Le Dialogue (page 18)

Catherine de Sienne · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Dialogue (trad. Hurtaud, 1913) · 33 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ceux, au contraire, qui sont avides de consolations personnelles, recevront souvent sa visite. S’ils sont trompés ils reconnaîtront leur erreur, par le moyen que je t’ai indiqué, en constatant que l’allégresse n’était pas accompagnée de la vertu, et qu’ils ne sont point sortis de cette visite, avec l’humilité, avec une vraie charité, avec un grand désir de mon honneur à moi, le Dieu éternel, et du salut des âmes. C’est ma Bonté qui a ainsi pourvu à la préservation de tous, parfaits et imparfaits, dans quelque état que vous soyez. Vous pourrez déjouer toutes les ruses, si vous voulez conserver la lumière de l’intelligence que je vous ai donnée avec la pupille de la très sainte Foi. Ne la laissez donc point obscurcir par le démon, ou éteindre pas votre amour-propre car, si vous ne la voulez perdre, il n’est au pouvoir de personne de vous l’enlever.

CHAPITRE X

(107)

Comment Dieu exauce les saints désirs de ses serviteurs. Combien lui sont agréables ceux qui le prient, et frappent avec persévérance à la porte de sa Vérité.

J’ai fini, ma très chère fille, d’éclaircir tes doutes. J’ai procuré à l’œil de ton intelligence la lumière dont il avait besoin pour éviter les pièges que le démon te pourrait tendre, et j’ai satisfait ainsi à toutes tes demandes. Car Moi, crois-le bien, je ne méprise pas le désir de mes serviteurs. Je donne à quiconque me demande, et je vous invite tous à demander. C’est me déplaire vivement que dé ne pas frapper, en vérité, à la porte de la Sagesse de mon Fils unique, en suivant sa doctrine. Car suivre sa doctrine c’est comme frapper à la porte, en criant vers moi le Père éternel par la voix du saint désir, par d’humbles et continuelles prières. Et c’est moi le Père, qui vous donne le pain de la grâce par la porte de la douce Vérité. Parfois, pour éprouver vos désirs et votre persévérance, je fais semblant de ne pas vous entendre, mais je vous entends bien, et j’accorde à votre esprit ce dont il a besoin. C’est moi qui vous donne la faim et la soif avec laquelle vous criez vers moi, et je ne veux qu’éprouver votre constance, pour combler vos désirs, lorsqu’ils sont bien ordonnés et dirigés vers Moi. C’est à crier de la sorte que vous invite ma Vérité, quand elle dit Appelez et l’on vous répondra, frappez et il vous sera ouvert, demandez et l’on vous donnera (Mt 7, 7 ; Lc 11, 9).

Et Moi aussi je te dis " Je ne veux pas que tu laisses faiblir ton désir ni que tu cesses d’implorer mon secours ! N’abaisse pas ta voix ! Crie, crie vers moi pour que je fasse miséricorde au monde ! Frappe sans interruption à la porte de ma Vérité, mon Fils, en suivant ses traces. Que tes délices soient d’être avec lui sur la croix, avec pour aliment les âmes à sauver pour la gloire et l’honneur de mon nom, gémissant dans l’angoisse de ton cœur, sur la mort de la race humaine que tu vois entraînée vers une telle. misère que ta langue ne la saurait décrire. C’est par tes gémissements, c’est par tes cris, que je voudrais faire miséricorde au monde C’est cela que je demande à mes serviteurs ! A ce signe je reconnaîtrai qu’ils m’aiment en vérité, et Moi, comme je te l’ai dit, je ne mépriserai pas leur désir.

CHAPITRE XI

(108)

Comment cette âme s’humilie en rendant grâces à Dieu. Elle prie ensuite pour le monde entier, et spécialement pour le corps mystique de la sainte Église, pour ses fils spirituels et pour les deux pères de son âme. Enfin elle demande à connaître les fautes des ministres de la sainte Église.

Alors cette âme, dans une véritable ivresse, paraissait hors d’elle-même. L’action de ses sens était suspendue en son corps, par l’union d’amour qu’elle avait faite avec son Créateur pendant que son esprit était ravi dans la contemplation de la Vérité éternelle, qui absorbait le regard de son intelligence. Cette vue de la Vérité l’avait faite tout amour pour la Vérité ! Et elle disait

O souveraine et éternelle Bonté de Dieu ! Eh ! que suis-je donc, moi misérable, pour que vous, Père éternel et souverain, vous m’ayez manifesté votre Vérité, pour que vous m’ayez découvert les ruses secrètes du démon et les illusions du sens propre, auxquelles je suis exposée, moi et les autres, pendant le pèlerinage de cette vie, afin que je ne sois trompée ni par le démon ni par moi-même ? Qui donc vous inspire ? L’amour ! Car vous m’avez aimée sans être aimée de moi.

O foyer d’amour ! Grâces, grâces, soient à vous, Père éternel ! A moi imparfaite et remplie de ténèbres, vous le Parfait, vous la Lumière, vous avez montré la perfection et la voie lumineuse de la doctrine de votre Fils unique. J’étais morte, vous m’avez rendu la vie ! J’étais malade, vous m’avez servi le remède ! Et non seulement le remède du Sang, que vous avez appliqué par votre Fils à ce malade qu’est le genre humain ; mais encore vous m’avez donné contre une infirmité secrète un remède que je ne connaissais pas ; vous m’avez enseigné cette doctrine que je ne puis d’aucune manière juger la créature raisonnable et spécialement vos serviteurs i Aveugle et infirme que j’étais ! Que de fois ne les ai-je pas jugés, sous couleur de votre honneur et du salut des âmes ! Je vous remercie donc, ô Bonté souveraine et éternelle, de ce qu’en me découvrant votre Vérité, et les tromperies du démon, et les illusions du sens propre, vous m’avez fait connaître mon infirmité ! Je vous en supplie par votre grâce et par votre miséricorde, qu’aujourd’hui soit le terme et la fin de mes égarements ! Que je ne m’écarte plus désormais de la doctrine que votre Bonté m’a donnée, à moi et à quiconque la voudra suivre. Sans vous, rien ne se peut faire ! J’ai donc recours à vous, vous êtes mon refuge, Père éternel, et ce n’est pas pour moi seule que je vous implore, mais encore pour le monde entier, et particulièrement pour le corps mystique de la sainte Église.

Qu’elle brille dans vos ministres, cette Vérité, cette doctrine que vous m’avez enseignée, à moi misérable, vous la Vérité éternelle ! Je vous le demande aussi et Spécialement pour tous ceux que vous m’avez donnés, que j’aime d’un amour de prédilection, et que vous avez fait une même chose avec moi. Ils seront ma joie, pour la gloire et l’honneur de votre nom, si je les vois

courir dans cette douce et droite voie, purs, morts à leur volonté et à leur sens propre, sans un jugement, sans un scandale, sans un murmure contre leur prochain ! Je vous en prie, ô mon très doux Amour, qu’aucun d’entre eux ne me soit ravi, par les mains du démon infernal, mais qu’au dernier jour, tous, ô Père éternel, parviennent à Vous, qui êtes leur fin. Je vous adresse encore une autre prière, pour les deux soutiens que vous m’avez donnés sur la terre, pour les deux pères que vous avez préposés à ma garde et à mon enseignement à moi, pauvre misérable, depuis le commencement de ma conversion jusqu’à cette heure. Unissez-les : de leurs deux corps ne faites qu’une âme, et qu’ils n’aient de pensée que pour réaliser en eux, et dans les mystères que vous avez confiés à leurs mains, et dans le salut des âmes, la gloire et l’honneur de votre nom. Et moi qui ne suis pas votre fille, mais une esclave indigne et misérable, que toujours je sois vraiment ainsi vis-à-vis d’eux, en tout respect, avec une sainte crainte, pour l’amour de Vous ! Que je sois votre honneur, leur joie, leur consolation, et l’édification du prochain.

Je suis assurée, ô Vérité éternelle, que vous ne mépriserez pas mon désir, dans les prières que je vous adresse ! Car je sais, pour l’avoir vu, selon que vous avez daigné me le manifester, et beaucoup plus encore, pour l’avoir expérimenté, que vous exaucez les saints désirs. Moi, votre indigne servante, je ferai tout ce qui est en moi, suivant que vous m’en ferez la grâce, pour observer votre commandement et votre doctrine.

Maintenant, ô Père éternel, je me souviens d’une promesse que vous m’avez faite, quand vous m’avez parlé des ministres de la sainte Église. Vous m’avez dit que vous m’entretiendriez plus en détail, en un autre endroit, des fautes qu’ils commettent de nos jours. S’il vous plaît de m’en révéler quelque chose, je vous écouterai, pour avoir un sujet d’augmenter en moi la douleur, et la compassion, et l’angoisse de mon désir pour leur salut. Car je n’ai pas oublié ce que vous m’avez enseigné, que c’est par la souffrance, et les larmes, et les douleurs, et les sueurs, et les prières de vos serviteurs, que vous enverriez la consolation, en réformant la sainte Église en lui donnant de bons et saints Pasteurs. C’est pour accroître en moi ce désir, que je vous adresse cette demande.

CHAPITRE XII

(109)

Comment Dieu excite le zèle de cette âme pour la prière en répondant à quelques-unes de ses demandes.

Alors, le Dieu éternel, abaissant sur cette âme le regard de sa miséricorde, ne méprisa point son désir. Il accueillit ses prières et pour satisfaire au vœu qu’elle lui avait présenté, au sujet de la promesse qu’il lui avait faite, Il lui disait : Ô bien-aimée et très chère fille, j’exaucerai ta demande, j’accomplirai ton désir, pourvu que, de ton côté, tu ne commettes aucune erreur ni négligence. Elles seraient beaucoup plus graves, et tu mériterais de plus sévères reproches qu’auparavant, maintenant que tu as connu davantage ma Vérité. Applique-toi donc avec zèle à prier pour toutes les créatures raisonnables, pour le corps mystique de la sainte Église et pour ceux que tu aimes d’un amour particulier. N’apporte aucune négligence dans le devoir qui t’incombe de la prière, de l’exemple de ta vie, de l’enseignement de la parole. Reprends le vice et recommande la vertu de tout ton pouvoir. Des appuis que je t’ai donnés, tu m’as dit en vérité ce qu’il fallait dire. Fais en sorte d’être le moyen par lequel je donnerai à chacun ce dont il a besoin, selon ses dispositions, et suivant que moi, ton Créateur, t’en ferai la grâce. Car, sans moi, vous ne pourrez rien faire et c’est moi qui réaliserai tes désirs. Mais ne manquez pas, toi et eux, d’espérer en moi. Ma Providence, elle, ne vous manquera pas ; chacun recevra humblement ce qu’il est capable de recevoir. Que chacun donc s’emploie à remplir le ministère à lui confié, selon la mesure qu’il a reçue ou qu’il recevra de ma Bonté.

3ème Réponse

MISÉRICORDE A LA SAINTE ÉGLISE

LA RÉFORME DES PASTEURS !

CHAPITRE I

(110)

De la dignité des prêtres, et du sacrement du corps du Christ. De ceux qui se communient dignement, et de ceux qui le font indignement.

Je vais répondre maintenant, à la demande que tu m’as faite, concernant les ministres de la sainte Église. Pour mieux connaître la vérité, ouvre l’œil de ton intelligence et contemple leur excellence, et la dignité a laquelle je les ai élevés. Comme l’on comprend mieux une chose par son contraire, je veux te montrer la dignité de ceux qui administrent dans la vertu, le trésor que j’ai mis entre leurs mains. Par là tu verras davantage la misère de ceux, qui aujourd’hui se nourrissent au sein de cette épouse.

Alors cette âme, pour obéir à cette invitation, se mirait dans la Vérité, où elle voyait la vertu briller en ceux qui la goûtent vraiment.

Et le Dieu éternel lui disait : Ma fille très chère, je veux d’abord te dire la dignité où je les ai établis par ma Bonté, outre l’amour général que j’ai eu pour mes créatures, en vous créant à mon image et à ma ressemblance, et en vous faisant renaître à la grâce, dans le Sang de mon fils unique. Vous avez acquis une telle excellence, par l’union que j’ai faite de ma divinité à la nature humaine, que vous surpassez en dignité l’ange même car j’ai pris votre nature, non celle de l’ange. Ainsi, comme je te l’ai dit, je suis Dieu fait homme, et l’homme a été fait Dieu, par l’union de la nature divine et de votre nature humaine. Cette grandeur est un bénéfice commun à toutes les créatures raisonnables. Mais parmi elles, j’ai élu mes ministres, pour votre salut, afin que par eux vous soit distribué le Sang de l’humble Agneau immaculé, mon Fils unique. A ceux-là, j’ai donné pour fonction d’administrer le Soleil, en leur confiant la lumière de la science et la chaleur de la divine charité, et la couleur unie à la chaleur et à la lumière, le Sang et le Corps de mon Fils.

Ce Corps est un soleil, parce qu’il est une même chose avec moi qui suis le vrai Soleil, et si grande est cette union que l’on ne les peut diviser ni séparer l’un de l’autre. Ainsi, dans le soleil, l’on ne saurait séparer la chaleur de la lumière, ni la lumière de la chaleur, tant est parfaite leur union.

Le soleil, sans sortir de sa sphère, sans se diviser, répand la lumière sur l’univers entier. Quiconque le veut, participe à sa chaleur. Aucune impureté ne le peut souiller, et sa lumière lui est unie, comme je l’ai dit.

De même ce Verbe, mon Fils, avec son Sang précieux, est un soleil, Dieu tout entier, et homme tout entier : car il est une même chose avec moi et moi avec lui. Ma Puissance n’est pas séparée de sa Sagesse ; et la chaleur, le feu du Saint-Esprit n’est point divisée non plus, de moi le Père, ni de lui le Fils, parce que l’Esprit-Saint procède du Père et du Fils, et nous sommes un même Soleil.

Moi, le Dieu éternel, je suis le Soleil d’où procèdent le Fils et le Saint-Esprit. Au Saint-Esprit est attribuée la chaleur, au Fils la sagesse, et dans cette Sagesse mes ministres reçoivent une lumière de grâce, pour avoir administré cette lumière, avec lumière, et avoir su reconnaître mon bienfait à Moi, le Dieu éternel, en suivant la doctrine de cette Sagesse mon Fils unique. C’est cette lumière que possède, unie à elle, la couleur de votre humanité. La lumière de ma Divinité est ainsi la lumière qui est unie à la couleur de votre humanité.

Cette couleur est devenue lumineuse, quand elle est devenue impassible en vertu de la Déité de la nature divine. C’est par ce moyen, c’est-à-dire par le Verbe incarné, étroitement uni à la lumière de ma Divinité et à la chaleur et au feu de l’Esprit-Saint, que vous avez reçu la lumière. A qui en ai-je confié la dispensation ? — A mes ministres, dans le corps mystique de la sainte Église, afin que vous ayez la vie, en recevant d’eux son Corps en nourriture et son Sang pour breuvage.

Ce Corps, ai-je dit, est un soleil. Le corps ne peut donc vous être donné, sans que vous soit donné aussi le sang ; ni le sang et le corps, sans l’âme de ce Verbe ; ni l’âme ni le corps, sans ma Divinité à moi, le Dieu éternel. L’un est inséparable de l’autre. Comme je te l’ai dit en un autre endroit, la nature divine ne se sépare jamais de la nature humaine : ni la mort, ni rien ne les peuvent diviser. C’est donc toute l’Essence divine que vous recevez en ce très doux sacrement, sous cette blancheur de pain. Comme le soleil est indivisible, ainsi Dieu se trouve tout entier, et l’homme tout entier, dans la blancheur de l’hostie. Diviserait-on l’hostie en mille et mille miettes s’il était possible, en chacune je suis encore, Dieu tout entier, homme tout entier, comme je t’ai dit. En divisant le miroir l’on ne divise pas l’image qui se voit dans le miroir, ainsi en divisant l’hostie, l’on ne divise pas Dieu, l’on ne divise pas l’homme, mais en chaque parcelle il y a tout entier le Dieu-homme. Et il n’est pas non plus diminué en lui-même, comme on le peut comprendre par l’exemple du feu.

Si tu avais une lumière et que tout le monde vint y allumer ses flambeaux, ta lumière n’en serait pas diminuée, et chacun cependant l’aurait tout entière. Il est vrai, pourtant, que chacun y participe plus ou moins suivant la matière qu’il présente à la flamme pour en recevoir le feu. Un exemple te le fera mieux comprendre.

Supposons qu’il y ait plusieurs personnes à venir chercher de la lumière avec des cierges. L’une apporte un cierge d’une once, l’autre de deux onces, une troisième de trois onces, celle-ci d’une livre, celle-là, de plus encore. Toutes s’approchent de la lumière, et chacune allume son cierge. Dans chaque cierge allumé, quel que soit son volume, l’on voit désormais la lumière tout entière, sa couleur, sa chaleur et son éclat ; cependant, tu jugeras que celui qui porte un cierge d’une once possède moins de lumière que celui qui tient un cierge d’une livre.

Ainsi advient-il à ceux qui s’approchent de ce Sacrement. Chacun apporte son cierge, c’est-à-dire le saint désir avec lequel il reçoit et prend ce Sacrement. Le cierge est éteint, et il s’allume, lorsqu’on reçoit ce sacrement. Je dis qu’il est éteint, parce que, par vous-même, vous n’êtes rien. Je vous ai donné, il est vrai, la matière avec laquelle vous pouvez recevoir et conserver en vous cette lumière ; cette matière, c’est l’amour, parce que je vous ai créés par amour ; aussi, ne pouvez-vous vivre sans amour.

Cet être, qui vous a été donné par amour, a trouvé dans le saint baptême, par la vertu du Sang de ce Verbe, la disposition sans laquelle vous ne pourriez participer à cette lumière. Vous seriez comme un cierge, sans mèche, qui ne saurait brûler et qu’il est impossible d’allumer, si, avec le sentiment d’une âme créée par moi, faite pour aimer, — et tellement qu’elle ne peut vivre sans amour, que son aliment c’est l’amour, — vous n’aviez reçu dans le saint baptême, la très sainte foi unie à la grâce. La très sainte foi, voilà la mèche qui peut s’enflammer à cette lumière ! Et où donc l’âme ainsi préparée allumera-t-elle son flambeau ? Au feu de ma divine charité, en m’aimant, en me craignant, en suivant la doctrine de ma Vérité.

Il est vrai que l’âme s’enflamme plus ou moins, comme je t’ai dit, suivant la matière qu’elle apportera pour alimenter ce feu ! Bien, que tous, en effet, vous ayez une même matière, puisque tous vous avez été créés à mon image et ressemblance et que tous, vous les chrétiens, vous possédez la lumière du saint baptême, chacun cependant peut croître en amour et en vertu, selon qu’il le veut, avec le secours de ma grâce. Non que vous changiez, pour prendre une autre forme que celle que je vous ai donnée ; mais vous accroissez, vous développez l’amour de la vertu par la pratique même de la venu, et le sentiment de la charité par l’exercice de votre libre arbitre, pendant que le temps vous en est donné car, le temps passé, vous ne le pourrez plus faire.

Ainsi, il dépend de vous de croître en amour, et c’est avec cet amour, que vous vous approchez de cette douce et glorieuse lumière, qui vous est distribuée par mes ministres auxquels je l’ai confiée, et que je vous ai donnée comme une nourriture. Tant vous apporterez d’amour et d’ardent désir, tant vous participerez à cette lumière. Vous ne la recevrez pas moins tout entière, comme je te l’ai expliqué par l’exemple de ceux qui participaient à la lumière suivant le poids des cierges qu’ils venaient y allumer, bien que chacun semblât avoir la lumière tout entière, sans division aucune. Ainsi la lumière de mon Fils ne peut être divisée, ni par l’imperfection de celui qui la reçoit, ni par la faute de celui qui l’administre. Mais cependant vous ne participez à cette lumière, vous n’en recevez de grâce en vous, que dans la mesure de vos dispositions, de votre saint désir. Qui s’approcherait de ce sacrement, en péché mortel, n’en recevrait aucune grâce, quoiqu’il reçut réellement Dieu tout entier, et l’homme, tout entier, comme je te l’ai dit.

Sais-tu à quoi ressemble cette âme qui reçoit le Sacrement indignement ? A un cierge qui serait tombé dans l’eau, et qui ne fait que crépiter quand on l’approche du feu ; veut-on y introduire la flamme, elle s’éteint, et il n’en reste que de la fumée. Cette âme, elle aussi, porte en elle son cierge, qu’elle a reçu au saint baptême, mais elle l’a jeté dans l’eau de la faute qu’elle a commise, au dedans d’elle-même. Cette eau a mouillé la mèche, cette lumière de la grâce qui lui fut donnée dans le saint baptême, et tant qu’elle n’a pas été séchée, au feu d’une véritable contrition accompagnée de l’aveu de la faute, elle va, à la table de l’autel, recevoir cette lumière, réellement, mais non spirituellement. Quand l’âme n’est pas préparée comme il convient à un si grand mystère, cette vraie lumière ne demeure pas en elle par la grâce ; elle s’éteint aussitôt, et l’âme se trouve en une confusion plus grande, en des ténèbres plus épaisses, avec une faute plus lourde à porter. De ce Sacrement, elle ne retire qu’un remords plus criant dans sa conscience, non par le défaut de cette lumière inaltérable, mais par l’effet de l’eau criminelle qui est dans cette âme, et qui fait obstacle au sentiment qu’elle devrait avoir, pour participer à la lumière.

Tu vois donc bien que cette lumière est inséparable de la chaleur et de la couleur auxquelles elle est unie. Cette union, rien ne la peut rompre, ni la faiblesse du désir qui porte l’âme à s’approcher de ce sacrement, ni la faute même de l’âme qui le reçoit, ni le péché de celui qui l’administre. Le soleil, t’ai-je dit, éclaire une chose immonde, sans en être impur, de même, en ce sacrement, cette douce lumière ne peut être souillée, ni divisée, ni diminuée ; rien ne peut l’atteindre ni la faire dévier de son centre. Quand le monde entier communierait à la lumière et à la chaleur de ce Soleil, ce Verbe soleil, mon Fils unique, ne se séparerait jamais de Moi, le Soleil Père éternel.

Par le corps mystique de la sainte Église, il est administré à quiconque veut le recevoir ; mais il n’en demeure pas moins tout entier, et bien que vous le receviez, Dieu et homme, tout entier, comme je te l’ai expliqué par l’exemple de la lumière, alors même que tous les hommes viendraient allumer leur flambeau à cette lumière, ils la recevraient tout entière. mais elle n’en demeurerait pas moins tout entière.

CHAPITRE II

(111)

Comme toutes les impressions des sens corporels sont trompées dans ce Sacrement, mais non les sens de l’âme. C’est avec ces sens intérieures, qu’il faut voir, goûter et toucher. D’une belle vision qu’eut cette âme, à ce sujet.

O ma fille très chère, ouvre bien l’œil de l’intelligence pour contempler l’abîme de ma Charité. Il n’est pas une créature raisonnable dont le cœur ne dût se briser sous la pression de l’amour, en considérant après tous les biens dont je vous ai comblés, le bienfait que vous recevez dans ce Sacrement. C’est avec cet œil de l’esprit, très chère fille, que toi et les autres, devez regarder ce mystère et le toucher, et non seulement avec la vue et le toucher corporels, qui sont ici impuissants.

L’œil ne voit rien d’autre que la blancheur du pain, la main ne touche rien d’autre que la surface du pain, le goût ne savoure rien d’autre que la saveur du pain. Tous les sens grossiers du corps sont ici abusés ; mais le sens de l’âme ne peut être trompé, si elle le veut, c’est-à-dire si elle ne consent pas à se priver, par l’infidélité, de la lumière de la très sainte Foi.

Qui goûte et voit et touche ce sacrement ? Les sens de l’âme. Avec quel œil le voit-elle ? Avec l’œil de l’intelligence, si cet œil est muni de la pupille de la très sainte Foi. Cet œil voit sous cette blancheur Dieu tout entier, l’homme tout entier, la nature divine unie à la nature humaine, le corps, l’âme, le sang du Christ, l’âme unie au corps, le corps et l’âme unis à ma nature divine, sans qu’elle soit séparée de Moi.

N’est-ce pas, s’il t’en souvient, ce que je t’ai fait voir, presque dès le commencement de ta vie, et non seulement du regard de l’intelligence, mais aussi des yeux du corps. Les yeux du corps, il est vrai, ne tardèrent pas à être aveuglés par l’éclat même de la lumière, et il ne demeura que la vision par l’œil de l’intelligence. C’est à ta demande, que je t’avais favorisée de cette manifestation, pour répondre aux attaques auxquelles tu étais en butte de la part du démon, au sujet de ce sacrement.

Tu sais, qu’allant un matin à l’église, dès l’aurore, pour entendre la messe, après avoir été tourmentée auparavant par le démon, tu allas te placer droit à l’autel du Crucifix. Le prêtre était venu à l’autel de Marie. Toi, tu examinais ton indignité : tu craignais de m’avoir offensé par la tentation que le démon t’avait fait subir, et tu considérais l’amour de ma Charité, qui avait daigné te faire entendre la messe, alors que tu te jugeais indigne d’entrer seulement dans mon saint temple. Lorsque le prêtre allait consacrer, au moment même de la consécration, tu levas les yeux sur lui, et comme il prononçait les paroles consécratoires, je me manifestai à toi. Tu vis sortir de mon sein une lumière, semblable au rayon de soleil qui jaillit du disque solaire, sans cependant se séparer de lui. Dans cette lumière, unie avec elle, il y avait une colombe qui venait frapper sur l’hostie par la vertu des paroles de la consécration que le ministre prononçait. Les yeux du corps ne purent supporter plus longtemps cette lumière : la vision se continua par le seul regard de l’intelligence. Tu vis alors et tu goûtas l’abîme de la Trinité, et le Dieu-Homme tout entier, caché et voilé sous cette blancheur. Tu vis que ni la splendeur, ni la présence du Verbe, que ton intelligence contemplait en cette blancheur, ne détruisait en rien la blancheur du pain. L’une n’empêchait pas l’autre. En faisant le Dieu-Homme présent en ce pain, je ne supprimais pas le pain, je veux dire sa blancheur, sa dimension, sa saveur.

Voilà ce que te manifesta ma Bonté. A qui fut continuée cette vision ? A l’œil de l’intelligence éclairée par la pupille de la très sainte Foi. A lui doit revenir la vision principale, parce qu’il ne peut être trompé. C’est donc de ce regard, que vous devez contempler ce Sacrement.

Et qui le touche ? La main de l’amour. Oui, c’est avec cette main ; que l’âme touche ce que l’œil de l’esprit a vu et connu dans le Sacrement par la foi ; et elle touche avec cette main de l’amour, pour s’assurer de ce que l’intelligence a vu et connu par la Foi.

Qui le goûte ? Le goût du saint désir. Le goût corporel goûte la saveur du pain, et le goût de l’âme qui est le saint désir goûte le Dieu-homme. Tu vois donc que les sens du corps sont ici déçus, mais non le sens de l’âme, à cause de la lumière et de la certitude qu’elle possède en elle-même. Car l’œil de l’intelligence a perçu par la pupille de la très sainte Foi ; ayant vu, il connaît, puis il touche avec foi, par la main de l’amour, ce qu’il a connu par la foi. Enfin par ce goût qui est en elle, par l’ardent désir, l’âme goûte ce qu’elle a vu et touché, l’amour ineffable de mon ardente Charité.

C’est cet Amour qui a daigné l’inviter à recevoir un si grand mystère, avec la grâce qu’il produit, dans ce Sacrement.

Ce n’est donc pas seulement par les opérations des sens corporels, tu le vois, que vous devez considérer et recevoir ce sacrement, mais par les actes spirituels en disposant les puissances de l’âme par affection d’amour, à contempler, à recevoir, à goûter ce mystère.

CHAPITRE III

(112)

De l’excellence de l’âme qui reçoit ce sacrement en état de grâce.

Considère, ma très chère fille, quelle excellence acquiert l’âme qui reçoit, comme il convient, ce pain de vie, cette nourriture des anges. En recevant ce sacrement, elle demeure en Moi et Moi en elle. Comme le poisson est dans la mer et la mer dans le poisson, ainsi je suis dans l’âme et l’âme est en Moi, l’Océan de paix. De cette communion, il reste la grâce ; car, après avoir reçu ce pain de vie en état de grâce, l’âme en recueille la grâce, une fois que les accidents du pain sont consommés.

Je vous laisse l’empreinte de la grâce, comme fait le sceau que l’on appose sur la cire chaude, qui conserve sa marque quand on l’en retire. De même, fait la vertu de ce Sacrement dans l’âme, où il laisse après lui, l’ardeur de ma divine Charité, la clémence de l’Esprit-Saint, avec la lumière de la Sagesse, mon Fils unique. Eclairé par cette Sagesse, l’œil de l’intelligence peut connaître et contempler la doctrine de ma Vérité. Cette Sagesse aussi rend forte l’âme où elle s’empreint fortement, parce qu’elle participe de ma Force et de ma Puissance. Cette âme est puissante désormais, contre sa propre passion sensuelle, contre le démon et contre le monde.

Tu le vois donc, l’empreinte demeure, quand le sceau est enlevé, quand les accidents du pain sont détruits et que le vrai Soleil est revenu à son disque, non qu’il en ait été séparé, car, comme je t’ai dit, il est toujours uni avec Moi. Mais pour vous servir un aliment en cette vie où vous êtes pèlerins et voyageurs, pour vous ménager un réconfort, et conserver en vous la mémoire du bienfait du Sang, l’amour immense que j’ai de votre salut, m’a fait vous le donner en nourriture, par une dispensation de ma Providence, qui a voulu subvenir à vos besoins en vous donnant à manger ce pain de ma douce Vérité.

Juge maintenant quelle obligation vous avez envers Moi ! combien vous êtes tenus de me rendre le devoir d’amour, puisque je vous aime tant, et que je suis la souveraine et éternelle Bonté, digne de tout votre amour !

CHAPITRE IV

(113)

Comment ce qui a été dit touchant l’excellence du sacrement vous fait mieux connaître la dignité des Prêtres ; et comment Dieu exige d’eux une pureté plus grande que des autres créatures.

O très chère fille, tout ce que je t’ai dit, est pour te faire mieux comprendre la dignité à laquelle j’ai élevé mes ministres, et t’inspirer une douleur plus profonde de leurs misères. S’ils considéraient eux-mêmes leur dignité, ils ne demeureraient pas dans les ténèbres du péché mortel ; ils ne souilleraient pas ainsi le visage de leur âme. Non seulement ils ne m’offenseraient pas, ils ne profaneraient pas leur dignité, mais, alors même qu’ils livreraient leur corps au bûcher, ils croiraient ne pas faire encore assez pour reconnaître la grande grâce et le grand bienfait qu’ils ont reçu. Car, dans cette vie, ils ne peuvent ambitionner une dignité plus haute que celle-là.

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