons dans la personne de notre Victor, car nous savons que dans sa personne : c’est vous-même qui avez vaincu. Doux p.310 fin p.311 début Jésus, faites qu'en se glorifiant en vous de sa victoire, Victor ne nous oublie pas nous-mêmes. Fils de Dieu, inspirez à Victor de se souvenir sans cesse de nous en votre présence, de prendre notre cause en main et de la défendre à votre redoutable tribunal (Cf. Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, p. 52-61). "
15. S. JEAN-DAMASCENE, Lib. IV orthodoxæ fidei, c. 16 : " Nous devons honorer les saints comme les amis de Jésus-Christ, les enfants de Dieu et ses héritiers, selon ce qu'a dit ce sublime théologien, l'évangéliste saint Jean : Il a donné à tous ceux qui l’ont reçu le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ils ne sont donc plus esclaves ni serviteurs, mais enfants adoptifs. Et s'ils sont enfants adoptifs, ils sont par là-même héritiers, c’est-à-dire héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ (Rom., VIII, 17). Le Seigneur, dans les saints Evangiles, a dit de la même manière à ses apôtres : Vous êtes mes amis (JEAN, XV, 14). Et : Je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Bien plus, puisque le souverain maître de toutes choses est appelé Roi des rois, Seigneur des seigneurs, Dieu des dieux, il faut bien que les saints soient autant de dieux, de seigneurs et de rois. Car c'est d'eux-mêmes que Dieu est appelé le Dieu, le Seigneur et le Roi. Je suis, dit-il à Moïse, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob (Exod., III, 6). Il est marqué aussi que Dieu fit de Moïse le Dieu de Pharaon. Je ne dis pas que les saints soient dieux, rois et seigneurs par nature ; mais je les appelle ainsi, parce qu'ils ont exercé l'empire sur leurs passions, et qu'ils ont conservé intacte en eux-mêmes l'image de Dieu qui les a faits à sa ressemblance, de même qu'on donne le nom de roi à l'image qui représente un roi ; et aussi parce qu'ils sont unis à Dieu par la disposition de leurs esprits et de leurs cœurs, qu'il habite en eux, et que, par suite de cette union et de cette communication intime, ils sont devenus par grâce ce qu'il est lui-même par nature. Qu'est-ce donc qui pourrait nous empêcher de rendre des honneurs à ceux qui sont appelés les serviteurs, les amis et les enfants de Dieu ? Cet honneur que nous rendons à des frères qui jouissent dans le ciel de la récompense due à leurs travaux, est un témoignage de notre gratitude pour notre commun maître. Les saints sont des temples vivants où Dieu se plaît à habiter. J’habiterai en eux, a dit Dieu lui-même (II Cor., VI, 16), je me promènerai en eux, et je serai leur Dieu. Les livres saints nous enseignent pareillement p.311 fin p.312 début que les âmes des justes sont entre les mains de Dieu, et hors des atteintes de la mort (Sag., III, 1). Car la mort des saints est moins une mort qu'un sommeil. Ils ont eu des peines dans cette vie, et ils vivront éternellement (Ps. XLVIII, 9 et 10). La mort des saints, dit encore le Psalmiste, est précieuse aux yeux du Seigneur (Ps. CXVII, 14). Or, quoi de plus beau et de plus digne d'envie, que d'être entre les mains de Dieu ? Dieu n'est-il pas vie et lumière ? Ainsi donc, être entre les mains de Dieu, c'est être au centre de la vie et de la lumière. Et que Dieu ait sa demeure dans les corps mêmes des saints, c'est ce que l'Apôtre nous atteste en ces termes : Ne savez-vous pas que vos corps sont le temple du Saint-Esprit qui habite en vous (I Cor., VI, 19) ?
Or, le Saint-Esprit, c'est Dieu. Et : Si quelqu’un profane le temple de Dieu, Dieu le perdra (I Cor., III, 17). Que peut-on donc alléguer pour nous interdire d'honorer les temples de Dieu, ou ses tabernacles vivants, des hommes qui, comme ils étaient sur la terre, jouiraient déjà de la familiarité de Dieu ? "
16. S. BASILE, Hom. XX in quadraginta martyres
: " Ce sont les protecteurs de notre pays et de notre ville ; semblables à de fortes tours, ils nous défendent contre les incursions de nos ennemis. Ils ne se renferment pas dans un seul lieu, mais ils font l'ornement et la gloire de plusieurs contrées qui les ont adoptés pour patrons. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'ils marchent à étroitement unis ensemble, sans se séparer jamais, et qu'ils reçoivent en commun les honneurs qu'on leur rend. O union admirable ! ô nombre mystérieux, qu'on ne peut plus diminuer ni augmenter ! Que cent peuples différent s les séparent ou les réunissent dans leur vénération, ils ne seront ni plus ni moins de quarante. Dieu l'a voulu ainsi pour exaucer leur vœu. Ils huilent la nature du feu, qui se communique aux divers objets qui l'approchent, et tout entier à chacun d'eux. C'est une grâce abondante et inépuisable ; c'est un secours toujours prêt pour les chrétiens, que cette assemblée de martyrs, cette armée de triomphateurs, ce chœur de voix qui glorifient Dieu. Quelle peine ne prendriez-vous pas pour trouver un seul saint qui voulût faire votre intercession auprès du Très-Haut ? En voici quarante qui élèvent de concert leurs voix pour vous. En quelque lieu que deux ou trois personnes soient assemblées au nom du Seigneur, il est au milieu d'elles : peut-on douter qu'il ne soit au milieu de quarante ? Que celui qui est dans le malheur, comme celui qui est dans la prospérité, ait recours aux saints martyrs dont nous célébrons la mémoire, le premier pour être délivré de ses p.312 fin p.313 début maux, le second pour que son bonheur soit durable. Ils écoutent la prière d'une femme pieuse qui leur recommande ses enfants, qui leur demande le retour ou la santé de son mari. Unissons nos prières à celles des saints martyrs. . . O chœur sacré, ô légion sainte, ô phalange invincible, ô communs protecteurs du genre humain, charitables compagnons de nos peines, bienveillants interprètes de nos prières et de nos vœux, nos puissants intercesseurs auprès de Dieu, astres qui éclairez le monde, perles précieuses qui faites l'ornement, de l'Eglise, la terre n'a pas recouvert vos corps, mais le ciel vous a accueillis. Les portes du paradis se sont ouvertes pour vous : spectacle vraiment digne des anges, des patriarches, des prophètes et de la foule de tous les justes (Cf. Homélies, etc., de saint Basile, trad. par l’abbé Augier, p. 243). "
17. Le même, Hom. XXVI, de martyre Mamante
: " Célébrez la mémoire du saint martyr, vous tous qui avez été favorisés de ses apparitions dans vos songes, ou qui dans cette église même l’avez eu pour aide dans vos prières, ou qui l'avez invoqué avec profit dans vos travaux, ou qu’il a ramené dans le droit chemin, ou qu’il a rendus à la santé, ou dont il a rappelé à la vie les enfants, ou dont il a conservé la santé et prolongé l’existence : formez de tous ces bienfaits réunis un commun sujet d'éloge pour le martyr. Communiquez-vous les uns aux autres ce que vous en savez ; que ceux qui ignorent ces miracles les apprennent de ceux qui en ont fait l'épreuve, et en apportant ainsi chacun votre part comme pour un banquet commun, vous pardonnerez à ma faiblesse si je ne vous en dis pas davantage moi-même. Car les trésors de dons spirituels dont le martyr nous a enrichis, voilà ce qui fait son véritable éloge. . . . . Tout le pays s'est levé comme un seul homme pour se rendre au tombeau du martyr ; la ville entière a pris une nouvelle face par la joie que lui cause ce jour de fête. Les parents des riches eux-mêmes oublient les tombeaux de leurs ancêtres pour vénérer celui que nous recommande la piété. . . . . Que Dieu conserve cette Eglise défendue par les tombeaux de ses martyrs comme par de fortes tours, et qu'il fasse avorter sans éclat et sans bruit tous les perfides desseins et toutes les fureurs des hérétiques. "
18. S. GREGOIRE de Nazianze, Orat. XVIII, in laudem
S. Cypriani martyris : " Regardez-nous favorablement du haut du ciel où vous êtes ; dirigez nos paroles et toute notre conduite : condui- p.313 fin p.314 début sez ce troupeau, et soyez son soutien, soit en lui procurant de bons pâturages, soit en le défendant des loups qui voudraient l'attirer à eux par des paroles captieuses, par de subtiles arguties, et en faisant briller à nos yeux d'un plus vif éclat l'auguste mystère de cette Trinité sainte que vous pouvez contempler maintenant. " Saint Grégoire avait dit un peu plus haut dans ce même discours : " Bien que le nom de Cyprien fut en très grand honneur non-seulement auprès de tous les chrétiens, mais encore auprès de ceux de partis contraires, le lieu cependant où pouvait être déposé son corps restait inconnu, et ce trésor était enfoui depuis longtemps dans la maison d'une femme recommandable par sa piété, soit qu'il plût Dieu d'honorer ainsi cette pieuse dame en faisant d'elle la gardienne d'un martyr, soit qu'il voulut par là exciter en nous le désir de nous le procurer à nous-mêmes, ou le regret de nous en voir toujours privés. Mais le Dieu des martyrs ne voulant pas que ce bien commun à tous restât plus longtemps dans la possession d'une seule personne, et que la faveur accordée à celle-ci tournât au détriment de tous les autres, fait tout-à-coup connaître l’existence de ce corps au moyen d'une révélation ; et cette révélation, c’est encore une pieuse femme qu'il en favorise, comme pour procurer à ce sexe, auquel déjà il a été donné de mettre au monde Jésus-Christ, et de porter aux disciples du divin maître la nouvelle de sa résurrection, ce nouvel honneur de révéler, pour le bien de tous, l'existence du corps de Cyprien, et de nous en remettre le dépôt. Si nous sommes entrés dans ces détails, c'est pour rendre nous-même à ce saint martyr, suivant la médiocrité de nos moyens, l'honneur qui lui est dû. C'est à vous maintenant à faire le reste, en racontant de votre côté combien de fois les démons ont été chassés, les malades guéris, les choses à venir annoncées d'avance, grâce l'invocation faite avec foi des cendres mêmes de Cyprien, comme le savent très-bien ceux qui en ont fait l'expérience, qui nous ont communiqué à nous-mêmes la connaissance de ces miracles, et qui se proposent de la transmettre de même à la postérité. Offrez-lui en même temps un autre hommage, plus digne encore et de lui et de vous, si le culte que vous lui rendez est sincère : je veux dire l'hommage d'un corps macéré, d'un esprit élevé au-dessus des sens, ennemi du vice et émulateur de toutes les vertus. "
19. Le même, Orat. XXI, de laudibus Athanasii
Magni archiepiscopi Alexandrini : " L'éloge d'Athanase sera le panégyrique p.314 fin p.315 début de la vertu ; l'un se confond avec l'autre. Ce grand homme réunissait toutes les vertus ; disons mieux, il les réunit encore ; car, même après la mort, on est toujours vivant devant Dieu, quand on a vécu selon Dieu. C'est pour cela que Dieu s'appelle lui-même le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu des vivants et non le Dieu des morts. L'éloge de la vertu remontera naturellement à son principe sublime, à Dieu, vers qui les lumières qu'il daigne nous communiquer nous élèvent, ou plutôt nous ramènent comme à leur centre. . . O très-cher et très-saint personnage, du haut du ciel où vous êtes, jetez sur nous un regard propice. Continuez de gouverner ce peuple : attaché inviolablement à la très-sainte Trinité, qu'il mérite de la contempler dans les personnes adorables du Père du Fils et du Saint-Esprit ! Et moi, si la paix nous doit être rendue, daignez me protéger durant ma vie, m'assister dans la conduite de mon troupeau ! Que si le feu de la guerre doit embraser encore l'Eglise, appelez-moi près de vous ; donnez-moi, s'il n'y a point trop de hardiesse dans un tel souhait, donnez-moi place à vos côtés, dans la sainte compagnie où vous êtes au sein de Notre-Seigneur Jésus-Christ. "
20. Le même, Orat. XX, quæ est funebris in laudem Basilii magni : " Qu'il nous arrive ce que Dieu voudra : Dieu veuille cependant que, grâce à l'intervention de notre ami auprès de la suprême majesté, la face de nos affaires devienne plus riante. . . . . Il est maintenant dans le ciel ; là sans doute il offre pour nous des sacrifices, il prie pour son peuple ; car en s'éloignant de nous, il ne nous a pas abandonnés. Vous qu’il a affermis dans la connaissance de la saine doctrine, je n'ai pas d'autre conseil à vous donner, que de l'avoir lui-même toujours présent votre mémoire et de vous conduire en tout comme si vous le voyiez, et que vous fussiez sous ses yeux. Pour vous, âme sainte et bienheureuse ! du haut du ciel où vous êtes, abaissez sur nous vos regards ; aidez-nous par vos prières à triompher de la chair, dont l'aiguillon a été donné pour servir d'exercice à la vertu ; dirigez chacun de-nos pas vers le terme où doivent tendre nos souhaits les plus ardents. Recevez-nous, au sortir de cette vie, à vos côtés, dans les tabernacles éternels, afin que, réunis à vous, contemplant désormais sans voile, sans nuage, l'adorable Trinité, dont nous n'apercevons ici-bas que l'ombre obscure, heureux à jamais, il ne nous reste plus de vœux à former, plus de ces combats que nous avons ou livrés ou soutenus. "
21. S. GREGOIRE de Nysse, in Vitâ S. Ephrem Syri, apostrophe p.315 fin p.316 début en ces termes le saint dont il vient de faire l'éloge : " Voilà, ô grand saint, ô illustre docteur, les éloges qu'il nous convient de vous adresser, quoiqu'ils ne vous soient pas nécessaires et qu'ils soient d’ailleurs au-dessous de vos mérites. Quelle gloire peuvent ajouter nos faibles discours à celle que vos mérites vous ont acquise ? Mais cela servira du moins à l'avantage des vivants. Car l'éloge des grands hommes, et surtout des hommes de bien, est un aiguillon puissant qui porte les autres à bien faire à leur exemple. Ce qui m'a déterminé à accepter moi-même cet office, c'est, outre la réputation de vos talents et de votre vertu, la prière que m'a faite de m'en charger cet homme du même nom que vous à qui vous avez procuré sa liberté ;
qui, fait, prisonnier de guerre par les descendants d'Ismaël, et longtemps relégué loin de sa patrie, sans savoir comment il pourrait jamais satisfaire le désir qu'il avait d'y rentrer, a obtenu enfin ce qu'il souhaitait avec tant d'ardeur, par un effet admirable de votre protection. Car, se voyant cerné de tous côtés par les troupes de ces barbares, et dans le plus grand danger de perdre la vie, il n'eut d'autre ressource que de dire en vous invoquant : Saint Ephrem, venez à mon aide ; et cette invocation suffit pour lui faire éviter tous les périls, pour le faire échapper à la mort, et le ramener, grâce à vous et contre toute espérance, dans sa patrie. "
22. S. CHRYSOSTOME, Serm. in adorat. venerabilium catenarum et gladii sancti et apostolorum principis Petri : " Pour vous, ô Pierre, vous qui êtes la pierre et le fondement de l'Eglise de Jésus-Christ, chef suprême des apôtres qui avez porté ces chaînes comme un criminel, et en avez fait un moyen d'opérer tant de guérisons ; assistez-nous aujourd'hui touché de compassion pour nous, et que votre esprit soit toujours présent à ce lieu où nous sommes. Protégez ce temple où s'opèrent tant de miracles, et qui s'honore surtout de porter votre nom ; ce temple où vous avez voulu que soient déposées vos chaînes, comme un précieux trésor. Que ces chaînes soient la ligature qui ferme la plaie de nos âmes. Qu'elles soient, le ciseau qui coupe les excroissances vicieuses, funestes effets de nos crimes ; qu'elles soient le médicament divin qui les guérisse. Qu’elles soient le bouclier protecteur qui mette en sûreté le troupeau de Jésus-Christ. Qu'elles servent à enchaîner les barbares eux-mêmes, à ramener les captifs, à enrichir des dépouilles ennemies cette ville qui se glorifie de votre protection. Qu'elles soient l’arme la plus puissante de notre bon et religieux empereur ; qu'elles soient son p.316 fin p.317 début rempart, sa forteresse, le gage de ses victoires et de ses triomphes, la terreur de ses ennemis, et le refuge de tous ceux qui se soumettront à son empire, etc. "
23. S. AMBROISE, lib. de viduis : " Elle avait une grosse fièvre et ils le prièrent pour elle (LUC, IV, 38). Vous aussi vous avez des proches, qui peuvent prier Dieu pour vous, savoir les apôtres et les martyrs, si en leur rendant votre culte, vous en faites vous-même vos proches par des œuvres de miséricorde : car celui qui fait miséricorde est celui-là qui est le véritable prochain (LUC, X, 37). Faites miséricorde, et vous serez le prochain de Pierre. Ce qui fait le prochain, ce n'est pas la proximité du sang, mais la conformité de la vertu ; car nous ne devons pas nous conduire selon la chair, mais selon l'esprit. Aimez à vous faire votre prochain de Pierre, votre allié d'André, afin qu'ils prient pour vous, et que vos passions, qui sont la véritable fièvre de votre âme, vous quittent, chassées de vous par la parole de Dieu. . . Vous avez donc, veuves à qui je m'adresse, un puissant secours votre disposition, si vous savez vous faire de pareils alliés ou de pareils gendres qui protégeront aussi votre postérité. Pierre et André prièrent donc Jésus d'accorder à cette veuve sa guérison. Que n'avons-nous quelqu'un qui prie de même pour nous, et plaise à Dieu que ce soit ce même Pierre qui sait si bien prier pour sa belle-mère ! que ce soit aussi André, son frère ! Car s'ils pouvaient alors obtenir pour leur parenté, ils peuvent obtenir maintenant pour nous-mêmes et pour tout le monde. Vous voyez bien qu'une personne coupable de quelque crime n'est pas bien propre à prier, ni surtout à obtenir pour elle-même. Qu'elle sache donc employer des intercesseurs auprès du divin médecin. Des malades ne peuvent prier le médecin de les guérir, à moins que celui-ci ne soit d'abord appelé auprès d'eux, par les prières de quelque autre. La chair est trop faible, la vigueur de l'esprit est trop affaiblie par la maladie du péché, trop enchaînée par ses liens, et le pécheur ainsi retenu ne saurait aller trouver le médecin qui pourrait le guérir. Appelons à notre aide les anges, qui nous ont été donné pour gardiens. Implorons le secours des saints martyrs, dont les corps sont pour nous une puissante sauvegarde. Ils peuvent obtenir de Dieu la rémission de nos péchés, eux qui ont lavé dans leur sang les fautes qu'ils pouvaient avoir à expier. Ces martyrs de notre Dieu veillent sur nous ; ils sont témoins de notre conduite et de toutes nos actions. Ne rougissons pas d'invoquer leur intercession dans nos faiblesses ;
p.317 fin p.318 début eux-mêmes n'ont-ils pas connu les faiblesses de la chair, puisqu'ils en ont triomphé ? "
24. Le même, Orat. de fide ressurrectionis
: " Si je ne me trompe dans le souhait que je forme d'être associé après ma mort plutôt aux anges qu'aux bêtes, c'est au moins une erreur que j'aime, et je ne souffrirai point qu'on m'enlève cette persuasion tant que je vivrai (Qu d si in hoc, erro, libenter erro. " Ce mot, a dit M. Guillon (Biblioth. des Pères, 8-9, p. 419), a été cent fois reproduit dans nos chaires chrétiennes. L'ancien évêque de Senez : " O dogme glorieux ! dogme consolant, fussiez-vous une erreur, pour m'exprimer comme saint Ambroise dans un pieux transport, fussiez-vous une erreur, que cette erreur me serait chère : Qu d si in hoc erro, libenter erro ! Combien je la préférerais à l'odieuse vérité, qui ferait disparaître un préjugé si nécessaire pour le bonheur général de l'humanité, un préjugé si noble et si doux ! Qu'on me laisse mon préjugé, je veux mourir avec l'espoir de renaitre. "). Car quelle autre consolation me reste-t-il que l'espérance de vous être bientôt réuni à mon frère, de voir s'abréger la durée de ma séparation d'avec vous, et d'obtenir par votre intercession le prompt accomplissement de ce vœu. "
25. Le même, in caput XXII Lucæ : "
Comment vous évoquer, ô Pierre, pour apprendre de vous quelles étaient vos pensées au milieu de vos larmes ? Comment vous évoquer, et de quel lieu ? Sera-ce du ciel, ou vous vous trouvez dès maintenant mêlé aux chœurs des anges ? ou bien sera-ce du tombeau ? Car il ne saurait être injurieux pour vous d'être dans un lieu, qui a été le théâtre de la résurrection de votre divin maître. Dites-nous à quoi vous ont servi vos larmes ? "
26. S. CHRYSOSTOME, Hom. LXVI (C'est sans doute de l'homélie XXVI in Epist. II ad Corinthios, où se trouve un morceau tout semblable, que Canisius a voulu parler. L'édition de Saint-Maur ou de M. Gaume ne compte que vingt-et-une homélies qui soient intitulées ad populum Antiochenum) ad populum Antiochenum : " Le Christ en mourant a attiré tout l'univers à ses pieds pour l'adorer. Et qu'ai-je besoin de parler de Jésus-Christ, puisqu'il a de même rendu ses disciples glorieux après leur mort ? Et non-seulement la personne de ses disciples, mais leurs tombeaux eux-mêmes, les lieux et les temps où ils ont consommé leur martyre. Montrez-moi, si vous le pouvez, le tombeau d'Alexandre, et dites-moi le jour où il a cesse de vivre. Au lieu que les tombeaux des serviteurs du Christ sont tout éclatants de gloire, et font le principal ornement de la ville impériale ; les jours de leur martyre sont des jours de fête pour l'univers entier. Ce qui con- p.318 fin p.319 début cerne Alexandre est ignoré de ses propres descendants ; ce qui concerne Jésus-Christ est connu même des barbares.
Les tombeaux des disciples du crucifié sont plus renommés que ceux des empereurs eux-mêmes, non-seulement pour la grandeur et la beauté de leur structure, mais aussi, ce qu'il faut surtout considérer, pour l'empressement avec lequel ils sont visités. En effet, les princes eux-mêmes vêtus de pourpre viennent baiser ces tombeaux, et, déposant leur fierté, supplient les saints que ces tombeaux rappellent à leur mémoire de se faire leurs protecteurs auprès de Dieu ; quoique ornés du diadème, ils implorent l'appui du pêcheur et du faiseur de tentes même morts. Comment donc oserez-vous nier la résurrection du maître de ces derniers, tandis que ceux-ci, tout morts qu'ils sont, voient à leurs pieds les maîtres du monde ? Et ce n'est pas seulement à Rome que vous pouvez jouir de ce spectacle ; c'est aussi Constantinople, puisqu'ici même le fils de Constantin n'a pas cru pouvoir mieux honorer son père qu'en plaçant son tombeau au vestibule du temple où s'élève celui du pécheur ; et de cette manière, ce que les portiers sont pour les rois à l'entrée de leur palais, les rois le sont pour les pêcheurs à leurs tombeaux.
Ceux-ci occupent l'intérieur du temple comme leur propre maison ; ceux-là se trouvent suffisamment honorés d’en occuper le parvis comme à titre de voisinage, ce qui doit faire comprendre même aux infidèles qu'au jour de la résurrection, ce seront les pêcheurs qui auront le pas sur les empereurs. Car certainement, si la chose se passe ainsi leurs tombeaux, il en sera de même à plus forte raison au jour de la résurrection générale.
Ici donc l'ordre est renversé : les princes sont à la place des sujets, et les sujets sont à la place des princes, ou plutôt ils occupent une place bien supérieure à celle que les princes occupent sur la terre. Que ceci ne soit pas une flagornerie, c'est ce que les faits démontrent, les princes contribuant eux-mêmes les premiers à relever la gloire des pêcheurs dont nous parlons.
Tandis que les tombeaux des princes restent dans la solitude, les tombeaux de nos pêcheurs sont sans cesse visités avec honneur par une foule de monde. Une autre considération servira à vous convaincre combien les tombeaux de ces derniers sont préférables aux palais même des empereurs. A ces palais vous voyez une garde nombreuse chargée d'écarter la foule ; aux tombeaux de nos martyrs au contraire l'accès est ouvert à tous indistinctement, pauvres et riches, hommes et femmes, esclaves et libres : là règne la terreur, ici la joie. Mais, direz-vous, c'est un p.319 fin p.320 début beau spectacle que de voir un empereur brillant d'or et de pierreries, entouré de généraux, d’archontes, de préfets, de tribuns. C'est vrai même sous ce rapport ; mais ce que j'ai à vous montrer ici est tellement au-dessus de ce que vous venez de dire, que ce qui vous paraît maintenant si auguste ne vous semblera plus qu'un château de cartes. A peine entré dans un temple, votre pensée s'élève naturellement vers le ciel, et vous représente à l'esprit le Roi des rois, l'armée des anges, son trône dominant tous les trônes, sa gloire effaçant toutes les gloires. Un empereur donne à ses ministres la puissance, soit d'ôter, soit de rendre la liberté à ses sujets ; mais les ossements des saints ont reçu de Dieu une puissance bien plus grande et bien plus digne de notre vénération : celle d'évoquer et de tourmenter les démons et de délivrer de leur tyrannie leurs misérables victimes. Quoi de plus redoutable qu'un tel tribunal, qui, sans avoir besoin d'exécuteurs de ses ordres, fait jeter les hauts cris, déchire les entrailles, flagelle, met à la torture, fait éprouver des ardeurs intolérables ? Et ainsi les corps de nos saints, quoiqu’inanimés, commandent aux puissances invisibles ; ce qui n'est en apparence que cendre et poussière exerce une action irrésistible sur les substances spirituelles. Aussi, tandis que personne peut-être ne quitte sa patrie pour visiter les palais des empereurs, beaucoup de princes ont entrepris des voyages lointains pour visiter ces tombeaux. En effet, le spectacle que ces monuments présentent de démons tourmentés et déchirés à coups de fouets, d'hommes châtiés et délivrés, ne donne-t-il pas au moins quelque idée de celui qu'offrira le jugement à venir ? "