Catechismus Romanus (page 6)
Chapitre 23 (suite)
Mais ici, — et c’est une de leurs obligations les plus importantes, — les Pasteurs auront soin d’enseigner aux Fidèles, et sans la moindre hésitation, que la Confession a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ (qui a bien fait toutes choses, et uniquement pour notre salut), et qu’elle est un effet de sa bonté et de sa miséricorde infinies envers nous. En effet, un jour que ses Apôtres, après sa Résurrection, étaient réunis dans le même lieu, Il souffla sur eux, en disant :[4] « Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. »
Mais si Notre-Seigneur a donné aux Prêtres le pouvoir de retenir et de remettre les péchés, évidemment Il les a aussi établis juges en cette matière. C’est ce qu’Il semble avoir voulu exprimer, lorsque, au moment de la résurrection de Lazare, II chargea les Apôtres de le dégager des liens qui le tenaient enseveli, Voici en effet comment Saint Augustin explique ce passage :[5] « Maintenant, dit-il, les Prêtres peuvent eux-mêmes être encore plus utiles et remettre beaucoup plus aux pénitents dont ils pardonnent les péchés dans la Confession ; car en donnant à délier à ses Apôtres Lazare qu’Il venait de ressusciter, Jésus-Christ montrait par là que les Prêtres ont reçu le pouvoir de délier. » C’est encore pour nous apprendre la même vérité que le Sauveur ayant guéri les dix lépreux, sur le chemin, leur ordonna « d’aller se faire voir aux Prêtres » et de se soumettre à leur décision. Et comme, selon la sage remarque du Concile de Trente, il est impossible de porter un jugement équitable, et de garder les véritables règles de la justice en punissant le crime dans une cause qui n’est point suffisamment instruite, et que l’on ne connaît point à fond, il s’ensuit que les pénitents sont obligés de révéler aux Prêtres, par la Confession, tous leurs péchés les uns après les autres.
Voilà donc ce que les Pasteurs enseigneront, conformément aux décisions du Concile de Trente. Et à la doctrine constante de l’Eglise catholique. Partout en effet nous trouvons, en lisant les Saints Pères avec attention, les témoignages les plus clairs pour établir que le sacrement de Pénitence a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu’il faut regarder comme vraiment évangélique la loi de la Confession sacramentelle, appelée par les Grecs exomologèse et exagoreuse (c’est-à-dire, confession et manifestation d’une chose secrète.) et même, si nous consultons les figures de l’Ancien testament, nous n’aurons pas de peine à reconnaître que c’est encore à la Confession qu’il faut rapporter ces sacrifices si variés qui étaient offerts par les Prêtres, pour expier les différentes sortes de péchés.
Mais s’il faut apprendre aux Fidèles que Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même a institué la Confession, il faut aussi les avertir que l’Eglise y a ajouté de son autorité certains rites, certaines cérémonies consacrées, qui, sans tenir à l’essence même du Sacrement, ne servent pas moins à en faire ressortir davantage la dignité et l’excellence ; toutes choses qui excitent la piété des pénitents, et qui disposent mieux leur cœur à recevoir la grâce de Dieu. En effet, lorsque nous confessons nos péchés, prosternés aux pieds du Prêtre, la tête découverte, les yeux baissés vers la terre, élevant des mains suppliantes, et donnant d’autres marques semblables d’humilité chrétienne qui ne sont pas essentielles, tout cela nous fait entendre clairement que nous devons reconnaître dans ce Sacrement une vertu vraiment céleste, et solliciter, en l’implorant avec la plus vive ardeur, la miséricorde divine.
Et qu’on se garde bien de penser que la Confession a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ dans des conditions telles que nous ne serions pas obligés d’en faire usage. Au contraire il faut que les Fidèles soient bien persuadés que tout homme coupable d’un péché mortel ne peut revenir à la vie de la Grâce que par la Confession sacramentelle. Et nous en avons une preuve sensible dans la figure employée par Notre-Seigneur pour exprimer le pouvoir d’administrer ce Sacrement ; il l’appelle « la clef du Royaume des cieux. » De même en effet qu’il n’est pas possible de pénétrer dans un endroit fermé sans le secours de celui qui en a la clef, de même aussi personne ne peut entrer au ciel, si les portes n’en sont ouvertes par les Prêtres à qui Jésus-Christ en a confié les clefs. Autrement l’usage des clefs semblerait nul dans l’Eglise, et ce serait en vain que celui qui aurait reçu le pouvoir de ces clefs voudrait interdire à quelqu’un l’accès du ciel, s’il y avait un autre moyen de s’en faire ouvrir l’entrée. Saint Augustin comprenait admirablement cette vérité, lorsqu’il s’écriait :[6] « non, que personne ne se dise : Je fais en secret pénitence devant le Seigneur, et Dieu de qui vient le pardon connaît bien ce que j’éprouve au fond du cœur. Car alors on aurait dit sans raison : ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ; sans raison aussi les clefs auraient été confiées à l’Eglise de Dieu ». Tel est également le sentiment exprimé par Saint Ambroise, dans son livre de la Pénitence, livre qu’il écrivit pour détruire l’erreur des Novatiens qui prétendaient que Dieu seul a le pouvoir de remettre les péchés. « Lequel des deux, dit-il, honore Dieu davantage, de celui qui obéit à ses Commandements, ou de celui qui y résiste ? Dieu nous a ordonné d’obéir à ses Ministres, et lorsque nous leur obéissons, c’est Dieu seul que nous honorons. »
IV. — DE L’OBLIGATION DE SE CONFESSER
Puisqu’il est impossible de douter que la loi de la Confession a été portée et établie par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, il reste à examiner qui sont ceux que cette loi oblige, à quel âge, et en quel temps de l’année on doit la remplir.
Et d’abord, d’après le Canon du Concile de Latran, qui commence par ces mots : « Tout Fidèle de l’un et de l’autre sexe, » il est sûr et certain que personne n’est tenu à la loi de la Confession avant l’âge de raison. Mais cet âge ne peut être fixé d’une manière générale et positive. La règle en cette matière est de faire confesser les enfants, dès le moment où ils distinguent le bien du mal, et commencent à être capables de quelque ruse. Lorsqu’un homme est parvenu à cette époque de la vie où il peut et doit penser à son salut éternel, dès lors il est obligé de confesser ses péchés à un Prêtre, puisqu’ il n’y a pas d’autre moyen de salut pour lui s’il est coupable de quelque péché mortel.
Quant au temps où il est particulièrement nécessaire de se confesser, l’Eglise l’a décidé et décrété dans le Canon dont nous avons déjà parlé. Elle ordonne à tous les Fidèles de confesser leurs péchés au moins une fois chaque année. Mais si nous faisons attention à ce que réclament les intérêts de notre salut, sans aucun doute, toutes les fois que nous sommes en danger de mort, ou bien que nous sommes obligés de faire une chose qu’un homme souillé de péchés n’est pas digne d’accomplir, comme par exemple d’administrer et de recevoir les Sacrements, toujours alors nous devons recourir à la Confession. Mais surtout nous devons user de ce moyen lorsque nous craignons d’oublier quelque faute. Car nous ne pouvons confesser que les péchés dont nous nous souvenons ; et nous n’obtenons point du Seigneur le pardon de nos fautes, si le sacrement de Pénitence ne les efface par la Confession.
V. — DES QUALITÉS DE LA CONFESSION
Il y a encore plusieurs choses à observer dans la Confession. De ces choses, les unes sont nécessaires pour la validité du Sacrement, et les autres ne le sont pas absolument. toutes néanmoins doivent être expliquées avec exactitude. Il ne manque ni de traités, ni de commentaires où l’on peut puiser facilement, sur ces différents points, les explications désirables. Les Pasteurs enseigneront avant tout que nous devons nous efforcer de rendre nos confessions entières et complètes. nous sommes obligés de découvrir au Prêtre tous nos péchés mortels. Pour les fautes vénielles, qui ne nous font pas perdre la grâce de Dieu, et dans lesquelles nous tombons plus souvent, s’il est bon et utile de les confesser, comme le prouve la pratique des personnes pieuses, cependant on peut les omettre sans péché, et les expier par beaucoup d’autres moyens. Mais pour les péchés mortels, il faut, comme nous venons de le dire, les énumérer tous, les uns après les autres, quand même ils seraient extrêmement secrets, et du genre de ceux qui sont défendus par les deux derniers Commandements du Décalogue. Car il arrive assez souvent que ces sortes de péchés blessent plus dangereusement l’âme que ceux que l’on commet ouvertement et en public. Et c’est ce que le Saint Concile de Trente a défini, et que l’Eglise catholique a toujours enseigné, comme on peut le voir par le témoignage des saints Pères. Saint Ambroise dit :[7] « Nul ne peut être justifié de son péché, s’il ne le confesse. » Saint Jérôme, commentant l’Ecclésiaste, confirme pleinement la même vérité. « Quand le serpent infernal, dit-il, a mordu quelqu’un secrètement et sans témoin et qu’il l’a infecté du venin du péché, si celui-ci se tait, qu’il ne fasse point pénitence et qu’il ne veuille point découvrir sa blessure à son frère ou à son supérieur, le supérieur qui avait les paroles pour le guérir, ne pourra lui être utile en rien. » Saint Cyprien enseigne clairement la même chose dans le traité « de Lapsis », (c’est-à-dire de ceux qui sont tombés, dans la persécution.) « Quoique ces personnes, dit-il, n’aient point commis en effet le crime de sacrifier ou de recevoir un certificat, néanmoins, parce qu’elles en ont eu la pensée, elles doivent s’en confesser avec douleur au Prêtre de Dieu. » Enfin tel est le sentiment et la voix unanime de tous les Docteurs de l’Eglise. D’où il suit qu’il faut apporter dans la Confession la même application et le même soin que l’on a coutume de donner aux affaires les plus importantes, et de concentrer si bien ses efforts sur ce point que l’on puisse guérir les plaies de son âme, et arracher de son cœur les racines du péché.
Mais ce n’est pas assez de confesser et d’expliquer les fautes graves ; nous devons également faire connaître les circonstances qui les ont accompagnées, et qui en augmentent ou en diminuent notablement la malice. Car il y a des circonstances si considérables qu’elles suffisent seules pour imprimer à une faute le caractère du péché mortel. C’est pourquoi on est toujours obligé de les confesser. Si par exemple quelqu’un a tué un homme, il doit dire si cet homme était laïque ou ecclésiastique. De même, si le péché a entraîné un complice, il est nécessaire de faire connaître si cette personne était libre, mariée, parente, ou consacrée à Dieu par un vœu. Car toutes ces circonstances sont autant de péchés d’espèce différente. C’est pourquoi les Docteurs dans la science sacrée distinguent toujours les fautes en les désignant suivant les circonstances qui les accompagnent et qui peuvent augmenter ou diminuer le degré de culpabilité. Le vol aussi est un péché, mais celui qui vole un écu fait un péché moins grave que celui qui en prend cent, deux cents, ou davantage, ou qui s’empare des biens d’Eglise. Il faut dire la même chose des circonstances de temps et de lieu ; mais on trouve là -dessus dans un grand nombre de livres des exemples trop connus pour que nous les citions ici. On est donc obligé, avons-nous dit, de déclarer toutes ces circonstances. Quant à celles qui n’augmentent pas beaucoup la malice du péché, on peut les omettre sans crime. Mais c’est une chose tellement nécessaire que la Confession soit entière et parfaite, comme nous le disions plus haut, que si quelqu’un omettait exprès et de propos délibéré, quelqu’une de ces circonstances, en confessant les autres d’ailleurs, non seulement il ne tirerait aucun fruit de cette Confession, mais encore il commettrait un nouveau péché. Une semblable déclaration ne saurait être regardée comme une véritable Confession sacramentelle. Bien plus le pénitent est obligé de recommencer cette Confession, et de s’accuser spécialement d’avoir profané la sainteté du sacrement de Pénitence par une Confession simulée. Mais s’il arrive pour quelque autre motif que la Confession ne soit pas entière, soit parce que le pénitent aura oublié quelque péché, soit parce qu’il aura mis quelque négligence à examiner sa conscience, lorsque cependant il avait l’intention positive de confesser entièrement tous ses péchés, il ne sera point nécessaire de la recommencer ; et si ces péchés oubliés lui reviennent à la mémoire, il suffira de les déclarer au Prêtre dans un autre moment. toutefois il faut bien voir ici si l’on n’a point examiné sa conscience avec trop de mollesse et de lâcheté, et si le peu de soin qu’on a mis à se rappeler ses péchés ne montre pas que précisément l’on n’avait point la volonté de s’en souvenir. S’il en était ainsi, il faudrait absolument recommencer la Confession.
Il est nécessaire en second lieu que l’accusation soit claire, simple et sincère. Elle ne doit point être faite avec art, comme il arrive à quelques-uns qui semblent plutôt exposer la justification de leur conduite que confesser leurs péchés. non, la Confession doit être telle qu’elle nous fasse connaître au Prêtre, comme nous nous connaissons nous-mêmes, et qu’elle donne le certain pour certain, et pour douteux ce qui n’est pas sûr. Qualité qui manque évidemment à la Confession, quand on ne passe pas en revue chacun de ses péchés, ou que l’on dit des choses étrangères à ce que l’on doit dire.
D’autre part, on ne saurait trop louer ceux qui mettent de la discrétion et de la modestie dans l’accusation et l’explication de leurs fautes. trop de paroles ne valent rien. Il faut dire brièvement et avec retenue ce qui est nécessaire pour faire connaître la nature et la qualité de chaque faute.
En quatrième lieu, un des principaux soins, aussi bien du pénitent que du Confesseur, c’est de faire en sorte que tout ce qui se dit en Confession reste enseveli dans le secret. C’est pourquoi il n’est pas permis de se confesser par procureur ou par lettre, parce que le secret ne peut être assez exactement gardé par ces deux moyens.
Mais ce que les Fidèles doivent avoir le plus à cœur, c’est de purifier souvent leur conscience par la confession de leurs fautes. Dès qu’on a eu le malheur de tomber en quelque péché mortel, rien ne peut être plus salutaire, à cause des dangers nombreux qui nous menacent sans cesse, que de s’en confesser sans retard. Et d’ailleurs, quand même nous pourrions tous nous promettre une longue carrière ici-bas, ne serait-ce pas une chose vraiment honteuse que, nous qui sommes si empressés à enlever les taches de nos corps et de nos vêtements, nous fussions moins zélés pour purifier notre âme des hideuses souillures du péché ?
Parlons maintenant du Ministre du sacrement de Pénitence.
VI. — DU MINISTRE DU SACREMENT DE PÉNITENCE
Ce Ministre, c’est le Prêtre qui a le pouvoir ordinaire ou délégué d’absoudre. Sur ce point les Lois ecclésiastiques sont très claires. toutefois, pour remplir la fonction dont il s’agit, le pouvoir d’Ordre ne suffit pas, il faut de plus le pouvoir de juridiction. nous avons une preuve très frappante de cette vérité dans les paroles que Saint Jean met dans la bouche de Notre-Seigneur[8] « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Or, ce pouvoir n’a pas été donné à tous les hommes, mais seulement aux Apôtres. Et les Apôtres ont eu les Prêtres pour successeurs dans ce ministère. C’est d’ailleurs une chose très naturelle et entièrement conforme à la raison. Car les grâces que nous recevons dans ce Sacrement nous viennent toutes de Jésus-Christ, comme d’un Chef dont nous sommes les membres ; et par conséquent ceux-là seuls doivent administrer la Pénitence au corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire aux Fidèles, qui possèdent le pouvoir de consacrer son véritable Corps ; d’autant plus que c’est par ce même Sacrement que les Chrétiens se rendent capables et dignes de recevoir la sainte eucharistie.
Pour comprendre combien en cette matière le droit du Prêtre ordinaire était réservé et sacré dans la primitive Eglise, il suffit de connaître les anciens Décrets des Pères, qui défendaient à tout évêque et à tout Prêtre d’exercer le moindre ministère dans la Paroisse d’un autre, sans l’autorisation de celui qui la gouvernait, ou bien sans une pressante nécessité. Ainsi l’avait réglé l’Apôtre Saint Paul lui-même, lorsqu’il ordonnait à Tite « d’établir des Prêtres dans toutes les villes »,[9] pour nourrir et fortifier les Fidèles par le céleste Aliment de la Doctrine et des Sacrements.
Cependant quand il y a danger de mort et que l’on ne peut se confesser à son propre Pasteur, le Concile de Trente nous enseigne que l’Eglise, pour ne laisser perdre aucune âme dans ces circonstances, a toujours été dans l’usage de permettre à tous les Prêtres d’absoudre de toutes sortes de péchés, quel que fût le pouvoir nécessaire à cet effet, et même de l’excommunication.
Ce n’est pas assez que le Prêtre soit revêtu des pouvoirs d’Ordre et de juridiction, qui d’ailleurs lui sont absolument nécessaires ; il est indispensable qu’il possède les lumières, la science et la prudence de son état, puisqu’il remplit en même temps les fonctions de juge et de médecin. Comme juge, il est évident qu’il lui faut une science plus qu’ordinaire, soit pour découvrir les péchés, soit pour distinguer, au milieu de leurs nombreuses espèces, ceux qui sont graves de ceux qui sont légers, selon la condition, le rang et la classe de chacun. Comme médecin, il a besoin aussi de la plus grande prudence, puisqu’il doit mettre tous ses soins à donner au malade les remèdes les plus propres à guérir son âme, et à le prémunir contre les rechutes dans le mal. Et c’est ce qui doit faire comprendre aux Fidèles avec quelle attention chacun d’eux doit se choisir un Prêtre recommandable par l’intégrité de sa vie, par sa science, sa sagesse, son jugement sûr, un Prêtre enfin qui se rende compte de l’importance et de la gravité du ministère qui lui est confié, qui sache appliquer dans les divers cas les pénitences convenables, et reconnaître qui sont ceux qu’il faut lier, ou délier.
Mais comme il n’y a personne qui ne désire très vivement cacher ses crimes et la honte de ses fautes il faut avertir les Fidèles qu’ils ne doivent craindre en aucune façon que le Prêtre à qui ils se seront confessés révèle jamais à personne les péchés qu’ils lui auront fait connaître, ni qu’il puisse jamais leur arriver aucun mal par suite de la Confession. Les lois et décrets de l’Eglise veulent que l’on sévisse de la manière la plus rigoureuse contre les Prêtres qui ne tiendraient pas ensevelis dans un silence éternel et sacré tous les péchés qu’ils auraient connus par la Confession. Aussi lisons-nous dans les actes du Concile général de Latran :[10] « Que le Prêtre tremble de jamais trahir le pécheur par un mot, -par un signe, ou de toute autre manière. »
Après avoir parlé du ministre du sacrement de Pénitence, l’ordre des choses demande que nous expliquions certains points principaux, qui ont rapport à l’usage de la Confession et à la manière dont le Prêtre doit agir dans l’administration de ce Sacrement. Un grand nombre de Fidèles, hélas ! ne désirent rien tant que de voir s’écouler les jours fixés par l’Eglise pour la Confession. Ils sont si éloignés de la perfection chrétienne qu’ils cherchent à peine à se rappeler leurs péchés pour les accuser au Prêtre, bien loin d’apporter la diligence et le soin qui seraient nécessaires pour attirer sur eux la grâce de Dieu.. néanmoins, comme les Prêtres ne doivent rien négliger pour le salut de leurs pénitents, leur premier soin sera d’examiner attentivement s’ils ont une véritable Contrition de leurs péchés, et s’ils sont sincèrement et fermement résolus à ne plus pécher dans la suite. S’ils les trouvent réellement dans ces dispositions, ils s’appliqueront de toutes leurs forces à les exhorter vivement à rendre grâces à Dieu de tout leur cœur, pour un bienfait si grand et si précieux, et à implorer sans cesse le secours de la grâce céleste, afin que protégés et couvert par elle, ils puissent résister et tenir tête à leurs mauvaises passions.
Une autre pratique qu’il faut également recommander aux pénitents, c’est de ne passer aucun jour sans méditer quelqu’un des Mystères de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et sans s’exciter, avec toute l’ardeur possible, à L’imiter et à L’aimer d’un amour souverain. Cette méditation les rendra de jour en jour plus forts contre les tentations du démon. En effet si nous succombons si promptement et si facilement à la moindre attaque de l’ennemi, c’est que nous négligeons d’entretenir et d’exciter dans nos cœur s par la contemplation des choses du ciel le feu de cet amour divin qui seul peut raffermir et relever notre courage. Mais si le Confesseur s’aperçoit que celui qui lui accuse ses péchés n’est pas véritablement contrit et repentant, il doit s’efforcer de lui inspirer un amour très vif de la Contrition, afin qu’enflammé par le désir d’obtenir un don si excellent, il se mette aussitôt à l’implorer et à le solliciter humblement de la miséricorde de Dieu.
Mais il faut particulièrement s’attacher à réprimer l’orgueil de ceux qui cherchent par des excuses, soit à justifier, soit à diminuer leurs péchés. Il en est, par exemple, qui, en s’accusant de s’être mis dans une violente colère, en rejettent aussitôt la cause sur un autre dont ils se plaignent d’avoir reçu les premiers une injure. Il faut les avertir que ces sortes d’excuses sont la marque d’un esprit orgueilleux, et d’un homme qui ne réfléchit pas à la grandeur de son péché, ou qui ne la comprend nullement ; et qu’elles sont bien plus propres à augmenter leurs fautes qu"à les diminuer. Car prétendre justifier ainsi sa conduite, c’est sembler dire ouvertement que l’on aura de la patience quand on ne sera injurié par personne. Y a-t-il rien qui soit plus indique d’un Chrétien ? Au lieu de déplorer le sort de celui qui a fait l’injure, et d’être affligé de la perversité de son action, on s’irrite contre lui, contre son frère ; est bien loin de profiter d’une si belle occasion d’honorer Dieu par la patience, et de corriger son frère par mansuétude, on fait tourner à sa perte un sujet de mérites.
Cependant, c’est une faute bien plus funeste encore de ne pas oser confesser ses péchés, parce qu’on est retenu par une mauvaise honte. Il faut encourager ceux qui ont ce malheur, et leur représenter qu’ils n’ont rien à craindre en découvrant leurs fautes, puisque leur Confesseur ne s’étonnera jamais de trouver les hommes pécheurs : c’est là en effet un mal qui est commun à tous, et qui est une suite naturelle de la faiblesse et de la fragilité humaine.
Il en est d’autres qui, parce qu’ils se confessent trop rarement, ou parce qu’ils n’ont pris aucune peine, pour examiner leur conscience et reconnaître leurs péchés, ne savent ni expliquer leurs fautes, ni par où commencer l’accomplissement de ce devoir. Ceux-là doivent être repris plus vivement, et surtout il faut bien leur montrer qu’avant de se présenter au Prêtre, chacun de nous doit faire tous ses efforts pour avoir la Contrition de ses péchés et que l’on ne peut jamais atteindre ce but, si l’on ne s’applique à les reconnaître en les repassant dans sa mémoire les uns après les autres. C’est pourquoi, lorsque le Confesseur rencontrera des pénitents aussi peu préparés, ils les renverra dans les termes les plus bienveillants, et il les exhortera à prendre quelque temps pour penser à leurs fautes, et à revenir ensuite. Mais si ces pénitents affirment qu’ils ont apporté à cette affaire tous leurs soins et toute leur diligence, le Prêtre — dans la crainte trop fondée qu’une fois renvoyés, ils ne reviennent plus — se fera un devoir de les entendre, surtout s’ils montrent quelque désir de s’amender, et si lui-même peut les amener à reconnaître leur négligence, et à promettre qu’une autre fois ils feront un examen plus soigné et plus exact. Cependant ceci demande beaucoup de précautions : car si après avoir entendu la Confession de ces pénitents, le Prêtre juge qu’ils n’ont manqué ni d’exactitude en accusant leurs péchés, ni de douleur et de Contrition en les regrettant, il pourra les absoudre. Mais s’il s’aperçoit que l’une et l’autre de ces deux choses ont fait défaut, il leur conseillera et tâchera de les persuader d’examiner leur conscience avec plus d’attention, ainsi que nous venons de le dire, et il les renverra, après leur avoir parlé avec toute la douceur possible.
Et comme il arrive quelquefois aux femmes, lorsqu’elles ont oublié quelque péché en Confession, de n’oser pas retourner au Confesseur dans la crainte d’être soupçonnées de quelque grand désordre, ou de chercher à se donner la réputation d’une piété extraordinaire, il faudra enseigner souvent, et en public et en particulier, que personne ne peut avoir assez de mémoire pour se rappeler toutes ses actions, toutes ses paroles, et toutes ses pensées ; que par conséquent rien ne doit empêcher les Fidèles d’aller de nouveau trouver le Prêtre, lorsqu’ils se souviennent de quelque péché oublié auparavant.
Telles sont en général les règles que les Prêtres ont à observer dans la Confession. Venons maintenant à la troisième partie du sacrement de Pénitence, qui s’appelle la Satisfaction.
↑ Prov., 2, 14.
↑ Serm., 3, de Verbis Domini.
↑ Hom., 40.
↑ Joan., 20, 22.
↑ De vera et falsa poenit. c., 16, et Serm., de Verbis Domini.
↑ Lib., 50. Hom. 40.
↑ Lib. de Parad. cap., 14, 4.
↑ Joan., 20, 23.
↑ Tite, 1, 5.
↑ Cap., 21.
Chapitre 24
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 746).
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Chapitre vingt-cinquième ►
Chapitre vingt-quatrième
Chapitre 24.
Continuation du même sujet. De la Satisfaction
357
§ i. —
Qu’est-ce que la Satisfaction ?
357
§ ii. —
Nécessité de la Satisfaction
359
§ iii. —
Effets et avantages de la Satisfaction
362
§ iv. —
Diverses espèces d’œuvres satisfactoires
366
DE LA SATISFACTION
Il convient d’abord d’expliquer le mot de Satisfaction, et d’en préciser la portée. Car les ennemis de la Foi catholique ont pris occasion de ce mot pour semer la division et la discorde parmi les Chrétiens, et au grand détriment de la Religion.
I. — QU’EST-CE QUE LA SATISFACTION
La Satisfaction est le paiement intégral d’une dette : Car qui dit satisfaction, dit une chose à laquelle rien ne manque. Par exemple, en matière de réconciliation, satisfaire signifie accorder à un cœur irrité tout ce qu’il faut pour le venger de l’injure qu’on lui a faite. D’où il suit que la satisfaction n’est pas autre chose que la compensation, (ou réparation) de l’injure faite à quelqu’un. Et pour en venir à l’objet qui doit nous occuper ici, les Docteurs de l’Eglise ont employé ce mot de Satisfaction pour exprimer cette compensation qui s’établit, lorsque l’homme paie quelque chose à Dieu pour les péchés qu’il a commis.
Et comme cette compensation peut avoir plusieurs degrés différents, on a distingué
aussi plusieurs sortes de Satisfaction. La première et la plus excellente est celle qui a payé suffisamment à Dieu tout ce que nous devions pour nos péchés, quand même il aurait voulu traiter avec nous en toute rigueur de justice. Mais nous ne regardons comme telle que la Satisfaction qui a apaisé Dieu et nous L’a rendu propice. Et c’est à Jésus-Christ seul que nous en sommes redevables. Car c’est Lui qui sur la Croix a payé la dette de nos péchés, et a satisfait surabondamment à la justice de Dieu pour nous. Rien de créé n’aurait pu être d’un pria assez grand pour nous libérer d’une dette si considérable. Mais, comme dit Saint Jean :[1] « Jésus-Christ est Lui-même la Victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement pour tes nôtres, mais encore pour ceux du monde entier. » Cette Satisfaction est donc pleine et complète. Elle est proportionnée d’une manière parfaite et adéquate au poids de tous les crimes qui ont été commis, et qui se commettent en ce monde. C’est elle seule qui donne du prix et du mérite à nos actions devant Dieu. Sans elle, elles seraient vaines et dénuées de toute valeur réelle. C’est là ce que David semblait avoir en vue quand, se recueillant en lui-même, il s’écriait :[2] « Que rendrai-je au Seigneur pour tous tes bienfaits qu’Il m’a accordés ? » et que ne trouvant, pour reconnaître tant de faveurs, que la Satisfaction dont nous parlons, et à laquelle il donne le nom de calice, il ajoutait : « Je prendrai le calice de salut, et j’invoquerai le nom du Seigneur. »
Une autre espèce de Satisfaction est celle que l’on appelle canonique, et qui s’accomplit dans un temps fixe et déterminé. C’est un usage suivi dés la plus haute antiquité dans l’Eglise, d’infliger quelque peine aux pénitents, lorsqu’ils reçoivent l’Absolution de leurs péchés, et l’accomplissement de cette peine s’est toujours appelé Satisfaction.
Enfin on donne encore le nom de Satisfaction à toutes les peines que nous subissons pour nos péchés, sans les recevoir des mains du Prêtre, mais en nous les imposant nous-mêmes, et en nous les infligeant par notre propre volonté. Mais ces peines ne font point partie du sacrement
de Pénitence. Celles-là seules lui appartiennent qui nous sont imposées par l’autorité du Prêtre, pour payer à Dieu ce que nous Lui devons pour nos péchés : encore faut-il que nous ayons dans l’âme la résolution très sincère et très ferme de faire tous nos efforts pour éviter de l’offenser à l’avenir. En effet quelques-uns ont dit que satisfaire, c’est rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû. Mais il est évident que nul ne peut Lui rendre cet honneur, s’il n’est résolu à fuir absolument le péché. Par conséquent satisfaire, c’est détruire les causes du péché, et lui fermer l’entrée de nos cœurs. Dans le même ordre d’idées, d’autres ont affirmé que la satisfaction purifie notre âme des restes de souillures que la tache du péché y avait laissées et qu’elle acquitte les peines temporelles qui nous restaient à supporter.
II. — NÉCESSITÉ DE LA SATISFACTION
Les choses étant ainsi, il ne sera pas difficile de faire sentir aux Fidèles combien il est nécessaire aux pénitents de s’exercer à cette pratique de la Satisfaction. Il faudra leur apprendre que le péché entraîne après lui deus choses, la tâche et la peine. Et bien que la remise de la faute renferme toujours en elle celle du supplice de la mort éternelle, préparé dans les enfers, cependant il arrive souvent, comme l’a déclaré le Concile de Trente[3] que Dieu ne remet pas en même temps certains restes du péché, et la peine temporelle qui lui est due. nous avons des preuves non équivoques de cette vérité dans plusieurs endroits de nos Saintes Lettres, au 3e chapitre de la Genèse, aux 12e et 22e chapitres des nombres, et dans beaucoup d’autres passages, mais dont le plus célèbre et le plus frappant est celui de David. Le Prophète Nathan lui avait dit :[4] « Le Seigneur n’a point retenu votre péché, vous ne mourrez point. » Et cependant il s’imposa volontairement des peines très grandes, implorant jour et nuit la miséricorde de Dieu en ces termes :[5] « Lavez-moi de plus en plus de mon iniquité, et purifiez-moi de mon péché ; parce que je connais mon iniquité, et mon péché est toujours devant moi. » Par ces paroles il demandait au Seigneur, non seulement le pardon de son crime, mais encore la remise de la peine qu’il avait méritée ; et il Le conjurait de le purifier de tous les restes de ses fautes, et de le rétablir dans son premier état d’innocence et de gloire. Cependant, malgré toute la ferveur de ses prières, le Seigneur ne laissa pas de le punir, et par la perte de l’enfant né après sa faute, et par la révolte et la mort d’Absalon qu’il aimait tendrement, et par plusieurs autres peines et châtiments, dont II l’avait...auparavant menacé. nous voyons encore dans l’Exode que le Seigneur apaisé par les prières de Moïse, pardonna au peuple son idolâtrie : ce qui ne L’empêcha pas d’annoncer qu’Il en tirerait une vengeance très sévère et Moïse lui-même déclara que le Seigneur le punirait de ce crime, avec la dernière rigueur, jusqu’à la troisième et quatrième génération. Quant à l’Eglise catholique, sa Doctrine n’a jamais varié sur ce point, et tous les écrits des Pères prouvent qu’elle n’a pas cessé de croire cette vérité.
Mais comment se fait-il que le sacrement de Pénitence ne remette pas avec le péché toutes les peines qui lui sont dues, aussi bien que le Baptême ? C’est ce que nous explique fort bien le Concile de Trente, en ces termes : « La justice divine semble exiger, dit-il, que la réconciliation soit accordée différemment à ceux qui ont péché par ignorance avant le Baptême, et d ceux qui, délivrés du péché et de l’esclavage du démon, après avoir reçu le don du Saint-Esprit, ne craignent pas cependant de profaner sciemment le temple de Dieu, et de contrister le Saint-Esprit. »
D’ailleurs, il convient à la clémence divine de ne pas nous remettre nos péchés, sans exiger de nous quelque satisfaction. Autrement nous serions exposés à regarder nos fautes comme moindres qu’elles ne sont, et, à la première occasion, à tomber dans d’autres plus graves, par un mépris souverainement injurieux au Saint-Esprit, nous amassant ainsi à nous-mêmes un trésor de colère pour le jour de la vengeance.[6] II est hors de doute que les peines satisfactoires sont comme un frein puissant pour nous retenir, et nous empêcher de retomber dans le mal. Par la même raison elles rendent les pénitents beaucoup plus circonspects et plus vigilants pour l’avenir.
On peut ajouter que ces pénitences sont comme des
témoignages Publics de la douleur que nous font éprouver nos péchés, et par là même un moyen de satisfaire à l’Eglise qui a été grièvement offensée par nos crimes. Car, comme dit Saint Augustin, Dieu ne rejette point un cœur contrit et humilié.[7] Mais comme la douleur d’un cœur est ordinairement cachée pour un autre, et qu’elle ne se manifeste au dehors ni par des paroles ni par d’autres signes, c’est avec raison que les Pasteurs de l’Eglise ont établi des temps de Pénitence, pendant lesquels on satisfait à l’Eglise, de qui l’on reçoit la rémission de ses péchés.
III. — EFFETS ET AVANTAGES DE LA SATISFACTION
D’un autre côté, nos exemples de pénitence apprennent aux autres comment ils doivent régler leur conduite et pratiquer la piété. Lorsque nos semblables sont témoins des peines qui nous sont infligées pour nos péchés, ils en concluent qu’ils doivent vivre toujours dans la plus grande vigilance et réformer leurs mœurs. Voilà pourquoi l’Eglise avait voulu avec beaucoup de sagesse imposer une pénitence publique à celui qui avait commis publiquement quelque faute, afin que les autres, frappés d’une salutaire terreur, fussent désormais plus attentifs à éviter le péché. Cette loi s’étendait même quelquefois aux crimes secrets, lorsqu’ils étaient très graves. Mais pour les fautes publiques, c’était un usage constant et invariable de ne point absoudre ceux qui en étaient coupables, avant qu’ils n’eussent subi et achevé leur pénitence publique. Pendant ce temps, les Pasteurs priaient Dieu pour leur salut, et ils ne cessaient d’exhorter les pénitents à faire de même. C’est en cela que l’on vit briller surtout le zèle et la sollicitude de Saint Ambroise. Ses larmes, dit-on, attendrissaient tellement certains pécheurs qui venaient lui demander l’Absolution avec un cœur endurci, qu’il leur inspirait la douleur d’une véritable Contrition. Mais dans la suite, il y eut tant de relâchement dans la sévérité de l’ancienne discipline, et la Charité se trouva si refroidie que la plupart des fidèles ne regardent plus la douleur intérieure de l’âme et les gémissements du cœur comme nécessaires pour obtenir le pardon de leurs péchés, et qu’ils croient suffisant de montrer les dehors et les apparences du repentir.
Les peines satisfactoires qui nous sont imposées ont encore cet avantage de nous faire retracer l’image et la ressemblance de Jésus-Christ notre Chef, qui Lui-même a été éprouvé, et a subi toutes sortes de souffrances. « On ne peut rien voir de plus difforme, dit Saint Bernard, qu’un membre délicat sous un chef couronné d’épines. »[8] D’ailleurs au témoignage de l’Apôtre, « nous ne sommes les cohéritiers du Sauveur, qu’autant que nous souffrons avec Lui ;[9] et comme il est écrit dans un autre endroit : Si nous mourons avec Lui, nous vivrons aussi avec Lui ; si nous souffrons avec Lui, nous régnerons aussi avec Lui. »[10]
Saint Bernard établit encore que l’on trouve deux choses dans le péché: une tache pour l’âme, et une plaie ; qu’à la vérité la miséricorde de Dieu enlève la tache, mais que pour guérir la plaie du péché, il faut nécessairement ce traitement que l’on emploie comme remède dans la Pénitence. Lorsqu’une blessure est guérie, il demeure encore des cicatrices, qui elles-mêmes ont besoin de guérison
ainsi l’âme, après la remise de sa faute, conserve encore quelques restes de ses péchés, dont elle a besoin de se purifier. C’est ce que dit très bien Saint Jean Chrysostome en ces termes :[11] « Ce n’est pas assez d’arracher la flèche du corps ; il faut de plus guérir la blessure qui a été faite par la flèche. » De même, après avoir reçu le pardon de ses péchés, il faut encore traiter par la Pénitence la plaie qui reste dans l’âme. Saint Augustin ne cesse de nous représenter qu’il y a deux choses à considérer dans le sacrement de Pénitence : la miséricorde de Dieu et sa justice ; la miséricorde qui remet les péchés et les peines éternelles qui leur sont dues, la justice qui inflige à l’homme des peines limitées par le temps.
Enfin lés Satisfactions du Sacrement de Pénitence nous font éviter les châtiments de Dieu et les supplices qui nous étaient réservés. Ainsi l’enseigne l’Apôtre :[12] « Si nous nous jugions nous-mêmes, dit-il, nous ne serions certainement point jugés ; mais lorsque nous sommes jugés, c’est le Seigneur qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde. »
Si les Pasteurs expliquent avec soin ces vérités, il est presque impossible que les Fidèles n’embrassent pas avec ardeur les œuvres de la Pénitence. Mais ce qui démontre parfaitement l’efficacité de cette Pénitence, c’est qu’elle tire toute sa vertu des mérites de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ces mérites communiquent à nos bonnes œuvres en général deux immenses avantages : l’un est de nous faire mériter les récompenses et la gloire éternelle, au point qu’un verre d’eau froide, donné au nom du Sauveur, ne sera pas perdu ; et l’autre de satisfaire à Dieu pour nos péchés.
Et n’allons pas croire que nos satisfactions diminuent celle de Notre-Seigneur, si abondante et si parfaite. Au contraire elles ne servent qu’à la rendre plus éclatante et plus glorieuse encore, s’il est possible. En effet la grâce de Jésus-Christ paraît d’autant plus abondante qu’elle nous fait participer non seulement à ce qu’Il a mérité et payé Lui-même, mais encore aux mérites et au prix qu’Il a communiqués aux Justes et au Saints, comme un Chef à ses membres. Et voilà évidemment ce qui donne tant de valeur et d’importance aux bonnes œuvres des vrais Chrétiens ! Comme la tête communique la vie aux membres, comme la vigne fait passer la sève dans toutes ses branches, ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ ne cesse de répandre sa Grâce sur ceux qui Lui sont unis par la Charité. Et cette grâce précède, accompagne et suit toujours nos œuvres. Sans elle nous ne pouvons ni mériter, ni satisfaire en aucune façon à la justice de Dieu. Ainsi rien ne manque aux justes : par les œuvres qu’ils opèrent avec le secours divin, ils peuvent d’un côté satisfaire à Dieu et à sa Loi, autant que le comporte la fragilité humaine, et de l’autre mériter la Vie Eternelle dont ils entreront en possession, s’ils meurent en état de grâce. La parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ est formelle :[13] « Celui qui boira l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif ; et cette eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine qui jaillira pour la Vie Eternelle. »
Mais il y a deux choses nécessaires dans la Satisfaction la première, que celui qui satisfait soit juste et ami de Dieu. Les œuvres qui ne sont pas faites dans la Foi et dans la Charité ne sauraient être agréables à Dieu ; la seconde, que les œuvres que l’on accomplit soient de nature à causer de la douleur et de la peine. Puisqu’elles sont une véritable compensation des péchés passés et, comme parle le martyr Saint Cyprien « la rançon des péchés », il est de toute nécessité qu’elles présentent quelque chose de difficile et de pénible — bien qu’il n’arrive pas toujours à ceux qui s’exercent à ces œuvres de mortification d’éprouver le sentiment de la douleur. Souvent l’habitude de souffrir, ou une Charité ardente empêchent de sentir les choses les plus dures à supporter par elles-mêmes. Cependant ces sortes d’actions ne laissent pas de posséder la vertu de satisfaire. C’est même le propre des enfants de Dieu d’être tellement enflammés des sentiments de l’amour et de la piété, qu’au milieu des plus cruelles souffrances, ils ne ressentent aucune douleur ou du moins qu’ils supportent tout avec un cœur plein de joie.
IV. — DIVERSES ESPÈCES D’OEUVRES SATISFACTOIRES
Les Pasteurs enseigneront que tous les genres de Satisfactions peuvent se ramener à trois sortes d’œuvres : la Prière, le Jeûne et l’Aumône, lesquels répondent parfaitement aux trois sortes de biens que nous avons reçus de Dieu, les biens de l’âme, les biens du corps et ceux que l’on appelle les avantages extérieurs. Rien n’est plus propre ni plus efficace que ces trois sortes d’œuvres pour extirper les racines de tous les péchés. Puisque, selon l’Apôtre Saint Jean,[14] « Tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie », il n’est personne qui ne voie qu’à ces trois sources de maladies, on a eu bien raison d’opposer trois excellents remèdes, à la première le Jeûne, à la seconde l’Aumône, et à la troisième la Prière. D’autre part, si nous considérons ceux que nos péchés offensent, il nous sera facile de comprendre pourquoi toute satisfaction se rapporte à ces trois choses. En effet le péché offense Dieu, le prochain et nous-mêmes ; or par la Prière nous apaisons Dieu, par l’Aumône nous donnons satisfaction au prochain, et par le Jeûne nous nous mortifions nous-mêmes.
Mais comme une foule de peines et de calamités diverses nous accablent tant que nous sommes dans cette vie, il faut bien apprendre aux Fidèles que ceux qui supportent avec patience tout ce que Dieu leur envoie de pénible et d’affligeant trouvent précisément là une source abondante de satisfaction et de mérites ; tandis que ceux qui n’endurent ces sortes d’épreuves qu’avec répugnance et malgré eux se privent de tous les avantages des œuvres satisfactoires, et ne font que subir la punition et le juste châtiment de Dieu qui se venge de leurs péchés.
Mais ce qui doit nous faire exalter, par les louanges et les actions de grâces les plus vives, l’infinie bonté et la miséricorde de Dieu, c’est qu’Il a bien voulu nous accorder à nous si faibles et si misérables de pouvoir satisfaire les uns pour les autres. C’est là en effet une propriété spéciale qui n’appartient qu’à la Satisfaction. S’il s’agit de la Contrition et de la Confession, personne ne peut ni se repentir, ni se confesser pour un autre ; mais ceux qui possèdent la Grâce divine peuvent au nom d’un autre payer à Dieu ce qui Lui est dû: C’est ainsi que nous portons en quelque sorte le fardeau les uns des autres.[15] Et personne parmi nous ne saurait douter de cette vérité, puisque nous confessons dans le Symbole des Apôtres la communion des Saints. Dès lors que nous renaissons tous à Jésus-Christ, purifiés par le même Baptême, que nous participons tous aux mêmes Sacrements, et surtout que nous avons pour aliment et pour breuvage réparateurs le même Corps et le même Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il est aussi certain qu’évident que nous sommes tous les membres d’un seul et même corps. Et si le pied, par exemple, ne remplit pas ses fonctions uniquement pour lui, mais encore au profit des yeux, et si les yeux ne voient pas pour eux seuls, mais aussi pour l’avantage commun de tous les membres, les œuvres satisfactoires peuvent être également communes entre nous tous.
Cependant ceci, pour être vrai, ne doit pas s’entendre sans restriction, si nous envisageons en général tous les avantages que la satisfaction nous procure. Car les œuvres satisfactoires sont aussi comme un traitement et un remède prescrits au pénitent pour guérir les affections déréglées de son âme. Mais il est évident que cet effet particulier ne peut s’appliquer à ceux qui ne satisfont point par eux-mêmes.
Voilà donc ce que les Pasteurs auront à exposer d’une manière claire et détaillée sur les trois parties du sacrement de Pénitence : La Contrition, la Confession et la Satisfaction. toutefois il est une chose que les Confesseurs doivent observer avec le plus grand soin, c’est après avoir entendu l’aveu des fautes du pénitent, et avant de l’absoudre, de l’obliger à la réparation suffisante des torts qu’il a pu faire au prochain, dans ses biens ou dans sa réputation, si ces torts semblent assez grands pour l’exposer à la damnation éternelle. nul ne doit être absous, s’il ne promet de restituer à chacun ce qui lui appartient. Et comme il s’en trouve plusieurs qui s’engagent par beaucoup de paroles à s’acquitter de ce devoir, mais n’en sont pas moins décidés et résolus à ne point tenir leurs promesses, il faut absolument les obliger à restituer, et leur rappeler souvent ces mots de l’Apôtre :[16] « que celui qui dérobait, ne dérobe plus, mais qu’il s’occupe plutôt à travailler de ses mains à quelque ouvrage bon et utile, afin qu’il ait de quoi donner à ceux qui sont dans le besoin. »
Quant aux pénitences à imposer aux pécheurs, les confesseurs ne les prescriront point d’une manière arbitraire ; ils suivront en cela les règles de la justice, de la prudence et de la piété. Et pour montrer aux pénitents qu’ils mesurent leurs fautes d’après ces règles, comme aussi pour leur en faire sentir davantage la gravité, il sera bon qu’ils leur rappellent de temps en temps les peines que les anciens Canons Pénitentiaux avaient fixées pour certains péchés. En un mot la nature de la faute doit être la mesure générale de la Satisfaction.
Mais de toutes les œuvres satisfactoires que l’on peut imposer aux pénitents, la plus convenable, c’est qu’ils s’appliquent à la Prière à certains jours et pendant un certain temps, et qu’ils prient pour tout le monde, et surtout pour ceux qui sont morts dans le Seigneur.
Il faut aussi les exhorter à reprendre quelquefois et à recommencer d’eux-mêmes les œuvres de satisfaction prescrites par le Confesseur, et à acquérir des dispositions telles qu’après avoir accompli tout ce qui se rapporte au Sacrement de Pénitence, ils n’abandonnent jamais les pratiques de la vertu de Pénitence.
Si quelquefois pour un crime public on se voit dans l’obligation d’infliger une pénitence publique, et que le pénitent la repousse et supplie d’en être exempté, on ne devra point l’écouter trop facilement ; au contraire, il faudra lui persuader de se soumettre volontiers et avec empressement à une peine qui doit être salutaire et à lui et aux autres.
En enseignant ces choses sur le sacrement de Pénitence, et sur chacune de ses parties, le Pasteur aura pour but non seulement de les faire connaître exactement, mais encore d’amener les Fidèles à les mettre e pratique avec un véritable esprit de religion et de piété.
↑ Joan., 1, 2, 2.
↑ Psal., 115, 12.
↑ Sess., 14, cap., 8.
↑ 2 Reg., 12, 13, 3. = Psal., 50.4.
↑ Psal., 50, 4.
↑ Rom., 2, 5.
↑ Psal., 50, 19.
↑ Serm., 5, de Omn. Sanct.
↑ Rom., 8, 17.
↑ 2 Tim., 2, , 11.
↑ Serm., 1, in Coena Dom.
↑ 1 Cor., 11, 31.
↑ Joan., 4, , 14.
↑ 1 Joan., 2, 16.
↑ Gal., 6, 2.
↑ Eph., 4, 28.
Chapitre 25
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 746).
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Chapitre vingt-sixième ►
Chapitre vingt-cinquième
Chapitre 25.
Du sacrement de l’Extrême-Onction
370
§ i. —
De l’existence et de la nature du sacrement de l’Extrême-Onction
371
§ ii. —
Qui sont ceux à qui l’Extrême-Onction doit être administrée
375
§ iii. —
Des dispositions nécessaires pour bien recevoir l’Extrême-Onction
378
§ iv. —
Quels sont les ministres de ce Sacrement
378
§ v. —
Des effets de l’Extrême-Onction
379
DU SACREMENT DE L’EXTRÊME-ONCTION
Lorsque les saints Oracles des Ecritures nous disent :[1] « Dans toutes vos actions, souvenez-vous de vos fins dernières, et jamais vous ne pécherez », ils avertissent assez les Pasteurs de ne laisser échapper aucune occasion d’exhorter les Fidèles à méditer sans cesse sur la mort. Et comme l’Extrême-Onction rappelle nécessairement la pensée de notre dernier jour, il est facile de comprendre qu’il y a lieu de parler souvent de ce Sacrement, non seulement parce qu’il est très convenable de faire connaître et d’expliquer les Mystères qui ont rapport au salut, mais encore parce que les Fidèles en se souvenant que c’est pour tous une nécessité de mourir, s’appliqueront à réprimer leurs passions déréglées. Dés lors la pensée, et l’attente de la mort les troublera beaucoup moins. Et même ils rendront à Dieu d’immortelles actions de grâces de ce que, après nous avoir ouvert par le sacrement du Baptême l’entrée dans la vie véritable, il a bien voulu instituer encore le sacrement de l’Extrême-Onction, afin qu’en sortant de cette vie périssable nous eussions un chemin plus facile et plus sûr pour aller au ciel.
I. — DE L’EXTRÊME-ONCTION ET DE LA NATURE DU SACREMENT DE L’EXTRÊME-ONCTION
Afin d’exposer à peu près dans le même ordre que nous avons suivi pour les autres Sacrements ce qu’il y a de plus nécessaire à expliquer ici, nous disons d’abord que ce sacrement est appelé extrême-Onction, parce que de toutes les Onctions saintes qui ont été prescrites par Notre-Seigneur Jésus-Christ à son Eglise, c’est celle qui s’administre la dernière. C’est pourquoi nos pères dans la Foi donnaient encore à ce Sacrement le nom d’Onction des Malades et de Sacrement des Mourants. Et ces paroles sont bien propres à rappeler aux Fidèles la pensée de leurs derniers moments.
Mais il faut montrer, en premier lieu, que l’Extrême-Onction est un véritable Sacrement. Et il ne peut y avoir aucun doute sur ce point, si l’on veut faire attention aux paroles dont l’Apôtre Saint Jacques s’est servi pour promulguer la loi de ce Sacrement :[2] « Si quelqu’un est malade parmi vous, dit-il, qu’il fasse venir les Prêtres de l’Eglise, et qu’ils prient sur lui en l’oignant d’huile au nom du Seigneur ; et la prière de la Foi sauvera le malade : et le Seigneur le soulagera ; et s’il a des péchés, ces péchés lui seront remis. » Puisque, suivant l’Apôtre, les péchés sont remis par cette Onction, elle a donc la nature et la vertu d’un Sacrement. telle a toujours été d’ailleurs la Doctrine de l’Eglise catholique sur l’Extrême-Onction ; un grand nombre de Conciles en font foi. Mais celui de Trente l’a déclaré si formellement qu’il prononce l’anathème contre ceux qui auraient la témérité d’enseigner ou de penser le contraire. Le Pape Innocent Ier recommande également ce Sacrement aux Fidèles, avec beaucoup de force.
Il faut donc que les Pasteurs enseignent sans aucune hésitation que l’Extrême-Onction est un Sacrement véritable ; et de plus un seul Sacrement, quoiqu’on l’administre avec plusieurs Onctions différentes, dont chacune se fait avec des prières et une forme particulière. Ce Sacrement est un, non en ce sens que les parties qui le composent ne puissent être divisées, mais parce que ces parties contribuent chacune à sa perfection. C’est ce qui se voit dans tout ce qui est composé. Ainsi une maison est composée de beaucoup de choses et de parties différentes, mais sa perfection n’est que dans l’unité de la forme. De même le sacrement de l’Extrême-Onction renferme plusieurs choses et plusieurs paroles, et cependant ce n’est qu’un signe unique de l’unique effet qu’il a la vertu de produire.
Les Pasteurs ne manqueront pas de dire quelles sont les parties de ce Sacrement, à savoir la matière et la forme. Car l’Apôtre Saint Jacques n’a pas négligé de nous en instruire, et chacune de ces deux parties renferme des Mystères qu’il est utile de méditer.
L’élément, ou la matière de ce Sacrement, comme l’ont déclaré plusieurs Conciles, et spécialement le Concile de Trente, c’est l’huile consacrée par l’Evêque, non toute sorte d’huile en général, extraite d’une substance adipeuse, mais seulement l’huile d’olive. Cette matière exprime parfaitement les effets que la vertu de l’Extrême-Onction opère dans l’âme. De même que l’huile est très propre à adoucir les douleurs du corps, ainsi la vertu de ce Sacrement diminue la tristesse et les douleurs de l’âme. De plus l’huile rend la santé, donne la joie, et sert d’aliment à la lumière, mais surtout elle est très efficace pour renouveler les forces du corps abattu par la fatigue. Or tous ces effets représentent sensiblement ce que la puissance divine opère chez les malades par l’Extrême-Onction. — Mais en voilà assez sur la matière de ce Sacrement.
Quand à la forme qui lui est propre, elle consiste dans ces paroles et ces prières consacrées que le Prêtre prononce en faisant chacune des Onctions, et en disant : « Par cette sainte Onction que le Seigneur vous pardonne tout ce que vous avez fait de mal, par la vue, par l’odorat ou par le toucher. » Et ce qui nous indique que c’est bien là la forme propre et véritable du Sacrement dont nous parlons, ce sont ces paroles de Saint Jacques : « Et qu’ils prient sur lui, et la prière de la Foi sauvera le malade. »
En effet, ce texte nous montre que la forme doit ressembler à une Prière, quoique l’Apôtre ne nous ait pas laissé les termes mêmes dans lesquels elle doit être conçue. Mais pour ceux que nous venons d’employer, nous les avons reçus d’une tradition constante des Pères, et toutes les Eglises se servent de cette même forme qui leur vient de la sainte Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les autres Eglises. Quelques-uns, il est vrai, au lieu de ces mots : Que le Seigneur vous pardonne tout le mal que vous avez fait, disent : Qu’Il vous remette, ou qu’Il guérisse tout le mal que vous avez commis. Mais le sens est toujours le même ; et l’on peut dire que partout on emploie religieusement la même forme.
Et personne ne doit être surpris que dans les autres Sacrements la forme signifie d’une manière absolue ce qu’elle opère, comme lorsque nous disons : Je te baptise, ou, je te marque du signe de la Croix, ou encore qu’elle soit impérative, comme dans le sacrement de l’Ordre, où l’on dit : recevez le Pouvoir, etc., tandis que la forme seule de l’Extrême-Onction s’exprime en une Prière. Et c’est avec beaucoup de raison qu’elle a été ainsi établie. Car outre la grâce spirituelle que ce Sacrement confère, il a également pour but de rendre la santé aux malades. Cependant, comme il n’arrive pas toujours que les malades guérissent, on lui a donné pour forme une Prière, afin que par ce moyen nous obtenions de la bonté de Dieu un effet que la vertu du Sacrement ne produit pas nécessairement, ni toujours.
Il y a aussi des Cérémonies particulières qui accompagnent l’administration de ce Sacrement. Ce sont, pour la plupart, des formules de prières que le Prêtre récite pour obtenir le salut du malade. Il n’y a point de Sacrement qui s’administre avec plus de prières. Et certes ce n’est pas sans motifs. Il n’est pas de moment en effet où les Fidèles aient un besoin plus grand de ce pieux secours. C’est pourquoi tous ceux qui se trouvent présents, et surtout les Pasteurs, doivent alors prier Dieu de tout leur cœur, et recommander à sa miséricorde la vie et le salut du malade avec toute la ferveur possible.
Mais puisque, comme nous venons de le démontrer, l’Extrême-Onction est un Sacrement réel et véritable, il faut en conclure qu’elle a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Luimême, et que Saint Jacques plus tard n’a fait que la publier en quelque sorte, et la porter à la connaissance des Fidèles. Au surplus, notre Sauveur Lui-même semble avoir donné déjà comme une image de cette Onction, lorsqu’Il envoya devant Lui ses disciples deux à deux. L’Evangile nous dit en effet que :[3] « Etant partis, ils prêchaient la pénitence, chassaient un grand nombre de démons, oignaient d’huile beaucoup de malades et tes guérissaient. » Or cette Onction n’était certainement pas de l’invention des Apôtres ; elle était prescrite par notre Seigneur Lui-même, douée d’une vertu mystérieuse et non point naturelle, instituée enfin plutôt pour guérir les âmes que pour soulager le corps. Ainsi l’affirment Saint Denys, Saint Ambroise, Saint Jean Chrysostome et Saint Grégoire le Grand. Il n’est donc pas possible de douter que l’Extrême-Onction soit un des sept Sacrements de l’Eglise catholique, et que nous devions la recevoir avec de profonds sentiments de religion.
II. — QUI SONT CEUX A QUI L’EXTRÊME-ONCTION DOIT ÊTRE ADMINISTRÉE
Il convient d’apprendre aux Fidèles qu’il y a un certain nombre de personnes auxquelles il n’est pas permis d’administrer ce Sacrement, bien qu’il ait été institué pour tous les Chrétiens sans exception. Et d’abord, on ne peut le donner à ceux qui sont en bonne santé. Les paroles de l’Apôtre Saint Jacques sont formelles : « Si quelqu’un est malade parmi vous, » etc. Mais d’un autre côté la raison elle-même nous le montre, puisque ce Sacrement a été institué pour servir de remède non seulement à l’âme mais aussi au corps. Or il n’y a que les malades qui aient besoin de remèdes ; et par conséquent on ne doit administrer ce Sacrement qu’à ceux qui sont dangereusement malades et pour lesquels on peut craindre que le dernier jour soit proche. C’est cependant une faute très grande de ne donner l’Extrême-Onction au malade qu’au moment où tout espoir de guérison est perdu, et où la vie semble déjà l’abandonner avec l’usage de sa raison et de ses sens. Car il est certain que la grâce communiquée par ce Sacrement est beaucoup plus abondante, lorsque le malade possède encore, en le recevant, sa raison pleine et entière, et qu’il peut encore exciter en lui une Foi vive et une Religion sincère. Il faut donc que les Pasteurs aient grand soin d’administrer toujours ce Remède Divin, et Si salutaire par sa propre vertu, dans le moment où ils jugeront que la piété et la Foi des malades pourront le rendre utile et plus efficace.
On ne doit pas administrer l’Extrême-Onction à celui qui n’est point attaqué d’une maladie grave, quand même il serait en danger de perdre la vie, comme, par exemple, s’il était sur le point d’entreprendre une navigation très dangereuse, s’il partait pour un combat où il devrait trouver une mort certaine, ou bien si condamné à la peine capitale il était prêt à marcher au supplice, De plus ce Sacrement ne peut être donné ni à ceux qui sont privés de l’usage de leur raison, ni aux enfants qui ne pèchent point encore. Et qui n’ont pas besoin, par conséquent, de ce moyen pour effacer les restes de leurs fautes ; ni aux insensés, ni aux furieux, à moins qu’ils n’aient des intervalles de raison, qu’ils ne témoignent alors des sentiments de piété, et qu’ils ne demandent l’Onction sainte. Car celui qui n’a jamais eu ni son esprit ni sa raison ne saurait recevoir ce Sacrement ; mais il n’en est pas de même, si le malade n’était tombé dans l’état de folie ou de fureur qu’après avoir demandé lui-même l’Extrême-Onction, lorsqu’il jouissait encore de toutes ses facultés.
On ne fait pas l’Onction sacrée sur toutes les parties du corps, mais seulement sur celles que la nature a données à l’homme pour servir d’instrument aux sens, comme sur les yeux, pour la vue, sur les oreilles, pour l’ouïe, sur les narines, pour l’odorat, sur la bouche, pour le goût et la parole, sur les mains pour le toucher qui, tout en étant répandu sur tout le corps, a néanmoins son principal organe dans cette partie. L’Eglise a adopté cette manière de donner l’Extrême-Onction, parce qu’elle est très conforme à la nature même de ce Sacrement qui s’administre comme un véritable remède. En effet dans les maladies corporelles, quoique le corps entier soit malade, on n’applique cependant le traitement que sur la partie qui est comme le siège et la source du mal. Ainsi ce n’est pas non plus le corps tout entier qui reçoit l’Onction sacrée, mais seulement les membres, qui sont les organes principaux des sensations, puis les reins comme siège de la concupiscence et de la volupté, et enfin les pieds, ces instruments naturels de nos pas et de nos démarches.
Mais il faut remarquer ici que lorsque le même danger de mort se renouvelle dans une seule et même maladie, le malade ne doit recevoir l’Onction sainte qu’une seule fois. toutefois si après l’avoir reçue, il recouvre la santé, autant de fois aussi il pourra recevoir le secours du même Sacrement. C’est assez dire que l’ExtrêmeOnction doit être mise évidemment au nombre des Sacrements qui peuvent se réitérer.
III. — DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR RECEVOIR L’EXTRÊME-ONCTION
Comme il faut travailler avec le plus grand soin à ce que la grâce du Sacrement ne soit point arrêtée dans son cours, comme d’autre part rien ne lui est plus contraire que le péché mortel, il faut se conformer exactement à l’usage constant de l’Eglise catholique d’administrer les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie avant celui de l’Extrême-Onction. Ensuite les Pasteurs s’appliqueront à persuader au malade de s’offrir au Prêtre pour recevoir l’Onction sainte avec l’esprit de Foi de ceux qui se présentaient aux Apôtres pour être guéris : On doit demander d’abord et avant tout le salut de l’âme, puis la santé du corps, à la condition toutefois qu’elle tournera au profit du bonheur éternel. Les Fidèles doivent être bien persuadés d’ailleurs que Dieu est toujours prêt à exaucer ces prières solennelles et sacrées que le Prêtre lui adresse, non point en son nom propre, mais au nom de l’Eglise et de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Enfin on doit les exhorter vivement à demander eux-mêmes, avec piété et avec Foi, fonction de cette huile si salutaire, dès que le combat semble devenir plus violent, et que les forces de l’esprit et du corps commencent à leur manquer.
IV. — QUELS SONT LES MINISTRES DE CE SACREMENT
Quant à celui qui doit être le Ministre de l’Extrême-Onction, le même Apôtre qui a promulgué cette institution de Notre-Seigneur, nous l’apprend quand il dit :[4] « Que le malade fasse venir les Prêtres » ; et par ce mot il n’entend point les plus avancés en âge, comme l’a très bien expliqué le Concile de Trente, ni ceux qui occupent le premier rang parmi le peuple, mais les Prêtres, qui ont été légitimement ordonnés par les Evêques eux-mêmes avec l’imposition des mains. C’est donc aux Prêtres que l’administration de ce Sacrement a été confiée, non à tout Prêtre indistinctement, ainsi que l’a décrété la sainte Eglise, mais seulement au propre Pasteur qui a juridiction sur le malade, ou à un autre Prêtre autorisé par lui à exercer cette Fonction. — Mais gardons-nous d’oublier que le Prêtre, dans ce Sacrement comme dans tous les autres, agit au nom de Jésus-Christ et de la sainte Eglise son épouse.
V. — DES EFFETS DE L’EXTRÊME-ONCTION
Il faut aussi développer avec beaucoup de soin les avantages que nous retirons de ce Sacrement, afin que si les Fidèles n’ont point d’autre motif pour désirer de le recevoir, ils v soient portés du moins par leur utilité personnelle, puisque telle est notre nature, que nous faisons tout dépendre de notre intérêt. Les Pasteurs enseigneront donc qu’à ce Sacrement se trouve attachée une grâce qui remet les péchés, et même directement les péchés légers ou véniels, comme on les appelle communément ; car, pour les fautes mortelles, elles sont effacées par le sacrement de Pénitence. L’Extrême-Onction n’a pas été instituée directement pour remettre ces sortes de fautes ; le Baptême et la Pénitence seuls ont la vertu de produire cet effet.
Un second avantage de l’Extrême-Onction, c’ est de guérir l’âme de cette langueur et de cette infirmité qu’elle a contractées par ses péchés, et de la délivrer de tous les autres restes de ses fautes. Or le temps le plus propre pour opérer cette guérison, c’est celui d’une maladie grave où la vie est en danger. Rien n’est plus naturel à l’homme que de craindre la mort, surtout lorsqu’il se rappelle ses péchés passés, et que sa conscience les lui reproche plus vivement. « Ils se souviendront de leurs crimes en tremblant, dit l’Ecriture, et leurs iniquités se lèveront contre eux pour les accuser. »[5]
Une autre pensée, un autre souci qui tourmente encore violemment les malades, c’est que bientôt il leur faudra paraître devant le tribunal de Dieu, qui prononcera sur eux, dans sa justice infinie, la sentence qu’ils auront méritée. Souvent il arrive que, sous le coup de cette terreur, les Fidèles se troublent étrangement. Or rien n’est p :us propre à faire rentrer l’âme dans la tranquillité à l’heure de la mort, que d’éloigner d’elle toute tristesse, de lui faire attendre avec un cœur plein de joie la venue du Seigneur, et de la disposer à Lui rendre volontiers le dépôt qui lui était confié, dès qu’il le redemandera. Et précisément l’Extrême-Onction possède la vertu de délivrer les Fidèles de cette anxiété, et de remplir leurs cœur s d’une pieuse et sainte joie.
Elle nous procure en outre un autre avantage qui peut passer à bon droit pour le plus grand de tous. tant que nous vivons, l’ennemi du genre humain ne cesse de méditer notre défaite et notre ruine. Mais jamais toutefois. pour nous perdre entièrement et nous ôter s’il est possible toute espérance en la miséricorde de Dieu ; il ne redouble ses efforts avec plus d’énergie que lorsqu’ il sent approcher notre dernier jour. Aussi les Fidèles sont-ils heureux, de trouver dans ce Sacrement des armes et des forces pour abattre son ardeur et son impétuosité, et pour lui résister victorieusement. Avec l’Extrême-Onction, en effet, l’espérance en la bonté de Dieu ranime et relève le courage du malade, qui se sent rassuré, et qui supporte dès lors avec plus de patience et de force les douleurs qu’il endure, de même qu’il évite plus aisément les pièges et les artifices du démon qui cherche à le perdre.
Enfin un dernier effet de l’Extrême-Onction, c’est de rétablir la santé du corps, quand cela est avantageux aux malades. Si de nos jours la guérison du corps s’obtient moins souvent, croyons bien que cela ne provient point de l’impuissance du Sacrement, mais de ce que la plupart de ceux qui reçoivent l’Extrême-Onction ou qui l’administrent ont une Foi trop faible. nous lisons dans l’Evangile que[6] Notre Seigneur fit peu de miracles parmi les siens, à cause de leur incrédulité. Au reste on peut bien dire aussi que la Religion chrétienne, depuis qu’elle a jeté dans les cœur s de plus profondes racines, a moins besoin du secours des miracles que dans le temps oh elle ne faisait que de naître. néanmoins il faut à cet égard stimuler fortement la Foi des Fidèles : et quoi qu’il plaise à Dieu d’ordonner dans sa Sagesse par rapport à la santé du corps, ils doivent conserver la ferme espérance que par la vertu de l’Huile sainte ils obtiendront la santé de l’âme, et qu’ils éprouveront, s’ils viennent à mourir, la vérité de cet oracle sacré:[7] « Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur ! »
Nous avons exposé en peu de mots ce qui regarde l’Extrême-Onction ; mais si les Pasteurs développent chacun de nos points principaux, d’une manière plus étendue, et avec tout le zèle que le sujet demande, il est hors de doute que les Fidèles retireront de cet enseignement les avantages les plus considérables pour leur avancement dans la piété.
↑ Eccl., 7, 40.
↑ Jac., 5, 14.
↑ Marc., 6, 12, 13.
↑ Jac., 5, 14.
↑ Sap., 4, 20.
↑ Matth., 13, 58.
↑ Apoc., 14, 13.
Chapitre 26
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 746).
◄ Chapitre vingt-cinquième
Chapitre vingt-septième ►
Chapitre vingt-sixième
Chapitre 26.
Du sacrement de l’Ordre
382
§ i. —
Il est utile d’expliquer aux Fidèles le sacrement de l’Ordre
382
§ ii. —
De la puissance ecclésiastique
387
§ iii. —
L’Ordre est un vrai Sacrement
389
§ iv. —
De la Tonsure
391
§ v. —
Des Ordres mineurs
392
§ vi. —
Des Ordres majeurs
394
§ vii. —
Du Sacerdoce
397
§ viii. —
Degrés et fonctions du Sacerdoce
399
§ ix. —
Des dispositions nécessaires pour recevoir les Ordres
403
§ x. —
Des effets de l’Ordre
405
DU SACREMENT DE L’ORDRE
Si l’on veut examiner avec attention la nature et l’essence des autres Sacrements, on reconnaîtra aisément qu’ils dépendent tous du sacrement de l’Ordre ; puisque sans lui, les uns ne pourraient jamais ni exister, ni être administrés, et que les autres demeureraient privés de toutes cérémonies solennelles, ainsi que d’un certain culte et de certains rites religieux. C’est donc un devoir pour les Pasteurs, lorsqu’ils traitent la matière des Sacrements, d’expliquer avec le plus grand soin tout ce qui concerne le sacrement de l’Ordre.
I. — IL EST UTILE D’EXPLIQUER AUX FIDÈLES LE SACREMENT DE L’ORDRE
Cette explication leur sera très utile à eux-mêmes d’abord, puis aux autres ecclésiastiques, et même aux simples Fidèles : à eux-mêmes, parce qu’en traitant cette matière ils seront plus portés à réveiller en eux la Grâce qu’ils ont reçue dans ce Sacrement : aux autres ecclésiastiques appelés comme eux à l’héritage du Seigneur, parce qu’ils se sentiront animés du même zèle, et qu’en même temps ils pourront acquérir la connaissance des choses qui leur sont nécessaires pour s’élever plus facilement aux Ordres supérieurs : enfin aux simples Fidèles, d’abord parce qu’ils comprendront combien ils doivent respecter les Ministres de la Religion, et ensuite parce que cette explication pourra souvent être entendue de personnes qui ont l’intention ou le désir de faire entrer leurs enfants dans l’Etat ecclésiastique, ou d’embrasser eux-mêmes ce genre de vie de leur propre mouvement. Or il ne serait pas convenable de laisser ces personnes dans l’ignorance des choses qui regardent particulièrement cette vocation.
En premier lieu, il faut enseigner aux Fidèles quelle est l’excellence et la dignité de ce Sacrement, considéré dans son degré le plus élevé, c’est-à-dire dans le Sacerdoce. En effet si nous admettons — et il le faut bien — que les Evêques et les Prêtres sont comme les interprètes et les ambassadeurs de Dieu, chargés de nous enseigner en son nom la Loi divine et les règles de notre conduite, en un mot de tenir sur la terre la place de Dieu Lui-même, il est évident qu’on ne saurait imaginer des Fonctions plus nobles que les leurs. Ainsi l’Ecriture leur donne-t-elle quelquefois, et à juste titre, les noms d’anges et même de dieux, parce qu’ils exercent en quelque sorte au milieu de nous la Puissance même du Dieu immortel.
Dans tous les temps le Sacerdoce a été entouré des plus grands honneurs ; mais les Prêtres du nouveau testament l’emportent infiniment sur tous ceux qui les ont précédés.
Le pouvoirs qu’ils ont de consacrer et d’offrir le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et celui de remettre les péchés, dépasse toutes nos conceptions humaines. On ne peut rien trouver de comparable sur la terre.
Enfin, comme notre Sauveur a été envoyé par son Père, comme les Apôtres et les disciples à leur tour ont été envoyés par Jésus-Christ dans le monde entier ; ainsi tous les jours les Prêtres sont envoyés avec les mêmes pouvoirs, pour travailler à la perfection des saints, à l’œuvre du Ministère, à l’édification du Corps de notre Seigneur.[1]
On ne doit donc imposer témérairement à personne le fardeau de Fonctions si augustes. Ceux-là seuls doivent en être revêtus qui peuvent le soutenir par la sainteté de leur vie, par leur science, leur Foi et leur prudence. « Que nul ne vienne (donc) s’attribuer d lui-même cet honneur s’il n’y est appelé de Dieu comme Aaron »[2] c’est-à-dire s’il n’y a été appelé par les Ministres légitimes de l’Eglise. Quant aux téméraires qui osent s’ingérer et s’introduire d’eux-mêmes dans ce ministère, il ne faut pas manquer de faire observer que Dieu les avait en vue, quand Il disait :[3] « Je n’envoyais point ces Prophètes, et ils couraient. » Il n’y a rien tout à la fois de plus pitoyable et de plus misérable que ces intrus, ni de plus funeste à l’Eglise.
Et comme dans tout ce que l’on entreprend, il est de la plus haute importance de se proposer une bonne fin, puisque c’est de la bonté de la fin que dépend en grande partie la bonté des actes, la première recommandation à faire à ceux qui veulent entrer dans les Ordres, c’est qu’ils n’aient en vue rien qui soit indigne de si hautes Fonctions. — Ce point demande à être traité avec un soin d’autant plus grand que de nos jours, les Fidèles ont l’habitude de manquer d’une manière plus grave à cet égard. — Les uns en effet n’embrassent l’Etat ecclésiastique que pour se procurer ce qui est nécessaire à la nourriture et au vêtement, ils ne cherchent que le gain dans le Sacerdoce, comme font la plupart de ceux qui prennent les métiers les plus vulgaires. Il est bien vrai comme l’enseigne l’Apôtre, d’après la loi naturelle et la Loi divine, que[4] « celui qui sert à l’Autel, doit vivre de l’Autel », cependant c’est un grand sacrilège d’approcher de l’Autel en vue du profit qui en résulte. D’autres sont conduits au Sacerdoce par la soif des honneurs et par l’ambition. Il en est enfin qui ne recherchent les Ordres que pour s’enrichir ; et la preuve c’est que, si vous ne leur offrez quelque bénéfice considérable, ils ne songent même pas à recevoir un seul des Ordres sacrés. Ce sont ceux-là que notre Sauveur appelle des mercenaires, et dont le Prophète Ezéchiel disait :[5] « Ils se paissent eux-mêmes, et non leurs brebis. » Leur bassesse et leur avidité a déshonoré l’Etat ecclésiastique aux yeux des Fidèles, qui le regardent maintenant presque comme la profession la plus vile et la plus méprisable. Aussi ne tirent-ils point d’autre fruit de leur Sacerdoce, que celui que recueillit Judas de son apostolat, c’est-à-dire leur perte éternelle.
Il n’y a donc que ceux qui, étant légitimement appelés de Dieu, embrassent la carrière ecclésiastique dans le seul but de travailler à sa Gloire, il n’y a que ceux-là dont on peut affirmer qu’ils entrent vraiment par la porte dans l’Eglise.[6]
Ce n’est pas dire toutefois que l’obligation d’honorer Dieu en toutes choses ne soit pas commune à tous les hommes. Tous en effet ont été créés pour honorer Dieu et Le servir ; et les Fidèles surtout, qui ont reçu la Grâce du Baptême, doivent remplir ce devoir de tout leur cœur, de tout leur esprit et de toutes leurs forces. Mais ceux qui veulent recevoir le sacrement de l’Ordre, doivent se proposer non seulement de chercher la Gloire de Dieu en toutes choses, (obligation qui leur est évidemment commune avec le reste des hommes, et spécialement avec les Fidèles), mais encore de Le servir dans la sainteté et la justice,[7] en remplissant l’un ou l’autre des ministères de l’Eglise. Dans une armée, tous les soldats obéissent aux ordres du Général. Cependant ils n’ont pas tous les mêmes fonctions à remplir ; l’un est Capitaine, l’autre Commandant. De même tous les Fidèles doivent faire tous leurs efforts pour vivre dans la piété et l’innocence, (vertus qui honorent vraiment Dieu) ; et cependant il faut aussi que ceux qui sont engagés dans les Ordres exercent certaines Fonctions et certains Ministères particuliers. Ainsi ils offrent les saints Mystères pour eux-mêmes et pour tout le peuple ; ils enseignent la Loi de Dieu ; ils exhortent et forment les Fidèles à l’observer avec joie et empressement ; ils administrent les Sacrements de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous donnent la Grâce, la conservent et l’augmentent en nous : enfin pour tout dire en un mot, ils vivent séparés de tout le reste du peuple, pour remplir le plus grand et le plus excellent de tous les ministères.
Ces explications une fois données, les Pasteurs passeront à celles qui se rattachent, à proprement parler, à la nature même du Sacrement, afin que les Fidèles qui désirent entrer dans l’Etat ecclésiastique, sachent bien à quel genre de dignité ils sont appelés, et quelle est l’étendue de la puissance que Dieu a donnée à son Eglise et à ses Ministres.
II. — DE LA PUISSANCE ECCLÉSIASTIQUE
La puissance ecclésiastique est double ; elle se partage 1° en pouvoir d’Ordre, 2° en pouvoir de Juridiction.
Le pouvoir d’Ordre a pour objet le Corps adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la Sainte eucharistie.
Le pouvoir de Juridiction s’exerce tout entier sur son Corps mystique. C’est à lui qu’il appartient de gouverner le peuple chrétien, de le conduire et de le diriger dans la voie de la céleste et éternelle félicité.
Le pouvoir d’Ordre n’a pas seulement la vertu et la propriété de consacrer l’Eucharistie ; il prépare encore les cœurs à recevoir ce Sacrement, il les en rend dignes, et, en général, il s’étend à tout ce qui peut avoir quelque rapport avec l’Eucharistie.
Nos Saints Livres parlent de ce pouvoir en beaucoup d’endroits. Mais nulle part il n’est exprimé plus clairement, ni d’une manière plus expresse, que dans Saint Matthieu et dans Saint Jean.[8] « Comme mon Père m’a envoyé, dit Notre-Seigneur, ainsi je vous envoie : recevez le Saint-Esprit : les péchés seront remis d ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux d qui vous les retiendrez. » Ailleurs, il disait :[9] « En vérité Je vous le dis ; tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Ces deux textes pourront jeter une lumière très grande sur la Vérité que nous exposons, si les Pasteurs ont soin de les expliquer d’après la doctrine et l’autorité des saints Pères. Combien une telle puissance ne l’emporte-t-elle pas sur celle qui fut accordée sous la loi de nature aux hommes chargés du soin des choses sacrées ! Car l’âge qui précéda la Loi écrite, eut, lui aussi, son sacerdoce et son pouvoir spirituel, puisqu’il est certain qu’il avait sa loi : loi et sacerdoce tellement inséparable, au témoignage de l’Apôtre, que le changement de l’une entraîne nécessairement le changement de l’autre. Guidés par un instinct, ou plutôt par une inspiration naturelle, les hommes de ce temps-là sentaient qu’ils devaient honorer Dieu, et, par une conséquence nécessaire, ils durent, dans chaque pays, confier à quelques personnes choisies le soin des choses saintes et du service divin : ce qui constitue par le fait une sorte de pouvoir spirituel.
Chez les Juifs, on vit aussi un pouvoir sacerdotal, bien supérieur, il est vrai, à celui dont les Prêtres étaient revêtus sous la loi de nature, et cependant infiniment moins excellent que la puissance spirituelle de la Loi Evangélique ; puissance toute céleste, qui surpasse celle des Anges mêmes, qui d’ailleurs vient, non de Moïse, mais de Jésus-Christ, Prêtre selon l’ordre de Melchisédech, et non selon l’Ordre d’Aaron. Oui, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, possédant le pouvoir de conférer la Grâce et de remettre les péchés, a laissé à son Eglise ce même pouvoir, en le limitant il est vrai dans son exercice, et en l’attachant aux Sacrements.
C’est pour exercer ce pouvoir que des Ministres particuliers ont été institués et consacrés avec des Cérémonies solennelles. Cette Consécration a reçu le nom de sacrement de l’Ordre ou de sainte Ordination. Et si les saints Pères ont cru devoir employer cette expression dont la signification est très étendue, c’est que précisément ils voulaient faire mieux apprécier la dignité et l’excellence des Ministres de Dieu.
L’Ordre en effet, à prendre ce mot dans sa force et dans son acception propre, est un arrangement de choses supérieures et de choses inférieures, disposées entre elles de telle sorte que l’une se rattache à l’autre. Par conséquent, puisque dans ce ministère il y a plusieurs degrés et plusieurs fonctions différentes, et que tout est distribué et arrangé selon un ordre déterminé, le nom d’Ordre lui a été très bien et très justement appliqué.
III. — L’ORDRE EST UN VRAI SACREMENT
Que l’Ordre, ou l’Ordination sacrée, soit un véritable Sacrement de l’Eglise, le saint Concile de Trente le prouve par ce raisonnement que nous avons déjà employé plusieurs fois : le Sacrement est le signe d’une chose sacrée ; or ce qui se fait extérieurement dans cette Consécration signifie la grâce et la puissance qui sont accordées à celui que l’on ordonne. Il est donc bien évident d’après cela que l’Ordre est un vrai Sacrement dans toute la rigueur du terme. Aussi quand l’Evêque ordonne un Prêtre, il lui présente le Calice avec le vin et l’eau, et la Patène avec le pain en disant : Recevez le pouvoir d’offrir le Sacrifice, etc… Car l’Eglise a toujours enseigné que ces paroles, jointes à la matière, confèrent réellement le pouvoir de consacrer l’Eucharistie, et qu’elles impriment dans l’âme un caractère qui porte avec lui la grâce nécessaire pour s’acquitter dignement et légitimement de cette Fonction. Ainsi le déclare l’Apôtre lui-même :[10] « Je vous avertis, dit-il à Timothée, de ressusciter la grâce de Dieu qui est en vous par l’imposition de mes mains ; car Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse. »
Ainsi, pour nous servir des expressions du saint Concile, l’exercice d’un Sacerdoce si sublime étant une chose toute divine, il était de toute convenance, pour y attacher plus de dignité et lui attirer plus de vénétation, qu’il y eût dans l’Eglise plusieurs sortes de Ministres de rangs différents, et destinés à assister les Prêtres, chacun selon ses fonctions propres. Voilà pourquoi ces fonctions sont distribuées de telle sorte que ceux qui ont reçu la tonsure cléricale, sont élevés ensuite aux Ordres supérieurs, en passant par les Ordres inférieurs.
Il faudra donc enseigner, et l’Eglise catholique l’a toujours fait, que ces Ordres sont au nombre de sept, désignés sous les noms de Portier, de Lecteur, d’Exorciste, d’Acolyte, de Sous-Diacre, de Diacre et de Prêtre. Et c’est avec une grande sagesse que ces Ordres ont été établis en pareil nombre. Il est facile de le prouver par les différents ministères qui sont nécessaires pour célébrer le Saint Sacrifice de la Messe, et pour administrer la Sainte eucharistie. Car c’est pour ces deux fins qu’ils ont été spécialement institués. Ces Ordres se divisent en majeurs, et en mineurs. Les Ordres majeurs, qu’on appelle aussi Ordres sacrés, sont la Prêtrise, le Diaconat et le Sous-diaconat. Les Ordres mineurs sont ceux d’Acolyte, d’Exorciste, de Lecteur et de Portier. Nous allons dire un mot de chacun d’eux, afin que les Pasteurs puissent les expliquer, surtout à ceux qui, selon eux, seraient appelés à les recevoir.
IV. — DE LA TONSURE
Parlons d’abord de la tonsure, qui est comme une préparation à la réception des Ordres. (Car c’est ainsi qu’il faut l’envisager). Or on prépare au Baptême par les exorcismes, au Mariage par les Fiançailles. De même aussi ceux à qui on coupe les cheveux, en les consacrant à Dieu, sont introduits par là dans la voie du sacrement de l’Ordre : car cette Cérémonie est la figure des dispositions que doit avoir celui qui désire se vouer aux ministères sacrés.
Le nom de Clerc qu’on reçoit alors pour la première fois vient de ce que le tonsuré commence à prendre le Seigneur pour sa portion et pour son héritage. Ainsi chez les Hébreux, ceux qui étaient attachés au culte divin, ne devaient avoir aucune part dans le partage de la terre promise, d’après l’ordre même du Seigneur qui leur avait dit :[11] « C’est Moi qui suis ta portion et ton héritage. » Et, bien que ces paroles puissent s’appliquer à tous les Fidèles sans exception, il est certain qu’elles conviennent particulièrement à ceux qui se sont consacrés au service de Dieu.
On coupe les cheveux de telle sorte que la tonsure forme une couronne, qu’il faut conserver toujours, et qui doit être plus grande à mesure que l’on avance dans les Ordres. L’Eglise enseigne que cet usage lui vient des Apôtres ; il en est fait mention dans les Pères les plus anciens et les plus considérables, tels que Saint Denys l’Aréopagite, Saint Augustin, et Saint Jérôme.
On dit même que Saint Pierre, le prince des Apôtres, fut le premier qui introduisit cette coutume, en mémoire de la couronne d’épines qui fut placée sur la tête de notre Sauveur, afin que ce qui avait servi à l’humiliation et au tourment de Jésus-Christ, dans les mains des impies, fût pour les Apôtres un signe d’honneur et de gloire. C’était en même temps un moyen de rappeler aux Ministres de l’Eglise qu’ils doivent s’étudier à imiter Notre-Seigneur et à le représenter en toutes choses.
Quelques-uns veulent que la tonsure soit la marque de la dignité royale qui semble l’apanage réservé à ceux que Dieu appelle à Le prendre pour leur héritage. Car ce que l’Apôtre Saint Pierre attribue au peuple chrétien tout entier, quand il dit :[12] « Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte », convient bien mieux encore, et d’une manière toute particulière — on le comprend aisément — aux Ministres de la Sainte Eglise.
Il en est d’autres qui prétendent que la tonsure ou couronne des Clercs est le signe de la vie plus parfaite dont ils font profession. (La figure circulaire étant la plus parfaite de toutes les figures). Enfin quelques autres pensent que la tonsure marque le mépris des choses de ce monde et l’abandon de tous les soins terrestres, parce qu’elle retranche une partie des cheveux qui sont en effet quelque chose de superflu dans le corps humain.
V. — DES ORDRES MINEURS
Après la tonsure, le premier degré pour entrer dans les Ordres, c’est l’Ordre des Portiers. Le Portier a pour Fonction de garder les clefs et la porte de l’Eglise, et d’empêcher d’entrer ceux qui n’en sont pas dignes. Autrefois il assistait au Saint Sacrifice de la Messe pour veiller à ce que personne n’approchât trop près de l’Autel, et ne vînt troubler le Prêtre occupé à célébrer les saints Mystères. On lui confiait encore d’autres charges comme on peut le voir par les Cérémonies qui s’observent à son Ordination. L’Evêque en effet prend les clefs sur l’Autel, les met entre les mains de celui qu’il institue Portier, et lui dit : « Conduisez-vous comme devant rendre compte à Dieu des choses qui sont enfermées sous ces clefs. » Dans l’ancienne Eglise, la dignité de cet Ordre était très grande. On le voit par les objets qui se gardaient alors dans les temples. Les Portiers réunissaient la charge de trésorier à celle de Gardien du tabernacle et des vases sacrés. Aujourd’hui encore d’ailleurs ces Fonctions sont des plus honorables dans l’Eglise.
Le second degré de l’Ordre est celui de Lecteur. La fonction de Lecteur est de lire dans l’Eglise, d’une voix claire et distincte, les Livres de l’Ancien et du nouveau testament, et surtout ceux qui se récitent pendant la Psalmodie de la nuit. Autrefois il était encore chargé d’enseigner aux Fidèles les premiers éléments de la Religion chrétienne. C’est pourquoi l’Evêque, quand il l’ordonne, lui remet en présence du peuple le Livre où sont renfermées les choses qui regardent ce ministère, et lui dit : « Recevez et transmettez la parole de Dieu ; si vous remplissez fidèlement et avec fruit votre ministère, vous aurez part avec ceux qui ont dignement annoncé la parole divine dés le commencement. »
Le troisième Ordre est celui des Exorcistes. Ils ont le pouvoir d’invoquer le nom du Seigneur sur ceux qui sont possédés par des esprits immondes. C’est pourquoi l’Evêque, en les ordonnant, leur présente le Livre où sont contenus les exorcismes, et prononce en même temps ces paroles : « Prenez ce Livre, et gardez-le dans votre mémoire, et recevez le pouvoir d’imposer les mains sur les énergumènes, tant ceux qui sont baptisés, que ceux qui sont encore catéchumènes. »
Enfin le quatrième et dernier des Ordres mineurs est celui des Acolytes. Ils accompagnent les Ministres supérieurs, Diacres et Sous-Diacres, dans le service de l’Autel, et ils ont pour charge de les aider. En outre ils portent et gardent des cierges allumés, pendant la Messe, et surtout pendant la lecture de l’Evangile, ce qui leur a fait donner aussi le nom de Céroféraires, et voici le rite que l’Evêque a coutume d’observer pour leur Ordination. D’abord il les instruit des devoirs de leur charge, puis il donne à chacun d’eux un flambeau allumé, en disant : « Recevez ce chandelier avec ce cierge, au nom du Seigneur, et sachez que vous êtes chargé d’allumer les Cierges de l’Eglise. » Ensuite il leur présente vides les burettes dans lesquelles on met le vin et l’eau du sacrifice, et il ajoute : « Recevez au nom du Seigneur ces burettes, pour servir l’eau et le vin nécessaires à la Consécration de l’Eucharistie de notre Seigneur. »
VI. — DES ORDRES MAJEURS
Des Ordres mineurs et non sacrés dont nous venons de parler, on peut s’élever légitimement et parvenir aux Ordres majeurs et sacrés. Au premier degré de ces Ordres, on rencontre le Sous-Diacre dont les Fonctions, comme le nom l’indique, sont de servir le Diacre à l’Autel. C’est lui qui doit préparer les linges sacrés, les vases, le pain et le vin nécessaires à la célébration du Sacrifice. Aujourd’hui c’est lui qui présente l’eau à l’Evêque et au Prêtre, lorsqu’ils se lavent les mains à la Messe. C’est à lui également de réciter l’Epître, qui était lue autrefois par le Diacre. Il assiste aux saints Mystères comme témoin, et il est chargé de veiller à ce que personne ne vienne troubler le Célébrant.
Ces différentes Fonctions qui appartiennent au Sous-Diacre sont toutes indiquées dans les Cérémonies sacramentelles de son Ordination. Et d’abord l’Evêque l’avertit qu’une chasteté perpétuelle est imposée au Sous-Diaconat : il déclare que personne ne doit être admis à cet Ordre, sans avoir la volonté sincère de se soumettre à l’obligation du Célibat ; puis après avoir récité solennellement les Litanies des Saints, il énumère et il expose les obligations et les charges du Sous-Diacre.
Ensuite chacun des Ordinands reçoit des mains de l’Evêque le Calice et la Patène ; et pour leur faire comprendre que le Sous-Diacre doit servir le Diacre, l’Archidiacre leur fait toucher les burettes pleines de vin et d’eau, un bassin avec un linge pour s’essuyer les mains. En même temps l’Evêque prononce ces paroles : « Voyez quel ministère vous est confié. Je vous conjure de vous montrer digne de plaire à Dieu. »
On ajoute encore d’autres Prières. Et enfin, quand l’Evêque a revêtu le Sous-Diacre des ornements sacrés pour chacun desquels il y a des paroles et des cérémonies particulières, il lui donne le Livre des Epîtres en disant : « Recevez le Livre des Epîtres, avec le pouvoir de les lire dans la sainte Eglise de Dieu, tant pour les vivants que pour les morts. »
Le second des Ordres sacrés, c’est le Diaconat, dont les fonctions sont beaucoup plus étendues et ont toujours été regardées comme beaucoup plus saintes. Le Diacre doit toujours être à côté de l’Evêque ; garder sa personne pendant qu’il prêche ; le servir, lui et le Prêtre, dans la célébration du sacrifice comme dans l’administration des Sacrements, et de plus lire l’Evangile à la Messe. Autrefois il avertissait de temps en temps les Fidèles de se rendre attentifs aux saints Mystères. Il distribuait aussi le Sang du Seigneur dans les Eglises où les Chrétiens avaient l’habitude de recevoir l’Eucharistie sous les deux espèces. En même temps la dispensation des biens ecclésiastiques lui était confiée et il devait fournir à chacun ce qui lui était nécessaire pour son entretien. C’est encore au Diacre, comme l’œil de l’Evêque en quelque sorte, de voir quels sont ceux qui dans les temps marqués vont aux Sacrifices et aux Sermons, et ceux qui y manquent ; ensuite il doit en rendre compte à l’Evêque, afin qu’il puisse exhorter, avertir, reprendre, blâmer, soit en particulier, soit en public, suivant qu’il le jugera plus utile et plus convenable.
Le Diacre lit aussi les noms des Catéchumènes et il présente à l’Evêque ceux qui doivent être admis au sacrement de l’Ordre. Enfin, à défaut de l’Evêque et du Prêtre, il peut encore expliquer l’Evangile, mais non pas du haut de la chaire, afin qu’il soit bien compris que cette Fonction n’appartient pas proprement à son ministère.
On doit au reste prendre les plus grandes précautions pour ne pas élever des indignes à ce degré de l’Ordre. Saint Paul nous le montre dans son Epître à Timothée en lui exposant ce que doivent être les mœurs, la vertu et l’intégrité du Diacre. Nous le voyons aussi par les rites et les cérémonies solennelles qui se pratiquent à son Ordination. Les prières de l’Evêque sont plus longues et plus augustes que pour l’ordination du Sous-Diacre. Il ajoute pour lui de nouveaux ornements sacrés. Il lui impose les mains, comme nous lisons que les Apôtres le firent, en instituant les premiers Diacres. Enfin il lui remet le Livre des Evangiles en disant : « Recevez, au nom du Seigneur, le pouvoir de lire l’Evangile dans l’Eglise de Dieu, pour les vivants et pour les morts. »
VII. — DU SACERDOCE
Le troisième et le plus élevé des Ordres sacrés, c’est le Sacerdoce. Ceux qui en sont revêtus sont désignés communément sous deux noms distincts par les Pères des premiers siècles. Tantôt ils sont appelés Prêtres, d’un mot grec qui signifie anciens : et cela non seulement à cause de la maturité de l’âge si nécessaire pour cet Ordre, mais beaucoup plus encore à cause de leur savoir, de leur prudence et de la gravité de leurs mœurs. Car il est écrit :[13] « La vieillesse vénérable n’est point celle qui se compte par le nombre des années et la longueur du temps ; c’est la prudence qui est la vieillesse de l’homme, et la vie sans tache est une longue vie. »
Tantôt, on les nomme Sacerdotes, mot latin qui veut dire ou qu’ils sont consacrés à Dieu, ou bien qu’ils administrent les Sacrements, et qu’ils sont chargés de toutes les choses sacrées et divines.
Mais comme les saintes Lettres distinguent deux Sacerdoces, l’un intérieur et l’autre extérieur, il est nécessaire de les caractériser tous deux, afin que les Pasteurs puissent expliquer de quel Sacerdoce il est ici question.
Ainsi lorsqu’on dit des Fidèles purifiés par l’eau du Baptême qu’ils sont prêtres, c’est d’un Sacerdoce intérieur que l’on veut parler. Dans le même ordre d’idées, tous les justes sont prêtres, qui ont l’esprit de Dieu en eux, et qui sont devenus par un bienfait de la Grâce, membres vivants du souverain Prêtre qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ. En effet, ils immolent à Dieu, sur l’autel de leur cœur, des hosties spirituelles, toutes les fois que, éclairés par la Foi et enflammés par la Charité, ils font des œuvres bonnes et honnêtes qu’ils rapportent à la gloire de Dieu. C’est pourquoi nous lisons dans l’Apocalypse :[14] « Jésus-Christ nous a lavés de nos péchés dans son Sang, et Il nous a faits rois et prêtres pour Dieu son Père. » C’est aussi ce qui a fait dire au prince des Apôtres :[15] « vous êtes posés sur Lui comme des pierres vivantes, pour former un édifice spirituel et un Sacerdoce saint afin d’offrir à Dieu des sacrifices spirituels qui lui soient agréables par Jésus-Christ. » C’est encore pour cette raison que l’Apôtre nous exhorte[16] « à offrir à Dieu nos corps comme une hostie vivante, sainte et agréable à ses yeux, et à Lui rendre un culte spirituel. » Enfin, longtemps auparavant, David avait dit :[17] « le sacrifice que Dieu demande est une âme brisée de douleur, vous ne dédaignerez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié. » Tout cela, évidemment, se rapporte au Sacerdoce intérieur.
Quant au Sacerdoce extérieur, il n’appartient point à tous les Fidèles, mais seulement à certains hommes qui ont reçu l’imposition des mains d’une manière légitime ; qui ont été ordonnés et consacrés à Dieu avec les Cérémonies solennelles de la Sainte Eglise, et qui, par le fait, se trouvent dévoués à un ministère sacré, et d’une nature toute particulière.
Cette distinction des deux Sacerdoces peut déjà se remarquer dans l’ancienne Loi. David, comme nous venons de le montrer, a parlé du Sacerdoce intérieur. D’autre part personne n’ignore combien le Seigneur fit d’ordonnances relatives au Sacerdoce extérieur, par le ministère de Moïse et d’Aaron. Il y a plus, Il attacha au service du temple la tribu de Lévi tout entière, et Il défendit par une Loi d’admettre à ces Fonctions sacrées aucun homme d’une autre tribu. Ainsi le roi Osias, ayant usurpé le ministère sacerdotal, fut frappé de lèpre par le Seigneur en punition de sa témérité et de son sacrilège. Et comme nous découvrons dans la Loi Evangélique cette même distinction d’un double Sacerdoce, il importe d’avertir les Fidèles qu’il s’agit ici du Sacerdoce extérieur, conféré seulement à certains hommes. Lui seul, en effet, appartient au sacrement de l’Ordre.
VIII. — DEGRÉS ET FONCTIONS DU SACERDOCE
Les Fonctions du Prêtre sont d’offrir à Dieu le St Sacrifice de la Messe et d’administrer les Sacrements de l’Eglise. C’est ce qu’il est facile de voir par les Cérémonies mêmes de son Ordination.
D’abord, lorsque l’Evêque ordonne un Prêtre, il lui impose les mains, ainsi que tous les autres prêtres qui sont présents à la Cérémonie.
Ensuite il lui met sur les épaules une étole qu’il ramène et dispose sur sa poitrine en forme de croix pour lui faire entendre qu’il est revêtu de la Force d’en haut avec laquelle il pourra porter la Croix de Jésus-Christ et le joug, plein de douceur, de la Loi divine, et aussi enseigner cette Loi non seulement par ses paroles mais encore par l’exemple d’une vie très sainte et très pure.
Après cela, il fait sur ses mains l’Onction de l’Huile sainte ; puis il lui remet le Calice avec du vin et la patène avec une hostie, en disant : « recevez le pouvoir d’offrir à Dieu le Sacrifice, et de célébrer la Messe tant pour les vivants que pour les morts. » Ces cérémonies et ces paroles font du Prêtre l’interprète et le médiateur entre Dieu et les hommes : ce qui est sa principale Fonction.
Enfin l’Evêque impose une seconde fois les mains sur sa tête, en lui disant : « Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous tes retiendrez. » C’est par là qu’il lui communique le pouvoir divin de remettre et de retenir les péchés que Notre-Seigneur donna à ses Apôtres.
Telles sont les Fonctions propres et les principaux apanages de l’ordre sacerdotal. Cet Ordre est un en lui-même. Toutefois cette unité n’exclut pas différents degrés de dignité et de puissance.
Le premier de ces degrés est celui de la Prêtrise proprement dite. Nous venons d’en parler.
Le second est celui de l’Episcopat. Les Evêques sont placés à la tête des Diocèses, pour gouverner non seulement les autres Ministres de l’Eglise, mais encore le peuple fidèle et pour s’occuper de leur salut avec une vigilance et un soin extrêmes. C’est ce qui les a fait appeler souvent dans l’Ecriture les Pasteurs des brebis ; et Saint Paul a tracé leurs devoirs et leurs fonctions dans ce discours qu’il adressa aux Ephésiens, et que nous lisons dans les Actes des Apôtres.[18]
Saint Pierre a donné aussi lui-même une règle toute divine pour l’exercice du ministère épiscopal, et si les Evêques s’étudient à y conformer leur conduite, il est impossible qu’ils ne soient pas de bons Pasteurs, et qu’ils ne passent pour tels.
Les Evêques s’appellent encore Pontifes. Ce nom vient des païens. C’est ainsi qu’ils nommaient les premiers de leurs prêtres.
Le troisième degré est celui des Archevêques. Ils sont à la tête d’un certain nombre d’Evêques. Ils portent aussi le nom de Métropolitains, parce que les villes dont ils sont Evêques sont considérées comme les mères de la province. Leur dignité est plus élevée et leur puissance plus étendue que celle des Evêques, quoique leur Ordination soit absolument la même.
En quatrième lieu viennent les Patriarches, c’est-à-dire les premiers et les plus élevés des Pères. Autrefois, en dehors du Pontife de Rome, on ne comptait que quatre Patriarches dans l’Eglise universelle. Mais ils n’étaient pas tous égaux en dignité. Celui de Constantinople, bien qu’il n’eût obtenu cet honneur qu’après tous les autres, avait le premier rang, à cause de la majesté de la Capitale de l’empire. Le second était celui d’Alexandrie dont l’Eglise avait été fondée par S. Marc l’Evangéliste, et sur l’ordre du prince des Apôtres. Le troisième était celui d’Antioche où Saint Pierre avait établi son premier siège. Enfin le quatrième était celui de Jérusalem, dont l’Eglise avait été gouvernée d’abord par Saint Jacques, frère du Seigneur.
Mais au-dessus de tous, l’Eglise catholique a toujours placé le Pontife Romain, que Saint Cyrille d’Alexandrie, au concile d’Ephèse, appelait le Père et le Patriarche de tout l’univers. En effet, il est assis sur le siège de Saint Pierre, sur lequel il est certain que le prince des Apôtres demeura jusqu’à la fin de sa vie. Et c’est pour cette raison que l’Eglise reconnaît en lui la Primauté d’honneur et l’universalité de Juridiction qu’il tient, non des décrets des Conciles, ou d’autres constitutions humaines, mais de Dieu Lui-même. Il est le Père et le Guide de tous les Fidèles, de tous les Evêques et de tous les autres Prélats, quelles que soient leurs dignités et leurs fonctions. Et en cette qualité, comme successeur de Saint Pierre, comme Vicaire légitime et véritable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il gouverne l’Eglise tout entière.
Les Pasteurs se serviront de cet exposé, pour enseigner aux Fidèles quels sont les principaux devoirs et les principales attributions des différents Ordres ecclésiastiques. Et aussi quel en est le véritable Ministre.
Ce Ministre, c’est l’Evêque. Car il est certain qu’il n’appartient qu’à lui de conférer les saints Ordres. On le prouve de la manière la plus facile et la plus incontestable par l’autorité de la sainte Ecriture, par la tradition, par les saints Pères, par les décisions des Conciles, et par l’usage et la coutume de l’Eglise. Il est vrai que certains Abbés dans leurs monastères, ont été autorisés parfois à conférer les ordres mineurs, à l’exclusion des Ordres sacrés. Mais cette Fonction n’en est pas moins réservée absolument à l’Evêque, qui d’ailleurs peut seul conférer les Ordres majeurs ou sacrés. Pour ordonner les Sous-Diacres, les Diacres et les Prêtres, un seul Evêque suffit ; mais pour consacrer les Evêques, une tradition apostolique, qui s’est toujours maintenue dans l’Eglise, veut qu’il y en ait trois.
IX. — DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR LES ORDRES
Il nous reste maintenant à parler de ceux qui sont aptes à recevoir le sacrement de l’Ordre et spécialement la Prêtrise, ainsi que des dispositions que l’on doit exiger d’eux. Ce que nous dirons de ces dispositions suffira pour faire aisément concevoir celles que demandent les autres Ordres, chacun suivant son rang et sa dignité. Or, ce qui nous montre combien il faut prendre de précautions pour administrer l’Ordination, c’est que tous les autres Sacrements donnent à ceux qui les reçoivent des Grâces de sanctification et d’utilité personnelles, tandis que ceux qui sont initiés aux Ordres sacrés participent à la Grâce céleste pour que leur ministère profite au salut de l’Eglise et de tous les hommes.
C’est pour cela qu’il y a eu de tout temps dans l’Eglise des jours spécialement marqués pour les Ordinations, et même selon un antique usage, des jeûnes solennels attachés à ces jours-là. On a voulu porter les Fidèles à demander à Dieu, par de saintes et ferventes prières, des Ministres sacrés capables d’exercer dignement, et pour le bien de l’Eglise, la puissance que donne un ministère aussi sublime.
La première qualité requise dans celui qui aspire au Sacerdoce, c’est la pureté de vie et de mœurs. En effet celui qui se ferait ou seulement se laisserait ordonner dans l’état de péché mortel, se rendrait coupable d’un crime nouveau et très grave. Mais de plus le Prêtre est obligé de donner aux autres l’exemple d’une vie vertueuse et innocente. Les Pasteurs auront donc soin de faire connaître les règles que Saint Paul prescrivait à cet égard à Tite et à Timothée. Ils enseigneront en même temps que les défauts corporels qui excluaient du service des Autels d’après les prescriptions du Seigneur dans la Loi ancienne doivent s’entendre des vices de l’âme dans la Loi Evangélique. C’est pourquoi cette sainte coutume s’est établie dans l’Eglise de n’admettre aux Ordres sacrés que ceux qui auparavant purifient soigneusement leur conscience dans le sacrement de Pénitence.
En second lieu le Prêtre est obligé non seulement de connaître ce qui regarde l’usage et l’administration des Sacrements, mais encore d’être assez versé dans la science des saintes Ecritures, pour pouvoir apprendre au peuple les Mystères de la Foi chrétienne avec les préceptes de la Loi divine, l’exhorter à la Piété et à la Vertu, le retirer et l’éloigner du vice. Car le Prêtre a deux grands devoirs à remplir : l’un de produire et d’administrer les sacrements, l’autre d’enseigner aux Fidèles confiés à sa garde les choses et les règles de conduite nécessaires au salut. Ainsi le demande le Prophète Malachie :[19] « Les lèvres du Prêtre, dit-il, seront dépositaires de la science ; c’est de sa bouche qu’on attendra l’explication de la Loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées. »
Pour remplir le premier de ces devoirs, il n’est pas besoin, il est vrai, d’une science extraordinaire, mais d’autre part une science commune ne suffit point pour s’acquitter convenablement du second. Cependant on ne demande pas également à tous les Prêtres de savoir le dernier mot sur les points les plus obscurs. C’est assez que chacun connaisse ce qui est indispensable pour l’exercice de sa charge et de son ministère. On ne doit point conférer les saints Ordres aux enfants, ni aux frénétiques, ni aux insensés, parce qu’ils sont tous privés de l’usage de la raison. Néanmoins s’ils venaient à les recevoir, ils en recevraient aussi le caractère, qui demeurerait imprimé en eux.
Quant à l’âge précis qu’il faut avoir pour s’approcher de chacun de ces Ordres, nous renvoyons aux décrets du saint Concile de Trente.
On n’ordonne pas davantage les esclaves, car on ne peut vouer au service divin ceux qui ne s’appartiennent pas, et qui sont en puissance d’un autre ; ni les homicides et les hommes de sang, la Loi de l’Eglise les repousse et les déclare irréguliers ; ni ceux dont les parents n’ont pas été mariés selon les lois de l’Eglise ; il convient que ceux qui sont attachés au service divin n’aient rien en eux qui puisse les exposer d’une manière quelconque à la déconsidération et au mépris publics.
Enfin on n’ordonne pas non plus les estropiés, ni ceux qui ont quelque difformité corporelle considérable. Une laideur et une infirmité de cette nature, ont, l’une, quelque chose de choquant, et l’autre, quelque chose de gênant dans l’administration des Sacrements.
X. — DES EFFETS DE L’ORDRE
Ces explications données, les Pasteurs n’ont plus qu’à faire connaître les effets de ce Sacrement. Or il est certain que l’Ordre, quoique destiné directement, comme nous l’avons dit, au bien et à l’avantage de l’Eglise, produit néanmoins dans l’âme de celui qui le reçoit, la Grâce de la sanctification qui le rend propre et habile à remplir ses Fonctions et à administrer les Sacrements d’une manière convenable, de même que la grâce du Baptême rend propre à recevoir tous les autres Sacrements.
Il est encore une autre Grâce que l’Ordre confère, c’est une puissance particulière par rapport au très saint sacrement de l’Eucharistie ; puissance pleine et parfaite dans le Prêtre, parce qu’il peut seul consacrer le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; mais plus ou moins grande dans les Ordres inférieurs, selon que leur ministère les rapproche plus ou moins du sacrement de l’Autel. C’est cette grâce que l’on appelle caractère spirituel, parce qu’elle est comme une marque imprimée dans l’âme de ceux qui ont été ordonnés, qui sert à les distinguer des simples Fidèles, et qui les consacre au service divin. C’est cette Grâce que l’Apôtre avait sans doute en vue, quand il écrivait à Timothée :[20] « Ne négligez pas la Grâce qui est en vous, qui vous a été donnée suivant une révélation prophétique, avec l’imposition des mains des Prêtres ; » et encore :[21] « Je vous avertis de ressusciter la Grâce de Dieu qui est en vous par l’imposition de mes mains. »
Nous en avons assez dit sur le sacrement de l’Ordre, ne voulant présenter ici que les points principaux de la doctrine qui s’y rapporte, et fournir aux Pasteurs un moyen d’instruire les Fidèles à cet égard, en les formant à la Piété chrétienne.
↑ Eph., 4, 12.
↑ Hebr., 5, 4.
↑ Jer., 23, 21.
↑ 1 Cor., 9, 13.
↑ Ezech., 34, 1.
↑ Joan., 10, 12.
↑ Luc., 1, 74, 75.
↑ Joan., 20, 21.
↑ Matth., 18, 18.
↑ 2 Tim., 1, 6.
↑ Num., 18, 20.
↑ 1 Pet., 2, 9.
↑ Sap., 4, 8.
↑ Apoc., 1, 5.
↑ 1 Pet., 2, 5.
↑ Rom., 12, 1.
↑ Psal., 50, 19.
↑ Act., 20, 28.
↑ Malach., 2, 7.
↑ 1 Tim., 4, 14.
↑ 2 Tim., 1, 16.
Chapitre 27
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 747).
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Chapitre vingt-huitième ►
Chapitre vingt-septième
Chapitre 27.
Du sacrement de Mariage
407
§ i. —
Qu’est-ce que le Mariage ?
408
§ ii. —
Du Mariage considéré par rapport à la nature
412
§ iii. —
Des motifs et des fins du Mariage
414
§ iv. —
Du sacrement de Mariage
416
§ v. —
Des avantages et des biens du Mariage
421
§ vi. —
Devoirs réciproques des Époux
424
§ vii. —
Des formalités du Mariage
426
DU SACREMENT DU MARIAGE
S’il est vrai que les Pasteurs ne doivent se proposer que le bonheur et la perfection des Fidèles, leur vœu le plus ardent pour eux devrait être celui de l’Apôtre écrivant aux Corinthiens :[1] « Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi, » c’est-à-dire, je voudrais les voir vivre toujours chastes. Il n’y a pas en effet de bonheur plus grand en ce monde que d’avoir l’âme tranquille, dégagée des soins et des soucis de ce monde, en paix du côté de la concupiscence et des convoitises coupables, uniquement occupée de la piété et de la méditation des choses du ciel.
Mais, dit le même Apôtre :[2] « Chacun a reçu de Dieu un don particulier, l’un d’une manière, et l’autre d’une autre. » D’ailleurs le Mariage possède des grâces et des biens tout célestes ; il est devenu l’un des sept Sacrements de l’Eglise catholique ; Notre-Seigneur voulut bien un jour honorer de sa présence la solennité des noces. Tous ces motifs nous prouvent suffisamment que les Pasteurs doivent instruire les Fidèles sur cette matière, surtout en voyant Saint Paul et le Prince des Apôtres consigner avec le plus grand soin dans plusieurs passages de leurs écrits ce qui a rapport non seulement à la dignité mais encore aux devoirs du Mariage. Inspirés tous deux par le Saint-Esprit, ils comprenaient très bien les immenses avantages qui rejailliraient sur la société chrétienne, si les Fidèles connaissaient et conservaient sans tache la sainteté de cet état, comme aussi ils pouvaient prévoir combien l’ignorance et les fautes, à cet égard, seraient funestes à l’Eglise, et attireraient sur elle les plus grandes calamités.
I. — QU’EST-CE QUE LE MARIAGE
Parlons d’abord de la nature et des propriétés du Mariage. Le vice se cache souvent sous les dehors de la vertu, et il est à craindre que les Fidèles trompés par une fausse apparence de Mariage, ne vivent dans le péché en suivant l’entraînement de leurs caprices. Mais pour donner ces explications il faut voir d’abord ce que signifie ce mot de Mariage.
Le Mariage s’appelle en latin matrimonium, du mot mater, mère, parce que la femme se marie surtout pour devenir mère, ou bien de ces deux mots : matris munus, fonction de la mère, parce que en raison de la maternité elle doit supporter les plus lourdes charges que lui imposent les enfants.
On l’appelle aussi conjugium, union conjugale, d’un mot latin qui veut dire : placer sous le joug, parce que le même joug lie entre eux la femme et le mari légitimes.
Enfin on le nomme encore nuptiae, noces, qui signifie voiler, soit parce que les jeunes filles en se mariant se voilaient par modestie, comme dit Saint Ambroise ; soit pour marquer par là l’obéissance et la soumission que la femme doit au mari.
Voici maintenant la définition ordinaire que les Théologiens nous en donnent : le Mariage est l’union conjugale de l’homme et de la femme, contractée selon les Lois de l’Eglise, et constituant une communauté de vie inséparable.
Pour bien comprendre toutes les parties de cette définition, il faut remarquer que si, dans un Mariage parfait, on trouve tout d’abord le consentement intérieur des personnes, puis un pacte, ou convention extérieure exprimée par des paroles, ensuite l’obligation et le lien qui naît de la convention, et enfin les rapports des Epoux qui achèvent le Mariage, rien de tout cela cependant n’en renferme la nature et l’essence, excepté cette obligation, ce lien qui est indiqué dans le mot d’union.
On ajoute le mot conjugale, parce que les autres contrats ou conventions pour lesquels l’homme et la femme s’obligent à se prêter un mutuel secours, par argent, ou autrement, n’ont rien de commun avec le Mariage.
Ces mots qui viennent ensuite, contractée suivant les lois, ou bien, entre personnes légitimes, nous montrent qu’il est des personnes à qui les lois interdisent absolument le Mariage, et par conséquent qui ne peuvent contracter validement cette sorte d’union ; et celle qu’elles tenteraient serait nulle. Ainsi par exemple le Mariage ne peut être contracté légitimement ni validement entre personnes parentes au quatrième degré, ni entre celles qui n’auraient point l’âge fixé par les lois[3] qui régissent la matière et que l’on doit toujours observer fidèlement.
Enfin nous avons dit que le Mariage oblige l’homme et la femme à vivre dans une communauté inséparable, parce que le lien qu’il établit entre eux est absolument indissoluble.
D’où il suit nécessairement que l’essence même du Mariage est dans ce lien dont nous parlons. Et si quelques théologiens, et non des moindres, semblent la faire consister dans le consentement, lorsqu’ils disent que l’union conjugale, c’est le consentement de l’homme et de la femme, cela doit s’entendre en ce sens que c’est le consentement qui est la cause efficiente du Mariage. Ainsi l’ont enseigné les Pères du Concile de Florence. Et en effet il n’y a ni obligation, ni lien possibles sans consentement, et sans pacte.
Mais il est essentiel que le consentement soit exprimé par des paroles qui marquent un temps présent. Le Mariage n’est pas une simple donation, c’est un pacte mutuel, par conséquent le consentement d’un seul ne saurait suffire pour le former, il faut le consentement des deux parties. Or il est clair que la parole est nécessaire pour manifester le consentement réciproque des cœurs.
Si le mariage pouvait exister avec un consentement purement intérieur, et sans aucun signe sensible, il s’en suivrait par exemple, que si deux personnes habitant des pays très éloignés et très différents, venaient à avoir la volonté de s’épouser, il y aurait réellement Mariage entre eux dès ce moment, et Mariage réel et solide, avant même de s’être fait connaître réciproquement leur volonté, par lettre ou autrement. Ce qui est contraire à la raison, à la coutume et aux ordonnances de l’Eglise.
Mais de plus il est nécessaire que le consentement mutuel se donne en des termes qui indiquent le présent. Des paroles qui marqueraient le futur promettraient simplement le Mariage, mais ne le formeraient point. D’ailleurs ce qui est à venir, n’existe pas encore ; et ce qui n’est pas encore doit être considéré comme ayant peu ou point de consistance et de stabilité. C’est pourquoi celui qui a seulement promis d’épouser une femme, n’a point encore acquis à son égard les droits du Mariage, puisque ce qu’il a promis n’est pas exécuté. Cependant il doit tenir sa parole, autrement il commettrait le crime de parjure.
Quant à celui que le pacte du Mariage a une fois uni à une autre, il ne peut plus dans la suite ni changer, ni invalider, ni annuler cette alliance, quand même il se repentirait de l’avoir contractée. L’obligation du Mariage n’est donc point une simple promesse ; c’est une cession véritable que l’homme et la femme se font mutuellement d’eux-mêmes ; et par conséquent elle doit être nécessairement formulée par des paroles qui indiquent le présent ; paroles dont l’effet subsiste ensuite d’une manière permanente, puisqu’elles tiennent l’Epoux et l’Epouse enchaînés dans un indissoluble lien. Cependant ces paroles peuvent être remplacées par des signes et des mouvements, qui exprimeraient clairement le consentement intérieur. Le silence même suffirait, si, par exemple, une jeune fille ne répondait point par modestie, et si ses parents parlaient pour elle en sa présence.
Les Pasteurs enseigneront donc aux Fidèles, d’après ce que nous venons de dire, que le Mariage consiste essentiellement dans l’obligation ou lien qui unit les Epoux ; que le consentement, exprimé comme nous l’avons dit, suffit pour produire un véritable Mariage, et qu’il n’est point nécessaire pour cela que le Mariage soit effectif. Avant leur péché, nos premiers parents étaient certainement unis par un mariage réel, et cependant ce Mariage n’avait point reçu son achèvement. C’est l’enseignement formel des Saints Pères. Aussi n’hésitent-ils pas à dire que le Mariage consiste non dans l’usage mais dans le consentement. Ainsi le répète entre autres Saint Ambroise dans son Livre des Vierges.
Après ces explications il faudra faire remarquer que le Mariage a un double caractère : on peut le considérer comme une union naturelle, (car ce n’est pas une invention des hommes, mais une institution de la nature), ou bien comme un Sacrement, dont la vertu est supérieure aux choses purement naturelles. Et comme la grâce perfectionne la nature, et que, au témoignage de l’Apôtre « le spirituel ne précède point ce qui est animal, mais qu’il ne vient qu’après », l’ordre logique demande que nous traitions d’abord du Mariage, en tant qu’il est fondé sur la nature et qu’il produit des obligations naturelles. Nous exposerons ensuite ce qu’il est comme Sacrement.
II. — DU MARIAGE CONSIDÉRÉ PAR RAPPORT A LA NATURE
Les Fidèles doivent savoir tout d’abord que le Mariage a été institué par Dieu. En effet nous lisons dans la Genèse :[4] « Dieu créa l’homme et la femme. Il les bénit et leur dit : croissez et multipliez. Et encore : Il n’est pas bon que l’homme soit seul : faisons-lui un aide qui lui ressemble. Puis un peu plus loin : Il ne se trouvait point pour Adam d’aide qui fut semblable à lui. Le Seigneur lui envoya un doux sommeil, et pendant qu’il dormait Il lui tira une côte, et mit de la chair à la place, et de la côte qu’Il venait d’enlever à Adam Il forma la femme qu’Il lui présenta, et Adam, la voyant, s’écria : c’est l’os de mes os et la chair de ma chair. Elle sera appelée d’un nom pris de l’homme parce qu’elle a été tirée de l’homme. C’est pourquoi l’homme abandonnera son père et sa mère, et il s’attachera à sa femme, et ils seront deux dans une même chair. »
Ces paroles, selon le témoignage même de notre Sauveur dans Saint Matthieu,[5] prouvent que Dieu Lui-même est l’Auteur du Mariage. Et non seulement Dieu est l’Auteur du Mariage, mais encore, comme l’enseigne le Concile de Trente,[6] Il a voulu que cette union eût un lien perpétuel et indissoluble. « Ce que Dieu a joint, dit le Sauveur Lui-même,[7] que l’homme ne le sépare point ! » Bien que l’indissolubilité convienne parfaitement au Mariage comme œuvre de la nature, c’est surtout à son titre de Sacrement qu’il la doit. C’est ce même titre qui élève à leur haute perfection toutes ses propriétés naturelles. Toutefois, l’éducation des enfants et les autres fins du Mariage répugnent à la dissolution du lien qui le constitue.
Quant à ces paroles du Seigneur : « Croissez et multipliez », elles ont pour but de faire connaître la cause de l’institution du Mariage, et non d’en imposer l’obligation à tout le monde. Le genre humain étant multiplié comme il l’est, non seulement personne n’est tenu par aucune loi à se marier, mais encore la virginité est hautement célébrée et conseillée dans nos Saints Livres, comme supérieure à l’état du Mariage, c’est-à-dire plus parfaite et plus sainte. Ainsi l’a enseigné Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même par ces paroles :[8] « Que celui qui peut comprendre, comprenne. » Et Saint Paul a dit après Lui :[9] « Je n’ai point reçu de commandement du Seigneur relativement aux vierges ; mais voici le conseil que je donne, comme ayant reçu de Dieu la grâce d’être son fidèle Ministre. »
III. — DES MOTIFS ET DES FINS DU MARIAGE
Nous avons maintenant à exposer les motifs qui doivent déterminer l’homme et la femme à se marier.
Le premier, c’est l’instinct naturel, qui porte les deux sexes à s’unir, dans l’espoir de s’aider mutuellement, et de trouver dans cette réciprocité de secours plus de forces pour supporter les incommodités de la vie et les infirmités de la vieillesse.
Le second est le désir d’avoir des enfants, moins il est vrai pour laisser des héritiers de ses biens et de ses richesses, que pour donner à Dieu des serviteurs croyants et fidèles. Telle était, avant tout, l’intention des saints Patriarches de l’ancienne Loi, lorsqu’ils prenaient des épouses. Nos Saints Livres ne nous laissent aucun doute sur ce point. Et c’est pourquoi l’Ange Raphaël, apprenant à Tobie le moyen de se défendre contre les violences du démon, lui disait :[10] « Je vous montrerai qui sont ceux sur qui le démon a de la puissance. Ce sont ceux qui entrent dans le mariage, sans penser à Dieu et à son amour, uniquement pour satisfaire leurs passions, comme des animaux sans raison. Le démon est tout puissant contre eux. » — Puis l’Ange ajoutait : « mais vous, vous prendrez cette jeune fille avec la crainte du Seigneur, dans le désir d’avoir des enfants, et non de satisfaire vos passions, afin que vous obteniez dans vos enfants la bénédiction promise à la race d’Abraham. »
Et c’est là, en effet, la fin véritable pour laquelle Dieu institua le Mariage au commencement. Aussi ceux-là commettent une faute très grave qui s’opposent volontairement à cette fin du mariage ; elle a été voulue et ordonnée par Dieu qui unit inséparablement les droits et les devoirs.
A ces deux premiers motifs un troisième est venu s’adjoindre depuis le péché du premier homme, après qu’il eut perdu l’innocence dans laquelle il avait été créé, et que la concupiscence eut commencé à se révolter contre la droite raison. Dès lors celui qui a conscience de sa faiblesse, et qui ne veut point combattre les révoltes de la chair, doit trouver dans le mariage un secours pour son salut. Et c’est ce qui a fait dire à l’Apôtre :[11] « dans la crainte du péché, que chaque homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari. » Puis après avoir dit « qu’il est bon de ne pas toujours user de tous ses droits afin de vaquer plus librement au devoir de la prière », il ajoute encore « que les Epoux ne doivent pas cesser dans leur vie commune de se prêter un mutuel appui contre les tentations et la faiblesse d’ici-bas. »
Voilà donc les motifs qui doivent, l’un ou l’autre, déterminer ceux qui veulent contracter Mariage d’une manière sainte et pieuse, comme il convient aux enfants des Saints. Mais si quelques-uns étaient portés par d’autres causes à se marier, et si dans le choix d’une épouse ils avaient principalement en vue l’espérance de laisser des héritiers, ou encore les richesses, la beauté, l’éclat de la naissance, la ressemblance des caractères. de tels motifs ne seraient point blâmables pour cela, parce qu’ils ne sont pas contraires à la sainteté du Mariage. Ainsi la Sainte Ecriture ne nous dit pas que le patriarche Jacob ait été coupable pour avoir préféré Rachel à Lia, à cause de sa beauté.
IV. — DU SACREMENT DE MARIAGE
Après avoir expliqué ce qui regarde le Mariage considéré comme union naturelle, il faut l’étudier maintenant comme Sacrement, et montrer que sous ce rapport il est beaucoup plus excellent, et qu’il tend à une fin beaucoup plus élevée. Le but du mariage, en tant qu’union naturelle, c’est la propagation de la race humaine. Dieu l’avait ainsi voulu dès le commencement ; mais ensuite, le Mariage a été élevé à la dignité de Sacrement, afin qu’il en sortit un peuple engendré et formé pour le culte et la religion du vrai Dieu et de Jésus-Christ notre Sauveur. Aussi cette union sainte de l’homme et de la femme est-elle donnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même comme le signe visible de cette union si étroite qui existe entre Lui et son Eglise, et de l’immense Charité qu’Il a pour nous. C’est ainsi qu’il a symbolisé la divinité d’un si grand mystère. Et en effet ce choix était de toute convenance, puisque de tous les liens qui enchaînent les hommes entre eux. Et qui les rapprochent les uns des autres, il n’en est pas de plus étroit que le Mariage ; l’Epoux et l’épouse sont attachés l’un à l’autre par la charité et la bonté la plus grande. Voilà pourquoi nos Saints Livres nous représentent si souvent l’Union divine de Jésus-Christ avec son Eglise sous l’image de noces ou Mariage.
Maintenant, que le Mariage soit un Sacrement, l’Eglise, appuyée sur l’autorité de l’Apôtre, l’a toujours tenu pour certain et incontestable. Voici en effet ce que Saint Paul écrivait aux Ephésiens :[12] « Les maris doivent aimer leurs épouses comme leurs propres corps. Celui qui aime son épouse, s’aime lui-même. Car personne ne hait sa propre chair, mais il la nourrit et l’entretient, comme Jésus-Christ fait pour son Eglise, parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa Chair et de ses os. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et il s’attachera à son épouse ; et ils seront deux dans une même chair. Ce Sacrement est grand, je dis en Jésus-Christ et dans l’Eglise. » Or ces mots : ce Sacrement est grand se rapportent à coup sûr au Mariage ; puisque l’union de l’homme et de la femme dont Dieu est l’Auteur, est précisément le Sacrement, c’est-à-dire le signe sacré de cet autre lien si saint qui unit Jésus-Christ à son Eglise. Et tous les anciens Pères qui ont interprété ce passage démontrent que c’est là son sens propre et véritable. Et le Saint Concile de Trente l’explique de la même manière. Il est donc certain que l’Apôtre compare « l’homme à Jésus-Christ », et la femme à l’Eglise ; que l’homme est le chef de la femme, comme Jésus-Christ est le Chef de l’Eglise ; que pour cette raison l’homme doit aimer sa femme, et la femme aimer et respecter son mari car « Jésus-Christ, dit l’Apôtre, a aimé son Eglise, et Il s’est livré pour elle : » et l’Eglise à son tour, selon la doctrine du même Apôtre, est soumise à Jésus-Christ. De plus ce Sacrement signifie et produit la grâce ; deux propriétés qui constituent, à proprement parler, l’essence même du Sacrement. C’est ce que nous enseignent ces paroles du Concile de Trente :[13] « Jésus-Christ Lui-même, Auteur et Instituteur des Sacrements, nous a mérité, par sa Passion, la grâce propre à perfectionner l’amour naturel des Epoux, à affermir l’union indissoluble qui existe entre eux, et à les sanctifier. » Il faut donc enseigner que l’effet de la grâce produite par ce Sacrement, c’est de fixer et d’arrêter dans les douceurs d’un bonheur tranquille la tendresse mutuelle et l’amour réciproque des deux Epoux, de maintenir leur cœur et de le préserver de toute affection déréglée, afin « qu’en toutes choses le Mariage soit honorable, et le foyer toujours digne. »[14]
Il est aisé de juger maintenant combien le Mariage chrétien l’emporte sur ces unions qui se faisaient, soit avant, soit après la Loi de Moise. Sans doute les Gentils étaient convaincus qu’il y avait quelque chose de divin dans le Mariage, aussi réprouvaient-ils comme contraires à la nature les unions qui avaient lieu hors du mariage, et même ils jugeaient dignes de châtiment l’adultère, la violence et les autres genres de libertinage, mais néanmoins le Mariage n’eut jamais chez eux le caractère du Sacrement.
Les Juifs, il est vrai, observaient les lois du Mariage avec un respect vraiment religieux, et il n’est pas douteux que leurs alliances eussent un degré de sainteté beaucoup plus élevé. Comme ils avaient reçu de Dieu la promesse[15] « qu’un jour toutes les nations seraient bénies dans la race d’Abraham », ils considéraient avec raison comme un devoir de haute piété d’avoir des enfants et de contribuer à l’accroissement du peuple choisi d’où Jésus-Christ notre Sauveur, dans sa nature humaine, devait tirer son origine. Mais ces unions-là même ne renfermaient point la véritable essence du Sacrement,
Il faut joindre à cela que, sous la Loi de nature, après le péché de nos premiers parents, soit même sous la loi de Moïse, le Mariage avait singulièrement dégénéré de sa première Sainteté et de sa pureté originelle. Ainsi sous la Loi de nature, nous voyons que beaucoup de Patriarches avaient plusieurs femmes à la fois ; et sous la Loi de Moïse il était permis de répudier une femme pour certaines raisons, en lui délivrant un billet de divorce. Mais la Loi Evangélique a supprimé cette double liberté, et a ramené ainsi le Mariage à son premier état. Ce n’est pas qu’on puisse blâmer ces anciens Patriarches d’avoir eu plusieurs femmes, car ils n’avaient agi ainsi qu’avec la permission divine. Mais Jésus-Christ a montré clairement que la polygamie est contraire à la nature même du Mariage, quand il a dit : « L’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à son épouse, et ils seront deux ne faisant qu’un. » Ainsi, ajoute-t-il, « ils ne sont plus deux, mais un seul. »[16]
Ces paroles font voir évidemment que Dieu a institué le Mariage pour en faire l’union de deux personnes, et non davantage. D’ailleurs Notre-Seigneur Jésus-Christ l’enseigne très nettement dans ce même passage de Saint Matthieu :[17] « Quiconque renvoie sa femme, et en épouse une autre, commet un adultère ; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, c’est une adultère. » Car s’il était permis à l’homme d’avoir plusieurs femmes, on ne voit pas pour quelle raison il serait moins adultère en épousant une autre femme avec celle qu’il aurait déjà, que s’il en prenait une seconde après avoir renvoyé la première. C’est pour cela que si un infidèle, qui d’après les mœurs et les usages de son pays a épousé plusieurs femmes, vient à se convertir à la vraie Religion, l’Eglise lui ordonne de les renvoyer toutes, à l’exception de celle qu’il a eue la première, et elle veut qu’il tienne celle-ci pour sa véritable et légitime épouse.
Le même témoignage de Notre-Seigneur Jésus-Christ prouve également qu’aucun divorce ne saurait rompre le lien du Mariage. Car si le divorce affranchissait la femme de la Loi qui l’attache à son mari, elle pourrait sans adultère se marier à un autre. Or, notre Seigneur dit positivement que[18] « quiconque renvoie sa femme et en prend une autre, commet un adultère. » Il est donc évident que la mort seule peut briser le lien du Mariage. C’est ce que l’Apôtre vient confirmer quand il dit :[19] « La femme est enchaînée à la Loi, tant que son mari est vivant ; s’il vient à mourir, elle est affranchie, elle peut alors se marier à qui elle veut, pourvu que ce soit selon le Seigneur. » Et encore : « Quant à ceux qui sont mariés, j’ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que l’épouse ne se sépare point de son mari ; si elle en est séparée, il faut qu’elle reste sans mari, ou qu’elle se réconcilie avec le premier. » L’Apôtre laisse donc à la femme qui a quitté son mari, pour une cause légitime, cette alternative, ou de vivre comme n’étant point mariée, ou de se réconcilier avec lui. On dit : pour une cause légitime, car la sainte Eglise ne permet point à l’homme et à la femme de se séparer sans les plus graves motifs.
Et pour que personne ne trouve trop dure cette Loi qui rend le Mariage absolument indissoluble, il faut montrer maintenant quels en sont les avantages.
V. — DES AVANTAGES ET DES BIENS DU MARIAGE
Le premier c’est de faire comprendre aux Fidèles que dans un Mariage à conclure on doit considérer la vertu et la conformité de mœurs, plutôt que les richesses et la beauté : Rien n’est plus propre évidemment à entretenir la bonne harmonie entre le mari et la femme.
D’ailleurs si le Mariage pouvait se dissoudre par le divorce, les Epoux ne manqueraient presque jamais de raisons pour se séparer. L’antique ennemi de la paix et de la vertu leur en fournirait tous les jours de nouvelles. Mais quand ils viennent à réfléchir que même en cessant la vie commune, et tous les rapports de l’union conjugale, ils n’en restent pas moins enchaînés par les liens du Mariage, sans aucune espérance de pouvoir jamais se marier à d’autres, cette pensée les rend moins prompts à se diviser et à se fâcher l’un contre l’autre. Si même il arrive qu’ils se séparent, et qu’ils ne puissent supporter longtemps la privation du Mariage, ils se laissent réconcilier par des amis, et reprennent la vie commune.
Les Pasteurs ne doivent pas omettre ici l’exhortation si salutaire de Saint Augustin. Pour montrer aux Fidèles qu’ils ne devaient pas faire trop de difficultés pour se réconcilier avec leurs épouses, lorsqu’ils s’en étaient séparés pour cause d’infidélité, et qu’elles se repentaient de leur crime : [20]« Pourquoi, disait-il, le mari fidèle ne recevrait-il pas une épouse que l’Eglise reçoit ? et pourquoi l’épouse ne pardonnerait-elle pas à son mari coupable, mais repentant, lui à qui Jésus-Christ même a pardonné ? » — Quand l’Ecriture[21] appelle insensé celui qui garde une femme adultère, elle a en vue celle qui, après sa faute, refuse de se repentir et de sortir de sa honte et de son péché.
D’après tout ce que nous venons de dire il est bien évident que le Mariage des chrétiens est infiniment plus parfait et plus digne que celui des infidèles et même des Juifs.
Il y a de plus trois biens particuliers propres au Mariage, et dont il faut parler aux Fidèles ; c’est à savoir les enfants, la fidélité et le Sacrement, qui sont comme une compensation des peines et des ennuis dont parle l’Apôtre, quand il dit :[22] « Les personnes mariées éprouveront des tribulations de toutes sortes. » De là encore il résulte que l’union de l’homme et de la femme qui serait condamnable à juste titre en dehors du Mariage, est permise et légitime entre les Epoux.
Le premier bien du Mariage, c’est la famille, c’est-à-dire les enfants nés d’une épouse légitime et véritable. L’Apôtre Saint Paul l’élève si haut qu’il va jusqu’à dire :[23] « La femme sera sauvée par les enfants qu’elle mettra au monde. » Paroles qui doivent s’entendre, non pas seulement de la génération des enfants, mais encore de leur éducation et du soin de les former à la piété ; car il ajoute aussitôt « s’ils persévèrent dans la Foi. » D’ailleurs, l’Ecriture dit positivement :[24] « Avez-vous des enfants ? sachez les instruire, et les plier au joug dés leur enfance. » L’Apôtre Saint Paul enseigne la même doctrine, et l’Histoire sainte nous montre dans le saint homme Job, dans Tobie, et dans plusieurs autres saints Patriarches, des exemples admirables de l’éducation que les parents doivent donner à leurs enfants, — Au reste, nous exposerons plus longuement, au quatrième Commandement de Dieu, les devoirs des parents et des enfants.
Le second bien du Mariage, c’est la Foi ; non pas cette vertu de Foi que nous recevons, et qui nous pénètre, en quelque sorte, dans le Baptême ; mais cette Foi mutuelle qui lie si étroitement le mari à l’épouse, et l’épouse au mari, qu’ils se donnent entièrement l’un à l’autre, avec la promesse de ne jamais violer la sainte alliance du Mariage. Cette conclusion se déduit aisément des paroles prononcées par notre premier père en recevant Eve pour son épouse, paroles que Notre-Seigneur a confirmées Lui-même dans l’Evangile, en les répétant:[25] « L’homme, dit-il, abandonnera son père et sa mère, et il s’attachera à son épouse, et ils seront deux ne faisant qu’un. »
De même l’Apôtre déclare que[26] « La femme ne s’appartient pas, mais qu’elle appartient à son mari ; et que l’homme ne s’appartient pas, mais qu’il appartient à sa femme. » C’est donc avec une parfaite justice que, dans la Loi ancienne, le Seigneur avait porté des peines si sévères contre les coupables qui violeraient la foi conjugale.
La fidélité du Mariage demande en outre que le mari et la femme s’aiment d’un amour particulier, tout chaste et tout pur, bien différent de l’amour déréglé,. mais d’un amour semblable à celui de Jésus-Christ pour son Eglise. C’est la règle que prescrit l’Apôtre quand il dit[27] « Maris, aimez vos épouses comme Jésus-Christ a aimé son Eglise. » Or si Jésus-Christ a eu pour son Eglise un amour si grand et si étendu, ce n’est point assurément pour son propre avantage, mais uniquement pour le bien de son épouse.
Le troisième bien du Mariage, c’est le Sacrement, c’est-à-dire, le lien indissoluble qui unit les Epoux. Ainsi que nous le lisons dans l’Apôtre,[28] « Le Seigneur a ordonné à l’épouse de ne point se séparer de son Epoux ; ou si elle vient à s’en séparer, de rester sans mari ou de se réconcilier avec le premier, et au mari de ne point renvoyer son épouse. » En effet, si le Mariage en tant que Sacrement représente l’Union de Jésus-Christ avec son Eglise, n’est-il pas nécessaire que comme Jésus-Christ n’abandonne jamais son Eglise, l’épouse ne puisse jamais non plus être séparée de son Epoux, au point de vue du lien conjugal.
Mais pour conserver plus aisément la paix dans cette sainte société, il y aura lieu de faire connaître les devoirs du mari et de la femme, tels qu’ils nous ont été transmis par Saint Paul, et par Saint Pierre le prince des Apôtres.
VI. — DEVOIRS RÉCIPROQUES DES ÉPOUX
Le premier devoir du mari est de traiter sa femme avec douceur et d’une manière honorable. Il doit se souvenir qu’Adam appela Eve sa compagne, quand il dit :[29] « La femme que Vous m’avez donnée pour compagne. » C’est pour cette raison, disent quelques saints Pères, que la femme ne fut pas tirée des pieds de l’homme, mais de son côté: comme aussi elle ne fut point tirée de sa tête, afin qu’elle comprit bien qu’elle ne devait point dominer son mari, mais plutôt lui être soumise
En second lieu, il convient que le mari soit occupé à quelque travail honnête, tant pour fournir à sa famille ce qui est nécessaire à son entretien, que pour ne point languir dans une molle oisiveté, source de tous les vices.
Enfin il doit régler sa famille, corriger et former les mœurs de tous ceux qui la composent, et contenir chacun dans son devoir.
Quant à la femme, voici quelles sont ses obligations, d’après l’Apôtre Saint Pierre :[30] « Que les femmes soient soumises à leurs maris, afin que, s’il en est qui ne croient point à la Parole, ils soient gagnés, sans la Parole, par la bonne vie de leurs femmes, lorsqu’ils considéreront la pureté de vos mœurs unie au respect que vous avez pour eux. ne vous parez pas au dehors par l’art de votre chevelure, par les ornements d’or ni par la beauté des vêtements ; mais ornez l’homme invisible caché dans le cœur, par la pureté incorruptible d’un esprit de douceur et de paix : ce qui est un riche ornement aux yeux de Dieu. Car c’est ainsi que se paraient autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu, et qui obéissaient à leurs maris. telle était Sara qui obéissait à Abraham, qu’elle appelait son Seigneur. »
Un autre devoir essentiel des femmes c’est l’éducation religieuse des enfants, et le soin assidu des choses domestiques. Elles aimeront aussi à rester chez elles, à moins que la nécessité ne les oblige à sortir, et même alors elles, devront avoir l’autorisation de leurs maris.
Enfin, — et ceci est le point capital dans le Mariage — elles se souviendront que, selon Dieu, elles ne doivent ni aimer ni estimer personne plus que leurs maris, et qu’elles sont obligées, en tout ce qui n’est point contraire à la piété chrétienne, de leur être soumises et de leur obéir avec joie et empressement.
VII. — DES FORMALITÉS DU MARIAGE
Comme complément naturel des explications qui précèdent, les Pasteurs auront à faire connaître les formalités que l’on doit observer en contractant Mariage. Mais il ne faut pas s’attendre que nous parlions ici de ces règles, car le Concile de Trente les a déterminées en détail et avec la plus grande exactitude, au moins dans leurs points principaux. Et les Pasteurs ne peuvent ignorer ce qu’il a prescrit à cet égard. Il suffit donc de les avertir en ce moment qu’ils doivent s’appliquer à étudier la doctrine du Saint Concile sur cette matière, et puis de l’exposer aux Fidèles avec le soin qu’elle mérite.
Et pour empêcher les jeunes gens et les jeunes filles — qui réfléchissent si peu — de se laisser tromper par une fausse apparence de Mariage, et d’ériger en alliance des relations qui ne seraient pas légitimes, ils ne se lasseront point de répéter qu’il ne peut y avoir de légitime et véritable Mariage que celui qui est contracté en présence du propre Curé, ou d’un autre Prêtre délégué par lui, ou par l’Ordinaire, et devant un certain nombre de témoins.
Il ne faut pas oublier non plus les empêchement du Mariage. C’est un sujet qui a été traité avec tant de soin par la plupart des Docteurs les plus savants, (qui ont écrit sur les vices et sur les vertus), que chacun pourra aisément se servir ici de ce qu’ils ont laissé sur ce point, d’autant plus que leurs livres doivent rester entre les mains des Pasteurs. Ils les liront donc avec la même attention sérieuse que les décrets du Concile de Trente sur les empêchements qui naissent de la parenté spirituelle, ou de l’honnêteté publique, ou de l’adultère, pour pouvoir en instruire ensuite les Fidèles.
D’après ce que nous venons de dire, il est facile de voir dans quelles dispositions il faut être pour s’engager dans le Mariage. Les Fidèles doivent se rappeler que cette union n’est point une chose purement humaine. non, le Mariage est une alliance toute divine qui exige une grande pureté de cœur, et une piété toute particulière. C’est ce que nous montrent clairement les exemples des Patriarches de l’ancienne Loi. Car, bien que leurs Mariages ne fussent point élevés à la dignité de Sacrement, cependant ils ne les célébraient qu’avec une religion profonde et une pureté parfaite.
Il faut encore, entr’autres recommandations, exhorter les fils de famille à témoigner à leurs parents, ou à ceux qui les remplacent, assez de considération pour ne jamais
contracter de Mariages à leur insu, ni, à plus forte raison, contre leur volonté et malgré leur opposition. nous voyons que dans l’Ancien testament c’étaient toujours les parents qui mariaient eux-mêmes leurs enfants. Et l’Apôtre fait bien entendre que leur volonté en cette matière mérite la plus grande déférence, lorsqu’il dit :[31] « Celui qui marie sa fille fait bien ; et celui qui ne la marie pas, fait mieux. »
Enfin il nous reste à parler de l’usage du Mariage. En traitant cet article, les Pasteurs prendront bien garde de ne laisser tomber de leurs lèvres aucune parole indigne d’un auditoire chrétien, capable de blesser les âmes pures, ou d’exciter le rire. De même que les paroles du Seigneur sont des paroles chastes,[32] de même aussi il convient que celui qui est chargé d’instruire le peuple chrétien ne tienne que des discours qui montrent une gravité d’esprit et une pureté de cœur toutes particulières. Voici donc sur ce sujet la double recommandation à faire aux Fidèles
D’abord, ils ne doivent point user de leurs droits pour leur seule satisfaction ; mais suivant les fins que Dieu Lui-même a prescrites, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Ils ne doivent pas non plus oublier cette exhortation de Saint Paul :[33] « Que ceux qui ont des épouses, soient comme n’en ayant point. » « L’homme sage, dit Saint Jérôme,[34] aimera son épouse par raison, et non par passion ; il maîtrisera les entraînements de la nature, et ne se laissera point emporter par un aveuglement coupable ; car il n’y a rien de plus honorable que d’aimer son épouse d’un amour toujours digne. »
D’autre part, comme tous les biens s’obtiennent du Seigneur par de saintes prières, il faut enseigner aux Fidèles qu’il est à propos de vivre dans leur état de manière à accomplir leurs exercices religieux et spécialement la fréquentation des Sacrements. Il convient aussi de ne pas perdre de vue les lois de la Pénitence et des temps qui lui sont consacrés. telle est la sainte et excellence inspiration souvent suggérée par les Pères de l’Eglise.
Les Epoux fidèles à ces recommandations verront s’accroître de jour en jour les biens du Mariage par une plus grande abondance de Grâces divines. Et tout en remplissant leurs devoirs avec une vraie piété, non seulement ils passeront cette vie dans la tranquillité et dans la paix. mais encore ils se reposeront dans cette véritable et ferme espérance, qui ne trompe point,[35] d’obtenir de la bonté de Dieu la félicité éternelle.
↑ 1 Cor., 7, 7.
↑ Id. ibid.
↑ Il s’agit ici uniquement des Lois de l’Eglise.
↑ Genes., 1, 27 et 2, 18 et seq.
↑ Matth., 19, 6.
↑ Sess., 24.
↑ Matth. 19, 6.
↑ Matth., 19, 12.
↑ 1 Cor., 7, 25.
↑ Tob., 6, 16.
↑ 1 Cor., 7, 2.
↑ Eph. 5. 28 et seq.
↑ Sess., 24.
↑ Hebr., 13, 4.
↑ Genes., 12, 3 ; 22, 18.
↑ Matt., 19, 6.
↑ Matt., 19, 9.
↑ Matt., 19, 8.
↑ 1 Cor., 7, 39. = Luc., 16, 18.
↑ Lib. de adult. c., 6 et 9.
↑ Prov., 18, 22.
↑ 1 Cor., 7, 28.
↑ 1 Tim., 2, 15.
↑ Eccl., 7, 25.
↑ Genes., 2, 25. = Matt., 10, 5.
↑ 1 Cor., 7, 4.
↑ Eph., 5, 25.
↑ 1 Cor., 7, 10.
↑ Genes., 3, 12.
↑ 1 Petr., 3, 1, 2 et seq.
↑ 1 Cor., 7, 38.
↑ Psal., 11, 7.
↑ 1 Cor., 7, 29.
↑ Lib. I. Cont. Jovin.
↑ Rom., 5, 5.
Chapitre 28
Concile de Trente
Catéchisme du concile de Trente
Traduction par Emmanuel Marbeau.
Desclée, Lefebvre et Cie, 1905 (p. 747).
◄ Chapitre vingt-septième
Chapitre vingt-neuvième ►
Chapitre vingt-huitième
Chapitre 28.
Des Commandements de Dieu en général
430
§ i. —
Nécessité d’étudier et d’expliquer le Décalogue
430
§ ii. —
Dieu auteur du Décalogue
431
§ iii. —
Nécessité de garder les Commandements
435
§ iv. —
Avantages de la Loi de Dieu
436
DES COMMANDEMENTS DE DIEU EN GÉNÉRAL
Saint Augustin n’a pas craint de dire que le Décalogue est le sommaire et l’abrégé de toutes les Lois. Bien que Dieu eût fait pour son peuple un grand nombre de prescriptions, néanmoins Il ne donne à Moïse que les deux tables de pierre, appelées les tables du témoignage, pour être déposées dans l’Arche. Et en effet, il est facile de constater que tous les autres Commandements de Dieu dépendent des dix qui furent gravés sur les tables de pierre, si on les examine de près, et si on les entend comme il convient. Et ces dix Commandements dépendent eux-mêmes des deux préceptes de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, dans lesquels sont renfermés la Loi et les Prophètes.[1]
I. — NÉCESSITÉ D’ÉTUDIER ET D’EXPLIQUER LE DÉCALOGUE
Le Décalogue étant l’abrégé de tous les devoirs, les Pasteurs sont obligés de le méditer jour et nuit, non seulement pour y conformer leur propre vie, mais encore pour instruire dans la Loi du Seigneur le peuple qui leur est confié. Car[2] « les lèvres du Prêtre sont dépositaires de la science, et les peuples recevront de sa bouche l’explication de la Loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées. » Ces paroles s’appliquent admirablement aux Prêtres de la Loi nouvelle, parce qu’étant plus rapprochés de Dieu que ceux de la Loi ancienne, ils doivent[3] « se transformer de clarté en clarté, comme par l’Esprit du Seigneur. » D’ailleurs, puisque Jésus-Christ Lui-même leur a donné le nom de[4] « lumière », leur devoir et leur rôle, c’est d’être[5] « la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, les docteurs des ignorants, les maures des enfants ; et si[6] quelqu’un tombe par surprise dans quelque péché, c’est à ceux qui sont spirituels à le relever. »
Au tribunal de la Pénitence ils sont de véritables juges, et la sentence qu’ils portent est en raison de l’espèce et de la grandeur des fautes. Si donc ils ne veulent ni s’abuser eux-mêmes, ni abuser les autres par leur ignorance, il est nécessaire qu’ils étudient la Loi de Dieu avec le plus grand soin, et qu’ils sachent l’interpréter avec sagesse, afin de pouvoir rendre sur toute faute, action ou omission, un jugement conforme à cette règle divine, et encore comme dit l’Apôtre[7] afin de pouvoir donner « la saine Doctrine », c’est-à-dire, une doctrine exempte de toute erreur, et capable de guérir les maladies de l’âme, qui sont les péchés, et de faire des Fidèles[8] « un peuple agréable à Dieu par la pratique des bonnes œuvres. »
II. — DIEU AUTEUR DU DÉCALOGUE
Mais dans ces sortes d’explications, le Pasteur doit rechercher, tant pour lui-même que pour les autres, les motifs les plus propres à obtenir l’obéissance à cette Loi. Or, parmi ces motifs, le plus puissant pour déterminer le cœur humain à observer les prescriptions dont nous parlons, c’est la pensée que Dieu Lui-même en est l’Auteur. Bien qu’il soit dit[9] « que la Loi a été donnée par le ministère des Anges », nul ne peut douter qu’elle n’ait Dieu Lui-même pour auteur. nous en avons une preuve plus que suffisante, non seulement dans les paroles du législateur que nous allons expliquer, mais encore dans une multitude de passages des saintes Ecritures, qui sont assez connus des Pasteurs.
Il n’est personne en effet qui ne sente au fond du cœur une Loi que Dieu Lui-même y a gravée, et qui lui fait discerner le bien du mal, le juste de l’injuste, l’honnête de ce qui ne l’est pas. Or la nature et la portée de cette Loi ne diffèrent en rien de la Loi écrite, par conséquent il est nécessaire que Dieu, Auteur de la seconde, soit en même temps l’Auteur de la première.
Il faut donc enseigner que cette Loi intérieure, au moment où Dieu donna à Moise la Loi écrite, était obscurcie et presque éteinte dans tous les esprits par la corruption des mœurs, et par une dépravation invétérée ; on conçoit dès lors que Dieu ait voulu renouveler et faire revivre une Loi déjà existante plutôt que de porter une Loi nouvelle. Les Fidèles ne doivent donc pas s’imaginer qu’ils ne sont pas tenus d’accomplir le Décalogue, parce qu’ils ont entendu dire que la Loi de Moïse était abrogée. Car il est bien certain qu’on doit se soumettre à ces divins préceptes, non pas parce que Moïse les a promulgués, mais parce qu’ils sont gravés dans tous les cœur », et qu’ils ont été expliqués et confirmés par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même.
Toutefois, (et cette pensée aura une grande force de persuasion), il sera très utile d’engager les Fidèles à se rappeler que Dieu Lui-même est l’Auteur de la Loi ; Dieu dont nous ne pouvons révoquer en doute la Sagesse et l’équité, Dieu enfin dont la Force et la Puissance sont telles qu’il nous est impossible d’y échapper. Aussi, quand Il ordonne par ses Prophètes l’observation de sa Loi, nous l’entendons dire : « Je suis le Seigneur Dieu. » Et au commencement du Décalogue :[10] « Je suis le Seigneur votre Dieu » et ailleurs :[11] « si Je suis le Seigneur, où est la crainte que vous avez de moi » ?