Itinéraire de Paris à Jérusalem (page 23)
Nous vînmes mouiller pendant la nuit au port de Chio, " fortunée patrie d’Homère, " dit Fénelon dans les Aventures d’Aristonoüs, chef-d’œuvre d’harmonie et de goût antique. Je m’étais profondément endormi, et Joseph ne me réveilla qu’à sept heures du matin. J’étais couché sur le pont : quand je vins à ouvrir les yeux, je me crus transporté dans le pays des fées ; je me trouvais au milieu d’un port plein de vaisseaux, ayant devant moi une ville charmante, dominée par des monts dont les arêtes étaient couvertes d’oliviers, de palmiers, de lentisques et de térébinthes. Une foule de Grecs, de Francs et de Turcs étaient répandus sur les quais, et l’on entendait le son des cloches 5. .
Je descendis à terre, et je m’informai s’il n’y avait point de consul de notre nation dans cette île. On m’enseigna un chirurgien qui faisait les affaires des Français : il demeurait sur le port. J’allai lui rendre visite ; il me reçut très poliment. Son fils me servit de cicérone pendant quelques heures, pour voir la ville, qui ressemble beaucoup à une ville vénitienne. Baudrand, Ferrari, Tournefort, Dapper, Chandler, M. de Choiseul et mille autres géographes et voyageurs ont parlé de l’île de Chio : je renvoie donc le lecteur à leurs ouvrages.
Je retournai à dix heures à la felouque ; je déjeunai avec la famille : elle dansa et chanta sur le pont autour de moi, en buvant du vin de Chio, qui n’était pas du temps d’Anacréon. Un instrument peu harmonieux animait les pas et la voix de mes hôtes ; il n’a retenu de la lyre antique que le nom, et il est dégénéré comme ses maîtres : lady Craven en a fait la description.
Nous sortîmes du port le 1er septembre, à midi : la brise du nord commençait à s’élever, et elle devint en peu de temps très violente. Nous essayâmes d’abord de prendre la passe de l’ouest entre Chio et les îles Spalmodores 6. , qui ferment le canal quand on fait voile pour Mételin ou pour Smyrne. Mais nous ne pûmes doubler le cap Delphino : nous portâmes à l’est, et nous allongeâmes la bordée jusque dans le port de Tchesmé. De là, revenant sur Chio, puis retournant sur le mont Mimas, nous parvînmes enfin à nous élever au cap Cara-Bouroun, à l’entrée du golfe de Smyrne. Il était dix heures du soir : le vent nous manqua et nous passâmes la nuit en calme sous la côte d’Asie.
Le 2, à la pointe du jour, nous nous éloignâmes de terre à la rame, afin de profiter de l’imbat aussitôt qu’il commencerait à souffler : il parut de meilleure heure que de coutume. Nous eûmes bientôt passé les îles de Dourlach, et nous vînmes raser le château qui commande le fond du golfe ou le port de Smyrne. J’aperçus alors la ville dans le lointain, au travers d’une forêt de mâts de vaisseaux : elle paraissait sortir de la mer, car elle est placée sur une terre basse et unie que dominent au sud-est des montagnes d’un aspect stérile. Joseph ne se possédait pas de joie : Smyrne était pour lui une seconde patrie ; le plaisir de ce pauvre garçon m’affligeait presque, en me faisant d’abord penser à mon pays ; en me montrant ensuite que l’axiome, ubi bene ibi patria, n’est que trop vrai pour la plupart des hommes.
Joseph, debout auprès de moi sur le pont, me nommait tout ce que je voyais, à mesure que nous avancions. Enfin, nous amenâmes la voile, et laissant encore quelque temps filer notre felouque, nous donnâmes fond par six brasses, en dehors de la première ligne des vaisseaux. Je cherchai des yeux mon navire de Trieste, et je le reconnus à son pavillon. Il était mouillé près de l’échelle des Francs, ou du quai des Européens. Je m’embarquai avec Joseph dans un caïque qui vint le long de notre bord, et je me fis porter au bâtiment autrichien. Le capitaine et son second étaient à terre : les matelots me reconnurent, et me reçurent avec de grandes démonstrations de joie. Ils m’apprirent que le vaisseau était arrivé à Smyrne le 18 août ; que le capitaine avait louvoyé deux jours pour m’attendre entre Zéa et le cap Sunium, et que le vent l’avait ensuite forcé à continuer sa route. Ils ajoutèrent que mon domestique, par ordre du consul de France, m’avait arrêté un logement à l’auberge.
Je vis avec plaisir que mes anciens compagnons avaient été aussi heureux que moi dans leur voyage. Ils voulurent me descendre à terre : je passai donc dans la chaloupe du bâtiment, et bientôt nous abordâmes le quai. Une foule de porteurs s’empressèrent de me, donner la main pour monter. Smyrne, où je voyais une multitude de chapeaux 7. , m’offrait l’aspect d’une ville maritime d’Italie, dont un quartier serait habité par des Orientaux. Joseph me conduisit chez M. Chauderloz, qui occupait alors le consulat français de cette importante échelle. J’aurai souvent à répéter les éloges que j’ai déjà faits de l’hospitalité de nos consuls ; je prie mes lecteurs de me le pardonner : car si ces redites les fatiguent, je ne puis toutefois cesser d’être reconnaissant. M. Chauderloz, frère de M. de La Clos, m’accueillit avec politesse, mais il ne me logea point chez lui, parce qu’il était malade et que Smyrne offre d’ailleurs les ressources d’une grande ville européenne.
Nous arrangeâmes sur-le-champ toute la suite de mon voyage : j’avais résolu de me rendre à Constantinople par terre, afin d’y prendre des firmans et de m’embarquer ensuite avec les pèlerins grecs pour la Syrie, mais je ne voulais pas suivre le chemin direct, et mon dessein était de visiter la plaine de Troie en traversant le mont Ida. Le neveu de M. Chauderloz, qui venait de faire une course à Ephèse, me dit que les défilés du Gargare étaient infestés de voleurs et occupés par des agas plus dangereux encore que les brigands. Comme je tenais à mon projet, on envoya chercher un guide qui devait avoir conduit un Anglais aux Dardanelles par la route que je voulais tenir. Ce guide consentit en effet à m’accompagner et à fournir les chevaux nécessaires, moyennant une somme assez considérable. M. Chauderloz promit de me donner un interprète et un janissaire expérimenté. Je vis alors que je serais forcé de laisser une partie de mes malles au consulat et de me contenter du plus strict nécessaire. Le jour du départ fut fixé au 4 septembre, c’est-à-dire au surlendemain de mon arrivée à Smyrne.
Après avoir promis à M. Chauderloz de revenir dîner avec lui, je me rendis à mon auberge, où je trouvai Julien tout établi dans un appartement fort propre et meublé à l’européenne. Cette auberge, tenue par une veuve, jouissait d’une très belle vue sur le port : je ne me souviens plus de son nom. Je n’ai rien à dire de Smyrne après Tournefort, Chandler, Peyssonel, Dallaway et tant d’autres, mais je ne puis me refuser au plaisir de citer un morceau du Voyage de M. de Choiseul :
" Les Grecs sortis du quartier d’Ephèse nommé Smyrna n’avaient bâti que des hameaux au fond du golfe qui depuis a porté le nom de leur première patrie ; Alexandre voulut les rassembler, et leur fit construire une ville près la rivière Mélès. Antigone commença cet ouvrage par ses ordres, et Lysimaque le finit. " Une situation aussi heureuse que celle de Smyrne était digne du fondateur d’Alexandrie, et devait assurer la prospérité de cet établissement. Admise par les villes d’Ionie à partager les avantages de leur confédération, cette ville devint bientôt le centre du commerce de l’Asie Mineure : son luxe y attira tous les arts ; elle fut décorée d’édifices superbes et remplie d’une foule d’étrangers qui venaient l’enrichir des productions de leur pays, admirer ses merveilles, chanter avec ses poètes et s’instruire avec ses philosophes. Un dialecte plus doux prêtait un nouveau charme à cette éloquence qui paraissait un attribut des Grecs. La beauté du climat semblait influer sur celle des individus, qui offraient aux artistes des modèles à l’aide desquels ils faisaient connaître au reste du monde la nature et l’art réunis dans leur perfection. " Elle était une des villes qui revendiquaient l’honneur d’avoir vu naître Homère : on montrait sur le bord du Mélès le lieu où Crithéis, sa mère, lui avait donné le jour, et la caverne où il se retirait pour composer ses vers immortels. Un monument élevé à sa gloire et qui portait son nom, présentait au milieu de la ville de vastes portiques sous lesquels se rassemblaient les citoyens ; enfin, leurs monnaies portaient son image, comme s’ils eussent reconnu pour souverain le génie qui les honorait. " Smyrne conserva les restes précieux de cette prospérité jusqu’à l’époque où l’empire eut à lutter contre les barbares : elle fut prise par les Turcs, reprise par les Grecs, toujours pillée, toujours détruite. Au commencement du XIIIe siècle, il n’en existait plus que les ruines et la citadelle, qui fut réparée par l’empereur Jean Comnène, mort en 1224 : cette forteresse ne put résister aux efforts des princes turcs, dont elle fut souvent la résidence, malgré les chevaliers de Rhodes, qui, saisissant une circonstance favorable, parvinrent à y construire un fort et à s’y maintenir ; mais Tamerlan prit en quatorze jours cette place que Bajazet bloquait depuis sept ans. " Smyrne ne commença à sortir de ses ruines que lorsque les Turcs furent entièrement maîtres de l’empire : alors sa situation lui rendit les avantages que la guerre lui avait fait perdre ; elle redevint l’entrepôt du commerce de ces contrées. Les habitants, rassurés, abandonnèrent le sommet de la montagne et bâtirent de nouvelles maisons sur le bord de la mer : ces constructions modernes ont été faites avec les marbres de tous les monuments anciens, dont il reste à peine des fragments ; et l’on ne retrouve plus que la place du stade et du théâtre. On chercherait vainement à reconnaître les vestiges des fondations, ou quelques pans de murailles qui s’aperçoivent entre la forteresse et l’emplacement de la ville actuelle. " Les tremblements de terre, les incendies et la peste ont maltraité la Smyrne moderne, comme les barbares ont détruit la Smyrne antique. Le dernier fléau que j’ai nommé a donné lieu à un dévouement qui mérite d’être remarqué entre les dévouements de tant d’autres missionnaires ; l’histoire n’en sera pas suspecte : c’est un ministre anglican qui la rapporte. Frère Louis de Pavie, de l’ordre des Récollets, supérieur et fondateur de l’hôpital Saint-Antoine, à Smyrne, fut attaqué de la peste : il fit vœu si Dieu lui rendait la vie de la consacrer au service des pestiférés. Arraché miraculeusement à la mort, frère Louis a rempli les conditions de son vœu. Les pestiférés qu’il a soignés sont sans nombre, et l’on a calculé qu’il a sauvé à peu près les deux tiers 8. des malheureux qu’il a secourus.
Je n’avais donc rien à voir à Smyrne, si ce n’est ce Mélès, que personne ne connaît, et dont trois ou quatre ravines se disputent le nom 9. .
Mais une chose qui me frappa et qui me surprit, ce fut l’extrême douceur de l’air. Le ciel, moins pur que celui de l’Attique, avait cette teinte que les peintres appellent un ton chaud, c’est-à-dire qu’il était rempli d’une vapeur déliée un peu rougie par la lumière. Quand la brise de mer venait à manquer, je sentais une langueur qui approchait de la défaillance : je reconnus la molle Ionie. Mon séjour à Smyrne me força à une nouvelle métamorphose ; je fus obligé de reprendre les airs de la civilisation, de recevoir et de rendre des visites. Les négociants qui me firent l’honneur de me venir voir étaient riches, et quand j’allai les saluer à mon tour, je trouvai chez eux des femmes élégantes qui semblaient avoir reçu le matin leurs modes de chez Leroi. Placé entre les ruines d’Athènes et les débris de Jérusalem, cet autre Paris où j’étais arrivé sur un bateau grec, et d’où j’allais sortir avec une caravane turque, coupait d’une manière piquante les scènes de mon voyage : c’était une espèce d’oasis civilisée, une Palmyre au milieu des déserts et de la barbarie. J’avoue néanmoins que, naturellement un peu sauvage, ce n’était pas ce qu’on appelle la société que j’étais venu chercher en Orient : il me tardait de voir des chameaux et d’entendre le cri du cornac.
Le 4 au matin, tous les arrangements étant faits, le guide partit avec les chevaux : il alla m’attendre à Ménémen-Eskélessi, petit port de l’Anatolie. Ma dernière visite à Smyrne fut pour Joseph : Quantum mutatus ab illo ! Etait-ce bien là mon illustre drogman ? Je le trouvai dans une chétive boutique, planant et battant sa vaisselle d’étain. Il avait cette même veste de velours bleu qu’il portait sur les ruines de Sparte et d’Athènes. Mais que lui servaient ces marques de sa gloire ? que lui servait d’avoir vu les villes et les hommes, mores hominum et urbes ? Il n’était pas même propriétaire de son échoppe ! J’aperçus dans un coin un maître à mine refrognée, qui parlait rudement à mon ancien compagnon : C’était pour cela que Joseph se réjouissait tant d’arriver ! Je n’ai regretté que deux choses dans mon voyage : c’est de n’avoir pas été assez riche pour établir Joseph à Smyrne et pour racheter un captif à Tunis. Je fis mes derniers adieux à mon pauvre camarade : il pleurait, et je n’étais guère moins attendri. Je lui écrivis mon nom sur un petit morceau de papier, dans lequel j’enveloppai des marques sincères de ma reconnaissance ; de sorte que le maître de la boutique ne vit rien de ce qui se passait entre nous.
Le soir, après avoir remercié M. le consul de toutes ses civilités, je m’embarquai dans un bateau avec Julien, le drogman, les janissaires et le neveu de M. Chauderloz, qui voulut bien m’accompagner jusqu’à l’échelle. Nous y abordâmes en peu de temps. Le guide était sur le rivage : j’embrassai mon jeune hôte, qui retournait à Smyrne, nous montâmes à cheval et nous partîmes.
Il était minuit quand nous arrivâmes au kan de Ménémen. J’aperçus de loin une multitude de lumières éparses : c’était le repos d’une caravane. En approchant, je distinguai les chameaux, les uns couchés, les autres debout ; ceux-ci chargés de leurs fardeaux, ceux-là débarrassés de leurs bagages. Des chevaux et des ânes débridés mangeaient l’orge dans des seaux de cuir ; quelques cavaliers se tenaient encore à cheval, et les femmes, voilées, n’étaient point descendues de leurs dromadaires. Assis les jambes croisées sur des tapis, des marchands turcs étaient groupés autour des feux qui servaient aux esclaves à préparer le pilau ; d’autres voyageurs fumaient leur pipe à la porte du kan, mâchaient de l’opium, écoutaient des histoires. On brûlait le calé dans les poêlons ; des vivandières allaient de feu en feu, proposant des gâteaux de blé grué, des fruits et de la volaille ; des chanteurs amusaient la foule ; des imans faisaient des ablutions, se prosternaient, se relevaient, invoquaient le Prophète ; des chameliers dormaient étendus sur la terre. Le sol était jonché de ballots, de sacs de coton, de couffes de riz. Tous ces objets, tantôt distincts et vivement éclairés, tantôt confus et plongés dans une demi-ombre, selon la couleur et le mouvement des feux, offraient une véritable scène des Mille et une nuits. Il n’y manquait que le calife Aroun al Raschild, le vizir Giaffar et Mesrour, chef des eunuques.
Je me souvins alors, pour la première fois, que je foulais les plaines de l’Asie, partie du monde qui n’avait point encore vu la trace de mes pas, hélas ! ni ces chagrins que je partage avec tous les hommes. Je me sentis pénétré de respect pour cette vieille terre où le genre humain prit naissance, où les patriarches vécurent, où Tyr et Babylone s’élevèrent, où l’Eternel appela Cyrus et Alexandre, où Jésus-Christ accomplit le mystère de notre salut. Un monde étranger s’ouvrait devant moi : j’allais rencontrer des nations qui m’étaient inconnues, des mœurs diverses, des usages différents, d’autres animaux, d’autres plantes, un ciel nouveau, une nature nouvelle Je passerais bientôt l’Hermus et le Granique ; Sardes n’était pas loin ; je m’avançais vers Pergame et vers Troie : l’histoire me déroulait une autre page des révolutions de l’espèce humaine.
Je m’éloignai à mon grand regret de la caravane. Après deux heures de marche nous arrivâmes au bord de l’Hermus, que nous traversâmes dans un bac. C’est toujours le turbidus Hermus ; je ne sais s’il roule encore de l’or. Je le regardai avec plaisir, car c’était le premier fleuve proprement dit que je rencontrais depuis que j’avais quitté l’Italie. Nous entrâmes à la pointe du jour dans une plaine bordée de montagnes peu élevées. Le pays offrait un aspect tout différent de celui de la Grèce : les cotonniers verts, le chaume jaunissant des blés, l’écorce variée des pastèques, diapraient agréablement la campagne ; des chameaux paissaient çà et là avec les buffles. Nous laissions derrière nous Magnésie et le mont Sipylus : ainsi nous n’étions pas éloignés des champs de bataille où Agésilas humilia la puissance du grand roi et où Scipion remporta sur Antiochus cette victoire qui ouvrit aux Romains le chemin de l’Asie.
Nous aperçûmes au loin sur notre gauche les ruines de Cyme, et nous avions Néon-Tichos à notre droite : j’étais tenté de descendre de cheval et de marcher à pied, par respect pour Homère, qui avait passé dans ces mêmes lieux.
" Quelque temps après, le mauvais état de ses affaires le disposa à aller à Cyme. S’étant mis en route, il traversa la plaine de l’Hermus, et arriva à Néon-Tichos, colonie de Cyme : elle fut fondée huit ans après Cyme. On prétend qu’étant en cette ville chez un armurier, il y récita ces vers, les premiers qu’il ait faits : " O vous, citoyens de l’aimable fille de Cyme, qui habitez au pied du mont Sardène, dont le sommet est ombragé de bois qui répandent la fraîcheur, et qui vous abreuvez de l’eau du divin Hermus, qu’enfanta Jupiter, respectez la misère d’un étranger qui n’a pas une maison où il puisse trouver un asile ! " " L’Hermus coule près de Néon-Tichos, et le mont Sardène domine l’un et l’autre. L’armurier s’appelait Tychius : ces vers lui firent tant de plaisir, qu’il se détermina à le recevoir chez lui. Plein de commisération pour un aveugle réduit à demander son pain, il lui promit de partager avec lui ce qu’il avait. Mélésigène étant entré dans son atelier, prit un siège, et en présence de quelques citoyens de Néon-Tichos il leur montra un échantillon de ses poésies : c’étaient l’expédition d’Amphiaraüs contre Thèbes et des hymnes en l’honneur des dieux. Chacun en dit son sentiment, et Mélésigène ayant porté là-dessus son jugement, ses auditeurs en furent dans l’admiration. " Tant qu’il fut à Néon-Tichos, ses poésies lui fournirent les moyens de subsister : on y montrait encore de mon temps le lieu où il avait coutume de s’asseoir quand il récitait ses vers. Ce lieu, qui était encore en grande vénération, était ombragé par un peuplier qui avait commencé à croître dans le temps de son arrivée 10. . " Puisque Homère avait eu pour hôte un armurier à Néon-Tichos, je ne rougissais plus d’avoir eu pour interprète un marchand d’étain à Smyrne. Plût au ciel que la ressemblance fût en tout aussi complète, dussé-je acheter le génie d’Homère par tous les malheurs dont ce poète fut accablé !
Après quelques heures de marche nous franchîmes une des croupes du mont Sardène, et nous arrivâmes au bord du Pythicus. Nous fîmes halte pour laisser passer une caravane qui traversait le fleuve. Les chameaux, attachés à la queue les uns des autres, n’avançaient dans l’eau qu’en résistant ; ils allongeaient le cou et étaient tirés par l’âne qui marche à la tête de la caravane. Les marchands et les chevaux étaient arrêtés en face de nous, de l’autre côté de la rivière, et l’on voyait une femme turque, assise à l’écart, qui se cachait dans son voile.
Nous passâmes le Pythicus à notre tour, au-dessous d’un méchant pont de pierre, et à onze heures nous gagnâmes un kan, où nous laissâmes reposer les chevaux.
A cinq heures du soir nous nous remîmes en route. Les terres étaient hautes et assez bien cultivées. Nous voyions la mer à gauche. Je remarquai pour la première fois des tentes de Turcomans : elles étaient faites de peaux de brebis noires, ce qui me fit souvenir des Hébreux et des pasteurs arabes. Nous descendîmes dans la plaine de Myrine, qui s’étend jusqu’au golfe d’Elée. Un vieux château, du nom de Guzel-Hissar, s’élevait sur une des pointes de la montagne que nous venions de quitter. Nous campâmes, à dix heures du soir, au milieu de la plaine. On étendit à terre une couverture que j’avais achetée à Smyrne. Je me couchai dessus et je m’endormis. En me réveillant, quelques heures après, je vis les étoiles briller au-dessus de ma tête, et j’entendis le cri du chamelier qui conduisait une caravane éloignée. Le 5 nous montâmes à cheval avant le jour. Nous cheminâmes par une plaine cultivée : nous traversâmes le Caïcus à une lieue de Pergame, et à neuf heures du matin nous entrâmes dans la ville. Elle est bâtie au pied d’une montagne. Tandis que le guide conduisait les chevaux au kan, j’allai voir les ruines de la citadelle. Je trouvai les débris de trois enceintes de murailles, les restes d’un théâtre et d’un temple (peut-être celui de Minerve Porte-Victoire). Je remarquai quelques fragments agréables de sculpture, entre autres une frise ornée de guirlandes que soutiennent des têtes de bœuf et des aigles. Pergame était au-dessous de moi dans la direction du midi : elle ressemble à un camp de baraques rouges. Au couchant se déroule une grande plaine terminée par la mer ; au levant s’étend une autre plaine, bordée au loin par des montagnes ; au midi, et au pied de la ville, je voyais d’abord des cimetières plantés de cyprès ; puis une bande de terre cultivée en orge et en coton ; ensuite deux grands tumulus : après cela venait une lisière plantée d’arbres ; et enfin une longue et haute colline qui arrêtait l’œil. Je découvrais aussi au nord-est quelques-uns des replis du Sélinus et du Cétius, et à l’est l’amphithéâtre dans le creux d’un vallon. La ville, quand je descendis de la citadelle, m’offrit les restes d’un aqueduc et les débris du Lycée. Les savants du pays prétendent que la fameuse bibliothèque était renfermée dans ce dernier monument.
Mais si jamais description fut superflue, c’est celle que je viens de faire. Il n’y a guère plus de cinq à six mois que M. de Choiseul a publié la suite de son Voyage. Ce second volume, où l’on reconnaît les progrès d’un talent que le travail, le temps et le malheur ont perfectionné, donne les détails les plus exacts et les plus curieux sur les monuments de Pergame et sur l’histoire de ses princes. Je ne me permettrai donc qu’une réflexion. Ce nom des Attale, cher aux arts et aux lettres, semble avoir été fatal aux rois : Attale, troisième du nom, mourut presque fou, et légua ses meubles aux Romains : Populus romanus bonorum meorum haeres esto. Et ces républicains, qui regardaient apparemment les peuples comme des meubles, s’emparèrent du royaume d’Attale. On trouve un autre Attale, jouet d’Alaric, et dont le nom est devenu proverbial pour exprimer un fantôme de roi. Quand on ne sait pas porter la pourpre, il ne faut pas l’accepter : mieux vaut alors le sayon de poil de chèvre.
Nous sortîmes de Pergame le soir à sept heures, et, faisant route au nord, nous nous arrêtâmes à onze heures du soir pour coucher au milieu d’une plaine. Le 6, à quatre heures du matin, nous reprîmes notre chemin, et nous continuâmes de marcher dans la plaine, qui, aux arbres près, ressemble à la Lombardie. Je fus saisi d’un accès de sommeil si violent, qu’il me fut impossible de le vaincre, et je tombai par-dessus la tête de mon cheval. J’aurais dû me rompre le cou ; j’en fus quitte pour une légère contusion. Vers les sept heures, nous nous trouvâmes sur un sol inégal, formé par des monticules. Nous descendîmes ensuite dans un bassin charmant planté de mûriers, d’oliviers, de peupliers et de pins en parasol ( pinus pinea). En général, toute cette terre de l’Asie me parut fort supérieure à la terre de la Grèce.
Nous arrivâmes d’assez bonne heure à la Somma, méchante ville turque, où nous passâmes la journée.
Je ne comprenais plus rien à notre marche. Je n’étais plus sur les traces des voyageurs, qui tous, allant à Burse ou revenant de cette ville, passent beaucoup plus à l’est, par le chemin de Constantinople. D’un autre côté, pour attaquer le revers du mont Ida, il me semblait que nous eussions dû nous rendre de Pergame à Adramytti, d’où, longeant la côte ou franchissant le Gargare, nous fussions descendus dans la plaine de Troie. Au lieu de suivre cette route, nous avions marché sur une ligne qui passait précisément entre le chemin des Dardanelles et celui de Constantinople. Je commençai à soupçonner quelque supercherie de la part du guide, d’autant plus que je l’avais vu souvent causer avec le janissaire. J’envoyai Julien chercher le drogman ; je demandai à celui-ci par quel hasard nous nous trouvions à la Somma. Le drogman me parut embarrassé ; il me répondit que nous allions à Kircagach ; qu’il était impossible de traverser la montagne ; que nous y serions infailliblement égorgés ; que notre troupe n’était pas assez nombreuse pour hasarder un pareil voyage, et qu’il était bien plus expédient d’aller rejoindre le chemin de Constantinople.
Cette réponse me mit en colère ; je vis clairement que le drogman et le janissaire, soit par peur, soit par d’autres motifs, étaient entrés dans un complot pour me détourner de mon chemin. Je fis appeler le guide, et je lui reprochai son infidélité. Je lui dis que puisqu’il trouvait la route de Troie impraticable, il aurait dû le déclarer à Smyrne ; qu’il était un poltron, tout Turc qu’il était ; que je n’abandonnerais pas ainsi mes projets selon sa peur ou ses caprices ; que mon marché était fait pour être conduit aux Dardanelles, et que j’irais aux Dardanelles.
A ces paroles, que le drogman traduisit très fidèlement, le guide entra en fureur ; il s’écria : Allah ! allah ! secoua sa barbe de rage, déclara que j’avais beau dire et beau faire, qu’il me mènerait à Kircagach, et que nous verrions qui, d’un chrétien ou d’un Turc, aurait raison auprès de l’aga. Sans Julien, je crois que j’aurais assommé cet homme.
Kircagach étant une riche et grande ville, à trois lieues de la Somma, j’espérais y trouver un agent français qui ferait mettre ce Turc à la raison. Le 7, à quatre heures du matin, toute notre troupe était à cheval, selon l’ordre que j’en avais donné. Nous arrivâmes à Kircagach en moins de trois heures, et nous mîmes pied à terre à la porte d’un très beau kan. Le drogman s’informa à l’heure même s’il n’y avait point un consul Français dans la ville. On lui indiqua la demeure d’un chirurgien italien : je me fis conduire chez le prétendu vice-consul, et je lui expliquai mon affaire. Il alla sur-le-champ en rendre compte au commandant : celui-ci m’ordonna de comparaître devant lui avec le guide. Je me rendis au tribunal de Son Excellence ; j’étais précédé du drogman et du janissaire. L’aga était à demi couché dans l’angle d’un sofa, au fond d’une grande salle assez belle, dont le plancher était couvert de tapis. C’était un jeune homme d’une famille de vizirs. Il avait des armes suspendues au-dessus de sa tête ; un de ses officiers était assis auprès de lui ; il fumait d’un air dédaigneux une grande pipe persane, et poussait de temps en temps des éclats de rire immodérés en nous regardant. Cette réception me déplut. Le guide, le janissaire et le drogman ôtèrent leurs sandales à la porte, selon la coutume : ils allèrent baiser le bas de la robe de l’aga, et revinrent ensuite s’asseoir à la porte.
La chose ne se passa pas si tranquillement à mon égard : j’étais complètement armé, botté, éperonné ; j’avais un fouet à la main. Les esclaves voulurent m’obliger à quitter mes bottes, mon fouet et mes armes. Je leur fis dire par le drogman qu’un Français suivait partout les usages de son pays. Je m’avançai brusquement dans la chambre. Un spahi me saisit par le bras gauche, et me tira de force en arrière. Je lui sanglai à travers le visage un coup de fouet qui l’obligea de lâcher prise. Il mit la main sur les pistolets qu’il portait à la ceinture : sans prendre garde à sa menace, j’allai m’asseoir à côté de l’aga, dont l’étonnement était risible. Je lui parlai français : je me plaignis de l’insolence de ses gens ; je lui dis que ce n’était que par respect pour lui que je n’avais pas tué son janissaire ; qu’il devait savoir que les Français étaient les premiers et les plus fidèles alliés du grand-seigneur ; que la gloire de leurs armes était assez répandue dans l’Orient pour qu’on apprît à respecter leurs chapeaux, de même qu’ils honoraient les turbans sans les craindre ; que j’avais bu le café avec des pachas qui m’avaient traité comme leur fils ; que je n’étais pas venu à Kircagach pour qu’un esclave m’apprît à vivre et fût assez téméraire pour toucher la basque de mon habit.
L’aga, ébahi, m’écoutait comme s’il m’eût entendu : le drogman lui traduisit mon discours. Il répondit qu’il n’avait jamais vu de Français ; qu’il m’avait pris pour un Franc, et que très certainement il allait me rendre justice : il me fit apporter le café.
Rien n’était curieux à observer comme l’air stupéfait et la figure allongée des esclaves qui me voyaient assis avec mes bottes poudreuses sur le divan, auprès de leur maître. La tranquillité étant rétablie, on expliqua mon affaire. Après avoir entendu les deux parties, l’aga rendit un arrêt auquel je ne m’attendais point du tout : il condamna le guide à me rendre une partie de mon argent ; mais il déclara que, les chevaux étant fatigués, cinq hommes seuls ne pouvaient se hasarder dans le passage des montagnes ; qu’en conséquence je devais, selon lui, prendre tranquillement la route de Constantinople.
Il y avait là-dedans un certain bon sens turc assez remarquable, surtout lorsqu’on considérait la jeunesse et le peu d’expérience du juge. Je fis dire à Son Excellence que son arrêt, d’ailleurs très juste, péchait par deux raisons : premièrement, parce que cinq hommes bien armés passaient partout ; secondement, parce que le guide aurait dû faire ses réflexions à Smyrne et ne pas prendre un engagement qu’il n’avait pas le courage de remplir. L’aga convint que ma dernière remarque était raisonnable, mais que, les chevaux étant fatigués et incapables de faire une aussi longue route, la fatalité m’obligeait de prendre un autre chemin.
Il eût été inutile de résister à la fatalité : tout était secrètement contre moi, le juge, le drogman et mon janissaire. Le guide voulut faire des difficultés pour l’argent ; mais on lui déclara que cent coups de bâton l’attendaient à la porte s’il ne restituait pas une partie de la somme qu’il avait reçue. Il la tira avec une grande douleur du fond d’un petit sac de cuir, et s’approcha pour me la remettre : je la pris et la lui rendis en lui reprochant son manque de bonne foi et de loyauté. L’intérêt est le grand vice des musulmans, et la libéralité est la vertu qu’ils estiment davantage. Mon action leur parut sublime : on n’entendait qu’Allah ! Allah ! Je fus reconduit par tous les esclaves, et même par le spahi que j’avais frappé ; ils s’attendaient à ce qu’ils appellent le régal. Je donnai deux pièces d’or au musulman battu ; je crois qu’à ce prix il n’aurait pas fait les difficultés que Sancho faisait pour délivrer madame Dulcinée. Quant au reste de la troupe, on lui déclara de ma part qu’un Français ne faisait ni ne recevait de présents.
Voilà les soins que me coûtaient Ilion et la gloire d’Homère. Je me dis, pour me consoler, que je passerais nécessairement devant Troie en faisant voile avec les pèlerins, et que je pourrais engager le capitaine à me mettre à terre. Je ne songeai donc plus qu’à poursuivre promptement ma route.
J’allai rendre visite au chirurgien ; il n’avait point reparu dans toute cette affaire du guide, soit qu’il n’eût aucun titre pour m’appuyer, soit qu’il craignit le commandant. Nous nous promenâmes ensemble dans la ville, qui est assez grande et bien peuplée. Je vis ce que je n’avais point encore rencontré ailleurs, des jeunes Grecques sans voiles, vives, jolies, accortes, et en apparence filles d’Ionie. Il est singulier que Kircagach, si connue dans tout le Levant pour la supériorité de son coton, ne se trouve dans aucun voyageur 11. et n’existe sur aucune carte. C’est une de ces villes que les Turcs appellent sacrées : elle est attachée à la grande mosquée de Constantinople ; les pachas ne peuvent y entrer. J’ai parlé de la bonté et de la singularité de son miel à propos de celui du mont Hymette.
Nous quittâmes Kircagach à trois heures de l’après-midi, et nous prîmes la route de Constantinople. Nous nous dirigions au nord, à travers un pays planté de cotonniers Nous gravîmes une petite montagne ; nous descendîmes dans une autre plaine, et nous vînmes, à cinq heures et demie du soir, coucher au kan de Kelembé. C’est vraisemblablement ce même lieu que Spon nomme Basculembéi, Tournefort Baskelambai, et Thévenot Dgelembé. Cette géographie turque est fort obscure dans les voyageurs. Chacun ayant suivi l’orthographe que lui dictait son oreille, on a encore une peine infinie à faire la concordance des noms anciens et des noms modernes dans l’Anatolie. D’Anville n’est pas complet à cet égard ; et malheureusement la carte de la Propontide levée par ordre de M. de Choiseul ne dessine que les côtes de la mer de Marmara.
J’allai me promener aux environs du village ; le ciel était nébuleux, et l’air froid comme en France. C’était la première fois que je remarquais cette espèce de ciel dans l’Orient. Telle est la puissance de la patrie : j’éprouvais un plaisir secret à contempler ce ciel grisâtre et attristé, au lieu de ce ciel pur que j’avais eu si longtemps sur ma tête.
Si, dans sa course déplorée, Il succombe au dernier sommeil, Sans revoir la douce contrée Où brilla son premier soleil, Là son dernier soupir s’adresse ; Là son expirante tendresse Veut que ses os soient ramenés : D’une région étrangère La terre serait moins légère A ses mânes abandonnés ! Le 8, au lever du jour, nous quittâmes notre gîte, et nous commençâmes à gravir une région montueuse qui serait couverte d’une admirable forêt de chênes, de pins, de phyllyreas, d’andrachnés, de térébinthes, si les Turcs laissaient croître quelque chose ; mais ils mettent le feu aux jeunes plants et mutilent les gros arbres. Ce peuple détruit tout, c’est un véritable fléau 12. . Les villages dans ces montagnes sont pauvres, mais les troupeaux sont assez communs et très variés. Vous voyez dans la même cour des bœufs, des buffles, des moutons, des chèvres, des chevaux, des ânes, des mulets, mêlés à des poules, à des dindons, à des canards, à des oies. Quelques oiseaux sauvages, tels que les cigognes et les alouettes, vivent familièrement avec ces animaux domestiques ; au milieu de ces hôtes paisibles règne le chameau, le plus paisible de tous.
Nous vînmes dîner à Geujouck ; ensuite, continuant notre route, nous bûmes le café au haut de la montagne de Zebec ; nous couchâmes à Chia-Ouse. Tournefort et Spon nomment sur cette route un lieu appelé Courougonlgi.
Nous traversâmes le 9 des montagnes plus élevées que celles que nous avions passées la veille Wheler prétend qu’elles forment la chaîne du mont Timnus. Nous dînâmes à Manda-Fora. Spon et Tournefort écrivent Mandagoia. On y voit quelques colonnes antiques. C’est ordinairement la couchée ; mais nous passâmes outre, et nous nous arrêtâmes à neuf heures du soir au café d’Emir-Capi, maison isolée au milieu des bois. Nous avions fait une route de treize heures. Le maître du lieu venait d’expirer : il était étendu sur sa natte ; on l’en ôta bien vite pour me la donner : elle était encore tiède, et déjà tous les amis du mort avaient déserté la maison. Une espèce de valet qui restait seul m’assura bien que son maître n’était pas mort de maladie contagieuse : je fis donc déployer ma couverture sur la natte, je me couchai et m’endormis. D’autres dormiront à leur tour sur mon dernier lit, et ne penseront pas plus à moi que je ne pensais au Turc qui m’avait cédé sa place : " On jette un peu de terre sur la tête, et en voilà pour jamais 13. . "
Le 10, après six heures de marche, nous arrivâmes pour déjeuner au joli village de Souséverlé. C’est peut-être le Sousurluck de Thévenot, et très certainement c’est le Sousighirli de Spon et le Sousonghirli de Tournefort, c’est-à-dire le village des Buffles-d’Eau. Il est situé à la fin et sur le revers des montagnes que nous venions de passer. A cinq cents pas du village coule une rivière, et de l’autre côté de cette rivière s’étend une belle et vaste plaine. Cette rivière de Sousonghirli n’est autre chose que le Granique, et cette plaine inconnue est la plaine de la Mysie 14. .