Catechismus Romanus (page 5)
Chapitre 17 (suite)
Enfin la Confirmation a la vertu d’imprimer un caractère qui fait qu’on ne peut la recevoir plus d’une fois, ainsi que nous l’avons déjà dit du Baptême, et comme nous le dirons encore plus au long, en parlant du sacrement de l’Ordre.
Si les Pasteurs expliquent souvent, et avec soin, ces vérités aux Fidèles, il est impossible que, après avoir connu l’excellence et l’utilité de ce Sacrement, ils ne s’empressent pas de le recevoir avec beaucoup de zèle, de piété, et de foi.
VI. — DES CÉRÉMONIES DU SACREMENT DE CONFIRMATION
Il nous reste maintenant à dire quelques mots des rites et des cérémonies de l’Eglise dans l’administration de ce Sacrement. Les Pasteurs. comprendront très bien les avantages de ces sortes d’explications, s’ils veulent se rappeler ce que nous avons dit plus haut en traitant ce sujet.
D’abord les personnes que l’on confirme reçoivent sur le front l’onction du saint Chrême. Par la vertu de ce Sacrement le Saint-Esprit se répand dans le cœur des Fidèles ; Il augmente leur force et leur courage, afin qu’ils puissent combattre vaillamment dans la lutte spirituelle, et résister invinciblement aux ennemis du salut. L’onction faite sur le front marque qu’ils ne doivent jamais être empêchés de confesser librement la foi du nom Chrétien, ni par la crainte, ni par la honte, parce que c’est sur le front que se manifestent le plus sensiblement ces diverses affections de l’âme.
D’ailleurs cette marque qui distingue un Chrétien confirmé de ceux qui ne le sont pas, comme certains insignes distinguent un soldat des autres, devait être imprimée sur la partie la plus noble et la plus visible du corps, qui est le front.
Il est encore un usage religieusement conservé dans l’Eglise de Dieu, c’est d’administrer la Confirmation de préférence le jour de la Pentecôte. C’est surtout en ce jour que la vertu du Saint-Esprit fortifia et confirma les Apôtres ; et le souvenir de cet événement miraculeux fait très bien comprendre aux Fidèles la grandeur et l’excellence des Mystères qui sont renfermés dans l’onction sacrée.
L’onction étant faite, et la Confirmation donnée, l’Evêque frappe légèrement avec la main la joue du nouveau confirmé pour lui faire entendre que, comme un athlète généreux, il doit être prêt à souffrir avec un courage invincible toutes les contradictions, pour le nom de Jésus-Christ.
Enfin il lui donne la Paix, pour lui rappeler qu’il vient de recevoir la plénitude de la grâce divine, et « cette paix qui surpasse toutes nos pensées ».[19]
Telles sont, en abrégé, les Vérités que les Pasteurs doivent enseigner sur le Sacrement de Confirmation, non pas d’une manière sèche et nue, et uniquement en paroles, mais avec le zèle d’une piété capable d’enflammer les cœurs : De cette manière ils réussiront à les imprimer profondément dans l’esprit des Fidèles.
↑ Decret. Pontif.
↑ De Eccl. Hierarch. Cap. 2.
↑ Eph., 4, 30.
↑ Psal., 132, 2.
↑ Rom., 5, 5.
↑ Epist ad Episc. Hisp.
↑ Epist. 3 ad Episc. Orient.
↑ Psal., 132, 2.
↑ Joan., 1, 16.
↑ 2 Cor., 2, 15.
↑ Joan., 3, 5.
↑ Homil., 4.
↑ Jerem., 23, 21.
↑ Act., 8, 14, 15, 16.
↑ Act., 2, 2.
↑ Ibid., 4.
↑ Luc., 24, 29.
↑ Act., 5, 41.
↑ Philipp., 4, 7.
Chapitre 18
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 744).
◄ Chapitre dix-septième
Chapitre dix-neuvième ►
Chapitre dix-huitième
Chapitre 18.
Du sacrement de l’Eucharistie
255
§ i. —
Institution de l’Eucharistie, ses différents noms
255
§ ii. —
L’Eucharistie est un vrai Sacrement, sa matière
258
§ iii. —
Forme de l’Eucharistie
267
DU SACREMENT DE L’EUCHARISTIE
Parmi les signes mystiques et sacrés institués par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour être comme les canaux fidèles de sa Grâce, il n’en est aucun que l’on puisse comparer à l’auguste sacrement de l’Eucharistie. Mais aussi il n’est pas de crime dont les Fidèles doivent craindre d’être plus sévèrement punis, que de manquer de respect et de piété envers un Sacrement qui renferme tant de sainteté, ou plutôt qui contient l’Auteur même, et le Principe de toute sainteté. C’est ce que l’Apôtre avait bien compris, et dont il nous a expressément avertis. Car après avoir montré combien est énorme le crime de ceux qui « ne discernent pas le Corps du Seigneur, » il ajoute aussitôt :[1] « c’est pourquoi plusieurs parmi cous sont malades et languissants, et plusieurs sont morts ». Par conséquent, pour que les Fidèles puissent retirer des fruits abondants de grâce, et se mettre à l’abri de la juste colère de Dieu, en rendant à ce céleste Sacrement les honneurs divins qu’il mérite, il sera nécessaire que les Pasteurs développent avec le plus grand soin tout ce qui est capable de faire ressortir davantage la majesté de l’Eucharistie.
I. — INSTITUTION DE L’EUCHARISTIE SES DIFFÉRENTS NOMS
Pour cela, ils suivront la marche de l’Apôtre Saint Paul, qui proteste n’avoir transmis aux Corinthiens que ce qu’il avait appris du Seigneur, et ils expliqueront en premier lieu comment ce Sacrement fut institué. Voici ce que l’Évangéliste en rapporte ; rien de plus clair : « Le Seigneur ayant aimé les siens,[2] les aima jusqu’à la fin ; » et pour leur donner un gage tout-à-fait divin et admirable de cet amour, sachant que l’heure était venue pour Lui de passer de ce monde à son Père, il employa, pour être toujours avec les siens, un moyen incompréhensible et infiniment au-dessus de toutes les choses naturelles. Après avoir célébré la Pâque en mangeant l’agneau pascal avec ses disciples, voulant enfin mettre la vérité à la place des figures, et la réalité à la place de l’ombre,[3] « Il prit du pain, puis rendant grâces à Dieu, il le bénit, le rompit, le donna à ses disciples, et leur dit : prenez et mangez, ceci est mon Corps qui sera livré pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. Ensuite Il prit pareillement la coupe, après avoir soupé, et Il dit : ce calice est le nouveau testament dans mon sang. toutes les fois que vous Le boirez, faites-le en mémoire de Moi ».
Convaincus qu’ils ne pourraient jamais avec un seul mot donner une assez haute idée de l’excellence et de la dignité de ce Sacrement, les Auteurs sacrés ont essayé de l’exprimer par des dénominations nombreuses. Ainsi ils l’appellent quelquefois l’Eucharistie, mot que nous pouvons traduire en français par Grâce excellente, ou Action de grâces : deux choses qui lui conviennent parfaitement. C’est une grâce excellente, soit parce qu’Il figure la Vie Eternelle, dont il a été dit :[4] « la grâce de Dieu est la Vie Eternelle ; » soit parce qu’il contient Jésus-Christ qui est la grâce même, et la source de toutes les grâces. C’est encore évidemment une action de grâces, puisque en immolant cette victime de toute pureté, nous rendons tous les jours à Dieu d’infinies actions de grâces pour tous les bienfaits dont Il nous comble, et spécialement pour le don si parfait de la grâce qu’Il nous communique par ce Sacrement. De plus, ce nom s’accorde aussi très bien avec les circonstances qui en accompagnèrent l’institution. Car Jésus-Christ « ayant pris du pain, le rompit et rendit grâces ». Et David en contemplant la grandeur de ce Mystère, s’écrie :[5] « le Seigneur, le Dieu de bonté et de miséricorde a perpétué la mémoire de ses merveilles ; Il a donné la nourriture à ceux qui Le craignent. » Mais ce chant, il le fait précéder de celui de l’action de grâces, et il dit :[6] « la magnificence et la gloire du Seigneur reluisent dans ses ouvrages ».
Souvent aussi, on lui donne le nom de Sacrifice ; mais nous parlerons bientôt de ce Mystère avec plus d’étendue.
On le nomme encore Communion, mot évidemment emprunté à ce passage de l’Apôtre :[7] « le calice de bénédiction que nous bénissons, n’est-il pas la communication du Sang de Jésus-Christ ? et le pain que nous rompons, n’est-il pas la participation du Corps du Seigneur ? » Car, comme l’explique Saint Jean Damascène, ce Sacrement nous unit à Jésus-Christ, et nous fait participer à sa chair et à sa divinité ; puis il nous rapproche, il nous unit en Lui, pour ne plus faire de nous tous qu’un seul corps.
C’est pour cette raison qu’on l’appelle aussi le Sacrement de la Paix et de la Charité. Et ces mots nous font comprendre combien sont indignes du nom de Chrétiens ceux qui entretiennent des inimitiés les uns contre les autres, et avec quel zèle nous devons bannir loin de nous les haines, les dissensions, et les discordes, qui sont une peste si terrible ; d’autant, que par le Sacrifice quotidien de notre Religion nous protestons hautement que nous voulons avant tout conserver la Paix et la Charité.
Les Auteurs sacrés lui donnent encore souvent le nom de Viatique, soit parce qu’il est la nourriture spirituelle, qui nous soutient dans le pèlerinage de cette vie ; soit parce qu’il nous prépare et nous assure le chemin qui conduit à la gloire et à la félicité éternelle. C’est pour cela que la coutume a toujours été observée dans l’Eglise, de ne laisser mourir personne sans l’avoir muni de ce Sacrement.
Enfin il y a des Pères de l’Eglise très anciens, qui, fondés sur l’autorité de l’Apôtre[8] ont donné quelquefois à l’Eucharistie le nom de Cène parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ l’institua dans le mystère, si précieux pour nous, de la dernière Cène.
Toutefois, il ne faudrait pas conclure de là qu’il est permis de consacrer, ou de recevoir, la sainte eucharistie, après avoir pris quelque nourriture ou quelque boisson. On a toujours retenu et conservé ce salutaire usage, introduit (selon les anciens Auteurs) par les Apôtres eux-mêmes, de ne la donner, qu’à ceux qui sont à jeun.
II. — L’EUCHARISTIE EST UN VRAI SACREMENT : SA MATIÈRE
Après ces explications sur le sens du mot, il faudra enseigner que l’Eucharistie est un véritable Sacrement, et l’un des sept que l’Eglise a toujours reconnus et vénérés. D’abord dans la consécration du calice, il est appelé le mystère de la Foi. Ensuite, sans parler de ces témoignages presque innombrables des Auteurs ecclésiastiques qui ont constamment placé l’Eucharistie au rang des vrais Sacrements, on trouve une preuve de son existence dans sa propre essence. En effet, nous y voyons des signes extérieurs et sensibles ; la Grâce y est figurée et produite ; enfin les Evangélistes et l’Apôtre ne laissent aucun lieu de douter que Jésus-Christ n’en soit l’Auteur. Or, ce sont là précisément les caractères qui conviennent exclusivement aux Sacrements, et là où ils se rencontrent, il n’est pas besoin de chercher d’autres preuves.
Mais il faut observer, et avec soin, qu’il y a plusieurs choses dans ce Mystère auxquelles les Auteurs ecclésiastiques ont donné le nom de Sacrement. Ainsi ils ont appelé Sacrement la Consécration, la Communion, et souvent même le Corps et le Sang de Notre-Seigneur qui sont renfermés dans l’Eucharistie. Saint Augustin[9] dit que ce Sacrement consiste en deux choses, l’apparence visible des éléments, et la vérité invisible de la chair et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est dans le même sens que nos disons qu’il faut adorer ce Sacrement, c’est-à-dire, le Corps et le Sang de Notre-Seigneur. Mais il est évident que toutes ces choses ne s’appellent Sacrement que d’une manière impropre. Ce nom ne convient essentiellement et réellement qu’aux seules espèces du pain et du vin.
On voit par là combien l’Eucharistie diffère de tous les autres Sacrements. Ceux-ci ne subsistent que par l’emploi de la matière, c’est-à-dire, à l’instant même où ils sont administrés. Le Baptême, par exemple, ne s’élève à l’état de Sacrement, que dans le moment où l’on emploie l’eau pour baptiser quelqu’un. Mais pour compléter et parfaire l’Eucharistie, il suffit de la consécration de la matière, laquelle ne cesse point d’être un vrai Sacrement, dans le vase même où on la tient en réserve.
De plus dans les autres Sacrements, la matière et les éléments employés ne se changent point en une autre substance. L’eau du Baptême et l’huile de la Confirmation ne perdent point leur nature primitive d’eau et d’huile, lorsqu’on administre ces Sacrements. Mais dans l’Eucharistie, ce qui était du pain et du vin avant la consécration, change après la consécration et devient véritablement le Corps et le Sang de Notre-Seigneur.
Cependant, quoiqu’il y ait deux éléments, le pain et le vin, pour faire la matière intégrale de l’Eucharistie, il n’y a qu’un seul Sacrement et non pas plusieurs, selon la doctrine enseignée par l’Eglise. Autrement, on ne pourrait plus soutenir, avec toute la tradition, avec les Conciles de Latran, de Florence et de Trente, qu’il y a sept Sacrements, ni plus ni moins. D’ailleurs la grâce de ce Sacrement a pour but de faire de nous tous un seul corps mystique. Mais. pour qu’il soit. lui-même en harmonie avec l’effet qu’il produit, il faut qu’il soit un, non qu’il ne puisse être composé de plusieurs parties, mais parce que tout doit n’y représenter qu’une seule chose. La nourriture et la boisson qui sont deux choses différentes, s’emploient pour une seule et même fin, qui est de réparer les forces du corps. Pareillement il était de toute convenance d’instituer de Sacrement avec deux matières différentes entre elles, mais analogues aux substances dont nous venons de parler, pour représenter l’Aliment spirituel qui soutient nos âmes et répare leurs forces. Aussi le Seigneur a-t-il dit :[10] « Ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. »
Les Pasteurs auront ensuite à expliquer avec un grand soin ce que signifie ce Sacrement, afin que les Fidèles, en voyant les saints Mystères des yeux de leurs corps, nourrissent en même temps leur âme par la contemplation des Vérités divines que ces Mystères rappellent.
Or l’Eucharistie exprime principalement trois choses la première est une chose passée ; c’est la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il nous l’apprend Lui-même par ces paroles :[11] faites ceci en mémoire de moi. Puis, l’Apôtre dit positivement :[12] toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort de Jésus-Christ, jusqu’à ce qu’Il vienne.
La seconde est une chose présente. C’est la Grâce divine et céleste que ce Sacrement nous communique pour nourrir et conserver nos âmes. Dans le Baptême nous sommes engendrés à une vie nouvelle ; dans la Confirmation nous sommes fortifiés, afin de pouvoir résister à Satan, et confesser publiquement Jésus-Christ. Mais dans l’Eucharistie nous recevons la nourriture qui entretient en nous la Vie spirituelle.
La troisième regarde l’avenir, ce sont les délices et la gloire éternelle dont Dieu a promis de nous faire jouir dans la céleste patrie.
Ces trois choses, qui ont évidemment rapport au passé, au présent et à l’avenir, sont néanmoins si bien signifiées par le mystère sacré de l’Eucharistie, que le Sacrement, quoique composé d’espèces différentes, représente chacune d’elles en particulier, comme si elles n’en faisaient qu’une seule.
Mais avant tout, il est nécessaire aux Pasteurs de bien connaître la matière de l’Eucharistie, soit afin qu’ils puissent la consacrer eux-mêmes comme l’Eglise le demande, soit afin qu’ils puissent faire comprendre aux Fidèles ce que signifie ce Sacrement, et exciter dans leurs cœur s le désir et l’ardeur d’en recueillir les fruits.
Ce Sacrement a deux matières : la première dont nous allons parler, c’est le pain de pur froment ; puis, la seconde que nous verrons plus loin. Les Evangélistes Saint Matthieu, Saint Marc et Saint Luc nous apprennent que Notre-Seigneur Jésus-Christ prit du pain, le bénit et le rompit en disant :[13] « Ceci est mon corps. » — Dans Saint Jean, le Sauveur se donne à Lui-même le nom de pain :[14] « Je suis, dit-il, le Pain vivant descendu du ciel. » Mais il y a plusieurs sortes de pain. tantôt c’est dans la matière qu’il varie ; il peut être de froment, d’orge ou de légumes, ou d’autres fruits de la terre. tantôt ce sont les qualités seules qui seront différentes ; l’un renfermera du levain, tandis que l’autre n’en contiendra point. Or, pour l’Eucharistie, les paroles de Notre-Seigneur font voir que le pain doit être de pur froment. Dans le langage ordinaire, ce mot employé simplement et sans modification, signifie le pain de froment seul. Une figure de l’Ancien testament vient encore confirmer cette Vérité. Le Seigneur avait ordonné que les pains de proposition, qui figuraient le sacrement de l’Eucharistie, fussent de pure fleur de froment.
Mais si le pain de froment doit seul être regardé comme la matière de l’Eucharistie, (conformément à la tradition apostolique et à l’enseignement formel de l’Eglise catholique), il est facile de se convaincre que ce pain doit être sans levain, d’après ce que fit Notre-Seigneur le jour où Il institua ce Sacrement. C’est en effet le premier des azymes, et chacun sait que ce jour-là il était défendu aux Juifs d’avoir du pain levé dans leurs maisons.
Si l’on oppose à cette doctrine l’autorité de Saint Jean l’Evangéliste, qui rapporte que tout cela se fit avant la fête de Pâques, il est facile de détruire cette objection. La fête des azymes commençait dès le soir de la cinquième férie, temps où le Sauveur célébra la Pâque. Et ce que les autres Evangélistes ont appelé le premier jour des azymes, Saint Jean l’appela la veille de Pâques, parce qu’il crut devoir noter surtout le jour naturel, dont la durée commence au lever du soleil. C’est pourquoi Saint Jean Chrysostome entend par le premier des azymes le jour où l’on devait, sur le soir, manger les azymes. D’ailleurs la consécration du pain sans levain est en parfaite harmonie avec la pureté et l’innocence de cœur que les Fidèles doivent apporter à la réception de ce Sacrement. C’est ce que l’Apôtre nous apprend par ces paroles :[15] « Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, comme vous êtes un pain azyme ; car Jésus-Christ est l’Agneau pascal immolé pour nous. Célébrons donc notre Pâque ; non avec le vieux levain, ce levain de malice et d’iniquité, mais avec les azymes de la sincérité et de la vérité. »
Cependant cette qualité (pour le pain) d’être sans levain n’est pas tellement nécessaire, que le Sacrement ne puisse exister, si elle venait à manquer. Le pain azyme et le pain levé conservent également le nom, les propriétés et toute la nature du pain véritable, toutefois il n’est permis à personne, de changer de son autorité privée, ou pour mieux dire d’avoir la témérité de changer la sainte coutume de son Eglise. Et cela est d’autant moins permis aux Prêtres de l’Eglise latine, que les Souverains Pontifes ont ordonné de ne célébrer les saints Mystères qu’avec le pain azyme. — Mais en voilà assez sur cette première partie de la matière eucharistique. Remarquons cependant encore, en finissant, qu’on n’a jamais déterminé une quantité particulière de pain pour la consécration, par la raison que l’on ne peut déterminer davantage d’une manière précise le nombre de ceux qui peuvent et doivent participer à ces sacrés Mystères.
Venons maintenant à l’autre matière de l’Eucharistie. Cette seconde matière est le vin exprimé du fruit de la vigne, mais auquel il faut mêler un peu d’eau. L’Eglise catholique a toujours enseigné que notre Sauveur avait employé du vin dans l’institution de ce Sacrement, puisqu’il dit Lui-même[16] « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’à cet autre jour... » Si c’est le fruit de la vigne, remarque Saint Jean Chrysostome, c’est donc du vin et non pas de l’eau, comme s’il eût voulu détruire longtemps d’avance l’hérésie de ceux qui prétendaient que l’eau seule devait être employée dans le mystère de l’Eucharistie.
Cependant l’usage a toujours été dans l’Eglise de mêler un peu d’eau au vin. D’abord parce que l’autorité des Conciles et le témoignage de Saint Cyprien nous apprennent que Notre-Seigneur le fit Lui-même ; ensuite parce que ce mélange nous rappelle le Sang et l’eau qui coulèrent du côté de Jésus-Christ. Enfin l’eau, comme nous le voyons dans (Apocalypse, représente le peuple. L’eau mêlée au vin, exprime très bien l’union du peuple fidèle avec Jésus Christ son Chef. Au reste cet usage est de tradition apostolique, et l’Eglise l’a toujours observé. Mais quelques graves que soient les raisons de mettre de l’eau dans le vin, et bien qu’on ne puisse la supprimer sans pécher mortellement, si elle venait à manquer, le Sacrement n’en existerait pas moins. Enfin ce que les Prêtres devront bien observer, c’est que si dans la célébration des saints Mystères, il est nécessaire de mêler un peu d’eau au vin, ce ne doit être qu’en petite quantité, puisque, au jugement des théologiens, cette eau se change en vin. Voilà pourquoi le Pape Honorius écrivait :[17] « Il s’est introduit un abus très répréhensible parmi vous, c’est de mettre beaucoup plus d’eau que de vin, contre la coutume très raisonnable de toute l’Eglise, qui est de mettre beaucoup plus de vin que d’eau. »
Il n’y a donc que le pain et le vin qui soient la matière de l’Eucharistie ; et c’est à bon droit que l’Eglise a défendu, par plusieurs décrets, d’offrir autre chose que le pain et le vin, comme quelques-uns avaient la témérité de, le faire.
Voyons maintenant combien les deux symboles du pain et du vin sont propres à représenter la nature et les effets que nous reconnaissons dans ce Sacrement.
Et d’abord ils nous représentent Jésus-Christ comme notre vie véritable. Lui-même n’a-t-Il pas dit :[18] « Ma Chair est véritablement une nourriture, et mon Sang est vraiment un breuvage ? » Le Corps de Jésus-Christ est donc, pour ceux qui Le reçoivent saintement et avec piété, un Aliment qui donne la Vie éternelle, et par là même il était de toute convenance que ce Sacrement fût constitué précisément avec les éléments qui servent à soutenir la vie présente. Cela fait très bien comprendre aux Fidèles que l’esprit et le cœur sont rassasiés par la communion du Corps et du Sang du Seigneur.
Cas deux éléments avaient encore cet avantage qu’ils pouvaient servir à convaincre les hommes de la présence réelle du Corps et du Sang de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. tous les jours nous voyons le pain et le vin se changer, par les seules forces de la nature, en notre chair et en notre sang. C’est une image qui peut facilement nous amener à croire que la substance du pain et du vin est changée, par les paroles de la Consécration, au vrai Corps et au vrai Sang de Notre-Seigneur.
Le changement miraculeux de ces éléments peut servir aussi à nous faire entrevoir ce qui se passe dans l’âme. De même, en effet, que- la substance du pain et du vin est changée réellement au Corps et au Sang de Jésus-Christ, quoiqu’il n’y ait aucune apparence visible de ce changement ; de même, quoique rien ne paraisse changer en nous au dehors, cependant nous nous trouvons intérieurement renouvelés pour la Vie spirituelle, en recevant la Vie véritable, dans le sacrement de l’Eucharistie.
Enfin l’Eglise est un seul corps composé de plusieurs membres, dont l’union ne pouvait être plus parfaitement représentée que par les éléments du pain et du vin. Le pain est fait d’une multitude de grains, et le vin de plusieurs grappes ; ils nous rappellent donc très bien que, si nombreux que nous soyons, le mystère divin de l’Eucharistie nous unit par le lien le plus étroit, et fait de nous tous comme un seul corps.
III. — FORME DE L’EUCHARISTIE
Il nous reste maintenant à parler de la forme qu’il faut employer pour la Consécration du pain, non pas qu’il soit utile de livrer ces Mystères, même au peuple fidèle, sans nécessité — puisqu’il n’est pas nécessaire que ceux q i ne sont pas dans les Ordres sacrés les connaissent -mais de peur que certains Prêtres ne l’ignorent, et ne commettent quelque faute considérable dans la Consécration.
Les Evangélistes Saint Matthieu, Saint Luc et l’Apôtre Saint Paul, nous apprennent que cette forme consiste dans ces paroles : Ceci est mon Corps, car voici ce qui est écrit :[19] « pendant qu’ils soupaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : prenez et mangez ; ceci est mon Corps. » Cette forme, employée par notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même pour la consécration de son Corps, a été constamment en usage dans l’Eglise catholique. nous passons ici sous silence les témoignages des Saints Pères, qu’il serait beaucoup trop long de rapporter, ainsi que le décret du Concile de Florence, que tout le monde connaît, et nous nous bornons à rappeler encore ces mots de Notre-Seigneur :[20] « faites ceci en mémoire de Moi. » (Ils établissent clairement le point que nous traitons.) Cet ordre qu’Il donna à ses Apôtres doit se rapporter non seulement à ce qu’Il avait fait Lui-même, mais encore à ce qu’Il avait dit, et spécialement aux paroles qui furent prononcées, autant pour produire que pour signifier l’effet du Sacrement.
D’ailleurs, on pourrait encore aisément se convaincre v de cette vérité par la raison. La forme d’un Sacrement consiste dans les paroles qui expriment l’effet produit par ce Sacrement. Or, les paroles que nous avons citées indiquent et signifient très bien ce qui s’opère dans l’Eucharistie, à savoir le changement du pain au vrai Corps de Notre-Seigneur, et par conséquent elles en sont véritablement la forme. On peut entendre dans ce sens ce qui est dit dans l’Evangéliste :[21] « qu’Il bénit le pain. » C’est la même chose, ce semble, que s’Il eût dit qu’Il bénit le pain en disant : ceci est mon Corps. Il est vrai que l’Evangéliste, avant les paroles que nous venons de citer, dit également : « prenez et mangez » ; mais ces deux mots ne regardent que l’usage de la chose, et non la consécration de la matière. Aussi, quoique le Prêtre soit obligé de les prononcer, ne sont-elles pas nécessaires à l’existence du Sacrement, pas plus que la conjonction car, que l’on prononce néanmoins dans la consécration du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Autrement s’il n’y avait personne pour recevoir l’Eucharistie, on ne devrait, et on ne pourrait même pas la consacrer. Et cependant, il est incontestable que le Prêtre qui prononce les paroles du Seigneur suivant l’usage et la coutume de l’Eglise, sur un pain propre à devenir la matière de l’Eucharistie, consacre réellement et validement cette matière quand même il arriverait que l’Eucharistie ne serait administrée à personne.
Quant à la Consécration du vin qui est la seconde matière du Sacrement, il faut pour les mêmes raisons que nous avons apportées plus haut, que le Prêtre en connaisse parfaitement la forme : Or, nous devons tenir pour certain qu’elle est ainsi formulée :[22] « Ceci est le Calice de mon Sang, de la nouvelle et éternelle Alliance, le mystère de la Foi, qui sera versé pour vous et pour plusieurs, pour la rémission des péchés : » De ces paroles plusieurs sont tirées de l’Ecriture, et l’Eglise à reçu les autres d’une tradition apostolique : On trouve dans Saint Luc et dans l’Apôtre :[23] Ceci est le Calice ; et dans Saint Luc ainsi que dans Saint Matthieu :[24] de mon sang, ou mon Sang de la nouvelle Alliance, qui sera versé pour vous et pour plusieurs, pour la rémission des péchés. Quant à ces autres expressions, éternelle, et, mystère de la Foi, nous les tenons de la tradition interprète et gardienne de la Vérité catholique.
Personne ne pourra douter que ces paroles ne soient la forme de la Consécration du vin, s’il se rappelle ce que nous avons dit sur la forme de la Consécration du pain, car il est certain qu’elle consiste dans les paroles qui expriment le changement de la substance du vin au Sang de Notre-Seigneur. Or, celles que nous venons de rapporter indiquent clairement ce changement ; et par conséquent il ne saurait y avoir d’autre forme que celle-là, pour consacrer le vin. Ces paroles expriment en outre quelques effets admirables du Sang de Jésus-Christ répandu dans sa Passion, et qui appartiennent d’une manière spéciale à ce Sacrement. Le premier de ces effets c’est l’accès à l’héritage éternel, auquel nous donne droit l’Alliance nouvelle et éternelle. Le second, c’est l’accès à la justice par le mystère de la Foi. Car Dieu a établi Jésus-Christ[25] pour être la Victime de propitiation, par la Foi dans sort Sang, montrant tout ensemble qu’Il est juste. Lui-même, et qu’Il justifie celui qui a la Foi en Jésus-Christ. Le troisième effet est la rémission des péchés.
Mais comme ces paroles de la Consécration du vin sont pleines de mystères ; et qu’elles sont parfaitement appropriées à ce qu’elles expriment, il y a lieu de les examiner avec le plus grand soin. Quand on dit:[26] « Ceci est le calice de mon Sang », ces mots signifient ceci est mon Sang qui est contenu dans ce calice. Et c’est avec beaucoup de sagesse et de raison que l’on fait mention du calice, en consacrant le Sang qui doit être le breuvage des Fidèles. Le Sang par lui-même n’exprimerait pas assez nettement qu’il doit être bu, s’il ne nous était présenté dans une coupe. Ensuite on ajoute: « de la nouvelle Alliance », pour nous faire comprendre que le Sang de Jésus-Christ ne nous est pas seulement donné en figure, comme dans l’ancienne Alliance dont Saint Paul a dit:[27] « qu’elle ne fut point confirmée sans effusion de Sang », mais en vérité et réellement. Ce qui ne convient qu’à l’Alliance nouvelle.
Voilà pourquoi Saint Paul a écrit:[28] Jésus-Christ est le Médiateur du nouveau testament, afin que, par sa mort ; ceux qui noter appelés reçoivent l’héritage éternel qui leur a été promis: quant au mot éternel, il se rapporte précisément à cet héritage éternel qui nous est échu par le droit que nous confère la mort : de Jésus-Christ notre testateur éternel.
Les mots qui suivent, à savoir : « Le Mystère de la Foi », n’excluent pas la réalité de la chose, ils indiquent seulement qu’il faut admettre un effet caché et infiniment éloigné de la portée de nos yeux. Le sens qu’on leur donne ici est tout différent de celui qu’ils ont, quand on les applique au Baptême. Comme c’est par la Foi que nous voyons le Sang de Jésus-Christ caché sous l’apparence du vin, c’est pour ce motif que nous l’appelons le mystère de la Foi. Le Baptême, au contraire, s’appelle chez nous le sacrement de la Foi, ou chez les grecs, le mystère de la Foi, parce qu’il contient une profession entière de la Foi chrétienne. — Ce qui fait encore que nous appelons mystère de la Foi le Sang du Seigneur, c’est que la raison a beaucoup de difficulté et de peine à admettre et à croire, d’après l’enseignement de la Foi, que Notre-Seigneur Jésus-Christ, véritable Fils de Dieu, vrai Dieu Lui-même et vrai homme tout ensemble, a souffert la mort pour nous. Or cette mort nous est représentée par le Sacrement de son Sang. C’est pourquoi il était de toute convenance de rappeler ici, plutôt que dans la consécration du pain, la Passion du Sauveur par ces paroles : « Qui sera répandu pour la rémission des péchés. » Le Sang, consacré séparément, possède beaucoup plus de force et plus d’efficacité pour mettre sous les yeux de tous la Passion de notre Seigneur, sa Mort et la nature de ses souffrances. Les autres mots : « pour vous et pour plusieurs », sont empruntés les uns à saint Matthieu,[29] et les autres à saint Luc.[30] Et c’est l’Eglise qui, inspirée par l’esprit de Dieu, les a réunis. Ils servent à exprimer les fruits et les avantages de la Passion. Si nous en considérons en effet la vertu et l’efficacité, nous sommes obligés d’avouer que le Sang du Seigneur a été répandu pour le salut de tous. Mais si nous examinons les fruits que les hommes en retirent, il est évident que plusieurs seulement, et non pas tous, en profitent. Lorsque Jésus-Christ dit : pour vous, Il entendait par là, à l’exception de Judas, ceux qui étaient présents, et à qui il parlait, ou bien les élus d’entre les Juifs, tels que ses disciples. En ajoutant : « pour plusieurs », Il voulait désigner tous les autres élus, soit d’entre les Juifs, soit d’entre les Gentils. Ainsi c’est avec raison qu’il n’a pas été dit : pour tous, puisqu’il s’agissait en cet endroit du fruit de la Passion, qui n’a procuré le salut qu’aux élus seulement. C’est dans ce sens qu’il faut entendre ces paroles de l’Apôtre :[31] « Jésus-Christ n’a été immolé qu’une fois pour effacer les péchés de plusieurs » ; et ce que dit Notre-Seigneur dans Saint Jean :[32] « Je prie pour eux, je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que Vous m’avez donnés, parce qu’ils sont à vous. »
Il y a encore beaucoup d’autres Mystères renfermés dans ces paroles de la Consécration. Mais les Pasteurs zélés, et fidèles à méditer souvent les choses célestes, les découvriront aisément d’eux-mêmes avec l’aide de Dieu.
↑ 1 Cor., 11, 30.
↑ Joan, 13, 1.
↑ Matth., 26, 26. = Marc., 14, 22. Luc., 22, 19. = 1 Cor., 11, 24.
↑ Rom., 6, 23.
↑ Psal., 110, 4, 5.
↑ Id., 3.
↑ 1 Cor., 10, 15.
↑ 1 Cor., 11, 20.
↑ Lib., 3, de Trinit. Cap., 4.
↑ Joan, 6, 55.
↑ Luc., 22, 19.
↑ 1 Cor., 1, 26.
↑ Matth., 26, 26. = Marc., 14, 22. = Luc., 22, 19.
↑ Joan., 6, 41.
↑ 1 Cor., 5, 7.
↑ Matt., 26, 29. = Marc., 14, 25.
↑ Decret. de Celebr. Missae.
↑ Joan., 6, 55.
↑ Matth., 26, 26. = Marc., 14, 22. = Luc., 22, 19. = 1 Cor., 11, 24.
↑ Luc., 22, 19.
↑ Matt., 26, 26.
↑ Decret. lib. 3. de Celebret. Missae.
↑ Luc., 22, 20. 1 Cor., 11, 25.
↑ Luc., 22, 20. Matth., 28, 28.
↑ Rom., 3, 25, 26.
↑ 1 Cor., 11, 25.
↑ Hebr., 9, 18.
↑ Hebr., 9,.13.
↑ Matth., 26, 28.
↑ Luc., 22, 20.
↑ Hebr., 9, 26.
↑ Joan., 17, 9.
Chapitre 19
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 745).
◄ Chapitre dix-huitième
Chapitre vingtième ►
Chapitre dix-neuvième
Chapitre 19.
Continuation du même sujet
273
§ i. —
De la Présence réelle
273
§ ii. —
Jésus-Christ tout entier dans l’Eucharistie
279
§ iii. —
De la transsubstantiation
282
§ iv. —
Comment s’opère la transsubstantiation
285
§ v. —
Des accidents du pain et du vin
287
DU SACREMENT DE L’EUCHARISTIE (Suite)
I. — LA PRÉSENCE RÉELLE
Le moment est venu de reprendre l’explication de certains points de doctrine que, pour aucun motif, on ne doit laisser ignorer aux Fidèles.
L’Apôtre nous enseigne que ceux qui[1] ne discernent point le Corps de Notre-Seigneur, commettent un grand crime. Les Pasteurs devront donc, avant tout, exhorter les Chrétiens à faire tous leurs efforts pour élever ici leur esprit et leur raison au-dessus des choses sensibles. S’ils se persuadaient que le sacrement de l’Eucharistie ne contient que ce que les sens y aperçoivent, ils tomberaient fatalement dans cette impiété énorme de croire qu’il ne renferme que du pain et du vin, puisque les yeux, le toucher, l’odorat, le goût ne rapportent que des apparences de pain et de vin. Il faut donc faire en sorte qu’ils renoncent, autant que possible, au jugement des sens, pour s’élever uniquement à la contemplation de la Vertu et de la Puissance infinie de Dieu ; car la Foi catholique enseigne et croit, sans hésitation aucune, que les paroles de la Consécration produisent spécialement trois effets admirables.
Le premier, c'est que le vrai corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Celui-là même qui : est né de la Vierge Marie, qui est assis à la droite du Père, est contenu dans l'Eucharistie.
Le second c'est que dans le Sacrement il ne reste rien de la substance des deux éléments, quoique cela semble tout-à-fait opposé et contraire au rapport des sens.
Le troisième, qui se, déduit aisément des deux autres, et qui est positivement exprimé par les paroles de la Consécration, c'est que par une disposition inexplicable et toute miraculeuse, les accidents qui apparaissent aux yeux, et que les autres sens perçoivent aussi, se soutiennent sans le secours d'aucun sujet. Ils présentent encore toutes les apparences du pain et du vin. Mais ils ne tiennent à aucune substance ; ils subsistent par eux-mêmes. Quant à la substance même du pain et du vin, elle est tellement changée au Corps et au Sang de Jésus-Christ, qu'il n'en reste absolument rien, et qu'il n'y a réellement plus ni substance du pain, ni substance du vin.
Parlons d'abord du premier de ces effets. Les Pasteurs s'efforceront de faire comprendre combien sont claires et positives les paroles de Notre Sauveur, qui établissent la présence réelle de son Corps dans l'Eucharistie. En effet, il a dit :[2] « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang. » Or, il n'est personne de bon sens qui ne comprenne immédiatement ce que ces paroles signifient : d'autant plus qu'il est ici question de la nature humaine, et qu'il est hors de doute, dans la Foi catholique, que Jésus-Christ était véritablement homme. Aussi saint Hilaire, ce personnage si distingué par sa sainteté et par sa science, parlant de la présence réelle de la Chair et du Sang de Jésus-Christ, a-t-il dit nettement :[3] « qu'il est impossible pour nous de douter de cette vérité, puisque Jésus-Christ a déclaré lui-même, et que la Foi nous enseigne, que sa Chair est vraiment une nourriture. »
Les Pasteurs auront encore à développer un autre passage dont l'explication fera aisément conclure que l'Eucharistie contient vraiment le Corps et le Sang de Jésus-Christ. Saint Paul, après avoir rappelé la consécration que le Seigneur avait faite du pain et du vin, et la distribution des saints Mystères à ses Apôtres, ajoute :[4] « que l'homme s'éprouve donc lui-même, et qu'après cela il mange de ce pain et boive de ce calice : car celui qui le mange et le boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur ». Si, comme le prétendent les hérétiques, nous n'avions autre chose à vénérer dans ce Sacrement que le souvenir et le signe de la Passion de Jésus-Christ, pourquoi l'Apôtre se servirait-il d'expressions aussi fortes pour exhorter les Fidèles à s'éprouver ? Ce mot terrible de condamnation, employé par lui, montre que c'est un crime abominable de recevoir indignement le Corps du Seigneur caché sous les espèces eucharistiques, et de ne pas distinguer cette nourriture de toutes les autres. Mais le même Apôtre s'exprime encore plus formellement dans le Chapitre précédent de la même Epître, lorsqu'il dit :[5] « Le calice de bénédiction que nous bénissons, n'est-il pas la communication du Sang de Jésus-Christ ? et le pain que nous rompons, n'est-ce pas la participation du Corps du Seigneur ? »
On ne peut désigner plus clairement la véritable substance du Corps et du Sang de Jésus-Christ. Mais en expliquant ces passages de la sainte Ecriture, les Pasteurs auront soin de faire remarquer aux Fidèles, qu'ils ne renferment rien de douteux ni d'incertain, surtout parce que l'Eglise de Dieu, avec son autorité infaillible, les a toujours entendus dans le sens que nous venons d'exposer. Pour nous en convaincre nous avons deux moyens faciles.
Le premier, c'est de consulter les Pères qui ont fleuri à l'origine et dans tous les âges de l'Eglise, et qui sont les meilleurs témoins de sa doctrine. Or, ils ont tous enseigné, et d'un accord unanime, la vérité du dogme en question. Mais ce serait un travail infini de citer tous les témoignages. Il nous suffira d'en rapporter, ou d'en indiquer quelques-uns, qui nous permettront de juger des autres. Que Saint Ambroise produise, le premier sa profession de Foi : dans le livre qu'il a écrit sur ceux qui sont initiés aux Mystères,[6] il affirme que « l'on reçoit dans l'Eucharistie le vrai Corps de Jésus-Christ, comme Il l'avait pris lui-même très réellement dans le sein de la bienheureuse Vierge et que c'est un article de Foi incontestable ». – « Avant la Consécration, dit-il ailleurs, il n'y a que du pain, mais après la Consécration, il n'y a que la Chair de Jésus-Christ ».
Que S. Jean Chrysostome se présente ensuite ; c'est un autre témoin non moins digne de confiance, et d'une autorité non moins grande. II professe et enseigne la même vérité dans une foule de passages, mais surtout dans la 60e homélie, « de ceux qui participent indignement aux saints Mystères » et dans les homélies 41 et 45, sur Saint Jean. « Obéissons à Dieu, dit-il, et ne refusons pas de Le croire, lors même qu'Il semble dire des choses contraires à la raison et aux sens. Sa parole est infaillible, tandis que notre jugement s'égare facilement. »
Et Saint Augustin, ce défenseur si zélé de la Foi catholique, a toujours pensé et parlé de même, mais spécialement dans son commentaire sur le Psaume 33 : « se porter soi-même dans ses mains est impossible à l'homme, dit-il, cela ne peut convenir qu'à Jésus-Christ ; car il se portait dans ses propres mains, lorsque, donnant son Corps, il dit : ceci est mon Corps. »
Enfin, sans parler de Saint Justin et de Saint Irénée, Saint Cyrille, dans son 4e livre sur Saint Jean, affirme si clairement que la véritable Chair de Jésus-Christ est dans l'Eucharistie, que nulle interprétation fausse et captieuse ne pourra jamais obscurcir ses paroles.
Si les Pasteurs désiraient connaître encore d'autres témoignages des Pères, il serait facile de leur citer Saint Denys, Saint Hilaire, Saint Jérôme, Saint Jean Damascène et une foule d'autres dont les sentiments si importants sur cette matière ont été réunis en corps d'ouvrage, par des hommes pieux et savants, et se lisent partout.
Le second moyen de connaître la doctrine de l'Eglise dans les choses de la Foi, c'est la condamnation qu'elle a faite des doctrines et des opinions contraires. Or, il est impossible de le nier, le dogme de la Présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie a toujours été tellement répandu et popularisé dans toute l'Eglise, il a toujours été si universellement reçu par tous les Fidèles, qu'au moment où Bérenger, dans le onzième siècle, osa l'attaquer et prétendre qu'il n'y avait là qu'un signe, il fut aussitôt condamné, et d'une voix unanime, au Concile de Verceil, convoqué par le Pape Léon IX, et lui-même y anathématisa son hérésie. Et lorsque plus tard il revint encore à cette erreur impie, il fut de nouveau condamné par trois autres Conciles, l'un de Tours, et les deux autres de Rome, ces deux derniers assemblés successivement par les Papes Nicolas II et Grégoire VIII. Toutes ces décisions furent confirmées ensuite par Innocent III dans le Concile général de Latran. Enfin les Conciles de Florence et de Trente sont venus tour à tour fixer ce dogme avec une clarté et une précision invincibles.
Si les Pasteurs ont soin de bien mettre en lumière toutes ces autorités, ils pourront, non pas ramener les hérétiques qui, aveuglés par leurs erreurs, ne baissent rien tant que la vérité, mais affermir les faibles, et remplir les âmes pieuses de consolation et de joie : d'autant plus — et cela est évident pour les Fidèles — que la foi de cette vérité est renfermée dans les autres articles de la Doctrine chrétienne. Quiconque en effet croit et confesse que Dieu est Tout Puissant, croit par là-même qu'Il n'a pas manqué de pouvoir pour opérer le chef-d’œuvre que nous admirons et que nous révérons dans l'Eucharistie. Quiconque encore croit la sainte Eglise catholique, doit nécessairement reconnaître pour vraie la doctrine que nous venons d'expliquer.
Mais ce qui met le comble au bonheur et à l'édification des âmes pieuses, c'est de contempler la sublime dignité (le ce Sacrement. Par là elles comprennent d'abord toute la perfection de la Loi évangélique, laquelle possède en réalité ce que la Loi de Moise n'avait qu'en figures et en images. Ce qui a fait dire admirablement à Saint Denys[7] que « Notre Eglise tient le milieu entre la Synagogue et la Jérusalem céleste, et qu'elle participe de l'une et de l'autre ». Les fidèles ne sauraient donc trop admirer la perfection, la gloire et la grandeur de la sainte Eglise, puisqu'il n'y a, pour ainsi dire, qu'un seul degré qui la sépare de la béatitude céleste. Nous avons cela de commun avec les habitants des cieux, que les uns et les autres nous possédons Jésus-Christ ; Dieu et homme, présent au milieu de nous. Le seul degré qui nous sépare d'eux, c'est qu'ils jouissent de la Présence de Jésus-Christ par la vision béatifique, tandis que nous, nous adorons seulement sa Présence, Présence invisible à nos yeux, et cachée sous le voile miraculeux des saints Mystères, mais que cependant nous confessons avec une Foi ferme et inébranlable.
Enfin Jésus-Christ nous a laissé dans ce Sacrement, la preuve de l'immense amour qu'Il a pour nous. N'était-ce pas en effet un des plus beaux traits de cet amour, de n'avoir pas emporté loin de nous cette nature qu'Il nous avait empruntée, mais d'avoir voulu, autant Rue cela était possible, demeurer sans cesse avec nous, afin que sans cesse on pût dire de Lui en toute vérité:[8] « mes délices sont d'être avec les enfants des hommes ? ».
II — JÉSUS-CHRIST EST TOUT ENTIER DANS L'EUCHARISTIE
Ici les Pasteurs auront à expliquer que l'Eucharistie ne contient pas seulement le Corps de Jésus-Christ avec tout ce qui constitue un corps véritable, comme les os et les nerfs, mais encore Jésus-Christ tout entier. Il faut enseigner que Jésus-Christ, c'est le nom d'un Dieu et d'un homme tout à la fois, c'est-à-dire d'une personne dans laquelle la nature divine et la nature humaine son ; réunies ; Jésus-Christ possède les deux substances et ce qui les caractérise, la divinité d'abord, puis la nature humaine tout entière avec l'âme, les parties du corps et le sang qui la composent. Nous devons donc croire que toutes ces choses se trouvent dans l'Eucharistie. Car de même qu'au ciel l'humanité de Jésus-Christ est unie à la divinité dans une seule personne, (et dans une seule hypostase). de même ce serait un crime de supposer que le Corps, présent dans l'Eucharistie, y est séparé de la divinité.
Cependant les Pasteurs auront soin de faire observer que toutes ces choses ne sont point contenues de la même manière et par la même raison dans ce Sacrement. II en est qui s'y trouvent en vertu, et par la force même de la Consécration. Ces paroles en effet produisent ce qu'elles signifient, et les Théologiens disent qu'une chose se trouve dans le Sacrement, par la force du Sacrement, quand elle est exprimée par la forme des paroles. Selon eux, s'il pouvait arriver que les choses fussent détachées les unes des autres, il y aurait dans le Sacrement uniquement ce que sa forme signifie ; le reste ne s'y trouverait point. Au contraire, il est certaines choses qui sont renfermées dans le Sacrement, par cette seule et unique raison qu'elles. sont inséparablement liées avec celles que la forme exprime. Ainsi, comme la forme employée pour la Consécration du pain exprime le Corps de Notre-Seigneur, puisqu'on y dit : ceci est mon Corps, c'est donc par la force même du Sacrement que le Corps de Jésus-Christ est renferme dans l'Eucharistie. Mais parce que le Sang, l'âme et la Divinité sont inséparables du Corps, toutes ces choses seront aussi dans le Sacrement, non en vertu de la Consécration, mais par l'union qu'elles ont avec le Corps, ou comme disent les Théologiens, par concomitance. C'est de cette manière que manifestement Jésus-Christ est tout entier dans l'Eucharistie. Car lorsque deux choses sont absolument liées entre elles, il faut que l'une soit partout où l'autre se trouve. Il suit de là que Jésus-Christ est tellement tout entier, (si nous pouvons ainsi dire), et sous l'espèce du pain et sous l'espèce du vin, que, comme l'espèce du pain contient non seulement le Corps, mais le Sang, et Jésus-Christ tout entier, de même l'espèce du gyrin renferme non seulement le Sang, mais aussi le Corps et toute la Personne de Jésus-Christ.
Quoique les Fidèles doivent avoir la certitude et la persuasion que les choses se passent ainsi, cependant l'Eglise a été très sage de faire séparément les deux Consécrations. D'abord cela exprime bien mieux la Passion du Sauveur, dans laquelle le Sang fut séparé du Corps. C'est même pour cette raison que l'on fait mention de l'effusion du Sang, dans la Consécration. Ensuite, comme ce Sacrement était destiné à nourrir nos âmes, il était convenable qu’il fût établi sous la forme de nourriture et de breuvage, puisque ces deux choses constituent évidemment l’aliment complet de nos corps.
Il ne faut pas non plus oublier de dire que non seulement Jésus-Christ est tout entier dans chacune des espèces du pain et du vin, mais qu’Il est aussi tout entier dans la moindre parcelle de chaque espèce. « Chacun reçoit Jésus-Christ, écrivait Saint Augustin.,[9] et Jésus-Christ est tout entier dans la portion de chacun ; Il ne se divise pas entre tous, mais il se donne tout II tous. » nous avons d’ailleurs une preuve de cette vérité dans les Evangélistes. Il n’est pas à croire en effet que Jésus-Christ ait consacré séparément chacun des morceaux de pain qu’Il distribua aux Apôtres ; il paraît au contraire qu’il consacra, en prononçant une seule fois les paroles de la forme, tout le pain qui était nécessaire, et qu’Il le distribua ensuite à chacun. C’est évidemment ce qui eut lieu pour le calice, c’est-à-dire pour l’espèce du vin, puisque Jésus-Christ lui-même dit :[10] « prenez et partagez entre vous »
Tout ce que nous avons dit jusqu’ici a pour but de faire enseigner par les Pasteurs que le vrai Corps et le vrai Sang de Jésus-Christ sont contenus dans l’Eucharistie.
III. — DE LA TRANSSUBSTANTIATION
Les Pasteurs enseigneront également — et c’était là notre second point, — qu’après la Consécration il ne reste absolument rien de la substance du pain et du vin dans le Sacrement. Si extraordinaire, si prodigieux que puisse nous paraître ce miracle, cependant il est une conséquence nécessaire de ce que nous venons de démontrer. En effet, si après la Consécration le Corps et le Sang de Jésus-Christ sont réellement présents sous les espèces du pain et du vin où Ils n’étaient pas auparavant, ce ne peut être que par changement de lieu, ou par création, ou par le changement d’une autre substance en la sienne. Or il est impassible que le Corps de Jésus-Christ soit présent dans l’Eucharistie, en y venant d’un autre lieu, puisque autrement Il devrait quitter le ciel, un corps ne pouvant être mis en mouvement sans s’éloigner du lieu d’où part le mouvement. Il est encore bien moins croyable que le Corps de Jésus-Christ soit dans l’Eucharistie par création, ou plutôt il n’est même pas permis de le penser. Que reste-t-il donc, sinon que le pain soit changé en son Corps, et par conséquent que la substance du pain soit totalement détruite par la Consécration ? Aussi les Pères du Concile général de Latran, et ceux du Concile de Florence ont-ils nettement enseigné cette vérité. Et après eux, le Concile de Trente l’a définie plus formellement encore en ces termes : « Si quelqu’un dit que dans le très saint sacrement de l’Eucharistie, la substance du pain et du vin demeure avec le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il soit anathème ! »[11] Il est très facile d’ailleurs d’arriver à la même conclusion par les textes mêmes de la Sainte Ecriture. Et d’abord Notre-Seigneur, en instituant ce Sacrement, s’exprime ainsi : « ceci est mon Corps »: Or la propriété du mot : ceci, est d’exprimer toute la substance de l’objet présent. Si donc la substance du pain était demeurée, Jésus-Christ n’aurait pas pu dire avec vérité: ceci est mon Corps. D’un autre côté, le Seigneur dit, dans Saint Jean[12] « le pain que Je donnerai, c’est ma Chair pour la vie du monde » désignant ainsi sa Chair par le nom du pain ; puis un instant après, II ajoute[13] « Si vous ne mangez la Chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son Sang, vous n’aurez point la vie en vous ; » et encore[14] « ma Chair est véritablement une nourriture, et mon Sang est vraiment un breuvage » Or appeler en termes si clairs et si formels sa Chair un vrai pain, une véritable nourriture, et son Sang un vrai breuvage, n’est-ce pas évidemment pour nous apprendre que ni la substance du pain ni celle du vin ne demeurent dans ce Sacrement ?
Ceux qui auront seulement parcouru les Saints Pères, reconnaîtront sans peine que telle a toujours été leur croyance unanime. Voici ce qu’écrit Saint Ambroise :[15] « vous direz peut-être : ce pain est tout ordinaire. Oui c’est du pain ordinaire avant la Consécration ; mais aussitôt après la Consécration, ce pain devient la Chair de Jésus-Christ ». Puis, pour rendre ses preuves plus sensibles, il apporte plusieurs exemples et plusieurs comparaisons. Dans un autre endroit, en expliquant ces paroles du Psalmiste :[16] « le Seigneur a fait dans le ciel et sur la terre tout ce qu’Il a voulu, il dit : quoique l’on voie la figure et la forme du pain et du vin, il n’y a cependant rien autre chose après la Consécration, que la Chair et le Sang de Jésus-Christ ». Saint Hilaire s’est servi presque des mêmes termes pour exprimer la même vérité, il enseigne que[17] « le Corps et le Sang du Seigneur sont réellement dans l’Eucharistie, quoique, au dehors, on n’aperçoive que du pain et du vin »
Ici les Pasteurs feront bien d’avertir les Fidèles qu’ils ne doivent pas s’étonner qu’on ait conservé le nom de pain à l’Eucharistie, même après la Consécration. La raison en est que l’Eucharistie garde les apparences du pain et même la propriété naturelle du pain, qui est de nourrir et de fortifier le corps. C’est d’ailleurs une coutume de la Sainte Ecriture de nommer les objets d’après leurs formes extérieures. C’est ce qu’on voit dans la Genèse, où il est dit que trois hommes apparurent à Abraham, et cependant c’étaient trois Anges. De même nous lisons dans les Actes que deux hommes apparurent aux Apôtres, au moment où Notre-Seigneur Jésus-Christ venait de monter au ciel, et ces hommes étaient des Anges.
IV. — COMMENT S’OPÈRE LA TRANSSUBSTANTIATION
L’explication de ce Mystère est extrêmement difficile. Cependant les Pasteurs tâcheront de faire comprendre à ceux qui sont assez avancés dans la connaissance des Vérités saintes, comment s’opère ce changement admirable. Car pour ceux qui sont encore faibles dans la Foi, il serait à craindre qu’ils ne fussent accablés sous le poids d’une Vérité si haute. Ce changement est tel que, par la puissance de Dieu, toute la substance du pain est convertie en la substance entière du Corps de Jésus-Christ, et toute la substance du vin en la substance entière de son Sang, sans aucun changement de la part de Notre-Seigneur Lui-même. En effet, Il n’y est ni engendré, ni changé, ni augmenté ; mais Il demeure intact dans sa substance. C’est ce qui a fait dire à Saint Ambroise, en parlant de ce Mystère :[18] « vous voyez combien la parole de Jésus-Christ est efficace. Si elle a eu assez de force pour faire exister ce qui n’était pas, le monde, par exemple, combien ne lui en a-t-il pas fallu pour donner un nouvel être aux choses qui existaient déjà et pour les changer en d’autres ? »
Plusieurs autres Pères très anciens, et d’une grande autorité, ont parlé dans le même sens. « nous le déclarons sans hésiter, dit Saint Augustin[19] avant la Consécration, il n’y a que le pain et le vin formés par la nature ; mais après la Consécration, il n’y a plus que la Chair et le Sang de Jésus-Christ, rendus présents par les paroles sacrées. » — Le Corps de Notre-Seigneur,[20] dit de son côté Saint Jean Damascène, « Celui-là même qui est né d’une Vierge, est véritablement uni dans l’Eucharistie à sa divinité ; non qu’Il descende du ciel où Il est monté, mais parce que le pain et le vin sont transsubstantiés au Corps et au Sang du Seigneur. »
C’est donc avec beaucoup de raison et de justesse que l’Eglise catholique appelle ce merveilleux changement transsubstantiation, comme l’enseigne le Concile de Trente. En effet de même que la génération naturelle peut très bien s’appeler transformation, parce qu’il s’y fait un changement de forme ; de même le mot de transsubstantiation a été très convenablement créé par nos Pères, pour exprimer le changement d’une substance tout entière en une autre substance, tel que celui qui s’opère dans l’Eucharistie.
Mais ainsi que les Saints Pères l’ont très souvent recommandé, il faut avertir les Fidèles de ne pas rechercher avec trop de curiosité comment un tel changement peut se faire. Il nous est impossible de le comprendre, et nous ne pouvons en trouver aucune image ni aucun exemple dans les changements naturels, ni même dans la création. La Foi nous apprend que la chose est ainsi, nous ne devons point chercher avec curiosité pourquoi ou comment la chose est ainsi.
Il ne faudra pas moins de prudence aux Pasteurs, lorsqu’ils expliqueront comment dans ce Mystère le Corps de Jésus-Christ se trouve contenu tout entier dans chacune des plus petites parcelles du pain eucharistique. Autant qu’on le peut il faut éviter soigneusement ces sortes de discussions ; cependant, si la Charité chrétienne en-fait un devoir, qu’on n’oublie pas tout d’abord de prémunir et de fortifier l’esprit des Fidèles par ces paroles de l’Evangile[21] « Rien n’est impossible à Dieu. » Après cela les Pasteurs pourront enseigner que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est point dans ce Sacrement comme dans un lieu. Les choses ne sont dans un lieu qu’autant qu’elles ont quelque étendue. Or, quand nous disons que Jésus-Christ est dans l’Eucharistie, nous ne faisons pas attention à l’étendue plus ou moins grande de son Corps, mais à la substance elle-même, considérée indépendamment de l’étendue. Car la substance du pain est changée en la substance, et non pas en la quantité, ni en la grandeur du Corps de Jésus-Christ. Or personne ne doute qu’une substance ne puisse être également renfermée dans un petit espace aussi bien que dans un grand. Ainsi la substance de l’air est aussi entière dans une petite partie d’air que dans une grande ; la nature (ou la substance) de l’eau n’est pas moins entière dans un petit vase que dans un grand. Et comme le Corps de Notre-Seigneur remplace la substance du pain dans l’Eucharistie, on est obligé de convenir qu’Il est dans le Sacrement de la même manière que la substance du pain y était avant la Consécration. Or la substance du pain était aussi bien et aussi entière dans la plus petite partie que dans le tout. Cela ne se discute même pas.
V. — DES ACCIDENTS DU PAIN ET DU VIN
La troisième merveille de ce Sacrement, la plus grande et la plus étonnante de toutes, mais que les Pasteurs pourront aborder plus aisément, après avoir expliqué les deux précédentes, c’est que les espèces du pain et du vin y subsistent sans être soutenues d’aucun sujet. En effet, nous avons démontré d’une part que le Corps et le Sang de Notre-Seigneur sont véritablement présents dans ce Sacrement, et de manière qu’il ne reste absolument rien de la substance du pain et du vin. Mais d’autre part il est impossible que les accidents qui demeurent, s’attachent à son Corps et à son Sang. Par conséquent il est de toute nécessité que, contre toutes les lois de la nature, ces accidents subsistent en eux-mêmes, et sans être soutenus par aucune substance. telle a toujours été la doctrine constante de l’Eglise catholique, doctrine qui peut du reste se déduire des témoignages que nous avons rapportés plus haut en faveur de la vérité qui nous occupe, à savoir qu’après la Consécration, il ne demeure plus rien de la substance du pain et du vin dans l’Eucharistie.
Mais rien ne convient mieux à la piété des Fidèles que de laisser de côté ces questions difficiles, et de se borner à vénérer, à adorer la majesté de ce Sacrement, et ensuite à admirer la souveraine Providence de Dieu, qui a établi ces sacrés Mystères, pour être administrés sous les espèces du pain et du vin. toutefois, comme il répugne absolument à la nature de manger la chair et de boire le sang de l’homme, c’est une grande marque de Sagesse de la part de Notre-Seigneur de nous avoir donné sa Chair et son Sang adorables sous les apparences du pain et du vin, qui sont notre nourriture journalière, la plus ordinaire, et en même temps la plus agréable.
Nous trouvons encore en cela deux autres avantages ; le premier, c’est d’être à l’abri d’accusations calomnieuses, et qu’il nous eût été difficile d’éviter de la part des infidèles, s’ils nous avaient vus manger la Chair de Jésus-Christ dans sa propre forme. Le second, c’est qu’en prenant le Corps et le Sang de Notre-Seigneur, sans que nos sens puissent saisir la réalité de leur existence, c’est un puissant moyen d’augmenter la Foi dans nos âmes. « Car la Foi, dit Saint Grégoire[22] ne mérite plus, quand la raison démontre. »
Tout ce que nous avons dit sur ces vérités si profondes ne doit être présenté aux Fidèles qu’avec de grandes précautions, et en tenant compte du développement de leur intelligence, aussi bien que des circonstances.
↑ 1 Cor., 11, 29.
↑ Matth., 16, 26.
↑ Lib. 8, de Trinit.
↑ 1 Cor., 11, 28.
↑ 1 Cor., 10, 16.
↑ Lib. 4, de Sacram.
↑ De Eccl. Hierarch. C., 3.
↑ Prov., 8, 31.
↑ De Consecrat. Dist., 2.
↑ Luc., 22, 17.
↑ Conc. Trid. Sess., 13. Cap., 4.
↑ Joan., 6, 52.
↑ Joan., 6, 54.
↑ Joan., 6, 56.
↑ Lib. 4 de Sacr.
↑ Psal., 134, 6.
↑ De Consecr. Distr. 2.
↑ Lib. 4, de Sacr.
↑ De Consecrat.
↑ 1 Lib., 4, de orth. fid. c., 4.
↑ Luc., 1, 37.
↑ Hom., 26, Sup. Evang.
Chapitre 20
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 745).
◄ Chapitre dix-neuvième
Chapitre vingt-et-unième ►
Chapitre vingtième
Chapitre 20.
Continuation du même sujet. De la Communion et du Sacrifice de la Messe
289
§ i. —
De la vertu et des fruits de l’Eucharistie
289
§ ii. —
Trois manières de participer à l’Eucharistie
294
§ iii. —
Des dispositions nécessaires pour communier
295
§ iv. —
De l’obligation de communier
299
§ v. —
De la Communion sous les deux espèces
302
§ vi. —
Du Ministre du sacrement de l’Eucharistie
304
§ vii. —
De l’Eucharistie considérée comme Sacrement
305
§ viii. —
Le Sacrifice de la Messe est le même que celui de la Croix
309
§ ix. —
Des cérémonies de la Messe
311
DE LA COMMUNION ET DU SACRIFICE DE LA MESSE
I. — DE LA VERTU ET DES FRUITS DE L’EUCHARISTIE
La vertu et les fruits du sacrement de l’Eucharistie méritent toute notre admiration. Il n’est personne, à coup sûr, à qui il ne soit utile et même nécessaire de les connaître. Et même toute la doctrine que nous avons exposée jusqu’ici sur ce Sacrement avait principalement pour but de mettre les Pasteurs en état de mieux en instruire les Fidèles. Mais comme les biens et les avantages qu’ils renferment sont presque infinis, les plus beaux et les plus longs discours ne pourraient les expliquer en détail. Voilà pourquoi les Pasteurs seront forcés de s’attacher à une ou deux considérations principales qui suffiront pour montrer l’étendue et l’abondance des fruits salutaires contenus dans ce sacré Mystère.
Voici un moyen d’atteindre en partie ce but : c’est de faire voir, en comparant entre elles la nature et l’efficacité de tous les Sacrements, que l’Eucharistie est comme la source, tandis que les autres sont les ruisseaux. En effet l’Eucharistie est vraiment la source de toutes les grâces, puisqu’elle renferme d’une manière admirable Notre-Seigneur Jésus-Christ, la Source même de tous les dons célestes, l’Auteur de tous les Sacrements, le Principe enfin d’où dérive tout ce qu’il y a de bien et de parfait dans les autres Sacrements. Après cela il ne sera pas difficile de comprendre combien sont magnifiques les dons de la Grâce divine que nous communique la sainte eucharistie.
On pourra encore en juger aisément, en examinant la nature du pain et du vin, qui sont les symboles de l’Eucharistie. Ce que le pain et le vin produisent pour le corps, l’Eucharistie le produit également, mais d’une manière infiniment plus parfaite, pour le salut et le bonheur de l’âme. Ce n’est pas le Sacrement qui se convertit comme le pain et le vin en notre substance, c’est nous-mêmes au contraire qui sommes changés pour ainsi dire en sa nature. En sorte que l’on peut très bien appliquer ici ces paroles que Saint Augustin met dans la bouche de Notre-Seigneur :[1] « Je suis la nourriture des hommes faits ; croissez, et nous Me mangerez ensuite. Et vous ne Me changerez point en vous, comme il arrive d la nourriture de votre corps mais c’est vous qui vous changerez en Moi. »
« Si la Grâce et la Vérité ont été apportées par Jésus-Christ »,[2] ne doivent-elles pas nécessairement se répandre dans l’âme de celui qui reçoit ce Sacrement avec un cœur pur et saint ? Car Notre-Seigneur a dit :[3] « Celui qui mange ma Chair et qui boit mon Sang, demeure en Moi, et Moi en lui. s Personne ne doit douter que ceux qui participent à ce Sacrement avec des sentiments de Foi et de piété, ne reçoivent le Fils de Dieu, de manière à se trouver en quelque sorte greffés sur son Corps, comme des membres vivants. » Celui qui Me mange, dit le Sauveur[4] vivra aussi pour Moi. Le pain que je donnerai, c’est ma Chair pour la vie du monde. » Sur quoi Saint Cyrille a fait cette remarque :[5] « Le verbe de Dieu, en s’unissant à sa propre chair, l’a rendue vivifiante. il était donc convenable qu’Il s’unît à nos corps d’une manière admirable. par sa Chair sacrée et par son Sang précieux qu’Il nous livre sous les espèces du pain et du vin, pour nous sanctifier et nous donner la vie. »
Mais en disant que l’Eucharistie donne la Grâce, que les Pasteurs fassent bien entendre aux Fidèles que pour recevoir ce Sacrement d’une manière vraiment utile, il est nécessaire de la posséder auparavant. De même que les aliments naturels ne servent de rien aux morts, de même aussi il est certain que les saints Mystères sont inutiles à celui qui n’a pas la vie de l’âme. Si même ils se présentent sous les apparences du pain et du vin, c’est précisément pour nous faire comprendre qu’ils n’ont pas été institués pour rendre la vie à l’âme, mais seulement pour la lui conserver.
On veut donc dire par là que la première grâce nécessaire à tous ceux qui veulent recevoir ce Sacrement, sans manger et boire leur condamnation, ne se donne qu’à ceux qui ont le désir et la résolution bien arrêtée d’y participer, car il est la fin de tous les autres Sacrements, le symbole de l’unité et de l’union de tous les membres ale l’Eglise, hors de laquelle il est impossible d’obtenir la Grâce.
D’un autre côté, la nourriture naturelle n’est pas destinée seulement à la conservation du corps, mais aussi à son accroissement, et même à ses jouissances et à son plaisir. De même la nourriture eucharistique non seulement soutient l’âme, mais la fortifie et lui donne plus de goût pour les choses spirituelles. nous avions donc raison de dire que ce Sacrement communique la Grâce, et qu’on peut le comparer justement à la manne, dans laquelle on trouvait les délices de toutes les saveurs.
On ne peut douter non plus que l’Eucharistie ne remette et pardonne les péchés légers, que l’on appelle ordinairement véniels. tout ce que l’âme entraînée par l’ardeur de la concupiscence, a perdu de la vie de la Grâce en commettant des fautes légères, ce Sacrement le lui rend en effaçant ces petites fautes. De même aussi, pour nous servir toujours de notre comparaison, la nourriture corporelle répare peu à peu et nous rend ce que nous perdons tous les jours par l’effet de la chaleur naturelle. Ce qui a fait dire si justement à Saint Ambroise, parlant de ce céleste Sacrement :[6] « Ce pain de chaque jour est an remède aux infirmités de chaque jour. » toutefois ceci ne s’applique qu’aux péchés dont le sentiment et l’attrait n’émeuvent plus l’âme.
C’est encore un autre effet de l’Eucharistie de nous conserver exempts et purs de tout péché, de nous sauvegarder contre les attaques furieuses des tentations, et de nous servir comme d’un céleste antidote qui nous empêche d’être infectés et corrompus par le venin mortel des mauvaises passions. Aussi, au rapport de Saint Cyprien, lorsque dans les premiers temps de l’Eglise, les Fidèles étaient condamnés par les tyrans aux supplices et à la mort pour avoir confessé la Foi de Jésus-Christ, les Evêques avaient coutume de leur administrer le sacrement du Corps et du Sang de Notre-Seigneur, de peur que vaincus par la violence des tourments ils ne vinssent à succomber dans ce combat suprême du salut.
L’Eucharistie réprime et modère aussi l’ardeur des désirs de la chair. Par cela même qu’elle augmente dans les cœur s le feu de l’Amour de Dieu, elle éteint nécessairement celui de la concupiscence. Enfin, pour exprimer en un seul mot tous les avantages et tous les bienfaits de ce Sacrement, il suffit de dire qu’il possède une puissance souveraine pour nous faire acquérir la gloire éternelle. Car il est écrit, (et c’est une parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ): « Celui qui mange ma Chair, et qui boit mon Sang, a la Vie Eternelle, et Je te ressusciterai au dernier jour. »[7] A en effet, par la grâce de l’Eucharistie, les Fidèles jouissent déjà dès cette vie d’une paix et d’une tranquillité de conscience parfaites. Puis, quand il faut mourir, c’est encore par sa Vertu qu’ils s’élèvent à la gloire et à la béatitude éternelle ; semblables à Elie « qui fortifié par le pain cuit sous la cendre marcha jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu ».[8]
Il sera facile aux Pasteurs d’expliquer plus longuement tous ces bienfaits de l’Eucharistie, s’ils veulent commenter devant les Fidèles le sixième chapitre de l’Evangile de Saint Jean, où un grand nombre des effets de ce Sacrement se trouvent marqués ; ou bien encore, si en parcourant la suite admirable des actions de Notre-Seigneur, ils comparent le bonheur de ceux qui Le reçurent dans leur maison, pendant sa vie mortelle, ou qui recouvrèrent la santé « en touchant ses vêtements et le bord de sa robe, »[9] avec le bonheur beaucoup plus considérable de ceux qui Le reçoivent dans leur cœur, (maintenant qu’Il est en possession de la gloire immortelle), pour guérir toutes leurs blessures et enrichir leur âme de ses dons les plus excellents.
II. — TROIS MANIÈRES DE PARTICIPER A L’EUCHARISTIE
Il faut montrer à présent qui sont ceux qui reçoivent véritablement tous ces fruits admirables de l’Eucharistie. Il faut faire voir également qu’il y a plus d’une manière de participer à ce Sacrement, afin que les Fidèles s’efforcent d’employer celle qui est la plus salutaire. Or, dans leur sagesse, nos pères ont très bien distingué, et le Concile de Trente après eux, qu’il y a trois manières de recevoir l’Eucharistie.
Les uns reçoivent seulement le Sacrement. Ce sont ces pécheurs qui ne craignent pas de prendre les saints Mystères avec une bouche et un cœur impurs, et dont l’Apôtre a dit :[10] « Qu’ils mangent et boivent indignement le Corps du Seigneur. » C’est à eux aussi que s’appliquent ces paroles de Saint Augustin :[11] « Celui qui ne demeure pas en Jésus-Christ, et en qui Jésus-Christ ne demeure pas, ne change certainement point sa Chair spirituellement, quoique matériellement et visiblement il presse sous ses dents les Sacrements de son Corps et de son Sang. » Mais ceux qui reçoivent les saints Mystères dans cette disposition, non seulement n’en retirent aucun fruit, mais même, au témoignage de l’Apôtre,[12] « ils mangent et boivent leur propre condamnation. »
Il y en a d’autres qui ne participent à l’Eucharistie que spirituellement : ce sont ceux qui, animés[13] « de cette Foi vive qui opère par la Charité », se nourrissent de ce Pain céleste par des désirs et des vœux ardents. S’ils ne retirent pas de ce Sacrement tous les fruits qu’il contient, ils en reçoivent néanmoins de très considérables.
Enfin il en est qui participent à l’Eucharistie réellement et spirituellement tout à la fois. Fidèles aux avertissements de l’Apôtre, ils ont soin de s’éprouver eux-mêmes, et de se revêtir de la robe nuptiale, avant de s’approcher de la sainte table. Aussi ils ne manquent jamais d’en recueillir les avantages si abondants dont nous avons parlé.
Voilà pourquoi ceux qui peuvent se mettre en état de recevoir le sacrement du corps de Notre-Seigneur, et qui se contentent de faire la Communion spirituelle, se privent eux-mêmes volontairement de biens immenses et célestes.
III. — DES DISPOSITIONS nÉCESSAIRES POUR COMMUNIER
Mais il est temps de dire comment les Fidèles doivent se préparer à recevoir le sacrement de l’Eucharistie. Et d’abord, afin de les bien convaincre de la nécessité de cette préparation, il convient de leur proposer l’exemple de notre Sauveur. Lorsqu’Il voulut donner à ses Apôtres le sacrement de son Corps et de son Sang précieux, bien qu’ils fussent déjà purs, (Il le leur avait dit Lui-même), Il ne laissa pas néanmoins de leur laver les pieds, afin de nous faire comprendre par là que nous ne devons rien négliger pour nous mettre en état de grâce, et de grâce parfaite, lorsque nous allons recevoir les saints Mystères. n’oublions pas non plus que si l’on reçoit toute l’abondance des dons `de Dieu, quand on participe à l’Eucharistie avec un cœur bien disposé et parfaitement préparé, on y trouve au contraire les inconvénients et les malheurs les plus grands — bien, loin d’en retirer 1e moindre fruit -lorsqu’on la reçoit sans la préparation nécessaire. Les choses les plus excellentes et les plus salutaires ont cela de particulier qu’elles produisent les plus heureux effets, si l’on s’en sert à propos, et qu’elles sont au contraire funestes et pernicieuses, si on les emploie à contretemps. Il n’est donc pas étonnant que ces dons si précieux et si brillants de la pure bonté de Dieu, lorsque nous les recevons dans un cœur bien préparé, soient pour nous un puissant secours capable de nous faire obtenir la gloire du ciel, mais que par contre ils nous apportent la mort -et la mort éternelle — si nous avons le malheur de les recevoir indignement.
Nous voyons une preuve frappante de cette vérité dans l’Arche d’alliance. Les Israélites n’avaient rien de plus sacré. Dieu s’en était servi souvent pour leur accorder les plus signalés bienfaits. Mais enlevée un jour par les Philistins, elle fit tomber sur eux un terrible fléau, aussi affligeant que honteux, et qui les couvrit d’opprobre. De même aussi la nourriture, qui arrive dans un estomac bien préparé, soutient et fortifie le corps, mais au contraire elle engendre de graves maladies, si l’estomac est mal disposé et plein d’humeurs mauvaises.
La première disposition nécessaire, c’est de savoir distinguer entre table et table, c’est-à-dire, discerner cette table sacrée des tables profanes, ce Pain céleste du pain ordinaire. Pour cela, il faut croire fermement que l’Eucharistie renferme le vrai Corps et le vrai Sang du même Dieu que les Anges adorent dans le ciel, qui fait trembler par ses ordres les colonnes du ciel, dont la gloire remplit le ciel et la terre. C’est là discerner en effet, comme le recommande l’Apôtre, le Corps du Seigneur. Mais il faut se contenter d’adorer la profondeur de ce Mystère, sans chercher à en pénétrer l’essence par des recherches trop curieuses.
Une seconde disposition absolument indispensable, c’est de nous demander à nous-mêmes si nous sommes en paix avec les autres, si nous aimons notre prochain sincèrement, et du fond du cœur. « Si en offrant votre don à l’autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez-là votre don devant l’autel, et allez vous réconcilier avec votre frère, puis après vous viendrez faire votre offrande. »[14]
En troisième lieu, nous devons examiner notre conscience avec le plus grand soin, de peur qu’elle ne soit souillée de quelque faute mortelle, dont il soit nécessaire de nous repentir et d’obtenir le pardon par la contrition et la confession. Le saint Concile de Trente a décidé en effet, qu’« il m’était point permis à celui qui a sur la conscience un péché mortel, de recevoir la sainte Communion, quelque repentir qu’il croie éprouver, avant de s’être purifié par la confession, si toutefois il a pu trouver un Confesseur. »[15]
La quatrième disposition, c’est de réfléchir en silence au-dedans de nous-mêmes combien nous sommes indignes de ce bienfait divin que nous recevons dans la sainte eucharistie. Comme le Centurion, auquel Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même rendit ce témoignage,[16] « qu’Il n’avait point trouvé une si grande Foi en Israël », nous devons répéter du fond du cœur : « Seigneur, je ne suis pas digne que Vous entriez dans ma maison. » Demandons-nous également si nous aurions le droit de dire avec Saint Pierre :[17] « Seigneur, Vous savez que je Vous aime ! » Car n’oublions pas que celui qui était allé s’asseoir au festin de son maître « sans la robe nuptiale », fut jeté dans une prison ténébreuse, pour y subir d’éternels châtiments.
Mais la préparation de l’âme ne suffit pas ; il faut aussi apporter à la Communion certaines dispositions du corps. Ainsi nous devons nous approcher de la sainte table à jeun, c’est-à-dire sans avoir rien mangé ni rien bu depuis le milieu de la nuit, jusqu’au moment où nous recevons l’Eucharistie. La sainteté d’un si grand Sacrement demande en effet que le corps lui-même qui va devenir le temple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, soit purifié, et autant que possible conservé digne de l’Hôte divin qui daigne descendre en lui. Voilà, à peu près, ce qu’il y a de plus nécessaire à observer pour se préparer à recevoir utilement les saints Mystères. toutes les autres dispositions peuvent facilement se rapporter et se réduire à celles que nous venons d’indiquer ici.
IV. — DE L’OBLIGATION DE COMMUNIER
Il peut arriver que certains Chrétiens montrent de la négligence, et même de la lâcheté, à recevoir ce Sacrement, sous prétexte que la préparation qu’il demande est trop pénible et trop difficile. Il est donc nécessaire de rappeler aux Fidèles que l’obligation de communier atteint tout le monde. Il y a plus ; car l’Eglise a décrété que celui qui ne s’approche pas de la sainte table au moins une fois chaque année dans le temps de Pâques, doit être excommunié. Mais n’allons pas croire qu’il suffit d’obéir à ce Commandement et de recevoir une fois seulement chaque année le Corps de Notre-Seigneur. Soyons bien persuadés au contraire qu’il faut renouveler très souvent la sainte Communion. Mais faut-il communier tous les mois, toutes les semaines ou tous les jours ? on ne saurait établir là dessus une règle précise et générale. Ce que l’on peut prescrire de mieux :[18] « Vivez de manière à pouvoir communier tous les jours ! »
C’est pourquoi les Pasteurs auront soin d’exhorter souvent les Fidèles à ne point négliger de nourrir chaque jour leur âme de ce Pain salutaire, en leur représentant qu’ils ne manquent pas de donner chaque jour à leur corps les aliments dont il a besoin., et que la nourriture spirituelle n’est pas moins nécessaire à l’âme que la nourriture matérielle au corps. Il sera aussi très utile de leur rappeler en même temps ces immenses et divins bienfaits que nous procure la Communion eucharistique, ainsi que nous l’avons montré plus haut. On pourra invoquer encore, et le pain figuratif de la manne, dont les Israélites étaient obligés de se nourrir tous les jours, pour réparer les forces de leur corps, et l’autorité des Saints Pères qui recommandent fortement la réception fréquente de ce Sacrement. Ce n’est pas seulement Saint Augustin qui a dit :[19] « Vous péchez tous les jours ; communiez tous les jours » Quiconque voudra étudier sérieusement les Pères qui ont écrit sur ce sujet, se convaincra facilement qu’ils sont tous du même avis.
Aussi voyons-nous dans les Actes des Apôtres qu’il fut un temps autrefois où les Fidèles communiaient tous les jours. tous ceux qui professaient alors la Religion chrétienne étaient enflammés d’une Charité si vraie et si sincère, que sans cesse appliqués à la prière et aux autres devoirs de la piété, ils se trouvaient prêts à s’approcher chaque jour des saints Mystères. Cet usage ayant paru s’affaiblir, le très saint Pape et martyr Anaclet le renouvela en partie. Il ordonna que tous les ministres de l’Eglise qui assisteraient au Sacrifice de la Messe, y communieraient, suivant l’institution des Apôtres. Au reste ce fut pendant longtemps un usage dans l’Eglise que le Prêtre, après avoir achevé le Sacrifice, et pris lui-même l’Eucharistie, se tournait vers le peuple et invitait les Fidèles à la table sainte par ces paroles : « Venez, mes frères, à la Communion », et alors ceux qui étaient préparés recevaient les saints Mystères, avec de grands sentiments de religion.
Mais ensuite la Charité et l’amour de la piété se refroidirent tellement que les Fidèles n’approchaient plus que très rarement de la sainte Communion. C’est pourquoi le Pape Fabien décréta que tous les Chrétiens devraient recevoir d’Eucharistie au moins trois fois par an, aux fêtes de la naissance de Notre-Seigneur, de sa Résurrection, et de la Pentecôte. Cette règle fut confirmée plus tard par plusieurs Conciles, et spécialement par le premier Concile d’Agde.
Enfin les choses en étant venues à ce degré de relâchement que non seulement on n’observait plus cette ordonnance si sainte et si salutaire, mais qu’on différait même pendant plusieurs années de communier, le Concile général de Latran porta ce décret que tous les Fidèles devraient recevoir au moins une fois par an, à Pâques, le Corps sacré de Notre-Seigneur, et que ceux qui négligeraient de le faire seraient exclus de l’entrée de l’Eglise.
Cependant quoique cette Loi, fondée également sur l’autorité de Dieu et sur celle de l’Eglise, s’étende à tous les fidèles, il faut excepter de l’obligation qu’elle impose ceux qui n’ont point encore l’usage de la raison, à cause de la faiblesse de leur âge. Ils sont incapables en effet de discerner la sainte eucharistie d’un pain ordinaire et profane, et par suite de la recevoir avec les sentiments de religion et de piété qu’elle demande. Il semble même qu’il serait absolument contraire à l’institution de ce Sacrement d’agir d’une autre manière ; Notre-Seigneur Jésus-Christ ayant dit, en l’instituant :[20] « Prenez et mangez », paraît avoir exclu les enfants qui ne peuvent d’eux-mêmes ni prendre ni manger. Il est vrai qu’anciennement quelques Eglises étaient dans l’usage de donner la sainte eucharistie aux enfants ; mais il y a longtemps que l’autorité de l’Eglise a fait disparaître cet usage, soit pour les raisons que nous venons de dire, soit pour d’autres motifs très conformes à la piété chrétienne.
Quant à l’âge où l’on doit donner les saints Mystères aux enfants, personne ne peut mieux le déterminer que leurs parents, et le Prêtre auquel ils confessent leurs péchés. C’est à eux qu’il appartient d’examiner et d’interroger les enfants pour savoir s’ils ont une connaissance suffisante de cet admirable Sacrement, et s’ils sont capables d’en goûter les fruits.
On ne doit point non plus administrer l’Eucharistie aux insensés, parce qu’ils sont incapables d’aucun sentiment de piété. Cependant, si avant de tomber en démence, ils avaient montré de la piété et des sentiments religieux, on pourrait, à l’article de la mort, leur donner la sainte Communion, suivant le décret du Concile de Carthage, pourvu que l’on n’eût à craindre ni vomissement, ni indécence, ni aucun autre inconvénient.
V. — COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÉCES
En ce qui regarde la manière de communier, les Pasteurs auront soin d’enseigner que l’Eglise a défendu la Communion sous les deux espèces à tous les Chrétiens, excepté aux Prêtres lorsqu’ils consacrent l’Eucharistie dans le Sacrifice de la Messe ; car, comme l’explique le Concile de Trente, quoique Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la dernière Cène, ait institué cet auguste Sacrement sous la double espèce du pain et du vin, et qu’Il l’ait donné ainsi à ses Apôtres, il ne s’ensuit pas néanmoins qu’Il ait voulu faire une loi d’administrer les saints Mystères aux Fidèles sous ces deux espèces. Lui-même d’ailleurs, quand Il parle de ce Sacrement, ne fait le plus souvent mention que d’une seule espèce :[21] « Si quelqu’un mange de ce pain, dit-Il, il vivra éternellement. Et ce pain que Je donnerai, c’est ma Chair, pour la vie du monde. Celui qui mange ce Pain vivra éternellement. »
Ce n’est pas sans motifs — et les motifs les plus graves — que l’Eglise s’est déterminée non seulement à approuver, mais encore à sanctionner par l’autorité d’un décret la coutume de ne communier que sous une seule espèce.
D’abord il fallait prendre les plus grandes précautions pour que le Sang de Notre-Seigneur ne se répandit point à terre, ce qu’il était très difficile, pour ne pas dire impossible, d’éviter lorsqu’on, avait à le distribuer à une grande multitude de peuple.
En second lieu, l’Eucharistie devant être toujours réservée et prête pour les malades, il était bien à craindre que l’espèce du vin conservée un peu longtemps ne vînt à s’aigrir.
Troisièmement, il est un grand nombre de personnes qui ne peuvent supporter ni le goût, ni même l’odeur du vin. Voilà pourquoi l’Eglise a très sagement ordonné que les Fidèles ne recevraient, dans la sainte Communion, que l’espèce du pain. Autrement ce que l’on donnait pour le salut de l’âme aurait pu nuire à la santé du corps.
Ajoutons à toutes ces raisons que dans beaucoup de contrées, on trouve difficilement du vin, et que l’on ne peut s’en procurer qu’à grands frais, à cause de l’éloignement des lieux et de la difficulté des chemins.
Enfin — et c’est là le point principal dans cette question — il fallait abattre l’hérésie de ceux qui prétendaient que Jésus-Christ n’est pas tout entier sous chaque espèce ; que l’espèce du pain contenait seulement son Corps, séparé de son Sang, et l’espèce du vin son Sang, séparé de son Corps. Et dès lors, pour manifester d’une manière plus sensible aux yeux de tous la vérité de la Foi catholique, l’Eglise a très sagement ordonné la Communion sous une seule espèce, qui est celle du pain.
Il est encore d’autres raisons de cet usage, rapportées par ceux qui ont traité cette matière, et que les Pasteurs pourront leur emprunter, s’ils le jugent à propos.
VI. — MINISTRE DU SACREMENT DE L’EUCHARISTIE
Nous avons à parler maintenant du Ministre de l’Eucharistie, non qu’il soit possible à personne de l’ignorer, mais pour ne rien omettre de tout ce qui semble se rattacher à la doctrine de ce Sacrement. On enseignera donc que les Prêtres seuls ont reçu le pouvoir de consacrer l’Eucharistie, et de la distribuer aux Fidèles. L’usage de l’Eglise a toujours été, dit le Concile de Trente, que le peuple reçût la communion des mains des Prêtres, et que les Prêtres se communiassent eux-mêmes, quand ils célèbrent les saints Mystères ; usage que ce saint Concile fait remonter aux Apôtres et qu’il ordonne de conserver religieusement, d’autant plus qu’il est fondé sur l’exemple si frappant de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, qui consacra son Corps adorable et Le présenta aux Apôtres de ses propres mains. Et même afin de rehausser encore par tous les moyens possibles, la dignité d’un Sacrement si auguste, non seulement le pouvoir de l’administrer n’a été donné qu’aux Prêtres, mais l’Eglise a défendu par une loi, à tous ceux qui ne sont pas dans les Ordres, de manier ou de toucher les vases sacrés, les linges et autres choses nécessaires pour la Consécration, sauf le cas de quelque grave nécessité. Et c’est ce qui doit faire comprendre, tant aux Prêtres eux-mêmes, qu’aux simples Fidèles, avec quels sentiments de piété et quelle innocence il convient de consacrer, d’administrer et de recevoir l’Eucharistie. néanmoins, ce que nous avons dit plus haut des autres Sacrements, qu’ils peuvent être administrés validement, même par des Ministres indignes, pourvu que la matière et la forme soient exactement employées, n’est pas moins vrai du Sacrement de l’Eucharistie. La Foi nous enseigne que leur effet ne dépend pas du mérite de celui qui les administre, mais de la puissance et des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Voilà ce qu’il faudra dire de l’Eucharistie considérée comme Sacrement. Il reste à la considérer maintenant comme Sacrifice. Après cela, les Pasteurs n’ignoreront rien de ce qu’ils sont obligés, d’après le décret du Concile de Trente, d’enseigner aux peuples sur ce Mystère ; les jours de Dimanches et de Fêtes.
VII. — DE L’EUCHARISTIE CONSIDÉRÉE COMME SACRIFICE
L’Eucharistie n’est pas seulement le trésor des richesses spirituelles dont le bon usage nous assure la grâce et l’amitié de Dieu. Elle possède en outre une vertu particulière qui nous donne le moyen de témoigner à Dieu notre reconnaissance pour les immenses bienfaits que nous avons reçus de Lui. Or, pour comprendre combien ce Sacrifice Lui est agréable et cher, lorsqu’on le Lui offre comme il convient, il suffit de se rappeler les sacrifices de l’ancienne Loi. De ces sacrifices les Prophètes avaient dit :[22] « Vous n’avez voulu ni sacrifices ni offrandes. » « Si vous aimiez les sacrifices, je Vous en offrirais ; mais les holocaustes ne Vous sont point agréables. » Et cependant le Seigneur les agréait, puisque l’Ecriture atteste[23] qu’Il « les a reçus en odeur de suavité », c’est-à-dire qu’ils Lui ont été réellement agréables. Dès lors que ne devons-nous pas attendre d’un Sacrifice où l’on immole et où l’on offre Celui dont une voix céleste a dit deux fois :[24] « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui J’ai mis foutes mes complaisances ? » Les Pasteurs devront donc expliquer soigneusement ce Mystère aux Fidèles, afin que, lorsqu’ils assisteront à la Messe, ils soient capables de méditer avec attention et avec piété sur ce très saint Sacrifice.
Ils enseigneront avant tout que Notre-Seigneur Jésus-Christ a institué l’Eucharistie pour deux raisons : la première, afin qu’elle servit à notre âme de nourriture spirituelle pour soutenir et conserver en elle la vie de la grâce ; la seconde, afin que l’Eglise possédât un Sacrifice perpétuel, capable d’expier nos péchés, et au moyen duquel notre Père céleste, trop souvent offensé d’une manière grave pour nos iniquités, pût être ramené de la colère à la miséricorde et des justes rigueurs du châtiment à la clémence. Double effet dont nous avons une figure et une image dans l’Agneau pascal que les enfants d’Israël avaient coutume d’offrir comme sacrifice, et de manger comme sacrement. Et à coup sûr, au moment de s’offrir Lui-même à son Père sur l’Autel de la Croix, notre divin Sauveur ne pouvait nous donner une marque plus éclatante de son immense Charité que de nous laisser ce Sacrifice visible, afin de renouveler sans cesse cette immolation sanglante qu’Il allait offrir une fois le lendemain sur la Croix, afin aussi d’en conserver la mémoire jusqu’à la fin des siècles et d’en répandre chaque jour les fruits infinis dans tout l’univers, par le moyen de son Eglise.
Mais il y a une grande différence entre le Sacrement et le Sacrifice. Le Sacrement a lieu par la Consécration, et le Sacrifice consiste surtout dans l’Offrande. Ainsi, pendant qu’elle est conservée dans le ciboire, ou bien quand on la porte aux malades, l’Eucharistie n’a que le caractère de Sacrement, et non celui de Sacrifice. De plus, en tant que Sacrement, elle est une cause de mérite pour ceux qui la reçoivent, et leur procure tous les avantages dont nous avons parlé plus haut. Mais, en tant que Sacrifice, elle possède outre la vertu de nous faire mériter, celle de satisfaire. De même en effet que Notre-Seigneur Jésus-Christ a mérité et satisfait pour nous dans sa Passion, ainsi ceux qui offrent ce Sacrifice, par lequel ils communiquent avec nous, méritent de participer aux fruits de la Passion de Notre-Seigneur, et ils satisfont pour leurs péchés.
Quant à l’institution de ce Sacrifice, il n’est pas permis d’avoir le moindre doute, après la déclaration du Concile de Trente ; en effet cette sainte assemblée dit formellement que Jésus-Christ l’institua dans la dernière Cène, et elle frappe d’anathème ceux qui prétendent qu’on n’offre point à Dieu de Sacrifice véritable dans l’Eglise, ou du moins que celui qu’on offre consiste uniquement à donner la Chair de Notre-Seigneur à manger.
Le Concile n’a point oublié non plus de rappeler soigneusement que le Sacrifice ne s’offre et ne peut s’offrir qu’à Dieu. Quoique l’Eglise ait coutume de célébrer de temps en temps des Messes en mémoire et à l’honneur des Saints, le saint Concile nous enseigne que ce Sacrifice ne leur est point offert, mais à Dieu seul qui les a couronnés
d’une gloire immortelle. C’est pourquoi le Prêtre ne dit pas: Pierre, ou Paul, je vous offre ce Sacrifice ; mais en sacrifiant à Dieu seul, il Lui rend des actions de grâces pour les victoires signalées des bienheureux Martyrs, et il implore leur protection, afin qu’ils daignent intercéder pour nous dans le ciel, pendant que nous honorons leur mémoire sur la terre. Au surplus, cette doctrine sur la réalité du Sacrifice eucharistique, l’Eglise l’a reçue de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, lorsque dans cette nuit suprême, où Il ordonna à ses Apôtres de célébrer les saints Mystères, Il leur dit:[25] « Faites ceci en mémoire de Moi. »
En effet, comme l’a déclaré le saint Concile, c’est en ce moment-là même qu’Il les institua Prêtres, et qu’If leur ordonna, à eux et à leurs successeurs, d’immoler et d’offrir le sacrifice de son Corps. On tire également une autre preuve de cette vérité de ces paroles de l’Apôtre aux Corinthiens:[26] « Vous ne pouvez pas boire le Calice du Seigneur, et le calice des démons ; vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur, et à la table des démons. » Or, par la table des démons, il faut nécessairement entendre l’autel sur lequel on leur immolait des victimes, donc, pour que le raisonnement de l’Apôtre soit concluant, la table du Seigneur ne peut signifier rien autre chose que l’Autel sur lequel on Lui sacrifie.
Si nous cherchons dans l’Ancien testament des figures et des prophéties de ce Sacrifice, nous y trouvons d’abord ces paroles de Malachie, qui l’annoncent avec une clarté parfaite :[27] « Depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, mon nom est grand parmi les nations : en tout lieu on sacrifie et on offre à mon Nom une victime pure, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées. » Cette même victime était figurée par tous les sacrifices qui eurent lieu, soit avant, soit après la promulgation de la Loi. C’est que, en effet, tous les biens qui étaient signifiés par ces sacrifices se trouvent renfermés dans celui de l’Eucharistie, qui est la perfection et l’accomplissement de tous les autres.
Mais de toutes les figures qui l’ont annoncé, il n’en est point de plus frappante que le sacrifice de Melchisédech, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, pour bien nous marquer qu’Il avait été établi « Prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech »,[28] offrit à Dieu son Père, dans la dernière Cène, son Corps et son Sang sous les espèces du pain et du vin.
VIII. — LE SACRIFICE DE LA MESSE eST LE MÊME QUE CELUI DE LA CROIX
Nous reconnaissons donc que le Sacrifice qui s’accomplit à la Messe, et celui qui fut offert sur la Croix ne sont et ne doivent être qu’un seul et même Sacrifice, comme il n’y a qu’une seule et même Victime, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui s’est immolé une fois sur la Croix d’une manière sanglante. Car il n’y a pas deux hosties, l’une sanglante, et l’autre non sanglante, il n’y en a qu’une ; il n’y a qu’une seule et même Victime dont l’immolation se renouvelle tous les jours dans l’Eucharistie depuis que le Seigneur a porté ce Commandement[29] « Faites ceci en mémoire de Moi. »
Il n’y a non plus qu’un seul et même Prêtre dans ce Sacrifice, c’est Jésus-Christ. Car les Ministres qui l’offrent n’agissent pas en leur propre nom. Ils représentent la Personne de Jésus-Christ, lorsqu’ils consacrent son Corps et son Sang, comme on le voit par les paroles mêmes de la Consécration. Car les prêtres ne disent pas :[30] Ceci est le Corps de Jésus-Christ, mais, Ceci est mon Corps : se mettant ainsi à la place de Notre-Seigneur, pour convertir la substance du pain et du vin en la véritable substance de son Corps et de son Sang.
Les choses étant ainsi, il faut sans aucune hésitation enseigner avec le saint Concile que l’auguste Sacrifice de la Messe n’est pas seulement un Sacrifice de louanges et d’actions de grâces, ni un simple mémorial de celui qui a été offert sur la Croix, mais encore un vrai Sacrifice de propitiation, pour apaiser Dieu et nous le rendre favorable. Si donc nous immolons et si nous offrons cette victime très sainte avec un cœur pur, une Foi vive et une douleur profonde de nos péchés, nous obtiendrons infailliblement miséricorde de la part du Seigneur, et le secours de sa Grâce dans tous nos besoins. Le parfum qui s’exhale de ce Sacrifice lui est si agréable qu’Il nous accorde les dons de la grâce et du repentir, et qu’Il pardonne nos péchés. Aussi l’Eglise dit-elle dans une de ses Prières solennelles : « Chaque fois que nous renouvelons la célébration de ce sacrifice, nous opérons l’œuvre de notre salut. »[31] Car tous les mérites si abondants de la Victime sanglante se répandent sur nous par ce Sacrifice non sanglant.
Enfin, telle est la vertu de ce Sacrifice, — et les Pasteurs ne doivent pas manquer de l’enseigner — qu’il profite non seulement à celui qui l’immole et à celui qui y participe, mais encore à tous les Fidèles, soit à ceux qui rivent avec nous sur la terre, soit à ceux qui déjà sont morts dans le Seigneur, mais sans avoir suffisamment expié leurs fautes. Car c’est une tradition très certaine des Apôtres que le saint sacrifice de la Messe s’offre avec autant d’avantage pour les morts, que pour les péchés, les peines, les satisfactions et tous les genres de calamités et d’afflictions des vivants. D’où il suit clairement que toutes les Messes sont communes, (ou générales) puisqu’elles s’appliquent au bien général, et au salut commun de tous les Fidèles.
IX. — CÉRÉMONIES DE LA MESSE
Ce sacrifice est accompagné de cérémonies imposantes et majestueuses. Et non seulement il n’en est aucune qui puisse être regardée comme inutile et superflue, mais encore elles ont toutes pour but de faire briller davantage la majesté d’un si grand Sacrifice, et de porter les Fidèles par ces signes salutaires et mystérieux qui frappent la vue, à la contemplation des choses divines voilées dans le Sacrifice. Mais nous ne croyons pas devoir nous arrêter plus longtemps sur ce sujet, qui demanderait des développements trop considérables pour le travail que nous avons en vue. D’autre part il existe, — dans le même ordre d’idées — un très grand nombre de traités et de commentaires qui sont l’œuvre d’hommes aussi pieux que savants, et que tous les Prêtres peuvent se procurer. Nous nous en tiendrons donc à ce que nous avons exposé jusqu’ici, avec la grâce de Dieu, sur les points principaux de la Doctrine catholique par rapport à la sainte eucharistie considérée comme Sacrement, et comme Sacrifice.
↑ V. Ambr. lib., 5, de Sacr.
↑ Joan., 1, 17.
↑ Joan., 6, 56.
↑ Joan., 6, 57.
↑ Lib. 4 in Joan.
↑ Lib. 4 de Sacr.
↑ Joan., 6, 54.
↑ 3 Reg., 19, 8.
↑ Matth., 9, 20 et 14, 36.
↑ 1 Cor., 11, 99.
↑ In Joan. Tract., 26.
↑ 1 Cor., 11, 29.
↑ Gal., 5, 6.
↑ Matth., 5, 23.
↑ Sess., 13. Can., 11.
↑ Matth., 8, 10.
↑ Joan., 21, 15.
↑ De verb. Dom. Serm., 28.
↑ Epist., 118.
↑ Matth., 26, 26.
↑ Joan., 6, 51.
↑ Psal., 39, 7. = 50, 18.
↑ Genes., 8, 21.
↑ Matth., 3, 17.
↑ Luc., 22, 19. = 1 Cor., 11, 24.
↑ 1 Cor., 10, 21.
↑ Malach, 1, 11.
↑ Hebr., 7, 17. = Psal., 109, 4.
↑ Luc., 22, 19.
↑ Cor., 11, 24.
↑ Secreta Dom., 9, post Pent.
Chapitre 21
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 745).
◄ Chapitre vingtième
Chapitre vingt-deuxième ►
Chapitre vingt-et-unième
Chapitre 21.
Du Sacrement de Pénitence
312
§ i. —
Du nom et de la vertu de Pénitence
313
§ ii. —
De là Pénitence considérée comme Sacrement
313
§ iii. —
De la matière et de la forme du sacrement de Pénitence
321
§ iv. —
Des effets du sacrement de Pénitence
324
DU SACREMENT DE PÉNITENCE
La faiblesse et la fragilité de la nature humaine sont assez connues, et chacun en éprouve assez les effets en soi-même, pour que personne ne puisse ignorer combien le sacrement de Pénitence est nécessaire. Si donc le zèle que les Pasteurs sont obligés d’apporter dans leurs explications, doit se mesurer sur la grandeur et l’importance de la matière qu’ils traitent, nous conviendrons volontiers qu’ils ne pourront jamais paraître assez empressés à faire connaître le sujet que nous abordons. Le sacrement de Pénitence demande même à être expliqué avec plus de soin que le Baptême, car le Baptême ne s’administre qu’une seule fois et ne peut se réitérer, tandis que le sacrement de Pénitence devient nécessaire, et veut être renouvelé, toutes les fois que l’on tombe dans le péché après le Baptême. C’est ce qui a fait dire au Concile de Trente que la Pénitence n’est pas moins nécessaire pour le salut à ceux qui pèchent après le Baptême, que le Baptême à ceux qui ne sont pas encore régénérés. De là aussi cette parole si remarquable de Saint Jérôme, parole approuvée ensuite sans réserve par tous ceux qui ont écrit sur cette matière : « La pénitence est une seconde planche. »[1] En effet, lorsque le vaisseau se brise, l’unique ressource pour sauver sa vie, c’est de pouvoir saisir une planche au milieu du naufrage ; ainsi, quand on a perdu l’innocence baptismale, si on n’a pas recours à la planche de la pénitence, il n’y a plus de salut possible. Et ce que nous disons ici ne s’adresse pas seulement aux Pasteurs, mais aux Fidèles eux-mêmes qui ont besoin qu’on excite leur zèle, afin qu’on n’ait jamais à blâmer en eux d’incurie pour une chose aussi nécessaire. Pénétrés de la fragilité humaine, leur premier et plus ardent désir doit être de marcher dans la voie de Dieu, avec le secours de sa Grâce, sans faux pas et sans chute. Mais cependant s’ils viennent à tomber quelques fois, qu’ils tournent alors leurs regards vers l’infinie bonté de Dieu, qui, comme un bon Pasteur, daigne panser les plaies de ses brebis et les guérir, et qu’ils comprennent que le remède si salutaire du sacrement de Pénitence ne doit pas être renvoyé à un autre temps.
I. — DU NOM ET DE LA VERTU DE PÉNITENCE
Mais pour entrer immédiatement en matière, il convient d’expliquer d’abord les différentes significations du mot de Pénitence, afin que l’ambiguïté de cette expression n’induise personne en erreur. Les uns prennent la Pénitence pour la Satisfaction. D’autres, d’un sentiment tout opposé à la doctrine de la Foi catholique, prétendent que la Pénitence n’est autre chose qu’une vie nouvelle, sans repentir du passé. Voilà pourquoi il faut montrer que ce mot a plusieurs sens différents.
Premièrement, on dit de quelqu’un qu’il se repent lorsqu’une chose qui lui était agréable auparavant, commence à lui déplaire ; que cette chose soit bonne ou mauvaise, peu importe. tel est le repentir de ceux « dont la tristesse est selon le monde »,[2] et non selon Dieu ; repentir qui opère la mort, et non le salut.
Un autre repentir, c’est la douleur que l’on éprouve non pas à cause de Dieu, mais à cause de soi-même, après avoir commis une mauvaise action, qui auparavant nous souriait.
Un troisième repentir enfin, est celui qui ne se borne pas au regret sincère et profond du mal que l’on a fait, ni même à des signes extérieurs qui expriment ce regret, mais qui vient principalement ou uniquement de ce que nous avons offensé Dieu.
Le nom de Pénitence convient également à ces trois sortes de repentir.
Mais quand nous lisons dans les Saintes Ecritures que Dieu se repentit,[3] évidemment ce n’est là qu’une métaphore. Cette manière de parler est toute humaine et conforme à nos habitudes. Nos Livres Saints l’emploient pour exprimer que Dieu a résolu de changer quelque chose, parce qu’en cela Dieu semble ne pas agir autrement que les hommes qui, après avoir fait une chose dont ils se repentent, travaillent de toutes leurs forces à la changer. C’est dans ce sens qu’il est écrit que Dieu « se repentit d’avoir créé l’homme »,[4] — « et d’avoir fait roi Saül. »[5]
Cependant il faut observer une grande différence entre ces trois sortes de Pénitence. La première est un défaut ; la seconde n’est que l’affliction d’une âme agitée et troublée. Et la troisième est tout ensemble une Vertu et un sacrement. C’est dans ce dernier sens que nous allons entendre ici le mot de Pénitence.
Mais d’abord nous avons à parler de la Pénitence considérée comme vertu non seulement parce que les Pasteurs sont obligés de former les Fidèles à toutes les vertus en général, mais encore parce que les actes de cette vertu sont comme la matière sur laquelle s’exerce l’action du sacrement de Pénitence. Et de fait, si l’on ne connaît d’abord la vertu de Pénitence, il est impossible de jamais bien comprendre l’efficacité du Sacrement.
En premier lieu on doit donc exhorter les Fidèles à faire tous leurs efforts et à déployer toute leur ardeur pour obtenir ce repentir du cœur, que nous appelons la vertu de Pénitence. Sans lui, la Pénitence extérieure est peu profitable. Or cette Pénitence intérieure consiste à retourner à Dieu du fond du cœur, à détester sincèrement les péchés que nous avons commis, et à être fermement décidés et absolument résolus à réformer nos mauvaises habitudes et nos mœurs corrompues. Mais en même temps nous devons avoir l’espérance que Dieu nous pardonnera, et nous fera miséricorde. A cette Pénitence vient toujours se joindre, comme inséparable compagne de la détestation du péché, une douleur, une tristesse, qui est une véritable émotion, un trouble, et même une passion, comme plusieurs l’appellent. Voilà pourquoi quelques saints Pères définissent la Pénitence par ces sortes de tourments de l’âme. Cependant il est nécessaire que la Foi précède la Pénitence. Personne sans la Foi ne peut se convertir à Dieu. D’où il suit qu’on ne peut en aucune façon considérer la Foi comme une partie de la Pénitence. Mais que cette Pénitence intérieure soit une vertu, comme nous l’avons dit, c’est ce que démontrent clairement les nombreux Commandements que Dieu nous en fait. Car la Loi ne prescrit que les actes qui s’accomplissent par vertu. Or, personne ne peut nier qu’il ne soit bon et louable de se repentir quand, comment, et comme il le faut. Et c’est là précisément ce qui fait la vertu de Pénitence.
Il arrive quelquefois que les hommes n’ont pas un repentir proportionné à leurs péchés ; et même, comme le dit Salomon :[6] « Il y en a qui se réjouissent, lorsqu’ils ont fait le mal. » D’autres, au contraire, s’abandonnent à tel point au chagrin et à la désolation, qu’ils viennent à désespérer entièrement de leur salut. Tel semble avoir été Caïn, qui disait :[7] « Mon crime est trop grand pour obtenir le pardon. » Et tel fut certainement Judas[8] que « le repentir de son crime conduisit à se pendre lui-même, » perdant ainsi la vie et son âme tout ensemble. La vertu de Pénitence nous aide donc à garder une juste mesure dans notre douleur.
Ce qui prouve encore que la Pénitence est une vertu, c’est la fin que se propose celui qui se repent véritablement de son péché. Il veut d’abord effacer sa faute et laver toutes les taches et toutes les souillures de son âme. Ensuite il désire satisfaire à Dieu pour ses iniquités. Or c’est là évidemment un acte de justice. Car s’il ne peut y avoir de justice stricte et rigoureuse entre Dieu et les hommes, puisqu’ils sont séparés par un intervalle infini, cependant il est certain qu’il existe entre eux une sorte de justice, que l’on peut comparer à celle que nous trouvons entre un père et ses enfants, entre un maître et ses serviteurs.
La troisième fin que se propose celui qui se repent, c’est de rentrer en grâce avec Dieu, dont il a encouru l’inimitié et la disgrâce par la laideur de son péché. toutes choses qui montrent assez que la Pénitence est véritablement une vertu.
Mais il est nécessaire d’apprendre aux Fidèles par quels degrés on peut s’élever jusqu’à cette vertu divine.
D’abord la miséricorde de Dieu nous prévient, et tourne nos cœur s vers Lui, pour nous convertir. C’est cette grâce que demandait le Prophète, quand il disait :[9] « Convertissez-nous à vous, Seigneur, et nous serons convertis ! »
Ensuite illuminés par cette lumière, nous tendons vers Dieu par la Foi. Car comme l’Apôtre nous l’assure :[10] « Celui qui veut aller à Dieu doit croire qu’il existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. »
Puis viennent les mouvements de crainte, c’est alors que frappé par la considération des supplices rigoureux qu’il a mérités, le pécheur détache son cœur du péché. C’est à cet état d’âme que semblent se rapporter ces paroles d’Isaïe :[11] « Nous sommes devenus comme celle qui approche du temps où elle doit enfanter, et qui crie au milieu des douleurs qu’elle ressent. »
A ces sentiments se joint l’espérance d’obtenir miséricorde du Seigneur, espérance qui nous relève de notre abattement, et nous fait prendre la résolution d’amender notre vie et nos mœurs.
Enfin la Charité enflamme nos cœurs et fait naître en nous cette crainte filiale qui convient à des enfants généreux et bien nés. Dés lors ne craignant plus qu’une seule chose, qui est de blesser en quoi que ce soit la majesté de Dieu, nous abandonnons entièrement l’habitude du péché.
Tels sont les degrés par lesquels on parvient à cette sublime vertu de la Pénitence, vertu qui doit être à nos yeux toute céleste et toute divine, car la sainte Ecriture lui promet le Royaume des cieux. Ainsi il est écrit dans Saint Matthieu :[12] « Faites pénitence, car le Royaume des cieux est proche. » Et dans Ezéchiel :[13] « Si l’impie fait pénitence de tous les péchés qu’il a commis ; s’il garde tous mes préceptes ; s’il accomplit le jugement et la justice, il vivra et ne mourra point. » Et dans un autre endroit :[14] « je ne veux point la mort de l’impie, mais qu’il se convertisse de sa voie, et qu’il vive » Or, toutes ces paroles doivent évidemment s’entendre de la Vie Eternelle et bienheureuse.
II. — DE LA PÉNITENCE CONSIDÉRÉE COMME SACREMENT
Quant à la Pénitence extérieure, il faut enseigner que c’est elle qui constitue, à proprement parler, le Sacrement, et qu’elle consiste dans certaines actions extérieures et sensibles qui expriment ce qui se passe dans l’intérieur de l’âme. Mais avant tout il nous semble qu’il faut instruire les Fidèles des raisons pour lesquelles Notre-Seigneur Jésus-Christ a placé la Pénitence au nombre des Sacrements. Or la raison principale a été certainement de lever tous les doutes que nous aurions pu concevoir sur la rémission de nos péchés. Quoique Dieu en effet nous l’ait promise (cette rémission) dans ces paroles du Prophète :[15] « Si l’impie fait pénitence, etc., », nous n’en serions pas moins dans de continuelles inquiétudes sur la vérité de notre repentir, car personne ne peut se fier au jugement qu’il porte sur ses propres actions. C’est donc pour détruire toute inquiétude à cet égard, que notre Seigneur a fait de la Pénitence un Sacrement capable de nous donner la confiance que nos péchés nous sont pardonnés par l’absolution du Prêtre, et par suite de mettre plus de calme dans notre conscience par cette Foi légitime que nous devons avoir dans la vertu des Sacrements. Lorsqu’en effet le Prêtre nous absout de nos fautes suivant la forme du Sacrement, ses paroles n’ont point d’autre sens que celles de Notre-Seigneur au paralytique :[16] « Mon fils, ayez confiance, vos péchés vous sont remis ! »
En second lieu, personne ne peut obtenir le salut que par Jésus-Christ, et par les mérites de sa Passion. Il était donc très convenable en soi, et très utile pour nous qu’il y eût un Sacrement qui ferait couler sur nos âmes le Sang de Jésus-Christ ; un Sacrement qui par sa vertu et son efficacité serait capable d’effacer tous les péchés commis après le Baptême, et nous obligerait à reconnaître que c’est à notre divin Sauveur, et à Lui seul, que nous devons le bienfait de notre réconciliation.
Or, que la Pénitence soit un véritable Sacrement, c’est ce que les Pasteurs n’auront pas de peine à démontrer. Le Baptême est un Sacrement parce qu’il efface tous les péchés, et spécialement celui que nous contractons à notre origine. Par la même raison, la Pénitence qui efface tous les péchés de désirs et d’actions volontairement commis après le Baptême, doit être un véritable Sacrement, au sens propre du mot. D’ailleurs, (et c’est ici la raison principale), dès lors que ce que le Prêtre et le pénitent font au dehors et d’une manière sensible, exprime nettement les effets qui s’opèrent dans l’âme, qui oserait soutenir que la Pénitence ne renferme pas toutes les propriétés d’un véritable Sacrement ? Un Sacrement est le signe d’une chose sacrée. Or, d’une part, le pécheur qui se repent exprime très bien par ses paroles et par ses actions qu’il a détaché son cœur du péché, et d’autre part les paroles et les actions du Prêtre expriment aussi sensiblement que Dieu, par sa miséricorde, remet Lui-même les péchés. Au reste une preuve évidente de cette vérité se trouve dans ces paroles du Sauveur :[17] « Je vous donnerai les clefs du Royaume des cieux ; et dans celles-ci : Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel. » Car l’absolution prononcée par le Prêtre exprime la rémission des péchés qu’elle produit dans l’âme.
Mais il ne suffit pas d’apprendre aux Fidèles que la Pénitence est un Sacrement, ils doivent savoir encore qu’elle est du nombre de ceux qui peuvent se réitérer. L’Apôtre Saint Pierre ayant demandé à Notre-Seigneur si l’on pouvait accorder jusqu’à sept fois le pardon d’un péché, reçut cette réponse[18] « Je ne vous dis pari jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. » Si donc on doit traiter avec des personnes qui paraissent se défier de la bonté et de la clémence infinie de Dieu, il faut raffermir leur courage, et relever leurs espérances vis-à -vis de la Grâce divine. Et l’on obtiendra facilement ce but, soit en leur citant ce passage que nous venons de rappeler, et une foule d’autres qui se rencontrent si souvent dans la sainte Ecriture, soit en empruntant les arguments et les raisons de Saint Jean Chrysostome, dans son livre : De ceux qui sont tombés, et ceux de Saint Ambroise, dans ses traités : De la Pénitence.
III. — MATIÈRE ET FORME DU SACREMENT DE PÉNITENCE
Rien ne doit être plus connu des Fidèles que la matière du Sacrement de Pénitence. Il faut donc leur faire remarquer que la grande différence entre ce Sacrement et les autres, c’est que la matière de ces derniers est toujours une chose naturelle ou artificielle, tandis que les actes du pénitent, la Contrition, la Confession, et la Satisfaction sont, dit le Concile de Trente, comme la matière de ce Sacrement. Et ces actes sont nécessaires, de la part du pénitent, pour l’intégrité du Sacrement, et pour l’entière rémission des péchés. Ceci est d’institution divine. Aussi bien les actes dont nous parlons sont regardés comme les parties mêmes de la Pénitence. Et si le saint Concile dit simplement qu’ils sont comme la matière du Sacrement, ce n’est pas à dire qu’ils ne sont pas la vraie matière ; mais c’est qu’ils ne sont pas du genre des autres matières sacramentelles, lesquelles se prennent au dehors, comme l’eau dans le Baptême et le chrême dans la Confirmation. Que si quelques-uns ont regardé les péchés euxmêmes comme la matière du sacrement de Pénitence, leur sentiment ne paraît pas contraire au nôtre, si l’on veut y regarder de près. De même que nous disons du bois, qu’il est la matière du feu, parce que le feu le consume ; ainsi nous pouvons très bien dire des péchés, qu’ils sont la matière de la Pénitence, puisque ce Sacrement les efface et les consume en quelque sorte.
Les Pasteurs ne doivent pas négliger non plus d’instruire les Fidèles de la forme de ce Sacrement. Cela ne peut qu’exciter davantage leur ferveur quand ils voudront le recevoir, et leur inspirer plus de respect et de vénération pour s’en approcher. Or voici cette forme : Je vous absous. On pourrait déjà la tirer de ces paroles du Sauveur :[19] « Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel. » Mais les Apôtres nous l’ont transmise comme l’ayant reçue de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même. D’ailleurs puisque les Sacrements signifient ce qu’ils produisent, ces paroles : Je vous absous, montrent très bien que la rémission des péchés s’opère par l’administration de ce Sacrement ; par conséquent il est clair qu’elles en sont la forme complète. Les péchés, en effet, sont comme des liens qui tiennent nos âmes enchaînées, et que le sacrement de Pénitence vient briser. Et le Prêtre ne dit pas moins la vérité, lorsqu’il prononce ces paroles sur un pénitent qui par la vivacité d’une Contrition parfaite, accompagnée du vœu de la Confession, a déjà obtenu de Dieu le pardon de ses péchés.
A ces paroles, on ajoute plusieurs prières qui ne sont pas nécessaires pour la forme du Sacrement, mais qui ont pour but d’écarter tout ce qui pourrait empêcher sa vertu et son efficacité par la faute de celui auquel il est administré.
Quelles actions de grâces ne doivent donc point rendre à Dieu les pécheurs, de ce qu’Il a donné un si grand pouvoir aux Prêtres de son Eglise ? Il ne s’agit plus maintenant comme autrefois, sous la Loi ancienne, du témoignage du Prêtre qui se bornait à déclarer que le lépreux était guéri. non, le pouvoir des Prêtres dans l’Eglise est si étendu qu’ils ne se contentent pas de déclarer que le pécheur est absous de ses péchés, mais qu’ils donnent réellement, comme Ministres du Seigneur, l’Absolution qui est ratifiée en même temps par Dieu Lui-même, Auteur et Principe de la grâce et de la justification.
Quant aux rites prescrits pour la réception de ce Sacrement, les Fidèles auront soin de s’y conformer exactement. Par là ils graveront plus profondément dans leurs cœur s le souvenir de ce qu’ils lui devront, c’est-à-dire la grâce d’avoir été réconciliés, comme des serviteurs avec le plus doux des maîtres, ou plutôt comme des enfants avec le meilleur des pères ; et puis ils comprendront mieux aussi comment ceux qui le veulent, (et tous doivent le vouloir), peuvent prouver à Dieu leur reconnaissance pour un si grand bienfait.
Tout pécheur qui se repent, doit donc en premier lieu se jeter aux pieds du Prêtre, avec des sentiments d’humilité et d’abaissement, afin qu’en s’humiliant ainsi, d’une part il apprenne à reconnaître plus aisément qu’il doit arracher de son cœur jusqu’à la racine de l’orgueil qui a été la source et le principe de toutes les fautes qu’il déplore, et d’autre part qu’il sache révérer dans le Prêtre, qui est son juge légitime, la Personne et la puissance de JésusChrist Lui-même. Car dans l’administration du sacrement de Pénitence, comme dans tous les autres Sacrements, le Prêtre tient la place de Notre-Seigneur.
Puis il confessera tous ses péchés les uns après les autres, de manière à convenir qu’il mérite les châtiments les plus grands et les plus rigoureux. Ensuite, il implorera le pardon de ses fautes. nous trouvons dans Saint Denys les témoignages les plus formels sur l’antiquité de toutes ces pratiques.
IV. — DES EFFETS DU SACREMENT DE PÉNITENCE
Mais rien ne sera plus utile aux Fidèles, rien ne leur donnera plus d’empressement à recevoir le sacrement de Pénitence que d’entendre les Pasteurs expliquer souvent les grands avantages que nous en retirons. Ils comprendront alors que la Pénitence est comme un arbre, dont les racines sont amères, mais dont les fruits sont pleins de douceur.
Et d’abord la Pénitence possède la vertu de nous rétablir dans la grâce de Dieu, et de nous unir à Lui par une étroite amitié.
Ensuite cette réconciliation produit ordinairement chez les personnes pieuses, qui reçoivent ce Sacrement avec Foi et piété, une paix profonde, une tranquillité parfaite de conscience, et des joies ineffables de l’Esprit Saint.
Il n’y a point d’ailleurs de crime si grand et si horrible, qui ne puisse être effacé par le sacrement de Pénitence, non seulement une fois, mais deux fois, mais toujours. Dieu Lui-même nous en donne l’assurance par ces paroles du prophète :[20] « Si l’impie fait pénitence de tous les péchés qu’il a commis, s’il garde mes commandements, s’il pratique le jugement et la justice, il vivra de la vie et il ne mourra point ; et Je ne me souviendrai point de toutes les iniquités qu’il a commises. » C’est là ce qui a fait dire à Saint Jean :1 Joan., 1, 9. « Si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous les pardonner. » Et plus loin : « Si quelqu’un a péché, dit-il, sans excepter aucune sorte de péché, nous avons pour avocat auprès du Père, Jésus-Christ qui est juste, qui est Lui-même propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier. »
Si nous lisons dans l’Ecriture que certains personnages n’ont point obtenu de Dieu miséricorde, bien qu’ils l’eussent demandée avec ardeur, nous savons que cela tenait à ce qu’ils n’avaient pas un repentir et une douleur sincères de leurs fautes. Ainsi lorsque nous trouvons dans nos Saints Livres, ou dans les saints Pères, quelques passages qui semblent affirmer que certains péchés sont irrémissibles, il faut entendre par là que le pardon de ces péchés est extrêmement difficile à obtenir. De même qu’il est des maladies que l’on dit incurables parce qu’elles inspirent au malade l’horreur des médicaments qui pourraient le guérir ; de même il y a des péchés dont on n’obtient pas le pardon parce qu’ils font repousser la grâce de Dieu, cet unique remède du salut. C’est dans ce sens que Saint Augustin disait :[21] « Lorsqu’un homme arrivé à la connaissance de Dieu par la grâce de Jésus-Christ, blesse ensuite la Charité fraternelle, et que s’élevant contre la grâce même, il s’abandonne aux fureurs de l’envie, le mal de son péché est tel qu’il ne peut même s’abaisser à en demander pardon, quoique d’ailleurs les remords de sa conscience le forcent à reconnaître et à avouer sa faute. »
Mais pour revenir aux effets du sacrement de Pénitence, la vertu d’effacer les péchés lui est tellement propre, qu’il est impossible de l’obtenir, ni même de l’espérer par un autre moyen. « Si vous ne faites pénitence, dit notre Seigneur,[22] vous périrez tous. » II est vrai que ces paroles ne s’appliquent qu’aux péchés graves et mortels. Cependant les péchés légers, que l’on nomme véniels, exigent aussi leur genre de pénitence. Car, dit Saint Augustin,[23] « cette espèce de pénitence qui se fait tous les jours dans l’Eglise pour les péchés véniels serait tout-à -fait vaine, si ces péchés pouvaient se remettre sans pénitence. »
Mais comme ce n’est pas assez, dans les choses qui sont de pratique, de donner des notions et des explications générales, les Pasteurs auront soin d’expliquer séparément tout ce que les fidèles ont besoin de savoir sur les qualités de la véritable et salutaire Pénitence. Or ce Sacrement a cela de particulier que, outre la matière et la forme qui sont communes à tous les Sacrements en général, il contient de plus, comme nous l’avons déjà remarqué, la Contrition, la Confession, la Satisfaction, qui sont nécessaires pour le rendre entier et parfait. Ce qui a fait dire à Saint Jean Chrysostome[24] « La Pénitence porte le pécheur à tout endurer volontiers. La Contrition est dans son cœur, la Confession sur les lèvres, et l’humilité ou la Satisfaction salutaire dans toutes ses œuvres. » Or ces trois parties sont semblables à celles qui entrent nécessairement dans la composition d’un tout. De même que le corps humain est formé de plusieurs membres, les mains, les pieds, les yeux, et d’autres parties semblables dont une seule ne saurait lui manquer sans que nous le trouvions imparfait, — tandis qu’il est parfait lorsqu’il les possède toutes, — de même aussi la Pénitence est tellement composée de ces trois parties que si la Contrition et la Confession qui justifient le pécheur sont seules requises d’une manière absolue pour la constituer dans son essence, elle n’en reste pas moins nécessairement imparfaite et défectueuse, quand elle ne possède point en même temps la Satisfaction. Ces trois parties sont donc inséparables et si bien liées les unes aux autres, que la Contrition renferme la résolution et la volonté de se confesser et de satisfaire, que la Contrition et le désir de satisfaire impliquent la Confession, et que la Satisfaction est la suite des deux autres.
La raison que l’on peut donner de la nécessité de ces trois parties, c’est que nous offensons Dieu de trois manières, en pensées, en paroles et en actions. Il était donc juste et raisonnable, en nous soumettant aux clefs de l’Eglise, d’apaiser la colère de Dieu et d’obtenir de Lui le pardon de nos péchés par les mêmes moyens que nous avons employés à outrager son infinie Majesté. Mais on peut encore donner une autre raison de cette nécessité. La Pénitence est une sorte de compensation pour les péchés, émanant du cœur du pécheur, et fixée au gré de Dieu, contre qui le péché a été commis. II faut donc d’une part que le pénitent ait la volonté de faire cette compensation, ce qui implique spécialement la Contrition, et que de l’autre il se soumette au jugement du Prêtre qui tient la place de Dieu, afin que ce même Prêtre puisse fixer une peine proportionnée à la grandeur de ses offenses. De là il est facile de voir le principe et la nécessité de la Confession et de la Satisfaction.
Mais puisque l’on doit faire connaître distinctement aux Fidèles la nature et les propriétés de chacune de ces parties, il faut commencer par la Contrition, et l’expliquer avec le plus grand soin.. Avec un soin d’autant plus grand que nous devons l’exciter immédiatement dans notre cœur, si le souvenir de nos péchés passés se présente à notre esprit, ou si nous avons le malheur d’en commettre de nouveaux.
↑ In 3. cap. Isa.
↑ 2 Cor., 7, 10.
↑ Genes., 6, 6. = 1 Reg., 15, 11.
↑ Genes., 6, 6.
↑ 1 Reg., 15, 11.
↑ Prov., 2, 14.
↑ Genes., 4, 13.
↑ Matth., 27, 3.
↑ Thren., 5, 21.
↑ Hebr., 11, 6.
↑ Isa., 26, 17.
↑ Matth., 3, 2, 4, 17.
↑ Ezech., 18, 21.
↑ Id., 33, 11.
↑ Ezech., 18, 21.
↑ Matth., 9, 2.
↑ Marc., 16, 19.
↑ Matth., 18, 22.
↑ Matth., 18, 18.
↑ Ezech., 18, 21.
↑ Lib., 1, de serm. Pont. in mont.
↑ Luc., 13, 3 et 5.
↑ Hom., 50.
↑ Hom., 11, de Penit.
Chapitre 22
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 745).
◄ Chapitre vingt-et-unième
Chapitre vingt-troisième ►
Chapitre vingt-deuxième
Chapitre 22.
Continuation du même sujet. De la Contrition
328
§ i. —
Qu’est-ce que la Contrition ?
328
§ ii. —
Qualités de la Contrition
331
§ iii. —
Des effets de la Contrition et des moyens de l’exciter
337
DE LA CONTRITION
I. — QU’EST-CE QUE LA CONTRITION
Voici comment la définissent les Pères du Concile de Trente :[1] « La Contrition est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec un ferme propos de ne plus pécher à l’avenir. » Puis parlant un peu plus loin du mouvement de la Contrition, ils ajoutent : Ce mouvement prépare à la rémission des péchés, pourvu qu’il soit accompagné de la confiance en la miséricorde de Dieu et de la volonté de faire tout ce qui est nécessaire pour bien recevoir le sacrement de Pénitence.
Cette définition fera très bien comprendre aux Fidèles que l’essence de la Contrition ne consiste pas seulement à cesser de pécher, à prendre la résolution de mener une vie nouvelle, ou même commencer déjà ce nouveau genre de vie, mais encore et surtout à détester et à expier le mal de la vie passée. C’est ce que prouvent parfaitement ces gémissements des Saints que nous retrouvons si souvent dans nos saintes Lettres. « Je m’épuise à gémir, dit David,[2] je baigne toutes les nuits mon lit de mes larmes. Et encore[3] Le Seigneur a écouté la voix de mes pleurs. »
Isaïe s’écrie à son tour :[4] « Je repasserai en votre présence, Seigneur, toutes mes années dans l’amertume de mon âme. » Paroles qui, comme tant d’autres semblables, sont l’expression évidente d’un repentir profond des fautes commises et de la détestation de la vie antérieure.
Mais quand on dit que la Contrition est une douleur, il faut avertir les Fidèles de ne point s’imaginer qu’il est ici question d’une douleur extérieure et sensible. La Contrition est un acte de la volonté. Et Saint Augustin nous avertit que « la douleur accompagne le repentir, mais qu’elle n’est pas le repentir. »[5] Les Pères du Concile se sont servis du mot douleur pour exprimer la haine et la détestation du péché, soit parce que la sainte Ecriture s’en sert elle-même : « Jusques à quand, s’écrie David,[6] mon âme sera-t-elle agitée de pensées diverses, et mort cœur en proie à la douleur durant le jour entier ? » soit aussi parce que la Contrition engendre la douleur dans cette partie inférieure de l’âme qui est le siège de la concupiscence. Ce n’est donc pas à tort qu’on a défini la Contrition une douleur, puisqu’elle produit précisément de la douleur, et que les pénitents, pour exprimer plus sensiblement celle qu’ils ressentent, ont coutume de changer même leurs vêtements ; ainsi qu’on le voit par ces paroles de notre Seigneur dans Saint Matthieu :[7] « Malheur à toi Corozaïn ! Malheur à toi Bethsaide ! parce que si les miracles qui ont été faits au milieu de vous, avaient été accomplis Tyr et à Sidon, ces villes auraient fait pénitence sous le cilice et la cendre. »
C’est encore avec raison que la détestation du péché dont nous parlons a reçu le nom de Contrition. On voulait exprimer par là la violence de la douleur qu’elle cause. Il y a dans ce mot une figure empruntée aux choses matérielles qui se brisent en morceaux, quand on les frappe avec une pierre ou un autre corps plus dur. De même le mot de Contrition signifie que nos cœur s endurcis par l’orgueil sont brisés et broyés par la force du repentir. Et c’est pourquoi aucune autre douleur, — qu’elle soit causée par la mort de parents et d’enfants chéris, ou par toute autre calamité — ne prend jamais ce nom ; il est absolument réservé à cette douleur que nous fait éprouver la perte de la grâce de Dieu et de l’innocence.
Il est encore d’autres termes que l’on emploie assez fréquemment pour désigner cette détestation du péché. tantôt elle s’appelle brisement du cœur, parce que l’Ecriture Sainte prend souvent le cœur pour la volonté. De même que le cœur est le principe des mouvements du corps, de même aussi la volonté règle et gouverne toutes les autres puissances de l’âme. tantôt les Pères lui donnent le nom de componction du cœur, en sorte qu’ils ont donné ce titre aux ouvrages qu’ils ont écrits sur la Contrition. De même en effet qu’on ouvre avec le fer un ulcère qui est enflé, afin que le pus qu’il renferme puisse en sortir, ainsi le scalpel de la Contrition, — si l’on peut parler de la sorte — ouvre les cœurs, pour en faire sortir le poison mortel du péché. Aussi le Prophète Joël[8] appelle-t-il la Contrition « un déchirement du cœur » « Convertissez-vous n moi de tout votre cœur, dans le jeune, dans les pleurs et dans les gémissements, et déchirez vos cœurs. »
II. — QUALITÉS DE LA CONTRITION
La douleur d’avoir offensé Dieu par le péché doit être souveraine, et telle que l’on ne puisse en concevoir de plus grande. Il est facile de démontrer cette vérité par les considérations suivantes
Puisque la vraie Contrition est un acte de Charité qui procède de la crainte filiale, il est évident que la Contrition ne doit point avoir d’autre mesure que la Charité elle-même. Et comme la Charité par laquelle nous aimons Dieu est l’amour le plus grand, il s’en suit que la Contrition doit emporter avec elle la douleur de l’âme la plus vive. Dès lors que nous devons aimer Dieu plus que toutes choses, plus que toutes choses aussi nous devons détester ce qui nous éloigne de Lui. Et ce qui confirme notre raisonnement, c’est que les saintes Ecritures emploient les mêmes termes pour exprimer l’étendue de la Charité et celle de la Contrition. Ainsi, en parlant de la première elles disent :[9] « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur ; » et, quand il s’agit de la Contrition le Seigneur nous crie par la bouche du Prophète :[10] « Convertissez-vous de tout votre cœur. »
En second lieu, de même que Dieu est le premier de tous les biens que nous devons aimer, de même aussi le péché est le premier et le plus grand de tous les maux que les hommes doivent haïr. Et par conséquent la même raison qui nous oblige à reconnaître que Dieu doit être souverainement aimé, nous oblige également à concevoir pour le péché une haine souveraine. L’amour de Dieu doit être préféré à tout. Même pour conserver sa vie il n’est pas permis de pécher. Il y a là pour nous un devoir formel. Ecoutons plutôt ces paroles de Notre-Seigneur :[11] « Celui qui aime son père ou sa mère plus que Moi n’est pas digne de Moi. » Et encore :[12] « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra. »
Remarquons encore que la charité, au témoignage de Saint Bernard, ne peut avoir ni limite, ni mesure. Car, dit-il : « La mesure d’aimer Dieu, est de L’aimer sans mesure. » Par conséquent il doit en être de même de la détestation du péché. Elle ne peut être limitée.
Ce n’est pas assez que cette détestation du péché soit souveraine, il faut encore qu’elle soit si vive et si profonde, qu’elle exclue toute négligence et toute paresse. Il est écrit dans le Deutéronome :[13] « Lorsque vous chercherez le Seigneur votre Dieu, vous Le trouverez, pourvu cependant que vous Le cherchiez de tout votre cœur, et dans toute la douleur de votre âme. » Et dans Jérémie :[14] « Vous Me chercherez, et vous Me trouverez lorsque vous M’aurez cherché de tout votre cœur ; car alors Je me laisserai trouver par vous, dit le Seigneur. »
Mais, quand même notre Contrition ne serait pas aussi parfaite que nous venons de le dire, notre repentir pourrait cependant être véritable et efficace. Il arrive souvent que les choses sensibles font sur nous des impressions plus vives que les choses spirituelles. Et l’on voit des personnes à qui la mort de leurs enfants, par exemple, cause une douleur plus vive que la laideur du péché. II n’est pas non plus nécessaire, pour que la Contrition soit réelle, qu’elle fasse verser des larmes. toutefois ces larmes sont bien désirables dans la Pénitence, et il faut y exciter fortement. « Vous n’avez point les entrailles de la piété chrétienne, dit très bien Saint Augustin,[15] vous qui pleurez un corps que l’âme a quitté, et qui ne pleurez point une âme dont Dieu s’est éloigné. » C’est aussi ce que signifient ces paroles de notre-Sauveur que nous avons rapportées plus haut :[16] « Malheur à toi, Corozaïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! parce que si les miracles qui ont été faits au milieu de vous s’étaient accomplis dans Tyr et dans Sidon, ces villes auraient fait pénitence sous le cilice et la cendre. » Mais il nous suffit, pour établir cette vérité, de rappeler les exemples fameux des ninivites,[17] de David,[18] de la femme pécheresse[19] et du prince des Apôtres,[20] qui tous implorèrent avec des larmes abondantes la miséricorde de Dieu, et obtinrent par là le pardon de leurs péchés.
Il sera bon d’apprendre aux Fidèles et de les exhorter de la manière la plus pressante à former un acte particulier de Contrition pour chaque péché mortel. nous le concluons de ces paroles d’Ezéchias :[21] « Je repasserai en votre Présence toutes les années de ma vie dans l’amertume de mon âme. » Repasser toutes ses années dans son esprit, c’est rechercher ses péchés les uns après les autres, pour les déplorer du fond du cœur, chacun en particulier. nous lisons encore dans Ezéchiel :[22] « Si l’impie fait pénitence de tous ses péchés, il vivra. » C’est dans le même sens que Saint Augustin dit :[23] « Que le pécheur examine la qualité de son péché d’après le lieu, le temps, la chose et la personne. »
Mais que les Fidèles ne désespèrent jamais de la bonté et de la clémence infinie de notre Dieu, souverainement désireux de notre salut. Ce Dieu n’apporte jamais de retard à nous accorder notre pardon ; Il étend sa tendresse paternelle sur le pécheur aussitôt qu’il rentre en lui-même et qu’il déteste tous ses péchés en général, pourvu seulement qu’il ait l’intention de les rappeler plus tard, s’il le peut, à son souvenir, et de les détester chacun en particulier.
C’est ce que le Seigneur Lui-même nous ordonne d’espérer, quand Il dit par son Prophète :[24] « Du jour où l’impie se sera converti, son impiété ne lui nuira plus. »
Après ce que nous venons de dire, il est facile de voir quelles sont les conditions nécessaires à une véritable Contrition. Ces conditions doivent être expliquées aux Fidèles avec le plus grand soin, afin que tous sachent par quels moyens ils pourront l’acquérir, et qu’ils aient une règle sûre pour discerner jusqu’à quel point ils peuvent être éloignés de la perfection de cette vertu.
La première chose nécessaire, c’est de haïr et de détester tous les péchés que nous avons eu le malheur de commettre. Si nous n’éprouvions de repentir que pour quelques-uns seulement, notre Pénitence ne serait point salutaire. Elle serait fausse et simulée. Car, comme il est écrit dans l’Apôtre Saint Jacques :[25] « Celui qui observe toute la Loi excepté en un seul point qu’il transgresse est coupable de la Loi tout entière. »
La seconde, c’est que notre Contrition renferme la volonté de nous confesser et de satisfaire: deux points dont nous parlerons tout à l’heure.
La troisième, c’est que le pénitent prenne la résolution ferme et sincère de réformer sa conduite. Le Prophète nous l’enseigne clairement par ces paroles:[26] « Si l’impie fait pénitence de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe tous mes Commandements, et qu’il pratique la justice et le jugement, il vivra de la vie, et il ne mourra point ; et Je ne me souviendrai point de toutes les iniquités qu’il a commises. » Et un peu plus loin il dit encore : « Lorsque l’impie aura quitté l’impiété qu’il a commise, et qu’il pratiquera la justice et le jugement, il donnera la vie à son âme. » Et enfin il ajoute: « Convertissez-vous et faites pénitence de tous vos péchés, et votre iniquité ne tournera pas à votre raine. Jetez loin de vous toutes vos prévarications, par lesquelles vous avez péché, et faites vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. » C’est là aussi ce que Notre-Seigneur ordonne Lui-même à la femme oui avait été surprise en adultère:[27] « Allez, lui dit-il, et ne péchez plus, » et au paralytique qu’Il avait guéri près de la piscine:[28] « Voilà que vous êtes guéri, prenez garde de ne plus pécher. »
D’ailleurs la nature et la raison elle-même nous montrent clairement qu’il y a deux choses absolument nécessaires pour rendre la Contrition sincère et véritable, à savoir le repentir des péchés commis, et la résolution de n’en plus commettre à l’avenir. Quiconque veut se réconcilier avec un ami qu’il a offensé doit tout ensemble déplorer l’injure et l’outrage dont il s’est rendu coupable à son égard, et ne rien négliger dans la suite pour éviter de blesser en quoi que ce soit la religion de l’amitié.
Mais ces deux choses doivent encore être nécessairement accompagnées de l’obéissance, car il est juste que l’homme obéisse à la loi naturelle, divine ou humaine à laquelle il est soumis. Si donc un pénitent a dérobé quelque chose à son prochain par violence ou par fraude, il est obligé de restituer. De même il doit faire satisfaction par quelque service et quelque bienfait à celui qu’il a lésé, en parole ou en action, dans ses emplois ou dans sa vie. tout le monde connaît cette parole de Saint Augustin qui est devenue un véritable axiome :[29] « Le péché n’est point remis, si ce que l’on a pris n’est point rendu. »
Mais parmi les conditions que la Contrition exige, il ne faudrait pas considérer comme peu important et peu essentiel de remettre et de pardonner entièrement toutes les injures qu’on a reçues. Notre-Seigneur et Sauveur nous en avertit et nous dénonce Lui-même cette obligation :[30] « Si vous remettez aux hommes leurs offenses envers vous, votre Père céleste vous remettra les vôtres ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, mon Père non plus ne vous pardonnera point. »
Voilà ce que les Fidèles ont à observer dans la Contrition. toutes les autres dispositions que les Pasteurs pourront facilement déduire de celle-ci peuvent bien rendre la Contrition plus parfaite et plus entière en son genre ; mais elles ne doivent pas être regardées comme absolument nécessaires, et l’on peut, sans elles, avoir un repentir véritable et suffisant.
III. — DES EFFETS DE LA CONTRITION ET DES MOYENS DE L’EXCITER
Mais comme ce n’est pas assez pour les Pasteurs d’enseigner sua Fidèles toutes les obligations qui ont trait au salut, et qu’ils doivent encore, par toute sorte de soins et d’efforts les amener à conformer leur vie tout entière sua devoirs qui leur sont prescrits, ils feront une chose extrêmement utile, s’ils leur rappellent souvent la vertu et les effets de la Contrition. Les autres œuvras de piété, comme le soulagement des pauvres, les jeûnes, la prière et beaucoup d’autres choses semblables, d’ailleurs très bonnes et très saintes de leur nature, sont quelquefois rejetées de Dieu par la faute de ceux qui les font. Mais la Contrition ne saurait jamais cesser de Lui être chère et agréable. « Vous ne rejetterez point, ô mon Dieu, dit le Prophète,[31] un cœur contrit et humilié. » Bien plus mous n’avons pas plus tôt conçu cette Contrition dans notre cœur, que Dieu sur le champ nous accorde la rémission de nos péchés. C’est ce que nous déclare le même Prophète dans un autre endroit :[32] « J’ai dit, je confesserai cotre moi mon iniquité au Seigneur, et Vous, Vous m’avez remis aussitôt l’impiété de mon péché. » Et nous avons une figure sensible de cette vérité dans les dix lépreux que Notre-Seigneur envoya vers les Prêtres, et qui furent guéris avant d’arriver jusqu’à eus. Ce qui fait voir que la véritable Contrition dont nous venons de parler possède une vertu si grande qu’à cause d’elle le Seigneur nous accorde immédiatement la rémission de tous nos péchés.
Un autre puissant motif pour stimuler le zèle des Fidèles, sera de leur donner une méthode pour s’exciter à la Contrition. Il faudra donc les avertir d’examiner souvent leur conscience et de voir s’ils ont gardé fidèlement les Commandements de Dieu et de l’Eglise. S’ils se reconnaissent coupables de quelque faute, qu’ils s’en accusent aussitôt devant Dieu, et qu’ils Lui demandent très humblement pardon. Qu’ils Le conjurent de leur accorder le temps de se confesser et de satisfaire. Et surtout qu’ils implorent le secours de sa Grâce pour ne plus retomber dans des péchés qu’ils ont un si grand regret d’avoir commis.
Enfin les Pasteurs tâcheront d’inspirer aux Fidèles une haine souveraine pour le péché, soit à cause de la honte et de l’infamie qu’il porte avec lui, soit à cause des inconvénients et des maux extrêmes qu’il attire sur noua. Car il éloigne de nous la bonté infinie de Dieu, de qui nous avons reçu les plus grands biens, et qui nous en promettait encore de plus précieux ; et il nous voue à la mort éternelle, à des tourments sans fin, à des supplices infinis.
Voilà ce que nous avions à dire sur la Contrition. Venons maintenant à la seconde partie du sacrement de Pénitence, qui a besoin d’être expliquée par les Pasteurs avec le plus grand soin et la plus grande exactitude, comme on le verra facilement par ce qui va suivre.
↑ Sess., 6. Cap., 6 et 14.
↑ Psal., 6, 7.
↑ Id. Ibid.
↑ Isa., 38..15.
↑ Homil., 50.
↑ Psal., 12, 2.
↑ Matth., 11, 21.
↑ Joël., 2, 12.
↑ Deut., 6, 5.
↑ Joël., 2, 12.
↑ Matth., 10, 37.
↑ Matth., 16, 25. = Marc., 8, 35.
↑ Deut., 4, 29.
↑ Jer., 29, 13.
↑ Serm., 41.
↑ Matth., 11, 21.
↑ Jonas., 3, 6.
↑ Psal., 6 et 50.
↑ Luc., 7, 37, 48, 51.
↑ Matth., 26, 75.
↑ Isa., 38, 15.
↑ Ezech., 18, 21.
↑ De ver. et fals. poenit. cap., 14.
↑ Ezech., 33, 12.
↑ Jac., 2, 10.
↑ Ezech., 18, 21.
↑ Joan., 8, 11.
↑ Joan., 5, 14.
↑ Epist., 54.
↑ Matth., 6, 14.
↑ Psal., 50, 19.
↑ Psal., 31, 5.
Chapitre 23
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 746).
◄ Chapitre vingt-deuxième
Chapitre vingt-quatrième ►
Chapitre vingt-troisième
Chapitre 23.
Continuation du même sujet
339
§ i. —
De la Confession
339
§ ii. —
Utilité et nécessité de la Confession
339
§ iii. —
Jésus-Christ auteur de la Confession
342
§ iv. —
De l’obligation de se confesser
345
§ v. —
Des qualités de la Confession
346
§ vi. —
Du ministre du Sacrement de Pénitence
351
DU SACREMENT DE PÉNITENCE (Suite)
I. — DE LA CONFESSION
Tous les Chrétiens croyants et pratiquants sont persuadés que tout ce qu’il a plu à la bonté de Dieu de conserver, en ce temps-ci, dans son Eglise, de sainteté, de piété et de religion, on le doit en grande partie à la Confession. Il ne faut donc pas s’étonner que l’ennemi du genre humain, qui voudrait par ses satellites et ses ministres détruire la Foi catholique jusque dans ses fondements, ait fait tous ses efforts pour renverser cette sorte de citadelle de la Vertu chrétienne.
II. — UTILITÉ ET NÉCESSITÉ DE LA CONFESSION
II faudra enseigner tout d’abord que l’institution de la Confession ne nous était pas seulement avantageuse ; mais qu’elle nous était même nécessaire. Sans doute, — et nous le reconnaissons — la Contrition efface les péchés, mais ne voit-on pas qu’elle doit être dans ce cas, si forte, si vive, si ardente, que la violence de la douleur puisse égaler et atteindre l’énormité des fautes commises ? et comme il y en a peu qui soient capables de parvenir à un si haut degré de repentir, il y en a peu aussi qui doivent espérer par ce moyen le pardon de leurs péchés. II était donc nécessaire que Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans son infinie clémence, pourvût au salut de tous par une voie plus facile. Et c’est ce qu’il a réalisé d’une manière admirable, en donnant à son Eglise les clefs du Royaume des cieux. En effet, l’enseignement de la Foi catholique est formel. nous devons tous croire et affirmer sans réserve, que si quelqu’un est sincèrement repentant de ses péchés, s’il est bien résolu à ne plus les commettre à l’avenir, — lors même qu’il ne ressentirait pas une Contrition suffisante pour obtenir son pardon — tous ses péchés lui sont remis et pardonnés par le pouvoir des clefs, s’il les confesse à un Prêtre approuvé. Aussi tous les saints Pères ont eu soin de proclamer, et avec raison, que le ciel nous est ouvert par les clefs de l’Eglise, et le Concile de Florence a mis cette vérité hors de doute en décrétant « que l’effet du sacrement de Pénitence est de purifier du péché. »
Voici encore une autre considération qui nous montre les avantages et l’utilité de la Confession. L’expérience prouve que rien n’est plus propre à réformer les mœurs des personnes corrompues, que la confidence réitérée de leurs pensées, de leurs paroles et de leurs actions à un ami sage et fidèle qui peut les aider de ses services et de ses conseils. De même, et pour la même raison, nous devons regarder comme très salutaire à ceux qui sont troublés des remords de leurs fautes, de découvrir les maladies et les plaies de leur âme au Prêtre qui tient la place de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qui est soumis par les lois les plus sacrées au plus inviolable silence. Ils trouveront aussitôt par ce moyen des remèdes tout prêts, et qui possèdent une vertu céleste, non seulement pour guérir les maladies dont ils souffrent, mais encore pour les fortifier en vue de l’avenir, et rendre leurs rechutes très difficiles.
Il ne faut pas oublier non plus un autre avantage de la Confession, qui intéresse vivement la société tout entière. En effet, retranchez de la Religion chrétienne la Confession sacramentelle, et bientôt le monde sera inondé de crimes cachés et monstrueux. Puis, en peu de temps l’habitude du mal rendra les hommes si dépravés qu’ils ne rougiront plus de commettre publiquement ces iniquités, et d’autres beaucoup plus graves encore. Au contraire, la honte salutaire attachée à la Confession est un frein à la licence et à l’audace du vice, et elle retient les plus pervertis.
Ces avantages une fois exposés, les Pasteurs auront à faire connaître la nature et la vertu de la Confession. Voici comment on la définit : une accusation de ses péchés faite pour en recevoir la rémission par la vertu des clefs, dans le sacrement de Pénitence.
Et d’abord, c’est avec raison qu’on l’appelle une accusation, parce que nous ne devons point confesser nos péchés, comme pour en faire parade, à l’exemple de ceux[1] « qui se réjouissent quand ils ont fait le mal » ; ni pour faire un récit, comme s’il s’agissait d’amuser des auditeurs oisifs ; mais il faut les énumérer avec l’intention de nous avouer coupables, et le désir de les venger sur nous-mêmes par la Pénitence.
Mais si nous confessons nos péchés, c’est pour en obtenir le pardon. Car le tribunal de la Pénitence est bien différent des tribunaux humains. Là, en effet, la peine et la confusion des aveux sont loin de compter pour l’acquittement de la faute, et pour le pardon des égarements.
Les Saints Pères semblent avoir donné de la Confession une définition semblable à la nôtre, quoique en termes différents, quand ils disent comme Saint Augustin :[2] « La Confession, c’est la révélation d’une maladie cachée, avec l’espoir d’en obtenir la guérison. » ; ou bien, comme Saint Grégoire :[3] « C’est la détestation des péchés, » Ces deux définitions peuvent facilement se rapporter à la nôtre, puisque la nôtre les contient.
III. — JÉSUS-CHRIST AUTEUR LE LA CONFESSION