Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 32)
27. S. EPHREM, Serm. de sanctis martyribus : "
Nous vous supplions, bienheureux martyrs, vous qui avez affronté les tourments avec tant de courage pour l'amour du Sauveur, et qui en récompense jouissez du commerce intime de votre Dieu, de vouloir bien intercéder pour nous, pauvres pécheurs, qui portons en ce moment la peine de notre peu de ferveur, afin que Jésus-Christ nous préviennent de sa grâce et fasse pénétrer dans nos cœurs un rayon de sa charité sainte, en sorte que nous puissions l'aimer de toute notre âme. Heureux et glorieux martyrs, les anges et les hommes se plaisent de concert à vous appeler bienheureux. . . Maintenant donc, ô très-saints personnages, ô glorieux martyrs de Dieu, aidez-moi de vos prières, malheureux pécheur que je suis, afin que j'obtienne miséricorde en ce jour où tous les secrets des cœurs seront dévoilés (I Cor., IV, 5). . . . . Aidé dans ma p.320 fin p.321 début faiblesse par la vertu de vos mérites et de vos prières, j'ai chanté de mon mieux en présence de vos saintes reliques un hymne à votre louange et à votre gloire. Intercédez en ma faveur auprès du Tout- Puissant, afin que je puisse être sauvé par vos prières et jouir avec vous d'un éternel bonheur. "
28. S. JEROME, Epitaph. Paulæ viduæ ad
Eustochium, Epist. XXVII, c. 1 : " Nous ne nous plaignons pas comme si nous l'avions perdue (sainte Paule) ; nous nous réjouissons plutôt de l'avoir acquise et de la posséder. Car, devant Dieu, tous les êtres sont vivants ; et quiconque est rappelé auprès de Dieu compte pour membre de la grande famille. Nous l'avons perdue, mais le ciel la possède ; tant que son âme habitait dans son corps mortel, elle était éloignée du Seigneur (II Cor., V, 8). " Au chapitre 6, saint Jérôme ajoute, en parlant des voyages de Paule dans la Terre-Sainte : " Ensuite elle visita les tombeaux des douze patriarches, et Sébaste, c'est-à-dire Samarie, nommée de ce nom qui signifie Auguste par le roi Hérode, en l'honneur de l'empereur Auguste. Là sont les prophètes Elisée et Abdias, et Jean-Baptiste, le plus grand des enfants des femmes. Elle fut témoin à ces tombeaux de spectacles effrayants : c'étaient des démons qui rugissaient au milieu d'affreux tourments, des hommes qui hurlaient comme des loups, qui aboyaient comme des chiens, qui faisaient entendre tour-à-tour le rugissement des lions, le sifflement des serpents, le mugissement des taureaux ; d'autres faisaient la roue et marchaient sur la tête etc. Ce spectacle excitait sa compassion, et elle implorait à chaudes larmes la clémence du Christ en faveur de ces misérables. " Il dit encore, au chapitre 14 : " Adieu, Paule, aidez de vos prières votre serviteur durant le peu de jours qu'il lui reste à vivre. Votre foi et vos œuvres vous ont mérité d’être avec Jésus-Christ : étant en sa présence, il vous sera plus facile d'obtenir ce que vous demandez. "
29. S. AUGUSTIN, Lib. de curâ pro mortuis gerendâ, c. 4 : " C'est un témoignage touchant de notre affection pour ceux qui nous sont enlevés par la mort, que le choix que nous faisons des tombeaux des martyrs pour le lieu de leur sépulture : car s'il y a de la piété à ensevelir les morts, il doit y en avoir aussi à choisir le lieu de leur dernière demeure. Au reste, si ces devoirs rendus aux morts consolent les vivants, je ne vois guère en quoi ils peuvent être utiles aux morts eux-mêmes, à moins qu'en se rappelant le lieu de leur sépulture, on ne les recommande aux saints près desquels ils sont ensevelis, pour que ceux-ci se fassent leurs avocats p.321 fin p.322 début auprès de Dieu : ce qu'après tout on pourrait faire également, quand même on aurait été dans l'impuissance de les faire inhumer près de ces tombeaux. C'est ainsi que le lieu même où se trouve déposée la dépouille mortelle de celui qui nous était cher pendant sa vie, console notre douleur : en le plaçant près des tombeaux des saints que nous honorons, nous le recommandons à leur puissante intercession. "
30. Le même, de Baptismo, lib. VII, contra, Donatistas, c. 1 : " Le bienheureux Cyprien, maintenant que son corps corruptible n'appesantit plus son âme, et que cette demeure terrestre n'abat plus en lui l’esprit. Par la multiplicité des soins qu'elle occasionne (Sag., IX, 15), voit désormais sans nuage la vérité, dont la charité lui a fait faire la conquête. Qu'il daigne en conséquence nous aider par ses prières, enveloppés que nous sommes dans cette chair mortelle comme dans une nuée sombre et obscure, afin que nous puissions avec la grâce de Dieu imiter en quelque manière ses vertus. "
31. S. BERNARD, Serm. 66 in Cantica canticorum
: " Gardez-vous des langues médisantes, gardez-vous des chiens (Phil., III, 2). Ils nous tournent en dérision parce que nous baptisons les petits enfants, que nous prions pour les morts, que nous invoquons les suffrages des saints. Ainsi s'emploient-ils avec ardeur à proscrire le Christ dans des personnes de tout âge comme de tout sexe, dans les enfants comme dans les adultes, dans les morts comme dans les vivants. Ils allèguent contre les enfants l'impuissance de leur âge, et contre les adultes la difficulté de garder la chasteté.
Ils empêchent les morts d'être secourus par les vivants, et les vivants de l'être par les morts admis dans le ciel. Mais qu'à Dieu ne plaise ! Le Seigneur n'abandonnera point son peuple (Ps. XCIV, 13) devenu nombreux comme le sable de la mer, et Celui qui a racheté tous les hommes ne voudra pas se contenter de ce petit nombre d’hérétiques révoltés contre la grande Eglise. Car la rédemption qu'on trouve en lui n'est pas faible, mais abondante (Ps. CXXIX, 7). Or, quel est le nombre de ces hommes, si nous le comparons à la grandeur du prix donné pour le rachat de tous ? En voulant borner à eux-mêmes les avantages de la rédemption, ce n'est pas nous qu'ils en privent ; c'est bien plutôt eux-mêmes. "
Le saint conclut ainsi : " Les morts qui ont besoin de nos sacrifices et de nos prières, comme des prières des saints, en recevront l'application, s'ils en sont dignes, par l'entremise des anges ; et nous qui sommes sur la terre, nous ne serons pas non plus privé de l'assistance des saints du ciel auprès p.322 fin p.323 début de Dieu qui est partout, et en qui ils sont eux-mêmes partout par la disposition de leur charité. "
32. THEODORET, évêque de Cyr, De græcarum affectionum curatione, lib. VIII, qui est de martyribus : " Les martyrs sont donc véritablement les guides, les princes, les défenseurs, les protecteurs de l'humanité ; ils détournent les malheurs de dessus nous, et éloignent de nous les maux que voudraient nous faire les vils malins. . . Les temples des martyrs se distinguent entre tous les autres édifices de nos contrées par leur majesté, par leur grandeur, par leur ornementation variée, par leur beauté enfin. Nous ne nous contentons pas de les visiter une fois ou deux, ou même cinq fois chaque année ; mais nous y célébrons souvent des fêtes, et souvent il nous arrive de ne passer aucun jour sans chanter des hymnes et des cantiques au Seigneur en l'honneur de ces martyrs. Ceux qui se portent bien, demandent à Dieu par leur intercession la conservation de leur santé ; ceux qui sont malades, lui demandent de la même manière leur guérison. Les époux qui ne peuvent avoir d'enfants, ont recours de même aux martyrs pour obtenir la fécondité ; ceux qui en ont déjà, ont recours à eux pour conserver ces fruits de leur union. Ceux qui ont à entreprendre des voyages, supplient les martyrs de les accompagner, ou plutôt de leur servir de guides. Ceux qui en sont de retour, leur en rendent grâces, comme leur étant redevables de ce bienfait : non qu'ils voient en eux d'autres dieux en quelque façon, mais parce qu'ils voient en eux des hommes divins, qui leur servent auprès de Dieu de puissants avocats et de bienveillants intercesseurs. Ce qui témoigne hautement que ces prières adressées avec ferveur aux martyrs ne sont pas dépourvues d’efficacité, ce sont tous ces ex-voto, indices manifestes des bienfaits reçus. Ce sont toutes ces effigies d'or ou d'argent que nous voyons suspendues aux autels des martyrs, et qui représentent les unes des yeux, d'autres des mains, d'autres des pieds dont on a recouvré l'usage. Dieu reçoit favorablement ces divers dons de la piété quelque exigus qu'ils soient ; il ne les dédaigne pas, des là qu'ils sont proportionnés aux facultés de ceux qui les lui offrent. Ces objets, exposés en spectacle à tout le monde, attestent irrécusablement la guérison qu'on a obtenue de telle maladie ou de telle infirmité, et par là-même la vertu du martyr dont on a imploré le secours. Cette vertu elle-même démontre à son tour que c'est un véritable Dieu, que celui pour qui les martyrs ont versé leur sang. "
33. Le même, in Philotheo sive in historiâ sanctorum Patrum.
p.323 fin p.324 début vitâ prima, quæ est Jacobi Nisibensis : " J’ai besoin de ce secours, en ce moment où je me propose d'écrire la vie de ceux qui ont brillé par leurs vertus de notre temps même, ou du moins il n'y a que quelques années, et de les offrir pour règles à ceux qui voudront s'attacher à leurs exemples.
Commençons donc par les invoquer, avant d'entrer en matière. " Il termine cette première narration par les paroles suivantes : " Après avoir rapporté de cet homme divin ce qu'on vient de lire, je passerai à une autre histoire, en le priant de m'accorder sa bénédiction. " In vitâ secundâ, quæ est Juliani Sabæ, in fine : " Je m'arrête ici, pour passer à l'histoire d'un autre saint, en priant tous ces saints personnages de m'obtenir les grâces d'en haut par leur intercession. " In vitâ tertiâ, quæ est Martiani, in fine : " Puissent tous ces saints m'obtenir par leur intercession le secours de Dieu. " In vitâ quartâ, quæ est Eusebii, in fine : " Ajoutons l'utilité qui nous reviendra d'obtenir par nos prières la bénédiction de ces grands hommes. " In fine quintæ vitæ, quæ est Publii : " Je suis pleinement convaincu, que si je leur rends témoignage devant les hommes, ils rendront témoignage de moi devant le Dieu de l'univers. " In calce vitâ sextæ quæ est Simeonis Prisci : " Je le prie maintenant de m'accorder l'intercession qui est en son pouvoir, et j'ai la confiance qu'il ne me la refusera pas. Car il imitera sans doute la bonté de Dieu, en accordant tout à ma prière. " In vitâ septimâ, quæ est Palladii : " Puissé-je obtenir leur secours, après avoir consacré ma langue à célébrer leur mémoire ! " In octovâ, quæ est Aphraatis : " Je demande aussi qu'il veuille bien m'accorder le secours de son intercession. " In vitâ nonâ quæ est Petri : " Je finirai ici ma narration, en lui demandant une bénédiction semblable celle qu'il m'a accordée plus d'une fois de son vivant. " In undecimâ, quæ est Romani : " Après avoir reçu la bénédiction de celui-ci, je passerai au récit des combats d'autres athlètes " In vitâ duodecimâ, quæ est Zenonis : " Après l'avoir prié d'intercéder pour moi auprès du Seigneur, je vais passer à un autre récit. " In decimâ quartâ, quæ est Mæsynæ : " Puissé-je, à l'aide de ses prières, parvenir à l'imiter au moins en quelque chose ! " In decimâ quintâ, quæ est Acepsemæ : " Instruits déjà par ses paroles et par les faits de sa vie, puissions-nous encore être aidés de ses prières, pour nous rendre dignes de notre céleste vocation en Jésus-Christ Notre-Seigneur. " In decimâ octavâ, quæ est alterius Eusebii : " Je le prie de m’accorder la même bénédiction que je recevais de lui de son vivant. Car je p.324 fin p.325 début suis persuadé qu'il est vivant devant Dieu, et que sa confiance auprès de lui n'en est que plus entière. " In vitâ vigesimâ, quæ est Maris : " Après lui avoir demandé le secours de ses prières, je vais mettre fin à ce récit. " In vigesimâ primâ, quæ est Jacobi alterius : " Qu'il soutienne et fortifie notre faiblesse par ses prières afin que reprenant sur nos ennemis les avantages que nous leur avons laissé prendre sur nous, nous sortions vainqueurs de la carrière de cette vie présente. " In vigesimâ septimâ Baradati : " Puissé-je, soutenu de leurs prières, atteindre cette montagne, la gravir peu à peu, et parvenir au bonheur de jouir de leur société ! " In vigesimâ octavâ, Thalelæi : " Puissent ces saints martyrs nous obtenir par leur intercession, que nous nous adonnions avec ardeur à l’étude de cette sage philosophie ! " In trigesimâ et ultimâ, quæ est Domninæ: " Je conjure ceux dont je viens d'écrire la vie, de ne pas m'abandonner, quelque loin que je sois encore de mériter d'être admis à leur société sainte ; mais qu'ils m'attirent plutôt à eux, qu'ils me fassent atteindre les célestes hauteurs, qu'ils me donnent enfin la force de me joindre à eux, pour que, non content de célébrer dans les autres les richesses de la grâce, je participe moi-même ces richesses, en glorifiant par mes œuvres comme par mes discours le Sauveur de tous. "
34. PRUDENCE, in libro que inscribitur ????
????????, sive de coronis, hymno I, in Hemiterium et Chelidonium Calaguritanos : " Aujourd'hui les habitants de ces contrées visitent les lieux sanctifiés par le sang de ces deux martyrs, en leur adressant, avec leurs offrandes, leurs prières et leurs vœux. Les étrangers s'y rendent aussi de tous les coins de l'univers : car toute la terre sait maintenant qu'ils sont les protecteurs du monde, et qu'il est utile d'invoquer leur appui. Personne ici n'a élevé en vain vers eux des mains innocentes ; tout suppliant sort de ces lieux content de se voir exaucé, et assuré d'avoir obtenu tout ce qu’il a demandé de raisonnable, réelle est la sollicitude de ces martyrs pour ceux qu'ils voient exposés ici-bas à tant de périls qu'ils s'empressent de porter à l'Eternel les vœux que leur adresse le dernier des hommes, et les grâces aussitôt descendent du ciel avec abondance, de manière suffire à tous les besoins. Le Christ n'a jamais rien refusé à ceux qui lui ont rendu sur la terre un témoignage si généreux.
"
Le même, ibidem, hymno II in divum Laurentium, sub finem :
" La joie que font éclater les Romains, dont vous ne vous lassez pas d'exaucer les prières, attestent la puissance de p.325 fin p.326 début votre crédit, la faveur dont vous jouissez. Ce que chacun vous demande avec humilité, il est assuré de l'obtenir :
il suffit de vous exposer son besoin, pour sortir aussitôt exaucé. Il semble que vous soyez toujours présent parmi nous, et qu'ayant pour les Romains un amour de père, vous les portiez continuellement dans votre cœur. O vous qui êtes la gloire du Christ, exaucez de même un pauvre poète de province qui vous confesse ses crimes, et vous fait l'aveu de sa propre indignité. Oui, je le reconnais, je ne mérite pas que le Christ n'exauce en personne ; mais je puis obtenir, par les martyrs qui intercéderont pour moi, le remède à tous mes maux. Ecoutez la prière que vous fait Prudence, ce justiciable du Christ, et rompez ces liens du siècle qui le tiennent attachés son corps (passage en latin dans la version imprimée). "
Le même, hymno III ejusdem libri in Eulaliam virginem Lusitanam : " Jeunes garçons et jeunes filles, apportez-lui vos bouquets de fleurs ; pour moi, je n'ai pas d'autres guirlandes à lui présenter que ces quelques dactyles de peu de prix, il est vrai, mais pourtant accommodés à la fête. Ainsi me convient-il d'honorer ces ossements, et l'autel où ils sont déposés ; la sainte qui y repose aux pieds de son Dieu, voit cet hommage que je p.326 fin p.327 début m'efforce de lui rendre, et mes chants l'engageront, je l'espère, à venir en aide à son peuple (passage en latin dans la version imprimée). "
Le même, hymno IV in decem et octo Cæsaraugustanos :
" Tous ces martyrs qui reposent sous l'autel éternel demandent grâce pour tous nos péchés et protègent ainsi la noble ville qui leur a donné le jour. Lavons de nos larmes ces arbres qui recouvrent notre espérance et que j'obtienne ainsi la délivrance de mes funestes liens. Belle et grande ville (Saragosse), viens toute entière te prosterner avec moi près de ces tombeaux : toute entière aussi tu accompagneras, s'il plaît à Dieu, au jour de la résurrection générale ces corps réunis à leurs âmes (passage en latin dans la version imprimée). "
Le même, hymno V in Vincentium Cæsaraugustanum : " Ecoute maintenant nos humbles prières, pour plaider avec succès la cause de notre pardon au tribunal de Dieu. Par toi, par cette prison même dont l'ignominie a fait ta gloire, par ces liens, ces brasiers, ces crocs de fer, par ce poteau où tu as été attaché, par ces têts d'argile qui t'ont procuré une victoire de plus, par ce lit où tes membres ont été étendus et que nous baisons avec orgueil ; sois propice à nos prières pour que le Christ attendri prête l'oreille à son peuple et ne le punisse pas comme le méritent ses crimes. Si notre cœur comme notre bouche te rend un juste hommage dans ce jour solennel, si tes p.327 fin p.328 début cendres se réjouissent de nous voir baiser les traces que tu nous as laissées suivre, descends de nouveau dans ces lieux en te faisant le messager des faveurs du Christ, et que nos sens appesantis éprouvent les salutaires effets de sa grâce (passage en latin dans la version imprimée). "
Le même, hymno IX in Cassanum Forocornelianum : " Si vous avez quelque louable vœu à former, quelque honnête espérance, quelque juste désir, ne craignez point d'en faire l'exposé au martyr : il écoute, croyez-moi, avec bienveillance toutes nos prières, et s'empresse d'exaucer toutes celles qu'il trouve légitimes. J'obéis, j'embrasse le tombeau, et j'y répands mes larmes ; je colle ma bouche sur l'autel, et ma poitrine contre la pierre qui le soutient. Alors j'expose en détail toutes mes peines les plus secrètes ; je représente avec modestie quels sont mes désirs, quelles sont mes craintes. Je dis les besoins, les périls de ma patrie que j'ai quittée, les espérances incertaines que je nourris pour l'avenir. Je me trouve exaucé ; j'entre dans Rome ; tout me réussit au gré de mes souhaits. Je rentre dans ma patrie, et je publie partout les bienfaits de Cassien (passage en latin dans la version imprimée). "
Le même, hymno X in Romanum Antiochenum : " Romain, brave champion de la charité du Christ, rendez ma bouche p.328 fin p.329 début éloquente, inspirez de bons vers à un poète qui ne sait encore que bégayer ; faites-moi célébrer dignement vos louanges : car vous savez par vous-même que les muets peuvent recevoir le don de parler. . . . Le bourreau réclame l’enfant ; la mère le lui donne, en contenant ses larmes : elle se contente d'imprimer un baiser sur la joue de son fils. Adieu, cher enfant, lui dit-elle, et lorsque vous aurez eu le bonheur d’être admis dans le royaume de Jésus-Christ, souvenez-vous de votre mère, et, de mon fils que vous êtes, devenez mon protecteur. . . . Quand je serais (c'est maintenant le poète qui parle) placé parmi les boucs à la gauche de mon juge, je ne voudrais qu'être reconnu de Romain, pour que, sur sa prière, mon juge dit aussitôt : Romain prie ; faites passer de l'autre côté ce bouc devenu agneau ; qu'on le revoie de sa toison, et qu'il soit à la droite (passage en latin dans la version imprimée). "
Le même, hymno XI in Hippolytum ad Valerianum episcopum : " La sainteté du lieu, l'accès de l'autel toujours ouvert à ceux qui viennent pour y demander des grâces, tout y inspire la confiance, tout y soutient l’espérance, et cette espérance n'est jamais trompée. Toutes les fois que je suis venu dans ces lieux demander le remède à mes maux, soit de l’âme, soit du corps, j'ai obtenu l'effet de ma demande. Si je me vois heureusement de retour, s'il m'est donné de pouvoir vous embrasser, vénérable Pontife, et de vous écrire ces vers, c'est à Hippolyte que je le dois : Hippolyte, à qui l’Homme-Dieu a conféré le droit d'obtenir tout ce qu'on recommande à ses prières (passage en latin dans la version imprimée). "
p.329 fin p.330 début Le même, ibidem, in Cyprianum Carthaginensem hymno XIII : " Cessez de pleurer un homme si vertueux. Il possède le royaume du ciel, et il n'en est pas moins présent à ce qui se passe sur la terre ; toujours il enseigne, il instruit, il pérore, il discute, il prophétise. Son autorité n'est pas respectée des seuls peuples de la Libye ; elle l'est aussi des autres peuples depuis le couchant jusqu’à l'aurore. Il entretient la Gaule dans ses sentiments religieux, il initie les Bretons à la connaissance du Christ, il est l'oracle de l'Hespérie, il répand les semences de la foi jusque dans les cantons les plus reculés de l’Ibérie.
Il est tout à la fois un docteur qui éclaire ici-bas les peuples, et un martyr qui triomphe au ciel. Ici-bas il est le maître qui nous instruit ; là-haut il est le patron qui nous protège (passage en latin dans la version imprimée). "
Le même, ibidem, hymno XIV in Agnetem virginem Romanam : "
Dans une maison de Rome est le tombeau d'Agnès, jeune vierge célèbre par sa vertu et par l'héroïsme de son martyre. Ce tombeau est situé en face même des tours. Cette patronne des Romains veille à la sûreté de leur ville, et elle étend sa protection jusque sur les étrangers, pourvu qu'ils l'invoquent avec foi et dévotion. . . . . O Vierge bienheureuse, ô gloire ajoutée à toutes les gloires de Rome, illustre citoyenne de la cite céleste, jetez un regard de compassion sur toutes nos misères, en abaissant vers nous votre front ceint d'un double diadème, vous à qui le maître a absolu de toutes choses a donné la vertu de rendre chaste une maison de prostitution. Le seul aspect de votre visage suffira pour me rendre pur, pourvu seulement que l'image en pénètre jusqu'à mon cœur. La pudeur, qui fait votre cortège inséparable, se communique à chacun par votre simple regard ou par votre seule approche (passage en latin dans la version imprimée). "
p.330 fin p.331 début
35. Le septième concile général ou second de
Nicée, actione VI, in fine : " Conduisons-nous en tout par la crainte de Dieu, en implorant l'intercession de la très-pure mère de Dieu et toujours Vierge Marie notre reine, de tous les anges et de tous les saints ; en saluant aussi leurs vénérables reliques, pour devenir participants de leur sainteté. Car c'est ainsi que nous serons rendus parfaits pour toute espèce de bien en Jésus-Christ Notre-Seigneur. "
37. Le même, contra Faustum manichæum, lib. XX, c. 21.
Cet autre passage a été rapporté de même à la question VII, témoignage 5, page 285.
38. Le même, de Civitate Dei, lib. VIII, c. 27 : " Toutefois nous ne bâtissons de temples, ni n'ordonnons de prêtres, de cérémonies ou de sacrifices aux martyrs, parce que ce ne sont pas eux, mais que c'est leur Dieu qui est notre Dieu. Il est vrai que nous honorons leurs tombeaux comme étant ceux de bons serviteurs de Dieu qui ont combattu pour la vérité jusqu’à la mort, et répandu le sang afin de propager la vraie religion et de faire cesser l'erreur ; sentiment que quelques païens avaient eu avant eux, mais que la crainte leur avait fait dissimuler. Mais qui a jamais entendu un prêtre chrétien, debout devant l'autel consacré à Dieu sur le corps d'un martyr, dire dans ses prières :
Pierre, Paul, ou Cyprien, je vous offre ce sacrifice ? Lorsqu'on l'offre sur leurs monuments, on l'offre à Dieu qui les a faits hommes et martyrs, et les a associés à ses anges. Que si ces solennités ont été instituées sur leurs sépulcres, c’est afin de rendre grâces au vrai Dieu de la victoire qu'ils ont remportée, et pour que cela nous excite à nous rendre dignes, en imitant leur courage, d'avoir part à leurs couronnes et à leurs récompenses. Tous les actes de piété et de religion qui p.331 fin p.332 début se pratiquent aux tombeaux des saints martyrs sont des honneurs qu'on rend à leur mémoire, et non des sacrifices qu'on leur offre comme à des dieux. Ceux mêmes qui y portent des mets, coutume qui après tout n'est reçue qu'en fort peu d'endroits, et que les meilleurs chrétiens n'observent pas, les emportent après quelques prières pour s'en nourrir ou pour les distribuer aux pauvres, et croient seulement qu'elles y sont sanctifiées par les mérites des martyrs, au nom du Seigneur des martyrs. Enfin, quiconque connaît l'unique sacrifice des chrétiens offert à Dieu sur ces tombeaux, sait aussi qu'on n'y sacrifie pas aux martyrs. "
39. Le concile de Trente, Sess. XXV, in Decreto de invocatione, veneratione et reliquiis sanctorum, et sacris imaginibus : " Enjoint le saint concile à tous les évêques et à tous autres qui sont chargés du soin de la fonction d’enseigner le peuple, que suivant l'usage de l'Eglise catholique et apostolique, reçu dès les premiers temps de la religion chrétienne, conformément aussi au sentiment unanime des SS. Pères, et aux décrets des saints conciles, ils instruisent les fidèles avec un soin particulier sur l'intercession et l'invocation des saints, l'honneur qu'on rend aux reliques, et l'usage légitime des images ; leur enseignant que les saints qui règnent avec Jésus-Christ offrent à Dieu des prières pour les hommes ; que c'est une chose bonne et utile de les invoquer, de les supplier humblement, et d’avoir recours à leurs prières, à leur protection et à assistance, pour obtenir des grâces et des faveurs de Dieu, par son Fils Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui est seul notre Rédempteur et notre Sauveur ; et que ceux qui nient qu'on doive invoquer les saints déjà admis dans le ciel à la possession d'un bonheur éternel, ou qui soutiennent que les saints ne prient pas Dieu pour les hommes, ou que c'est une idolâtrie de les invoquer, ou de leur demander le secours de leurs prières, même pour chacun de nous en particulier, ou que c'est là une chose qui répugne à la parole de Dieu, et qui est contraire à l'honneur qu'on doit à Jésus-Christ, seul et unique Médiateur entre Dieu et les hommes, ou même que c'est une pure folie de prier verbalement ou mentalement les saints du ciel, contredisent la vraie doctrine. . . . . Si quelqu'un enseigne quelque chose de contraire à ces décrets ou pense contrairement a ces décrets, qu'il soit anathème. "
40. S. CHRYSOSTOME, in psalmum quinquagesimum, hom. II (Cette homélie, tirée en grande partie de Théodoret, a été, s’il faut en croire le P. Montfaucon, faussement attribué à saint Chrysostôme. Voir Opera S. Joannis Chrysost., tom. V, pag .
583 et suiv., édition de Saint- Maur.) :
p.332 fin p.333 début " Vous voyez, mes frères quelle est la vertu de la pénitence et de la sincère conversion à Dieu. David redevint non-seulement agréable à Dieu le reste de ses jours ; mais même après sa mort, il a pu se rendre utile aux vivants. L'Ecriture rapporte en effet qu'au temps d'Ezéchias, les nations ennemies des Juifs sont venues faire le siège de Jérusalem, ce saint roi se mit à prier pour en obtenir vengeance, et qu'alors le prophète Isaïe vint le trouver, et, pour qu'il ne crût pas que ce fût à cause de lui-même qu'il allait être exaucé, encore bien que David fût mort depuis déjà bien des années, qu'est-ce que le prophète dit au roi ? Je protégerai cette ville et je la sauverai, à cause de moi et de mon serviteur David (II Rois, XIX, 34). David est mort, et ses mérites vivent toujours. O prodige admirable ! O ineffable clémence de Dieu ! Un homme mort devient le protecteur d'un homme vivant. O le beau spectacle que celui d'un homme juste, qui, même après sa mort, combat pour la défense de sa cité ! "
41. Le même, Hom. XXVII in Matt. (Cette homélie est la vingt-sixième dans l'édition de M. Gaume, ou des bénédictins de Saint-Maur, tome VI, page 324 (édition Saint- Maur)) : " Tels ont été les mérites de David, même après son péché, telle a été la perfection avec laquelle il en a effacé la tache, telle est la pureté qu’il a recouvrée, que même après sa, mort il a pu obtenir grâce pour ses descendants ; et ce que Dieu a dit d'Abraham, il l'a dit aussi de David. Que dis-je ? Il en a dit bien davantage à l'honneur de ce dernier ; car ce qu’il a dit du patriarche du peuple hébreu se borne à ceci : Je me suis souvenu de l'alliance que j'ai faite avec Abraham (Exod., II, 23). Au lieu que, parlant de David, il ne dit pas : Je me suis souvenu de mon alliance avec lui ; mais que dit-il ? Je protégerai cette ville à cause de David mon serviteur (II Rois, XIX, 34). "
42. Le même, Hom. XLII in Genesim (Cf. Opera S. Joann. Chrysost., tom. IV, pag. 431, édition de Saint-Maur, ou pag. 498, édition de M. Gaume) : " La vertu d'un petit nombre peut couvrir la malice même d'un grand nombre. Car la bonté de Dieu est si grande, qu'il suffit de quelques justes pour lui faire accorder en leur considération le salut de tous. Et qu’ai-je dit de quelques justes ? Souvent, quand il ne trouve pas un seul homme qui soit juste parmi les vivants, il par- p.333 fin p.334 début donne aux vivants en considération des morts ; et c'est ce qui lui fait dire par la bouche de son prophète : Je protégerai la ville à cause de moi et de David mon serviteur. C'est comme s'il eût dit : Bien que ceux-ci ne méritent pas que je les sauve, et qu'ils n'y aient aucun droit ; cependant, comme j'ai coutume d'user de clémence, et que je suis toujours prêt à faire miséricorde, et à tirer les hommes des dangers, j'accorderai à cause de moi-même et de mon serviteur David cette protection qui m'est demandée : et celui qui n'était plus en vie depuis tant d’années, devient la cause du salut de son ce peuple, qui s’était perdu par ses infidélités. "
43. Le même, Serm. de virtutibus et vitiis : " Quand Dieu ne trouve personne parmi les vivants qui soit en état de répondre pour les pécheurs, il a recours aux morts, et à cause de ceux-ci il pardonne aux autres leurs péchés. Que dit-il, en effet ? Je protégerai cette ville à cause de moi-même et de David mon serviteur. Et cependant ce dernier était mort depuis longtemps. Admirez combien est grande la vertu des saints. Non-seulement leurs paroles, non-seulement leurs corps, mais les vêtements mêmes qui couvrent leurs corps valent mieux que toute autre possession du monde. La peau de lion qui servait de vêtement à Elie fit s'entrouvrir les eaux du Jourdain (II Rois, II, 8). Le feu respecta les chaussures des trois jeunes hommes dans la fournaise (Dan., III, 94). Un morceau de bois jeté dans des eaux par Elisée les fit changer de nature, en leur faisant reporter à leur surface un lourd morceau de fer (II Rois, VI, 6). Moïse avec la verge qu'il tient en main, ouvre les eaux de la Mer-Rouge, et fait jaillir une source d'eau du creux d'un rocher (Exod., XIV et XVII). Les vêtements de Paul dissipent les maladies ; l'ombre de Pierre fait fuir la mort (Act., XIX et V). La cendre des martyrs immolés chasse les démons. Les saints exercent donc tout pouvoir, comme on l'a dit d'Elie. "
45. Le même, in caput XXII Lucæ : " A la mort des rois, leur empire cesse pour faire place éternellement à celui des martyrs : les premiers deviennent les suppliants, les seconds les dispensateurs des grâces. "
46. S. LEON-LE-GRAND, Serm. I in Nat. apostolorum Petri et Pauli
: " D'après notre propre expérience et celle qu'en ont faite nos devanciers, nous croyons avec une pleine assurance que dans toutes les misères de la vie nous trouverons, pour obtenir misé- p.334 fin p.335 début corde auprès de Dieu, un puissant secours dans les prières des patrons particuliers de cette Eglise, et autant nos propres péchés nous jettent dans le découragement, autant les mérites des saints apôtres relèvent notre courage. "
47. Le même, Serm. II de eisdem : " Notre-Seigneur, après sa résurrection et après avoir donné les clefs de son royaume au bienheureux apôtre saint Pierre, lui adressa par trois fois, en retour de la triple protestation qu'il venait de lui faire de son amour inaltérable, ces paroles mystérieuses : Paissez mes brebis. Et c'est ce que ce tendre pasteur fait encore aujourd'hui sans aucun doute, en exécution du commandement de son divin maître, en nous confirmant par ses exhortations, et en ne cessant de prier pour nous, afin qu'aucune tentation ne triomphe de notre fragilité. Que si, comme nous devons le croire, il étend sa sollicitude sur tout le peuple de Dieu, combien plus forte raison ne doit-il pas être attentif aux besoins du peuple particulier qu’il a instruit lui-même et au milieu duquel repose cette même chaire, dans laquelle il lui a distribué le pain de la parole sainte ? "
48. Le même Serm. I in anniv. die assumptionis suæ ad
Pontificatum : " La charité, la tendre sollicitude du bienheureux apôtre Pierre n'est pas, j'en ai la confiance, absente de cette assemblée : il sait répondre de son côté au pieux empressement qui vous a réuni dans ce temple pour rendre hommage à sa mémoire. Il applaudit aux sentiments qui vous animent ; il voit dans cette manifestation que vous en faites à l'égard de son successeur votre respect pour l'institution de Jésus-Christ lui-même et il approuve comme s'adressant à sa propre personne ces témoignages de votre affection pour le siège où il a présidé le premier, et que l’indignité de celui qui l'occupe aujourd'hui à sa place ne rend ni moins vénérable, ni moins cher à vos yeux. "
49. Le même, Serm. II : " Pierre remplit maintenant avec plus de plénitude et d'autorité les devoirs de sa charge, et s'acquitte de tous leurs divers détails dans la personne de celui par qui il a été glorifié et conjointement avec lui-même. Si donc notre administration mérite quelque louange, si elle est accompagnée de quelque succès, si nous obtenons quelque chose de Dieu par nos prières journalières nous en sommes redevable au concours et aux mérite de celui, dans le siège duquel son pouvoir vit toujours et a droit à la même obéissance. "
50. Le même, Serm. III in eodem anniversario : " Jésus-Christ a confié une telle puissance à celui qu’il a établi chef de toute p.335 fin p.336 début son Eglise, que si encore aujourd'hui notre administration mérite quelque louange et est accompagnée de quelque succès, il faut en rapporter l'honneur au travail et à la direction de celui à qui il a été dit : Lorsque vous serez converti, ayez soin de confirmer vos frères (LUC, XXII, 32) ; et a qui, après sa résurrection, il a adressé par trois fois, en retour de sa triple protestation de son amour inaltérable, ces paroles mystérieuses : Paissez mes brebis (JEAN, XXI, 17). Et c'est ce que ce tendre pasteur fait encore aujourd'hui sans aucun doute, en exécution du commandement de son divin maître, en nous confirmant par ses exhortations, et en ne cessant de prier pour nous, afin qu'aucune tentation ne triomphe de notre fragilisé. Que si, comme nous devons le croire, il étend sa sollicitude sur tout le peuple de Dieu, combien à plus forte raison ne doit-il pas être attentif aux besoins du peuple particulier qu’il a instruit lui-même, et an milieu duquel s'élève cette même chaire, dans laquelle il lui a distribué le pain de la parole sainte ? "
51. S. PAULIN de Nole, dans son poème adressé à
Cytherius sur le naufrage de Martinien, dit, en rapportant la manière dont saint Félix délivra Martinien d'un grave danger : " Tombé la face contre terre, il ne se fit pas la moindre égratignure ; jeté sur des rocs et au milieu de buissons d'épines, il n'en reçut aucune blessure, aucune contusion, toujours sauvegardé par la douce main de Félix, qui, voyant son frère approcher de sa propre habitation, et ne pouvant souffrir qu'il lui arrivât du mal sur ses domaines, repoussa les attaques malignes de son ennemi, et le fit parvenir ainsi, suivant son désir, l'heureux terme de son voyage. Et c'est ainsi que Félix, servant à son hôte de protecteur, l'introduisit en quelque sorte dans notre demeure (passage en latin dans la version imprimée). "
52. Le même, in vitâ et in miraculis S. felicis martyris nolani, p.336 fin p.337 début raconte bien des choses qui toutes servent à justifier l'invocation et le culte des saints, la foi en la puissance de leur intercession, et l'honneur que nous rendons à leurs reliques sacrées. En voici quelques extraits :
In natali secundo : " Sous vos auspices, j'ai affronté les périls de la mer, que ma confiance en vous faisait disparaître à mes yeux. Eh ! n'étiez-vous pas avec moi lorsque, triomphant de tous les dangers par la grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur, j'ai parcouru en sûreté, sous l'égide de votre protection, tant de terres et de mers différentes ? Soyez toujours propice à vos serviteurs, et implorez en notre faveur le Seigneur tout-puissant : puissions-nous, par un effet de la grâce divine, après toutes les tempêtes, tant de la mer, que de ce siècle agité, nous fixer enfin, comme dans un port tranquille et sûr dans ce lieu où vos cendres reposent ! C'est ici le rivage où j'ai retiré et attaché mon vaisseau, où, assuré de votre protection, j'ai jeté l'ancre pour le reste de ma vie. "
In natali tertio : " Obtenez-nous pour ce jour-ci un temps serein et une paix que rien n'altère ; qu'il nous soit donné aussi de revoir encore d'autres fois ce beau jour, et de vous acquitter de même chaque année le tribut de nos vœux et de nos louanges, en mettant toujours le nom du Christ en tête de nos chants. C'est à nous occuper ainsi que nous trouvons notre bonheur : ô Félix, recevez ces vœux de vos clients, et recommandez-les Dieu, jusqu’à ce que, après de longues années toutes employées à vous servir, vous nous affranchissiez au temps marqué de la peine, si douce d'ailleurs, de vous acquitter ce tribut, et que prenant dans votre sein paternel les âmes de vos serviteurs, vous les présentiez vous-même au suprême tribunal. Demandez à ce maître souverain, dont la justice n'est pas moins redoutable que sa bonté ne nous inspire d'attraits, qu'il nous remette nos dettes en considération de vos mérites comme de la prière que vous lui en ferez :
dans ce jour p.337 fin p.338 début où, partie distingue du troupeau des justes, vous accompagnerez l'agneau siégeant sur son trône, obtenez de lui que, par un dernier effet de votre intercession, notre place soit à la droite parmi les brebis fidèles et non à la gauche avec les boucs maudits (passage en latin dans la version imprimée). "
In natali sexto : " Vous voyez ici un tombeau qui couvre les ossements d'un martyr, marbre silencieux où repose ce corps sacré.
Ainsi demeure-t-il en paix, dans l'attente non trompeuse du jour où il sera rappelé à la vie. D'où vient donc cette terreur qui règne tout à l'entour ! Qui met en mouvement tant de peuple ? Quelle est la main invisible qui pousse les démons et les amène malgré eux dans ce lieu ? Ils ont beau résister, jeter des cris de rage ; il leur faut venir jusqu'au tombeau du martyr, et s'y voir comme enchaînes à la pierre sacrée. . .
. . Le martyr vit toujours jusque dans ces ossements de mort : déposés dans le tombeau, mais non à tout jamais, ces restes précieux conservent une semence d'éternelle vie ; ils répandent autour d'eux l'odeur vivifiante de leur immortalité et sont dès maintenant un antidote efficace contre tous les maux. Quelle vertu et quelle gloire ne devons-nous pas penser qu'aura après la résurrection une matière douée déjà de cette puissance au sein de la mort ; et de quel éclat brilleront alors ces membres, qui, quoique réduits en cendres, brillent d'une si belle clarté ! Que n'avons-nous pas à en attendre p.338 fin p.339 début d'avantages pour le jour où ils seront glorifiés, s’ils nous en procurent déjà de tels dans l'humiliation du tombeau ! C'est un spectacle ravissant, en même temps qu'il présente les scènes les plus variées, que celui de tant de pèlerins qui viennent rendre hommage à ces cendres, et leur exposer chacun leurs besoins. Qu'il me plaît d’y voir accourir ces gens de la campagne, portant dans leurs bras leurs tendres enfants, quelquefois même traînant après eux de leurs bestiaux malades, et les recommandant au saint avec une pieuse liberté comme s'ils le voyaient de leurs yeux! Leur prière faite, ils se croient déjà exaucés et font d'avance leur action de grâces. Et de fait, il arrive souvent que ce bétail mené languissant au tombeau du martyr, y reprend sur le champ ses forces défaillantes et est ramené au bercail plein de vie et de vigueur (passage en latin dans la version imprimée). "
In natali octavo : " Accourons à l'envi à ce saint patron avec p.339 fin p.340 début la vive espérance d'en être exaucé ; qu'il reçoive avec un doux sourire nos supplications ; et pendant que nous célébrons pleins de joie sa naissance pour le ciel, lui de son côté il donnera à nos prières la valeur de ses propres mérites et compatira à nos besoins en retour de ce que nous le félicitons lui-même de son bonheur. C'est la coutume des saints d'implorer Dieu pour les pécheurs et d'offrir leurs mérites personnels en compensation des péchés des autres. . . . . O Saint chéri de Dieu, et qui êtes comme son bras droit, ô Félix soyez pour nous-même une tour puissante (passage en latin dans la version imprimée). "
Enfin, natali nono : " Nous implorons aussi, ô Félix, vos pères dans la foi. Oui, venez aussi à l'envi les uns des autres, vous tous qui habitez les jardins fortunés du Paradis céleste, ou qui reposez sous l'autel du divin agneau, chœur glorieux des apôtres et des patriarches, également distingués par le nombre consacré de douze, chefs les uns et les autres de peuples nombreux à enfanter pour le royaume du ciel. Je vous invoque aussi avec ardeur, saints prophètes qui avez prêché si longtemps à l'avance qu'un Dieu viendrait revêtu de notre chair ; tous vous êtes une race divine, qu'Abraham, Isaac et Jacob ont engendrée à Dieu de leur semence féconde, de laquelle sont sorties des peuples innombrables tant pour la terre que pour le ciel, les uns égalant en nombre le sable de la mer, les autres les astres du firmament. J'aime à croire que votre amour pour Félix vous a déterminé vous-même à venir prendre part ce jour de fête pour faire honneur à celui qui vous a imités par sa glorieuse confession (passage en latin dans la version imprimée). p.340 fin p.341 début
53. MAXIME, évêque de Turin, in natali sanctorum Taurinorum martyrum, Octavii, Adventitii et Solutoris : " Si nous devons célébrer dévotement la naissance pour le ciel de tous les saints martyrs, c'est pour nous un devoir tout spécial de solenniser particulièrement la fête de ceux d'entre eux qui ont versé leur sang dans notre contrée. Car bien que tous les saints favorisent tous les lieux de la terre de leur présence et de leur protection, nous devons croire à une intervention toute particulière de ceux de ces saints qui ont souffert le martyre spécialement pour nous. . . . . Nous devons honorer religieusement tous les martyrs, mais ceux-là surtout dont nous possédons les reliques. Car ils nous aident de leurs prières, ils nous aident aussi des mérites qu'ils nous ont acquis par l'effusion de leur sang. Ils sont en quelque façon de notre famille ; car ils ne nous quittent pas, ne nous abandonnent jamais ; ils nous protègent pendant la vie, et nous reçoivent au moment de notre mort : pendant la vie, pour nous préserver du péché. A la mort, pour que nous échappions à l'enfer. C'est pour cela que nos pères ont voulu que nous portions sur nous-même quelque partie de leurs ossements, afin que la frayeur qu'ils inspirent aux puissances infernales empêche celles-ci de nous attaquer, et que la lumière du Christ, dont ils sont tout investis, dissipe les ténèbres qui nous enveloppent nous-mêmes En ayant ainsi les saints martyrs pour compagnons au moment de la mort, nous échappons à l'enfer par l'application qui nous est faite de leurs mérites, pourvu toutefois que nous soyons aussi compagnons de leur sainteté. "
55. S. AUGUSTIN, quæst. CVIII in Exodum : " Dieu ordonne de recouvrir le voile du tabernacle avec des peaux de moutons teintes en rouge (Exod., XXVI, 14). Ces peaux de moutons teintes p.341 fin p.342 début en rouge, que représentent-elles, sinon le corps ensanglanté du Sauveur dans sa passion ? Elles figurent aussi les martyrs, dont les prières engagent Dieu à pardonner les péchés de son peuple. "
56. EUSEBE de Césarée, Lib. XIII de præparatione evangelicâ, c. 7 : " Voyons un peu ce que dit Platon de ceux qui sont morts en combattant vaillamment pour la défense de leur patrie. " Ne devons-nous pas, dit-il, considérer comme appartenant au siècle d'or ceux qui sont morts en défendant leur patrie avec courage ? Sans aucun doute. Nous en croirons donc volontiers Hésiode, qui dit que les hommes du siècle d'or, passant après leur mort à l'état de demi-dieux, préservent les hommes de bien des périls, et sont les protecteurs de tous les mortels ; et dorénavant nous les honorerons comme des dieux, et nous vénérerons leurs monuments. Nous rendrons de même honneur à tous ceux qui ont fait de belles actions pendant leur vie, quelque ait pu être d'ailleurs le genre de leur mort. C'est ce que nous-mêmes nous faisons tous les jours, en visitant les tombeaux de ceux que nous honorons comme les amis de Dieu, à cause de la fidélité avec laquelle ils l'ont servi ; et nous leur adressons des vœux comme à de saints personnages, dont nous faisons profession de croire que l’intercession peut nous être fort utile auprès de Dieu. " Nous avons emprunté ce passage à Platon, pour faire voir que ce philosophe, qui s'était instruit à l'école des savants Juifs, a parlé comme nous dans quelques-uns de ses écrits. "
57. S. JEROME, contra Vigilantium, c. II : " Les Gaules veulent bien supporter cet ennemi originairement sorti de leur soin ; cet homme dont la tête dérangée aurait besoin de tout l'art d'Hippocrate pour se rétablir, elles le voient siégeant dans leurs églises, et débitant entre autres blasphèmes des doctrines telles que celles-ci : Quelle nécessité y a-t-il d'honorer, d'adorer même ce je ne sais quoi que vous portez dans de petites fioles avec tant de respect ? ou telles que ces autres qu'on là encore dans le même livre : Pourquoi baiser en signe d'adoration cette poussière enveloppée dans des linges ? ou que les suivantes : Nous voyons des cérémonies à peu près païennes introduites sous prétexte de religion dans les églises, comme d'allumer des masses de cierges lorsque le soleil est encore sur l'horizon, et de baiser sans cesse en signe d'adoration je ne sais quels grains de poussières enveloppés de linges précieux ans de petits vases. Ces hommes font bien d'honneur aux saints martyrs, en croyant éclairer avec de viles bougies ceux que l'agneau qui est au milieu du trône p.342 fin p.343 début (Apoc., XXI, 23) éclaire de tout l'éclat de sa majesté ! - Qui jamais a prétendu qu'il faille décerner aux martyrs un culte d'adoration, transformer un homme en divinité ? Paul et Barnabé, indigné que les Lycaoniens, qui les prenaient pour Jupiter et pour Mercure, leur voulussent offrir des sacrifices, déchirèrent leurs habits, en répondant qu'ils n'étaient que des hommes.
Nos saints apôtres valaient mieux sans doute que des hommes morts il y avait tant de siècles ; mais ils se gardaient bien de permettre à des païens qui n'en savaient pas davantage, de leur déférer les honneurs qui appartiennent à Dieu seul. Ainsi Pierre se refusa-t-il aux hommages que Corneille voulait lui rendre, en lui disant : Levez-vous, car je ne suis qu'un homme comme vous (Act., X, 26). - A quoi bon, demande Vigilance, enfermer ce je ne sais quoi, ce je ne sais quelle poussière, ces restes enfin de nos martyrs dans de précieux ornements ? Aimerait-il mieux, ce Vigilance ou Dormitance, comme on voudra l'appeler, qu'on les enveloppât de haillons ou qu'on les jetât dans un cloaque, pour qu'il ne restât plus rien à honorer que lui-même ? Nous manquons donc au respect qui est dû à la Divinité quand nous entrons dans les basiliques des apôtres ? Les empereurs Constantin et Arcade auraient donc commis un acte sacrilège, lorsqu'ils ont fait porter, le premier, à Constantinople les reliques d'André, de Luc et de Timothée, auprès de qui rugissent les démons et ceux qui leur ressemblent ; le second, dans la Thrace, les ossements du prophète Samuel, cherchés au fond de la Judée ?
Tous les évêques du monde chrétien mériteraient le même reproche, et de plus graves encore, pour avoir porté sur leurs épaules les riches reliquaires où étaient contenus des restes ignobles et une poussière sans forme ? Il n'y avait donc qu'extravagance dans le concours de ces peuples venant, depuis la Palestine jusqu'à Chalcédoine, à la rencontre de ces saintes reliques, et dans les transports d'une allégresse égale à celle qu’eût produite la présence du saint prophète lui-même, si on l'eût vu en personne, et avec ces cantiques de louange qui, de toutes parts, s'adressaient à Jésus-Christ ? Ce n'était donc pas pour Jésus-Christ qu'étaient les adorations, mais pour Samuel, pour le prêtre et le prophète de Jésus-Christ ? Ce qui fonde votre blasphème, à vous, c'est que vous n'y voyez que des dépouilles mortes et inanimées. Détrompez-vous, il est écrit : Le Seigneur est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; il n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. S'ils vivent encore, ce ne sont pas des cadavres que nous emprisonnons dans de précieux sépulcres. "
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58. Ibidem, c. III : " Les disciples se récrièrent sur l'inutile profusion du parfum qui fût répandu sur les pieds de Jésus-Christ ; mais le Seigneur les en reprit. Ce n'est pas qu'il eût besoin de ce parfum, non plus que les martyrs de la lumière des cierges que nous brûlons devant leurs tombeaux ; mais cette sainte femme de l’Evangile ayant fait son action en l'honneur de Jésus-Christ, sa dévotion fût agréée, de même que ceux qui allument des cierges en l'honneur des martyrs en reçoivent la récompense, chacun selon le mérite de sa foi. Vigilance nous appelle des idolâtres. Oui, j'en conviens, tous tant que nous sommes aujourd'hui de chrétiens, nous sommes sortis du sein de l’idolâtrie, car nous ne naissons pas chrétiens, mais nous le devenons. Et parce que nous fûmes autrefois adorateurs d'idoles, il ne nous sera pas permis aujourd'hui de l'être du vrai Dieu, de peur d'avoir quelque chose de commun avec ceux-là ? Ce qui se faisait alors s'adressait aux idoles, et méritait par conséquent d’être détesté ; ce qui se fait aujourd'hui s'adresse aux martyrs, et en conséquence doit être approuvé au contraire. Et ne voit-on pas dans toutes les églises d'Orient allumer aussi des cierges à la lecture de l’Evangile, et cela en plein jour, non sans doute pour dissiper les ténèbres mais en témoignage d’allégresse ? Ainsi dans l’Evangile les vierges sages sont représentées avec leurs lampes toujours allumées (MATT., XXV, 7) ; ainsi est-il dit aux apôtres : Ceignez-vous les reins, et ayez dans vos mains des lampes ardentes (LUC, XII, 35). Il est dit de même de Jean-Baptiste : Il était une lampe ardente et luisante (JEAN, V, 35), la lumière matérielle étant comme le type qui représente cette lumière dont parlait le Psalmiste quand il disait (Ps. CXVIII, 105) : Votre parole est une lampe qui éclaire mes pieds, et une lumière qui me fait voir les sentiers où je dois marcher. Si nous sommes dans l'erreur, l'évêque de Rome a donc tort d'offrir au Seigneur l'auguste sacrifice sur les restes des saints apôtres Pierre et Paul, que, nous, nous estimons vénérables mais que, vous, vous n'appelez qu'une poussière vile et méprisable ? Il a tort de croire que leurs tombeaux sont dignes de servir d'autels à Jésus-Christ ? Ce que je dis de l’évêque de Rome, il faut le dire également de tous les évêques du monde. Ils ont tort de ne tenir aucun compte des réclamations de ce cabaretier qui s'appelle Vigilance, et de mettre le pied dans des églises qui n'ont pour habitants que des morts et que des restes inanimés, que je ne sais quelle vile cendre qu'on renferme, dites-vous, superstitieusement dans des linges, et qui, souillée elle-même, p.344 fin p.345 début ne peut que souiller ce dont on l'approche, comme ces sépulcres blanchis par dehors que nous signale l’Evangile, et qui en dedans ne renfermaient que corruption ? Et après cela vous osez dire, en vomissant de votre bouche ordurière d'impurs blasphèmes : " Est-ce donc que les âmes des martyrs sont attachées à leurs cendres, et qu'elles voltigent tout autour d'elles, de peur que, si elles s'éloignaient elles ne pussent entendre ceux qui viendraient les supplier ? " O monstre, qui mérite bien d'être donné en montre à tout l'univers ! Vous vous faites un jouet des reliques des martyrs, et, avec Eunomius auteur de cette même hérésie, vous accusez à ce sujet toutes les églises chrétiennes ; et la société de cet hérésiarque n'a rien à vos yeux qui puisse vous faire peur, ou vous détourner de fraterniser de langage avec lui, et de déblatérer comme lui contre l'Eglise entière ! Qui ne sait en effet que les partisans de cet hérésiarque s’abstiennent d'entrer dans les basiliques d'apôtres ou de martyrs, se réservant sans doute le seul Eunomius pour l'adorer à son tombeau ? "
59. Ibidem, c. 4 : " Il s'élève contre les prodiges et les miracles qui s'opèrent dans les basiliques de nos martyrs, et prétend que cela est bon pour les incrédules mais ne peut servir de rien pour les croyants ; comme s'il s'agissait de savoir pour qui ils s'opèrent et non pas plutôt par quelle vertu ils sont opérés. Vous n'avez point à m'objecter que ce sont des signes pour les infidèles mais à me répondre ou à m'expliquer comment ces signes ou ces prodiges peuvent avoir pour sujet une vile cendre ou je ne sais quelle poussière. Mais je sais, ô le plus misérable des hommes ! oui, je sais ce qui vous afflige, ce qui vous fait peur. L'esprit impur qui vous pousse à écrire vos impiétés, s’est vu plus d'une fois tourmenté par cette vile poussière. Aujourd'hui encore elle le poursuit et le confond ; et si vous n'en reconnaissez pas la puissance, d'autres savent bien la publier. A moins peut-être qu’à l'exemple du païen Porphyre et de l'impie Eunomius, il ne vous plaise d'attribuer ces miracles aux prestiges des démons, qui feraient semblant d'être tourmentés, et ne crieraient que par simagrée. Voici un conseil que j'ai à vous donner : c'est d'entrer dans quelqu'une de ces basiliques, et vous y trouverez enfin votre remède ; vous y verrez beaucoup de ceux qui vous ressemblent, et sans parler des cierges des martyrs qui vous déplaisent, vous vous sentirez brûler de flammes invisibles ; et vous serez bien forcé alors d'avouer ce que vous refusez de croire aujourd'hui. "
p.345 fin p.346 début
60. Le même, ad Riparium presbyterum adversus Vigilantium,
Epist. LIII : " Vous dites que celui qui, par antiphrase, s'appelle Vigilance, tandis qu'il devrait plutôt s'appeler Dormitance, ouvre de nouveau sa bouche fétide, et vomit ses saletés dégoûtantes contre les reliques des saints martyrs ; et que, quant à nous qui les honorons, il nous appelle cinéraires et idolâtres, comme rendant un culte aux ossements d'hommes morts. Le malheureux, il ne s'aperçoit pas qu'en tenant ce langage déplorable, il se conduit comme les Samaritains et les Juifs, qui regardent comme immondes les corps des morts, et comme souillés tous les vases qui se trouvent dans la même maison, s'attachant ainsi à la lettre qui tue, et non à l'esprit qui vivifie. Mais bien loin d'adorer les reliques des martyrs, nous ne rendons ce culte ni au soleil ni à la lune, ni aux anges, ni aux archanges, ni aux chérubins, ni aux séraphins, ni à rien de ce qui a un nom soit dans le siècle présent, soit dans le siècle futur, nous gardant bien de servir la créature au lieu du Créateur, qui est béni dans tous les siècles.
Mais nous honorons les reliques des martyrs, en adorant celui dont ils sont les martyrs. Nous honorons les serviteurs, afin que cet honneur revienne au maître qui a dit : Celui qui vous reçoit me reçoit (MATT., X, 40). Ainsi donc les reliques de Pierre et de Paul ne sont que choses immondes ? Et le corps de Moïse sera de même immonde, quoique le texte hébreu porte expressément qu'il fut inhumé par le Seigneur lui-même (Deut., XXXIV, 6). Et toutes les fois que nous entrons dans les basiliques d'apôtres, de prophètes ou de martyrs, nous ne vénérons autre chose que des temples d'idoles ? Et les cierges allumés devant leurs tombeaux ne sont que des marques d'idolâtrie ? Je dirai quelque chose de plus, qui va retomber sur la tête folle de cet auteur, et qui doit la guérir ou la renverser tout-à-fait, pour qu'il ne porte plus le trouble par tant de paroles sacrilèges dans l'esprit des simples. Le corps de Notre-Seigneur déposé en son tombeau (MARC, XVI, 1) était donc immonde ; et les anges vêtus de blanc qui le veillaient, ne veillaient autre chose qu'un cadavre impur, pour que, plusieurs siècles après, Dormitance vint à songer, ou plutôt à vomir les impures conceptions de son ivresse, et à détruire avec le persécuteur Julien les basiliques des saints, ou à les convertir en temples de faux dieux ? Si nous ne devons rendre aucun honneur aux reliques des martyrs, comment se fait-il donc que nous lisons : C'est une chose précieuse aux yeux du Seigneur que la mort de ses saints (Ps., CXV, 14) ?
p.346 fin p.347 début Si les ossements des morts souillent ceux qui les touchent, comment le cadavre d'Elisée a-t-il ressuscité un autre cadavre, (II Rois, XIII, 21), qui, suivant Vigilance, n'aurait en ce cas reçu la vie que d'un corps immonde ? Et toute l'armée et tout le peuple de Dieu était donc immonde, puisqu'ils portaient a travers le désert (Exod., XIII, 19) le corps de Joseph et ceux des autres patriarches ? Ce n'était apparemment que des cendres impures dont ils allaient doter la terre sainte (Jos., XXIV, 32) ? Et Joseph, ce type admirable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, n'était lui-même qu'un scélérat, lorsqu'il transportait en si grande pompe les ossements de Jacob jusqu’à Hébron, pour réunir ainsi le cadavre immonde de son père aux cadavres immondes de son aïeul et de son bisaïeul, des cendres à d’autres cendres ? O langue qui aurait besoin d'être amputée par les médecins ! ou pour mieux dire, ô tête folle qui attend sa guérison, et qui, puisqu'elle ne sait pas parler, apprendrait au moins par là à se taire ! Je dirai encore : les reliques des martyrs sont donc immondes ? Et pourquoi donc les apôtres se sont-ils donnés la peine de faire de si magnifiques funérailles à Etienne le premier des martyrs, et d'ordonner un si grand deuil à son occasion (Act., VIII, 2), pour que ce deuil fût ensuite changé en joie ? "
61. Le même, in caput LXV Isaiæ : " Il n'y a pas de sacrilège dont le peuple d'Israël ne se rendît coupable : offrant des sacrifices dans les jardins, brûlant de l'encens sur des briques, s'enfonçant dans les sépulcres, passant la nuit dans des temples d'idoles, ou se couchant sur les peaux des victimes immolées, en attendant que des songes vinssent découvrir l'avenir. Et la témérité de ce peuple était montée si haut, que si quelqu'un n'embrassait pas l'erreur commune, on le traitait bientôt d'immonde et on évitait tout commerce avec lui : ainsi les Samaritains et les Juifs en usent-ils avec nous ; ainsi tous les hérétiques, tels par exemple que ceux qui ont paru tout récemment dans les Gaules en prenant leurs leçons d'un cerveau dérangé, et qui, refusant de vénérer les basiliques des martyrs, nous fuient nous-mêmes comme des êtres immondes, parce que, conformément à l'antique usage, nous continuons à nous y rassembler pour la prière. Au surplus, ce sont moins eux qui font cela, que les démons dont ils sont possédés, et qui trouvent intolérables les tourments que leur cause la présence de ces cendres. "
62. Le second concile de Nicée, Actione VII, dans la définition même qu'il porta contre les iconoclastes : " Nous décidons, après p.347 fin p.348 début avoir examiné le plus mûrement possible la question, que les saintes images, soit d'ouvrage de peinture, soit de pièces de rapport, soit de tout autre matière convenable, doivent être exposées, comme la figure de la croix de Jésus-Christ dans les Eglises, sur les vases et les ornements sacrés sur les murailles et les planchers, dans les maisons et sur les chemins : nous parlons des images qui représentent notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, notre reine incomparable la très-sainte et très-pure mère de Dieu, les saints anges et tous les personnages vertueux et saints. Car, plus on les voit souvent dans leurs images, plus on est excité à se rappeler et à célébrer leur mémoire, et à leur donner des témoignages de vénération et d'amour, autres toutefois que le culte de latrie proprement dit que la foi nous prescrit, et qui ne peut avoir que Dieu pour objet. Mais on fera brûler l'encens et la cire devant ces images comme on le fait devant le signe salutaire de notre rédemption, devant les saints Evangiles et les autres objets sacrés, suivant la pieuse coutume pratiquée par les anciens : car l’honneur décerné à l'image passe à celui qu'elle représente, et le culte qu'on lui rend s'adresse à la personne même. Telle est la doctrine des saints Pères, et la tradition de l'Eglise catholique, soumise à l'Evangile d'une extrémité de la terre à une autre. Ainsi nous montrons-nous dociles au précepte de saint Paul, comme de tout le corps apostolique, et aux saintes instructions de nos pères en conservant religieusement les traditions que nous avons reçues (I Thess., II, 14). . . . . Ceux donc qui osent penser ou enseigner autrement, en abjurant à l'exemple des impies hérétiques, les traditions de l'Eglise ; en introduisant des nouveautés ; en proscrivant des objets dont l'Eglise a consacré l’usage, tels que l'Evangile, ou l'image de la croix, ou les tableaux de peinture, ou les saintes reliques des martyrs ; tout ceux enfin qui travaillent méchamment et criminellement à abolir, sur quelque point que ce soit, les légitimes traditions de l'Eglise catholique, ou qui traitent comme choses profanes les vases sacrés ou les saints monastères : nous ordonnons qu'ils soient déposés, s'ils sont évêque ou clercs, ou excommuniés, s'ils sont moines ou laïques (LABB., Conc. VII, col. 555-558). " Dans ce même concile, Actione III, on lut la lettre des évêques d'Orient à Taraise, archevêque de Constantinople, que le concile tout entier approuva, et qui contenait le passage suivant (Ce passage ne fait pas partie de la lettre des évêques d'Orient dont parle Canisius, mais bien de la profession synodique de Théodore, patriarche de Jérusalem, qui fut lue également et approuvée par le concile dans cette même session, à la suite de la lettre des évêques d'orient.) : " Nous recevons avec p.348 fin p.349 début soumission et respect les traditions apostoliques conservées dans l’Eglise, et qui prescrivent la vénération et le culte des saints. Nous honorons ceux-ci comme les ministres, les amis et les enfants de Dieu. Car l'honneur rendu par des serviteurs de Dieu à d'autres fidèles serviteurs de Dieu, ne prouve que la communauté de leurs sentiments envers leur commun maître. Les saints, en effet, sont la demeure vivante de Dieu, ses temples sacrés, des miroirs sans tache de l'Esprit-Saint. Leurs âmes sont entre les mains de Dieu, comme le témoignent nos livres sacrés (Sag., III, 1).
Et puisque Dieu est vie et lumière les saints, qui sont entre les mains de Dieu, sont par là-même au sein de la vie et de la lumière. Aussi est-ce une chose précieuse aux yeux du Seigneur, que la mort de ses saints (Ps. CXV, 14). Ils sont vivants devant Dieu, et paraissent avec confiance en sa présence. Notre-Seigneur Jésus-Christ nous offre les reliques des saints, comme autant de fontaines salutaires où les malades recouvrent la santé et d'où s'exhale un parfum délicieux qui met les démons en fuite : et, comme le dit le grand maître Athanase, les ossements des martyrs chassent les maladies, réparent les forces épuisés, rendent la vue aux aveugles, purifient les lépreux, dissipent les tentations et les chagrins ; et cela par Jésus-Christ, qui les pénètre de sa vertu. C'est ce qui a fait dire avec raison au Psalmiste : Dieu est admirable dans ses saints (Ps. LXVII, 36) ; et encore (Ps. XV, 3) : Il a fait paraître d'une manière admirable toutes ses (Le texte sacré porterait plutôt toutes mes volontés ; mais j'ai cru devoir rapporter exactement cette citation du psaume XV, telle qu'elle se trouve dans la lettre même de Théodore de Jérusalem (LABBE, Conc., VII, col. 183-184) volontés à l'égard des saints qui sont dans sa terre de prédilection. "