Le Dialogue (page 19)
Ils sont mes oints, et je les appelle mes christs ! Ils ont, par Moi, fonction de me donner à vous. Je les ai placés comme des fleurs odoriférantes dans le corps mystique de la sainte Église. Cette dignité, l’ange lui-même ne l’a pas ; et je l’ai donnée aux hommes, à ceux que j’ai élus pour mes ministres. J’ai fait d’eux des anges, et ils doivent être en cette vie, comme les anges de la terre. De toute âme j’exige la pureté, la charité. A toute âme je demande de m’aimer, Moi, d’aimer son prochain, de subvenir à ses besoins, suivant ses moyens, le secourant de ses prières et demeurant en union de charité avec lui, comme je te l’ai exposé en un autre endroit, en traitant ce sujet.
Mais je requiers bien davantage la pureté dans mes ministres, l’amour envers Moi et envers le prochain, auquel ils doivent dispenser le Corps et le Sang de mon Fils unique, avec une charité ardente, et la faim du salut des âmes, pour la gloire et l’honneur de mon nom. Comme ils veulent la pureté du calice où ils offrent le sacrifice, moi aussi j’exige la pureté et netteté de leur cœur, de leur âme, de leur esprit. Et leur corps aussi, comme instrument de l’âme, je demande qu’ils le conservent dans une parfaite charité, qu’ils ne le souillent pas dans la fange de l’impureté, qu’ils ne soient pas enflés d’orgueil, à l’affût des grandes prélatures, qu’ils ne soient pas cruels envers eux-mêmes et envers leur prochain. Car, s’ils sont cruels envers eux-mêmes par leurs péchés, ils sont, par le fait même, cruels pour les âmes de leur prochain : ils ne leur donnent pas l’exemple de leur vie, ils n’ont pas le souci de les arracher aux mains du démon, ni d’administrer le Corps et le Sang de mon Fils unique, et Moi-même, la vraie lumière, dans les autres sacrements de la sainte Église. Ainsi donc, ils ne peuvent être cruels à eux-mêmes, sans l’être aux autres.
CHAPITRE V
(114)
Comment l’on ne doit pas vendre ni acheter les sacrements. Comment ceux qui les reçoivent doivent subvenir aux besoins temporels des Ministres ; et comment ceux-ci doivent faire trois parts des offrandes qui leur sont faites.
Je veux que mes prêtres soient généreux et non pas avares, qu’ils ne vendent pas, par cupidité et par avarice, la grâce du Saint-Esprit qui est à Moi. Non, ils ne le doivent pas faire, je ne veux pas qu’ils le fassent. Ce qu’ils ont est un don, une largesse de ma Charité que leur a faite ma Bonté ; c’est donc avec le cœur large, par sentiment d’amour, pour mon honneur et le salut des âmes, qu’ils le doivent donner, à leur tour, en toute charité, à toute créature raisonnable qui humblement le demande. Ils ne doivent pas en réclamer le prix, car ils ne l’ont pas acheté ; ils l’ont reçu de moi gratuitement, pour le servir aux autres. Mais il leur est permis d’accepter l’aumône qui leur est due par celui qui reçoit le Sacrement, et qui est obligé, quand il le peut, de leur faire une offrande, pour subvenir à leurs nécessités temporelles. C’est à vous qu’il incombe, de nourrir corporellement ceux qui vous dispensent la nourriture spirituelle la grâce, les dons du Saint-Esprit, par l’administration des rites sacrés que j’ai institués dans la sainte Église pour servir à votre salut. Et je vous fais à savoir, qu’ils vous donnent incomparablement plus que vous ne leur donnez ; car aucune comparaison ne peut être établie entre les choses finies et passagères que vous leur procurez, et Moi, le Dieu infini, que, par ma Providence et ma divine Charité, je les ai chargés de vous communiquer. Et cela n’est pas vrai seulement de ce mystère, mais de toute grâce spirituelle, quel qu’elle soit, par quelque créature qu’elle vous soit obtenue, par la prière ou tout autre moyen. Toutes vos richesses temporelles n’égalent pas et jamais ne pourront égaler les dons que vous recevez spirituellement, ni même entrer en comparaison avec eux.
Je te dirai maintenant, que des biens que vous leur offrez, mes ministres doivent faire trois parts la première est pour leurs besoins personnels ; la seconde, pour les pauvres ; la troisième, ils la consacreront à l’Église, pour les choses qui sont nécessaires, seulement : ils m’offenseraient en agissant autrement.
CHAPITRE VI
(115)
De la dignité des prêtres. Comment la vertu des sacrements n’est pas amoindrie par les fautes de ceux qui les administrent ou qui les reçoivent. Et comment Dieu ne veut pas que les Séculiers s’arrogent le droit de les corriger.
Ainsi faisaient mes chers et glorieux ministres, ceux dont je t’ai promis de te faire voir l’excellence personnelle, outre la dignité dont je les ai honorés en faisant d’eux mes christs : car, s’ils exercent dans la vertu cette dignité, ils sont revêtus de ce doux et glorieux Soleil dont je leur ai confié la dispensation. Regarde le doux Grégoire, Sylvestre, et tous ceux qui, avant eux et après eux, ont succédé au Souverain Pontife Pierre, à qui ma Vérité confia les clefs du royaume des cieux par ces paroles : Pierre, je te donne les clefs du royaume des cieux. Ce que tu délieras sur la terre, sera délié dans le ciel, et ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans le ciel (Mt 16, 19).
Remarque bien, très chère Fille, qu’en te montrant l’excellence de leurs vertus, je te ferai plus pleinement comprendre la dignité à laquelle j’ai élevé mes ministres.
Cette clef du royaume des cieux est celle du Sang de mon Fils unique ; c’est par cette clef, que fut ouverte la vie éternelle, qui si longtemps avait été fermée par le péché d’Adam. Quand je vous eus donné ma Vérité, le Verbe mon Fils unique, il souffrit mort et passion et, par sa mort il détruisit votre mort, en vous baignant dans son sang. Ainsi son sang et sa mort, en vertu de la nature divine unie à votre nature humaine, ouvrirent la vie éternelle.
A qui laissa-t-il les clefs de ce Sang ? Au glorieux apôtre Pierre et à tous les autres qui sont venus et qui viendront après lui jusqu’au dernier jour du jugement. Tous ont donc et auront la même autorité que Pierre, et aucune de leurs fautes n’ amoindrira cette autorité, ni n’affaiblira la perfection du Sang ou des autres sacrements. Car, je te l’ai déjà dit, aucune tache ne peut ternir ce Soleil, ni sa lumière ne peut être obscurcie par les ténèbres du péché mortel, qui se trouvent en celui qui l’administre ou en celui qui le reçoit. Leur faute ne peut nuire en rien aux sacrements de la sainte Église, ni amoindrir leur vertu. Tout ce qu’elle peut, c’est de diminuer la grâce ou d’aggraver la culpabilité, en celui qui les administre et en celui qui les reçoit indignement.
Ainsi, mon Christ sur terre tient les clefs du Sang. S’il t’en souvient bien, je t’ai manifesté cette vérité par une allégorie, lorsque je voulus te faire comprendre, quel respect les séculiers doivent porter à mes ministres, qu’ils soient bons ou mauvais, et combien ils m’offensaient par leurs irrévérences, Je te montrai, tu le sais, le corps mystique de la sainte Église, sous la forme d’un cellier qui renfermait le sang de mon Fils unique ; c’est ce sang qui fait la valeur de tous les sacrements, qui ne contiennent la vie que par la vertu du Sang.
A la porte de ce cellier était mon Christ en terre, à qui était confiée l’administration du Sang. A lui il appartenait d’établir des ministres, pour l’aider à distribuer ce sang au corps entier de la Religion chrétienne. Celui qui était agréé et sacré par lui était institué ministre, les autres, non. C’est de lui qu’est issue toute la hiérarchie cléricale, et c’est lui, qui assigne à chacun son office, pour la dispensation de ce glorieux sang.
Comme c’est lui qui établit ses auxiliaires dans leurs fonctions, c’est à lui aussi qu’il appartient de les corriger de leurs fautes. Et je veux qu’il en soit ainsi. A raison de l’excellence et de la dignité dont je les ai revêtus, je les ai tirés de la servitude, je veux dire que je les ai affranchis de la domination des princes temporels. La loi civile n’a rien à faire avec eux, elle n’a pas à intervenir pour leur répression. Ils ne relèvent que de celui qui a pouvoir pour gouverner et administrer dans la Loi de Dieu. N’allez pas toucher à mes christs ! Le plus grand malheur où puisse tomber un homme, c’est de s’en constituer le justicier.
CHAPITRE VII
(116)
Comment Dieu regarde comme dirigées contre lui-même les persécutions que l’on fait subir à l’Église et à ses ministres. Et comment cette faute est plus grave qu’aucune autre.
Si tu me demandes pourquoi le péché de ceux qui persécutent la sainte Église est plus grave que tous les autres, et pour quelle raison, les fautes de mes ministres ne diminuent en rien le respect qu’on leur doit rendre, je te répondrai : Parce que tout le respect qu’on leur témoigne, ce n’est pas à eux qu’il s’adresse, mais à Moi, par la vertu du Sang dont je leur ai confié la dispensation. Sans cela, vous auriez autant de respect pour eux que pour les autres hommes, et rien de plus. C’est à cause de ce ministère qu’ils remplissent, que vous êtes obligés à ce grand respect : c’est à eux qu’il vous faut aller, non pas à eux à cause d’eux, mais à cause de la puissance que je leur ai donnée, si vous voulez recevoir les saints sacrements de l’Église ; et, si pouvant les recevoir vous ne le vouliez pas, vous mourriez en état de damnation.
Et donc, ce n’est pas à eux, c’est à Moi que va cet hommage de respect, et à ce glorieux Sang qui est une même chose avec Moi, par l’union de la nature divine et de la nature humaine. c’est à Moi que va le respect, c’est à Moi aussi que s’adresse l’irrévérence. Je te l’ai déjà dit, vous ne leur devez pas d’égards particuliers, pour eux-mêmes, mais à cause de l’autorité dont je les ai investis ; et, pareillement, en les offensant, ce n’est pas eux qu’on offense, c’est Moi-même. C’est ce que j’ai interdit, par ces mots Ne portez pas la main sur mes christs (Par. 16, 22). Non : Je ne le veux pas.
Qu’on ne s’excuse point en disant : " Je ne fais pas injure à la sainte Église, je ne me révolte pas contre elle, je n’en ai qu’aux vices des mauvais pasteurs. " Qui parle ainsi ment sur sa tête. Son amour-propre l’aveugle, et l’empêche d’y voir clair, ou plutôt, il voit bien, mais fait semblant de ne pas voir, pour étouffer les reproches de sa conscience. S’il était sincère, il verrait bien, et même, il voit bien que ce ne sont pas les hommes qu’il persécute, mais le Sang de mon Fils. A Moi l’injure, comme à Moi le respect ! Et donc à Moi aussi, tous les dommages, tous les mépris, tous les affronts, toutes les opprobres, toutes les réprobations dont mes ministres sont l’objet. Je considère comme fait à Moi-même tout ce qui leur est fait. Je l’ai dit et je le répète : Je ne veux pas que l’on touche à mes christs !-- C’est à Moi seul de les punir.
Les méchants prouvent ainsi leur irrévérence pour le Sang et le peu de prix qu’ils attachent à ce trésor que je leur ai donné, pour le salut et la vie de leurs âmes. Pouvais-je faire davantage que de me donner moi-même, Dieu et homme tout entier, pour être votre nourriture. Mais parce qu’ils n’ont pas su m’honorer moi-même à travers mes ministres, leur respect s’est encore amoindri par les persécutions qu’ils leur ont fait subir, sous prétexte qu’ils découvraient en eux nombreux péchés et maints défauts dont je t’entretiendrai en un autre endroit. Si vraiment ils avaient professé le respect qu’ils me doivent à Moi dans la personne de mes ministres, les défauts de ceux-ci n’eussent point découragé leur hommage, comme ils ne diminuent en rien, je te l’ai dit, la vertu de ce Sacrement. Donc le respect, lui aussi, doit demeurer le même : l’amoindrir, c’est m’offenser moi-même.
Cette offense m’est plus sensible que toutes les autres, et pour plusieurs raisons, dont je te dirai les trois principales.
La première est que, ce qu’on leur fait, c’est à Moi-même qu’on le fait.
La seconde c’est qu’ils transgressent le commandement, que j’ai institué moi-même, de ne pas porter là main sur mes christs, et qu’ils méprisent ainsi la vertu du Sang qu’ils ont reçu dans le saint baptême. Ils ont désobéi, en faisant ce qui était défendu, et ils se sont insurgés contre ce Sang, en lui manquant de respect, par une grave persécution. Ils sont donc comme des membres putrides, retranchés du corps mystique de la sainte Église, et s’ils s’obstinent dans leur révolte, s’ils meurent dans leur mépris, ils encourront la damnation éternelle. Au
dernier moment, il est vrai, s’ils s’humilient en reconnaissant leur faute, s’ils veulent se réconcilier avec leur chef et qu’ils ne le puissent pas, ils recevront miséricorde ! Soit ! Ce n’est pas une raison, cependant, d’attendre ce dernier instant, car ils ne sont pas sûrs d’en pouvoir disposer.
La troisième raison, qui fait que leur faute est plus grave que toutes les autres, c’est que ce péché est voulu par malice, avec préméditation. Ils savent bien, qu’en bonne conscience, ils ne peuvent pas ainsi outrager mes ministres. Et ils le font quand même, ils m’offensent par perversité d’orgueil, sans entraînement de la chair. Ils ruinent ainsi leur âme et leur corps. L’âme est ruinée par la perte de la grâce, et souvent elle est rongée par le ver de la conscience. Leurs biens corporels, ils les gaspillent au service du démon, et leurs corps périssent enfin comme des animaux.
Ainsi donc ce péché est commis directement contre Moi, sans intérêt personnel, sans jouissance sensuelle, uniquement par malice et par orgueil. Cet orgueil a sa source dans l’amour-propre sensitif, et dans cette crainte coupable qu’eut Pilate lorsque, par peur de perdre son pouvoir, il mit à mort le Christ mon Fils unique. Ainsi font toujours ceux qui portent la main sur mes ministres. Tous les autres péchés sont commis ou par simplicité, ou par ignorance, ou même par malice, quand on sait que l’on fait mal, mais c’est à cause de la jouissance désordonnée, ou du plaisir, ou de l’intérêt personnel, que l’on se procure par le péché lui-même. Ces péchés sont nuisibles à l’âme, ils m’offensent ainsi que le prochain : ils m’offensent parce qu’ils me privent de l’honneur et de la gloire auxquels j’ai droit, ils offensent le prochain en le privant de l’amour de la charité. Mais ils ne m’atteignent pas extérieurement, ils ne sont pas dirigés contre Moi, et spécialement contre Moi, bien qu’ils soient préjudiciables à l’âme et me déplaisent à cause de sa perte. Tandis que cette offense dont je me plains, c’est à Moi qu’elle s’adresse, et immédiatement. Les autres péchés se couvrent de quelque prétexte ; on les commet sous couleur de quel que bien ; ils ne sont pas dirigés immédiatement contre Moi ; car je t’ai dit, tout vice et toute vertu s’exercent à l’égard du prochain, le péché se commet, par manque de charité envers Moi, votre Dieu, et envers le prochain, et la vertu opère par l’amour même de la charité. C’est en offensant le prochain, et en quelque sorte par son intermédiaire, que l’on m’offense.
Mais parce que, parmi mes créatures raisonnables, j’ai élu mes ministres, qui sont mes oints, comme je te l’ai dit, les dispensateurs du corps et du sang de mon Fils unique, de votre chair humaine unie avec ma nature divine, quand ils consacrent, ils représentent la personne même du Christ mon Fils.
Tu le vois donc bien, c’est à mon Verbe que cette injure est faite. En l’atteignant, elle m’atteint du même coup, puisque nous sommes Un. Les malheureux ! Ils persécutent le Sang, et ils se privent du trésor qui est le fruit du Sang !
C’est pourquoi, elle m’est plus sensible que toute autre, cette offense qui s’adresse non pas à mes ministres, mais à Moi. Je n’estime pas comme leur appartenant en propre ni l’honneur, ni la persécution : c’est Moi qu’ils visent, c’est-à-dire ce glorieux Sang de mon Fils qui est Un avec moi. Aussi je t’assure, que si tous les autres péchés commis jusqu’à ce jour étaient dans un plateau, et celui-là dans l’autre, c’est celui-là qui pèserait davantage dans la balance de ma Justice, pour les raisons que je t’ai exposées.
Si je t’ai révélé tout cela, c’est pour que tu aies sujet de t’attrister davantage, de l’injure qui m’est faite et de la perte de ces malheureux ; c’est afin que par la douleur et par l’amertume de ton âme et de mes autres serviteurs, par ma Bonté et ma Miséricorde, soient dissipées les ténèbres qui pèsent sur les membres corrompus, séparés du corps mystique de la sainte Église.
Je ne trouve presque plus personne qui gémisse de la persécution que l’on fait subir à ce glorieux et précieux Sang. Mais combien n’en rencontré-je pas, qui sans cesse me frappent des flèches de leur amour désordonné, de leur crainte servile, de leur propre estime ! Aveugles qu’ils sont, ils se font un honneur de ce qui est leur honte, ils jugent honte ce qui serait leur honneur, je veux dire s’humilier devant leur chef. Voilà les vices qui les ont faits s’insurger pour persécuter le Sang
CHAPITRE VIII
(117)
Où l’on parle de ceux qui, de différentes manières, persécutent l’Église et les ministres.
Ils me frappent, t’ai-je dit, et c’est la vérité. Dans leur intention, du moins, autant qu’il est en leur pouvoir, ils m’accablent de leurs coups. Non que certes j’en puisse ressentir aucune blessure je suis comme le rocher, qui ne peut être entamé par les coups, et qui renvoie le choc à celui qui le frappe. Ainsi en est-il de leurs offenses. Ils essayent bien d’en jeter l’affront jusqu’à Moi : ils ne peuvent m’atteindre. La flèche empoisonnée de leur faute retombe sur eux, et c’est eux qu’elle blesse en leur faisant perdre, en cette vie, la grâce qui est le fruit du Sang. Et, au dernier moment, s’ils ne se convertissent, par une sainte confession accompagnée de contrition du cœur, ils tomberont dans l’éternelle damnation : ils seront séparés de Moi et liés au démon ; car c’est avec lui qu’ils ont fait alliance.
Dès que l’âme, en effet, est privée de la grâce, elle est prise dans les liens du péché, ces liens qui sont la haine de la vertu et l’amour du vice. Cette chaîne, c’est leur libre arbitre qui l’a mise aux mains du démon, et c’est par elle qu’il les tient
Ils ne seraient pas ainsi enchaînés, s’ils ne l’avaient voulu. Ce lien unit ensemble tous les persécuteurs du Sang, et c’est comme membres du démon, qu’ils font ainsi l’office des démons. Les démons s’ingénient à pervertir mes créatures, à les détourner de la grâce, à les faire tomber dans le péché mortel, afin de les amener à partager avec eux, leur malheureux sort. C’est à cette œuvre aussi que s’emploient les misérables qui sont devenus membres du démon ; ils s’essayent à séduire les enfants de l’Epouse du Christ, mon Fils unique, en brisant les liens de la charité qui les unissent, et après les avoir ainsi privés du fruit du Sang, ils !es chargent des mêmes chaînes qu’ils portent eux-mêmes, chaînes de l’orgueil, chaînes de la présomption, chaînes de la crainte servile. C’est par crainte d’être dépouillés de leur puissance temporelle, qu’ils perdent ainsi la grâce et qu’ils acceptent la pire honte qu’ils puissent encourir, qui est d’être privés de la dignité du Sang. Cette chaîne est scellée avec le sceau des ténèbres : car ils ont perdu le sens de l’immense malheur et de la profonde misère dans lesquels ils sont tombés et font tomber les autres. N’en ayant plus conscience, comment pourraient-ils se corriger ? Dans leur aveuglement, ne vont-ls pas jusqu’à se glorifier de la ruine de leur âme et de leur corps !
O fille très chère, que ton affliction soit sans mesure, au spectacle d’un pareil aveuglement et d’une telle misère ! Pense que ces malheureux ont été purifiés, comme toi, dans le Sang, qu’ils ont été nourris du Sang, qu’ils ont grandi par la vertu du Sang, sur le giron de la sainte Église, et aujourd’hui les voilà ! La crainte a fait d’eux des révoltés ! Sous le prétexte de redresser les fautes de mes ministres, que j’ai déclarés inviolables, que je leur ai défendu de toucher, ils se sont séparés du sein de leur Mère. Quelle terreur ne doit pas être la tienne et celle de mes serviteurs en entendant rappeler cette misérable alliance ! Ta langue ne pourrait dire combien elle est abominable à mes yeux. Le pire, c’est que sous le manteau des fautes de mes ministres, ils essayent de cacher leurs propres iniquités ! Ils oublient qu’il n’est de manteau si épais que ne perce mon regard. Ils peuvent bien se dérober aux yeux des créatures, non aux miens : rien ne m’est caché, tout m’est présent. Que pourriez-vous me cacher à Moi, qui vous aimai et vous connus, avant même que vous ne fussiez ?
C’est là une des raisons, pour lesquelles ces infortunés mondains ne se convertissent pas. Privés qu’ils sont de cette lumière de la Foi vivante, ils ne croient pas vraiment que je les voie ! S’ils croyaient en vérité que je connais leurs crimes, que chaque faute est punie, comme toute bonne action récompensée, ils ne commettraient pas tant de péchés, ils se repentiraient de ceux qu’ils ont commis, ils imploreraient humblement ma miséricorde ! Et Moi, par la vertu du sang de mon Fils, je leur accorderais mon pardon. Mais ils s’obstinent dans le mal ; ils appellent sur eux, par leurs fautes, la réprobation de ma Bonté ; ils se sont précipités dans la dernière ruine, en se privant de la lumière, et les voilà, ces aveugles, qui se sont mis à persécuter le Sang ! — Eh bien ! à cette persécution, aucune faute, dans les ministres du Sang, ne peut servir d’excuse.
CHAPITRE IX
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Bref résumé de ce qui a été dit sur l’Église et sur les ministres.
Je t’ai dit, ma très chère fille, quelque chose du respect que l’on doit témoigner à mes oints, malgré leurs défauts. Ces marques de révérence qu’on a pour eux, ne leur sont pas dues à cause de leur personne, mais à raison de l’autorité qu’ils tiennent de Moi. Leurs défauts ne peuvent en rien affaiblir ou diviser le mystère du Sacrement. Ils ne doivent donc pas diminuer non plus, les hommages qu’on leur doit, non pour eux-mêmes, encore une fois, mais pour le trésor du Sang dont ils ont la garde.
Quant à ceux qui en agissent autrement, je t’ai dit bien peu, en regard de la réalité, de l’indignation que j’en éprouve et du tort que leur fait à eux-mêmes l’inconcevable mépris et la persécution du Sang, comme aussi cette alliance conclue entre eux contre Moi, par laquelle ils se consacrent au Service du démon.
Cette confidence est faite pour provoquer en toi la douleur de ce crime, dont je t’ai entretenue particulièrement le crime de ceux qui persécutent la sainte Église. J’appelle aussi ton attention. en général, sur tous les chrétiens qui sont en péché mortel, et qui, par là même, méprisent le Sang, en se privant de la vie de la grâce. Tous m’outragent, mais bien plus grave. est la faute de ceux dont je t’ai parlé spécialement.
CHAPITRE X
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De l’excellence des vertus, et des œuvres saintes des ministres vertueux et saints. Comment ils ont la propriété du soleil, et comment ils corrigent ceux qui leur sont soumis.
Pour procurer à ton âme un peu de consolation et adoucir la douleur que tu éprouves des ténèbres de ces malheureux pêcheurs, je vais te parler maintenant de la vie sainte de mes ministres, qui ont, je te l’ai dit, les qualités du soleil. Le parfum de leur vertu corrige l’infection du péché, et leur lumière éclaire les ténèbres du vice. Aussi bien, par cette lumière, pourras-tu mieux comprendre les ténèbres et les fautes de mes mauvais ministres.
Ouvre donc l’œil de ton intelligence et fixe-le en Moi, le Soleil de justice ! Tu y verras que mes glorieux ministres qui ont administré le Soleil, ont pris, dans ce service, la condition du soleil. Ce que je t’ai exposé de Pierre, le Prince des apôtres, qui reçut les clefs du royaume des cieux, je le dis pareillement des autres, qui, dans ce jardin de la sainte Église, ont distribué la lumière, le corps et le sang de mon Fils unique, — Soleil toujours uni à Moi et jamais séparé de Moi, comme il a été dit, — avec tous les sacrements de la sainte Église, qui n’ont de valeur et ne donnent la vie qu’en vertu du Sang.
Tous, à des degrés divers, et chacun selon son état, ont pouvoir de Moi de distribuer la grâce de l’Esprit-Saint.
Et par quel moyen répandent-ils la grâce ? Par la lumière de la grâce qu’ils ont tirée de la vraie Lumière.
Cette lumière est-elle seule ? Non la lumière de la grâce ne peut être seule ni être divisée, on l’a tout entière ou on ne l’a pas du tout.
Celui qui est en péché mortel est privé de la lumière de la grâce, et qui a la grâce possède dans son intelligence la lumière qu’il faut pour me connaître Moi qui lui ai donné la grâce et la vertu qui conserve la grâce. Par cette lumière, il connaît également la misère du péché et la cause du péché, qui est l’amour-propre sensitif. Aussi est-il pris de haine pour cet égoïste amour, et par cette haine il reçoit dans sa volonté la chaleur de la divine Charité, car la volonté accompagne l’intelligence. Il reçoit la couleur de cette glorieuse lumière, en suivant la doctrine de ma douce Vérité, qui remplit sa mémoire du souvenir des bienfaits du sang.
Tu le vois, l’on ne peut recevoir la lumière sans bénéficier en même temps de la chaleur et de la couleur, parce qu’elles sont unies ensemble et ne font qu’une même chose. Pareillement, je te l’ai expliqué, l’âme ne peut diriger vers moi le vrai Soleil, une de ses puissances, sans que, du même coup, toutes les trois se trouvent réunies et assemblées en mon nom. Quand l’œil de l’intelligence, éclairé de la lumière de la Foi, s’élève au-dessus des visions sensibles, pour regarder en Moi, il entraîne après lui la volonté qui apporte son amour à ce que l’intelligence voit et contemple, et la mémoire se remplit toute de l’objet aimé. Dès que les puissances sont ainsi disposées, l’âme me participe Moi le Soleil. Je l’illumine de ma Puissance, de la Sagesse de mon Fils unique, et je l’embrasse de la Clémence du Saint-Esprit.
Dès lors, mes serviteurs ont revêtu la condition du Soleil, leurs puissances sont toutes remplies de moi le vrai Soleil, et ils font fonction de soleil.
Le soleil échauffe, il éclaire, et sa chaleur féconde la terre. Et que font donc mes chers ministres ?
Elus par moi, Oints par moi, placés par moi dans le corps mystique de la sainte Église pour la dispensation du Soleil qui est Moi-Même, pour distribuer le corps et le sang de mon Fils unique avec les autres sacrements qui contiennent la vie par la vertu du Sang, ils les administrent extérieurement, et ils les administrent spirituellement. Je veux dire qu’ils répandent dans le corps mystique de la Sainte Église la lumière qui est en eux : lumière de science surnaturelle, jointe à la couleur d’une vie honnête et sainte, conforme à la doctrine de mn Vérité, et rayonnent la chaleur de la plus ardente charité. La chaleur de leur charité met en fermentation les âmes stériles ; leur science les éclaire de sa lumière ; et l’exemple de leur vie réglée et sainte achève de dissiper les ténèbres des nombreux péchés mortels et de toutes les infidélités ! Ils ramènent à ma discipline ceux qui, en dehors de toute loi, vivaient dans la nuit du péché et dans le froid de la mort par la privation de la grâce. N’est-il donc pas vrai qu’ils sont des soleils, puisqu’ils ont la propriété du soleil, de par moi le vrai Soleil, après que, par sentiment d’amour, ils sont devenus une même chose avec moi, et moi avec eux, comme je te l’ai exposé en un autre endroit !