Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 68)
40. S. GREGOIRE de Nysse, in Oratione catecheticâ quæ dicitur magna, c. 37 : " Nous cherchions à nous expliquer comment le corps de Jésus-Christ contenu dans ce sacrement peut vivifier tous ceux qui ont la foi, et, à qui il est distribué sans diminution de lui-même, quelque grand que soit le nombre de ceux qui y participent. Peut-être ne sommes-nous pas loin de la vérité en répondant que l'homme ne subsiste qu'au moyen des aliments, c'est-à-dire du manger et du boire ; que ce qui constitue le manger c'est principalement le pain, et que le vin et l'eau constituent le boire. Or, le Verbe de Dieu, qui est Dieu, comme nous l'avons dit, s'étant uni la nature humaine, n'a pas prétendu changer notre nature ; mais il a voulu que son corps se soutînt par les mêmes moyens que les nôtres, c'est-à-dire par le manger et par le boire. Le manger, c'est le pain. De même donc que par rapport à nous, comme nous l'avons déjà dit plus d'une fois, en voyant le pain, on voit en quelque façon le corps de l'homme, puisque ce pain, pris une fois comme aliment, s'identifie avec le corps ; ainsi (M. Labbesse (Chefs d’œuvre, t. X, p.190) a traduit autrement ce passage, et fait dire à saint Grégoire : " De même celui qui a reçu le Seigneur en recevant le pain est devenu semblable à lui. " Ce qui nous paraît être un véritable contresens, qu’on pourra trouver suivi même de plusieurs autres) le corps que Dieu s'est uni, du moment où il s'était nourri de pain, devenait en quelque sorte la substance de ce pain, qui, comme je l'ai dit, devenait lui-même une même chose avec son corps. Car le corps de Jésus-Christ devait avoir toutes les propriétés communes à nos corps, et par conséquent celle aussi de trouver dans le pain son aliment. Mais ce corps, étant d'ailleurs uni au Verbe, se trouvait élevé à la dignité divine.
J'ai donc raison de penser que maintenant encore le pain sanctifié par la parole de Dieu (Dei verbo) est changé (transmutari)
dans le corps du Verbe de Dieu (in Dei verbi corpus). Car le pain contenait virtuellement ce corps même. Mais il a été sanctifié par la présence du Verbe, qui est venu habiter dans la chair comme dans son temple. Puis donc que le pain transsubstantié (transmutatus) en ce corps s'est trouvé divinisé par là-même, un fait semblable doit reproduire de semblables consé- p.342 fin p.343 début quences. Car, comme alors la grâce du Verbe a sanctifié le corps qu'il s'était uni, et dont la substance, alimentée par le pain, était pain en quelque façon ; de même ici le pain, comme dit l'Apôtre (I Tim., IV, 5), est sanctifié par la parole de Dieu (Dei verbo) et par la prière et devient le corps du Verbe (corpus Verbi), non plus, il est vrai, par voie d'alimentation, mais, comme je viens de le dire, par l'effet de la parole qui le transsubstantie (a verbo transmutatus), à savoir par la vertu de ces paroles : Ceci est mon corps. De plus, comme pour entretenir la chair de l'homme dans un état de vie, il faut qu'il s'y mêle des humeurs, dans lesquelles notre organisation terrestre ne pourrait se conserver, c'est pour cela que si, d'une part, nous assurons l'existence à notre corps par une nourriture substantielle, nous fournissons de l'autre aux humeurs un principe de même nature qu'elles, qui, mêlé à notre substance, se décompose et devient du sang, surtout si le vin y ajoute sa chaleur. La chair que Dieu s'est unie devait aussi en ce point ressembler à la nôtre ; et puisque le Verbe s'est fait homme pour diviniser notre humanité en lui communiquant sa divinité même, il rend par l'effet de sa grâce tous les fidèles participants de sa chair en s'unissant à leurs corps, dont l'aliment ordinaire est le pain et le vin, afin que leur union avec sa substance immortelle les rende immortels eux-mêmes. Et telle est la vertu des paroles de bénédiction par lesquelles les symboles sacrés sont transsubstantiés au corps de Jésus-Christ (in ilud transelementatâ eorum quæ apparent naturâ).
"
III de sacramento Eucharistiæ adversùs Berengarium, après avoir réfuté ceux qui nient la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, ajoute : " Cela soit dit contre les partisans du sens figuré. Maintenant il s'agit pour nous de combattre ces autres adversaires qui, cédant à la force de la vérité, sont forcés d'avouer que la substance du corps de Notre-Seigneur est réellement présente dans l'Eucharistie, mais qui refusent en même temps de croire que le pain et le vin sont changés par la vertu des paroles du Sauveur dans son corps et dans son sang, et qui mêlant ainsi à la substance du corps de Jésus-Christ la substance du pain et du vin, ont par leurs subtilités formé une nouvelle hérésie.
Je les appelle autres que les premiers, à cause de cette autre erreur, quoiqu’au fond ils ne s'en distinguent guère. Car premièrement, autant qu'ils le peuvent et qu'ils trouvent de gens disposés à les entendre, ils s'attachent à soutenir que le sacre- p.343 fin p.344 début ment ne contient rien de la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Mais cette position, comme nous l'avons dit, ne leur paraissant bientôt plus tenable, ils aiment mieux avoir recours à cette autre impiété, que de partager humblement une même croyance avec le commun des fidèles. " Guitmond répond à leurs raisons, puis il dit : " Ces raisons étant de nulle valeur, et nos adversaires n'en ayant point d'autres à nous opposer, quelle folle prétention ont-ils donc d'impaner, pour ainsi dire, et d'inviner (impanent et invinent) Jésus-Christ de leur autorité privée ? Que le Christ se soit incarné, à la bonne heure ; c'est ce que requérait le dessein qu'il s'était proposé de nous racheter : les prophètes l'avaient prédit, lui-même l'a montré par le fait, les apôtres en ont fait le sujet de leur prédication, et le monde s'est soumis à le croire. Mais que le Christ s'impane ou s'invine, c'est, comme je l'ai dit, ce qu'aucune raison n'oblige d'affirmer, ce que les prophètes n'ont point prédit ce que le Christ n'a montré par aucun fait, ce que les apôtres n'ont point prêché, ce que le monde enfin n'a point cru, jusqu'ici, sauf le très-petit nombre de ces hérétiques D'où leur est donc venu cette funeste erreur ? Le monde entier s'accorde à dire : De même que l'âme raisonnable et la chair unies ensemble font un seul et même homme, de même Dieu et l'homme unis ensemble font un seul et même Christ. Personne n'ose dire : De même Dieu et l'homme, et le pain et le vin unis ensemble, font un seul et même Christ. D'où leur vient donc cette manie d'impanation (companatio) ? Le savant archevêque produit ensuite plusieurs témoignages des Pères qui prouvent le changement du pain dans le corps de Jésus-Christ et du vin dans son sang, et il ajoute : " Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même a tué d'avance ces impanateurs du souffle de sa bouche, lorsque prenant le pain entre ses mains, il le bénit après avoir rendu grâces, et dit ces paroles : Ceci est mon corps. Il ne dit pas : Dans ceci est caché mon corps ; il ne dit pas : Dans ce vin est caché mon sang ; mais il dit :
Ceci est mon sang, etc. Pour moi, plus je réfléchis sur cette idée d'impanation, plus je me trouve dans l'impuissance d'exprimer 1’étonnement, et tout à la fois l'indignation que j'éprouve à la vue de la sotte témérité de ces hommes, et de leur folle présomption. Car d'opposer des raisons humaines à l'autorité divine, c'est déjà folie ; mais c'est bien plus extravagant de résister à cette souveraine autorité sans raison quelconque. Mais de plus, aboyer sans relâche contre Dieu, sans avoir de raisons à son appui et en les p.344 fin p.345 début ayant toutes contre soi, c'est extravaguer au-delà de tout ce qu'il est possible de dire. Surpassant en perversité les plus pervers, ils font tant, que les partisans du sens figuré sont justifiés à nos yeux, si nous osons le dire, en comparaison d'eux-mêmes. Car les premiers ne pouvant s'élever au-dessus du rapport de leurs sens, semblent ne s'être trompés que par faiblesse en quelque sorte ; au lieu que ces derniers ne pouvant justifier leur erreur ni par le témoignage de leurs sens, ni par la raison, ni par l'autorité de l’Ecriture, paraissent obéir uniquement à l'orgueil le plus présomptueux, le plus extravagant, lorsque, malgré tous les témoignages de la nature, dont ils prétendent cependant avec tant de chaleur défendre les droits (car on ne peut concevoir naturellement comment dans un corps solide, tel que le pain, pourrait se cacher un autre corps solide), malgré tous les témoignage de nos livres saints, et n'ayant en laveur de leur opinion ni témoignage des Pères, ni oracles divins, ni miracles à faire valoir, ils n'en persistent pas moins dans leur aveugle opiniâtreté à combattre la foi catholique si solidement défendue, sans doute pour s'épargner la confusion de paraître vaincus par elle. "
Question V
Le sacrement de l’Eucharistie doit-il être pour nous un objet de culte et d’adoration ?
La religion demande particulièrement de nous que nous rendions un culte convenable à celui que nous croyons présent dans l'Eucharistie, c'est-à-dire le culte que des créatures doivent à leur créateur, des sujets à leur maître, des esclaves affranchis à leur rédempteur souverain.
L'Ecriture nous intime ce devoir en ces termes : Que tous les anges de Dieu l'adorent. . . . Tous les rois de la terre l'adoreront, tous les peuples lui seront assujettis. Ailleurs le prophète divinement inspiré, contemplant en esprit ce sacrement, et tout ce qu'il présente de grand au cœur de l'homme, ne se contente pas de dire : Les pauvres mangeront, et ils seront rassasiés, et ils loueront le Seigneur ; mais il ajoute : Toutes les familles des nations seront dans l'adoration en sa présence ; et encore : Tous ceux qui se sont engraissés des biens de la terre ont mangé et ont adoré. On applaudit aux mages, et aux autres dont il est parlé dans l’Evangile, qui ont rendu les honneurs divins à Jésus-Christ p.345 fin p.346 début encore revêtu d'une chair mortelle, en se prosternant devant lui et en l'adorant. Or, c'est ce même Jésus-Christ qui s'offre maintenant à nous dans l'Eucharistie, non plus dans son état de mortalité, mais dans un état d'immortalité environné de gloire et au plus haut degré de puissance. C'est donc à bien juste titre que nous témoignons de notre foi par notre maintien et nos sentiments religieux, en rendant à cette souveraine majesté nos devoirs de soumission et de reconnaissance, et en nous adressant à elle avec le juste sentiment de notre dépendance comme de nos besoins.
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
2. Apocalypse, XIV, 7 : " Adorez celui qui a fait le ciel et la terre, et la mer, et tout ce qu'ils contiennent, et les sources des eaux. "
4. Hébreux, I, 6 : " Et lorsqu'il introduit de nouveau son premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent. "
7. Psaume XXI, 27-29 : " Les pauvres mangeront et ils seront rassasiés, et ceux qui cherchent le Seigneur le loueront, etc. - p.346 fin p.347 début Et tous les divers peuples des nations seront dans l'adoration en sa présence. "
8. MATTHIEU, II, 11 : " Et en entrant dans la maison, ils trouvèrent l'enfant avec Marie sa mère ; et se prosternant ils l'adorèrent. "
10. MATTHIEU, XIV, 33 : " Alors ceux qui étaient dans la barque, s'approchant de lui, l'adorèrent en lui disant : Vous êtes vraiment le Fils de Dieu. "
12. Ibidem, XXVIII, 16-17 : " Cependant les onze disciples s'en allèrent en Galilée sur la montagne que Jésus leur avait indiquée. - Et le voyant, ils l'adorèrent. "
13. LUC, XXIV, 51-52 : " Et il s'enleva au ciel. - Pour eux, après l'avoir adoré, ils s s'en retournèrent à Jérusalem tout remplis de joie. "
14. Romains, VI, 9 : " Jésus-Christ étant ressuscité d'entre les morts ne mourra plus, et la mort n'aura plus d'empire sur lui. "
15. Psaume XCIV, 1, 3-5 : " Venez, réjouissons-nous devant le Seigneur… - Parce que le Seigneur est le grand Dieu, et le grand roi au-dessus de tous les dieux ; - parce que la terre dans toute son étendue est en sa main, et que les hautes montagnes lui appartiennent ; - parce que la mer est à lui, etc. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AUGUSTIN, in Ps. XCVIII, sur ces paroles
: Adorez l'escabeau de ses pieds, parce qu'il est saint : " Qu'avons-nous à adorer ? L'escabeau de ses pieds. Ce que les latins ont appelé scabellum, escabeau ; d'autres suppedaneum, c'est-à-dire marchepied, ou ce qu'on met sous les pieds. Mais considérez, mes frères, ce qu'il nous est ordonné d'adorer ici. Ailleurs 1'Ecriture dit (ISAIE, LXVI, 4) : Le ciel est ma demeure, et la terre n'est que l'escabeau de mes pieds. Est-ce donc la terre qu'elle nous ordonne d'adorer, puisqu'elle dit que c'est là l'escabeau des pieds de Dieu ? Et comment nous sera-t-il permis d'adorer la terre, lorsque d'un autre côté l’Ecriture nous dit ouvertement : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu (MATTH., IV; Deut., VI) ? Et maintenant c'est l'escabeau des pieds de Dieu que nous devons adorer ? Et par cet escabeau, il faut entendre la p.347 fin p.348 début terre ? Je ne sais quel parti prendre : d'un côté, je n'ose adorer la terre, de peur d'entendre ma condamnation sortir de la bouche de celui qui a fait le ciel et la terre. De l'autre, je n'ose me refuser à adorer l'escabeau des pieds de mon Dieu, puisque le Psalmiste nous crie : Adorez l'escabeau de ses pieds. Je veux savoir quel est l'escabeau de ses pieds, et l'Ecriture me répète : La terre est l'escabeau de mes pieds. Dans ma perplexité je m'adresse à Jésus-Christ, puisque c'est lui que je cherche dans toute celle étude, et je trouve le moyen de pouvoir sans impiété adorer la terre, ou le marchepied de Dieu. Car c'est de la terre qu'il a pris le corps dont il a daigné se revêtir, puisque la chair vient de la terre, et que c'est de la chair de la chaste Marie qu'il a pris son corps. Et puisqu'il a vécu ici-bas revêtu de cette chair, et qu'il nous la donne en aliment pour notre salut, comme d'ailleurs personne ne prend cet aliment divin sans l'avoir préalablement adoré, nous savons maintenant comment il se fait qu'on adore cet escabeau de ses pieds, en sorte que non-seulement nous ne péchons pas en l'adorant, mais que nous pécherions même si nous ne l'adorions pas. Mais est-ce la chair qui vivifie ? Notre-Seigneur nous a dit lui-même, tout en nous recommandant l'ouvrage de terre dont il s'agit : C'est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. C'est pourquoi, lorsque vous vous inclinez et vous prosternez devant tel ou tel ouvrage de terre, considérez bien moins la terre elle-même, que le Saint par excellence qui a pour escabeau de ses pieds ce que vous adorez ; c'est pour cela que le Psalmiste a su ajouter : Adorez l'escabeau de ses pieds, parce qu'il est saint. "
2. S. AMBROISE, Lib. III de Spiritu Sancto, c.
12 : " Quel est donc cet escabeau qui est sous les pieds du Seigneur ? Car nous lisons ailleurs ces paroles : Le ciel est mon trône, et la terre est l’escabeau qui est sous mes pieds. Or, nous ne devons pas adorer la terre, parce que ce n'est qu'une créature. " Voyons néanmoins si la terre que le prophète veut que nous adorions ne serait pas cette terre dont le Seigneur Jésus s'est revêtu dans son incarnation. Il faut donc entendre la terre par cet escabeau dont parle le Prophète, et par cette terre la chair de Jésus-Christ, laquelle nous adorons aussi aujourd'hui dans les saints mystères, et que les apôtres adorèrent autrefois en sa personne ; car Jésus-Christ n'est point divisé : Jésus-Christ est indivisible, il est un ; et quand nous l'adorons comme Fils de Dieu, nous ne méconnaissons pas en lui sa qualité de fils de Marie. " p.348 fin p.349 début
3. Le concile de Trente, sess. XVIII, chapitre 5 : " Il ne reste donc aucun lieu de douter que tous les fidèles selon la coutume reçue de tout temps en l'Eglise catholique, ne soient obligés d'honorer le très-saint sacrement du culte de latrie qui est dû au vrai Dieu. Car, quoiqu'il ait été institue par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour être pris et reçu par les fidèles, on ne doit pas moins l'adorer, puisque nous y croyons présent le même Dieu, de qui le Père éternel en l'introduisant dans le monde, a dit : Et que tous les anges de Dieu l'adorent (Ps. XCVI) ; le même que les mages, se prosternant en terre, ont adoré ; le même enfin que l’Ecriture témoigne avoir été adoré par les apôtres en Galilée. Le saint concile déclare de plus que la coutume a été très-saintement et très-pieusement introduite dans l’Eglise, de destiner tous les ans un certain jour et une fête particulière pour rendre honneur à cet auguste et adorable sacrement avec une vénération et une solennité particulières et pour le porter en procession avec respect et avec pompe par les rues et les places publiques ; car il est bien juste qu'il y ait certains jours de fête établis auxquels tous les chrétiens puissent, par quelque démonstration solennelle et extraordinaire de respect, témoigner leur gratitude et leur reconnaissance envers leur commun Maître et Rédempteur, pour un bienfait si ineffable et si divin, par lequel la victoire et le triomphe de sa mort sont rappelés à notre mémoire.
Et d’ailleurs, il est nécessaire aussi que la vérité victorieuse triomphe ainsi du mensonge et de l'hérésie, afin que ses adversaires, à la vue d'un si grand éclat et au milieu d'une si grande joie de toute l'Eglise, ou perdent tout courage et sèchent de dépit, ou que touchés de honte et de confusion, ils viennent enfin à se reconnaître. "
4. Même session, canon 6 : " Si quelqu'un dit que
Jésus-Christ fils unique de Dieu, ne doit pas être adoré au saint sacrement de l'Eucharistie d'un culte de latrie, même extérieur ; et que par conséquent il ne faut pas non plus l'honorer d'une fête solennelle et particulière, ni le porter avec pompe et appareil aux processions, selon la louable coutume et l'usage universel de la sainte Eglise, ou qu'il ne faut pas l'exposer publiquement au peuple pour le faire adorer, et que ceux qui l'adorent sont idolâtres : qu'il soit anathème. "
5. PIERRE le Vénérable, abbé de Cluny,
Lib. I, epist. 2 : " Mais vous insistez encore, et vous dites : Je veux que la chair de Jésus-Christ ait été donnée aux hommes pour qu'ils la vénèrent p.349 fin p.350 début et l'adorent avec toute sorte de respect dans tous les siècles ; mais pourquoi la leur donner aussi pour qu'ils la mangent ? Car il est évident pour tous les fidèles qu'on doit l'honorer et l'adorer. . . . Jésus-Christ donne clairement sa chair aux hommes, il leur donne son sang, non pas seulement pour être l'objet de leur respect et de leurs adorations, mais aussi pour leur servir d'aliment et de breuvage. "
6. EUTHYME, in Ps. XXI : Les pauvres mangeront, et seront rassasiés, etc. " Les pauvres, ce sont tous les vrais chrétiens, ceux du moins qui se nourrissent de l'aliment spirituel de la doctrine évangélique, véritable nourriture et véritable soutien de l'âme. Ou bien cela veut dire : Les fidèles mangeront le corps du Sauveur, et boiront son sang et ils seront rassasiés, remplis qu'ils seront de l'Esprit-Saint, et ils célébreront par des hymnes dans ce festin sacre les louanges de Dieu. De sorte que ce verset contient une prédiction, non-seulement de la prédication de l'Evangile, mais encore de l'établissement de ce banquet mystique et sacramentel. Leurs cœurs vivront dans les siècles des siècles. Le Seigneur dit en effet dans 1'Evangile : Je suis le pain de vie ; et : Celui qui mangera de ce pain vivra éternellement, savoir, s'il observe en même temps les commandements du divin maître. Par le cœur, l'écrivain sacré entend ici tout l'homme, parce que dans tout être vivant c'est le cœur qui est comme le foyer de la vie. C'est comme si le Psalmiste disait : Ils mourront, il est vrai, mais ils ressusciteront pour la vie éternelle. "
7. EUSEBE, in Catenâ doctorum græcorum in Psalmos, sur le même verset : " Il dit premièrement : Ils mangeront ; bientôt après il dit : Tous ceux qui se sont engraissés des biens de la terre ont mangé et ils ont été rassasiés. Après avoir mangé, ils sont appelés gras, pingues ; avant qu'ils mangeassent de ce repas auquel ils étaient tous invités, ils étaient appelés pauvres. Mais quel est le fruit à recueillir de cette action? Leurs cœurs vivront dans les siècles des siècles ; car le pain de vie qu'il nous donne produit l'immortalité et la vie éternelle. Il dit en effet : Je suis le pain de vie, qui est descendu du ciel, et qui donne la vie éternelle. Et encore : Si quelqu'un mange de mon pain, il vivra éternellement, etc. Vous voyez comme tout s'accorde dans ce psaume : Les pauvres mangeront, et ils seront rassasiés et leurs cœurs vivront dans les siècles des siècles. "
8. S. AUGUSTIN, in Ps. XXI, expositione I : " Les riches de la terre ont aussi mangé le corps que leur Dieu a bien voulu p.350 fin p.351 début prendre ; et s'ils n'ont pas été rassasiés comme les pauvres jusqu’à être amenés à l'imiter (dans son renoncement à tout), ils l'ont adoré du moins. "
9. Le même, Epist. CXX ad Honoratum, c. 24
: " J'acquitterai mes vœux à la vue de ceux qui le craignent. Par ses vœux il entend le sacrifice de son corps, qui est le sacrement des fidèles. C'est pourquoi, après avoir dit : J'acquitterai mes vœux à la vue de ceux qui le craignent, il ajoute aussitôt : Les pauvres mangeront, et ils seront rassasiés ; car ils seront rassasiés du pain descendu du ciel, si, s'attachant à sa doctrine, et vivant dans sa paix et son amour, ils imitent son humilité. Les apôtres ont été particulièrement pauvres de cette manière, et rassasiés aussi plus que tous les autres. "
10. Ibidem, c. 27 : " Tous les riches de la terre ont mangé et ont adoré. Par les riches de la terre nous devons entendre les orgueilleux, si c'est avec justesse que nous entendrons tout-à-l'heure par pauvres les humbles, de qui le Seigneur a dit dans l'Evangile : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est a eux. Car ce n'est pas sans motif que le Psalmiste les a distingués les uns des autres, en disant premièrement des pauvres : Les pauvres mangeront et seront rassasiés ; puis des riches : Tous ceux qui sont engraissés des biens de la terre ont mangé et ont adoré. En effet, eux aussi ont été attiré à la table de Jésus-Christ et participent à son corps et à son sang ; mais ils adorent seulement sans être rassasiés parce qu'ils ne vont pas jusqu’à l'imitation. Car tout en mangeant celui qui s'est fait pauvre pour l'amour de nous, ils dédaignent d'être pauvres eux-mêmes, quoique Jésus-Christ ait souffert en nous laissant son exemple pour que nous suivions ses traces (I PIERRE., II, 21). Mais, parce qu'il s'est humilié lui-même en se rendant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix, les riches dédaignent et refusent de s'abaisser de même, par crainte, il est vrai, plutôt que par grandeur d'âme, et par conséquent par infirmité, plutôt que par preuve de leur force. Mais comme Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, de sorte qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers (Phil., II, 9), les riches frappés de sa gloire et de sa renommée répandue dans tout l'univers viennent eux-mêmes à la table mystique, mangent et adorent, mais sans être rassasiés parce qu'ils n'ont pas faim et soif de la justice. "
p.351 fin p.352 début
11. S. CHRYSOSTOME, Homil. XXIV in Epist. I ad Corinthios
(Cf. Opera. S. Joan. Chrysost., t. X, p.218, édit. de Montfaucon ; p.255, édit. de Gaume) : " C'est ce corps qu'ont révéré les mages en le voyant couché dans la crèche. Ces hommes de pays barbares et infidèles ont abandonné pour cela leur patrie, leurs foyers, ont entrepris un long voyage, et arrivés au pied du divin enfant, ils l'ont adoré avec crainte et tremblement. Imitons donc au moins ces barbares, nous qui sommes citoyens des cieux. Eux, ils n'avaient devant les yeux qu'une crèche et une pauvre chaumière, rien de cet appareil qui vous apparaît maintenant, et ils se sont approchés avec beaucoup de respect ; vous, vous le voyez non dans la crèche, mais sur l'autel ; ce n'est pas une femme qui le tient, c'est un pontife qui le sert, c'est l'Esprit-Saint qui répand ses grâces avec abondance sur ses symboles sacrés. Vous ne voyez pas simplement son corps, comme ces sages de la gentilité ; mais vous savez sa puissance, tout le détail de sa mission divine, vous n'ignorez rien des mystères qu'il a accomplis, vous avez été instruits exactement de tout. Réveillons donc notre foi et nos sentiments de respect, et montrons encore plus de piété que ces barbares, de peur qu'en approchant témérairement, et comme pour une action profane, nous n'amassions des charbons de feu sur nos têtes. Je dis cela, non pour vous défendre d'approcher, mais pour que vous n'approchiez pas témérairement. "
12. Le même, in Matth., hom. VIII (Cf. Opera.
S. Joan. Chrysost., t. VII, p.111-114, édit. de Montfaucon ;
p.129-132, édit. de Gaume) : " Suivons donc, nous aussi, les mages…, et empressons-nous d'aller à Jésus : quand même tout le monde en serait troublé, courons nous autres à la demeure de l'enfant ; quand même les rois, quand même les peuples, quand même les tyrans voudraient nous intercepter le chemin, ne négligeons rien pour satisfaire notre désir. C'est par une telle résolution que nous triompherons de tous les dangers. Les mages eux-mêmes, s'ils n'avaient pas vu l'enfant, n'auraient pas échappé au piège que leur tendait le roi des Juifs. Avant qu'ils fussent parvenus à la crèche, les frayeurs, les périls, les troubles les assaillaient de toutes parts ; mais dès qu'une fois ils eurent adoré l'enfant, ils jouirent du calme et de la sécurité ; devenus pontifes par le fait même de l'hommage religieux qu'ils viennent de rendre, ou de l'offrande qu'ils p.352 fin p.353 début viennent de faire, ce n'est plus une étoile, c'est un ange qui désormais leur sert de guide. Vous donc aussi, laissant là le peuple juif, la ville tout entière jetée dans le trouble, le tyran sanguinaire, la vaine pompe du siècle, hâtez-vous d'arriver à Bethléhem où se trouve la maison du pain mystique (Bethléhem, d’après son origine hébraïque, veut dire maison de pain). Fussiez vous simple berger, entrez toujours, et vous verrez l'enfant dans la crèche. Fussiez-vous roi, si vous n'entriez pas, votre pourpre ne vous servirait de rien ; fussiez-vous mage, que cela ne vous empêche pas d'entrer, pourvu que vous veniez pour vénérer et adorer, et non pour fouler aux pieds le Fils de Dieu ; que vous vous acquittiez de ce devoir avec crainte en même temps qu'avec joie : car ces deux sentiments peuvent s'allier ensemble. Mais prenez garde de ressembler à Hérode et de dire comme lui : Pour que j’aille aussi l'adorer moi-même, tout en méditant le projet de le faire mourir. Car c'est à ce roi impie que ressemblent ceux qui s'approchent indignement des saints mystères, puisque l'Apôtre a dit (I Cor., XI, 27) : Celui qui mange et qui boit indignement, devient coupable du corps et du sang du Sauveur. En effet, les gens de ce caractère portent en eux-mêmes un tyran qui envie au Christ sa royauté, un tyran qui s'appelle Mammon, et qui est plus injuste même que le roi Hérode. Car pour se saisir de Jésus il envoie ceux qu'il a à son service, et qui, s'approchant en apparence pour l'adorer, l'égorgent dans l'acte même de l'adoration.
Craignons donc aussi de n'avoir que le maintien de suppliants et d'adorateurs, et de nous montrer tout autres dans la réalité. Pour l'adorer, faisons le sacrifice de tout. Si c'est de l'or que nous avons entre les mains, faisons-lui-en l'offrande, au lieu de l'enfouir, comme font les avares. Car si alors ces étrangers lui offrirent leur or simplement par honneur, que dira-t-on de vous si vous refusez le vôtre même à son besoin ? S'ils ont fait un si long voyage pour jouir de la vue de Jésus nouveau-né quelle excuse pourrez-vous avoir en refusant de faire seulement un pas vers un village voisin, pour le visiter dans la maladie ou dans la prison ? Eh quoi ! nous avons compassion de nos ennemis mêmes lorsque nous les voyons dans la peine ou dans la captivité ; et vous, vous seriez sans pitié pour votre bienfaiteur et votre maître ? Les mages ont offert leur or ; et vous, vous lui refuseriez votre pain ? Ils furent remplis de joie p.353 fin p.354 début en revoyant l'étoile ; et vous, vous resteriez insensible à la vue de Jésus-Christ pauvre et nu ? Eh! qui de vous, après avoir reçu de lui mille bienfaits, a entrepris pour lui un voyage lointain, comme l'ont fait ces barbares, je me trompe, ces philosophes sages entre tous les philosophes du monde ? Eh! qu'ai-je à parler d'un voyage lointain ? Il y a parmi vous des femmes d'une telle mollesse, qu'elles ne feraient pas le trajet le plus court pour le visiter dans sa crèche mystique, à moins de s'y faire porter sur des mules. D'autres, qui ne craindraient pas de faire la route, préfèrent à ce pèlerinage, les uns le tracas des affaires séculières, les autres les spectacles des théâtres mondains. Enfin ces barbares n'avaient pas encore vu Jésus-Christ et quoiqu'ils ne le connussent pas, ils n'en firent pas moins pour lui un si long voyage ; et vous qui le connaissez, vous ne les imitez pas, mais vous dédaignez de retourner le voir, et vous lui préférez un comédien… Vous laissez Jésus-Christ que vous voyez dans la crèche pour aller voir des femmes sur le théâtre. Quels châtiments ne méritent pas de si indignes procédés ? Car, dites-moi, si quelqu'un vous promettait de vous introduire dans le palais impérial et de vous y faire voir l'empereur assis sur son trône, préféreriez-vous ce spectacle celui du théâtre ? Et pourtant la vue du trône impérial ne vous rendrait ni plus puissant ni plus riche. Ici au contraire, et de ce banquet sacrée coule pour vous une source spirituelle de feu purifiant. Et vous désertez ce banquet, et vous courez au théâtre pour voir des femmes au bain, et la pudeur foulée aux pieds, tandis que Jésus-Christ qui a ici son trône, n'obtient que vos dédains Il est ici près de la fontaine, adressant ses instructions, non plus à la Samaritaine seulement, mais à la ville entière ; hélas peut-être en effet à une seule samaritaine. Car personne maintenant ne reste auprès de lui ; mais les uns sont seulement présents de corps, les autres ne le sont d'aucune manière. Malgré cette désertion, lui-même ne quitte pas ce lieu, mais il persiste à nous demander à boire, non de l'eau, mais de saintes affections, car c'est aux saints qu'il réserve les choses saintes. Et ce n'est pas de l'eau qu'il nous offre pour notre part de ce banquet, c'est son sang plein de vie, son sang, symbole de sa mort, mais devenu principe de vie. Et vous vous éloignez de cette fontaine de sang précieux, de ce calice du salut, pour aller dans ces repaires diaboliques voir nager une prostituée et causer le naufrage à votre âme ? "
3 homélie sur l'épître aux Ephésiens
(Cf. Opera. S. Joan. Chrysost., t. XI, p.23, édit. de Montfaucon ; p.26-27, édit. de Gaume) : " Considérons que la matière de ce banquet, c'est le corps de celui qui est assis au plus haut des cieux et qui est adoré par les anges. C'est une table royale qui vous est apprêtée ; des anges en sont les ministres, le roi lui-même s'y trouve présent ; et vous vous y laissez emporter par le sommeil ! Vous vous y présentez avec des habits malpropres, et vous vous y tenez avec indifférence ! Mais mes habits sont propres, dites-vous. Prenez-y donc place, et soyez du festin. . . . Lorsque la victime est offerte, que le Christ, cet agneau divin, est immolé, lorsque vous entendez ces mots : Prions tous ensemble (Paroles de la liturgie alors usitée), lorsque vous voyez tirer les rideaux, pensez alors que le ciel s'entrouvre, et que les anges descendent. "
14. Le même, Liv. VI du Sacerdoce : " Voyez alors, voyez les anges se presser autour de lui ; le chœur des célestes vertus descendu dans le sanctuaire qu'il remplit, chanter des hymnes saints en l'honneur du grand roi qui trône sur l'autel ! Ce qui s'y passe en ce moment suffit pour en donner la foi. Quant à moi, je me souviens d'avoir entendu un vieillard, homme d'une grave autorité et qui plus d'une fois avait été honoré de ces sortes de révélations, raconter que dans une vision il avait vu, autant que la chose est possible à un simple mortel, les anges revêtus de robes éclatantes descendre du haut des cieux, entourer l'autel, la tête baissée comme des soldats en présence de leur général. Je le crois fermement. Une autre personne, qui ne l'avait point appris par ouï-dire, mais qui l'avait vu de ses yeux et entendu de ses oreilles, m'a raconté que ceux qui, sur le point de sortir de cette vie, ont participé avec une conscience pure aux saints mystères, sont, au moment où ils expirent, entourés des anges, qui, par respect pour ce qu'ils ont reçu, les accompagnent dans ce passage de la terre au ciel. "
15. Le même, Hom. I de verbis Isaiæ, Vidi
Dominum (Cf. Opera. S. Joan. Chrysost., t. VI, p.97, édit. de Montfaucon ; p.112, édit. de Gaume) : " Malheureux ! tandis que tu devrais répéter avec crainte la doxologie angélique, faire avec humilité ta confession au Créateur de toutes choses, et par là implorer le pardon de tes offenses, tu te tiens ici à la façon des comédiens et des musiciens, agitant les p.355 fin p.356 début mains sans respect, trépignant des pieds, prenant une posture dissolue. Comment ne crains-tu pas, comment ne trembles-tu pas en opposant cette témérité aux saints oracles qui retentissent dans ces lieux ? Ne fais-tu donc pas réflexion que le souverain maître est ici, invisiblement présent, lui à qui aucun mouvement n'échappe et qui sonde les consciences ? Ne sais-tu donc pas que les anges entourent cette table sacrée, et n'y assistent qu'avec frayeur ? Mais tu n'y penses même pas. "
16. Le même, De incomprehensibili Dei naturâ contra Anomœos, hom. III (Cf. Opera. S. Joan. Chrysost., t. I, p.469-470, édit. de Montfaucon ; p.573-575, édit. de Gaume) : " Cette multitude immense présentement rassemblée et qui écoute mes paroles avec tant d'avidité, j'ai cherché vainement plus d'une fois à la voir également présente à l'heure de nos redoutables mystères, et j'ai profondément gémi de ce qu'on se rend avec tant d'empressement pour entendre la parole d'un simple mortel, qu'on l'écoute jusqu'à la fin avec tant de patience, tant d'assiduité tandis qu'au moment où Jésus-Christ doit se rendre présent dans nos saints mystères l'église est vide et à peu prés déserte. .
. . Ce ne sont pas seulement des hommes qui prononcent ces paroles augustes ; mais les anges sont là qui se prosternent devant notre commun maître, mais les archanges sont là qui profitent du moment de l'oblation pour lui adresser leurs prières. Et de même que les hommes coupent des branches d'olivier qu'ils agitent aux yeux de leurs rois, pour s'attirer leur clémence au moyen de ce symbole de paix, de même les anges présentant en guise de rameaux d'olivier le corps même du Sauveur, implorent le Seigneur en faveur de nous tous, en lui disant en quelque façon : Nous vous prions, Seigneur, pour ces ouvrages de vos mains que vous avez daigné prévenir tellement de votre amour, que vous avez donne votre vie pour eux ; nous répandons ici nos prière en faveur de ceux pour qui vous avez vous-même versé votre sang ; nous vous implorons pour ceux en faveur desquels vous avez immolé ce même corps. C'est pour cela que dans ce même moment le diacre fait approcher les énergumènes et leur ordonne d'incliner la tête en silence en se bornant à se tenir en posture de suppliants : car il ne leur est pas permis de mêler leurs prières à celles de l'assemblée.
C'est pour cela qu'il les met sous les yeux de tous, afin que touché de leur malheur et de leur résignation qui s'exprime assez par leur p.356 fin p.357 début silence, vous usiez de votre crédit pour parler vous-mêmes en leur faveur. "
17. Le même, Hom. IV contra eosdem Anomœos
(Cf. Opera. S. Joan. Chrysost., t. I, p.477-478, édit. de Montfaucon ; p.584-585, édit. de Gaume) : " Pour vous savoir gré de votre empressement, nous vous enseignerons par quel motif nous faisons cette prière pour les autres, et pourquoi le diacre ordonne alors aux possédés et aux maniaques d'approcher et d'incliner leurs têtes. Pourquoi agit-il ainsi ? C'est que la possession des démons est une rude chaîne, une chaîne plus difficile à rompre que le fer. De même donc que, lorsque le juge est sur le point de se montrer et de s'asseoir sur son tribunal, les geôliers font sortir de la prison tous leurs captifs, qu'ils rangent au bas du tribunal, la pâleur sur leurs fronts, leurs habits déchirés, leurs têtes échevelées, la tristesse peinte sur tous leurs traits ; ainsi nos pères ont-ils voulu, qu'au moment ou Jésus-Christ doit, pour ainsi dire, s'asseoir sur son trône et honorer les saints mystères de sa présence on introduise les possédés comme autant de prisonniers, non pour leur demander compte de leurs crimes, comme on le fait à ceux dont je parlais tout-à-l'heure, ni pour leur faire subir leur châtiment et leur supplice, mais pour que tout le peuple de la ville, se trouvant assemblé, tous ensemble fassent pour eux des supplications, que tous implorent pour eux le souverain maître et l'engagent par leurs cris à exercer sur eux sa clémence. "
" Dernièrement j'adressais mes reproches à ceux qui s'absentent de cette prière et qui se tiennent dehors pendant ce temps. Maintenant je vais les adresser à ceux qui y assistent, non qu'ils fassent mal d'y assister, mais parce que tout en y assistant ils ne se conduisent pas mieux que ceux qui n'y assistent pas, en conversant comme ils font les uns avec les autres dans ce moment solennel. . . . Si le diacre ordonne à toute l'assemblée de se tenir droit avec décence, ce n'est pas uniquement par manière de formule ;
mais c'est pour que nous ne laissions pas nos pensées ramper à terre, et que, surmontant cette mollesse qui est l'effet des occupations mondaines, nous puissions élever nos âmes à Dieu… Pensez en présence de qui vous êtes, dans la société de qui vous devez adresser à Dieu vos prières : c'est avec les chérubins que vous allez le prier. Voyez quels compagnons vous avez de vos prières et qu'il vous suffise, pour vous tenir dans le p.357 fin p.358 début recueillement, de considérer que, tout composé que vous êtes de chair et de sang, vous êtes admis dans la société des esprits célestes pour chanter ensemble les louanges de notre maître à tous. "
18. S. NIL, abbé, Epist. ad Anastasium episcopum
: " Jean (Il s’agit de saint Jean Chrysostôme), cet admirable évêque de l'église de Constantinople, que dis-je ? cette gloire de l'univers entier, cet homme d'un esprit si pénétrant, voyait presque continuellement la maison de Dieu remplie de chœurs d'anges, mais surtout lorsque s'offrait le divin sacrifice, et il ne pouvait dissimuler là-dessus son admiration et sa joie dans sa correspondance particulière avec ses amis les plus intimes. Au moment, leur disait-il, où le prêtre commençait le saint sacrifice, beaucoup de ces célestes esprits descendant du ciel, pieds nus, vêtus de robes éclatantes, les yeux attentifs, les épaules penchées, entouraient aussitôt l'autel avec respect et en silence, et restaient dans cette attitude jusqu’à ce que le sacrifice non sanglant fût terminé. Alors se répandant de tous côtés dans le temple, ils s'attachaient aux évêques, aux prêtres et aux diacres qui distribuaient le corps de Jésus-Christ et son précieux sang, et les aidaient avec zèle dans cette fonction. Je vous écris ces choses, afin que bien instruits de la dignité du saint sacrifice, vous preniez garde de vous en acquitter avec négligence, en perdant la crainte de Dieu. "
19. S. AMBROISE, Oratione I præparatoriâ ad missam, écrit entre autres choses : " Je vous conjure, Seigneur, par cet auguste mystère de votre corps et de votre sang, qui tous les jours nous nourrit, nous abreuve, nous purifie et nous sanctifie dans votre église et nous rend participants de votre divinité, de me donner les vertus nécessaires pour que j'approche de votre autel avec une conscience pure, et qu'ainsi ce divin sacrement devienne mon salut et ma vie. Car vous avez dit ces paroles de bénédiction : Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde ; celui qui me mange vivra pour moi ; il demeure en moi, et je demeure en lui ; je suis le pain vivant descendu du ciel ; celui qui mangera de ce pain vivra éternellement. O pain rempli de suavité, rectifiez mes goûts pour que je puisse sentir toute la douceur de votre amour. Guérissez-moi de toute langueur, pour que je n'aime plus d'autre beauté que la vôtre. O pain très-pur, qui renfermez en vous tout ce qu'il y a de délicieux, et tout ce qui peut être agréable au goût, que mon cœur vous dévore et que p.358 fin p.359 début mon âme se repaisse de vos délices. Que l'ange se rassasie pleinement de vous ; que l'homme dans son état de pèlerinage trouve en vous de quoi le soutenir, et que, fortifié par un tel viatique, il résiste à la fatigue de la route. Pain très-saint, pain vivant, pain de toute beauté, pain très-pur qui êtes descendu du ciel et qui donnez la vie au monde, venez dans mon cœur et purifiez-le de toute impureté de la chair et de l'esprit. Entrez dans mon âme ; guérissez-moi, et donnez-moi la pureté tant intérieure qu'extérieure. Soyez toujours mon soutien et le salut de mon corps et de mon âme. Ecartez les pièges qui me sont tendus de tous côtés. Que mes ennemis prennent la fuite à votre aspect ; afin que, fortifié au dedans et au dehors par votre présence, je parvienne heureusement à votre royaume, où nous vous verrons, non plus comme ici-bas sous le voile du mystère, mais à découvert face à face, lorsque vous aurez remis votre royaume à Dieu votre Père et que Dieu sera tout en tous. Alors je serai rassasié pleinement de vous, et je n'aurai plus ni faim ni soif dans toute l'éternité. "