Le Dialogue (page 20)
Tous, et chacun selon la fonction pour laquelle je l’ai élu, ont répandu dans l’Église la lumière. Pierre par la prédication, par la doctrine, et enfin par le sang ; Grégoire, par la science, par la sainte Ecriture, par le miroir de sa vie ; Silvestre, par la lutte contre les infidèles, principalement par la discussion, par les preuves qu’il a données de la très sainte Foi, tant en actes qu’en paroles, par la vertu qu’il avait reçue de moi.
Que si tu regardes Augustin, le glorieux Thomas, Jérôme, et tant d’autres, tu verras quels torrents de lumière ils ont versé sur cette Epouse, en extirpant les erreurs vrais flambeaux posés sur le chandelier, et pourtant si vraiment, si parfaitement humbles ! Tout affamés de mon honneur et du salut des âmes, ils mangeaient cette nourriture avec délices, à la table de la très sainte Croix.
Et les martyrs, avec leur sang ! Le parfum de ce sang montait jusqu’à Moi ! Par le parfum de leur sang et de leur vertu, joint à la lumière de la science, ils faisaient fructifier l’Epouse, ils dilataient la foi ; ceux qui étaient dans les ténèbres accouraient à la lumière qui rayonnait d’eux.
Et les prélats institués dans l’état de la prélature par mon Christ de la terre ! Comme par la sainteté et l’honnêteté de leur vie, ils m’offraient le sacrifice de justice ! Cette perle précieuse de la justice, enchâssée dans une véritable humilité et une très ardente charité, comme elle brillait en eux et dans ceux qui leur étaient soumis, à la lumière du sens chrétien !
En eux surtout, qu’elle était éclatante cette justice ! Comme ils me rendaient bien ce qui m’est dû ! Comme ils entouraient mon nom d’honneur et de gloire ! Pour eux, ils n’avaient que haine, que mépris pour leur propre sensualité. Le vice, ils l’avaient en horreur, et ils s’attachaient à la vertu de toute l’ardeur de leur charité pour Moi et pour leur prochain. Leur humilité foulait aux pieds l’orgueil. C’est comme des anges qu’ils montaient à la table de l’autel, la pureté dans le cœur, sans souillure dans leur corps, et, dans la pleine sincérité de leur âme, ils célébraient le sacrifice, tout embrasés du feu de la charité.
Parce qu’ils avaient tout d’abord établi la justice en eux-mêmes et dans leur vie, ils la faisaient aussi régner dans ceux qui leur étaient Soumis. Ils voulaient les voir vivre saintement et les corrigeaient sans crainte servile, parce qu’ils s’oubliaient eux-mêmes pour ne penser qu’à mon honneur et au salut des âmes. O les bons pasteurs ! Comme ils suivaient vraiment le bon Pasteur, ma Vérité, que je vous ai donnée pour vous conduire, mes chères brebis, en lui imposant de donner sa vie pour vous ! Ils ont bien suivi ses traces, ils ont bien corrigé à temps, ils n’ont pas laissé les membres se corrompre, faute de soins ; ils ont mis leur charité, non seulement à les redresser avec onction de la douce bonté, mais aussi à porter le feu daîis la plaie, quand c’était nécessaire, par la réprimande, par la pénitence plus ou moins sévère, suivant la gravité de la faute. Et dans cet office de droiture et de vérité, jamais ils ne se laissèrent arrêter par la crainte de la mort.
Ils étaient, ceux-là, de vrais jardiniers ! C’est avec zèle, avec une sainte crainte, qu’ils arrachaient les épines des péchés mortels, pour planter à leur place les fleurs parfumées des vertus. Aussi leurs sujets vivaient-ils dans une sainte crainte, et s’élevaient comme des fleurs odoriférantes dans le jardin de la sainte Église, parce qu’ils les corrigeaient sans la crainte servile qu’ils ne connaissaient pas. Exempts eux-mêmes de péché, ils étaient tout zèle pour la sainte justice, reprenant humblement, mais sans peur aucune. En eux brillait vraiment cette pierre précieuse ; l’éclat qu’elle répandait, versait la paix avec la lumière dans les âmes de mes créatures, et les maintenait dans la sainte crainte et dans l’union des cœurs. S’il y a tant d’obscurité dans le monde, sache-le bien, tant de division entre séculiers et religieux, entre clercs et prélats de la sainte Église, l’unique raison en est, que la lumière de la justice s’est éteinte, et que dès lors les ténèbres de l’injustice ont enveloppé la terre.
Quelque situation que l’on occupe dans la loi civile on dans la loi divine, on ne peut s’y maintenir en état de grâce, sans la sainte justice. Celui qui n’est pas corrigé ou ne corrige pas, est comme un membre qui commence à pourrir, et sur lequel le mauvais médecin se contente d’appliquer un emplâtre, sans cautériser la plaie le corps tout entier ne tarde pas à être empoisonné et à se corrompre. Il en est ainsi des prélats et des autres supérieurs, qui voient leur sujet infecté de cette plaie purulente du péché mortel ; s’ils se contentent d’employer l’onguent de la flatterie sans recourir à la réprimande, ils ne guériront jamais le membre malade ; la contagion gagnera les autres membres, unis au premier dans un même corps, sous un même Pasteur.
S’ils étaient, au contraire, de vrais et bons médecins des âmes, comme l’étaient ces glorieux pasteurs, ils n’emploieraient l’onguent, qu’après avoir cautérisé la plaie, par le feu de la réprimande. Si ce sujet s’obstinait dans le vice, ils le retrancheraient de la Congrégation, pour qu’il ne contaminât pas les autres, par l’infection du péché mortel. Aujourd’hui, ils se gardent bien d’en agir ainsi ! Ils font plutôt semblant de ne rien voir.
Sais-tu pourquoi ? La racine de l’amour-propre vit en eux et produit ce mauvais rejeton de la crainte servile ! Ils ont peur de perdre leur position, ou de se priver de quelques ressources temporelles, ou de se voir enlever leur prélature ! — Et ils se taisent.
O les aveugles, qui ne savent pas comment l’on se maintient dans son état ! Ils ne voient pas que la grande force de conservation, c’est la sainte justice Comme ils s’emploieraient à la faire observer s’ils le savaient comprendre ! Mais ils semblent bien l’ignorer, privés qu’ils sont de la lumière.
C’est par l’injustice qu’ils croient se conserver, en ne reprenant pas les manquements de leurs sujets. Mais aussi, c’est leur propre passion sensitive qui les abuse, c’est l’ambition du pouvoir, c’est le désir de la Prélature ; et c’est encore qu’ils sentent en eux les mêmes vices, ou de plus grands encore. Comment, dès lors, les reprendre dans les autres ? La conscience de leur propre faute leur ôte le courage et la fermeté qui leur seraient nécessaires : elle les livre à la crainte servile, et ils font semblant de ne pas voir. Ne peuvent-ils fermer les yeux, ils se laissent encore arrêter, dans le devoir de la réprimande, par les paroles flatteuses, par les nombreux présents. Dès lors, ils trouvent d’eux-mêmes mille excuses pour ne pas sévir. Ils n’ont fait pourtant que réaliser la parole de ma Vérité Ce sont des aveugles conduisant des aveugles. Quand un aveugle en conduit un autre, c’est bus les deux à la fois qu’ils tombent dans le fossé 4 (Mt 15, 14).
Certes, ce n’est pas ainsi que faisaient, — et que font encore aujourd’hui, s’il en reste quelques-uns, mes chers ministres, dont je t’ai dit, qu’ils avaient les propriétés et la condition du soleil. Et vraiment, ils sont des soleils ! En eux, nulles ténèbres de péchés, en eux pas d’ignorance ; car ils suivent la doctrine de ma Vérité. En eux point de tiédeur, car ils sont embrasés du feu de ma charité. Grandeurs, situations, plaisirs du monde, tout ne leur est rien ; aussi n’ont-ils pas peur de corriger le vice. Qui n’a pas l’ambition de la puissance ou de la prélature, ne craint point de les perdre et reprend avec vigueur. Celui dont la conscience est sans reproche, n’a peur de rien.
Aussi n’était-elle point obscurcie dans mes oints, dans mes christs, cette perle précieuse de la Justice ! Elle y brillait au contraire avec éclat. Ils embrassaient la pauvreté volontaire ; ils cherchaient l’abaissement avec une humilité profonde, sans souci des railleries, des affronts, des calomnies, des injures, des opprobres, des peines et des tourments des hommes. Blasphémait-on contre eux, ils bénissaient et acceptaient tout avec une véritable patience, comme des anges de la terre, et plus que des anges, — non par nature, mais par fonction par le don surnaturel qui leur avait été fait, de distribuer le corps et le sang de mon Fils unique.
Et, en vérité, ils sont des anges. L’ange que j’ai proposé à votre garde, vous communique les bonnes et saintes inspirations. Eh bien mes ministres, eux aussi, étaient des anges. C’est ma Bonté qui leur avait confié votre garde. Sans cesse, ils avaient l’œil sur les âmes qui leur étaient soumises, pour leur inspirer, en gardiens fidèles, de bonnes et saintes pensées ; sans cesse, ils m’offraient pour elles, en leurs oraisons continuelles, les doux désirs de leur charité ; sans cesse, ils les soutenaient par l’enseignement de la parole, ou par l’exemple de leur vie.
Ils sont donc bien, tu le vois, des anges, messagers de ma Charité, préposés à votre garde, vrais luminaires dans le corps mystique de la sainte Église, guides sûrs, capables de vous conduire, vous les aveugles, dans la voie de la Vérité, par les bonnes pensées qu’ils vous inspirent, par leurs prières, par l’exemple de leur vie, par l’enseignement, ainsi qu’il a été dit.
Avec quelle humilité ils gouvernaient et conservaient ceux dont ils avaient la charge ! En eux quelle espérance et quelle foi vivante ! Ils n’auraient pas craint de voir les biens temporels manquer pour eux et leur troupeau ! Aussi, avec quelle largesse, distribuaient-ils aux pauvres les richesses de la sainte Église ! Avec quelle rigueur ils observaient l’obligation de faire trois parts du temporel, pour leurs besoins, pour les pauvres et pour l’Église, Ils n’avaient point à prendre de dispositions testamentaires ils ne laissaient point de fortune après leur mort. Quelques-uns même avaient pour les pauvres endetté l’Église. Si large était leur charité, si ferme leur espérance dans ma divine Providence, que la crainte servile n’avait sur eux nulle prise. Ce n’est pas eux qui auraient en peur de manquer, si peu que ce soit, du temporel ou du spirituel.
C’est là, en effet, le signe que la créature espère en Moi et non en elle-même n’avoir pas de crainte servile. Ceux qui ont placé en eux-mêmes leur espérance, craignent toujours. Ils ont peur de leur ombre ; ils se demandent sans cesse, si le ciel et la terre ne vont pas leur manquer. Avec cette crainte au fond du cœur, et la fausse espérance qu’ils ont mise en leur petite science, ils sont tourmentés d’une sollicitude misérable, pour assurer ou conserver les choses temporelles. Quant aux spirituelles, l’on croirait qu’ils les ont rejetées par derrière leurs épaules ; on ne trouve plus personne qui en ait souci.
Ils ne pensent pas, ces pauvres ministres orgueilleux et sans foi, que c’est Moi qui suis Celui qui pourvoit, en tout et pour tout, aux nécessités de l’âme et du corps, bien que ma Providence mesure son assistance, à l’espérance que vous avez en elle. Dans leur présomption, ils ne considèrent pas, les malheureux, que je suis Celui qui suis, qu’ils sont, eux, ceux qui ne sont pas, et que leur être ils le tiennent de ma Bonté, comme aussi toute grâce ajoutée à leur être.
C’est donc bien en vain, que se fatigue celui qui veille sur la cité, si je ne la garde pas moi-même. Tous ses efforts seront inutiles, toute sa vigilance sera en défaut, s’il ne s’en remet qu’à lui seul, du soin de la protéger : car c’est Moi, et Moi seul, qui la protège. Je veux, il est vrai, que l’être et les grâces que je vous ai donnés, vous les fassiez fructifier, dans la vertu, pendant cette vie, par l’exercice de votre libre arbitre, que vous avez reçu avec la lumière de la raison. Car, je vous ai bien créés sans vous, mais je ne vous Sauverai pas sans vous.
Vous n’étiez pas encore que déjà je vous aimais ! Ils le voyaient bien, ils le Savaient bien, mes bien-aimés ! Aussi m’aimaient-ils ineffablement ! Cet amour qu’ils avaient pour Moi, leur inspirait une si large espérance, qu’ils ne craignaient plus rien. Il ne tremblait pas, Silvestre, quand il comparut devant l’empereur Constantin, pour disputer avec douze Juifs, en présence de tout le peuple. Il avait la foi vivante ; et donc il croyait, que, m’ayant avec lui, nul ne pourrait prévaloir contre lui. Et les autres, de même. Ils perdaient toute crainte, par l’assurance qu’ils avaient de n’être pas seuls ils se sentaient accompagnés. En demeurant dans ma charité, ils demeuraient en Moi, et de moi ils recevaient la lumière de la Sagesse de mon Fils ; de moi, ils recevaient la puissance, pour rester inébranlables et forts devant les princes et les tyrans du monde ; de moi encore ils recevaient le feu de l’Esprit-Saint en participant à sa clémence et à son ardent amour. Et cet amour avait, il a toujours pour cortège dans quiconque le veut participer, la lumière de la foi, l’espérance, la force, la vraie patience, l’infatigable persévérance, jusqu’au dernier instant de la mort. Ils n’étaient donc pas seuls, tu le vois, ils étaient bien accompagnés ; voilà pourquoi ils n’avaient pas peur. Il n’est pour avoir peur, que celui qui se sent seul, et qui n’espère qu’en lui, privé qu’il est de l’amour de la charité. La moindre menace l’épouvante. Il est seul sans moi, qui donne à l’âme, qui me possède par affection d’amour, une sécurité souveraine. N’ont-ils pas prouvé, ces glorieux et chers élus, qu’aucune menace n’avait de prise sur leur âme ? Ne les a-t-on pas vus maintes fois, châtier les hommes et les démons, qu’ils enchaînaient par le pouvoir et la vertu que je leur avais donnés sur eux, pour répondre à leur amour, à leur foi et à l’espérance qu’ils avaient mis en Moi.
Ta langue serait impuissante à raconter leurs vertus ; l’œil de ton intelligence ne saurait voir la récompense qu’ils en ont reçu dans la vie durable, et que recevra quiconque marchera sur leurs traces. Ils sont devant moi comme des pierres précieuses, parce que j’ai eu pour agréables leurs travaux et la lumière qu’ils répandirent avec le parfum de leurs vertus dans le corps mystique de la sainte Église. Voilà pourquoi, je leur ai conféré une très haute dignité dans la vie éternelle, où ils possèdent la béatitude et la gloire dans ma vision, après avoir donné l’exemple d’une vie d’honneur et de sainteté, et distribué avec éclat la lumière du corps et du sang de mon Fils unique, et tous les autres sacrements.
Aussi c’est d’un amour tout à fait à part que je les aime, tant à cause de cette dignité à laquelle je les ai élevés en faisant d’eux mes oints, mes ministres, qu’à cause du zèle qu’ils ont déployé pour ne pas laisser enfoui, dans l’ignorance et la négligence, le trésor confié à leurs mains. Ils ont reconnu que c’était de Moi qu’ils le tenaient, et ils ont apporté à le faire valoir toute leur sollicitude, une profonde humilité, de vraies et réelles vertus. Comme c’était pour le salut des âmes, que je les avais mis en si grand honneur, ils ont travaillé sans relâche, ces bons pasteurs, â ramener les brebis dans le bercail de la sainte Église. Par amour, affamés qu’ils étaient des âmes, ils affrontaient la mort pour les arracher aux mains du démon. Ils étaient faibles, je veux dire qu’ils se faisaient faibles avec ceux qui étaient faibles. Que de fois, pour ne pas accabler le désespoir du prochain, et le mettre plus à l’aise pour découvrir son infirmité, ils faisaient semblant de la partager. Je suis faible comme vous, disaient-ils, tout comme vous. Pleurant avec ceux qui pleuraient, ils se réjouissaient avec ceux qui étaient dans la joie, et savaient ainsi distribuer à chacun, la nourriture qui lui convenait. Ils conservaient les bons, et leurs vertus les remplissaient d’allégresse car ils n’étaient pas dévorés par l’envie, et leur cœur se dilatait dans la plénitude, par la charité qu’ils avaient pour le prochain et pour ceux surtout dont ils avaient la charge. Quant aux pécheurs, ils les retiraient de leur iniquité, en se faisant avec eux et pour eux infirmes et pécheurs, par une véritable et sainte compassion, et ils les corrigeaient de leurs fautes par la pénitence, que souvent, par charité ils partageaient avec eux. L’amour qu’ils avaient pour les pécheurs était tel, qu’ils avaient plus de peine de la pénitence qu’ils imposaient, que ceux-là mêmes qui la recevaient ; parfois même, ils l’accomplissaient réellement, surtout s’ils s’apercevaient qu’elle répugnait trop au pénitent. Par ce moyen la rigueur était changée en douceur.
O mes bien-aimés De prélats qu’ils étaient, ils se faisaient sujets ! Eux les seigneurs, ils se faisaient serviteurs. Ils se faisaient infirmes, eux qui étaient sains, exempts d’infirmités, purs dela lèpre du péché mortel. Forts ils étaient, et ils se faisaient débiles. Ils se faisaient simples, avec les simples et les idiots, petits avec les petits, et ils savaient ainsi, par humilité et charité, se proportionner à tous et fournir à chacun la nourriture dont il avait besoin.
Qui donc les faisait agir de la sorte ? La faim et le désir qu’ils avaient conçu en moi, de mon honneur et du salut des âmes. Ils accouraient à la table de la très sainte Croix pour y manger cet aliment ils ne fuyaient aucun labeur, ils ne refusaient aucune fatigue. Pleins de zèle pour les âmes, pour le bien de la sainte Église, pour l’expansion de la sainte Foi, ils se jetaient d’eux-mêmes au milieu des épines de la tribulation, et s’exposaient à tous les périls avec une véritable patience, faisant monter vers moi, l’encens parfumé de leurs désirs pleins d’angoisse et de leur humble et continuelle prière. Ils oignaient de leurs larmes et de leurs sueurs les plaies du prochain, ces plaies du péché mortel, et rendaient aux pécheurs la santé parfaite, si ceux-ci recevaient humblement ce précieux baume.
CHAPITRE XI
(120)
Résumé du chapitre précédent, et du respect que l’on doit aux prêtres, qu’ils soient bons ou mauvais.
Je t’ai montré, ma très chère fille, comme un reflet de l’excellence de mes ministres. Je dis un reflet, en comparaison de ce qu’elle est en réalité. Je t’ai exposé la dignité dont je les ai revêtus, en les choisissant pour en faire mes ministres. A cause de cette autorité et de cette dignité dont je les ai investis, je ne veux pas, pour quelque faute que ce soit, que les séculiers portent la main sur eux. Eu touchant à mes prêtres, ils m’offensent misérablement.
Je veux, au contraire, qu’ils aient pour eux, tout le respect qui leur est dû, non à cause d’eux, comme je t’ai dit, mais à cause de Moi, à raison de l’autorité que je leur ai donnée.
Ce respect ne doit donc jamais diminuer, alors même que leur vertu serait amoindrie, parce qu’ils sont toujours, de par Moi, les ministres du Soleil, les dispensateurs du corps et du sang de mon Fils et des autres sacrements.
Cette dignité appartient aux mauvais comme aux bons. Tous sont investis des mêmes fonctions. Mais les parfaits, ainsi que je te l’ai exposé, ont les propriétés du soleil ; ils illuminent et réchauffent leur prochain par l’amour de la charité. Par cette chaleur, ils font germer et fructifier les vertus, dans les âmes qui leur sont confiées. Ils sont aussi des anges, préposés par moi à votre garde, pour vous préserver du mal et suggérer à vos cœurs de bonnes inspirations, par leurs saintes prières, par leur enseignement, par l’exemple de leur vie, et en même temps pour vous servir et vous administrer les saints sacrements, comme fait l’ange qui vous garde et vous inspire de bonnes et saintes pensées.
Tu vois donc qu’outre la dignité que je leur ai conférée, ils sont aussi dignes de votre amour, parce qu’ils sont ornés de toutes les vertus, que tous d’ailleurs, sont tenus de posséder. Quel respect ne devez-vous donc pas avoir pour ces fils d’élection, qui sont un seul Soleil avec moi par leurs vertus, dans le corps mystique de la sainte Église. si tout homme vertueux est digne d’amour, combien plus ceux-ci, à raison du ministère que je leur ai confié ! Vous les devez donc aimer à un double titre : à cause de leurs vertus et à cause de la dignité du Sacrement. Quant à ceux qui vivent mal, vous devez haïr leurs péchés, mais je ne veux pas que vous vous fassiez leurs juges. Ils sont mes christs, et vous devez aimer et vénérer l’autorité qu’ils tiennent de Moi.
Si un homme, crasseux et mal vêtu, vous apportait un grand trésor qui vous rendrait la vie, sans aucun doute, par amour du trésor, et aussi du seigneur qui l’envoie, vous feriez bon accueil au commissionnaire, nonobstant sa crasse et ses haillons. Son extérieur vous déplairait bien, mais, vous vous emploieriez, par amour pour son seigneur, à le laver et à l’habiller de neuf. C’est votre devoir d’en agir ainsi, suivant l’ordre de la charité, et je veux que vous traitiez de cette manière, mes ministres dont la vie est trop peu réglée. Malgré leur impureté et leurs vêtements en lambeaux, déchirés par tous les vices, depuis qu’ils sont séparés de ma charité, ils ne laissent pas que de vous apporter de grands trésors, par les Sacrements de la sainte Église, où vous puisez la vie de la grâce, si vous en approchez dignement. Vous devez donc les honorer, quels que soient leurs défauts, pour l’amour de moi, le Dieu éternel, qui vous les envoie, et par amour de la vie de la grâce, que vous trouvez dans ce trésor, qui contient le Dieu-Homme tout entier, le corps et le sang de mon Fils, unis à ma nature divine. Votre devoir est de déplorer et de détester leurs fautes, et de vous employer avec charité, par la sainte prière, à leur procurer un habit neuf, et à laver dans vos larmes leur souillure. Oui, c’est là ce que vous devez faire : offrir devant moi, pour eux, avec larmes et grand désir, vos saintes prières, pour que je les revête, par ma Bonté, du vêtement de la charité.
Vous savez bien que je veux leur faire grâce, pourvu qu’ils s’y disposent, et que vous me le demandiez. Car, c’est contraire à ma volonté, qu’ils vous distribuent le Soleil, dans les ténèbres, dépouillés de la vertu et souillés par une vie déshonnête. C’est pour qu’ils soient vos anges sur terre et en même temps votre soleil, que je vous les ai donnés, comme je te l’ai dit. S’ils ne le sont pas, votre devoir est de me prier pour eux, mais ne les jugez pas. Ce jugement m’est réservé. Et Moi, par vos prières, s’ils veulent s’y disposer, je leur ferai miséricorde. Mais, s’ils ne se corrigent pas, la dignité qu’ils possèdent sera leur ruine. Moi, le souverain Juge je leur ferai entendre le grand reproche au dernier instant de la mort, et s’ils ne s’amendent pas, s’ils ne profitent pas de la grandeur de ma miséricorde, ils seront envoyés au feu éternel.
CHAPITRE XII
(121)
Des péchés et de la vie coupable des mauvais prêtres.
Écoute maintenant, fille bien-aimée ! Afin que toi et mes autres serviteurs, vous ayez plus sujet de m’offrir pour eux, d’humbles et continuelles prières, je veux te montrer et te dire la vie criminelle de trop de mes prêtres. De quelque côté que tu regardes, séculiers et religieux, clercs et prélats, petits et grands, jeunes et vieux, gens de toute condition, partout tu ne vois qu’offenses. Tous répandent l’infection de leurs péchés mortels ; mais cette infection ne peut m’atteindre ni me nuire, elle n’est mortelle que pour eux-mêmes.
Je t’ai entretenue, jusqu’ici, de l’excellence de mes ministres et de la vertu des bons, pour donner à ton âme quelque consolation, et pour te faire mieux comprendre la misère de ces malheureux, combien ils sont dignes de plus grands reproches et d’un plus terrible châtiment. Autant les élus, mes bien-aimés, qui ont fait fructifier par leurs vertus le trésor que je leur avais confié, méritent une plus grande récompense, et seront comme des pierres précieuses en ma présence, autant ceux-là sont misérables, et auront en partage les tourments les plus cruels.
Sais-tu, ma fille, quel est le principe de leur égarement ? Apprends-le, dans la douleur et l’amertume de ton cœur. C’est dans l’amour égoïste d’eux mêmes, d’où est issu l’arbre de l’orgueil, qui a pour rejeton l’aveuglement, l’absence de discernement. Dépourvus de sens spirituel, ils ne se proposent plus d’autre but, que les honneurs et la gloire ; ils sont à l’affût de grandes prélatures ; ils n’ont d’ambition que pour le faste et les délicatesses du corps. Pour moi, ils n’ont que du dédain, que des offenses. Ils s’attribuent à eux-mêmes ce qui ne leur appartient pas, et me donnent ce qui n’est pas à moi. Ce qui est à Moi, c’est la gloire, c’est l’honneur de mon nom, voilà ce qu’ils me doivent. Ce à quoi ils ont droit, c’est la haine de leur propre sensualité, par une véritable connaissance d’eux-mêmes, c’est le sentiment de leur indignité, en regard du grand Mystère que je leur ai confié. Bien au contraire, enflés d’orgueil, ils ne se peuvent rassasier de dévorer la terre des richesses et des délices du monde. Ils sont avides, cupides, avares à l’égard des pauvres ; et ce misérable orgueil et cette avarice, nés de l’amour égoïste et sensuel, leur ont fait abandonner le soin des âmes. Ils n’ont de pensée et de souci que des choses temporelles, et mes brebis, dont je leur ai commis la garde, ne sont plus, entre leurs mains, que des brebis sans pasteur. Ils ne les paissent pas, ils ne les nourrissent pas, ni spirituellement, ni temporellement. Ils administrent, il est vrai, spirituellement, les sacrements de la sainte Église, dont leur faute ne peut ni détruire, ni diminuer la vertu. Mais ils ne sustentent pas les âmes de leurs prières ferventes, de l’ardent désir de leur salut, et d’une vie honorable et sainte. Ils ne nourrissent pas, non plus, leurs sujets, des choses temporelles, ils ne distribuent pas aux pauvres les biens de l’Église dont ils doivent faire trois parts, comme je te l’ai dit : la première pour leurs besoins, la seconde pour les pauvres, la troisième pour l’utilité de l’Église.
Loin de là ! Non seulement ils ne distribuent pas ce qu’ils doivent aux pauvres, mais encore ils dépouillent les autres par simonie. Oui, par amour de l’argent ils vendent la grâce de l’Esprit-Saint. Souvent même ils en viennent à ce degré de malice, que ce que je leur ai donné gratuitement pour qu’ils le distribuent de même, ils le refusent à ceux qui en ont besoin, jusqu’à ce qu’ils aient la main pleine et qu’on les ait pourvus de nombreux présents. Leur amour pour ceux qui leur sont soumis se mesure exactement au profit qu’ils en retirent, ni plus, ni moins. Tous les revenus de l’Église passent dans l’achat de vêtements somptueux, pour se montrer, vêtus avec délicatesse, non comme des clercs ou des religieux, mais comme des seigneurs et damoiseaux de cour. Ils ont le goût des beaux chevaux, des nombreux vases d’or et d’argent pour la décoration de leur maison, et ils apportent dans cette possession, si contraire à leur état, une grande vanité de cœur qui se révèle dans le désordre et la légèreté de leurs discours. Ils ne rêvent que festins et se font un Dieu de leur ventre : mangeant et buvant sans mesure, ils ne tardent pas à tomber dans l’impure té et dans la débauche.
Malheur, malheur à leur vie misérable ! C’est ainsi qu’ils dépensent avec des pécheresses publiques ce que le doux Verbe, mon Fils unique, a acquis au prix de tant de peine sur le bois de la très sainte Croix !
C’est ainsi qu’ils déchirent de mille cruelles morsures et qu’ils dévorent les âmes rachetées par le sang du Christ. C’est ainsi qu’ils nourrissent leurs fils du patrimoine des pauvres !
O temples du diable Je vous avais élus pour être des anges de la terre, en cette vie, et vous êtes des démons I Et vous avez choisi l’office des démons ! Ils répandent, les démons, les ténèbres qu’ils ont en eux-mêmes, ils sont les ministres de cruels tourments. C’est eux qui travaillent autant qu’il est en eux, par leurs attaques, par leurs tentations, à priver les âmes de la grâce, en les entraînant dans le péché mortel. L’âme, il est vrai, ne peut tomber dans une faute que si elle le veut bien, mais ils font tout ce qui est en leur puissance, pour l’y attirer.
N’est-ce pas aussi ce que font ces malheureux, indignes d’être appelés mes ministres ? Ce sont des démons incarnés, puisque, parleurs propres péchés ils se sont conformés à la volonté du démon, et par là même font fonction de démens. Ils me distribuent, moi le vrai Soleil, au milieu des ténèbres du péché mortel, et ils répandent ainsi les ténèbres de leur vie déréglée et criminelle sur les autres créatures raisonnables qui leur sont soumises. Ils couvrent de honte et remplissent de douleur les âmes qui sont ainsi témoins de leur existence désordonnée. Souvent même, ils jettent le trouble et le tourment dans les consciences qui se laissent détourner de l’état de grâce et de la voie de la Vérité. En les entraînant au péché, ils les conduisent par le chemin du mensonge, bien que ceux qui les suivent soient pourtant sans excuse ; car aucune puissance ne peut les contraindre au péché mortel, pas plus celle des démons visibles que celle des démons invisibles. Personne ne doit se régler sur leur vie ni imiter ce qu’ils font. C’est ce qu’ils disent que vous devez faire (Mt 23, 3), comme vous en avertit ma Vérité, dans le saint Evangile. La doctrine que vous devez suivre, c’est celle qui vous est donnée dans le corps mystique de la sainte Église, conservée dans les saintes écritures et proclamée par mes hérauts, les prédicateurs chargés d’annoncer ma parole.
Ne les imitez pas dans leur vie mauvaise, si vous ne voulez pas les suivre dans les malheurs qu’ils méritent ; et gardez-vous aussi de les punir : vous m’offenseriez. Laissez leur vie coupable, et ne recueillez d’eux que la doctrine. Réservez-moi le châtiment, car je suis le Dieu bon et éternel qui récompense toute bonne action et punit toute faute. Pour être mes ministres, ils n’en sont pas moins exposés à ma vengeance, et leur dignité ne les couvrira pas contre ma justice. C’est au contraire, plus durement que tous les autres, qu’ils seront punis, s’ils ne se convertissent pas, parce qu’ils ont plus reçu de ma Bonté. En m’offensant si misérablement, ils s’attirent un châtiment plus lourd. Ce sont des démons, encore une fois, tu le vois bien, comme mes élus dont je t’ai parlé, sont des anges sur terre, chargés de faire l’office des anges.