Itinéraire de Paris à Jérusalem (page 20)

François-René de Chateaubriand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Itinéraire de Paris à Jérusalem · 42 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Du lieu où nous étions placés, nous aurions pu voir, dans les beaux jours d’Athènes, les flottes sortir du Pirée pour combattre l’ennemi ou pour se rendre aux fêtes de Délos ; nous aurions pu entendre éclater au théâtre de Bacchus les douleurs d’Oedipe, de Philoctète et d’Hécabe ; nous aurions pu ouïr les applaudissements des citoyens aux discours de Démosthène. Mais, hélas ! aucun son ne frappait notre oreille. A peine quelques cris échappés à une populace esclave sortaient par intervalles de ces murs qui retentirent si longtemps de la voix d’un peuple libre. Je me disais, pour me consoler, ce qu’il faut se dire sans cesse : Tout passe, tout finit dans ce monde. Où sont allés les génies divins qui élevèrent le temple sur les débris duquel j’étais assis ? Ce soleil, qui peut-être éclairait les derniers soupirs de la pauvre fille de Mégare, avait vu mourir la brillante Aspasie. Ce tableau de l’Attique, ce spectacle que je contemplais, avait été contemplé par des yeux fermés depuis deux mille ans. Je passerai à mon tour : d’autres hommes aussi fugitifs que moi viendront faire les mêmes réflexions sur les mêmes ruines. Notre vie et notre cœur sont entre les mains de Dieu : laissons-le donc disposer de l’une comme de l’autre.

Je pris en descendant de la citadelle un morceau de marbre du Parthénon ; j’avais aussi recueilli un fragment de la pierre du tombeau d’Agamemnon ; et depuis j’ai toujours dérobé quelque chose aux monuments sur lesquels j’ai passé. Ce ne sont pas d’aussi beaux souvenirs de mes voyages que ceux qu’ont emportés M. de Choiseul et lord Elgin, mais ils me suffisent. Je conserve aussi soigneusement de petites marques d’amitié que j’ai reçues de mes hôtes, entre autres un étui d’os que me donna le père Munoz à Jaffa. Quand je revois ces bagatelles, je me retrace sur-le-champ mes courses et mes aventures. Je me dis : " J’étais là, telle chose m’advint. " Ulysse retourna chez lui avec de grands coffres pleins des riches dons que lui avaient faits les Phéaciens ; je suis rentré dans mes foyers avec une douzaine de pierres de Sparte, d’Athènes, d’Argos, de Corinthe, trois ou quatre petites têtes en terre cuite que je tiens de M. Fauvel, des chapelets, une bouteille d’eau du Jourdain, une autre de la mer Morte, quelques roseaux du Nil, un martre de Carthage et un plâtre moulé de l’Alhambra. J’ai dépensé cinquante mille francs sur ma route et laissé en présent mon linge et mes armes. Pour peu que mon voyage se fût prolongé, je serais revenu à pied, avec un bâton blanc. Malheureusement, je n’aurais pas trouvé en arrivant un bon frère qui m’eût dit comme le vieillard des Mille et une Nuits : " Mon frère, voilà mille sequins, achetez des chameaux, et ne voyagez plus. "

Nous allâmes dîner en sortant de la citadelle, et le soir du même jour nous nous transportâmes au Stade, de l’autre côté de l’Ilissus. Ce Stade conserve parfaitement sa forme on n’y voit plus les gradins de marbre dont l’avait décoré Hérode Atticus. Quant à l’Ilissus, il est sans eau. Chandler sort à cette occasion de sa modération naturelle, et se récrie contre les poètes qui donnent à l’Ilissus une onde limpide et bordent son cours de saules touffus. A travers son humeur, on voit qu’il a envie d’attaquer un dessin de Leroi, dessin qui représente un point de vue sur l’Ilissus. Je suis comme le docteur Chandler : je déteste les descriptions qui manquent de vérité, et quand un ruisseau est sans eau, je veux qu’on me le dise. On verra que je n’ai point embelli les rives du Jourdain, ni transformé cette rivière en un grand fleuve. J’étais là cependant bien à mon aise pour mentir. Tous les voyageurs, et l’Ecriture même, auraient justifié les descriptions les plus pompeuses. Mais Chandler a poussé l’humeur trop loin. Voici un fait curieux que je tiens de M. Fauvel : pour peu que l’on creuse dans le lit de l’Ilissus, on trouve l’eau à une très petite profondeur : cela est si bien connu des paysannes albanaises, qu’elles font un trou dans la grève du ravin quand elles veulent laver du linge, et sur-le-champ elles ont de l’eau. Il est donc très probable que le lit de l’Ilissus s’est peu à peu encombré des pierres et des graviers descendus des montagnes voisines, et que l’eau coule à présent entre deux sables. En voilà bien assez pour justifier ces pauvres poètes qui ont le sort de Cassandre : en vain ils chantent la vérité, personne ne les croit ; s’ils se contentaient de la dire, ils seraient peut-être plus heureux. Ils sont d’ailleurs appuyés ici par le témoignage de l’histoire, qui met de l’eau dans l’Ilissus : et pourquoi cet Ilissus aurait-il un pont s’il n’avait jamais d’eau, même en hiver ? L’Amérique m’a un peu gâté sur le compte des fleuves, mais je ne pouvais m’empêcher de venger l’honneur de cet Ilissus, qui a donné un surnom aux Muses 57, et au bord duquel Borée enleva Orithye.

En revenant de l’Ilissus, M. Fauvel me fit passer sur des terrains vagues, où l’on doit chercher l’emplacement du Lycée. Nous vînmes ensuite aux grandes colonnes isolées, placées dans le quartier de la ville qu’on appelait la Nouvelle-Athènes, ou l’ Athènes de l’empereur Adrien. Spon veut que ces colonnes soient les restes du portique des Cent-Vingt-Colonnes ; et Chandler présume qu’elles appartenaient au temple de Jupiter Olympien. M. Lechevalier et les autres voyageurs en ont parlé. Elles sont bien représentées dans les différentes vues d’Athènes et surtout dans l’ouvrage de Stuart, qui a rétabli l’édifice entier d’après les ruines. Sur une portion d’architrave qui unit encore deux de ces colonnes, on remarque une masure, jadis la demeure d’un ermite. Il est impossible de comprendre comment cette masure a pu être bâtie sur le chapiteau de ces prodigieuses colonnes, dont la hauteur est peut-être de plus de soixante pieds. Ainsi ce vaste temple, auquel les Athéniens travaillèrent pendant sept siècles, que tous les rois de l’Asie voulurent achever, qu’Adrien, maître du monde, eut seul la gloire de finir, ce temple a succombé sous l’effort du temps, et la cellule d’un solitaire est demeurée debout sur ses débris ! Une misérable loge de plâtre est portée dans les airs par deux colonnes de martre, comme si la fortune avait voulu exposer à tous les yeux, sur ce magnifique piédestal, un monument de ses triomphes et de ses caprices.

Ces colonnes, quoique beaucoup plus hautes que celles du Parthénon, sont bien loin d’en avoir la beauté : la dégénération de l’art s’y fait sentir ; mais comme elles sont isolées et dispersées sur un terrain nu, elles font un effet surprenant. Je me suis arrêté à leur pied pour entendre le vent siffler autour de leurs têtes : elles ressemblent à ces palmiers solitaires que l’on voit çà et là parmi les ruines d’Alexandrie. Lorsque les Turcs sont menacés de quelques calamités, ils amènent un agneau dans ce lieu et le contraignent à bêler, en lui dressant la tête vers le ciel : ne pouvant trouver la voix de l’innocence parmi les hommes, ils ont recours au nouveau né de la brebis pour fléchir la colère céleste.

Nous rentrâmes dans Athènes par le portique où se lit l’inscription si connue :

C’est ici la ville d’Adrien, et non pas la ville de Thésée. Nous allâmes rendre à M. Roque la visite qu’il m’avait faite, et nous passâmes la soirée chez lui : j’y vis quelques femmes. Les lecteurs qui seraient curieux de connaître l’habillement, les mœurs et les usages des femmes turques, grecques et albanaises à Athènes, peuvent lire le vingt-sixième chapitre du Voyage en Grèce de Chandler. S’il n’était pas si long, je l’aurais transcrit ici tout entier. Je dois dire seulement que les Athéniennes m’ont paru moins grandes et moins belles que les Moraïtes. L’usage où elles sont de se peindre le tour des yeux en bleu et le bout des doigts en rouge est désagréable pour un étranger ; mais comme j’avais vu des femmes avec des perles au nez, que les Iroquois trouvaient cela très galant, et que j’étais tenté moi-même d’aimer assez cette mode, il ne faut pas disputer des goûts. Les femmes d’Athènes ne furent, au reste, jamais très renommées pour leur beauté. On leur reprochait d’aimer le vin. La preuve que leur empire n’avait pas beaucoup de puissance, c’est que presque tous les hommes célèbres d’Athènes furent attachés à des étrangères : Périclès, Sophocle, Socrate, Aristote, et même le divin Platon.

Le 25 nous montâmes à cheval de grand matin ; nous sortîmes de la ville et prîmes la route de Phalère. En approchant de la mer, le terrain s’élève et se termine par des hauteurs dont les sinuosités forment au levant et au couchant les ports de Phalère, de Munychie et du Pirée. Nous découvrîmes sur les dunes de Phalère les racines des murs qui enfermaient le port, et d’autres ruines absolument dégradées : c’étaient peut-être celles des temples de Junon et de Cérès. Aristide avait son petit champ et son tombeau près de ce lieu. Nous descendîmes au port : c’est un bassin rond où la mer repose sur un sable fin ; il pourrait contenir une cinquantaine de bateaux : c’était tout juste le nombre que Ménesthée conduisit à Troie.

Τῳ δ'ἂμα πεντήχοντα μέλαιναι νῆες ἓποντω, " Il était suivi de cinquante noirs vaisseaux. " Thésée partit aussi de Phalère pour aller en Crète.

Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ? Par vous aurait péri le monstre de la Crète, etc. Ce ne sont pas toujours de grands vaisseaux et de grands ports qui donnent l’immortalité : Homère et Racine ne laisseront point mourir le nom d’une petite anse et d’une petite barque.

Du port de Phalère nous arrivâmes au port de Munychie. Celui-ci est de forme ovale et un peu plus grand que le premier. Enfin, nous tournâmes l’extrémité d’une colline rocailleuse, et, marchant de cap en cap, nous nous avançâmes vers le Pirée. M. Fauvel m’arrêta dans la courbure que fait une langue de terre, pour me montrer un sépulcre creusé dans le roc ; il n’a plus de voûte, et il est au niveau de la mer. Les flots, par leurs mouvements réguliers, le couvrent et le découvrent, et il se remplit et se vide tour à tour. A quelques pas de là, on voit sur le rivage les débris d’un monument.

M. Fauvel veut retrouver ici l’endroit où les os de Thémistocle avaient été déposés. On lui conteste cette intéressante découverte. On lui objecte que les débris dispersés dans le voisinage sont trop beaux pour être les restes du tombeau de Thémistocle. En effet, selon Diodore le géographe, cité par Plutarque, ce tombeau n’était qu’un autel.

L’objection est peu solide. Pourquoi veut-on faire entrer dans la question primitive une question étrangère à l’objet dont il s’agit ? Les ruines de marbre blanc dont on se plaît à faire une difficulté ne peuvent-elles pas avoir appartenu à un sépulcre tout différent de celui de Thémistocle ? Pourquoi, lorsque les haines furent apaisées, les descendants de Thémistocle n’auraient-ils pas décoré le tombeau de leur illustre aïeul, qu’ils avaient d’abord enterré modestement, ou même secrètement, comme le dit Thucydide ? Ne consacrèrent-ils pas un tableau qui représentait l’histoire de ce grand homme ? Et ce tableau, du temps de Pausanias, ne se voyait-il pas publiquement au Parthénon ? Thémistocle avait de plus une statue au Prytanée.

L’endroit où M. Fauvel a trouvé ce tombeau est précisément le cap Alcime, et j’en vais donner une preuve plus forte que celle de la tranquillité de l’eau dans cet endroit. Il y a faute dans Plutarque : il faut lire Alimus, au lieu d’Alcime, selon la remarque de Meursius, rappelée par Dacier. Alimus était un dêmos, ou bourg de l’Attique, de la tribu de Léontide, situé à l’orient du Pirée. Or, les ruines de ce bourg sont encore visibles dans le voisinage du tombeau dont nous parlons 58. Pausanias est assez confus dans ce qu’il dit de la position de ce tombeau. Mais Diodore Périégète est très clair, et les vers de Platon le comique, rapportés par ce Diodore, désignent absolument le lieu et le sépulcre trouvés par M. Fauvel.

" Placé dans un lieu découvert, ton sépulcre est salué par les mariniers qui entrent au port ou qui en sortent : et s’il se donne quelque combat naval, tu seras témoin du choc des vaisseaux 59. " Si Chandler fut étonné de la solitude du Pirée, je puis assurer que je n’en ai pas moins été frappé que lui. Nous avions fait le tour d’une côte déserte ; trois ports s’étaient présentés à nous, et dans ces trois ports nous n’avions pas aperçu une seule barque. Pour tout spectacle, des ruines, des rochers et la mer ; pour tout bruit, les cris des alcyons et le murmure des vagues, qui, se brisant dans le tombeau de Thémistocle, faisaient sortir un éternel gémissement de la demeure de l’éternel silence. Emportées par les flots, les cendres du vainqueur de Xerxès reposaient au fond de ces mêmes flots, confondues avec les os des Perses. En vain je cherchais des yeux le temple de Vénus, la longue galerie et la statue symbolique qui représentait le peuple d’Athènes : l’image de ce peuple inexorable était à jamais tombée près du puits où les citoyens exilés venaient inutilement réclamer leur patrie. Au lieu de ces superbes arsenaux, de ces portiques où l’on retirait les galères, de ces Agorae retentissant de la voix des matelots ; au lieu de ces édifices qui représentaient dans leur ensemble l’aspect et la beauté de la ville de Rhodes, je n’apercevais qu’un couvent délabré et un magasin. Triste sentinelle au rivage, et modèle d’une patience stupide, c’est là qu’un douanier turc est assis toute l’année dans une méchante baraque de bois : des mois entiers s’écoulent sans qu’il voie arriver un bateau. Tel est le déplorable état où se trouvent aujourd’hui ces ports si fameux. Qui peut avoir détruit tant de monuments des dieux et des hommes ? Cette force cachée qui renverse tout, et qui est elle-même soumise au Dieu inconnu dont saint Paul avait vu l’autel à Phalère : Ἀγνώστῳ Θεῷ : Deo ignoto.

Le port du Pirée décrit un arc dont les deux pointes en se rapprochant ne laissent qu’un étroit passage ; il se nomme aujourd’hui le Port-Lion, à cause d’un lion de marbre qu’on y voyait autrefois, et que Morosini fit transporter à Venise en 1686. Trois bassins, le Canthare, l’Aphrodise et le Zéa, divisaient le port intérieurement. On voit encore une darse à moitié comblée, qui pourrait bien avoir été l’Aphrodise. Strabon affirme que le grand port des Athéniens était capable de contenir quatre cents vaisseaux, et Pline en porte le nombre jusqu’à mille. Une cinquantaine de nos barques le rempliraient tout entier ; et je ne sais si deux frégates y seraient à l’aise, surtout à présent que l’on mouille sur une grande longueur de câble. Mais l’eau est profonde, la tenue bonne, et le Pirée entre les mains d’une nation civilisée pourrait devenir un port considérable. Au reste, le seul magasin que l’on y voit aujourd’hui est français d’origine ; il a, je crois, été bâti par M. Gaspari, ancien consul de France à Athènes. Ainsi il n’y a pas bien longtemps que les Athéniens étaient représentés au Pirée par le peuple qui leur ressemble le plus.

Après nous être reposés un moment à la douane et au monastère Saint-Spiridion, nous retournâmes à Athènes en suivant le chemin du Pirée. Nous vîmes partout les restes de la longue muraille. Nous passâmes au tombeau de l’amazone Antiope, que M. Fauvel a fouillé : il a rendu compte de cette fouille dans ses Mémoires. Nous marchions au travers de vignes comme en Bourgogne, et dont le raisin commençait à rougir. Nous nous arrêtâmes aux citernes publiques, sous des oliviers : j’eus le chagrin de voir que le tombeau de Ménandre, le cénotaphe d’Euripide et le petit temple dédié à Socrate n’existaient plus ; du moins ils n’ont point encore été retrouvés. Nous continuâmes notre route, et en approchant du Musée M. Fauvel me fit remarquer un sentier qui montait en tournant sur le flanc de cette colline. Il me dit que ce sentier avait été tracé par le peintre russe qui tous les jours allait prendre au même endroit des vues d’Athènes. Si le génie n’est que la patience, comme l’a prétendu Buffon, ce peintre doit en avoir beaucoup.

Il y a à peu près quatre milles d’Athènes à Phalère, trois ou quatre milles de Phalère au Pirée, en suivant les sinuosités de la côte et cinq milles du Pirée à Athènes : ainsi, à notre retour dans cette ville, nous avions fait environ douze milles, ou quatre lieues.

Comme les chevaux étaient loués pour toute la journée, nous nous hâtâmes de dîner, et nous recommençâmes nos courses à quatre heures du soir.

Nous sortîmes d’Athènes par le côté du mont Hymette ; mon hôte me conduisit au village d’Angelo-Kipous, où il croit avoir retrouvé le temple de la Vénus aux Jardins, par les raisons qu’il en donne dans ses Mémoires. L’opinion de Chandler, qui place ce temple à Panagia-Spiliotissa, est également très probable ; et elle a pour elle l’autorité d’une inscription. Mais M. Fauvel produit en faveur de son sentiment deux vieux myrtes et de jolis débris d’ordre ionique : cela répond à bien des objections. Voilà comme nous sommes, nous autres amateurs de l’antique : nous faisons preuve de tout.

Après avoir vu les curiosités d’Angelo-Kipous, nous tournâmes droit au couchant, et, passant entre Athènes et le mont Anchesme, nous entrâmes dans le grand bois d’oliviers ; il n’y a point de ruines de ce côté, et nous ne faisions plus qu’une agréable promenade avec les souvenirs d’Athènes. Nous trouvâmes le Céphise, que j’avais déjà salué plus bas en arrivant d’Eleusis : à cette hauteur il avait de l’eau, mais cette eau, je suis fâché de le dire, était un peu bourbeuse : elle sert à arroser des vergers, et suffit pour entretenir sur ses bords une fraîcheur trop rare en Grèce. Nous revînmes ensuite sur nos pas, toujours à travers la foret d’oliviers. Nous laissâmes à droite un petit tertre couvert de rochers : c’était Colone, au bas duquel on voyait autrefois le village de la retraite de Sophocle, et le lieu où ce grand tragique fit répandre au père d’Antigone ses dernières larmes. Nous suivîmes quelque temps la voie d’Airain ; on y remarque les vestiges du temple des Furies : de là, en nous rapprochant d’Athènes, nous errâmes assez longtemps dans les environs de l’Académie. Rien ne fait plus reconnaître cette retraite des sages. Ses premiers platanes sont tombés sous la hache de Sylla, et ceux qu’Adrien y fit peut-être cultiver de nouveau n’ont point échappé à d’autres barbares. L’autel de l’Amour, celui de Prométhée et celui des Muses ont disparu : tout feu divin s’est éteint dans les bocages où Platon fut si souvent inspiré. Deux traits suffiront pour faire connaître quel charme et quelle grandeur l’antiquité trouvait aux leçons de ce philosophe : la veille du jour où Socrate reçut Platon au nombre de ses disciples, il rêva qu’un cygne venait se reposer dans son sein. La mort ayant empêché Platon de finir le Critias, Plutarque déplore ce malheur, et compare les écrits du chef de l’Académie aux temples d’Athènes, parmi lesquels celui de Jupiter Olympien était le seul qui ne fût pas achevé.

Il y avait déjà une heure qu’il faisait nuit quand nous songeâmes à retourner à Athènes : le ciel était brillant d’étoiles, et l’air d’une douceur, d’une transparence et d’une pureté incomparables ; nos chevaux allaient au petit pas, et nous étions tombés dans le silence. Le chemin que nous parcourions était vraisemblablement l’ancien chemin de l’Académie, que bordaient les tombeaux des citoyens morts pour la patrie et ceux des plus grands hommes de la Grèce : là reposaient Thrasybule, Périclès, Chabrias, Timothée, Harmodius et Aristogiton. Ce fut une noble idée de rassembler dans un même champ la cendre de ces personnages fameux qui vécurent dans différents siècles, et qui, comme les membres d’une famille illustre longtemps dispersée, étaient venus se reposer au giron de leur mère commune. Quelle variété de génie, de grandeur et de courage ! Quelle diversité de mœurs et de vertus on apercevait là d’un coup d’œil ! Et ces vertus tempérées par la mort, comme ces vins généreux que l’on mêle, dit Platon, avec une divinité sobre, n’offusquaient plus les regards des vivants. Le passant qui lisait sur une colonne funèbre ces simples mots :

Périclès de la tribu acamantide, du bourg de Cholargue, n’éprouvait plus que de l’admiration sans envie. Cicéron nous représente Atticus errant au milieu de ces tombeaux et saisi d’un saint respect à la vue de ces augustes cendres. Il ne pourrait plus aujourd’hui nous faire la même peinture : les tombeaux sont détruits. Les illustres morts que les Athéniens avaient placés hors de leur ville, comme aux avant-postes, ne se sont point levés pour la défendre ; ils ont souffert que des Tartares la foulassent aux pieds. " Le temps, la violence et la charrue, dit Chandler, ont tout nivelé. " La charrue est de trop ici ; et cette remarque que je fais peint mieux la désolation de la Grèce que les réflexions auxquelles je pourrais me livrer.

Il me restait encore à voir dans Athènes les théâtres et les monuments de l’intérieur de la ville : c’est à quoi je consacrai la journée du 26. J’ai déjà dit, et tout le monde sait, que le théâtre de Bacchus était au pied de la citadelle, du côté du mont Hymette. L’Odéum, commencé, par Périclès, achevé par Lycurgue, fils de Lycophron, brûlé par Aristion et par Sylla, rétabli par Ariobarzane, était auprès du théâtre de Bacchus ; ils se communiquaient peut-être par un portique. Il est probable qu’il existait au même lieu un troisième théâtre bâti par Hérode Atticus. Les gradins de ce théâtre étaient appuyés sur le talus de la montagne qui leur servait de fondement. Il y a quelques contestations au sujet de ces monuments, et Stuart trouve le théâtre de Bacchus où Chandler voit l’Odéum.

Les ruines de ce théâtre sont peu de chose : je n’en fus point frappé, parce que j’avais vu en Italie des monuments de cette espèce beaucoup plus vastes et mieux conservés ; mais je fis une réflexion bien triste : sous les empereurs romains, dans un temps où Athènes était encore l’école du monde, les gladiateurs représentaient leurs jeux sanglants sur le théâtre de Bacchus. Les chefs-d’œuvre d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide ne se jouaient plus ; on avait substitué des assassinats et des meurtres à ces spectacles, qui donnent une grande idée de l’esprit humain et qui sont le noble amusement des nations policées. Les Athéniens couraient à ces cruautés avec la même ardeur qu’ils avaient couru aux Dionysiaques. Un peuple qui s’était élevé si haut pouvait-il descendre si bas ? Qu’était donc devenu cet autel de la Pitié que l’on voyait au milieu de la place publique à Athènes, et auquel les suppliants venaient suspendre des bandelettes ? Si les Athéniens étaient les seuls Grecs qui, selon Pausanias, honorassent la Pitié et la regardassent comme la consolation de la vie, ils avaient donc bien changé ! Certes, ce n’était pas pour des combats de gladiateurs qu’Athènes avait été nommée le sacré domicile des dieux. Peut-être les peuples, ainsi que les hommes, sont-ils cruels dans leur décrépitude comme dans leur enfance ; peut-être le génie des nations s’épuise-t-il ; et quand il a tout produit, tout parcouru, tout goûté, rassasié de ses propres chefs-d’œuvre et incapable d’en produire de nouveaux, il s’abrutit, et retourne aux sensations purement physiques. Le christianisme empêchera les nations modernes de finir par une aussi déplorable vieillesse ; mais si toute religion venait à s’éteindre parmi nous, je ne serais point étonné qu’on entendît les cris du gladiateur mourant sur la scène où retentissent aujourd’hui les douleurs de Phèdre et d’Andromaque.

Après avoir visité les théâtres, nous rentrâmes dans la ville, où nous jetâmes un coup d’œil sur le Portique, qui formait peut-être l’entrée de l’Agora. Nous nous arrêtâmes à la tour des Vents, dont Pausanias n’a point parlé, mais que Vitruve et Varron ont fait connaître. Spon en donne tous les détails, avec l’explication des vents ; le monument entier a été décrit par Stuart dans ses Antiquités d’Athènes ; François Giambetti l’avait déjà dessiné en 1465, époque de la renaissance des arts en Italie. On croyait du temps du père Babin, en 1672, que cette tour des Vents était le tombeau de Socrate. Je passe sous silence quelques ruines d’ordre corinthien, que l’on prend pour le Poecile, pour les restes du temple de Jupiter Olympien, pour le Prytanée, et qui peut-être n’appartiennent à aucun de ces édifices. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’elles ne sont pas du temps de Péridès. On y sent la grandeur, mais aussi l’infériorité romaine : tout ce que les empereurs ont touché à Athènes se reconnaît au premier coup d’œil, et forme une disparate sensible avec les chefs-d’œuvre du siècle de Périclès. Enfin, nous allâmes au couvent français rendre à l’unique religieux qui l’occupe la visite qu’il m’avait faite. J’ai déjà dit que le couvent de nos missionnaires comprend dans ses dépendances le monument choragique de Lysicrates ; ce fut à ce dernier monument que j’achevai de payer mon tribut d’admiration aux ruines d’Athènes.

Cette élégante production du génie des Grecs fut connue des premiers voyageurs sous le nom de Fanari tou Demosthenis. " Dans la maison qu’ont achetée depuis peu les pères capucins, dit le jésuite Babin, en 1672, il y a une antiquité bien remarquable, et qui depuis le temps de Démosthène est demeurée en son entier : on l’appelle ordinairement la Lanterne de Démosthène 60. "

On a reconnu depuis 61, et Spon le premier, que c’est un monument choragique élevé par Lysicrates dans la rue des Trépieds. M. Legrand en exposa le modèle en terre cuite dans la cour du Louvre il y a quelques années 62 ; ce modèle était fort ressemblant ; seulement l’architecte, pour donner sans doute plus d’élégance à son travail, avait supprimé le mur circulaire qui remplit les entre-colonnes dans le monument original.

Certainement ce n’est pas un des jeux les moins étonnants de la fortune que d’avoir logé un capucin dans le monument choragique de Lysicrates ; mais ce qui au premier coup d’œil peut paraître bizarre devient touchant et respectable quand on pense aux heureux effets de nos missions, quand on songe qu’un religieux français donnait à Athènes l’hospitalité à Chandler, tandis qu’un autre religieux français secourait d’autres voyageurs à la Chine, au Canada, dans les déserts de l’Afrique et de la Tartarie.

" Les Francs à Athènes, dit Spon, n’ont que la chapelle des capucins, qui est au Fanari tou Demosthenis. Il n’y avait lorsque nous étions à Athènes que le père Séraphin, très honnête homme, à qui un Turc de la garnison prit un jour ceinture de corde, soit par malice ou par un effet de débauche, l’ayant rencontré sur le chemin du Port-Lion, d’où il revenait seul de voir quelques Français d’une tartane qui y était à l’ancre.

" Les pères jésuites étaient à Athènes avant les capucins, et n’en ont jamais été chassés. Ils ne se sont retirés à Négrepont que parce qu’ils y ont trouvé plus d’occupation, et qu’il y a plus de Francs qu’à Athènes. Leur hospice était presque à l’extrémité de la ville, du côté de la maison de l’archevêque. Pour ce qui est des capucins, ils sont établis à Athènes depuis l’année 1658, et le père Simon acheta le Fanari et la maison joignante en 1669, y ayant eu d’autres religieux de son ordre avant lui dans la ville. " C’est donc à ces missions si longtemps décriées que nous devons encore nos premières notions sur la Grèce antique 63. Aucun voyageur n’avait quitté ses foyers pour visiter le Parthénon, que déjà des religieux, exilés sur ces ruines fameuses, nouveaux dieux hospitaliers, attendaient l’antiquaire et l’artiste. Des savants demandaient ce qu’était devenue la ville de Cécrops ; il y avait à Paris, au noviciat de Saint-Jacques, un père Barnabé, et à Compiègne un père Simon, qui auraient pu leur en donner des nouvelles ; mais ils ne faisaient point parade de leur savoir : retirés aux pieds du crucifix, ils cachaient dans l’humilité du cloître ce qu’ils avaient appris, et surtout ce qu’ils avaient souffert pendant vingt ans au milieu des débris d’Athènes.

" Les capucins français, dit La Guilletière, qui ont été appelés à la mission de la Morée par la congrégation de Propapanda Fide ont leur principale résidence à Napoli, à cause que les galères des beys 64 y vont hiverner et qu’elles y sont ordinairement depuis le mois de novembre jusqu’à la fête de saint Georges, qui est le jour où elles se remettent en mer : elles sont remplies de forçats chrétiens, qui ont besoin d’être instruits et encouragés ; et c’est à quoi s’occupe avec autant de zèle que de fruit le père Barnabé de Paris, qui est présentement supérieur de la maison d’Athènes et de la Morée. " Mais si ces religieux revenus de Sparte et d’Athènes étaient si modestes dans leurs cloîtres, peut-être était-ce faute d’avoir bien senti ce que la Grèce a de merveilleux dans ses souvenirs ; peut-être manquaient-ils aussi de l’instruction nécessaire. Ecoutons le père Babin, jésuite : nous lui devons la première relation que nous ayons d’Athènes.

" Vous pourriez, dit-il, trouver dans plusieurs livres la description de Rome, de Constantinople, de Jérusalem et des autres villes les plus considérables du monde, telles qu’elles sont présentement ; mais je ne sais pas quel livre décrit Athènes telle que je l’ai vue, et l’on ne pourrait trouver cette ville si on la cherchait comme elle est représentée dans Pausanias et quelques autres anciens auteurs ; mais vous la verrez ici au même état qu’elle est aujourd’hui, qui est tel que parmi ses ruines elle ne laisse pas pourtant d’inspirer un certain respect pour elle, tant aux personnes pieuses qui en voient les églises qu’aux savants qui la reconnaissent pour la mère des sciences et aux personnes guerrières et généreuses qui la considèrent comme le champ de Mars et le théâtre où les plus grands conquérants de l’antiquité ont signalé leur valeur et ont fait paraître avec éclat leur force, leur courage et leur industrie ; et ces ruines sont enfin précieuses pour marquer sa première noblesse et pour faire voir qu’elle a été autrefois l’objet de l’admiration de l’univers. " Pour moi, je vous avoue que d’aussi loin que je la découvris de dessus la mer, avec des lunettes de longue vue, et que je vis quantité de grandes colonnes de marbre qui paraissent de loin et rendent témoignage de son ancienne magnificence, je me sentis touché de quelque respect pour elle. " Le missionnaire passe ensuite à la description des monuments : plus heureux que nous, il avait vu le Parthénon dans son entier.

Enfin, cette pitié pour les Grecs, ces idées philanthropiques que nous nous vantons de porter dans nos voyages, étaient-elles donc inconnues des religieux ? Ecoutons encore le P. Babin :

" Que si Solon disait autrefois à un de ses amis, en regardant de dessus une montagne cette grande ville et ce grand nombre de magnifiques palais de marbre qu’il considérait, que ce n’était qu’un grand mais riche hôpital, rempli d’autant de misérables que cette ville contenait d’habitants, j’aurais bien plus sujet de parler de la sorte et de dire que cette ville, rebâtie des ruines de ses anciens palais, n’est plus qu’un grand et pauvre hôpital, qui contient autant de misérables que l’on y voit de chrétiens. " On me pardonnera de m’être étendu sur ce sujet. Aucun voyageur avant moi, Spon excepté, n’a rendu justice à ces missions d’Athènes si intéressantes pour un Français ; moi-même je les ai oubliées dans le Génie du Christianisme. Chandler parle à peine du religieux qui lui donna l’hospitalité ; et je ne sais même s’il daigne le nommer une seule fois. Dieu merci ! je suis au-dessus de ces petits scrupules. Quand on m’a obligé, je le dis : ensuite je ne rougis point pour l’art et ne trouve point le monument de Lysicrates déshonoré parce qu’il fait partie du couvent d’un capucin. Le chrétien qui conserve ce monument en le consacrant aux œuvres de la charité me semble tout aussi respectable que le païen qui l’éleva en mémoire d’une victoire remportée dans un chœur de musique.

C’est ainsi que j’achevai ma revue des ruines d’Athènes : je les avais examinées par ordre et avec l’intelligence et l’habitude que dix années de résidence et de travail donnaient à M. Fauvel. Il m’avait épargné tout le temps que l’on perd à tâtonner, à douter, à chercher, quand on arrive seul dans un monde nouveau. J’avais obtenu des idées claires sur les monuments, le ciel, le soleil, les perspectives, la terre, la mer, les rivières, les bois, les montagnes de l’Attique ; je pouvais à présent corriger mes tableaux et donner à ma peinture de ces lieux célèbres les couleurs locales 65. Il ne me restait plus qu’à poursuivre ma route : mon principal but surtout était d’arriver à Jérusalem ; et quel chemin j’avais encore devant moi ! La saison s’avançait ; je pouvais manquer, en m’arrêtant davantage, le vaisseau qui porte tous les ans, de Constantinople à Jaffa, les pèlerins de Jérusalem. J’avais toute raison de craindre que mon navire autrichien ne m’attendît plus à la pointe de l’Attique ; que, ne m’ayant pas vu revenir, il eût fait voile pour Smyrne. Mon hôte entra dans mes raisons, et me traça le chemin que j’avais à suivre. Il me conseilla de me rendre à Kératia, village de l’Attique, situé au pied du Laurium, à quelque distance de la mer, en face de l’île de Zéa. " Quand vous serez arrivé me dit-il, dans ce village, on allumera un feu sur une montagne : les bateaux de Zéa, accoutumés à ce signal, passeront sur-le-champ à la côte de l’Attique.

" Vous vous embarquerez alors pour le port de Zéa, où vous trouverez peut-être le navire de Trieste. Dans tous les cas, il vous sera facile de noliser à Zéa une felouque pour Chio ou pour Smyrne. " Je n’en étais pas à rejeter les partis aventureux : un homme qui, par la seule envie de rendre un ouvrage un peu moins défectueux, entreprend le voyage que j’avais entrepris, n’est pas difficile sur les chances et les accidents. Il fallait partir, et je ne pouvais sortir de l’Attique que par ce moyen, puisqu’il n’y avait pas un bateau au Pirée 66. Je pris donc la résolution d’exécuter sur-le-champ le plan qu’on me proposait. M. Fauvel me voulait retenir encore quelques jours, mais la crainte de manquer la saison du passage à Jérusalem l’emporta sur toute autre considération. Les vents du nord n’avaient plus que six semaines à souffler ; et si j’arrivais trop tard à Constantinople, je courais le risque d’y être enfermé par le vent d’ouest.

Je congédiai le janissaire de M. Vial après l’avoir payé et lui avoir donné une lettre de remerciement pour son maître. On ne se sépare pas sans peine, dans un voyage un peu hasardeux, des compagnons avec lesquels on a vécu quelque temps. Quand je vis le janissaire monter seul à cheval, me souhaiter un bon voyage, prendre le chemin d’Eleusis et s’éloigner par une route précisément opposée à celle que j’allais suivre, je me sentis involontairement ému. Je le suivais des yeux, en pensant qu’il allait revoir seul les déserts que nous avions vus ensemble. Je songeais aussi que, selon toutes les apparences, ce Turc et moi nous ne nous rencontrerions jamais ; que jamais nous n’entendrions parler l’un de l’autre. Je me représentais la destinée de cet homme si différente de ma destinée, ses chagrins et ses plaisirs si différents de mes plaisirs et de mes chagrins ; et tout cela pour arriver au même lieu : lui dans les beaux et grands cimetières de la Grèce, moi sur les chemins du monde ou dans les faubourgs de quelque cité.

Cette séparation eut lieu le soir même du jour où je visitai le couvent français ; car le janissaire avait été prévenu de se tenir prêt à retourner à Coron. Je partis dans la nuit pour Kératia, avec Joseph et un Athénien qui allait visiter ses parents à Zéa. Ce jeune Grec était notre guide. M. Fauvel me vint reconduire jusqu’à la porte de la ville : là nous nous embrassâmes et nous souhaitâmes de nous retrouver bientôt dans notre commune patrie. Je me chargeai de la lettre qu’il me remit pour M. de Choiseul : porter à M. de Choiseul des nouvelles d’Athènes, c’était lui porter des nouvelles de son pays.

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