Poésies (page 2)
XXXIII. CONTRE LES VIBENNIUS.
Ô le plus habile des voleurs qui exploitent les bains publics, Vibennius, et toi, son impudique fils ; car la lubricité du fils égale la rapacité du père ; qu’attendez-vous pour vous exiler au loin sur quelque rivage funeste ? Les vols du père sont connus de tous ; et le fils a beau mettre au rabais ses infâmes caresses, personne n’en offre une obole.
XXXIV. HYMNE EN L’HONNEUR DE DIANE.
Jeunes filles, jeunes garçons au cœur chaste, nous tous qui sommes voués au culte de Diane ; jeunes filles, jeunes garçons, chantons en chœur ses louanges.
Ô puissante fille de Latone et du grand Jupiter, toi que ta mère mit au jour sous les oliviers de Délos ;
Toi, destinée en naissant à régner sur les monts, les forêts verdoyantes, les bocages mystérieux et les fleuves aux flots sonores ;
Toi que, dans les douleurs de l’enfantement, les femmes invoquent comme une autre Lucine ; puissante Hécate, toi qui empruntes au soleil l’éclat dont tu brilles ;
Déesse, dont le cours mensuel mesure le cercle de l’année ; toi, par qui la grange du laboureur se remplit d’abondantes moissons ;
Sous quelque nom qu’il te plaise d’être invoquée, reçois nos hommages ; et accorde, comme toujours, ton appui tutélaire à la race antique de Romulus.
XXXV. INVITATION À CÉCILIUS.
Partez, mes tablettes, allez dire à Cécilius, le poète des amours, à Cécilius, mon compagnon de plaisirs, qu’il quitte pour Vérone la Nouvelle Côme, et les rives du Larius ; car je veux déposer dans son sein certaines confidences de notre ami commun. Qu’il parte donc, s’il est sage, qu’il dévore la route ; quand bien même sa maîtresse le rappellerait, mille fois ; quand bien même, jetant ses bras autour du cou de Cécilius, elle le supplierait de différer son départ, cette jeune beauté qui, si l’on m’a fait un récit fidèle, se meurt d’amour pour lui. L’infortunée ! un feu secret brûle dans ses veines, depuis le jour où elle lut les premiers vers de Cécilius en l’honneur de la déesse de Dindyme. J’excuse ton délire, jeune fille, plus savante que la muse de Lesbos ; c’est en effet un bel ouvrage, le poëme entrepris par Cécilius en l’honneur de la mère des dieux !
XXXVI. CONTRE LES ANNALES DE VOLUSIUS.
Annales de Volusius, bonnes à mettre au cabinet, c’est à vous d’accomplir le vœu de ma belle ; car elle a promis à Vénus, à son fils, si son Catulle lui était rendu, si je cessais de lancer contre elle mes ïambes redoutables, de livrer à Vulcain, à ses flammes vengeresses, les chefs-d’oeuvre du plus mauvais poète ; or, ce vœu, fait en riant, l’espiègle a bien pensé qu’il ne pouvait concerner que les rapsodies de Volusius.
Maintenant, fille de l’onde, toi qui fréquentes les bosquets sacrés d’Idalie, les plaines de la Syrie, Ancône, Gnide, Amathonte, Golgos et Dyrrachium, l’entrepôt de l’Adriatique ; ô Vénus, si le vœu plaisant de ma belle n’a rien qui t’offense, daigne l’agréer et l’exaucer !
Et vous, soyez livrées aux flammes, annales de Volusius, rapsodie grossière et sans goût, bonne à mettre au cabinet.
XXXVII. AUX HABITUÉS D’UN MAUVAIS LIEU.
Infâme lupanar, situé au neuvième pilier après le temple des Jumeaux, et vous ses dignes habitués, croyez-vous seuls être doués des attributs de Priape, seuls avoir le privilège de lever un tribut sur toutes les belles, et de réduire tous les autres au rôle d’eunuques ? Vous figurez-vous, parce que vous êtes là cent ou deux cents imbéciles réunis ensemble, que je n’oserai pas vous défier tous. Or, sachez bien que je charbonnerai votre infamie sur tous les murs de ce repaire ; car c’est là que s’est réfugiée la maîtresse qui me fuit, cette jeune fille que j’aimais, comme jamais femme ne sera aimée, pour qui j’ai eu tant d’assauts à soutenir ! Et vous, honnêtes gens que vous êtes, vous partagez tous ses faveurs ; et, chose indigne, à qui les prodigue-l-elle ? à des hommes de rien, à des galans de carrefour ; toi, entre autres, fils chevelu de la Celtibérie, Egnatius, toi, dont tout le mérite consiste dans ta barbe épaisse et tes dents qui doivent leur blancheur à l’urine dont tu les frottes.
XXXVIII. À CORNIFICIUS.
Cornificus, le malheur accable ton ami Catulle ; oui, certes, il est malheureux, il soutient une lutte pénible, et sa douleur s’aggrave sans cesse, de jour en jour, d’heure en heure. Et pas un seul mot de toi, qui lui offre la plus simple, la plus facile des condoléances ! Je m’emporte contre toi. Est-ce ainsi que tu m’aimes ? Je t’en supplie, seulement quelques paroles de consolation, mais qu’elles soient plus touchantes que les élégies de Simonide.
XXXIX. CONTRE EGNATIUS.
Egnatius a les dents belles, et il rit sans cesse pour les montrer. Près du banc d’un accusé, au moment où l’avocat fait verser des larmes à l’auditoire, Egnatius rit ; il rit encore près du bûcher d’un fils unique que pleure une mère désolée : en toute occasion, en quelque lieu qu’il soit, quoi qu’il fasse, il rit toujours. C’est là sa manie ; mais elle n’est, à mon sens, ni agréable ni polie. Je dois donc t’avertir, pauvre Egnatius, que quand bien même tu serais né à Rome, ou chez les Sabins, à Tibur, ou chez l’Ombrien économe, chez l’Étrurien somptueux, ou le Lanuvien brun et bien endenté, ou, pour dire un mot de mes compatriotes, chez le Transpadin, ou tout autre peuple qui se rince la bouche avec de l’eau pure, encore ne te permettrais-je pas de rire ainsi à tout propos : car rien n’est plus sot qu’un sot rire. Mais tu es Celtibérien ; et les gens de ton pays ont tous la coutume de se rincer chaque matin les dents et les gencives avec leur urine ; or, plus l’émail de vos dents a d’éclat, plus il prouve que vous avez fait usage de ce dégoûtant gargarisme.
XL. À RAVIDUS.
quel mauvais génie, pauvre Ravidus, te précipite ainsi au devant de mes ïambes ? Quel dieu, négligé par toi dans tes sacrifices, t’inspire la témérité de me chercher querelle ? Est-ce pour faire parler de toi ? quel est ton dessein ? Tu veux être connu à tout prix ? tu le seras ; et, puisque tu as eu l’impudence de convoiter l’objet de mes amours, tu t’en repentiras long-temps.
XLI. CONTRE LA MAÎTRESSE DE MAMURRA.
Est-elle dans son bon sens, cette courtisane usée et ressucée ? elle me demande, à moi, dix mille sesterces, cette beauté au nez difforme, maîtresse du banqueroutier Mamurra ! Parens chargés de veiller sur elle, convoquez amis et médecins ; car la pauvre fille a le délire. Elle ne connaît pas sa laideur : voyez jusqu’où va sa folie !
XLII. CONTRE UNE COURTISANE.
À moi, vers caustiques et mordans, accourez tous tant que vous êtes. Une infâme prostituée ose se jouer de moi ; elle refuse de me rendre mes tablettes, ces tablettes illustrées par vous ; et vous pourriez le souffrir ! Non, poursuivons-la de nos sarcasmes, pour la forcer à restitution. Quelle est cette drôlesse, dites-vous ? C’est celle que vous voyez s’avancer d’un air si effronté, et dont la bouche maussade et grimacière ressemble, quand elle rit, à la gueule d’un chien gaulois. Il faut l’assaillir de toutes parts, la relancer sans relâche : Sale coquine, rends-moi mes tablettes ; rends-moi mes tablettes, sale coquine. — Elle s’en soucie comme de rien ! — Infâme coureuse, rebut des mauvais lieux, et pire encore, s’il est possible. — Mais cela, je pense, ne suffit pas encore. Tâchons du moins, faute de mieux, de faire rougir le front d’airain de cette impudente chienne : criez tous à la fois et encore plus fort : Sale coquine, rends-moi mes tablettes, rends-moi mes tablettes, sale coquine. — Peine inutile ! rien ne l’émeut. Il faut changer de ton et de langage, peut-être réussirons-nous mieux. — Chaste et pudique vestale, rends-moi mes tablettes.
XLIII. CONTRE LA MAÎTRESSE DE MAMURRA.
Salut, jeune maîtresse du prodigue Mamurra ; ton nez n’est pas des plus petits, ton pied n’est pas mignon, tes yeux ne sont pas noirs, tes doigts ne sont pas effilés, ta bouche n’est pas ragoûtante, certes, ton langage n’est pas élégant : qu’importe ? tous nos provinciaux ne proclament-ils pas ta beauté ? ne te compare-t-on pas à ma Lesbie ? O que notre siècle a le goût fin et délicat !
XLIV. À SA CAMPAGNE.
Ô ma campagne, soit de la Sabine, soit de Tibur ; car tous ceux qui n’ont pas l’intention de me blesser, te font dépendre de Tibur ; tandis que ceux qui veulent me piquer sont toujours prêts à gager que tu appartiens à la Sabine. Enfin, Sabine ou Tiburtaine, quel plaisir, ô ma campagne, j’ai goûté dans ta retraite écartée de la ville ! Je m’y suis délivré de cette toux maudite qui déchirait ma poitrine, de cette toux, juste punition de l’intempérance qui m’a fait rechercher des repas somptueux ! Car, abusant de ma patience de convive, Sextius, mon Amphitryon, m’a lu son plaidoyer contre Antius ; lecture funeste et pestilentielle, qui m’a fait contracter une fièvre de refroidissement et une toux déchirante dont j’ai souffert jusqu’au moment où, réfugié dans ton sein, je me suis guéri par le repos et l’infusion d’orties. Rétabli maintenant, je te rends grâces d’avoir accueilli ma faute avec tant d’indulgence. Aussi je consens, si jamais j’écoute encore les écrits pernicieux de Sextius, que le frisson, la fièvre et la toux tombent, non pas sur moi, mais sur ce bourreau d’orateur qui ne vous invite à dîner que pour vous lire ses plaidoyers à la glace.
XLV. ACMÉ ET SEPTIMIUS.
Pressant contre son sein Acmé, ses amours, Septimius lui disait : « Ô mon Acmé ! si je ne t’aime éperdument, si je cesse de t’aimer jusqu’à mon dernier soupir autant qu’un amant peut adorer sa maîtresse, puissé-je errer seul et sans défense dans la Libye, dans l’Inde brûlante, exposé à la rencontre des lions dévorans ! » Il dit ; et l’Amour, jusqu’alors contraire à ses vœux, applaudit à son serment.
Alors Acmé, la tête mollement inclinée, et pressant de ses lèvres de rose les yeux ivres d’amour de Septimius : Cher Septimius, ô ma vie ! s’il est vrai, dit-elle, que le feu qui brûle dans mes veines est plus fort, plus ardent que le tien ; ne servons jusqu’à la mort qu’un seul maître, et que ce soit l’Amour. » Elle dit ; et l’Amour, long-temps contraire à ses vœux, applaudit à cette résolution.
Maintenant, unis sous des auspices si favorables, toujours aimant, toujours aimés, le tendre Septimius préfère son Acmé à tous les trésors de la Syrie et de la Bretagne ; et la fidèle Acmé trouve dans son Septimius toute sa félicité, tout son plaisir. Vit-on jamais couple plus heureux, plus comblé des faveurs de Vénus ?
XLVI. LE RETOUR DU PRINTEMPS.
Déjà le printemps nous ramène les tièdes chaleurs ; déjà le doux souffle des zéphyrs fait taire les vents fougueux de l’équinoxe. Catulle, quittons, il en est temps, les champs de la Phrygie et les fertiles plaines de la brûlante Nicée ; volons vers les villes célèbres de l’Asie. Déjà mon esprit, impatient du repos, brûle d’errer en liberté ; déjà mes pieds s’apprêtent à commencer gaîment le voyage. Adieu donc, ô mes amis, nos douces réunions, adieu ; divers chemins vont ramener chacun de nous dans ses foyers, dont une longue distance le séparait.
XLVII. À PORCIUS ET SOCRATION.
Complices des rapines de Pison, fléaux qui suivez Memmius comme la peste et la famine ; il est donc vrai, ce Priape circoncis vous préfère à mon Verannius, à mon cher Fabullus ? tandis que vous faites en plein jour des festins splendides et somptueux, mes pauvres amis vont de carrefour en carrefour quêtant un souper ?
XLVIII. À JUVENTIUS.
Ah ! s’il m’était donné, Juventius, de baiser sans cesse tes yeux si doux, trois cent mille baisers ne pourraient assouvir mon amour ; que dis-je ? fussent-ils plus nombreux que les épis mûrs de la moisson, ce serait encore trop peu de baisers.
XLIX. À M. T. CICÉRON.
Ô le plus éloquent des fils de Romulus, passés, présens, et qui naîtront dans la suite des âges, Marcus Tullius, reçois les actions de grâce de Catulle, le dernier des poètes ; de Catulle, dont le rang est aussi infime parmi les poètes, que le tien est élevé parmi les orateurs.
L. À LICINIUS.
Hier, Licinius, tous les deux de loisir, comme nous en étions convenus, nous avons couvert mes tablettes de joyeux impromptus ; chacun de nous, s’escrimant en vers badins, traitait tantôt un sujet, tantôt un autre ; et, sous la double inspiration de la joie et du vin, payait tour-à-tour son tribut. Je t’ai quitté, Licinius, tellement enthousiasmé de ton esprit, de ta gaîté, que, loin de toi, tous les mets semblaient fades à ton malheureux ami : le sommeil ne pouvait fermer mes paupières ; mais agité dans mon lit d’une fureur que rien ne pouvait calmer, je me retournais dans tous les sens, appelant de tous mes vœux le retour de la lumière pour m’entretenir avec toi, pour jouir encore du bonheur de te voir. Mais, lorsqu’enfin, épuisé par cette longue lutte, je suis retombé presque mort sur mon lit, j’ai composé ces vers pour toi, mon aimable ami, pour t’exprimer tous mes regrets de ton absence. Ne vas pas maintenant, lumière de mon âme, dédaigner mes vœux, mes prières, ou crains que Némésis ne punisse ton orgueil : c’est une déesse redoutable ; garde-toi de l’offenser !
LI. À LESBIE.
Il est l’égal d’un dieu, il est plus qu’un dieu, s’il est donné à un mortel de surpasser les dieux, celui qui, assis près de toi, te voit, t’entend doucement lui sourire. Hélas ! ce bonheur m’a ravi l’usage de tous mes sens………………
Dès que je te vois, ô Lesbie, j’oublie tout, ma langue se glace, un feu subtil circule dans mes veines, un tintement confus bourdonne à mon oreille, mes yeux se couvrent d’une nuit épaisse.
Catulle, l’oisiveté te sera funeste ; tu te plais dans l’inaction, elle a pour toi trop d’attrait ; avant toi l’inaction a perdu et les rois et les empires les plus florissans.
LII. SUR STRUMA ET VATINIUS.
Eh bien, Catulle, qu’attends-tu donc pour mourir ? Nonius Struma est assis sur la chaise curule ; Vatinius se parjure pour obtenir le consulat : Catulle, qu’attends-tu de plus pour mourir ?
LIII. D’UN QUIDAM ET DE CALVUS.
J’ai bien ri, l’autre jour, dans une assemblée où mon cher Calvus dévoilait merveilleusement les crimes de Vatinius, d’entendre je ne sais qui s’écrier d’un ton d’admiration, en levant les mains au ciel : « Grands dieux ! quel éloquent petit bout d’homme ! »
LIV. À CÉSAR.
Libertin grossier, si tout dans tes mignons ne te déplaît pas, je voudrais, du moins, que toi et Fuffitius, ce vieux débauché, vous eussiez assez de goût pour être dégoûtés de la tête de fuseau d’Othon, des sales jambes de Vettius, et des exhalaisons traîtresses que laisse échapper Libon. Héros sans pareil, excuse donc mes ïambes, si, sans le vouloir, ils excitent de nouveau ton courroux.
LV. À CAMERIUS.
De grâce, Camerius, s’il n’y a pas d’indiscrétion de ma part, indique-moi où tu te caches. Je t’ai cherché partout, dans le Champ-de-Mars, au Cirque, dans toutes les tavernes, dans le temple du grand Jupiter, sous les galeries du cirque de Pompée ; j’ai arrêté au passage toutes les jolies filles, et aucune cependant n’a changé de visage, lorsque je lui demandais avec instance de tes nouvelles : « Friponnes, leur disais-je, qu’avez-vous fait de mon cher Camerius ? » L’une d’elles pourtant, découvrant son sein et me montrant deux boutons de roses : « Tiens, dit-elle, il est là ».
Enfin, déterrer ta retraite, c’est un des travaux d’Hercule. D’où te vient cet orgueil qui te dérobe à tes amis ? dis-nous donc où il faut désormais te chercher ? Allons, courage ; confie-toi à moi, montre-toi au grand jour. Est-il vrai que tu te caches dans un sein d’albâtre ? Si ta langue reste ainsi clouée à ton palais, c’est perdre tout le fruit de tes amours, car Vénus aime les indiscrétions. Ou bien encore, si tu ne veux pas desserrer les dents, permets-moi d’être le confident de vos amours.
Quand bien même j’aurais le corps de bronze du géant Talus, le vol rapide de Pégase, la vitesse de Ladas, les pieds ailés de Persée, et la légèreté des blancs chevaux de Rhésus ; quand tu attellerais à mon char tous les êtres emplumés, tous les habitans de l’air ; fussé-je même porté, sur l’aile des vents, bientôt, mon ami, je tomberais épuisé de fatigue, accablé de langueur, à force de te chercher.
LVI. À CATON.
Ô la plaisante, la drôle d’aventure, mon cher Caton ! elle vaut la peine que tu l’entendes, toi qui aimes tant à rire. Ris donc, mon cher Caton, pour l’amour de moi ; car c’est aussi par trop drôle, par trop plaisant. Je viens de surprendre un petit morveux qui s’efforçait de déflorer une jeune fille. Et moi, que Vénus me le pardonne ; j’ai percé le bambin d’un trait vengeur.
LVII. CONTRE MAMURRA ET CESAR.
Que vous êtes bien faits l’un pour l’autre, infâmes débauchés, César, et toi Mamurra, son vil Giton ! Qui pourrait s’étonner de votre intimité ? tous deux flétris, l’un à Rome, l’autre à Formies, de stigmates honteux, indélébiles ; tous deux portant les cicatrices de la débauche ; jumeaux de luxure, formés dans un même lit à l’école du vice ; l’un n’est pas moins ardent que l’autre dans ses poursuites adultères ; tous deux rivaux à la fois des deux sexes. Infâmes débauchés, que vous êtes bien faits l’un pour l’autre !
LVIII. SUR L’INFIDÉLITÉ DE LESBIE.
Célius, ma Lesbie, cette Lesbie adorée, cette Lesbie que Catulle chérissait plus que lui-même, plus que tous ses parens, plus que tous ses amis ; Lesbie maintenant, vil rebut des coins de rue et des carrefours, masturbe les magnanimes descendans de Rémus.
LIX. SUR RUFA ET RUFULUS.
Rufa de Bologne, l’épouse de Menenius, se prête aux goûts infâmes de Rufulus ; cette Rufa que vous avez vue si souvent réduite à dérober son souper sur le bûcher des morts, courant après les morceaux de pain qui en tombaient, et dont elle frustrait l’esclave demi tondu chargé d’entretenir le feu.
LX.
Cœur de fer, est-ce une lionne de Libye, est-ce la féroce Scylla, dont une meute aboyante forme la ceinture, qui t’a donné, avec le jour, cette insensibilité cruelle et barbare qui te fait dédaigner la voix suppliante d’un ami réduit au dernier degré du malheur ?
LXI. ÉPITHALAME DE JULIE ET DE MANLIUS.
HABITANT de la double colline, fils de Vénus Uranie, toi qui livres la tendre vierge aux bras de son ardent époux, dieu d’hyménée, ô Hymen ; ô Hymen, dieu d’hyménée !
Ceins ton front de marjolaines odorantes. Prends ton voile ; qu’un jaune brodequin pare tes pieds blancs, et, joyeux, viens ici, viens parmi nous.
Animée par un jour si beau, que ta voix argentine chante l’hymne nuptiale ; et secouant ton flambeau résineux, frappe la terre de tes pas cadencés.
Telle que la déesse d’Idalie, Vénus, lorsqu’elle se présenta devant le juge phrygien, Julie s’unit à Manlius, et les plus heureux auspices sourient à la vertu ; Ou tel encore, sur les bords de l’Asia, s’élève un myrte aux rameaux fleuris, délices des Hamadryades, qui l’abreuvent d’une limpide rosée.
Porte donc ici tes pas ; hâte-toi de quitter les rochers de Thespies et les grottes Aoniennes qu’arrose de ses fraîches ondes la source Aganippide.
Conduis dans la nouvelle demeure, dont elle devient la maîtresse, cette vierge qui soupire après son époux ; qu’elle s’enchaîne à lui par les liens de l’amour, comme le lierre flexible embrasse l’ormeau de mille étreintes.
Et vous, vierges chastes, pour qui luira bientôt un pareil jour, chantez aussi, chantez en chœur : Dieu d’hyménée, ô Hymen ; ô Hymen, dieu d’hyménée !
Afin qu’appelé par vos chants à remplir son doux ministère, ce dieu se hâte de venir, suivi de Vénus pudique, former les nœuds d’un amour légitime.
Eh ! quel dieu plus propice peuvent invoquer les amans ? Quel dieu de l’Olympe est plus digne que toi de l’hommage des mortels, dieu d’hyménée, ô Hymen ; ô Hymen, dieu d’hyménée ?
Le père, d’une voix tremblante, t’invoque pour ses enfans ; sous tes auspices, la vierge dénoue sa chaste ceinture ; et l’époux, qu’agite un reste de crainte, écoute d’une oreille avide tes chants joyeux.
C’est toi qui livres à l’époux frémissant de plaisir, sa jeune épouse, tendre fleur ravie au sein de sa mère, dieu d’hyménée, ô Hymen ; ô Hymen, dieu d’hyménée !
Sans toi, Vénus n’a point de plaisirs que puisse avouer l’honneur : par toi ses feux deviennent légitimes. Quel dieu oserait s’égaler au dieu d’hymen ? Sans toi, nulle maison ne peut avoir de postérité, ni le père d’enfans qui propagent sa race : par toi les familles se perpétuent. Quel dieu oserait s’égaler au dieu d’hymen ?
Sans toi, sans ton culte sacré, la patrie n’a point de guerriers qui protègent ses frontières : elle te doit ses défenseurs. Quel dieu oserait s’égaler au dieu d’hymen ?
Ouvrez les portes du sanctuaire, la vierge s’avance. Vois ces brillans flambeaux agiter leur ardente chevelure ! Ne tarde plus, jeune épouse ; le jour fuit, hâte-toi de paraître.
La pudeur ingénue retarde tes pas, et, bien que déjà plus docile, tu pleures, car il faut partir. Mais ne tarde plus, jeune épouse ; le jour fuit, hâte-toi de paraître.
Sèche tes larmes, noble race d’Aurunculus ; ne crains pas que jamais plus belle épouse ait vu le soleil, sortant du sein des ondes, éclairer sa couche nuptiale.
Telle, dans le jardin d’un riche propriétaire, brille l’hyacinthe parmi les fleurs qui l’entourent. Mais ne tarde plus, jeune épouse ; le jour fuit, hâte-toi de paraître.
Parais, jeune épouse, si rien ne t’arrête, écoute nos chants joyeux. Vois les flambeaux agiter leur ardente chevelure. Jeune épouse, hâte-toi de paraître.
Ne crains pas que jamais volage, ton époux se livre à des feux adultères, et, pour chercher ailleurs de honteux plaisirs, quitte le sein d’une tendre épouse ;
Non, pareil à la vigne qui s’enlace aux arbres voisins, tu le tiendras enchaîné par tes embrassemens. Mais le jour fuit, jeune épouse, hâte-toi de paraître.
Ô lit que décore l’ivoire, que de voluptés, que de joies tu promets à ton maître ! que d’heureuses nuits, que d’heureux jours ! Mais le jour fuit, parais enfin, jeune épouse.
Enfans, élevez vos flambeaux ; je vois l’épouse qui s’avance, couverte du voile nuptial. Allez, répétez en cadence : Vive, vive à jamais Hymen, dieu d’hyménée !
Mais ne tardez plus à vous faire entendre, chants fescennins ; et toi, naguère le favori de ton maître, aujourd’hui l’objet de ses dédains, esclave, jette aux enfans les noix qui leur sont dues.
Inutile Giton, jette des noix aux enfans. Et toi aussi, assez long-temps tu as joué avec des noix ; maintenant il te faut servir Thalassius. Esclave, jette des noix aux enfans.
Hier, ce matin encore, tes joues s’ombrageaient d’un duvet naissant ; maintenant le barbier va raser ton menton. Pauvre, pauvre Giton, jette des noix aux enfans.
Et toi, époux parfumé, ce n’est, dit-on, qu’à regret que tu renonces à tes mignons imberbes : tu dois pourtant y renoncer. Vive, vive à jamais Hymen, dieu d’hyménée !
Tu n’as jamais connu, Manlius, que les plaisirs permis à ton âge, nous le savons ; mais ces plaisirs, l’Hymen ne le les permet plus. Vive, vive à jamais Hymen, dieu d’hyménée !